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Full text of "Bulletin des recherches historiques"

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Le  Bulletin  des 
recherches  historiques 

Société  des  études  historiques,  Québec,  Archives 
de  la  province  de  Québec,  Société  des  études  ... 


Cam, i 


Harbartl  Collfge  library 

FROM  THB 

BRIfrHT  LKdACT. 

Descendants  nf  Henry  Bright,  jr.,  who  died  at  Water- 
town,  Mass.,  in  1686,  are  entitled  to  hold  scholarships  in 
Harvard  College,  established  in  1SS0  under  the  will  of 

JONATHAN  BROWN  BRIGHT 

of  Waltham,  Mass.,  with  one  hajf  the  income  of  this 
legacy.  Such  descendants  failing,  other  persons  are 
eligible  to  the  scholarships.  The  will  requires  that 
this  announcement  shall  be  made  in  every  book  added 
to  the  Library  under  its  provisions. 


Received    0.>V..:.../.^..<?..3.  ..  ... 


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RECHERCHES  HISTORIQUES 


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BULLETIN  D'ARCHÉOLOGIE.  D'il ISTO IKK.  DK 
biographie,  DE  BIBLIOGRAPHIE.  DK 
NUMISMATIQUE,  ETC,  ETC., 


PUBLIÉ  PAR 

PIERRE-GEORGES  ROY 


VOLUME  CINQUIÈME 


LEVIS 
1899 


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I 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 


VOL.  5  JANVIER  1W&  /  •  No.  1 


NOTRE-DAME  DE  LA  VICTOIRE  DE  LÉVIS 


Lorsque,  au  mois  d'octobre  1843,  Mgr  J.-D.  Déziel  fut 
nommé  curé  do  Saint -Joseph  do  la  Pointe-de-Lévy,  cotte 
aueionne  paroisse  comptait  4229  catholiques.  Elle  s'éten- 
dait do  lieaumont  a  Saint-Nicolas  et  du  fleuve  Saint- Lau- 
rent à  Saint-Henri. 

Le  nouveau  curé  n'eut  pas  besoin  d'un  bien  long  séjour  ù 
Saint-Josoph  de  la  Pointe-de-Lévy,  pour  prévoir  qu'avant 
longtemps  il  faudrait  subdiviser  oette  vaste  paroisse. 

C'est  en  1845  que  se  commencèrent  les  démarches  qui  de- 
vaient aboutir,  six  ans  plu»  tard,  à  l'érection  de  la  paroisso 
de  Notre-Dume  de  la  Victoire  de  Lévis.  C'est  le  choix  du 
site  du  nouveau  temple  qui  retarda  ainsi  la  fondation  de- 
mandée. 

Le  2!)  septembre  1850,  avait  lieu  la  bénédiction  de  la 
pierre  angulaire  do  l'église  de  Notre-Dame  de  la  Victoire. 

Au  mois  de  septembre  1851,  un  décret  de  l'archevêque  de 
Québec  détachait  la  nouvelle  paroisse  de  celle  de  Saint  - 
Joseph  do  la  Pointe-de-Lévy. 

Enfin,  le  20  novembre  suivant,  Mgr  Cazeau  bénissait  so- 
lennellement le  temple  que  les  paroissiens  do  Lévis  venaient 
d'élever. 

L'église  Notre-Dame  de  la  Victoire  a  snbi,  en  1895,  des 
réparations  qui  en  font  un  des  plus  boaux  temples  de  la 
rive  sud. 

Depuis  1850,  trois  curés  se  sont  succédés  à  Lévis  :  Mgr 
J.-D.  Déziel.  1850-1882  ;  MM.  Antoine  Gauvreau,  1882- 
1895,  et  F.-X.  Gossoliu,  curé  actuel. 

Pierre-Georoes  Roy 


—  8  — 


LE  FLIBUSTIER  BAPTISTE  (1) 

Un  matin — environ  quinze  jours  avant  que  la  Parque 
Atropos  ne  trancha  brusquement  le  fil  de  see  jours — feu  M. 
Joseph  Marmotte  m'apporta  sous  enveloppe,  quelques  notes 
copiées  ici  et  là  dans  l'un  des  volumes  manuscrits  de  la 
Correspondance  Générale  des  fonctionnaires  de  la  nouvelle, 
avec  les  ministres  du  roi  de  la  vieille  France.  Son  intention 
était  de  composer  un  petit  roman,  mais  il  avait  déjà  à  mener 
à  bien  le  feuilleton  ayant  cours  dans  la  Revue  Nationale,  et 
ceci,  avec  probablement  d'autres  conceptions  littéraires,  oc- 
cupait de  reste,  pour  le  moment,  notre  regretté  romancier 
canadien.  Mais  en  me  donnant  ces  copies,  il  ne  me  dit  pas 
un  mot  du  petit  roman  qu'il  avait  rêvé  faire.  Si  plus  tard 
j'en  ai  le  loisir,  et  que  le  terrain  n'ait  point  été  exploité, 
non»  verrons      y  a  possibilité  de  reprendre  l'idée. 

Pour  le  moment,  j'oflre  aux  Recherches  Historiques  les 
notes  que  j'ai  recueillies  sur  ce  personnage  acadicn,  et  par  là 
.je  réponds,  longuement  peut-être,  à  la  question  posée,  en 
1897,  par  l'un  des  lecteurs  des  Recherches  Historiques  au 
sujet  de  mon  homme. 

Le  3  mai,  1668,  eut  lieu  à  Québec,  (2)  le  mariage  de 
Jean  Baptiste,  fils  de  Pierre  Baptiste  et  de  Jeanne  Pasqué, 
do  Notre-Dame  de  Mantes,  évêché  de  Rouen,  et  de  Fran- 
çoise Hermel,  tille  de  Pierre  Herrael  et  de  Marie  Coquemer, 
de  Notre-Dame  du  Ilâvre-de-Grâce,  évêché  de  Rouen.  Ces 
conjointe  étaient  donc  Normands. 

Ces  deux  personnes — ou  je  devrais  dire— ce  Baptiste  est-il 
le  même  que  celui  qui  fit  la  course  sur  les  côtes  de  l'Acadie 
quelque  vingt  ans  plus  tard  ?    Si  cela  est,  il  ne  devait 

(1)  III,  VII,  338. 

(2)  Tanguay,  Dictionnaire  Généalogique,  VoL  L 


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eompter  en  16(3$  gui- re  plus  d'une  vingtaine  d  arm 'es,  mai* 
l'acte  de  mariage  le  qualifie  originaire  de  Normandie,  et 
vous  verrez  plus  loin,  que  M.  de  Vaudreuil  awura  à  M.  de 
Frontenac  avoir  connu  la  première  femme  du  tueur  Baptiste, 
en  France,  qui  demeurait  proche  de  chez  lui  eu  Ldn'judor  ! 

Peut-être,  l'un  des  lecteurs  des  /{erhvn'hes  Jfistori'jucs 
pourra-t-il  contribuer  à  élucider  ce  point,  s'il  est  en  connais* 
nance  de  cause. 

T^a  première  mention  que  je  trouve  ensuite  du  flibustier, 
est  au  volume  12,  Canada,  Correspondance  tifitirale  ;  en 
date  du  12  septembre,  à  Québec,  Frontenac  donne  des  ins- 
tructions à  d' Iberville  qui  doit  croiser  sur  les  cites  de  l'A- 
cadie  :  d'Iberville  et  de  Bonaventure  prendront  le  capitaine 
Baptiste  a  la  Baie  Verte  où  le  sieur  do  Vilbon  le  conduit, 
ou,  s'iJsle  rencontrent  sur  leur  route,  il  pourra  leur  indiquer 
mieux  que  personne  ce  qu'il  y  aura  de  plus  facile  et  de  plus 
avantageux  a  entreprendre  tant  sur  les  bâtiments  qu'ils  y 
rencontreront,  que  pour  les  descentes  et  attaques  de  petits 
forts  qu'ils  pourront  faire  à  terre  ferme.  Un  certain  nom 
bre  de  sauvages  s'étaient  abouchés  avec  Baptiste  pour  se 
joindre  à  d  lborvîlle,  conformément  aux  instructions  du 
Gouverneur-Général. 

Le  25  octobre.  ltîî)3,  Frontenac  écrit  au  ministre  :  "  Le 
sieur  Baptiste,  fameux  flibustier  de  ces  côtes-là  (Acadie)  et 
qui  les  commit  parfaitement  passe  en  France  pour  vous 
proposer  les  vues  qu'il  y  aurait  là-dessus.  C'est  un  homme 
qui  les  a  beaucoup  désolé,  dont  ceux  qui  le  commissent  disent 
du  bien  ;  qui  m'a  donné,  dopuis  qu'il  s'est  déclaré  pour  nous, 
aucun  sujet  de  croire  qu'il  n'eut  pas  toute  la  lidélité  qu'on 
en  doit  attendre,  qui  s'est  même  marié  à  Port  Royal  à  une 
fille  du  lieu,  qu'il  avait  envie  d'amener  ici  (1)  ne  ia  croyant 
pas  en  sûreté  là  où  elle  est,  et  qui  me  parait  avoir  des  pen- 


(1)  Québec. 


2 


1 


—  10  — 

nées  qui  seraient  d'une  grande  utilité  et  d  une  médiocre  dé- 
pense. Ce  sera  a  vous,  Monseigneur,  à  les  examiner  et  me 
faire  savoir  ce  que  vous  aurez  résolu  là-dessus." 

L'année  suivante,  le  capitaine  Baptiste  revint  a  l'Acadie, 
en  charge  d'un  brigantin  que  le  roi  lui  avait  accordé. 

Dans  le  mémoire  adressé  à  M.  do  Pontchartrain  sur  l'en- 
treprise à  former  contre  le  fort  de  Pemiquid,  M.  de  Vilbo  n 
dit  :— "  Ce  poste  étant  pris,  on  pourrait  aller  faire  des  des- 
centes le  long  de  la  côte  ;  Mr  Baptiste  avec  quelques  pilotes 
que  nous  avons  ici  conduiraient  sûrement  les  vaisseaux,  et 
on  pourrait  détruire  une  partie  des  Isles  qui  sont  à  la  vue 
de  Boston,  sans  risque." 

Ceci  démontre  que  Baptiste  pour  bien  connaître  ces  para- 
ges avait  dû  y  passer  plusieurs  années,  et  pour  mériter  la 
confiance  qu'on  avait  en  lui,  j'opine  que  l'homme  devait 
l'inspirer  autant  par  un  âge  mur  que  par  sa  vaillance. 

Voici  le  flibustier  armé  en  course  grâce  à  la  bienveillance 
du  roi.  Avec  son  brigantin,  dans  l'espace  d'un  trimestre,  il 
prend  dix  petits  bâtiments  aux  Anglais  (1).  Cependant,  deux 
de  i>es  prises  lui  sont  enlevées  par  l'ennemi.  Il  guerroit 
bravement,  et  ne  ménageant  pas  assez  son  équipage,  la  plus 
grande  partie  l'abandonne.  (2)  Sur  ce  fait,  un  violent  coup 
de  vent  jette  son  navire  à  la  côte  ;  au  moment  où  Baptiste 
est  occupé  à  le  radouber,  les  Anglais  surviennent  et  l'atta- 
quent. Cost  un  combat  de  "pygmée  et  de  géant  quo  celui 
du  petit  brigantin  et  do  la  grosse  frégate  anglaise.  N'im- 
porte, Baptiste  se  défend  longtemps,  et  ce  n'est  que  lorsque 
la  lutte  n'est  plus  soutenablo  que  l'Acadien  eschoue  son  na- 
vire à  terre,  où  il  se  sauva  avoc  son  équipage,  laissant  le 
brigantin  au  pouvoir  des  vainqueurs.  (3) 

(1)  Champigny  au  ministre,  24  octobre  1694,  Québec. 

(2)  Frontenac  au  ministre,  24  octobre  1694,  Québec. 

(3)  Champigny  au  ministre,  11  août  1695,  Montréal. 


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A  la  même  date,  c'est-à-dire  le  24  octobre  1694,  Fronte- 
nac, au  40e  article  de  la  volumineuse  correspondance  qu'il 
adressait  au  ministre,  mande  que  le  sieur  de  Vilbon  l'in- 
forme des  prises  faites  par  le  capitaine  Baptiste,  et  que  cet 
homme  se  prépare  à  reprendre  la  mer  pour  en  faire  de  nou- 
velles. Le  corsaire  Be  plaint  d'un  missionnaire  aux  Mines, 
appelé  le  sieur  de  St-Cosme,  qui  le  traverse  fort  dans  tous 
les  préparatifs  qu'il  est  obligé  d'arranger  en  ce  lieu  et  même 
qu'il  inspire  à  des  habitants  qui  lui  sont  affidés,  des  senti- 
ments, qui,  se  propageant,  pourraient  à  l'avenir  avoir  des 
conséquences  fort  préjudiciables  au  service.  M.  de  Fronte- 
nac manda  à  M.  de  Vilbon  "  d'y  avoir  l'œil  fort  exacte- 
ment "  pour  empêcher  d'autres  désagréments. 

Le  printemps  de  1095,  le  capitaine  Baptiste,  par  le  tra- 
vers du  cap  de  Mallebarre  prit  un  bâtiment  de  soixante 
tonneaux,  chargé  de  sucreries,  melasae  et  autres  marchan- 
dises, qu'il  confia  au  capitaine  Guyon,  flibustier  de  Québec. 
11  captura  ensuite  un  navire  de  vingt-cinq  tonneaux,  qui  lui 
fournissait  toutes  les  choses  nécessaires  pour  armer  tout 
l'été.  Mais,  étant  allé  vera  la  baie  des  Espagnols,  à  l'em- 
bouchure du  fleuve  St-Laurent  dans  la  pensée  qu'il  y  pour- 
rait trouver  le  sieur  de  Bona  venture,  au  lieu  do  cela  il  y 
rencontra  une  frégate  anglaise,  contre  laquelle  il  se  battit 
tout  un  jour,  jusqu'à  ce  qu'il  vit  son  vaisseau  entièrement 
criblé  de  coups  de  canon,  ce  qui  l'obligea  de  l'abandonner, 
et  de  se  jeter  à  terre  avec  son  monde  ;  comme  il  atteignait 
la  terre  ferme  il  vit  son  bâtiment  couler  à  fond,  avec  huit 
marins  anglais,  qui  venaient  d'y  monter. 

Le  capitaine  Guyon  retournait  à  Québec  avec  sept  prises 
lorsqu'il  rencontra  la  frégate  désastreuse  à  Baptiste.  Il 
voulut  prendre  la  fuite,  mais  aussitôt,  comprenant  qu'il  ne 
pouvait  échapper,  il  échoua  sa  flottille  sur  un  rocher  nom- 
mé le  Loup  Marin,  et  lorsque  l'ennemi  s'en  approcha,  il  l'a- 


vertit  que  plutôt  de  ho  rendre,  il  mettrait  le  feu  aux  sept 
bâtiment».  Le  capitaine  anglais  oiVrit  a  Ciuyon  de  lui  eder 
un  naviro  avec  toute  sa  charge  et  liberté  de  continuer  sa 
route,  «  il  abandonnait  les  six  autres  navires.  Guyon  accep- 
ta, mais  le  bâtiment  était  trop  endommagé,  et  il  demanda 
de  l'échanger  ;  ces  Anglais  y  consentirent,  mais  le  Canadien 
ne  profita  pas  par  cette  transaction,  car  d.s  que  le  navire 
lut  déchoué  il  coula  bas.  Les  Canadiens  n'eurent  plus  que 
leurs  grands  canots  de  bord  pour  regagner  Québec,  où  ils 
arrivèrent  aux  premiers  jours  de  juillet. 

Voici  que  nous  allons  connaître  un  peu  mieux  le  capitaine 
Baptiste.  Frontenac  écrit  de  Québec,  le  2  novembre  1G!)5, 
au  ministre  : 

*'  Je  vous  avoit,  monsieur,  recommandé  les  années  précé- 
dentes, le  nommé  Batiste,  sur  les  bons  témoignages  que  M. 
de  Vilbon  m'en  avoit  rendus,  mais  j'ay  apris  depuis  deux  ou 
trois  mois  qu'il  avoit  tenu  des  discours  peu  de  temps  avant 
qu'il  passast  en  France  qui  marquoient  qu'il  n'a  voit  pas  tie 
trop  bonnes  intentions.  On  m'a  dit  de  plus  que  c'est  un 
homme  qui  est  marié  en  plusieu r»  endroits  en  France  et  en 
Hollande,  outre  la  femme  qu'il  a  présentement  au  Port 
Royal,  M.  de  Vaudreuil  m'a  assuré  qu'il  connaissoit  celle 
qu'il  avoit  en  France,  et  qui  est  proche  do  chez  lui  en  Lan- 
guedoc. J'ay  cru  devoir  vous  en  avertir,  aussi  bien  que  M. 
de.  Chevry,  afin  qu'il  ne  puisse  pas  vous  surprendre,  puis- 
qu'on prétend  qu'il  est  allé  demander  en  France  un  autre 
vaisseau  à  la  place  de  eeluy  qu'il  a  }>erdu,  pour  avoir  plus 
de  facilité  de  transporter  en  Hollande  ou  en  quelqu'autre 
pays  enuemy  la  femme  qu'il  a  a  Port  Hoyal.  avec  tous  si* 
efl'ectz." 

Par  le  journal  de  M.  de  Vilbon,  de  ce  qui  s'est  passé  en 
Acadie  depuis  le  moi6  d'octobre  1  Mb"  jusqu'à  la  fin  de  mai 


101)7,  îl  est  à  supposer  que  le  voyage  en  France  du  sieur 
Baptiste  pour  obtenir  un  second  vaisseau  n'eut  pas  de 
succès. 

Le  ;j  novembre  lt>î»G,  De  Vilbon  envoie  Baptiste  aux 
Mines  et  à  Port  Royal,  pour  avoir  des  pois,  les  fèves  de  la 
garnison  s'étant  trouvées  presque  toutes  gâtées,  renvoyant 
en  même  temps  trois  soldats  invalides  pour  être  nourris  aux 
Mines,  pour  ménager  les  vivres  de  la  garnison  de  De  Vilbon. 
Baptiste,  en  partant,  promit  de  rétablir  la  course,  avec  le* 
deux  pirogues  de  l'armement  des  Anglais  que  l'on  avait 
trouvé  sur  la  côte,  s'il  pouvait  trouver  du  monde  aux  Mines 
et  à  Fort  Royal. 

De  Vilbon  commandait  au  fort  Matchouak  ou  Xaxouac  ; 
il  reyut.  le  28  décembre  suivant,  des  vivres  apportées  par  un 
bâtiment  de  Fort  Royal.  11  apprit  alors  que  le  capitaine 
l'aptiste  avait  levé  du  monde  pour  aller  en  course. 

Le  2  février  Kill",  quatre  flibustiers  arrivèrent  au  fort, 
avec  une  lettre  de  Baptiste.  11  demandait  une  commission 
pour  faire  la  course  avec  ses  deux  pirogues  et  vingt-un 
hommes  d'équipage. 

Le  10  mars,  à  trois  lieues  de  C'asquebaye  (l)  les  Acadiens 
rencontrèrent  huit  chaloupes  pêcheuses  de  marvilletto,  dans 
le^juelles  il  y  avait  trente-huit  hommes.  Baptiste  et  son 
équipage,  depuis  plusieurs  jours  ne  subsistaient  que  de  co- 
quillages ramassés  le  long  de  la  mer  ;  ils  résolurent  d'atta- 
quer les  chaloupes  croyant  y  trouver  quelques  vivres. 

Les  chaloupes  étant  mouillées  les  unes  près  des  autres,  le 
capitaine  Baptiste  résolut  d'attaquer  a  la  nuit  du  10  au  11 
nmix.  Ses  deux  pirogues  accostèrent  deux  chaloupes,  dont 
l'équipage  dormait.  Il  s'en  rendit  maître  en  un  coup  de 
main,  mais  le  bruit  que  cette  opération  occasionna  réveilla 


(1)  Cusco  Bay,  état  du  Maine. 


—  H  — 


lee  equipages  des  autre»  embarcations,  qui  firent  feu  sur  les 
Acadiens  avec  beaucoup  de  vigueur.  Les  flibustiers  se  lan- 
cèrent bravement  à  l'abordage  des  chaloupes,  se  battant 
comme  des  lions,  et  se  rendirent  maîtres  de  six  bateaux,  les 
deux  dernières  chaloupes  voyant  le  résultat  du  combat  so 
sauvèrent  à  la  faveur  du  vent. 

Il  y  avait  sept  Anglais  de  tués  sur  les  ponts,  dont  cinq 
capitaines  de  bateaux,  quatre  de  blessés  et  vingt  prisonniers. 
Baptiste  eut  trois  blessures,  ot  huit  de  ses  hommes  furent 
blesses,  mais  tous  sans  gravité. 

Le  capitaine  Baptiste  emmena  ses  prises  pour  les  mettre 
en  lieu  plus  sûr  ;  il  relâcha  à  terre  les  Anglais  qui  avaient 
sept  lieues  pour  aller  au  plus  proche  de  leurs  forts. 

11  arma  ensuite  la  meilleure  voilière  de  ces  chaloupes, 
dans  le  dessein  d'aller  vers  Boston  faire  quelques  prises, 
mais  comme  il  était  à  la  garnir,  et  l'avait  échouée  pour  rac- 
commoder sa  fausse  étrave,  il  entra  dans  le  hâvre  oû  il  y  avait 
deux  bâtiments  armôs  en  guerre  qui  le  cherchaient  et  qui 
étaient  de  Salem,  destinés  pour  convoyer  les  pêcheurs  le 
long  de  la  côte.  Ils  étaient  cinquante  hommes  dans  les  deux 
bâtiments,  et  le  plus  grand  avait  quatre  pièces  de  canon. 
L'on  était  au  19  mars.  Le  plus  grand  bâtiment  vint  s'em- 
bosser  à  la  portée  de  pistolet  de  celui  de  Baptiste  pour  le 
canonner,  pendant  qu'il  envoyait  l'autre  pour  l'aborder.  Les 
flibustiers  qui  étaient  cachés  à  terre  laissèrent  arriver  l'en- 
nemi et  amarrer  une  haussière  à  la  chaloupe-voilière.  Les 
Anglais  ne  voyant  personne  crûrent  les  Acadiens  enfuis,  et 
ils  attendirent  la  marée  montante  pour  hâler  le  bateau  de 
Baptiste  au  large.  Tout-à-coup,  Baptisto  fait  faire  une  dé- 
charge sur  eux,  si  vigoureuse,  qu'elle  culbuta  tout  l'équi- 
page anglais.  Ceux-ci  n'ourent  rien  de  plus  pressé  que  de 
couper  la  haussière  et  de  se  retirer  au  large.  Sur  le  soir,  la 


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chaloupe  étant  à  flot,  Baptiste  s'embarqua  avec  son  équi- 
page. 

Le  lendemain,  (le  20  mars)  dès  le  matin,  les  deux  bâti- 
ments anglais  revinrent  à  la  charge.  L'un  d'eux  voulut 
aborder  Baptiste,  mais  fut  repoussé  et  eut  quatre  ou  cinq 
hommes  tués.  Alors  l'ennemi  se  retira  à  l'entrée  du  hiivrc, 
et  le  petit  bâtiment  s'éloigna  pour  aller  chercher  du  ren- 
fort, à  sopt  ou  huit  lieues  de  là,  emportant  les  morts  et  les 
blessés,  pendant  que  l'autre  gardait  Baptiste  qui  no  pouvait 
aisJment  sortir  de  ce  hâvrc,  la  passe  étant  fort  étroite. 

A  la  nuit,  le  temps  devenu  couvert  augmenta  Intensité 
des  ténèbres,  et  comme  Baptiste  n'était  pas  en  état  d'atta- 
quer le  grand  bâtiment,  son  équipage  n'ayant  vécu  depuis 
quinze  jours  que  de  coquillages  et  les  vivres  trouvés  dans 
les  chaloupes  ne  consistant  qu'en  poissons,  il  résolut  de  pro- 
fiter de  la  marée  baissante  pour  sortir.    Ce  qu'il  fit. 

Baptiste  mit  ensuite  le  cap  au  nord-est,  se  dirigeant  vers 
les  Mines  où  il  voulait  se  ravitailler  pour  retourner  en 
course. 

Il  manda  alors  au  sieur  do  Vilbon  qu'il  serait  au  bas  de 
la  rivière  St-Jean,  au  plus  tôt  à  la  tin  d'avril.  Les  Anglais, 
prisonniers  des  chaloupes,  lui  dirent,  ce  dont  il  fit  part  à 
Vilbon,  qu'à  Boston  l'on  tenait  la  paix  faite  avec  la  Savoie 
et  l'Espagne,  et  qu'on  parlait  de  celle  d'Hollande...  Que  le 
conseil  de  Boston  avait  résolu  de  faire  attaquer  de  nouveau 
le  fort  de  Matchouak,  et  qu'ils  avaient  donné  des  ordres 
pour  la  levée  de  leurs  troupes,  étant  résolus  on  môme  temps 
de  détruire  Port  Koyal,  les  Mines  et  Boaubassin,  et  d'en 
transporter  les  familles  hors  du  pays  en  représailles,  disant 
que  les  Français  firent  la  même  chose  à  quatre  places,  en 
Terreneuve,  l'automne  précédent... 


■  1^ 


—  lb-  — 

Le  29  avril.  Baptiste  n'avait  ]mu\  encore  paru  au  Itas  de 
la  rivière,  tel  que  promit»,  mais  le  5  mai.  sa  femme  arriva  au 
fort  jxjur  annoncer  qu'il  était  reparti  en  course. 

Le  14  mai.  le  capitaine  Baptiste  se  montra  à  l'entrée  de 
la  rivière  St  Jean,  accompagné  d'un  bâtiment  command.1 
par  le  capitaine  Basset  (Français)  qui  était  venu  au  eap  de 
Sable  ramener  des  prisonniers  Français  de  Boston. 

Ixî  17,  Baptiste  reprit  la  mer  de  nouveau. 

l)au<  la  relation  de  l'attaque  faite  par  les  Anglais  contre 
le  fort  Matchouak  en  octobre  (l'année  n'est  pas  mentionnée, 
probablement  1097.)  il  est  «lit  que  le  sieur  Baptiste  venu  au  > 
foin  le  matin  du  17  octobre,  avait  passé  la  nuit  précédente 
avec  M.  de  Clignaneourt.  huit  Français*  et  trois  Sauvages,  à 
l'entrée  de  la  petite  rivière  de  Naxoiiassis,  environ  une 
demie  lieue  audcssus  du  fort,  et  d'où  l'on  |>ouvait  découvrir 
de  loin  quand  l'ennemi  monterait...  Pendant  que  les  Anglais 
et  les  Français  se  rationnaient  et  s'adressaient  des  priées 
de  rnousqueterie.  DcClignaueourt  et  Baptiste  dans  le  désert 
du  fort  avec  le**  huit  Français  et  les  trois  Sauvages  tiraient 
sur  l'ennemi  posté  de  l'autre  côté  de  la  rivière. 

Le  11',  Baptiste  alla  en  d«  couverte  et  rapporta  que  les 
Anglais  avaient  un  bateau  de  dix-neuf  tonneaux,  deux  pi- 
rogues, deux  grandes  chaloupes  et  un  canot  d'éeorec.  ce  qui 
donna  l'impression  qu'ils  étaient  peu  de  inonde.  Le  soir  du 
20,  les  assiégeants  se  retirèrent  à  Forneuse,  trois  lieues  plus 
loin,  et  brûlèrent  trois  maisons.  L'ennemi  n'osa  toucher  à 
la  maison  du  flibustier  Baptiste,  sise  vis-à-vis  le  fort,  et  iu- 
habitée.  qui  y  allait  quelques  fois  pour  tirer  des  coups  do 
tusil  et  de  boîte  jxjur  faire  croire  qu'il  y  avait  une  garde. 

La  foi-tune  des  armes  varie,  et  le  capitaine  acadien  eu  Ht 
l'épreuve. 

Répondant  à  la  lettre  du  comte  de  Bellemont.  gouverneur 


—  17  — 

de  la  Nouvello  York,  le  comte  de  Frontenac,  le  8  juin  1698. 
proteste  contre  la  retention  dans  les  chaînes  à  Boston  du 
capitaine  Baptiste,  flibustier,  qui  y  est  traité  avec  beaucoup 
de  rigueur,  et  demande  sa  mise  en  liberté.  Le  sujet  de  cette 
correspondance  est  l'échange  de  prisonniers  français  et 
anglais. 

Je  n'ai  pu  trouver  que  l'on  a'it  écouté  les  remontrances  de 
Frontenac,  et  jusqu'à  quelle  date  Baptiste  demeura  aux 
mains  des  Bostonnais. 

Si  la  chose  m'est  possible,  je  compléterai  ces  notes  plus 
tard. 

Réois  Roy 


LES  MÉTIS  OU  BOIS-BRULÉS 


Il  y  a  deux  cents  ans,  les  Sauvages  du  Bas-Canada  n'a- 
vaient plus  guère  d'importance  comme  chiffre, — mais  il 
restait  des  tribus  dans  le  sud,  l'ouest  et  le  nord-ouest.  Nos 
coureurs  de  boiB  commencèrent  à  métisser  rondement.  Point  * 
de  femmes  blanches  dans  ces  vastes  contrées.  La  galanterie 
française  y  brilla  sur  tous  les  points.  Une  raco  nouvelle  vit 
le  jour,  tenant  le  milieu  entre  la  barbarie  et  la  civi- 
lisation. Telle  est  l'origine  des  Métis  on  Bois-Brûlis  : — père 
français,  mère  sauvage.  Ces  sangs  mêlés  ne  sont  pas  venus 
se  joindre  à  nous.  Ils  occupent  encore  le  pays  do  lours  an 
cêtres.  Impossible  donc  do  les  confondre  avec  les  Canadiens- 
Français. 

Les  Bois-Brûlés  datent  à  peine  de  1675  ;  la  principale  pé- 
riode de  leur  création  va  de  1700  à  1740,  et  leur  développe- 
ment se  calcule  depuis  la  cession  du  Canada  (1760),  alors 
que,  abandonnés  a  eux-mêmes  les  Canadiens  de  l'ouest  tirent 
corps  plus  que  jamais  avec  les  tribus  des  grandes  plaines. 
3  Benjamin  Sulte 


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—  18  — 

LA  TRAVERSÉE  DU  SAINT-LAUREXT 

Lee  passagère  qui,  aujourd'hui,  font  le  trajet  entre  Québec 
et  Lé  vis,  en  hiver,  dan»  l'entrepont  confortable  des  puis- 
sants bateaux  à  hélice  qui  se  croisent  d'une  rive  à  l'autre  en 
quelques  minutes,  coupant,  brisant,  refoulant,  bousculant 
des  monceaux  de  glaçons  charrias  par  la  marée,  et  filant 
droit  à  travers  le  chasse-neige  et  les  brouillards  secoués  par 
la  rafale,  ne  se  doutent  guère  de  ce  que  c'était  que  la  tra- 
versée du  Saint-Laurent  autrefois,  surtout  par  les  "  gro» 
temps  "  de  décembre  et  de  janvier. 

Le  voyage  se  faisait  en  canots. 

Ces  canots  étaient  des  espèces  de  pirogues  creusées  dans 
un  double  tronc  d'arbre,  dont  chaque  partie  était  solide- 
ment reliée  a  l'autre  par  une  quille  plate  en  bois  de  chêne, 
polie  et  relevée  aux  deux  extrémités,  de  façon  à  ce  que 
l'embarcation  pût,  au  besoin,  servir  en  même  temps  de 
traîneau. 

Le  patron  s'asseyait  à  l'arrière  sur  une  petite  plate-forme 
élevée  d'où  il  dirigeait  la  manoeuvre,  et  gouvernait  a  l'aide 
d'une  pagaie  spéciale,  tandis  qu'à  l'avant  et  quelquefois 
debout  sur  la  "  pince  "—on  appelle  "  pince  "  la  projection 
effilée  de  la  proue — un  autre  hardi  gaillard  scrutait  les 
passes  et  surveillait  les  impasses,  la  main  sur  les  yeux,  tout 
blanc  do  givre,  avec  des  stalactites  glacée»  jusque  dans  les 
cheveux. 

En  avant  du  pilote,  un  certaine  espace  était  ménagé  pour 
les  passagers,  assis  à  plat-fond,  tout  emmitouflés  et  recou- 
verts de  peaux  de  buffles,  encaqués  comme  des  sardines,  par- 
faitement à  l'abri  du  froid,  mais  aussi  entièrement  immo- 
bilisés. 

Les  autres  parties  de  l'embarcation  étaient  garnies  de 
têtes,  qui,  tout  en  assurant  la  solidité  du  canot,  servaient 


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-de  bancs  aux  rameurs  à  longues  bottes  et  aux  costume* 
plue  ou  moins  hétéroclites,  qui  pagayaient  en  cadence,  «'en- 
courageant mutuellement  du  geste  et  de  la  voix. 

Le  métier  n'était  pas  tendre  ;  et,  comme  les  hivers  de  ce 
temps-là  dépassaient  de  beaucoup  les  nôtres  en  rigueur,  il 
devenait  quelquefois  dangereux. 

Chaque  mise  à  l'eau  c'est-à-dire  chaque  départ,  donnait 
infailliblement  des  émotions  aux  plus  hardis,  même  à  ceux 
qui  y  étaient  les  plus  habitués. 

Quand  on  se  voyait  lancé  du  haut  de  la  "  batture  "—en 
termes  canadiens,  on  appelle  "  battures  "  ou  "  bordages  " 
les  bancs  de  glace  .adhérants  au  rivage  et  contre  lesquels 
glissent  ou  se  brisent  les  banquises  emportées  par  le  courant 
— quand  on  se  voyait,  dis-je,  lancé  du  haut  de  la  batture 
dans  les  eaux  noires  et  bouillonnantes  du  fleuve,  l'équipage 
sautant  précipitamment  à  bord  dans  un  enchevêtrement 
éperdu  de  mains  et  de  bras  accrochés  aux  flancs  bondissants 
de  la  pirogue,  cela  ne  durait  que  l'espace  d'un  clin  d'reil. 
mais  c'était  plus  fort  que  soi,  le  cœur  vous  tressautait  dans 
la  poitrine. 

Et  nage,  compagnons  !...  Haut  les  cœurs,  les  petit* 
cœurs  !... 

D'immenses  blocs  verd&tres  barrent  la  route  :  vite,  le  cap 
dessus  !  Bon  là  !  Lâchons  l'aviron,  l'épaule  aux  amarres, 
et  en  avant  sur  la  surface  solide  du  grand  fleuve  ! 

Plus  loin,  ce  sont  d'énormes  fragments  entassés  et  bous- 
•culés  les  uns  sur  les  autres  ;  le  passage  semble  impraticable. 
n'importe,  hissons  le  canot  à  force  de  bras  :  et  en  avant 
toujours  ! 

Voici  un  ravin  qui  se  creuse,  descendons-y  J  C'est  un  abîme 
peut-être  :  en  avant  quand  même  ! 

La  neige  détrempée  s'attache  et  se  congèle  aux  flancs  de 
l'embarcation,  qu'elle  menace  d'immobiliser  :   hardi,  lea 


—  20  — 


Graves  !  Pas  une  minute  a  perdre,  roulons  î  roulons  î...  Et 
noua  voilà  reparti». 

Ici,  c'est  autre  chose  :  tout  s'effondre  sous  nous.  Ce  n'est 
plus  de  l'eau,  ce  n'est  plus  de  la  glace  ;  impossible  de  paga- 
yer, plus  de  point  d'appui  pour  traîner.  Il  faut  pourtant 
*e  tirer  de  là,  les  enfant*  ! 

En-dedans,  vous  êtes  paralysé  ;  en  dehors,  vous  enfoncez 
ik  mi-jambe  dans  la  neige  fondante  et  la  glace  en  "  frasil  "  : 
il  n'y  a  pas  à  dire,  il  faut  se  tirer  de  U. 

Et  cela  durait  de»  heures,  quelquefois  des  journée* 
entières... 

Oh  !  non,  il  n'était  pas  tendre  le  métier. 

Victor  Hugo  a  raconté  les  w  travailleurs  de  la  mer  "  d  une 
façon  sublime  :  que  n'a-t-il  vu  nos  canotiers  de  Saint-Lau- 
rent a  l'œuvre  ! 

Louis  Frechette 

L' II ONO RABLE  JUGE  A.  N.  MORIX 
C'était  le  1er  janvier  1842. 

L'honorable  A.- X.  Morin,  alors  juge  au  tribunal  de  Ka- 
mouraska,  remontait  à  Québec,  avec  l'intention  d'arriver 
chez  lui  le  jour  même.  Les  mauvais  chemins,  cependant, 
l'ayant  trop  retardé,  il  s'arrêta  à  l'église  de  sa  paroisse 
natale  :  Saint-Michel  de  Bellechaase. 

C'était  un  peu  avant  l'heure  de  la  grand'messe  du  jour 
de  l'an.  M.  Morin  se  met,  aussitôt  descendu  de  voiture,  à 
chercher  non  respectable  père  parmi  la  foule,  à  la  porte  de 
l'église.  Il  le  trouve  bientôt,  et,  là,  aux  yeux  de  toute  la 
paroisse,  le  juge  Morin  ôte  sa  coiffure  se  met  à  genoux  sur 
la  neige  et  implore  la  bénédiction  paternelle. 

Quelle  leçon  pour  le  fils  dénaturé  d'aujourd'hui,  qui  sem- 
ble rougir  de  ses  parents  parce  qu'ils  sont  vêtus  d'étoffe  du 
pays  ! 

Auguste  Bêcuard 


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—  21  — 

RÉPONSES 


Le  Journal  des  Jésuites.  (II,  II,  155.)— Le  Jour- 
nal des  Jésuites  couvre  Ut  période  comprise  de  septembre 
1645  à  juin  1668,  excepté  quelques  lacunes  entre  le  5  février 
1654  et  le  25  octobre  1656.  Ce  manuscrit  appartenait  ori- 
ginairement aux  archives  du  vieux  collège  des  Jésuites  de 
Québec,  et  il  fut  trouvé  là  après  la  mort  du  père  Jean- 
Joseph  Casot,  qui  mourut  le  16  mare  1800.  Il  disparut  alors, 
mais  fut  retrouvé  vers  l'année  1815.  lorsque  Andrew-William 
Cochran,  secrétaire  civil  du  gouverneur  sir  John-Cope 
«Sherbrooke,  le  découvrit  accidentellement  dans  un  coin  do 
«on  bureau.  Après  la  mort  de  il.  Cochran  arrivée  le  11 
juillet  1840,  sa  veuve  le  présenta  à  George -Barthélémy 
Faribault,  de  Québec  M.  Faribault  mourut  le  21  décembre 
1866.  et  par  son  testament  donna  tous  ses  livres,  manuscrits, 
peintures  et  gravures  ayant  rapport  à  l'histoire  du  Canada 
au  séminaire  de  Québec.  L'original  du  Journal  des  Jésuites 
passa  ainsi  au  Séminaire,  et  est  aujourd'hui  parmi  les  tré- 
sors précieux  de  la  bibliothèque  de  l'Université  Laval. 

On  a  des  preuves  que  le  Journal  des  Jésuites  fut  continué 
jusqu'à  1755  ;  mais  les  manuscrits  de  cette  continuation  qui 
devaient  comprendre  au  moins  deux  volumes  sont  disparus. 
En  1897,  M.  l'abbé  Henri-Raymond  Casgrain,  de  l'Université 
Laval,  fit  des  recherches  en  Angleterre  parmi  les  héritiers 
de  William  Smith,  l'historien  du  Canada,  mais  sans  succès. 
Smith  avait  cité  le  Journal  des  Jésuites  à  la  date  du  20  dé- 
cembre 17 10  et  encore  en  1752  ;  et  dans  sa  préface  il  men- 
tionne spécialement  le  Journal  des  Jésuites  au  nombre  des 
sources  qui  lui  ont  donné  les  "  informations  les  plus  pré- 
cieuses." MgrThomas-E.  Hamel,  bibliothécaire  de  l'Uni- 
versité Laval,  est  sous  l'impression  que  Smith  avait  accès 


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aux  manuscrits  en  question,  et  qu'il  n'en  était  pas  le  pro- 
priétaire ;  et  que  ce  sera  seulement  par  un  hasard  provi- 
dentiel que  les  volumes  disparus  seront  retrouvés  s'il  n'ont 
pas  été  détruits. 

En  1871,  le  Journal  de*  Jésuites  fut  publié  sous  la  direc- 
tion des  abbés  Laverdière  et  Casgrain  ;  mais  à  peine  quel- 
ques exemplaires— peut-être  soixante — avaient-ils  été  distri- 
bués, que  le  feu  consuma  l'établissement  de  l'éditeur.  M. 
Léger  Brousseau,  et  presque  toute  l'édition  lut  détruite. 
Quelques  exemplaires  (Henry-C.  Murphy  dit  douze,  mais 
une  note  au  crayon  dans  l'exemplaire  de  la  Société  Histori- 
que du  Wisconsin  dit  quarante),  qui  avaient  été  gâchés  par 
la  fumée  et  l'eau  forent  reliés  et  vendus. 

En  1893,  J.-M.  Valois,  de  Montréal,  a  publié  une  réim- 
pression de  l'édition  de  1871. 

Reibex-Gold  Thwaites 

Les  journaux  de  Longrueuil.  (III.  XI,  375.)— Le 

22  janvier  1885,  M.  Jean-Baptiste  Rouillard  faisait  paraître 
à  Longueuil  le  premier  numéro  d'un  journal  hebdomadaire, 
intitulé  :  Jj  Impartial. 

Le  journal  promettait  d'observer  strictement  les  promes- 
ses contenues  dans  son  titre  ;  il  s'engageait  de  s'occuper 
spécialement  des  intérêts  de  la  rive  sud,  et  surtout  du  comté 
de  Chambly. 

M.  Rouillard  fit  d'abord  imprimer  son  journal  à  Mont- 
réal ;  mais  au  printemps  de  1885,  ayant  acheté  des  presses, 
il  installa  son  matériel  dans  l'ancienne  manufacture  Crevier, 
et  dès  lors  le  journal  se  composa  et  s'imprima  à  Longueuil 
même. 

L' Impartial,  rédigé  avec  soin  par  M.  Rouillard  et  quel- 
ques amis  dévoués,  fit  une  vigoureuse  campagne  en  faveur 
du  chemin  de  fer  de  Montréal  et  Sorel  ;  il  parvint  à  forcer 


le  gouvernement  fédéral  a  accorder  de  généreux  subsides  à 
cette  ligne  si  importante  pour  l'avenir  de  Longueuil. 

Réellement  indépendant  des  partis  politiques,  Y  Impartial 
consacra  ses  colonnes  à  toutes  les  questions  vitales  pour 
Longueuil  et  les  paroisses  environnantes. 

Cependant  la  mort  de  Kiel  fit  changer  la  ligne  de  conduite 
du  journal.  lï Impartial  se  jeta  résolument  dans  le  mouve- 
ment national  qui  se  forma  à  cette  occasion. 

En  1886,  M.  Rouillard  transporta  ses  presses  à  Sorel,  et 
V Impartial,  quoique  daté  de  Longueuil,  a  été  imprimé  la 
jusqu'à  sa  disparition  en  1890. 

M.  Rouillard  lit,  en  1886,  avant  son  départ  pour  Sorel, 
paraître  un  journal  humoristique  appelé  Le  Bourru.  ;  mais 
cette  feuille  décéda  après  quelques  semaines  d'existence. 

J.-L.  Vincent 

Le  comte  de  Vaudreuil.  (IV,  III,  426.)— Le 
comte  de  Vaudreuil,  petit-fils  de  notre  premier  gouverneur 
de  Vaudreuil,  aimait  passionnément  les  arts  et  les  lettres. 
Toutes  les  semaines,  il  donnait  un  diner  qui  était  uniquement 
composé  de  littérateurs  et  d'artistes.  La  soirée  se  passait 
dans  un  salon  où  l'on  trouvait  des  instruments  de  musique, 
des  crayons,  des  couleurs,  des  pinceaux,  des  plumes,  et 
chacun  composait,  peignait,  écrivait  selon  son  goût  ou  son 
talent. 

M.  de  Vaudreuil  possédait  une  fort  belle  voix  et  il  était 
excellent  musicien.  Ces  deux  talents  qu'il  avait  eu  le  bon 
esprit  de  cultiver  le  firent  beaucoup  rechercher  dans  lu 
monde. 

La  première  fois  qu'il  fut  reçu  chez  la  maréchale  de 
Luxembourg,  épouse  en  premières  noces  du  comte  de 
Bouftiers,  celle-ci,  qui  aimait  le  chant  et  la  musique,  voulut 
le  fairo  chanter. 


— Monsieur,  lui  dit-ello  après  le  souper,  od  dit  que  von» 
chantez  fort  bien  ;  je  aérais  charmt'o  de  vous  entendre  ;  mai», 
si  voua  avez  cette  complaisance  pour  moi,  ne  me  chantez 
point  d'ariette»,  point  de  granda  aire,  un  Pont-Neuf,  un 
simple  Pont-Neuf.  J'aime  le  naturel,  l'esprit,  la  gaiété. 

M.  de  Vaudreuil,  content  de  faire  parade  de  son  talent,  ne 
so  tit  guère  prier  et,  ignorant  qu'avant  non  veuvage  hou 
hôtesse  avait  été  la  comtesse  de  Bouftiera,  il  chanta  le  pre- 
mier couplet  d'un  Pont-Neuf  où  il  était  fait  allusion  un 
peu  irrespectueusement  du  comte  de  Boufflere. 

Le  premier  vers  de  ce  couplet  commençait  ainsi  : 

Quand  Boufflere  parut  à  la  cour 

A  ce  moment  les  nobles  personnages  qui  emplissaient  lus 
salons  de  la  maréchale  de  Luxembourg  se  mirent  à  tousser 
et  à  éternuer  afin  de  le  faire  taire.  Mais  M.  de  Vaudreuil 
continua  d'une  voix  pleine  et  sonore  : 

On  crut  voir  la  mère  d'Amour. 

Le  bruit,  l'agitation  redoublèrent.  Ce  ne  fut  qu'après  le 
troisième  vera 

Chacun  cherchait  à  lui  plaire 

que  M.  de  Vaudreuil  s'arrêta  en  voyant  tous  les  yeux  fixés 
sur  lui. 

La  maréchale  de  Luxembourg  qui  était  une  des  femmes 
les  plus  spirituelles  de  la  cour  de  Louis  XVI  prit  la  chose 
un  riant. 

— Poursuivez  donc,  monsieur,  dit-elle,  au  comte  de  Vau- 
dreuil, confus,  humilié,  et  elle  chanta  elle-même  le  dernier 
vers  : 

Chacun  l'avait  à  son  tour.  . 
M.  de  Vaudreuil,  tant  par  son  esprit  que  sch  brillantes 
qualités,  réussissait  beaucoup  auprès  des  femmes.  Son 


Din 


langage  avec  elles  était  plein  d'agrément  et  de  charme. 

Aussi  la  princesse  d'Hénin  a  dit  qu'elle  no  connaissait  que 
deux  hommes  qui' sachent  parler  aux  femmes  :  le  tragédien 
Lekain  ot  M.  de  Vaudreuil. 

A  la  cour  do  Louis  XVI.  M.  de  Vaudreuil  no  possédait 
pas  exactement  un  grand  er.'dit.  Mais  il  était  dans  les 
bonnes  grâces  de  la  reine  Mario- Antoinette.  Il  faisait  mémo 
partie  de  sa  société  intitue.  Il  fut  un  de  ceux  qui  contribuè- 
rent à  l'élévation  de  la  duchesse  de  Poliguac,  grande  amie 
de  Marie- Antoinette.  R. 

La  quête  de  l'Enfant  Jesus.  (IV,  XI,  536'.)— La 
<juête  de  l'Knfant  Jésus  a  pris  son  nom  du  temps  où  elle 
était  faito,  quand  l'Église,  célébrant  la  naissance  du  divin 
Sauveur,  Jésus  enfant  est  exposé  à  la  vénération  des 
fidèles. 

La  visite  paroissiale  se  fait  encore  presque  partout  ù  la 
«ampagne  à  la  mémo  époquo,  et  elle  a  conservé  jusqu'à  nos 
jours  sa  primitive  beauté. 

Avoe  quel  plaisir,  quel  légitime  orgueil  lo  marguillier 
conduisait  naguère  M.  le  curé  ! 

Il  choisissait  la  plus  belle  carriole  et  son  cheval  lo  mieux 
dressé. 

Il  le  revêtait  de  son  harnais  de  prédilection,  surmonté  de 
nos  grelots  les  plus  sonores,  faisant  son  apparition  de  grand 
matin,  souvent  par  un  froid  intense,  et  ou  dépit  de  formida- 
bles avalanches  do  neige. 

Le  capot  d'étoffe  grise,  avec  le  fameux  capuchon,  la  cein- 
ture fléchée  et  les  bottes  sauvages  s'affirinaieut  à  ce  temps 
dane  toute  leur  importance. 

Voyez  aveo  quel  soin  il  installe  M.  lo  curé  en  voiture, 
comme  il  l'enveloppe  précieusement  dans  ces  robes  de  car- 
riole si  chaudes. 

IJ  inspecte  tout,  soulève  le  harnais,  promèno  sa  main  sur 

4 


I 


—  20  — 

la  crinière  du  beau  cheval,  lui  dégage  le»  yeux,  puis  il  part 
avec  bonheur  en  tête  du  cortège,  on  promettant  du  beau 
temps  et  un  joli  succès. 

Viont  ensuite  la  voiture  du  second  marguillier. 

C'est  lui  qui  recueille  les  viandes,  la  laine,  les  pains  de 
sucre,  le  savon  et  même  le  tabac  ;  il  ne  refuse  rien. 

Enfin  le  troisième  marguillier  occupe  le  dernier  traîneau, 
muni  d'une  boite  haute  et  longue  ;  les  habitants  y  dépose- 
ront les  divers  grains  de  leur  otlrande  sur  tout  le  parcours 
de  la  visite. 

Il  s'agissait  de  commencer  à  l'extrémité  du  rang  le  plus 
éloigné  de  la  paroisse,  ce  qui  fournissait  une  longue  course. 
N'importe,  les  chevaux  étaient  vifs  et  forts  ;  ou  arrivait 
bien  vite  au  but. 

Quelle  réjouissance  ! 

Voyez  la  joie  sur  toutes  les  figures  de  la  belle  maisonnée, 
quand  M.  le  curé  franchit  le  seuil  de  cette  enceinte  déjà 
bénite  de  sa  main,  et  où  son  œil  contemple  plusieurs  généra- 
tioas  dont  les  éphémérides  de  joie  et  de  deuil  sont  intime- 
ment liées  à  son  ministère. 

Oui,  le  beau  spectacle  quand  les  vieux  parents,  le  fils 
ainé,  sa  femme,  les  petits  enfants  s'agenouillent  aux  pieds 
du  pasteur. 

Ils  se  relèvent  avec  joie  pour  recueillir  ses  pieux  accents, 
autour  du  poêle  familial,  contribuant  sa  part  de  la  visite 
par  un  feu  dont  on  se  souvient. 

S'il  y  a  des  malades,  dos  infirmes,  ils  sont  consolés.  Les 
petites  dissensions  sont  apaisées,  les  misères  secourues,  la 
paix  est  rétablie. 

Pendant  ce  temps  les  petits  enfants  sont  proprement  assis 
suivant  leur  fige,  et  le  frais  tressaillement  de  leurs  joues  de 
rose  indiquent  qu'ils  attendent  quelque  chose  de  M.  le  curé  : 
une  petite  image,  une  médaille 


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Il  faudra  recevoir  de  la  main  droite  en  disant  merci  ;  la 
mère  est  là  pour  y  voir. 

Tout  cola  se  fait  trop  vite,  il  semble  ;  et  puis  sur  un  signe 
de  M.  le  curé,  le  marguillier  ramène  poliment  sa  voiture  à 
la  porte  et,  après  un  gros  bonjour,  on  tile  chez  le  voisin. 

Tout  de  suite  les  femmes  donnent  au  second  marguillier 
de  la  laine,  des  moroeaux  de  lard,  etc.,  pendant  que  le  jeune 
mari  dépose  au  troisième  traîneau  un  minot  ou  deux  do 
blé  ou  d'avoine,  bon  an,  mal  an,  donnant  quelque  chose  pour 
Dieu  qui  le  rend  toujours  au  centuple.  De  père  en  fils,  c'est 
comme  cela. 

A  quelque  distance  suit  le  bedeau. 

Je  n'ai  pas  à  décrire  l'utilité,  rimportanco  de  ce  person- 
nage si  intimement  lié  au  ministère  sacerdotal.  De  tout 
temps  il  a  été  entouré  de  considération.  Il  faut  dire  que 
plusieurs  bedeaux  ont  légué  leurs  noms  à  la  postérité,  à 
raison  des  côtés  saillants  de  leur  esprit  parfois  très  rusé, 
comme  aussi  de  leurs  précieux  services. 

Tous  les  objets  do  la  visite  paroissiale  étaiont  conservés 
chez  M.  le  curé  jusqu'au  jour  de  la  vento  sur  la  place  de 
l'église. 

Au  jour  fixé,  le  plus  habile  de  la  paroisse  en  verbiage 
montait  à  la  boîte  aux  criées,  et  présidait  aux  enchères. 

Or,  il  est  bon  de  dire  que  ces  enchères  sans  avoir  les  en- 
nuyeuses formalités  des  affermages  importants,  en  gardèrent 
néanmoins  les  principales  allures  encore  en  honneur  parmi 
nous,  et  considérées  comme  indispensables. 

Ainsi  l'objet  est  offert,  l'un  enchérit  sur  l'autre  ;  et  arrivé 
a  un  certain  prix,  le  plus  haut  enchérisseur  attend  avec 
anxiété.  Le  crieur  répète  le  prix  une  fois;  répète  encore 
deux  fois  ;  onfin,  trois  fois,  adjugé. 

Ce  mode  est  l'abrégé  de  ce  qui  était  en  vogue  dans  le 
pays  en  1663  et  les  années  suivantes,  Jjiaez  au  premier  vo- 


—  28  — 


lunie  des  Délibération*  et  Jugements  du  Conseil  Souverain 
de  Québec,  pages  39  et  40  ;  seulement  au  lieu  de  dire  une 
fois,  deux  ibis,  trois  fois,  ou  allumait  successivement  trois 
feux  :  u  Et  ne  s'étant  présenta  plus  haut  enchérisseur,  a  été 
allumé  le  premier  feu  pendant  lequel  il  n'y  a  pas  eu 
d'enchères. 

"  Et  a  été  allumé  le  second  feu  pendant  lequel  il  n'y  a  eu 
aucune  enchère  :  et  a  été  allumé  le  troisième  et  dernier  feu, 
et  n  été  enchéri  par  le  dit  sieur,  et  attendu  qu'il  n'y  a  pas 
eu  plus  haut  enchérisseur,  et  le  troisième  fou  s'est  éteint,  le 
conseil  a  adjugé." 

L'abbé  Chs-P.  Bkai  uikn 

Le  fondateur  du  college  des  Jésuites  de 
Quebec*.  (IV,  VI,  473.) — Le  vicomte  de  Meaux  raconte 
que,  se  promenant  par  une  belle  matinée  de  décembre,  à 
travers  la  petite  ville  bâtie  tout  au  bord  du  Niagara,  il  ren- 
contra une  humble  église  en  bois  où  venait  de  s'achever  une 
messe  basse.  Quelques  bonnes  femmes  en  sortaient,  se 
hâtant  vers  leur  logis  par  les  chemins  rejnplis  de  neige  ;  et, 
devant  deux  ou  trois  religieuses,  une  troupe  d'enfants,  livres 
et  cahiers  sous  le  bras,  couraient  vera  la  maison  voisine,  sur 
la  porte  de  laquelle  on  pouvait  lire  autour  d'une  croix  cette 
inscription  :  Spes  messis  in  semine.  <  "était  l'école  paroissiale. 
"  L'espoir  de  la  moisson  est  dans  la  semonce."  Voilà  pour- 
tjuoi,  d'un  bout  du  monde  à  l'autre,  chrétiens  et  patriotes 
attachent  tant  d'importance  aux  écoles  ;  pourquoi  les  parti» 
rivaux  s'en  disputent  partout  avec  acharnement  la  direction. 

Rien  de  plus  vrai  que  ces  paroles  fSpes  vussis  in  semine, 
principalement  sur  une  terre  encore  inculte  et  nue. 

L'éducation  est  le  principe  de  vie  de  toute  colonie  qui  se 
fonde  et  qui  veut  grandir  et  se  perpétuer.  Le  collège  est 
à  la  colonie  ce  que  les  sources  sont  aux  rivières.  C'est  du 
collège  que  sort  le  fleuve  des  générations  humaines,  c'est  là 


qu'il  »' alimente,  et  ce  fleuve  porte  dans  son  cours  la  gran- 
deur des  pays  nouveaux  ou  leur  déeadonce.  Il  taut  remon- 
ter jusqu'au  college,  si  l'on  veut  s'expliquer  l'état  d'une 
société,  la  sociét é  se  recrutant  chaque  jour  et  se  renouve- 
lant sans  cosse  des  générations  qui  lui  viennent  des  écoles. 

Ausoi,  partout  où  la  compagnie  de  JCsus  pose  le  pied  sur 
la  terre  étrangère,  elle  élève  le  collège  à  côté  do  la  Rési- 
dence :  le  professeur  apprend  aux  entants  les  connaissances 
qui  font  les  hommes  et  la  science  qui  fait  les  chrétieus  ;  le 
missionnaire,  continuant  l'œuvre  du  maître,  prend  le  jeune 
homme  au  sortir  do  l'école,  le  dirige  dans  la  vie,  l'instruit  du 
haut  do  la  chaire,  l'absout  au  confessionnal,  lo  fortifie  a  la 
sainte  table.  Il  porte  aux  malades  et  aux  pauvres  les  divi- 
nes et  salutaires  consolations  de  la  foi. 

En  ir»2(),  Québec  ne  comptait  qu'une  soixantaine  de  Fran- 
çais, et  déjà  les  Jésuites  avaient  arrêté  le  projet  d'un  établis- 
sement scolaire.  Un  jeune  gentilhomme  picard,  ltené 
Kohault,  avait  offert  à  cet  effet  la  somme  nécessaire.  Kené 
Kohault,  fils  aîné  du  marquis  de  Gamaches,  avait  fait  ses 
études  littéraires  au  collège  dirigé  par  les  Pères  à  Amiens. 
Pendant  son  cours  d'humanités  en  1625,  il  sollicita  avec  les 
plus  vives  instances  son  admission  dans  la  Compagnie  de 
Jésus.  C'était  à  l'époque  oa  le  P.  Coton  faisait  la  visite  du 
collège  d'Amiens  en  qualité  de  Provincial  de  la  Province  de 
Franco.  Ce  religieux,  qui  touchait  à  la  fin  de  sa  longue 
carrière,  vit  le  jeune  postulant,  il  causa  longuement  avec 
le  marquis  do  Gamaches,  et  il  fut  décidé  que  Kené  entre- 
rait, dans  lo  courant  de  mars  1(J2G,  au  noviciat  fondé  depuis 
bientôt  quiuzo  ans  par  madame  de  Sainte-Beuve,  à  l'hôtel 
de  Mézières,  à  Paris.  Les  monummta  do  la  mission  du 
Canada  font  remarquer  que  ce  fut  lit  un  des  derniers  actes 
importante  de  la  vie  de  ce  vieillard  ;  il  mourait  huit  jours 
après,  le  19  mars  lo'2»j.  Avant  de  s'aliter,  il  avait  dirigé  une 


—  30  — 

dernière  fois  ses  pas  vers  le  noviciat,  pour  y  embrasser  son 
jeune  novice. 

Il  n'y  avait  pas  encore  un  an  que  le  Canada  s'était  ouvert 
aux  entreprises  de  l'esprit  apostolique  des  fils  de  saint 
Ignace.  Au  moment  de  dire  adieu  à  sa  famille,  René  pensa 
à  cotte  belle  mission  de  l'Amérique,  si  chère  au  cœur  de  son 
Provincial  et  riche  de  tant  d'espérances.  Il  pria  son  père 
de  consacrer  une  partie  du  patrimoine  qu'il  lui  destinait,  à 
la  fondation  d'un  collège  à  Québec.  Le  marquis  était  un 
homme  de  bien  et  de  foi  ;  il  entra  volontiers  dans  les  pieuses 
intentions  do  son  fils,  en  donnant  au  P.  Coton  la  somme  de 
seize  mille  écus  d'or,  à  laquelle  il  ajouta  personnellement,  de 
son  vivant,  une  rente  annuelle  de  trois  mille  livres. 

Les  démêles  de  la  France  et  de  l'Angleterre  et  la  prise  de 
Québec  ne  permirent  pa*  do  réaliser  immédiatement  les 
désirs  des  fondateurs  ;  mais,  à  son  arrivée  sur  les  rives  du 
Saint-Laurent,  le  P.  LeJeune  reprit  le  projet  et  posa  les 
fondements  du  collège,  près  du  fort  Saint-Louis,  sur  un 
terrain  concédé  dans  ce  but  aux  Jésuites  par  la  Compagnie 
des  Cent-Associés. 

Le  père  René  Rohault  mourut  au  collège  d'Eu  le  29  juin 
1639.  Il  avait  fait  ses  vœux  de  prolès  l'année  même  de  sa 
prêtrise,  le  15  août  1634. 

Camille  de  Rociiemonteix 

Le  mot  Shawmigan.  (IV.  IX,  507.) — Shawinigan 
vient  du  mot  abénakis  asaSanigan  (prononcez  asawanigan), 
qui  signifie  l'endroit  où  la  côte  change,  la  où  le  portage 
change.  Il  ne  peut  être  question  de  tarrière  ou  de  tire-bou- 
chona  parcoquo  l'eau  de  la  chute  tomberait  en  spirale,  toutes 
choses  que  les  Sauvages  ne  connaissaient  pas  a  l'origine. 

Charles  Gill 


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—  31  — 


QUESTIONS 

■ 

559 — Quel  est  ce  curé  des  environs  de  Québec,  qui  en 
1759,  avec  quelques-uns  de  sea  paroissiens,  so  fortifièrent 
dans  une  maison  et  tinrent  tête  pendant  plusieurs  heures  à 
un  détachement  de  l'armée  anglaise  envoyé  pour  les  faire 
prisonnier  ?  Riio 

5(»0 — Je  lis  dans  un  vieux  numéro  de  la  Revue  des  Reçues: 
il  Un  Canadien  fort  riche  a  dépensé  dix  ans  de  sa  vie,  sans 
prejudice  de  sommes  fort  considérables,  à  collectionner  les 
boutons  d'uniformes  dos  officiers  de  tous  les  régiments  de 
Tarin  e  anglaise."  Pouvez-vous  rao  donner  le  nom  de  ce 
compatriote.  Curieux 

5(51 — Un  journal  affirmait  récemment  que  sir  Allan 
MacXab,  ennemi  des  Canadiens- Français,  de  leur  langue  et 
surtout  de  leur  religion,  s'était  converti  au  catholicisme  sur 
son  lit  de  mort.  Où  aurai-jo  la  confirmation  de  cet  avancé  ? 

Jules. 

5(12 — Les  missionnaires  et  les  laïques  f  rançais  brûlés  par 
les  féroces  Iroquois  furent-ils  mis  à  mort  plutôt  en  haine  de 
la  foi  que  du  nom  français  ?  En  d'autres  termes,  ces  hom- 
mes dévoués  sont-ils  des  patriotes  ou  des  martyrs  f 

Paon. 

503 — Sous  le  régime  français,  y  avait-il  des  punitions 
pour  ceux  qui  se  battaient  en  duel  ?  Nos  lois  contiennent- 
elles  quelques  dispositions  relatives  au  duel  ?  Epéë 

564 —  Qui  donna  a  J.-B.  Eric  Dorion  le  surnom  d'Enfant 
Terrible  ?  Ce  fougueux  tribun  s'est-il  réconcilié  avec 
l'Eglise  ?  Pt. 

565 —  D'où  venait  sir  Edmond  Cox,  décédé  régistrateur 
du  comté  de  Drummond,  en  octobre  1877  ?  Où  avait-il 
conquis  ou  reçu  ce  titre  do  "  sir  "  ?  Rob. 


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—  32  — 

56G— "  Ayant  appris  les  nouvelles  du  la  mort  de  M.  de 
Montmagny  le  Conseiller,  frère  de  M.  le  Gouverneur,  lisons- 
nous  dans  le  Journal  des  Jésuites  à  la  date  de  août  164G,  on 
dit  une  grande  messe  de  requiem  le  lendemain."' 

Est-il  connu  ce  frôre  de  notre  deuxième  gouvernour  ? 
X'a-t-on  pas  mêlé  un  peu  la  vie  dos  deux  frères  ? 

A.  B.  C. 

5t>7 — N'y  a-t-il  pas  en  Espagne  une  ville  qui  jjorte  le  nom 
de  Montréal  ?  Spa. 

5(J8 — "Elu  dès  1833  coadjuteur  de  Québec.il  parait  que  l'am- 
bassadeur de  France  à  Home  s'opposait  a  sa  nomination,"  c'est 
ainsi  que  la  deuxième  edition  du  Panthéon  de  Bil>aud  nous 
apprend  la  consecration  de  Mgr  Turgeon,  archevêque  de 
Québec.  Quelle  est  la  vérité  à  ce  sujet  ?  Ptrk 

5(19 — Qui  me  renseignera  sur  Thomas  Pichon  qui  a  écrit 
une  histoire  du  Cap- Breton  ?  XX 

570 — Quand  la  Beauee  a-t-elle  commencée  à  être  colonisée  ? 

•  A.  B. 

T>71 — Par  qui  Terrebonne  a-t*il  été  fondé  ?  Riio 

572 —  Quelqu'un  ]>cut-il  me  dire  ce  que  sont  devenus  les 
registres  de  Memramcook  du  temps  des  Acadiens  ? 

Acai». 

573 —  Je  lis  dans  une  lettre  publiée  récemment  :  "  Vous 
vous  rappelez,  sans  doute,  le  St -Michel  dont  on  parle  dans 
la  vie  de  Mgr  Plessis  et  qui  faillit  jouer  un  si  mauvais  tour 
à  ce  grave  prélat  :  l'archange,  revêtu  du  brillant  costume 
<le  grenadier,  menaçait  Lucifer  de  sa  carabine." 

Je  n'ai  pas  sous  la  main  la  Vie  de  M<jr  Plessis.  Quelle  est 
cette  aventure  arrivée  au  grand  évoque  de  Québec  à  cause 
d'un  Saint-Michel  ?  Riot 


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* 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  H I S  TO  R I Q  U ES 

VOL.  5  FÉVRIER  1899  No.  2 

SAINT-JOSEPH  DE  LA  POINTE-DE  LÉVY 

La  première  messe  si  la  Pointo-de-Lévy  fut  dite  par  le 
pire  jésuite  Bailloquet,  le  12  avril  1648. 

C'est  en  1673  que  la  Pointc-de-Lévy  fut  mise  sous  le 
patronage  de  saint  Joseph,  patron  de  la  Nouvelle  France. 

En  1675,  on  commença  la  construction  d'une  église,  (''était 
la  première  qu'on  élevait  sur  la  rive  sud  du  Saint-Laurent. 
Elle  était  en  pierre.  Mgr  de  Saint- Vallicr,  deuxième  évê- 
que  de  Québec,  qui  la  visita  en  lGHtï,  nous  apprend  "qu'elle 
était  une  des  plut*  propres  et  des  mieux  bâties  du  Canada." 

En  1759,  elle  servit  d'hôpital  aux  soldats  anglais  qui  fai- 
saient le  siège  de  Québec.  Après  la  bataille  des  Plaines  d'A- 
braham, le  cadavre  de  Wolle  fut  transporté  à  la  Pointe- 
de-Lévy,  probablement  dans  l'église,  où  il  lut  embaumé. 
Le  19  septembre,  il  était  déposé  à  bord  du  "  Royal- William," 
qui  le  débarquait  a  Portsmouth,  le  17  novembre  suivant. 

Cette  église  fut  incendiée  le  15  février  1830. 

Le  11  mars,  moins  d'un  mois  après  l'incendie,  Mgr  Signay 
fixait  le  site  d'une  nouvelle  église  à  une  vingtaine  do  pieds 
plus  éloignés  du  chemin. 

Elle  fut  reconstruite  immédiatement  .  C'est  l'église  actuelle. 

Missionnaires  et  curés  :  G.  Druillettes,  1052  ;  P.  Ra- 
gueneau,  1660  ;  J.  Garnier,  1668  ;  G.  Hard,  1679  ;  T.  Mo- 
rel. 1680  ;  C.  V.  de  Saint-Claude,  1682  ;  G.  Morin,  1683  ; 
A.  Pellerin,  1684  ;  .T.  Piiuçuet,  1686  ;  P.  Boucher,  premier 
curé  en  titre,  1694-1721  f  A.-.ï.  de  La  Rue.  1722-1739  ;  L.- 
,T.  Mereereau,  1739-1754  ;  C.-M.-M.  Youville-Dufrost,  1754- 
1760  ;  D.  Cliche,  (desservant),  1760  ;  B.-S.  Dosque.  (desser- 
vant), 1760  ;  Daniel,  1760-1761  ;  C.-M.-M.  Youville-Dufrost, 
1761-1774  ;  D.-A.  Hubert,  1774-1775  ;  F.-I.  Berthiaume, 
1775  1794  ;  M.  Masse,  1794-1831  ;  P.  Angers,  1831-1838  ; 
G.  M.  Belcourt,  1838-1839;  Mgr  C.-E,  Poiré,  1839-43; 
MgrJ.-D.  Deziel,  1843-1852;  H.  Routhier,  1852-1873  ;  E.- 
S.  Kafard,  1873.   '  Pierrk-Gkoroks  Roy 


—  36  — 

LE  PREMIER  CARDINAL  CANADIEN 

t 

Doit-on  appeler  "  premier  cardinal  canadien"  Mgr  Weld, 
qui  n'est  pas  né  au  Canada,  qui  n'est  jamais  venu  au  Canada, 
qui  n'y  a  pas  exercé  sa  juridiction,  et  qui  dut  remettre  son 
titre  do  coadjuteur  pour  recevoir  le  chapeau  rouge  ? 

L'abbé  Thomas  Weld  naquit  à  Londres  le  22  janvier 
1773  d'une  ancienne  famille  catholique  anglaise  très  distin- 
guée. Il  reçut  son  éducation  complète  dans  son  pays,  et  ù 
la  mort  de  son  père,  il  hérita  des  propriétés  de  sa  famille 
situées  à  Suenorth,  dans  le  Dorsetshire. 

11  fut  d'abord  marié  et  eut  une  tille  qui,  plus  tard,  épousa 
lord  Clifford — un  descendant  de  lord  Clifford  s'est  établi  à 
Beardsley,  au  Minnesota,  depuis  plusieurs  années. 

Madame  Wold  mourut  en  1815,. et  pou  après,  son  mari 
résigna  tous  ses  titres  en  faveur  de  son  frèro  pour  embras- 
ser le  sacerdoce. 

Après  quelques  années  do  retraite  et  d'études  il  fut 
ordonné  prêtre  par  l'archevêque  do  Paris  en  1821. 

De  suite  il  retourna  en  Angleterre  où  il  fut  nommé  curé 
de  Chelsea. 

Il  y  était  encore  quand  Mgr  MacDonell,  vicaire  apostoli- 
que du  Haut-Canada  et  premier  évêque  de  Kingston,  le 
demanda  comme  coadjuteur  au  Pape  Léon  XTI.  Ce  qui  fut 
gracieusement  accordé.  Le  6  août  1826,  après  cinq  ans 
de  prêtrise,  Mgr  Weld  fut  sacré  évêque  in  partibus 
d'Amycla. 

Mais  sa  santé  délabrée  ne  lui  permit  pas  de  passer  en 
Canada.  11  se  retira  chez  les  Bénédictins  de  Hammersmith 
qui  se  mirent  sous  sa  direction.  Sur  l'avis  des  médecins,  il 
dut,  non  seulomont  remettre  son  départ  pour  l'Amérique, 
mais  y  renoncer  absolument. 

La  santé  de  sa  tille  n'étant  pas  moilleure  que  la  sienne,  ils 
partirent  ensemble  pour  un  climat  plus  doux,  et  vinrent  en 


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—  37  — 


pèlerinage  au  tombeau  des  apôtres.  A  peine  fut-il  quelque 
temps  à  Home  que  le  Pape  Pie  VIII  le  créa  cardinal  et  lui 
assigna  la  Tille  Eternelle  pour  résidence  définitive  (25  mai 
1830). 

Mgr  Rémi  Gaulin,  né  à  Québec  lo  30  juin  1787,  et  curé 
du  Sault-au-Récollet,  fut  nommé  à  sa  place  et  sacré  évêque 
de  Tabracca,  20  octobre  1833,  avec  droit  de  succession  au 
siège  de  Kingston. 

Mgr  MacDonell  obtint  de  Rome  bien  des  faveurs  par 
l'influence  du  cardinal  Weld  et  la  correspondance  du  pre- 
mier démontre  que  le  cardinal  anglais  porta  toujours  un 
grand  intérêt  à  l'Église  du  Haut-Canada  et  l'enrichit  sou- 
vent de  dons  magnifiques. 

Le  cardinal  Weld  mourut  le  10  avril  1837  et  fut  inhumé 
dans  l'église  de  Saint-Marcelle,  où  un  très-richo  monument, 
dû  au  ciseau  de  tiorgioli,  rappelle  aux  visiteurs  que  le  pré- 
lat tut  aimé  de  tous  et  particulièrement  des  pauvres  de 
Rome. 

Suit-il  de  là  qu'il  ait  été  le  premier  cardinal  canadien? 
S'il  éiait  venu  on  Canada  il  n'aurait  probablement  pas  eu 
cet  honneur. 

Il  n'a  pas  plus  de  droit,  je  crois,  d'être  appelé  ''  le  premier 
cardinal  canadien  "  que  Mgr  de  Cheverus,  ancien  évêque 
de  Boston,  transféré  en  France,  au  siège  de  Bordeaux,  et  crée 
cardinal,  n'a  le  droit  d'être  appelé  le  premier  cardinal  amé- 
ricain. Lui,  au  moins,  avait  été  l'apôtre  et  le  premier  évêque 
de  Boston. 

C'est  notre  cher  cardinal  Taschereau,  l'ornement 
de  l'Église  du  Canada,  né  au  pays,  citoyen  de  la  vieille  ville 
de  Québec  pendant  70  ans,  qui  est  vraiment  "  le  premier 
cardinal  canadien." 

L'abbé  E.-B.  Gauvrkau 


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—  38  — 


LES  ANCIENS  HUISSIERS  ET  PRATICIENS 


En  faisant  l'antre  jour  le  dépouillement  d'anciens  papiers 
de  mon  cabinet  d'avocat,  j'ai  trouvé  une  copie  d'une  lettre 
adressée  au  juge  T.  I.  I.  Loranger  qui  peut-être  intéressera 
les  lecteurs  des  Recherches  Historiques.  Elle  fut  écrite  à  la 
suite  de  l'examen  que  je  fis  la  môme  année  (1884)  des  57 
gros  volumes  qui  de  1720  :V  1759  forment  les  archives  de  la 
juridiction  royale  de  Montréal.  Je  l'entrepris  pour  complé- 
ter le  mémoire  que  je  préparais  sur  la  famillo  Girouard  et 
qui  a  été  imprimé  la  même  année  pour  l'usage  des  membre» 
de  la  famille.  Il  me  fournit  aussi  l'occasion  d'écrire  le  30 
août  1884  uno  lettre  au  procureur-général  de  Québec  qui  a 
parue  dans  le  "  Legal  News  "  de  cette  époque  et  a  été  plus 
tard  reproduite  dans  le  "  Rapport  du  Régistraire  do  la  Pro- 
vince "  de  1888.  J'insistais  dans  cette  lettre  sur  l'impor- 
tance de  faire  un  dépouillement  des  archives  de  nos  cours 
et  de  les  publier.  En  1885,  le  gouvernement  était  à  l'œuvre 
et  publia  le  premier  volume  des  jugements  et  d «.-libérations 
du  Conseil  Supérieur  et  il  fut  suivi  de  quatre  autres  volu- 
mes. Le  dernier  parut  en  1889  et  depuis  ou  n'a  plus  enten- 
du parler  de  cette  publication  qui  est  presque  sans  utilité 
pratique,  puisqu'elle  n'a  pas  même  do  table  alphabétique 
des  matières.  Elle  n'est  peut-être  pas  parfaite  ;  bien  des 
pièces  de  procédure  ia^ignifiantes  y  ont  vu  le  jour  que  l'on 
aurait  pu  laisser  dans  la  poussière  de  nos  voûtes  ;  mais 
enfin  abondance  de  biens  vaut  mieux  que  le  besoin.  J'espère 
donc  que  cette  entreprise  éminemment  nationale  sera  reprise 
et  conduite  à  bonne  tin. 

D.  GlUOUARD 


■ 


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i  t  i 


Montréal,  28  octobre  1884. 

Cher  Monsieur  )o  Juge, 

Scion  le  désir  que  vous  m'exprimiez  ce  matin,  je  vous  en- 
voie la  commission  ou  plutôt  l'installation  d'Antoine  Gi- 
rouard,  mon  trisaïeul  et  quoique»  notes  dont  vous  disposerez 
comme  vous  l'entendrez. 

L'Edit  de  création  de  la  juridiction  Koyalc  de  Montréal 
de  mars  1693,  enregistré  au  Conseil  le  8  octobre  169G  pour- 
voyait à  la  nomination  d'un  juge,  un  greffier,  quatre  huis- 
siers royaux,  quatre  notaires*  royaux,  et  quatre  procureurs 
postulants. 

Le  nombre  des  huissiers  resta  le  même  jusqu'à  1755  où  il 
fut,  je  crois,  augmenté  d'un  nommé  Houillier,  qui  avait 
beaucoup  de  vogue  lors  de  la  cession  et  quelques  années 
avant.  Mon  ancêtre  a  exercé  comme  huissier  de  1723  ù  1735, 
ayant  pour  confrères  Dudevoir,  Le  Pailleur  et  Dubreuil. 
David  était  greffier  de  la  cour.  Adhémar,  Le  Pailleur. 
Ilodiesue  et  Foucher  en  étaient  les  notaires,  Iîaimbault  le 
juge  ou  lieutenant  civil  et  criminel.  Bégon,  I>upuy  et 
Hot-quart  étaient  intendants  de  son  temps. 

Il  agissait  en  même  temps  comme  "  practicien  "  avec  «es 
confrères  et  les  notaires  royaux,  et  après  1735,  il  paraît 
s'être  contenté  do  comparaître  dans  quelques  cas  comme  con- 
seil. Il  est  mort  à  Montréal  le  5  juin  17(»7  après  avoir  passé 
quelques  années  en  France,  probablement  de  1751  à  1750. 
seul  et  sans  être  accompagné  de  sa  famille.  En  1725,  172<> 
et  1727,  M.  Girouard  parait  avoir  eu  la  plus  lorte  clientèle 
de  Montréal.  Vous  savez,  sans  doute,  qu'à  cette  époque  les 
huissiers  avaient  un  autre  rôle  qu'aujourd'hui  ;  ils  faisaient 
les  décrets  et  en  cela  remplissaient  les  fonctions  de  shérif»  ; 
ils  faisaient  aussi  les  sommations  des  tribunaux  que  font 
aujourd'hui  les  greffiers.  Enfin  ils  faisaient  les  protêts  que 


—  40  — 

font  aujourd'hui  les  notaires  et  aussi  les  significations  des 
pièces  de  la  procédure. 

Votre  dévoué, 

D.  Girodard 

Hon.  T.  1. 1.  Loranqer 


A  Monsieur  le  Lieutenant-Général  de  la  Jurisdiction  Royalo 
de  Montréal. 

Supplie  humblement  Antoine  GiroUard,  Disant  que  Mon- 
seigneur l'Intendant  Luy  aurait  accordé  une  Commission 
d'Huissier  exploitant  dans  l'éstendue  de  Votre  Jurisdiction 
pour  en  jouir  par  le  Suppliant  aux  droits  profits  revenus  et 
émoluments  y  attribués  en  date  du  26e  avril  dernier,  le  sup- 
pliant désirant  estre  reçu  et  installé  au  dit  office.  Il  a  re- 
cours a  vous  pour  luy  être  sur  ce  pourvu.  Ce  considéré, 
Monsieur,  Il  vous  plaise  tenir  la  dite  commission  cy  jointe, 
recevoir  et  installer  lo  Suppliant  au  dit  office  d'huissier  ex- 
ploitant conformément  à  la  dite  commission,  ot  vous  ferez 
justice. 

A.  Girouard 

Soit  communiqué  au  procureur  du  Roy  pour  requérir 
ce  qu'il  avisera  estre  bon.    A  Montréal  ce  25e  May  1723. 

Bouat 

Veu  la  Requête  cy  dessus  et  la  Commission  y  attachée  je 
Requiers  qu'il  soit  informé  &  une  Requête  des  vie,  mœurs 
et  Religion  du  Suppliant  pour  l'information  faite  et  à  moy 
communiquée  requérir  ce  que  j'aviseray.  Fait  à  Montréal 
ce  25e  May  1723. 

P.  Raimbault 

Information  faite  par  Monsieur  François  Marie  Bouat 
Conseiller  du  Roy,  et  son  Lieutenant  général  civil  et  crimi- 
nel au  siège  de  la  jurisdiction  Royalle  de  Montréal  à  la  Re- 
quête du  procureur  du  Roy  en  ce  Siège,  des  vie  et  mœurs 


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—  41  — 

et  Religion  Catholique  Apostolique  et  Romaine  de  Antoine 
Giroiiard,  pourvu  d'uno  commission  d'huissier  exploitant 
dan»  toute  l'étendue  de  cette  jurisdiction,  et  a  luy  accordée 
par  Mgr  l'Intendant  le  vingt-sixième  avril  dernier. 

Au  Vendredi  vingt-huitième  May  mil  sept  cent  vingt-trois 
deux  heures  do  Relevée  en  la  Chambre  d'Audience. 

Est  comparu  Mtre  Michel  le  Pailleur  Notaire  Royal,  âgé 
de  soixante  huit  ans,  auquel  nous  avons  fait  faire  serment 
de  dire  vérité,  et  après  serment  fait,  et  qu'il  nous  a  dit 
n'être  parent,  alié,  serviteur  ni  domestique  des  parties  et 
noms,  à  représenté  l'exploit  d'assignation  u  luy  donné  par 
l'huissier  Dudcvoirio  vingt  sixième  de  ce  mois  pour  venir 
déposer. 

Dépose  qu'il  connaît  le  dit  (ïirouard,  pour  un  honneste 
homme,  qu'il  l'a  vu  demeurer  chez  M.  de  Ramsay  pendant 
plusieurs  années  en  qualité  de  secrétaire,  dont  le  dit  Sieur 
<de  Ramsay  en  est  oit  fort  contant,  qu'il  l'a  vu  fréquenter  les 
églises  et  faire  son  jubilé  la  présente  année,  qui  est  tout  ce 
qu'il  a  dit  savoir,  lecture  à  luy  faite  de  sa  déposition  a  dit 
icelle  contenir  la  vérité,  y  a  persisté  et  a  signé 

Lk  Railleur 

Bouat 

David 

(ï  reffier 

Est  comparu  Sieur  Jacques  Croquelois  dit  La  Violette 
âgé  de  cinquante  quatre  années,  sergent  dans  les  Troupe» 
<lu  détachement  de  la  Marine,  demeurant  en  cette  ville, 
lequel  après  serment  fait,  Et  qu'il  nous  a  dit  n'être  parent, 
allié,  serviteur  ni  domestique  des  parties  et  noms,  a  repré- 
senté l'exploit  d'assignation  à  luy  donné  par  l'huissier 
Dudevoir  le  vingt  six  de  ce  mois  pour  vonir  déposer. 
2 


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—  42  — 

Dépose  qu'il  connaît  le  dit  Girouard  pour  un  hoimostc- 
nomme,  qu'il  l'a  vu  demeurer  ches  M.  de  Ramsay  qui  ci* 
paraissait  fort  contant,  l'ayant  vu  souvent  fréquenter  Ies- 
églises,  vivant  en  bon  chrétien,  qui  est  tout  ce  qu'il  a  dit  de 
savoir,  lecture  a  luy  faite  de  sa  déposition  a  dit  icelle  conte- 
nir la  vérité,  y  a  persisté  et  a  signé  avec  nous  en  notre 
'  greffe. 

Jacques  Croqvei.ois 

Bouat 

'  I>AVID, 

Greffier 

Soit  communiqué  an  procureur  du  Roy  en  ce  siège  pour 
requérir  ou  conclure  ce  qu'il  aviserait  sur  son  rapport  être 
ordonné  ce  qu'il  appartiendra.  •  Fait  les  dits  jour  et  an. 

Bouat 

Vu  l'information  ci  dessus,  je  n'empêche  que  le  dit  Gi- 
rouard soit  reçu  et  installé  au  dit  office  d'huissier  exploitant 
corformémerrt  à  la  commission  qui  luy  en  a  été  accordée 
par  Mgr  l'Intendant,  eu  faisant  le  serment  requis  et  accou- 
tumé.   Fait  à  Montréal  ce  28  May  1723. 

P.  Rai  MB  AU  LT 


Mgr  IGNACE  BOURGET 

Mgr  Bourget,  évêquo  de  Montréal,  aimait  à  raconter, 
comme  une  pieuse  tradition  dans  sa  famille,  que  l'un  de 
§es  ancêtres,  natif  de  Chartres,  était  allé,  avant  de  qnitter 
la  France  pour  le  Canada,  nu  sanctuaire  de  Notre- Damc-de- 
Chartres,  et  qu'après  avoir  prié  devant  la  statue  de  la  Vierge, 
il  avait  gravé  son  nom  quelque  part  sur  les  boiseries  inté- 
rieures de  l'église.  Le  saint  évêquo,  passant  un  jour  par 
Chartres,  voulut  s'assurer  si  cette  tradition  était  bien  fon- 
dée. G  randes  furent  sa  surprise  et  sa  joie,  lorsqu'après  avoir 
cherché  longtemps,  il  découvrit  en  effet  le  nom  d'un  Bour- 
get. écrit  sur  la  lx>iserio  d'une  des  stallos  du  chœur  ! 

L'abbé  Auuuste  Gosselin 


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MADAME  DAILLEBOUST  ET  LE  DJCTIOXNA IRE 

GÉNÉALOGIQUE 


Sous  le  numéro  532  et  les  initiales  II.  O.,  an  abonné  du 
Bulletin  des  Recherche*  Historiques  pose  la  question 
suivante  : 

"  Louis  d'Aiileboust  mourut  à  Montréal  le  31  mai  ltîtiO, 
laissant  une  tille,  Barbe,  qui  devint  la  femme  du  gouver- 
neur do  Lauzon." 

J'avais  toujours  été  sous  l'impression  que  le  gouverneur 
d'Aiileboust  et  sa  femme  ayant  fait  vœu  de  virginité  n'a- 
vaient pas  ou  d'enfant. 

Suis-je  dans  l'erreur  ?  " 

Je  trouve  à  cette  question  beaucoup  d'à-propos,  et  ce, 
pour  deux  misons.  D'abord  parce  que  je  suis  prêt  à  lni 
répondre  Bans  aucun  surcroît  de  travail,  ensuit»  parce 
qu'elle  me  fournit  un  prétexte  excellent  pour  arrêter,  s'il  se 
peut,  un  mensonge  historique  qui  court  le  monde  savant 
depuis  1871,  année  de  la  publication  du  premier  volume  du 
Dictionnaire  Généalogique  des  Familles  Canadiennes  par 
l'abb  '•  Tanguay. 

Ce  qui  me  rend  apte  à  répondre,  ot  sans  aucun  surcroît 
<le  travail,  est  l'étude  môme  que  je  viens  de  publier  sur  Ld 
Chapelle  Champlain.  Alors  il  m'a  fallu  compulser  attenti- 
vement, dans  les  précieuses  archives  de  l'Hôtel- Pieu,  les 
documents  connus  sous  le  titre  de  papiers  d'Aillettoust.  Je 
les  sais  encore  par  cœur  et  je  profite  de  cette  bonne  disposi- 
tion de  ma  mémoire  pour  y  retrouver  sans  peine  les  pièces 
justificatives  et  la  preuve  de  ce  que  je  vais  atfirmer. 

Est-il  né  des  enfants  du  mariage  de  Barbe  de  Boulogne 
et  de  Messire  Louis  d'Ailleboust,  troisième  gouverneur  du 
Canada  ? 

Mgr  Tanguay  dit  oui.  Ne  lui  en  déplaise,  l'histoire 
devra  dire  non.  Elle  l'a  toujours  dit  d'ailleurs.  Mais  n'allons 


—  44  — 


pas  conclure  avant  do  discuter,  et  n'anticipons  pas  sur 
l'issue  de  la  querelle. 

Nous  lisons  donc,  ù  la  page  152,  volume  Ter  du  Diction- 
naire Généalogique  : 

D'Ailleboust.  Louis.  3i.'me  gouverneur  du  Canada, 
turc  1er  juin  l(m>),  -\  Montr  al. 

De  Boulogne.  Barbe,  sépulture  7  juin  1635,  à  Qu  bec. 
liar  he,  baptisée...;  marié...  u  .Jean  De  Lauzon." 

Puis,  à  la  page  172  : 

"  De  Lauzon.  Jeun,  Mcssire,  ancien  intendant  de  Vienne, 
•n  Lauphin.'-,  bapttsé  1582,  sépulture  1»>  lévrier  I(î(iGà  Paris. 

lo  Goudard,  marié — {en  premières  noces). 

(tfuit  té  numération  des  rnfants  nés  de  son  mariage  arec 
Marie  (Soudard). 

2o  D* Ailleboust,  Barlje — {en  secondes  noces)." 

J'en  suis  taché  pour  Mgr  Tanguay.  mais  il  faut  bien  lui 
dire  que  son  Dictionnaire  Généalogigue  commet  lu  deux 
erreurs  capitales.  Harbe  de  Boulogne  et  Km  mari,  Messin» 
Louis  d* Ailleboust,  n'eurent  jamais  d'enfants.  Conséquem- 
ment,  Jean  de  Lauzon  ne  put  marier  leur  tille  on  secondes 
noces.  Comment  taurait-Jl  fait,  puisqu'elle  n'était  pas  née  ? 

La  preuve  me  direz-vous.— La  voici. 

Je  lis  d'abord  dans  YlUstoire  des  Grandes  Familles 
Françaises  du  Canada,  de  l'abbé  J)aniel,  page  201  :  "  Mada- 
me d'Ailleboust  rompit  tout  ù  l'ait  avec  le  monde  et  se 
retira  ù  l'Hôtel-Pieu  de  Québec  qu'elle  fit  héritier  de  set» 
biens.  C'est  lu  qu'elle  finit  ses  jours,  comblée  de  mérites,  le 
5  juin  1685,  à  luge  do  70  ans  et  alla  ivjoindre  sa  pieuse 
*anr(ljqui  l'avait  devancée  de  plusieurs  années  dans  la 

(1)  Philippe-Gertrude  de  Boulogne,  religieuse  ursuline, 
décédée  ù  (Québec  le  23  aoiït  160'7, — ainsi  qu'une  autrc  de 
•es  soeurs  qui  était  religieuse  bénédictino  en  Franco.— Cl'  : 
Lem  Crsulincs  de  Québec,,  tome  1er,  page  261. 


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tomb«.    Ayant  fait  vœu  de  virginité  perpétuelle,  ainsi  que 
son  mari,  elle  ne  laissa  pas  d'enfants." 
Et  d'un  f 

Ouvrons  maintenant  les  Annales  manuscrites  de  V Hôtel- 
Dieu  du  Précieux  Sang,  de  Québec.    Nous  y  liions  : 

u  Madarao  d'Ailluboust  avait  resté  en  Canada  depuis  la 
mort  de  Monsieur  son  époux.  Elle  y  «'tait  tort  estimée, 
quoiqu'elle  cachât  sous  les  apparences  d'une  vie  commune 
les  grandes  vertus  qu'elle  possédait.  Plusieurs  personnes 
d  un  rang  distingué  l'avaient  recherchée  dans  son  veuvage. 
Monsieur  de  Courcelles.  gouverneur,  et  Monsieur  TaU>n, 
intendant,  la  demandèrent  tous  deux  en  mariage,  mais  com- 
me elle  était  vouée  dès  sa  jeunesse  à  Jésus-Christ,  et  que  le 
temps  qu'elle  avait  passé  avec  Monsieur  d'Ailleboust,  son 
mari,  ne  l'avait  pas  empêchée  de  garder  une  perpétuelle 
virginité,  elle  refusa  constamment  Ich  partis  les  plus  avanta- 
geux qui  ne  présentèrent  ;  et  pour  vivre  d'une  manière  plus 
retirée  et  plus  conforme  :\  lu  perfection  dont  elle  taisait 
profession,  elle  prit  la  résolution  de  se  donner  ;Y  notre  com- 
munauté en  qualité  de  pensionnaire  perpétuelle." 

Et  de  deux  f 

Si  nous  consultons  maintenant  les  Papiers  <T  Ailleboust 
(1)  nous  y  trouverons  d'abord  un  document  (daté  du  30 
octobre  1(152)  intitulé  :  Don  mutuel  (2)  de  Barbe  do  Bou- 
gne  ;V  son  mari  et  de  Messire  Louis  d'Ailleboust  a  sa  fem- 
me, où  les  parties  déclarent  n'avoir  pas  d'enfants. 

Et  de  trois  ! 


(1)  Les  Papiers  d?  Ailleboust  couvrent  une  période  de 
plus  de  (55  ans  ;  le  premier  en  date  est  du  10  avril  1G21,  le 
dernier,  du  13  juin  1685. 

(2)  Ce  Don  Mutuel  correspond  an  testament  dont  pari» 
M.  Krnest  <iagnon  a  la  page  18  de  sa  romarquablo  étude 
archéologique  :  Le  Fort  et  le  Château  St-Louis.  Ce  n'est 
qu'un  seul  et  mOrae  document. 


Toujours  consultant  les  Papiers  d' AUleboust,  dont  le  bel 
ordre  chronologique  facilite  et  abrège  le  travail  du  cher- 
cheur, nous  arrivons,  à  la  date  du  12  août  1664,  à  la  décla- 
ration suivante,  document  officiel  d'une  incontestable  valeur 
légale  : 

"  Je,  soussigné,gouverneur  de  l'Ile  de  Montréal,on  la  Nou 
velle- France,  certilie  à  tous  qu'il  appartiendra,  que  dét'unt. 
Messire  Louis  d'Ailleboust,  chevalier,  seigneur  de  Soulan- 
ges,  lieutenant-général  pour  Sa  Majesté  en  la  Nouvelle- 
France,  est  décédé  au  dit  Montréal  le  dernier  jour  do  mai, 
mil  six  cent  soixante  sans  avoir  laissé  aucuns  enfants  pro- 
créés du  mariage  d'entre  lui  et  Dame  Barbe  de  Boulogne 
sou  épouse. 

Kn  foi  de  quoi  j'ai  signé  le  présent  certificat  à  Québec,  h 
douzième  jour  d'août,  mil  six  cent  soixante-quatre. 

De  Maisonneuve  " 

Et  de  quatre  ! 

Enfin  une  nouvelle  déclaration  solennelle,  en  date  du  14 
août  1664,  corrobore  absolument  la  piveédeute  : 

"  Nous.  Louis  Rouer,  sieur  de  Villeray.  Jean  Juchereau, 
siour  do  la  Ferté,  Denis-Joseph  Ructte,  sieur  D'Auteuil, 
conseiller  du  Roy  en  son  Conseil  Souverain  de  la  Nouvelle- 
France,  et  Jean  Bourdon,  sieur  de  St- François,  procureur- 
général  de  Sa  Majesté,  certifions  il  tous  qu'il  appartiendra 
que  défunt  Messire  Louis  d'Ailleboust  ci-devant  gouverneur 
et  lieutenant-Général  pour  le  Jioi  en  ce  pays  y  est  décédé 
sans  avoir  laissé  aucuns  enfants  de  son  mariage  avec  Dame 
Barbe  de  Boulogne  sa  femme. 

Vax  foi  do  quoi  nous  avons  «igné  le  présont  certificat  à  la 
dite  Dame  d'Ailleboust,  pour  lui  servir  et  valoir  ce  que  de 
raison. 

Fait  a  Québec,  ce  quatorze  août,  mil  six  cent  soixante- 
quatre. 

Rouer,  Sr  Villeray 

JUCHEREAU  DE  LA  FERTÉ 

BoCRDON,  PROCUREUR-GÉNÉRAL  DU  Roi 

Ruette  D'Auteuil 

Et  de  cinq  / 


—  47  — 


Il  serait  fastidieux  d'accumuler  les  preuves  d'une  erreur 
rendue  manifeste  il  ht  seule  lecture  de  la  déclaration  solen- 
nelle du  14  août  1664.  (.'et  unique  document  suffirait  à 
l'établir  de  manière  à  défier  toute  contradiction. 

Sans  doute  il  est  fâcheux  qu'une  aussi  grave  inexactitude 
se  rencontre,  pour  l'un  dos  personnages  les  plus  marquants 
de  la  noblesse  franco-canadienne,  dans  le  Dictionnaire  <rê- 
néalogique.  Cette  faute,  étroitement  consignée  dans  l'ouvra- 
ge de  Mgr  Tanguay  n'eut  peut-être  pas  tiré  à  conséquence. 
Mais,  par  malheur,  ou  plutôt  par  bonheur  pour  la  vérité 
historique  dont  les  droits  étornels  domeurent  imprescripti- 
bles, d'autres  archivistes  prenant  cotte  iausso  indication 
pour  un  renseignement  précis,  l'ont  copiée  à  leur  tour,  ot 
fait  circuler.  (I)  Non  seulement  elle  s'est  échappée  du 
Dictionnaire,  non  seulement  elle  court  le  pays,  en  tous  sens 
et  à  tous  hasards,  mais  elle  a  passé  la  frontière,  voyage  à 
l'étranger  et  s'installe  effrontément  aux  places  d'honneur 
des  bibliothèques  publiques  à  la  faveur  d'une  publication 
magistrale  qui  la  promène  s\  ses  frais  et  dépens. 

A  lie  will  travel  seven  leagues  while  truth  is  getting  on  its 
boots.  Co  vieux  proverbe  anglais,  l'un  dos  plus  typiques  que 
je  connaisse,  s'applique  avec  une  admirable  justesse  a  l'erreur 
généalogique  commise  par  Mgr  Tanguay.  Non  seulement  elle 
est  à  sept  lieux  de  nous,  mais  lt  voici  rendue  aux  Etats-Unis, 


(1)  M.  Benjamin  Suite  est  do  ce  nombre.  On  lit 
en  effet  âla  page  29,  tome  I V,  de  son  Histoire  des  Canadiens- 
Français  :  "  En  mémo  temps  que  s'éteignait  la  fameuse 
Compagnie  des  Cont-Associés  disparaissait  aussi  de  la  scène 
du  mondo  M.  Jean  de  Lauzon  qui  l'avait  vn  naître  et  en 
avait  été  un  des  membres  les  plus  actifs.  Retourné  en 
France  (1656)  ce  vieillard  s'était  remis  en  ménage  en  épou- 
sant Barbe  d1  Ai  lleboust,  fille  de  M.  Louis  d'Aillebouxt,  ancien 
g<  uverneur  du  Canada.  11  mourut  à  Paris,  le  16  février 
1666,  âgé  de  82  ans,"  etc. 


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—  48  — 


A  Cleveland,  Ohio,  a  plusieurs  centaines  de  milles  d'ici.  VAkr 
vient  d  élire  domicile  dans  un  ouvrage  laineux.  Ceux-là  d'en- 
tre nous  qui  aiment  et  cultivent  par  le  detail  l'histoire  du 
Canada — leur  nombre  augmente,  Dieu  merci— savent  par- 
faitement qu'il  se  publie  actuellement  ù  Cleveland,  «Hat  de 
l'Ohio,  ohe»  les  célèbres  imprimeurs  The  Burroughs  Brother* 
Company,  une  edition,  royale  à  tous  les  points  de  vue,  des 
Relations  des  Jésuites,  texte  français  rigoureusement  calqué 
sur  l'original,  avec,  on  regard,  une  belle  traduction  anglaise 
des  plus  serrées  pour  le  sens,  comme  des  plus  châtiées  poul- 
ie style.  Terminée  cette  colossale  entreprise  comptera  soi- 
xante volumes  et  coûtera  une  somme  énorme. 

X-a  publication  de  celte  œuvre  classique  est  placée  sous  la 
direction  immédiate  de  M.  Rouben-tîold  Thwaites,  secré- 
taire île  la  Société  Historique  de  TKtat  du  Wisconsin. 

Or,  à  la  page  328  du  tome  23ièrae.  nous  lisons  ce  qui  suit  : 

Louis  d'Aillcboust,  one  of  the  Montreal  proprietors, 
succeeded  Moutmagny  (Sept  1G48)  as  Governor  General  of 
Canada  ;  three  years  later  he  was  replaced  by  Jean  de 
Lauson.  In  lt>52  he  obtained  a  grant  of  land  on  Isle  of 
Orleans  (St- Francis  parish).  In  the  following  year  he  was 
chosen  as  a  syndic  of  Quebec.  During  the  interval  between 
DeLauson's  departure  and  d'Argenson's  arrival  (Sept.  lo'57 
— .luly  lt>58)  d'Aillcboust  was  acting  governor  of  the 
country. 

He  died  at  Montreal,  May  31,  ln'iïO,  leaving  but  one  child. 
Barbe,  who  married  De  Lauaon,  the  governor. — (note  lt>, 
p.  28»  ). 

Aurai-je  eu  la  satisfaction  de  convaincre  M.  Thwaites  au 
point  do  l'amener  à  corriger  cette  erreur  historique  qui  fait 
tache  au  bel  ouvrage  qu'il  publie  ?  Mon  assurance  sur  ce 
point  confino  à  la  certitude. 

Loin  de  moi  l'étroite  et  mesquine  pensée  de  vouloir  dis- 
créditer auprès  d'un  savant  archiviste  étranger  le  Diction- 
naire Généalogique.    Qu'il  le  tienne,  au  contraire,  en  une 


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—  49  — 


grande  et  croissante  estime.  Cette  œuvr»  gigantesque, 
absolument  unique,  est  à  la  fois  un  monument  scientifique 
et  national.  Elle  représente  quarante  années  d'études  aride*, 
de  labours  acharnés,  do  rechorches  interminables,  poursui- 
vies quand  même,  en  dépit  d'obstacles  et  de  difficultés  sans 
nombre.  Un  seul  homme  a  eu  le  courage,  la  patience  et  la 
force  d'entreprendre  et  de  parachever  ce  travail  d'Hercule. 
Ce  vaillant  a  lo  droit  de  dire  à  son  pays  ce  qu'Horace  écri- 
vait de  ses  odes  :  Exeyi  monument um  are  perennius. 

Je  no  fais  pas  ici  un  procès  au  Dictionnaire,  je  sou- 
tiens seulement,  mais  fermement,  à  M.  Beuben-Gold 
Thwaitcs  qu'il  est  très  dangereux  de  s'appuyer  sur  cet  ou- 
vrage et  se  réclamer  de  son  autorité,  dans  une  discussion 
relative  aux  familles  de  Boulogne  et  d'Ailleboust.  Je  le 
répète,  Mgr  Tanguay  a  été  exceptionnellement  malheureux 
dans  la  préparation  de  leurs  arbres  généalogiques,  et  il  a 
commis  &  leur  propos  uno  dos  pires  erreurs  do  son  livre. 
Qu'on  en  juge. 

Voici  ce  que  nous  lisons  à  la  page  16*2,  du  tome  1er  : 

"  De  Boulogne,  Florentin,  de  St-Kustache,  de  Paris. 

Philippe,  Gertrude,  baptisée  l(i03,  née  ù  Bavière,  en 
Champagne,  uraulhie  dite  St-Dominique,  lo  2  déc.  1048  ; 
sépulture,  20  août  1667,  ù  Québec. 

Barbe,  baptisée  1018,  mariée  à  Louis  d'Ailleboust.  3ièmt 
gouverneur  de  la  colonie,  sépulture  7  juin  1085.  Inhumé* 
dans  le  chœur  des  Hospitalières  de  Québec." 

Or,  si  nous  consultons  uno  dernière  fois  les  Papiers 
(V Ailleboust  nous  constatons,  par  lo  contrat  de  mariatje  de 
Barbe  de  Boulogue,  en  date  du  6  septembre  1638,  quo  la 
femme  de  Florentin  de  Boulogne  n'était  pas  Gertrude- 
Philippe,  mais  Kustache  Qurau  !  Mgr  Tanguay  prend  ce 
nom  de  Philippe  pour  un  nom  de  famille.  Ce  n'est  qu'un 
nom  de  baptême  ;  et  ce  nom  de  baptême  appartient  à  Ger- 

3 


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—  50  — 


trude-Philippe  de  Boulogne,  sœur  aînée  de  Barbe  de  Bou- 
logne, femme  du  gouve  rnear  d'Ailieb  just.   C'est-à-dire  que 
Mgr  Tanguay  marie  le  pire  avec  sa  niie.  et  de  cette  union 
fait  naître  un  enfant,  Barbe,  qui  se  trouve  être,  conséquem 
ment,  la  propre  sœur  de  sa  mère  î  !  (1) 

11  est  heureux,  pour  Madame  d'AJlleboust,  qu'elle  ait  eu 
le  soin  de  mettre  en  bon  ordre  et  liou  sûr  ses  papiers  de 
famille.  Autrement  les  mauvaises  langues  eussent  insinué 
qu'il  lui  était  arrivé  un  gros  accident  î 

Comment  une  aussi  monstrueuse  erreur  a-t-ellepu  échap- 
per à  l'auteur  du  Dictionnaire  Généalojique  f   Je  l  ignore. 
Elle  est  d'autant  moins  excusable  que  huit  ans  avant  la  pu- 
blication du  Dictionnaire  on  lisait  ce  qui  suit  dans  X Histoire 
des  UrsuUnes  de  Québec  :  (2) 

"  Le  deux  décembre  1648  on  reçut  au  Noviciat  Mademoi- 
selle Philippe  Gertrude  de  Boulo.jue.  sœur  de  Madam? 
d'Aillebottst,  si  bien  connue  eu  ce  ]>ays.  Cette  pieuse  demoi- 
selle était  venue  en  Canada  avec  sa  sonir,  femme  du  troi- 
siime  gouverneur.  M.  Louis  d'Aillcboust  de  Soulanges. 
Elle  n'eut  pas  plus  tôt  fait  connaissance  avec  nos  premieres 
nu- res  qu'elle  désira  se  consacrer  à  Dieu  parmi  elles  ;  mais 
M.  et  Madame  d'Ailleboust  ne  manquèrent  pas  de  pr»  tentes 


(1  )  Je  signale  particulièrement  à  l'attention  de  M.  Reuben- 
Gold  Thwaites  une  fort  intéressante  esquisse  de  la  vie  de 
Barbe  de  Boulogne,  par  M.  le  docteur  N.-E.  Dionne,  parue 
dans  La  Kermesse,  revue  hebdomadaire,  publiée  à  Québec  en 
1892, — numéro  du  30  septembre,  pages  29,  30,  31  et  32. 

(2)  Les  Ursulines  de  Québec  depuis  leur  établissement 
jusqu'à  nos  jours — Tome  1er,  page  139. — Québec  :  Des  pres- 
tes de  C.  Darveau,  8  rue  LaMontagne,  Basse-Ville,  18U3. 

Le  premier  volume  du  Dictionnaire  Généalogique  de» 
Familles  Canadiennes  de  l'abbé  Tanguay,  ne  parut  que 
huit  ans  plus  tard,  en  1871,  chez  Eusèbe  Senécal,  à 
Montréal. 


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pour  lui  faire  différer  son  entrée  aux  Ursulines.  Cependant 
lludeinoiselle  de  Boulogne  poursuivait  toujours  son  pieux 
dessin,  et  dès  qu  cllo  eut  obtenu  la  permission  si  longtemps 
désirée,  elle  quitta  joyeusement  la  résidence  du  gouverneur 
qui  était  déji  à  cette  éjKKjuc  le  rendez  vous  des  belles  dames 
et  des  brillants  chevaliers  du  pays,  et  rint  partager  avec 
générosité  les  travaux  pénibles  et  les  privations  sans  nom- 
bit;  de  ses  pieuses  amies  des  Ursulines." 

Il  est  heureux,  pour  Mgr  Tanguay,  que  Madame  d'Aille- 
boust  n'ait  jamais  eu  d'entant  !  Les  héritiers  de  ce  grand 
nom  eussent  alors  été  bien  fondés  à  poursuivre  en  domma- 
ges, exemplaires  et  viudictifs,  son  fameux  Dictionnaire 
(Unéalotjique. 

Kunkst  Myrand 


LE  GENERAL  ARNOLD 


A  l'assaut  de  Québec,  le  M  décembre  1775,  Benedict 
Arnold  qui  conduisait  la  seconde  attaque  lut  blessé  assez, 
griè  vement  à  la  jambe.  Le  7  octobre  1777,  à  Saratoga,  il  se 
battit  comme  un  lion  et  fut  de  nouveau  blessé  à  la  infime 
jambe. 

Trois  ans  plus  tard,  en  1780,  Arnold  trahissait  la  cause 
de  rindéjHjndance  américaine  et  essayait  de  livrer  West- 
Point  à  sir  Henry  Clinton. 

Arnold  fut  fait  brigadier-général  dans  l'ami éo  anglaise. 
Envoyé  dans  la  Virginie,  pour  y  opérer  une  diversion,  il 
lutta  contre  Lafayette  et  s'empara  de  Richmond. 

C'est  dans  le  coure  do  cette  expédition  qu'Arnold  faillit 
être  tait  prisonnier  par  ceux  qu'il  avait  renié. 

— Qu'eussiez-vous  fait  de  moi  si  j'étais  tombé  entre  vos 
mains,  dit-il  quelques  jours  après  cette  alerte  à  un  officier 
américain  ? 

— Nous  aurions  enterré  avec  les  honneurs  do  la  guerre 
votre  jambe  brisée  au  service  de  la  patrie,  répondit  celui-ci. 
et  nous  aurions  pendu  lo  reste.  P.  G.  R. 


RÉPONSES 


Le  Journal  des  Jésuites.  (II,  II,  155.)— Le  Jour- 
nal des  Jésuites  a  été  tiré  à  000  exemplaires  ;  mais  presque 
toute  l'édition  a  été  détruite  par  le  feu,  en  même  temps  que 
la  majeure  partie  de  l'édition  de  Y  Histoire  de  Cinquante 
Ans.  par  T. -P.  Bédard.  Le*  exemplaires  de  ces  deux  ouvra- 
ges non  endommagés  par  l'eau  et  la  fumée  sont  très  rares. 
Soixante-trois  exemplaires  du.  Journal  des  Jt'su>'te~s  sont  daus 
le  public,  et  la  majeure  partie  de  ce  nombre  restreint  se 
trouve  aux  États-Unis,  if.  Valois  en  cataloguait  un  exem- 
plaire, il  y  a  quelques  années,  à  $50.00,  si  ma  mémoire  ne 
me  fait  pas  défaut.  L'honorable  L.-Ii.  Masson  a  payé  son 
exemplaire  $75.00  de  M.  Brousseau.  J'en  ai  trois  exem- 
plaires :  un  qui  provient  do  la  bibliothèque  do  l'abbé  Boau- 
det.  deux  que  j'ai  achetés  dernièrement  de  M.  Brousseau,  le 
tils  do  l'éditeur. 

M.  Brousseau  n'en  a  plus  qu'un  exemplaire,  qu'd  conser- 
ve comme  les  yeux  de  sa  tête.  J'ai  aussi  un  exemplaire 
intact,   non  rogné,  de  Y  Histoire  dr   Cinquante  Ans,  de 

Bédard.  Il  vient  de  la  bibliothèque  de  feu  Guillaume 
Amyot.  La  réimpression  laite  par  M.  J.-M.  Valois,  en  185)3, 

e*t  figurée  de  l'édition  originale,  qui  était  imprimée  avec 

des  caractères  anciens.  Cette  réimpression  se  vendait  $5.00. 

Raoul  Renault 

La  mort  du  gouverneur  de  Mesy.  (IV,  IT, 
435.) — Dans  l'hiver  de  1064,  M.  de  Mésy  tomba  malade  de 
la  maladie  dont  il  mourut.  11  se  fit  porter  à  l'IIûtcI-Dicu 
dans  la  salle  des  pauvres.  Sa  maladie  fut  assez  longue  pour 
lui  donner  le  temps  de  se  préparer  à,  la  mort.  On  sait  qu'il 
avait  très  mal  agi  à  l'égard  de  Mgr  de  Laval,  qui  avait  été 
pour  ainsi  dire  son  protecteur.  11  le  tit  prierdo  venir  le  voir, 
ko  réconcilia  avec  lui  et  lui  demanda  pardon.    Il  fit  publier 


4  son  de  trompe,  et  afficher  sur  toutes  les  places  publique*, 
la  rétractation  de  tout  ce  qu'il  avait  dit  et  écrit  contre  le  vé- 
nérable évêque  de  Québec,  et  le  pardon  qu'il  demandait  au 
public  du  scandale  qu'il  avait  donné,  et  ù  l'évoque  de  l'ou- 
trage qu'il  lui  avait  lait.  Il  prit  même  Mgr  de  Laval  pour 
son  confesseur,  et  voulut  mourir  entre  ses  mains.  Entin, 
pour  y  mettre  le  dernier  sceau,  il  lit  un  testament  où  il  re- 
nouvelait les  mémos  protestations,  et  par  esprit  d'humilité 
et  de  pénitence  il  demanda  d'être  enterré  dans  le  cimetière 
de  l'llûtel- Dieu,  au  milieu  des  pauvres,  sans  pouipos  et  sans 
distinctious. 

M.  de  Mésv  mourut  le  6  mai  1664. 

V 

Ses  dernières  volontés  furent  exécutées,  à  l'exception  des 
honneurs  fun ibres,  que  Mgr  de  Laval,  a  la  tête  do  son  clergé 
et  de  tous  les  corps  do  la  colonie,  lui  rendit  le  plus  solennel- 
lement possible.  Lo  corps  fut  porté  par  quatre  congréga- 
nistes,  et  les  coins  du  drap  par  quatre  Sauvages.  Il  fut  d  é- 
posé à  la  cathédrale  où  il  passa  la  nuit.  Le  lendemain  on 
le  reconduisit  ù  l'HOtel-Dieu. 

De  Latour 

L'ancien  Conseil  de  Quebec.  (IV,  V,  431).)— Au 
dire  do  Charlevoix  ce  Conseil  n'était  pas  d'une  composition 
bien  régulière.  Parlant  de  l'organisation  civile  et  judiciaire 
avant  le  régime  de  1763,  il  écrit  : 

u  II  est  vrai  que  dès  l'année  1640,  il  y  avait  un  grand 
aéuéehal  de  la  Nouvelle-France,  et  qu'aux  Trois-Rivièros  il 
y  avait  une  juridiction  qui  rcssortissait  au  t  ribunal  de  ce 
magistrat  d'épée  ;  mais  il  parait  que  celui-ci  était  subor- 
donné dans  ses  fonctions  aux  gouverneurs-généraux,  qui 
s'étaient  toujours  maintenus  dans  la  possession  de  rendre  la 
justice  par  eux-mêmes,  quand  on  avait  recours  à  eux,  et 
que  cela  arrivait  souvent.  Dans  les  affaires  importantes, 
ils  assemblaient  une  espèce  de  conseil  composé  du  grand 
sén  chai,  du  supérieur  des  Jésuites,  qui,  avaut  l'arrivée  d'un 


—  54  — 


évéque.  était  le  soul  supérieur  ecclésiastique  du  pays,  et  Je 
•  quelques-uns  de»  plus  notables  habitants,  auxquels  on  don- 
nait la  qualité  de  conseillers.  Ainsi  lorsqu  en  1651.  le  sieur 
Godcfroy  tut  envoyé  avec  le  P.  Dreuillettes  dans  la  Nou- 
velle Angleterre,  "pour  y  traiter  d'une  paix  perpétuelle 
entre  les  deux  colonies,  il  lut  qualifié  dans  ses  lettres  de 
créance  de  concilier  au  Conseil  tie  la  Nouvelle- France  : 
mais  ce  conseil  n'était  point  j>ermanent  ;  le  gouverneur  gé- 
néral l'établissait  en  vertu  du  pouvoir  que  le  roy  lui  eu 
donnait,  et  le  changeait  suivant  qu'il  le  jugeait  à  propos." 

i  >e  son  cjt  '.  voici  ce  que  dit  l'abb:  Ferland  de  cet  ancien 
Conseil  : 

M.  d'Ailleboust  apportait  un  nouveau  règlement  royal, 
donné  le  cinq  mar*>  lt>4S,  et  modifiant  considérablement 
uclui  de  l'année  précédente.  Voici  quelles  en  étaient  les  dis 
positions.  Dans  la  suite  le  gouverneur-général  devait  être 
nommé  pour  trois  ans  ;  eelui  qui  sortirait  de  charge  une 
première  fois  pourrait  être  continué  dans  ses  fonctions  pen- 
dant trois  autres  années.  Le  roi  créait  un  conseil  comjiosé 
du  gouverneur  de  la  colonie,  du  supérieur  des  Jésuites  de 
Qir  bec,  en  attendant  qu'il  y  eu  un  évêque.  du  dernier  gou- 
vemeur  sorti  de  charge,  de  deux  habitants  du  pays  élus  de 
trois  ans  en  trois  ans  par  les  gens  tenant  le  conseil  et  par 
les  syndics  des  communautés  de  Québec,  de  Montréal  et  des 
Trois  Rivières,  s'il  n'y  avait  pas  d'ancien  gouverneur  dans 
le  pays,  l'on  choisissait  le  cinquième  conseiller  parmi  les  ha- 
bitants de  la  colonie.  Le  conseil  formé  en  1648  tut  composé 
de  M.  d'Ailleboust,  du  P.  Jérôme  Lalemant  et  des  sieurs  de 
Chavigny,  (îodefroy  et  Gitfard.  Les  gouverneur»  ties  Trois- 
Kivières  et  de  Montréal  avaient  entrée,  séance  et  voix  déli- 
bér.itive  au  conseil  lorsqu'ils  se  trouvaient  à  Québec...  Le 
conseil  avait  le  droit  de  faire  des  lois  locales  ;  il  réglait  les 
affaires  de  commerce,  décidait  de  la  paix  et  de  la  guerre 
avec  les  nations  sauvages,  jugeait  les  différends  entre  les 
particuliers  ;  il  possédait  des  pouvoirs  législatifs  et  judici- 
aires, toujours  néanmoins  sous  la  direction  du  gouverneur- 
général." 

Tel  était  cet  ancien  Conseil  de  la  Nouvelle- France  qui 
a  précédé  le  Conseil  Souverain  de  lu'G3. 


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Malheureusement  lea  registres  do  ce  conseil  sont  disparu* 
Ils  ont  péri  probablement  dans  quelque  incendie.  Charlevoix 
lui-même  ne  semble  pas  avoir  eu  l'avantage  do  les  compul- 
ser. En  ettet,  au  sujet  de  ce  projet  de  traite?  do  paix  et  d« 
commerce  entre  le**  colonies  anglaises  et  la  colonie  française 
tlont  il  est  question  plus  haut,  il  cite  deux  pièces  "  quo  l'on 
garde,  dit-il,  au  dépôt  do  la  marine."  La  première  est  une 
lettre  écrite  par  le  Conseil  do  Québec  u  aux  commissaires  d« 
la  Nouvelle-Angleterre  "  ;  la  seconde  est  la  nomination  du 
«ieur  Godef'roy  commo  ambassadeur  avec  le  P.  Dreuillette, 
ot  porte  en  titre  :  "  Extrait  des  registres  de  l'ancien  Conseil 
de  ce  pays,  du  vingtième  jour  de  juin  1651." 

C'est  au  dépôt  de  la  marine  quo  le  P.  Charlevoix  avait  pu 
se  procurer  ces  extraits.  U  n'avait  donc  pas  eu  eous  les  yeux 
les  registres  eux-mêmes. 

Lu  Sœur  Juehereau  ^crit  dans  son  ouvrage  sur  l'Hôtel- 
Dieu  que  les  registres  du  Conseil  Supérieur  avaient  péri 
dans  l'incendie  du  jour  des  Kois  171.'}.  Heureusement  elle  a 
commis  là  une  erreur  de  fait.  Ces  prédeux  registres  nous 
ont  été  conservés  et  il  y  en  a  déjà  six  volumes  d'imprimés. 
Mais  il  est  fort  possible  que  l'annaliste  de  l'Hôtel- Dieu  ait 
simplement,  par  une  inadvertance  bien  compréhensible,  cou- 
fondu  les  registres  du  Conseil  Supérieur  avec  ceux  de 
l'ancien  conseil  antérieur  à  1603,  et  que  ce  soit  ces  derniers 
qui  aient  brûlé  en  1713.  Ils  se  trouvaient  sans  aucun  doute 
dans  le  palais  de  l'Intendant,  où  se  tenaient  les  séances  du 
Conseil  Supérieur.  Ce  palais  était  situé  au  pied  de  la  côte 
du  même  nom,  un  peu  a  gauche.  C'était  un  bel  édifice  de 
480  pieds,  dans  lequel  on  pénétrait  par  une  porto  monumen- 
tale. Dans  la  nuit  du  5  janvier  1713,  le  feu  s'y  déclara  avec 
tant  de  violence  et  se  répandit  avec  tant  do  rapidité  que 
l'intendant,  M.  Begon,  et  madame  l'intendante  purent  s'é- 
chapper à  grande  peine,  en  costume  de  nuit.    Celle-ci  fut 


t 


—  56  — 

obligée  de  briser  les  fenêtres  de  sa  ohambre  pour  respirer 
un  peu  d'air  avant  de  pouvoir  s'échapper,  car  la  fumée 
était  répandue  partout.  Deux  do  ses  femmes  de  chambre»  pé- 
rirent dans  les  flammes  ;  un  valet  de  l'intendant  eut  le  mémo 
•ort.  L'intendant  perdit,  dans  ce  l'eu,  paraît-il,  plus  de 
quarante  mille  piast  res  en  valeur. 

C'est  à  cette  désastreuse  conflagration  que  l'annaliste  de 
l'Hôtel-Dicu  fait  allusion,  quand  elle  parle  de  la  perte  de» 
registres  du  Conseil.  Seulement,  au  lieu  de  ceux  de  l'ancien 
Conseil  elle  mentionne  ceux  du  nouveau  Conseil. 

Combien  d'autres  documents  précieux,  pour  notro  his- 
toire, ont  péri  dans  des  incendies  analogues,  ici  et  en  Europe. 

I0.VOTU8 

Encore  le»  Mettrons.  (IV,  IX,  512.)— On  a  écrit  que 
le  régiment  des  Mourons  était  composé  de  Suisses. 

I!  peut  6c  faire  qu'il  le  fut  originairement,  mais  tel  qu'il 
nous  vint  en  Canada  c'était  un  régiment  composé  de  toutes 
sortes  do  nationalités. 

Une  partie  sinon  toutes  les  recrues  de  ce  régiment  étaient 
des  prisonniers  de  guerre  que  l'on  expédia  de  l'île  de  Malte 
pour  venir  faire  le  coup  do  feu  contre  les  Américains  en 
1812. 

La  plupart  n'étaient  pas  mécontents  de  quitter  l'île  où 
ils  n'avaient  pas  toutes  leurs  aises,  dit-on. 

Voici  les  noms  de  quelques-uns  de  ces  Meurons  qui  ob- 
tinrent des  octrois  de  terre  en  1815  et  1816*  dans  les  town- 
ships de  Grantham  et  Markham,  comté  de  Drummond alors 
comté  de  Buckinghamshire  :  Zach.  Jenery,  Geo.  Brait h- 
waite.  John  Adoly,  Jacob  Weitgs,  Jacob  Bonner,  Jean 
Keogh.  André  Burzuifsky,  Simon  Milofl'sky.  Jean  Gres- 
kobigh,  Stephan  Gourdzky,  Thtodore  llumsrachy,  Amable 
Marchand, Pierre  Lemetto,John  Bowman,Vincent  Josarsky, 
Martin  Koeankwitz,  Laurent  Gastostosky,  Antoine  Gradz- 


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inskv,  Martin  Gregortch,  Carlo  Bowa,  Santo  Ohalopiua. 
Jean  Jeasiko:!',  Stephen  Renkowitz.  Albert  Draus,  John 
-Schmidt.  Jo*enh  Flatkosky,  Johannes  Cussagrands.  etc. 

Pour  lors,  p»ur  le  sâr.  comme  disait  un  vieux  Mouron. 
Allemand  de  naissance,  tous  ces  noms  en  jt/;y,  en  tz  et  ff 
n'étaient  pas  des  noms  de  Suisses. 

Il  y  a  encore  à  Drum mond ville,  à  Saint-Germain  de 
Grantham,  à  Wickham  et  à  l'Avenir,  un  grand  nomhre  de 
descendants  des  Mourons  et  des  Wattovillo.  Véga 

Le  chauffage   de    nos    églises  autrefois. 

(IV,  XI,  542.) — Lescomptosdu  raarguillier  du  Sault-au- 
Ji&oilct,  en  1751),  montrent  un  item  de  72  livres  pour  un 
réchaud. 

Il  est  à  propos  do  comprendre  cette  expression  au  point 
de  vue  historique. 

Durant  nos  hivers  vous  ète>  confortablement  assis  à  l'é- 
glise sans  vous  pr  occuper  du  froid  régnant  au  dehors. 
Vous  êtes-vous  demandé  comment  nos  ancêtres  pouvaient 
suivre,  sans  feu,  les  offices  les  plus  longs  ? 

Les  églises  dans  leur  temps  n'étaient  pas  tinies.  pour  la 
plupart,  et  quand  elles  étaient  une  fois  terminées,  le  froid 
y  régnait  en  maître,  il  n'y  avait  certainement  pas  de 
poêles  ! 

(.'  est  ce  qui  fait  écrire  à  M.  Henjamin  Suite  : 

•'  Lch  églises  turent  privées  de  poêles  jusque  vers  l'année 
ISO;».  Le  prêtre  qui  célébrait  tenait  une  chaufferette  sur 
l'autel  ;  quelques  paroissiens  avaient  «les  chaufferettes  sous 
les  pieds.  Les  poêles  de»  forges  de  Saint-Maurice,  qui  datent 
de  17'W  au  moins,  attendirent  prés  d'un  demi-siècle  le  privi- 
lège d'entrer  dans  la  maison  du  bon  Dieu.  "  (Histoire  iks 
Canadiens- Français,  III,  p.  118). 

Mais  comment  supporter  le  froid  ?  Le  réchaud  du  bon 
ouré  du  Sault-au- Récollet,  porté  au  chapitre  des  dépenses 
pour  1759,  explique  pour  le  pasteur.  4 


-  58  - 

Quant  aux  fidèles,  la  calotte  couvrait  la  tête  des  hommes  ; 
de  chaude!»  coi  nos  protégeaient  celle  des  femmes. 

Il  est  intéressant  do  voir  ce  que  le  Jour  mil  des  Jésuites 
dit  à  ce  sujet. 

A  propos  des  cendres  de  l'année  1G40,  le  Journal  s'expri- 
me comme  suit  (p.  34)  : 

"  On  avait  advertis  quelles  ne  se  mettraient  ni  sur  les 
calottes  ni  sur  les  coéti'es  dos  femmes,  mais  qu'il  fallait  pré- 
senter les  cheveux." 

La  calotte  était  donc  en  usage  alors  parmi  les  simples 
fidèles,  et  de  bous  vieillards  l'ont  gardée  avec  soin.  Les 
prêtres,  à  l'église,  en  dehors  du  saint  sacrifice,  se  servaient  de 
leur  camail,  préservant  leur  tête  et  leurs  épaules  de  l'atteinte 
trop  s  ;vère  du  froid. 

LesPùres  de  Quen  et  Druillettes  u  vinrent  mêmodeSillerv 
à  Quélwe-,  dit  le  Journal  des  Jésuites  (p.  22)  pour  les  stations 
du  jubilé  de  1045  "  en  surplis  et  dominau  (camail)  "  en  un 
temps  grandement  froid." 

Mais  voici  une  citation  qui  établit  clairement  la  fonction 
du  réchaud. 

Au  sujet  de  la  célébration  de  Noël  1646,  le  Journal  des 
Jésuites  dit  (p.  74)  :  "  Le  temps  fut  si  doux  qu'on  n'eut  pas 
besoin  de  réchaud  sur  l'autel  pendant  toutes  les  messes." 

C'était  donc  une  habitude  dés  ce  temps  d'avoir  un  réchaud 
•ur  l'autel  ;  le  célébrant  s'en  servait  afin  d'accomplir  ses 
augustes  fonctions. 

Il  y  eut  cependant  des  essais  pour  chauffer  l'église  à 
Québec,  ce  qui  fait  dire  au  Journal  des  Jésuites  (p.  98)  au 
•ujet  de  la  fête  do  Noël  do  1047  :  44  II  y  avait  trop  de  chau- 
dières a  l'église  do  la  messe  d«  minuit,  deux  suffisent  avec 
celle  de  M.  le  gouverneur,  et  elles  furent  allumées  trop 
tard,  de  sorte  qu'il  les  fallut  faire  oster  ;  il  y  en  avait 
5  ou  6." 


* 


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—  59  - 


Evidemment,  le  *eu  était  mi*  au  bois  dans  cos  chaudières 
longtemps  avant  les  offices  ;  la  fumée  montait  à  la  voûte,  et 
les  braises  dans  les  5  ou  b"  chaudières  jetaient  une  chaleur 
miioii  .suffisante,  du  moins  de  nature  à  consoler. 

JYabbé  Chs.  P.  Kkauiukn 

I>e  Kamcziiy.  (IV,  XI 1.  550.)— Timothéde  Ramozay, 
(père  de  Claude  qui  se  maria  a  Québec  en  lu:>0)  seigneur 
de  la  Jesse,  Montigny  et  Rivière,  descendant,  je  crois,  d'une 
famille  écossaise  du  nom  de  Iiam>ay. 

J'ai  feuilleté  Daniel,  Histoire  de  nos  grandes  families  ca- 
nadiennes, sans  y  découvrir  ce  quo  l'on  d  sire  savoir.  //Ar- 
moriai de  M.  d'JIozier  eut  ensuite  son  tour.  A  l'article  De 
Salcert.  le  nom  de  Ramezai  figure  par  alliance.  Antoinette, 
tille  d'André  de  Hamezai,  sieur  d'Orsonville,  épouse  un 
Dt  Salcrrt.  Ceci  a  lieu  en  Bourgogne.  A  un  autre  endroit, 
Ramezay,  le  gouverneur  de  Quéltec,  rentré  en  France  après 
la  conquête,  est  eité  par  d'IIozier,  à  la  date  1763,  appuyant 
M.  de  Marin,  officier  français,  qui  combattit  en  Cumula,  et 
qui  en  ce  temps  voulait  établir  ses  droits  à  certains  titres  de 
noblesse. 

J'examine  alors  L'Armoriai  général  de  J.  R  Riotstap, 
(2e  édition,  1SS4)  et  j'y  cueille  une  longue  liste  de  Ramsay, 
et  vous  remarquerez  que  l'armoierie  est  presque  la  même 
partout,  ce  qui  m'incline  à  les  croire  tous  plus  ou  moins 
parents. 

Le  premier  que  mentionne  Rietstap  s'établit  en  la 
Finlande,  mais  on  ne  dit  pas  quand.  Ses  armes  sont  :  I •  ar- 
gent à  l'aigle  de  Sable.  Devise  :  Ora  et  Labora.  Cimier  : 
une  licorne  issant  d'argent.  Support  :  deux  irritions  d'or. 

Ramsay  (de  Suède)  anobli  H»:>3,  même  blason. 

Ramsay  de  Bal  main  (Ecosse)  baronnet  en  mai  180(>. 
Presque  la  même  chose. 

Ramsay  de  Batntf,  (comté  de  Perth,  Keosse)  baronnet  en 
1G(>iJ.    D'argent  à  l'aigle  de  sable,  becqué  et  membre  do 


'T 


—  m  — 

gueules.  Cimier  :  une  tête  et  col  de  licorne.  Support  :  deux 
grillons.    T)evise  :  Sj/emit  jitrii  <ila  rirtus. 

Ramsay-Fairfax  de  Maxton  (Ecosse)  baronnet,  14  mai-» 
1K3i>.  C'est  un  Fairfax  qui  acquiert  le  nom  de  Ramsay  par 
alliance.  Ecart  eh?  au  1  et  4,  il  blasonne  comme  nos  autres 
lîamsay.  L'un  de  ces  Fairfax,  capitaine  de  frégate  qui 
devint  plus  tard  vice-amiral,  assistait  au  si.  ge  de  Québec, 
nous  Wolte. 

Ramsay,  comte  de  ITolderness  (Angleterre),  baron  de 
Kingstoit-upon  Thames,  et  comte  de  llolderncss,  22  janvier 
1021,  maison  «.'teinte  en  102">.  Au  1,  d'argent  à  l'aigle  de 
sable. 

Eniin,  voiei  le  dernier  et  le  plus  important. 

Ramsay.  (Kroun- Ramsay,  marquis  de  J>alhousie,  Ecosse) 
Lord  l',in,.s,i;/  tir  M,  (n>*>\  2">  août  1GIS  ;  Baron  Ratnsay  de 
Kerriiigton.  et  comte  de  lhilhou.Mc  29  janvier,  UV.iï  ;  titres 
dans  la  pairie  d'Ecosse.  Baron  Daîhousie  de  Palhousie.  11 
août  lsl,">.  Marquis  île  î>alhousie.  I  juin  184!)  ;  titres  dans 
la  pairie  du  Royaume- Uni.  Maison  éteinte  le  lt>  décem- 
bre IHfiO.  (Do,r.<  Pernir/r  dit  ISSU.)  Eeartclé,  aux  1 
et  4  :  d'argent  à  l'aigle  de  sable,  becqué  et  membre  de  gueu- 
les ;  (  Ramsay)  au  2  et  li  :  de  gueules  à  trois  tleurs  de  lis 
d'or.  (Kroun)  ('inner  :  une  t.te  et  col  de  licorne,  d'ar- 
gent, crime  et  aecornée  d'or.  Support  :  deux  grillons, 
au  naturel.     Devise  :  Ont  et  itihora. 

Hnrlu'  sPt'crtti/r  «(• /ifirom  tnt/r.-i  la  généalogie  des  Rams<iif- 
Dalhousie.  nous  apprend  qu'en  1702.  l'un  des  tils  de  Ramsay 
mourut  à  la  guerre  en  Hollande.  Un  autre,  en  1707,  eut  le 
même  sort  a  Almanza,  en  Espagne.  Ceci  démontre  que  les 
membres  de  eette  maison  n'avaient  pas  des  dispositions  sé- 
dentaire*, et  le  chevalier  Timothé  de  Ramezav  est  très  pro- 
bablement le  lils  de  Jacques  ou  (luillaume  de  Ram/.av  nés 
•ntre  HÏ35  et  1045,  et  sur  le  sort  desquels  fiurkës  Peenvjf 


t 

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i 


—  01  — 

«est  muet.  Ktant  connu  Ion r  propension  aux  d '-placements, 
■d'aprs  les  notes  recueillies,  il  ne  serait  pris  surprenant  que 
l'un  Ues  derniers  personnage  s  nommés  vint  échouer  et  s'éta- 
blir en  Bourgogne,  au  plateau  de  Lanières.  La  maison  des 
Ramsay- Dalhousie  existait  eu  Ecosse  eu  Vil),  et  le  nom 
décrivait  alors  De  Ramezai. 

Tîécîis  Rot 

Un  tableau  «lu  Correge  au  Canada.  (IV,  XII 
Ô52.  ) — Il  y  a  dans  la  cathédrale  de  Sherbrooke  une  peinture 
à  l'huile  dont  le  sujet  est  V Ium'-lulité  </r  taint  Thomn*. 
Kilo  mesure  trois  pieds  et  sept  pouees  sur  deux  pieds  dix 
pouces.  Cette  toile  n'est  pas  de  Michel-Auge,  mais  de 
Antoine  Allogri,  dit  he  (.'orK-ge,  le  c  lèbre  fondateur  de 
l'école  lombarde. 

Le  Corn-ge  est  le  premier  'pli  ait  os*  peindre  des  figures 
■dans  les  airs.     Deux  de  ses  plus  beaux  tableaux.  Saint- 
~Ur<>m<'  et  le  Chrixt  <ltta<-h<'  <lr  la  rrnix.  sont  au  Louvre.  Le 
■due  de  Modône  olFrit  deux  millions  pour  le  premier  de  ces 
tableaux  qui  avait  été  payé  au  Convie  deux  cents  francs. 
Kt  encore  cette  somme  lui  fut-elle  comptée  eu  monnaie  de 
«cuivre  d'un  poids  si  lourd,  que  le  pauvre  artiste  ayant  voulu 
l'emporter  sur  ses  épaules  jusqu'à  sa  demeure,  éloignée  de 
«ieux  lieues,  la  fatigue  qu'il  en  éprouva  lui  donna  une  fièvre 
violente  qui  termina  ses  jours. 

On  sait  de  quelle  façon  sa  vocatiou  se  révéla.  A  la  vue 
-d'un  tableau  de  Raphael,  il  s'écria  :  ':  Kt  moi  aussi,  je  suis 
peintre."'  Et  à  partir  de  cet  instant,  il  se  mit  à  peindre 
presque  sans  maîtres.  Ses  d.  buts  même  sont  des  chefs- 
d'œuvre. 

Le  tableau  de  la  cathédrale  de  Sherbrooke  porte  l'au- 
lJjentique  suivant  : 


-  6*2  — 

♦ 

"  New- York,  April  4,  189?. 

This  is  to  certify  that  tho  painting  now  belonging  to  the 
cathedral  church  of  St.  Michael.  Sherbrooke,  Province  of 
Quebec,  was  given  to  me  by  the  venerable  Abbé  Desjardins, 
chaplain  of  the  Hotel- Dion  of  Quebec,  and  was  by  bin* 
cert i tied  as  the  Saint  Thomas  of  Correggio"  one  of  the 
master-pieces  of  Italian  Art. 

Bernard  O'Reilly,  D.  D  ;  L.  D  ; 

Domestic  Prelate  of  His  Holiness  ; 

formerly  Rector  of  Sherbrooke." 

Les  paroissions  de  Sherbrooke  sont  fiers,  et  avec  rais*)», 
du  trésor  de  leur  cathédrale 

L'abbé  Chs.-Jos.  Roy 

Sir  Allan  MacNab  et  le  catholicisme.  (V,  I. 

5(»0.  ) — Sir  Allan- Napier  MacNab,  qui  tut  le  chef  de  l'ad- 
ministration MaeXab-Morin.de  1S54  à  185tî,  fut  inhumé,  le 
12  août  lSt>2,  dans  le  cimetière  catholique  de  Hamilton, 
Ontario,  avec  les  cérémonies  de TKglise  catholique. 

C'est  la  belle.steur  de  sir  Allan  Mae  Nab,  la  femme  de  hou 
frère  David,  fervente  catholique,  qui  l'instruisit  des  mystè- 
res de  notre  religion. 

Les  sacrements  de  baptême,  de  confirmation  et  d'extrê- 
me onction  lui  lurent  administrés  sur  son  lit  de  mort  par 
Mgr  John  Farrell,  évoque  de  Hamilton. 

lies  circonstances  extraordinaires  qui  accompagnèrent  la 
mort  du  vieux  baronnet  créèrent  une  excitation  considérable 
dans  le  temps.  Sir  Allan  avait  été  toute  sa  vie  membre  de 
l'église  d'Angleterre.  A  plusieurs  reprises  même,  il  avait 
prouvé  que  s'il  n'aimait  pas  les  Canadiens- Fraudais  leur 
religion  plutôt  que  leur  langue  en  était  la  cause. 

P.  G.  R. 


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QUESTIONS 


574 —  Dans  mon  enfance  j'ai  entendu  raconter  par  les  vieil  - 
lards  qu'un  vaisseau  anglais,  en  17t>0,  remontant  le  fleuve 
Snint-Laurent,avait  tiré  un  coup  de  canon  sur  l'église  de  Des- 
chambault.  C'était  pendant  la  grand'messe  du  dimanche. 
Le  prêtre  était  en  chaire.  Le  boulet  ajTant  traversé  les  deux 
murs  alla  tomber  quelques  arpents  plus  loin,  sur  la  terre  de 
Jean  (Jroloau,  occupée  aujourd'hui  par  M.  Z.  Gignac. 

Y  a-t-il  quelque  chose  de  vrai  dans  eette  légendo  ? 

IL 

575 —  Kn  quelle  année  et  par  qui  a  été  érigé  la  grande 
croix  du  Cap  Tourmente  ?  Voy 

57<î — Je  constate  qu'au  Canada  on  écrit,  lorsqu'on  veut 
parler  du  deuxième  évêque  de  Québec.  Saint-  Valier.  En 
France  Je  comte  de  Saint-  Vallier  écrit  son  nom  avec  deux  1. 
Quelle  est  la  meilleure  orthographe  ?  La  signature  même 
du  deuxième  évêque  de  Québec  ne  fixerait-elle  pas  le  débat  ? 

XXX 

577 —  Avez-vous  remarqué  qu'aucun  des  portraits  de 
Wolfe,  le  vainqueur  des  plaines  d'Abraham,  ue  se  ressem- 
ble ?  N'a-t-on  pas  fait,  par  hasard,  pour  le  héros  anglais  ce 
qu'on  a  fait  pour  Frontenac,  c'est-à-difc  inventé  un  por- 
trait ?  Pinx 

578 —  L'histoire  dos  luttes  de  Charles  Menou,  siour 
<l'Aulnay,  et  de  Charles  de  La  Tour,  en  Acadie,  a-t-elle  été 
écrite  ?  .Quel  est  l'autcurvqui  traite  le  plus  au  long  de  ces 
luttes  émouvantes  ?  Acad. 

579 —  L'épée  qu'on  a  acquise,  il  y  a  quelques  années,  pour 
notre  musée  national  à  Ottawa,  commo  étant  celle  portée 
par  Wolfe  lorsqu'il  tomba  sur  les  Plaines  d'Abraham,  est- 
elle  bien  authentique  i 


t 


580 —  Depuis  ces  dernières  années,  il  est  souvent  question 
du  [jerrymandering  dans  les  journaux  ou  devant  ht  Chambre- 
dos  Communes.  Ce  mot  est-il  d'origine  eamulionne  ou  an- 
glaise ?  XXX 

581 —  A  quelle  époque  de  notre  histoire  nos  bons  habitants 
veulent-ils  taire  allusion  lorsqu'ils  parlent  de»  *•  bonnes 
années  "  ?  *  Hex 

582 —  Sous  le  rJgime  français,  oî  e  mprisonnait  on  bs 
criminels  à  Québec  ?  Le  gouvernement  français  avait-il  fait 
ériger  une  prison  dans  la  vieille  capitale  ?  Ceol. 

583 — Doit-on  écrire  Samuel  Chainplain  ou  Samuel  de 
Chainplain  ?  Le  fondateur  de  Québec  était-il  noble  ? 

Cm 

58-1 — Où  trouverai  s- je  le  texte  do  la  fameuse  ordonnance 
lancée  par  lord  Durham,  quelques  jour.»,  après  son  arrivée  à 
(Québec,  et  dans  laquelle  il  accordait  une  amnistie  aux  re- 
belles, en  exceptant  de  cette  mesure  l'apineau  et  quelques 
autres  chefs  ?  Polt 

5S5 — Dans  le  comté  de  Montmagny.  il  y  a  un  endroit  qui 
s'appelle  canton  Rolette.  Pourait-on  me  renseigner  sur 
l'origine  de  cette  apj)ellation  ?  II.  A. 

58(5 — M.  De  Celles,  dans  son  bel  ouvrage  sur  les  Ktats- 
l'nis.  dit  que  le  premier  ouvrage  publié  en  1  l  ançais  dans 
l'Amérique  du  Nord  le  l'ut  à  New- York  en  1<>'.MÎ.  11  portait 
pour  tit îv  :  *•  Le  trésor  des  eunsotations  dieines  et  humaine* 
ou  Traité  dans  lequel  te  ehrétien  pent  appreiulre  à  bannir  et 
>'i  .surmonter  tes  afflirtions  et  tes  misères  tie  ret  te  rie.  A  New- 
York,  chez  Cuiilaumo   Bradford,  à  l'Knseigne  delà  Bible, 

vm." 

Qui  mo  dira  pourquoi  cet  ouvrage  fut.  publié  eu  français  ? 

XXX 


I 


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ÉGLISE  NOTRE-DAME  DU  LAC  SAINT-JEAN 

(robehval) 


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BULLETIN 
RECHERCHES  HISTORIQUES 


VOL.  5  MARS  1899  Nu.  3 

NOTRE-DAME  DU  LAC  SAINT-JEAN 
(roberval) 


Le  premier  colon  de  lu  région  fut  un  Alsacien,  Jos. 
Schambach,  marié  à  une  sauvagesse.  Parmi  lea  premiere 
colon*  de  Roberval,  on  compte  :  Jacob  Duchène,  Prime 
Thibault.  Louis  Jean,  I rouée  Tremblay,  Oélestin  Desbiens 
dit  Begin,  Protais  Guay,  Hubert  Villeneuve,  Am  bruise 
Jatnme,  Thomas  J anime,  Célestin,  Chrysostèmc,  Octave  et 
Charles  Buiviu,  etc.  Ces  promiere  coloùs  arrivèrent  en  1855. 

La  première  chapelle,  en  pièces,  de  30  sur  'M,  fut  bâtie 
sur  la  terre  occupée  actuellement  par  M.  Ismaél  Girard, 
dans  l'Anse  ;  transportée  sur  l'emplacement  actuel  de  l'église, 
elle  servit  de  salle  publique,  |R>ur  être  ensuite  démolie  et 
vendue.  L'église  actuelle  tut  commencée  en  1872  et  ache- 
vée dans  les  années  subséquentes. 

Roberval  fut  érigé  en  paroisse  canonique  et  civile  en  1870. 

En  1881,  arrivèrent  six  Ursulines  de  Québec,  et  les  classes 
commencèrent  en  1882.  Le  premier  couvent  était  au  bord 
du  lac  ;  il  fut  transporté  et  servit  d'école  ménagère  au  nou- 
veau monastère  qui  fut  incendié  le  (î  janvier  18117.  Un  autre 
bâtiment  en  pierre  a  depuis  remplace  le  premier  monastère. 

En  18if7,  on  ap]>ela  des  Frères  Maristes  â  la  direction  du 
nouveau  collège,  dont  lo  ]>ersonnel  enseignant  est  mainte- 
nant coincé  de  cinq  membres. 

Les  missionnaires,  desservants  et  curés  furent  :  MM.  Al- 
phonse Casgrain,  curé  de  N.-D.  de  Laterrière  ;  Joseph 
lludon,  curé  d'Hébertville  ;  Auguste  Bernier,  premier 
missionnaire  résident,  18(iU-ti3  :  Prime  Girard,  18b'3-71  ; 
F.  X.  Delâge,  1871-78  ;  J.-E.  Lizotte,  curé  actuel.  U. 


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T*1 

• 


—  IÏ8  — 
PIERRE  KALM  AU  CANADA 

Pierre  K aim  naquit  en  17KJ  dans  la  province  d'Anger 
mankind.  Suède,  où  ses  parents,  le  pasteur  finlandais  (labriel 
Kalra,  de  Xerj^s  en  Ostrobotnie,  et  sa  femme.  Catherine 
Ross,  s'étaient  réfugiés  lors  des  dévastations  des  Pusses. 

Kn  1735,  Kalin  entra  en  qualité  d'étudiant  à  l'université 
d'Abo.  Le  professeur,  plus  ta  I'd  évêque,  J.  Hrovallins,  re- 
marquant son  penchant  et  ses  aptitudes  pour  l'étude  des 
sciences  naturelles,  le  recommanda  au  baron  Sten  Charles 
Iijelke.  un  mécène  aussi  instruit  que  riche. 

A  ses  frais,  Kalm  entreprit  un  voyage  scientifique  eu 
Finlande,  et.  Tannée  suivante  (1741  ).  dans  les  provinces 
suédoises  d' Upland  et  de  Vastmanland.  A  ce  dernier  voya- 
ge il  se  Ht  immatriculer  à  l'université  d  Upsale  et  lut  reçu 
avec  lx>aucoup  de  bienveillance  par  Lino  '■.  qui  lui  donna  de 
Ihiii9  conseils  ]>our  son  voyage  projet?  dan.-*  les  provinces  de 
Vastergotland  et  de  Bohnslan  (1742). 

Après  ce  voyage  et  après  avoir,  fann'a  suivante,  aux  Irais 
du  baron  Bjelke.  exploré  les  petites  îles  des  côtes  de  Soder- 
manland  et  de  Rostagcn,  il  accompagna  sou  protecteur,  en 
1744,  à  travel's  la  Russie  et  une  partie  de  l'Ukraine. 

Encore  étudiant,  il  avait  déjà  acquis  assez  tic  renommé 
pour  être  élu,  en  174»î,  membre  de  l'Académie  Royale  de 
Stolkholm. 

En  1747,  il  était  nommé  professeur  d'économie-  à  l'univer- 
sité d'Abo. 

C'est  cette  même  année  qu'il  entreprit  son  fameux  voya- 
ge dans  l'Amérique  du  Nord. 

En  .Suède,  au  dix-huitième  siècle,  l'argent  était  plus  rare 
que  les  savants.  Pour  pourvoir  aux  dépenses  d'un  aussi 
long  voyage.  l'Académie  Royale  des  Sciences  de  Stockholm, 
qui  s'était  chargé  de  son  organisation,  s'adressa  aux  trois 


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universités  d'Abo,  de  Lund  et  d'Upsal  qui  souscrivirent 
d'assez  importantes  sommes.  Kulm  dépensa  dansée  voyage, 
outre  les  sommes  souscrites,  près  de  l'Ai)  louis  pris  sur  ses 
propres  économies. 

Kalin  partit  d'Upsal  le  1«>  octobre  1747.  Le  jardinier 
Lars  Yungstrocem,  l'accompagnait.  Après  avoir  voyagé  en 
lOuropo» pendant  plusieurs  mois,  les  deux  voyageurs  s'em- 
barquèrent à  Londres  le  â  août  174S  et  arrivèrent  à  Phila- 
delphie le  2<»  septembre  suivant,  Kalm  passa  tout  prè> 
d'une  année  à  visiter  la  flore  des  provinces  de  New-Jersey 
et  de  New- York. 

C'est  au  mois  de  juillet  1749  que  le  naturaliste  suédois 
passa  dans  la  Nouvelle-France.  11  fut  reçu  ici  à  bras  ou- 
verts. Not îv  pays  était  alors  gouverné  par  M.  de  La  (îalis- 
sonnière.  un  savant  en  même  temps  qu'un  marin  très  expé- 
rimenté. 

Voici  dans  quels  ternies  l'intendant  Bigot-  rendait  compte 
au  ministre,  quelques  semaines  plus  tard,  du  séjour  de  Kalm 
dans  la  Nouvelle- Franco  : 

Québec,  lô  octobre  174!». 

Monsi  i  g  rieur, 

.l'ai  l'honneur  de  vous  informer  qu'il  est  venu  en  ce  pays 
un  académicien  Suédois  nommé-  Pierre  Kalm.  muni  des  pas 
soportsdu  Roy  de  France  et  de  Monsieur  le  Marquis  de 
Laumary,  ambassadeur  à  la  Cour  de  Suède.  Lorsqu'il  arriva 
au  fort  St -Frédéric,  venant  de  la  Nouvelle- Angleterre,  le 
commandant  de  ce  fort  en  donna  avis  à  Monsieur  le  Comte 
de  la  Calissonnière  qui  luy  ordonna  de  lournir  au  dit  Sr 
Kalm  un  canot  armé  et  tout  ce  qui  lui  sentit  nécessaire  pour 
se  n  ndre  à  Québec,  où  il  ne  s'est  occupé  suivant  le  compte 
qui  nous  en  a  été  rendu  parle  Sieur  (iautior,  médecin  qui 


Pa  toujours  accompagné,  qu'à  faire  des  observations  sur  les 
minéraux,  sur  les  végétaux  et  6ur  les  animaux,  ce  médecin 
nous  a  assuré  que  ce*  observations  n'avoient  d'autre  objet 
que  de  les  connaître  et  d'en  faire  la  description. 

II  a  séjourné  à  Québec  environ  40  jours,  et  Monsieur  de 
la  (Taltasonniére  m 'ayant  dit  que  de  pareils  botanistes  qui 
avoient  esté  envoyé  de  France  en  Suède,  y  avoient  esté  bien 
traités  et  même  défrayés,  j'ay  fait  payer  icy  par  représailles, 
sa  pension,  ainsi  que  les  dépenses  que  les  recherches  qu'il  y 
a  faites  ont  occasionné. 

Il  est  parti  de  Québec  il  y  a  environ  un  mois  ;  je  donnay 
ordre  à  Montréal  de  le  défrayer  dans  sa  route  et  ]K>ndant  le 
séjour  qu'il  y  feroit  ;  on  m'écrit  qu'il  en  est  parti  le  10  de  ce 
mois  pour  se  rendre  ù  Orange  par  le  fort  St- Pruderie,  il 
vouloit  s'en  retourner  par  le  fort  Frontenac  pour  se  rendre 
à  Chouaguîn,  mais  Monsieur  le  Marquis  de  la  Jonequière 
n'a  pas  jugé  à  propos  de  luy  permettre  de  prendre  cette 
route,  dont  il  a  paru  mortifié. 

Ce  botaniste  emporte  avec  luy  beaucoup  de  plante*  et 
d'arbres. 

J'espère,  Monseigneur,  que  vous  approuvez  que  j'ay  fait 
payer  les  dépenses  qu'il  a  occasionné  et  dont  cy  joint  on 
«•ont  les  états. 

Je  suis  avec  un  profond  respect, 
Monseigneur, 
Votre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

BlUOT. 

L'état  de  compte  dont  parle  Bigot  dans  la  lettre  ci -dessus 
a  été  conservé.  On  aimera  peut-être  à  savoir  ce  qu'il  en 
eoûta  au  gouvernement  français  pour  faire  les  honneurs  de 
*a  colonie  de  la  Nouvel  le -France  au  savant  suédois.   Voici  : 


Etat  de  la  dépense  que  le  sieûr  Pierre  Kalms,  académi- 
cien suédois,  muni  des  passeport»  du  roy  pour  la  recherche 
des  diverses  plantes,  graines  et  herbes,  u  faites  pendant  son 
séjour  à  Québec,  s>;avoir  : 


Payé  H  la  demoiselle  La  jus  pour  son  logement  et 
nourriture  pendant  trente  huit  jours  à  raison 
de  4  1.  10  s.  par  jour   171  lbs. 

Payé  &  la  dite  demoisello  pour  le  logement  et  nour- 
riture de  Lament  imgstrom  (Lars  Yungs- 
troeem)  son  domestique  pendant  le  même 
espace  do  temps  à  1. 1  10  s   57  " 

Payé  à  divers  habitans  qui  l'ont  mené  en  canots 
avec  Monsieur  Gautier  médecin  du  Koy  en 
ce  pays  de  Québec  à  la  baye  St-Paul  pour 
aller  à  la  découverte  des  Mines  qui  sont  au  dit 
endroit  ,  tant  pour  le  dit  voyage  que  pour  leur 
subsistance   358  44 

Payé  a  un  homme  de  Loretto  comme  guide   12  " 

Payé  a  divers  habitans  qui  l'ont  conduit  en  canot 

de  Québec  à  Montréal   180  " 


778  tbs. 

Après  avoir  visité  la  Nouvelle-France,  Kalm  retourna 
dans  la  Nouvelle-Angleterre.  Ce  n'est  qu'en  1751  qu'il  se 
rembarqua  pour  l'Angleterre.   La  traversée  fut  périlleuse. 

Enfin,  le  13  juillet,  il  revoyait  Stockholm,  après  une  ab- 
sence de  tout  près  de  quatre  années. 

Il  se  fit  alors  consacrer  pasteur,  et,  on  1757,  il  était  nom- 
mé pasteur  d'abord  à  Pikkis,  puis  à  la  prébende  de  Sainte- 
Marie. 

Au  jubilé  de  17o'8,  Kalm  fut  promu  au  grade  de  docteur 
en  théologie  ;  et  en  1772,  à  l'occasion  du  couronnement  du 


■ 


-  72  - 

Roi,  il  fut  nommé  chevalier  de  l'ordre  de  Wasa.  conféré 
alors  pour  la  première  lois  à  un  pasteur  sti.'dois. 
11  mourut  le  1(5  novembre  1771». 

Kalm  a  laissé  150  dissertations  académiques,  de  nombreux 
mémoires  d'histoire  naturelle,  dVconomie  et  do  topogra- 
phie. 

Le  récit  de  son  voyage  en  Amérique  a  été  traduit  en 
allemand,  en  anglais  et  en  français.    Cette  dernière  traduc- 
tion, faite  par  feu  M.  L.-W.  Marchand,  a  «'té  publiée  dans 
es  Mémoires  de  la  Société  Historique  de  Montréal. 

PlKRKE-CÎEOROKS  ROT 


LE  MORCELLEMENT  DES  PROPRIÉTÉS 


Sous  le  régime  français,  l'autorité  s'opposait  de  toutes 
ses  forces  à  ce  que  les  colons  n'établissent  sur  des  propriétés 
«le  peu  d'étendue.  Par  une  ordonnance  du  28  avril  1745, 
lo  roi  Louis  XV  défendit  de  construire  des  maisons  sur  de* 
pièces  de  terre  de  moins  d'un  arj>ent  et  demi  de  front,  sur 
trente  de  profondeur.  Cinq  habitants  de  l'île  d'Orléans 
furent  jwmrsuivis  pour  contravention  à  ce  règlement  et 
furent  condamnés,  le  12  janvier  1752,  par  l'intendant  Fran- 
çois Bigot,  ù  payer  chacun  cent  francs  d'amende  aux  pau- 
vres de  leur  paroisse  respective  et  :l  déimdir  leurs  bâtisses 
«lans  un  délai  de  quatre  mois.  Les  noms  de  ces  propriétai- 
res étaient  :  Pierre  Laehance,  sieur  Curodeau,  J.-Bte 
Martel,  forgeron,  Jean-Marie  Plante,  tous  de  Saint-Jean,  et 
le  nommé  Serrant,  cabaretier  de  Sainte- Famille  (2e  vol. 
Ed.  et  Ora\  594). 

L'abbé  L.-E.  Bois 


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ARMES  DES  LIEUTENANTS-GOUVERNEURS 
DE  LA  PROVINCE  DE  QUÉBEC 

Voici  la  description  donnée  par  M.  Eugène  Taché  des 
armes  des  lieutenants-gouverneurs  de  la  province  de  Québec  : 
»Sir  Narcisse-F.  Belleau,  l'honorable  René-Edouard  Carou, 
l'honorable  Luc  Letellier  de  Saint-Just,  l'honorable  Théo- 
dore Robitaille,  l'honorable  Louis- Rodrigue  Masson,  l'hono- 
rable Auguste-Réal  Angers,  sir  J.-Adolphe  Chapleau  et 
rhonorable  Louis-A.  Jetté. 

BELLEAU 


D'azur  au  chevron  d'or,  accompagné  de  trois  chouettes 
de  sable  deux  et  un,— avec  la  devise  :  Je  veille.  2 


—  74  — 

CARON 


ïVargent  à  la  bande  d'azur  scmde  de  fleura  do  lis  d  or, — 
»vec  la  devise  :  Suaviter  in  modo,  fort  iter  in  re, 

LETELLIER  DE  SAINT-JUST 


De  gueules  do  la  fasco  d'argent  chargée  de  trois  feuilles 
livrable  tiges  de  sinople,  accompagnée  de  deux  éperons  d  «»r 
en  chef  et  d  une  main  senestre  coulour  naturelle  en  pointe, 
—avec  la  devise  :  Hœc  inanus  ob  patriatn. 


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—  76  - 
RO  BIT  AILLE 


nxw.  la  «levine  :  A  ciel  ouvert. 

MASSON 


Tranche"  d'or  et  d'azur,  ce  dernier  chargé  on  chef  «l'une 
tête  «le  griffon  ailé  d'argent, — avec  la  devise  ï  T>ku  ayiont. 


—  76  — 
ANGERS 


Ecartelo  en  sautoir,  au  premier  et  au  quatrième  d'azur  X 
l'étoile  d'argent,  au  deuxième  et  au  troisième  d'or  à  la  roœ 
de  gueules  tigée  de  sinople.  Sur  le  tout,  de  gueules  à  la 
tête  de  chérubin  d'or  aîlé  du  même, — avec  la  devise:  Par 
<t roi et s  chemins. 

CHAPLEAU 


4k 


D'argent  à  la  fasce  d'azur  accostée  de  deux  burèles  du 
même,  accompagnée  de  trois  têtes  de  lions  de  sable,  arra- 


•chées  de  gueules,  armés  et  lain  passés  d'or  j  l'éeu  de  la  pro- 
vince de  Québec,  qui  est  d'or  &  la  fasco  do  gueules  chargée 
■d'un  lion  passant  regardant  du  champ,  accompagnée  de 
deux  fleurs  do  lis  d'azur  en  chet  et  de  trois  feuilles  d'érable 
tigées  de  sinople  en  pointe,  brochant  sur  le  tout, — avec  la 
•devise  :  Toujours  pour  elle. 

.JETTE 


D'azur  au  cygne  d'argent  nageant  sur  une  mer  du  même-, 
surmonté  de  deux  étofles  d'or  en  chef, — avec  la  devise  : 
Spe$  mea  supra  steltas. 

*** 

Répétons  ici,  pour  mémoire,  que  dans  le  blason,  les  cou- 
leurs s'indiquent  sur  la  pierre,  le  marbre,  le  bronze  ou  le 
bois  par  des  hachures  tracées  solon  des  règles  convention- 
nelles. Ainsi,  le  rouge  (de  gueules)  est  représenté  par  des 
lignes  verticales  ;  le  bleu  (d'azur)  est  représenté  par  des 
lignes  horizontales  ;  le  vert  (de  sinople),  par  des  lignes  dia- 
gonales allant  de  droite  à  gauche  ;  le  pourpre,  par  des 
lignes  diagonales  de  gauche  à  droite  ;  le  noir  (de  sable),  par 


■ 


—  re- 
des lignes  horizont  ales  et  verticales  crois  es.  L'or  est  repré- 
Bénir  par  un  pointillé  ;  l'argent  est  indiqué  par  l'absence  de> 
toute  hachure  ou  incrustation  (fond  uni). 

Les  armes  dont  on  vient  de  lire  la  description  peuvent, 
pour  la  plupart,  être  vues  au  Palais  Législatif  de  Québec, 
où  elles  ont  été  sculptées  dans  la  pierre.  On  les  a  distribuées 
de  la  manière  suivante  : 

Les  armes  de  Sir  N.-F.  lielleau  et  de  l'honorable  R-E^ 
Caron,  au-dessus  de  la  porte  d'entrée  de  la  fayade  donnant 
*ur  la  Grande  Allée  ; 

Les  armes  de  l'honorable  Th.  Robitaillc  et  de  l'honorable 
L.-K.  liasson  dans  les  parements  du  vestibule  de  l'entrée 
d'honneur  du  Palais,  au-dessous  du  campanile  \ 

Les  armes  de  l'honorable  L.  Lctellior  de  Saint-Ju&t  et  d» 
sir  Adolphe  Chapleau  au-dessus  de  la  porte  d'entrée  cerv 
traie  donnant  sur  la  rue  Saint- Augiuftiu  ; 

Les  armes  de  l'honorable  A.-JÎ.  Angers  au-dessus  de  la 
porte  d'entrée  donnant  sur  la  rue  Sainte-Julie. 

Les  armes  de  l'honorable  L.-A.  Jotté  n'ont  pas  encore  été 
aculptées  au  Palais  Législatif.  K.  G. 

LE  LUTIN 

Sorte  de  génie  malfaisant,ayant  autrefois  donné  coursa  une 
superstition  fort  répandue.  Le  iuttin.  qui  connaissait  l'amour 
de  nos  "  habitants  "  pour  leurs  chevaux,  se  plaisait  surtout 
à  épuiser  ses  diableries  sur  ces  intéressants  quadrupèdes. 
Tantôt,  se  glissant  dans  les  écuries,  il  emmêlait  queues  et 
crinières  ;  tantôt  encore  il  lançait  les  pauvre»  bêtes  dan» 
un  galop  désordonné  à  travers  champs,  et  ne  les  ramenait 
au  petit  matin,  quo  fourbues,  poussives,  et  les  flancs  blancs 
d'écume.  Pour  éloigner  le  lutin  des  écuries,  il  fallait  t  nicer 
une  grande  croix  sur  les  portes,  et  c'est  ce  qui  se  fait  encore 
aujourd'hui  parmi  les  Acadiens  et  les  riverains  du  ba* 
Saint-Laurent. 

Sylva  Cl  a  pin 


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LA  BOUJONNIER 


Dans  une  colonie  de  cinq  ou  six  cents  âmos,  comme  l'était 
le  Canada  en  1650,  tous  les  individus  attirent  l'attention  à 
un  degré  intense,  pareequo  même  le  plus  humble  d'entre 
■eux  compte  en  sens  inverse  du  petit  nombre  de  la  masse. 
Un  notaire  devient  un  personnage  historique,  puisqu'il  con- 
signe par  écrit  certains  laits  que  sa  signature  revêt  d'un 
caractère  d'authenticité  indéniable.  Parlons  donc,  aujour- 
d'hui, du  premier  tabellion  des  Trois- Rivières. 

M.  Ernest  Myrand  (Recherche*  Historiques,  novembre 
1898,  p.  325)  nous  montre  Flour  Boujonnier  secrétaire  du 
gouverneur  général  d'Ailleboust  à  la  date  du  10  février 
1649.  Il  faut  en  conclure  que  M.  d'Ailleboust,  arrivant  de 
France,  le  20  août  1648,  avait  amené  avec  lui  ce  fonction- 
naire que  l'on  ne  voit  nulle  part  dans  les  années  précédentes 

Iians  le  tome  I,  p.  404,  des  Jugement*  du  Come.il  Souverain, 
on  voit  que,  le  2  juin  1050.,  Boujonnier  enregist  re,  par  ordre 
du  gouverneur,  le  titre  du  5  avril  1644  accordaut  à  Jacques 
llertel  le  tief  de  l'Arbre-à-la-Croix  qui  se  trouva  compris 
par  la  suite  dans  la  seigneurie  de  Charaplain. 

Le  greffe  des  notaires  des  Trois- Rivières  commence  le  19 
Juin  1650,  par  un  acte  de  La  Boujonnier.  La  deuxième 
pièce  est  de  Nicolas  Gatineau  dit  Duplessis,  du  7  août  sui- 
vant. Le  4  juin  1651  M-  d'Ailleboust  étant  aux  Trois- Ri- 
vières, accorde  aux  Pères  Jésuites  le  petit  morceau  de  terre 
appelé  tief  Pachirini.  En  cette  circonstance  la  signature  du 
secrétaire  du  gouverneur  prend  la  forme  de  "  0.  Bouron- 
sier"  mais,  d'après  M.  .Myrand  et  le  notaire  Ameau,  on  doit 
lire  "  Boujonnier."  L'inventaire  de  la  succession  de  Jaeques 
Hertel,  aux  Trois- Rivières,  mois  d'août  1651,  est  dressé  par 
Gatineau,  qui  était  commis  du  poste  de  traite.    Le  19  mars 


—  80  — 

1652,  Sévérin  Ameau  signe  .son  premier  acte  mais  sans  dire 
qu'il  est  notaire  aux  Trois-liivières.  Il  écrivit  son  dernier, 
dans  le  même  lieu,  cinquante  ans  plus  tard. 

Jusqu'à  l'automne  de  11551,  Lu  Boujonnier  parait  avoir 
vécu  à  Québec,  auprès  de  M.  d'Aillebou&t,  mais  ce  dernier 
passant  alors  la  charge  de  gouverneur-général  à  M.  de 
Lauzon,  il  faut  croire  que  notre  secrétaire  garde-notes 
suivit  M.  Guillaume  Duplessis  Kerbodot  qui  allait  gouver- 
ner aux  Trois- Ki vivre».  Kerbodot  était  venu  de  Fiance 
avec  M.  de  Lauzon  ;  il  s'embarqua,  à  Québec,  pour  les 
Trois  .Rivières  le  10  novembre  KJ51.  Le  2i5  du  mêmt  mois. 
La  lioujonnicr  instrumentait  en  qualité  de  notaire  dans  ce 
dernier  lieu. 

Le  1!)  avril  1G52,  d'après  le  Journal  îles  Jésuites,  La  Bou- 
jonnier, Charles  Lcmoine  et  Jacques  Leneuf  de  la  Poterie 
arrivèrent  à  Québec  venant  des  TroU-  Rivière*. 

1a>  7  juillet  1U52,  La  Boujoiiuier  dresse,  aux  Trois- Riviè- 
res, un  contrat  de  mariage  auquel  signe,  comme  U  moin. 
Melle  Mance,  de  passage  en  cet  endroit. 

Le  5  août  suivant.  La  Boujonnier  prépare,  aux  T  rois- 
Rivières,  un  acte  par  lequel  Mathurin  Baillargeon,  Claude 
Jloussard  et  Denis  Métayer  vendent  il  Guillaume  Dupiessi» 
Kerbodot  un  emplacement  avec  maison  dessus  construite. 

Le  18  août  suivant,  La  Boujonnier  est  tué  par  les  Iro- 
quois, à  la  sortie  de  la  rivière  des  Trois  Hi vière».  Le  lende- 
main Guillaume  Duplessis  Kerbodot  est  tué  par  ces  Sauva- 
ges dans  la  banlieue,  au-dessus  tic  la  bourgade  (Journal  des 
Jésuites).  11  n'y  a  pas  de  mention  de  ces  deux  attaints  au 
registre  dos  sépultures  de  la  paroisse. 

])ix  jours  après,  28  août,  l'inventaire  des  biens  de  Tho- 
mas Godefroy  de  Normanville,  tué  le  1!»,  est  faite  par 
Ameau,  qui  prend  le  titre  de  notaire  pour  la  première  fois. 
Le  lii  décembre,  Ameau  déclare  que  le  contrat  de  vente  du 


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5  août  précèdent  n'ayant  pas  été  signé  par  La  Boujonnier 
celui-ci  étant  "  m>rt  iuopinémimt  ",  n'a  aucune  valeur. 

Duplets  Kcrbodot  n'existant  plus,  les  vendeurs  passent  la 

propriété  en  question  à  François  Boiviu  et  Jean  Parent. 
La  Boujonnier  a  donc  demeuré  en  Canada  quatre  ans, 

toujours  employé  comme  secrétaire  des  gouverneurs,  et 

notaire  i  l'occasion. 

Benjamin  Sultk 


LES  NOYAUX 


Voici  que  par  hasard  en  parcourant  curieusement  le- 
feuillets  d'une  Encyclopédie  «iénéralo  des  jeux,  compilation 
de  M.  Benjamin  l'ifteau,  j'y  trouvai  un  jeu:  Lr*  noyaux, 
de  provenance  canadienne,  nous  assuro-t-il.  M.  l'ifteau  à 
édité  ce  livre  probablement  veis  1S40,  car  le  millésime,  que 
l'on  trouve  ^éuéra  le  ment  au  bas  de  la  première  page  du 
livre,  manque  complètement  ici,  ou  ailleurs  dans  le  volume, 
mais  a  en  juger  par  la  plus  récente  date  des  ouvrages  ayant 
servi  au  compilateur,  un  )>en  plus  d'un  demi  siècle  s'est 
écoulé  depuis  la  publication  de  l'Encyclopédie  (Jénérale  de- 
jeux,  de  Fi  fléau. 

Des  ouvrages  remontant  même  au  milieu  du  dix-septième 
siècle  ont  fourni  matière  à  M.  l'ifteau. 

Le  jeu  des  noyaux  est  sans  doute  d'origine  indigène.  Les 
Sauvages,  l'apprirent  aux  Français,  coureurs  des  bois,  ou 
vhas.sours,  et  quelque  scribe  amateur  des  jeux  de  hasard  en 
prit  note,  afin  qu'aujourd'hui,  je  puisse  vous  en  rejKirler. 

Fifteau  dit  :  li  C'est  un  vieux  jeu,  qui  vient  du  Canada. 
(  >n  v  joue  avec  huit  novaux.  noirs  d'un  côté  et  blancs  de 
l'autre.  On  jette  ces  noyaux  en  l'air.  S»  les  noirs  se  trou- 
vent impairs,  celvii  qui  a  jeté  les  noyaux  gagne  ce  que 
l'autre  a  mis  au  jeu  ;  s'ils  se  trouvent  ou  tous  noirs  ou  tous 
blancs,  il  en  gagne  le  double.  En  dehors  de  ces  deux  cas 
il  perd  sa  mise  '  Régis  lîov 

3 


-  82  — 
RÉPONSES 

La  mort  de  lord  Sydenham.  (IV,  IV,  435).— Le 
4- septembre  1841,  comme  lord  Sydenham  revenait  d'une 
excursion  à  cheval  dans  les  environs  de  sa  résidence.  1  Kings- 
ton, sou  cheval  Ht  une  chute  et  en  tombant  lui  écrasa  la 
jambe  droite.  Les  médecins  découvrirent  que  l'os  principal 
de  la  jambe  était  fracturé  obliquement  et  qu'il  y  avait  en 
outre  au-dessus  du  genou  une  largo  blessure  causée  évidem- 
ment par  l'angle  d'une  pierre. 

La  prorogation  du  parlement  avait  été  fixée  au  15  ;  elle 
fut  retardée  de  deux  jours  afin  de  permettre  au  gouverneur 
d'être  présent.  Mais.dans  l'intervallc.le  mal  de  lonl  Sydenham 
n'aggrava  tellement  que  les  m 'détins  l'avertirent  qu'il  n'y 
avait  pas  de  guérison  possible.  C'est  le  général  Clitherow 
qui,  par  procuration,  prorogea  le  Parlement  le  18  septembre 
au  matin. 

Ce  jour-là  môme,  lord  Sydenham  ayant  parfaitement 
conscience  de  son  état  ,  se  tit  donner  les  dernières  consolations 
de  son  église.  Il  dicta  aussi  son  testament  et  prit  congé  de 
tout  son  monde,  en  disant  un  bon  mot  à  chacun.  Il  pria  M. 
Murdoch,  son  secrétaire  civil,  d'écrire  l'histoire  de  son  ad- 
ministration au  Canada.  11  manifesta  à  plusieurs  reprises 
sa  satisfaction  de  voir  le  Parlement  prorogé,  et  les  princi- 
paux points  de  sa  mission  au  Canada  accomplis.  A  son  secré- 
taire privé,  M.  Grey,  il  dit  :  "  Au  revoir,  <irey  ;  vous  défen- 
drez ma  mémoire  !  "  Puis  il  parla  affectueusement  au  major 
Campbell  et  à  M.  Baring  et  termina  en  disant  a-  tous  ceux 
qui  l'entouraient  :  "  Maintenant,  laissez-moi  seul  avec 
Adamson  (son  chapelain)  afin  quo  je  me  prépare  à  la  mort.'' 
Il  passa  le  reste  de  la  journée  ot  touto  la  nuit  en  prières 
•  avec  le  chapelain  Adamson.  Ses  souffrances,  parait-il,  étaient 
atroces.  Il  mourut  le  dimanche,  à  sept  heures  do  la  matinée. 


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Pour  se  rendre  mu  désir  maintes  ibis  exprimé  "de  lord 
Sydenham,  il  fut  inhumé  à  Kingston  même.  Les  funérailles 
eurent  lieu  le  23  et  furent  tr.'s  solennelles.  Jamais  Kingston 
n'avait  vu  pareille  démonstration.  Ce  fut  une  journée  de 
deuil  publique  ;  les  magasins  et  les  usines  furent  fermés  et 
les  affaire*  suspendues. 

liord  Sydenham  mourut  célibitaiiv  et  son  titre  s'éteignit 
avec  lui.  1I.-J.  Moroan 

Adeisheim.  (IV.  X,  520).— Charles- Frédéric  Chrét  ien, 
baron  de  Adeisheim,  était  fils  de  Charles.harou  de  Adeisheim. 
major  d  infanterie  au  service  du  landgrave  de  liesse Castcl. 
seigneur  de  Waekback.  Ilaektel  et  autres  lieux,  et  de  Louise 
de  Arnirn.  Cette  famille  demeurait  à  Waekback.  en  F  ran- 
çon ie. 

Le  baron,  dont  il  est  question,  avait  un  oncle,  le  baron 
Krnestin  Chrétien  de  Adeisheim.  qui  était  lieutenant-colonel 
de  Brunswick,  et  un  frère,  le  chevalier  Christian  de  Adei- 
sheim. 

Le  5  septembre  1778.  le  baron  d' Adeisheim,  qui  demeu- 
rait alors  ;Y  Québec,  rue  Champlain,  cédait  ses  droit  »  dans 
la  succession  de  son  père  en  faveur  do  son  frère  pour  le  prix 
de  (piat  re  mille  florins  deFranconie,  soit  deux  mille  piastres 
d'Espagne.  J.  E.  R. 

Les  poêles  dans  nos  églises.  (IV,  XI,  542.)— 
L'église  de  Vaudreuil  fut  chauffée  pour  la  première  fois 
vers  1850.  Avant  cela  la  sacristie  seule  était  chauffée.  Mon 
père  qui  pratiquait  la  profession  d'avocat  en  cet  endroit  à 
cette  époque  obtint  du  grand  vicaire  Archambault.  alors 
curé,  l'introduction  d'un  poêle  dans  l'église. 

La  chose  ne  se  fit  pas  sans  hésitation.  Le  curé  croyait 
que  i;  la  chaleur  et  la  fumée  détruiraient  les  dorures  de 
l'église  " 


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-  *.<  — 

Qu'on  me  permette  une  petite  anecdote  à  ee  sujet. 

C'était  en  hiver.  Il  faisait  un  froid  i\  fendre  les  pierres  et 
l'officiant,  M.  Roux,  après  avoir  entonné  le  credo  à  la  grand' 
messe  au  lieu  do  se  rendre  de  l'autel  à  son  siège  comme  la. 
«♦ont  urne  l'exige, s'en  lut  a  la  sacristie.  Ix\s assistants  crurent 
que  cet  aimable  prêtre  s'était  senti  indispose  pour  en  agir 
ainsi  et  après  la  messe  quelques-uns  de  st>s  amis  furent  K 
trouver  pour  s'informer  de  sa  santé  : 

— Ave/.- vous  été  malade.  M.  lioux.  que  vous  êtes  sorti 
pendant  le  credo  ?... 

— Pas  du  tout  ...  mais  j'étais  transi  de  froid.  J'ai  taillé 
de  la  besogne  aux  chantre*  et  je  suis  allé  me  chantier  à  la 
sacristie,  voila  !... 

Gl  STAVE  Ol  ÏMET 

Le»  naufrage  de  P  "Africaine".  (IV,  XII,  ô-K!.)— 
En  1822,  la  frégate  française  Y  Africaine  faisait  naufrage 
sur  les  récifs  de  l'île  de  Sable.  L'équipage  échappa  à  la  mort. 

Il  n'y  a  pas  eneore  bien  longtemps,  une  des  grandes  ver- 
gues de  Y  Africaine  servait  de  mât  de  pavillon  au  poste  prin- 
cipal de  l'île. 

Dans  son  étude  sur  Les  Sablons.  M.  J.C  'fâché  raconte 
que  Louis  XVI  H,  roi  de  France,  fit  tenir  a  M.  Darby,  alors 
surintendant  do  la  station  de  sauvetage  de  1  île,  avec  l'ex- 
pression de  sa  gratitude,  une  médaille  d'or  frappée  pour 
l'occasion,  avec  une  coupe  remplie  de  louis  d'or  pour  les 
membres  du  corps  de  sauvetage. 

Je  crois  quo  M.  Taché  faisait  erreur  en  donnant  M.  Darby 
comme  le  récipiendaire  de  la  médaille  en  question,  car  M. 
Darby  ne  fut  nommé  surintendant  qu'en  1830.  C'est  M. 
Kdward  Hodgson  qui  remplissait  cette  position  en  1S22. 

Geokgk  Johnson 


Irlandais,  "  ttsis  de  Sine".  (IV,  X1L  :.ôl.)— Cu 

•honorable  citoyen  de  .Montréal,  venu  lui  m.*  me  d'Irlande  il 
y  a  soixante  ans.  m'a  fourni  l'explication  suivante  sur  cette 
appellation  do  Bus  de  Soie  que  l'on  donnait  aux  Irlandais, 
plut  ".t  il  y  u  quelque  vingt-cinq  à  cinquante  ans.  qu'on  ne 
Je  fait  maintenant,  dans  le  Canada  Français.  -  Mes  compa- 
triotes, me  dit-il,  qui  arrivaient  alors  en  grand  nombre  à 
Québec  et  à  Montréal,  portaient  pour  la  plupart  là  culotte 
■courte  ne  descendant  que  jusqu'aux  genoux,  et  comme  leurs 
bas  ne  montaient  guère  plus  haut  que  la  chaussure  il  y 
avait  solution  de  continuité  de  vêtements  de  la  culotte  à  la 
botte,  laissant  la  jambe  nue.  (  '  est  cette  peau  de  jambe  au 
naturel  que  les  Canadiens  avaient  par  plaisanterie  qualifiée 
de  "  bas  de  soie  !',  et  passant  bientôt  de  la  jambe  à  toute  la 
personne  on  appelait  les  Irlandais  les     bas  de  soie." 

C  C. 

Discount  <le  Cliafcauguay.  (  IV.  XII.  5.">s.)—  u« 
a  fait  circuler  dans  les  journaux  un  discours  que  le  colonel 
de  Sa  la  berry  aurait  adressé  à  ses  soldats  avant  que  de  com- 
mander le  feu.  le  matin  de  Châteauguay.  Passons  le  en 
revue  avant  que  de  l'admettre  au  rang  des  pn-cs  officielles. 
Il  renferme  quatre-vingts  mots  qui  prêtent  à  quatre  réfle- 
xions, pour  le  moins  : 

li  Voltigeurs  ! 

"  L'armée  américaine  est  sur  vos  talons,  mais  il  faut  l'ar- 
rêter dans  sa  marche  ou  mourir.  Que  chaque  balle  abatte 
un  ennemi,  et  malheur  à  celui  qui  manquera  ou  perdra  sa 
poudre,  car  mon  sabre  lui  fera  sauter  la  tête  !  Clairons  ! 
faites  un  bruit  d'enfer,  afin  que  les  Américains  nous  croient 
en  grand  nombre  et  qu'ils  sont  tomb -s  dans  une  embuscade. 
Officiers  !  faites  votre  devoir.  Ordonnez  :'«.  vos  soldats  de 
faire  un  feu  roulaut,  et  vive  la  vieille  Angleterre  !" 


< 


—  M  — 

La  coutume  de  haranguer  les  troupes  nu  montent  d'eu 
Tenir  aux  mains  avec  l'ennemi  date  de  la  révolution  Iran 
çaise  ;  elle  ne  paraît  avoir  été  pratiquée  par  aucun  comman- 
dant eu  Canada,  car  il  n'existe  pas  de  trace  j>armi  nous  de 
rot  te  manière  d'agir.    Nous  ne  comprenons  pas  que  de 
Salaberry  en  ait  fait  usage.    Mais  voyons  plus  loin. 

Kn  ce  qui  regarde  Cbâteauguuv,  les  narrations  si  pr«'c:ses, 
si  completes  des  deux  témoins  oculaires,  Michel  O'Sullivan 
et  de  Charles  l'inguet  n'en  distînt  mot.  Remarquons  aussi 
que  les  cinq  cents  hommes  de  Salal»erry  étaient  dispersés  sur 
un  mille  de  profondeur  avec  un  demi  mille  de  f  ront.  La 
tonne  de  la  bataille  écarte  toute  idée  d'une  improvisation  de 
ce  genre.  Napoléon  lui-même,  qui  se  montrait  prodigue  de 
ces  so  îles  d'apostrophes,  adressait  ses  paroles  aux  troupe? 
par  le  moyen  de  papier»  imprimés  que  chaque  colonel  quel- 
quefois un  sergent,  lisait  dans  les  corps,  avant  que  d'ébran- 
ler ceux-ci. 

L'existence  du  morceau  littéraire  ci-dessus,  assez  ampoulé 
d'ailleurs,  semble  d'une  origine  fort  douteux».  Xous  aurions 
besoin  de  bonnes  preuves  pour  croire  à  son  authenticité  his- 
torique.   C'est  évidemment  une  eonqiosilion  de  collège — 
mais  elle  a  pu  être  faite  par  un  vieillard  tout  aussi  bien  que- 
par  un  enfant. 

Voltigeur»  !  s'écria-t-il.  Pourquoi  les  Voltigeurs,  plutôt 
que  les  autres  qui  dépassaient  huit  fois  leur  nombre  V  L'au- 
teur du  discours  tombe  dans  l'erreur  populaire  qui  donne 
aux  Voltigeurs  le  gain  de  la  bataille.  Salaberry  n'aurait 
pas  fait  cette  bourde  s'il  eut  parlé,  car  il  y  avait  en  première 
ligne  les  Fencibles.  la  milice  de  Heauharnois  et  les  Volti- 
geurs, suns  compter  les  autres. 

4-  Mon  sabre  lui  fera  sauter  la  tête."  Tout  cela  pour  avoir 
manqué  un  coup  de  fusil  !  Tamerlan  parlait  de  la  sorte. 


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•.s  adressant  à  des  barbares.  Los  chrétiens  n'ont  pas  de  -ces 
.-allures. 

"Clairons!  faites  an  bruit  d'enfer"  Ces  paroles  nous 
remettent  en  mémoire  le  bon  nègre  Soulouque  1,  emjiereur 
d'Haïti,  clamant  d'une  voix  forte  :  "  Tambours,  roulez  î  " 
Pas  de  roulement.  Le  tambour-major,  interpellé,  réjK>nd 
eu  son  langage  naïf  :  Ti  <lis  tambous  oulez — pouquoi  tidis 
pas  tambous  oulez,  si  ous  plait  ?  " 

A  la  tin  arrive  le  bouquet  :  "  Vive  la  vieille  Angleterre  !" 
Ces  quatre  mots  signifient  peut-être  :  Hourrah  pour  les 
4. .'an  ad  i  ens  !  " 

.J'ai  connu  plusieurs  des  combattants  de  Cbâteauguay 
qui  appartenaient  aux  Voltigeurs  et  aux  Fencibles,  soit  les 
deux  compagnies  près  desquelles  de  Salaherry  s'est  tenu  le 
plus  longtemps  toute  cette  journée.  Ils  m'ont  fourni  d'a- 
bondants details  sur  l'allaire  et  cela  est  consigné  dans  mes 
notes  prises  au  fur  et  à  mesure  de  ces  conversations.  Aucun 
d'eux  n'a  fait  allusion  à  un  discours  quelconque,  mais  le 
sergent  ('barb's  Hurke  (Canadien-Français)  m'a  raconté,  en 
JSGO,  ce  qui  suit  : 

Le  colonel  avait  l'œil  partout  lin  voyant  un  soldat  qui 
épaulait  sou  arme  il  se  plaça  derrière  celui-ci  pour  juger  du 
tir.  Le  coup  partit.  L'homme  visé  resta  debout.  C  est-y 
pour  sa  que  tu  es  venu  ici,  Jérôme  ?"  lui  dit  le  colonel  d'un 
air  bourru.  11  savait  nos  noms  par  cœur.  Lorsque  Izard 
monta  par  le  chemin,  pour  nous  prendre  en  flanc,  le  colonel 
passa  tranquillement  derrière  notre  compagnie  et  on  l'enten- 
dait dire,  tout  haut  comme  s'il  était  agacé  :  Bravez,  mes 
damnés  !  bravez  !  si  vous  ne  bravez  pas  vous  n'êtes  pas  îles 
hommes  !"  Ensuite,  lorsqu'il  monta  dans  un  arbre  pour 
voir  ce  qui  se  passait  à  la  rivière,  il  criait  a  nos  gens  : 


—  s*  — 

'  Tirez  pas  tous  ensemble  !...  Laissez  avancer  le  capitaine 
J>aly  !...  Ça,  c'est  mieux.    Continuez  !  "... 

Combien  plus  eette  description  est  naturelle  !  et  à  quo< 
sert  d'imaginer  des  phrases  qui  ont  l'air  de  dire  :  ••  Soldat.-  '■ 
contemplez  les  pyramides  pendant  quarante  siècles!" 

Benjamin  Sli.te 

Patriotes  OU  3Iartyi*s.  (V.  I.5ti2.)  On.se  demande 
encore  aujourd'hui  si  les  missionnaires  de  la  Nouvelle- 
France,  brfdés  ]>ar  les  Iroquois  ou  assassinés  par  les  l  Lirons 
renégats  furent  mis  à  mort  plutôt  en  haine  de  la  loi  chré- 
tienne que  du  nom  et  du  sang  français.  Le  martyre  de  .lean 
de  Brébeuf  est  le  seul  qui  ne  soutire  aueun  doute  possible  à 
eet  égard.  Ses  l>ourreaux  témoignent  admirablement  en  sa 
laveur  et  s'il  est,  comme  j'en  ai  la  fern\e  conviction,  cano- 
nisé dans  un  avenir  beaucoup  plus  prochain  qu'on  ne  le 
croit  généralement,  le  premier  dos  martyrs  du  Canada  par 
l'héroïsme  de  son  courage  et  le  ralliucmcnt  des  tortures 
subies,  devra  aux  Iroquois  l'honneur  de  monter  sur  les 
autels.  C  est  eux  qui  lui  disaient  avec  une  ironie  féroce, 
un  sarcasme  diabolique  :  ;-  Tu  baptisais  nos  enfants  avec  de 
l'eau  froide,  nous  allons  te  baptiser  à  notre  tour  avec  de 
l'huile  bouillante  !  ''  A  lui  seul  ce  lait  historique,  dont  la 
vérité  demeure  indéniablement  établie,  sutht  à  prouver  que 
Jean  de  Brébeuf  fut  vmrtyrht ;  en  haine  </>  la  fvi  <:hrtUi< rune. 

Il  est  fâcheux  que  nous  n'avions  pas  une  preuve  aussi 
positive  en  faveur  d'isaac  Jogues,  lîéné  Goupil,  Daniel. 
Lalemant,  (Marnier,  Chabanel.  Buteux,  Garreau,  et  des 
autres,  missionnaires  ou  catéchistes,  massacrés  par  les  farou- 
ches Agniers.  Le  moins  que  l'on  puisse  atliriner  cependant  est 
qu'ils  furent  exterminés  autant  en  haine  du  nom  français 
qu'en  haine  de  la  foi  chrétienne.    Lisez,  par  exemple,  dans 


i  i  i 


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les  Relations  ties  Jésuites,  l'exécution  de  cot  héroïque  habi- 
tant du  Cap- .Rouge,  Mathurin  Franchotot,  qui  fut  brûlé  le 
8  î-eptembre  105:?,  et  mourut  on  chantant  Y  Ave  Maris 
Stella  d'une  voix  aussi  forme,  aussi  lente,  aussi  douce  qu'au 
lutrin  de  la  cathédrale  de  Québec.  Et.  devant  ce  miracle  de 
courage  physique  et  moral,  vous  hésiterez  à  prononcer  sur 
le  caractère  patriotique  ou  religieux  de  eette  mort  admira- 
ble que  saint  Francois- Xavier  lui-même,  de$i>lcrio  martyr, 
eût  enviée  à  cet  obscur  prisonnier  de  guerre  dont.  l'histoire 
du  Canada  devrait  mieux  retenir  et  transmettre  le  nom 
glorieux  à  la  postérité. 

Kl  il  en  est  de  Louis  (iuimont,  Pierre  Rencontre,  Antoine 
de  la  Meslée  (Epistola  lier.  P.  Gabriclis  Druillettex,  Sodé- 
tatis  Jesu  Presbi/teri,  a<l  Dominum  il  lux  trim  mu  m  Dominum 
Joannem  Winthrop,  seufan'um),  de  tous  les  chrétiens,  fran- 
çais ou  sauvages,  missionnaires  ou  néoph)rtes,  catéchistes  ou 
cat. 'chu mènes,  tomb's  victimes  de  la  barbarie  indienne. 

Mais  il  y  a  plus.  Nous  jiouvons,  sans  témérité  historique, 
prétendre  et  soutenir  maintenant  avec  preuve  documentaire 
à  l'appui,  que  ces  confesseurs  de  la  foi,  ces  héraults  de  l'E- 
vangile et  de  la  Civilisation,  ces  apitres  do  l'Humanité,  con- 
nus ou  anonymes,  périrent  plutôt  on  haine  du  Christ  qu'en 
haine  du  nom  français. 

Voici  ce  que  nous  lisons  dans  uue  lettre  du  Père  Gabriel 
Druillettes.  missionnaire  jésuite  chez  les  Ab -nakis,  adressée 
à.  Jean  Winthrop,  gouverneur  des  Etats  de  la  Nouvelle- 
Angleterre.  (Cf  :  Relation  tics  Jésuites,  année  1001 — page 
35.)  Cette  lettre  importante  n'est  point  datée,  mais  les 
historiens  la  croient  antérieure  à  l'année  1051.  pour  des 
raisons  trop  longues  à  énumérer  ici. 

"  Quare  patere  me  tuum  in  quo  spem  pene  omnem,  post 
Deum,  positam  esse  censeo  patrocinium  implorare  per  litte- 


—  90  — 

ras  în  causa  Domini  Jesu  Christi,  sen  in  dcfensione  Christi- 
auorum  conlni  mohaghs  qui  non  tantum  ehristianos  Cana- 
denses  versus  Kebecum  jamdiu  persequitur.  at  crudclissimc 
lento  igne  torquet  in  odium  Fidei  Christians."  (Traduction) 
••  Soutirez  donc  que  par  les  présentes  j'implore  votre  pro- 
tection, sur  laquelle,  après  Dieu,  je  crois  devoir  reposer 
toute  mon  espérance,  dans  les  intérêts  de  Xotre-.Seignour 
Jésus  Christ,  je  veux  dire  pour  défense  des  chrétiens  (Les 
catéchumènes  de  la  rivière  Konneliec,  si>écialement  commis 
aux  soins  du  Père  DruillettOH,  de  K546  à  lbT>2)  contre  le 
Mohack  (Ix»s  Iroquois  d' Albany  appelés  Ayniers  par  les 
Français.  Mohawks  par  les  Anglais,  étaient  les  plus  belli 
queux  des  Cinq  Nations)  qui  non  seulement  persécutent  les 
Canadiens  ehritiens,  mais  encore  les  torturent  très  cruelle 
ment,  les  brûlent  à  petit  feu  <'/»  fuit  ne  de  la  foi  chrétienne." 

La  lettre  du  Pére  Druillettes.  texte  original  latin  avec 
(a  traduction  anglaise  en  regard,  sera  tout  prochainement 
publiée  dans  la  célèbre  édition  américaine  des  Relations  des 
Jésuites  actuellement  eu  voie  de  publication  (le  trentième 
volume  vient  do  paraître)  chez  The  Burrow*  Brother* 
Company,  Cleveland,  Ohio,  E.  U. 

A  lui  seul  ce  fragment  de  lettre  suffirait  a  établir  l'incon- 
testable valeur  historique  du  document  qui  va  paraître  et 
que  je  me  fais  un  devoir  de  signaler  aux  souscripteurs  pri 
vilégiéB  de  cet  ouvrage  essentiellement  classique. 

E.  M. 

Doriou,  l*"Enrant  Terrible".  (V,  I,  5G4.)— Je 
tiens  de  M.  l'abbé  J.  H.  Dorion,  ancien  curé  d'Yamachiche. 
que  le  surnom  d'" Enfant  Terrible,"  porté  par  son  frère 
J.-B.-Erie,  lui  avait  été  donné  dans  sa  famille,  alors  qu'il 
manifestait,  dès  ses  premières  années,  des  allures  assez 
tapageuses.  D. 


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Le  fondateur  de  Terrebonne*.  (VI.  I.  571.)— 
L'existence  do  Terrehounc,  I'.  (,>..  dale  de  l'an  ne'e  1<>78. 
époque  ù  laquelle*  la  .seigneurie  «le  Torre  hon  ne  lût  conexh'e 
au  sieur  d'Autier-des Lande-,  qui  on  tût  le  premier  soigneur  ; 
lequel  construisit  dès  lors  les  premiers  moulins  à  scies  et  à 
l'urine  sur  l'un  des  chenaux  forme  la  rivière  Jésus,  entre 
l'île    du  moulin  "  et  la  ville  de  Torrehonne. 

Vers  l'année  llï!»S.  M.  Lol'ago  devint  propri •.'•taiiv  de  la 
dite  seigneurie  et  de  ses  dépendances,  et  clans  sa  munificence 
il  érigea  sur  la  pointe  de  terre  que  l'orme  la  ville  de  Terre- 
honne.  aujourd'hui  vis-à-vis  la  c.  ièhro  île  •  St-.Jean  "et  celle 
■•du  moulin. "  l'une  des  plus  antiques  et  des  plus  holies  églises 
qui  lurent  construites  en  cailloux;  laquelle  pouvait  eu  com 
hraver  les  siècles  à  venir  ;  malheureusement,  par  un  acte  de 
vandalisme  inexplieahle.  ce  vieux  monument  d'un  autre 
âge  a  été  détruit  sans  hut  avéré,  attendu  que  le  terrain  sur 
lequel  il  était  construit  est  maintenant  vacant. 

'."était  l'endroit  le  plus  pittoresque  connu  et  choisi  par 
l'ancien  seigneur  lui-même  et  c'est  duns  cette  église,  si  pré- 
cieuse en  souvenirs  (tour  tant  de  générations,  que  les  descen- 
dants de  la  famille  Le  l'âge  ont  conservé  l'usage  gratuit  de 
leur  hanc  seigneurial,  à  titre  de  reconnaissance. 

Les  successeurs  de  .\L  Le  l'âge,  comme  propriétaires  de  la 
seigneurie  de  Terre!  ton  ne,  furent  successivement  MM.. 
MeTavish,  McKcn/.ie.  hourgeois  de  la  Compagnie  du  Xord- 
Ouest.et  tinalement  l'honorahle  Joseph  M  assoit  et  son 
épouse,  dont  les  héritiers  sont  actuellement  les  propriétaires. 

.1.  C.  A  ne;  eu 

**  Les  bonnes  années."— (V.  IL  5sl.)— Le  Canada 
s'était  révélé  aux  yeux  des  officiera  anglais  durant  la  guerre 
de  l'indépendance  des  Etats-Unis  (177"»  17  s  1).   Ses  produc- 


 .  fW   

l'a* 

9 

tions  naturelles,  peu  ou  j.Kiint  exploitées  alors,  offraient 
d'immenses  ressources  à  qui  voudrait  en  tirer  partie.  Lors- 
que la  France  s'arma  (17ï>2)  il  devint  évident,  que  les  hos- 
tilités allaient  renaître  en  Kurope,  aussi  l'Angleterre  se 
liât a-l-elle  de  pourvoir  à  ses  armements  et  â  sa  nourrituiv 
par  des  achats  faits  en  dehors  des  Trois- Ko  van  mes,  ear 
cette  puissance  ne  rencontre  point  dans  son  territoire  pro- 
pre tous  les  produits  qui  lui  sont  nécessaires.  On  tit  app«l 
au  Canada  et  bientôt  le  blé.  le  chanvre,  le  goudron,  les  bois 
de  mâtures  sortirent  du  Saint-Laurent  en  abondance.  Au 
cool's  des  antii'cs  17ÎKJ-1812  ce  conuneree  ne  lit  (pu*  se  déve- 
lopper ;  la  construction  des  navires  devint  chez  nous  une 
industrie  sérieuse,  la  hache  entama  nos  lorêts  s  culahvs,  les 
cultivateurs  doublèrent  et  quadruplèrent  leurs  revenus, 
tous  les  métiers  avaient  de  l'emploi,  le  crédit  était  inconnu, 
chaque  opération  se  réglait  argent  comptant — ce  lurent 
*'  les  lionnes  années.''  expression  maintenant  légendaire,  qui 
disparaîtra,  comme  toutes  les  légendes,  si  on  ne  la  consigne 
dans  l'histoire  avec  son  véritable  sens. 

Benjamin  Scltb 

Thomas  Piclion.  (V.  I,  ôtifl.) — M.  le  comte  de  Ray- 
mond débarqua  il  Louisbourg  le  11)  août  17ol  pour  rempla- 
cer M!.  Dos  Herbiers,  comme  gouverneur  de  l'Ile  Royale. 
Thomas  Pichon  accompagnait  le  comte  à  titre  de  sécré- 
tai re. 

Le 4  novembre  suivant,  le  gouverneur,  écrivant  au  minis- 
tre demandait  pour  M.  Pichon  la  charge  do  conseiller  du 
Koi,  à  l'amirauté,  à  Louisbourg,  dans  les  intérêts  du  com- 
merce. 

Le  22  septeinbiv  1752.  M.  do  Raymond  fait  rapport  d'un 
voyage  d'inspection  dans  l'île  Royale.  Son  secrétaire  qui 
était  aussi  du  parti  commença  alors  l'envoi  de  lettres  tri» 


détaillées  au  sujet  des  ressource:*  de  l'île,  sa  topographie,  h» 
population,  moyens  de  défonce,  etc.  Ces  é  pitres  très  intéres- 
santi  s  étaient  destinées  à  des  officiers  de  Sa  Majesté  Britan- 
nique. 

Bichon,  tout  bonnement,  était  un  traître,  un  espion. 

En  175::,  le -1  juillet,  le  comte  demande  nu  ministre  la 
permission  d'envoyer  le  sieur  Bichon  à  Beauséjour.  La  per- 
mission lui  fut  accordée,  ear  Piehon  parait  à  cet  endroit,  et 
Venhnd  avec  les  officiers  anglais  pour  livrer  les  secrets  des 
officier*  français. 

Il  avait  ù  Bkuius'jinir  de  dignes  eomp>res  ;  entrant  .res 
Vorg  >r.  qui  eouimandait.  Beauséjour  succomba  facilement 
à  la  première  démonstration  hostile  de  l'ennemi.  Cet 
épisode  ligure  dans  l'histoire  de  l'Acadie  sous  le  vocable  : 
>/u  sii-jc  de  velours,  en  dérision  du  peu  do  résistance,  ou  plu- 
tôt de  la  lâcheté  de  son  commandant. 

Après  cela.  Bichon,  il  parait,  fut  mené  à  Halifax  comme 
prisonnier  de  guerre.  I<\,  il  recherchait  les  Françait  (pie 
le  sort  îles  armes  poussaient  aux  mains  des  Anglais,  et  il 
cherchait  X  s'insinuer  dans  leur  contiance  et  à  surprendre 
les  plans  de  ses  compatriotes  pour  en  faire  le  profit  des  sol- 
dats d'Albion. 

Enfin  d'après  .ses  lettre*  (Lettres  et  mémoire*  pour  servir 
à  l'histoire  naturelle,  civile  et  politique  du  Cap  Breton, 
depuis  ton  établissement  jusqu'à  la  reprise  rie  cette  isle  par 
/es  Antjlti'S  en  175S),  on  retrouve  Bichon  au  siège  de  Louis- 
bourg  en  17ôS.  Buis  il  passa  eu  Angleterre,  où  il  finit  se> 
jours  en  1781. 

Je  conseillerais  à,  XX  qui  demande  des  renseignements 
sur  Bichon  de  lire  Aeadia  de  M.  Edouard  Bichard,  surtout 
le  tome  I. 

Béuis  11  tr 


—  04  — 

Le  mot  44  gerrymander  *\  (V.  II,  r.so.)— Pnnw»- 
eez  >f/crr(iiii)(iniu'"lcr.  Néologisme  politique,  d'origine 
américaine,  servant  ïi  désigner  un  arran^eruoiit  particulier 
dt*  divisions  électorales  d'un  état  ou  d'un  comté,  l'ar  cet 
arrangement,  le  parti  au  pouvoir  cherche  à  remanier  ce* 
divisions  électorales  do  lelle  sorte  eue  advenant  une  élection, 
il  obtiendra  sûrement  l'avantage  sur  *.>u  concurrent,  q  r.iu: 
même  celui-ci  aurait  en  réalité  pour  lui  la  majorité  de*  voies 

L'origine  du  mot  <jerr»jiii«nd<'r  est.  assez  curieuse.  Ce  lut. 
tu  1S1  l,  et  dans  l'étal  du  Massachusetts,,  que  celte  expres- 
sion prit  naissance.  A  cette  époque,  le  parti  démocratique, 
qui  i  tait  au  pouvoir,  d  Virant  s'assurer  le  Massachusetts, 
dont  la  majorité  était  I éd.  raie,  s'avisa  du  rapiéçage  in^é 
nieux  dont  nous  venons  de  parler,  et  la  nouvelle  loi  l'ut 
sanctionnée  par  le  principal  fonctionnaire  de  l'Etat,  le  you 
verneur  (  ieny. 

Or,  il  se  trouva  que,  sur  une  carte,  le  nouveau  remanie 
ment  pouvait  assez  bien  figurer — avec  quelques  coups  de 
crayon  appliquas  ca  et  là.  et  un  peu  de  bonne  volonté  — 
pour  h;  dessin  d'une  certaine  bêle  curieu.se,  se  rapprochant 
•l'une  salamandre,  en  anglais  *<t/<iiitiiii<f<r.  Sur  ces  entre 
faites,  un  loustic  s'écria  :  "  Bah  !  un  Mliuitiiniit'r.  pourquoi 
pas  un  i/erry/Danrfer  /"  faisant  ainsi  allusion  au  gouverneur 
(Jerry.    Le  mot  eut  du  succès,  et  est  depuis  resté. 

S VI. VA  Ct.AIMN 

L'Amnistie  de  1.838.  (V,  1 1.  581.)— L'ordonnance 
du  Conseil  Spécial  en  date  du  2S  juin  IS.'}*,  accordant  une 
amnistie  aux  J{ebdh\<  se  trouve  dans  le  deuxième  volume 
des  ordonnances  de  ce  Conseil,  et  porte  le  titre  suivant  : 
-  Ordonnance  qui  pourvoit  à  la  sûreté- de  la  Province  du 
Has  Canada." 

Cne  proclamation  portant  la  même  date  lit  aussitôt  con- 
naître cette  ordonnance  au  public.  V.  J.  Aldkt 


—  05  - 
QUESTIONS 


5^7 — A  la  page  37  da  premier  volume  du  Dictionnaire 
*  i éntalogique  de  Mgr  Tanguay,  au  sujet  de  Louis  Bégin. 
r  ancêtre  de  Mgr  Begin,  archevêque  de  Québec,  nous  lisons: 
*•  Baptisé  cm  UVMi,  rils  de  Jacques  et  d'Anne  Meloque,  de 
Liénard,  évèque  de  Lizieux,  sépulture  le  2(J  décembre  1708. 
à  Lévis." 

Cette  paroisse  de  Liénard  cxiste-t-elle  encore  ?  Dans  quel 
département  de  la  France  est-elle  située  ?  XXX 

5s8 — Pourquoi  dit-on,  dans  le  peuple,  d'un  individu  qui 
part  pour  les  tëtats-Unis,  qu'il  émigré,  qu'il  s'en  va 
m  Amérique  f  Emi 

589 — Quand  les  milices  canadiennes  ont-elles  pris  nais- 
sance ?  Est -ce  longtemps  après  la  mort  de  Champlain  V 
Q.uel  fut  leur  organisateur  ?  A.  B. 

590  Dans  une  récente  visite  au  village  de  Saint-Stanislas, 
sur  la  rivière  Bat  i  seau,  on  m'a  dit  que  la  designation  offi- 
cielle de  la  paroisse  est  "  Saint-Stanislas  de  la  rivière  des 
Envies."  Personne  cependant  n'a  pu  me  dire  l'origine  de.ee 
curieux  nom.  La  rivière  des  Envies  est  un  petit  coure  d'eau 
à  une  petite  distance  de  l'église  et  du  village  de  Saint-Sta- 
nislas. Quelqu'un  de  vos  lecteurs,  peut-être,  pourra  satis- 
faire ma  curiosité  ?  W.  P.  G. 

591 —  Observo-t-on  encore  la  i;  guignolée  "  au  Canada 
Qu'était-ce  que  cetto  ancienne  coutume  ? 

K.  O.  B. 

592 —  Quel  uniforme  portait  les  miliciens  canadiens  eu 
1812  ?  Soli». 


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1 


—  96  — 

593—  On  désigno  souvent  par  tnitainc  l'office  religieux 
des  protestants  :— Ils  sont  ailés  à  la  mitaiue.  Quelle  wt 
l'origine  de  ee  mot  employé  dan«  ee  sens  ?  Rio. 

594 —  M.  Bouehettc  fut-il  le  sueeessour  immédiat  du  major 
Holland  en  qualité  d'arpenteur- général  du  Canada  ?  Pou- 
vez-vous  me  dire  eu  quelle  annéo  le  major  Holland  cessa 
d'exercer  ses  fonctions  ?  Arp. 

595 —  Dans  une  conférence  que  faisait,  il  y  a  quelques 
années,  M.  Lorenzo  Prince,  au  Club  National,  à  Montréal, 
sur  le  jurisconsulte  Doutre,  il  déclarait  que  M.  Doutre  était 
parvenu  à  faire  révoquer  la  nomination  d'un  gouverneur 
général  du  Canada. — Pourriez- vous  me  dire  quel  était  ce 
gouverneur;  Quelles  sont  les  raisons  qui  ont  amené  cette 
destitution  ?  Cuuikl  x 

596 —  Où  trouverais-je  des  renseignements  sur  la  fameuse 
'•fidiise-gatvrie  qui  tit  lYpouvantail  de  tant  de  générations  '.' 

XXX 

597 —  En  quoi  consistait  le  rlairon-da-roi,  cet  amusement 
de  société  si  en  vogue  autrefois  ?  Rico. 

598 —  Pouvez-vous  me  dire  ce  qu'on  entend  exactement 
par  le  mot  corvée  dans  notre  pays  ?  A.  R. 

599 —  Qu'est-ce  qu'on  entend  a  la  campagne,  par  le  mot 
«  épluchette  "  ?  Hab. 

600 —  N'y  avait-il  pas  un  capitaine  Mat  how  ou  Mass 
Leake  avec  le  général  Hraddock  lors  de  sa  défaite  au  fort 
Duqueanc  en  juillet  1755  ?  K.  L.  P. 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

— .  — „ — . —  .  „  ,  

VOL.  5  AVRIL  1899  No.  4 


SAINT-FABIEN  DE  R1MOUSKI 

La  paroisse  do  Saint-Fabien  de  Rimouski,  a  été  érigée 
canoniquement  le  11  décembre  1828  ;  son  érection  civile  eut 
lieu  le  5  mars  1835. 

La  pretuicru  chapelle  de  Saint-Fabien  fut  bénite  le  6 
février  1848.  La  première  messe  y  fut  dite  le  mémo  jour. 
L'église  actuelle  a  été  construite  en  1854. 

L'année  suivante,  l'Ordinaire  de  l'Archidiocôse  donnait 
un  pasteur  à  cette  paroisse  dans  la  personne  de  M.  Augustin 
Lad  ri  ère. 

M.  lo  chanoine  P.  Audot  lui  succédait  en  1870. 

En  ces  dernières  années,  cette  paroisse  a  fait  des  progrès 
vraiment  étonnants.  Elle  compte  aujourd'hui  1850  âmes  et 
possède  une  fromagerie,  une  beurrerie,  huit  magasins,  trois 
moulins  à  scie  et  à  bardeaux,  une  grande  fabrique  de  meu- 
bles, portes  et  fenêtres,  trois  forges,  etc.,  etc. 

L'église  qui  a  subi,  en  1898,  une  véritable  transformation 
est  aujourd'hui  très  belle. 

Le  20  décembre  dernier,  Mgr  Biais,  évêque  de  Rimouski, 
se  rendait  à  Saint- Fabien  pour  y  faire  la  bénédiction  de 
trois  nouvelles  cloches.  Les  personnes  qui  assistaient  à  cette 
belle  démonstration  n'en  perdront  pas  le  souvenir  do  sitôt. 

R. 


LES  LÉGENDES  DE  NOS  ANCÊTRES 


C'est  un  fait  parfaitement  avéré  que  nullo  contrée  n'a  eu 
d'aussi  fréquent  s  rapports  avec  les  revenants  et  les  esprits, 
que  nulle  terre  n'a  engendré  autant  de  feux-follets,  vu 
courir  autant  do  louj>s-garous  que  l'île  d'Orléans.  Délicieu- 
ses histoires,  contes  charmants,  qui  me  rappelez  les  souve- 
nirs  de  mon  enfance,  pourquoi  vous  laisscrais-je  dans  l'oubli  ? 
Pourquoi  ma  plumose  refuserait-elle  à  ret  racer  cos  légendes 
naïves  qui  peignent  si  bien  la  bonne  foi  de  nos  ancêtres, 
leur  esprit  religieux,  eu  même  temps  qu'elles  rappellent  leur 
noble  origine. 

Ceux  qui  nous  ont  légué  ces  contes,  qui,  depuis  quelques 
années,  commencent  à  se  perdre  dans  la  mémoire  du  peuple, 
les  racontaient  au  bivouac,  au  milieu  de  la  forêt,  à  la  belle 
étoile,  entre  le  combat  du  jour  et  celui  du  lendemain.  Et 
ees  héros,  soldats  aussi  îiers  sur  le  champ  de  bataille  que 
citoyens  paisibles  à  la  chaumière,  versaient  des  larme»  en  les 
transmettant  à  leurs  enfants  :  ear.  pour  oux.e'était  le  souve- 
nir de  leur  belle  Normandie  ou  de  leur  noble  Brelagne.qui  se 
retraçait  à  leur  esprit.  Ainsi  donc,  pourquoi  ne  K-s  pas 
ni] (peler  ? 

Les  feux-follets  bo  manifestent  sous  l'apparence  de  flam- 
mes, dont  la  couleur  est  loin  d'être  uniforme;  les  uns  la 
disent  bleue,  d'autres,  rouge,  d'autres,  verte.  Peu  importe 
la  couleur  ;  c'est  un  détail  qui  regarde  les  feux  follets,  et 
personne  n'a  le  droit  de  leur  imposer  de  règles  là-dessus. 

Mais  il  est  un  point  sur  lequel  tout  le  monde  est  d'accord, 
et  que  personne  n'a  songé  à  contester:  c'est  que  le  feu-follet, 
dont  le  vol  est  rapide,  les  zi/.gags  très  nombreux  ;  n'a  d'au- 
tre ambition  que  d'attirer  les  gon»  dans  les  précipices.  Triste 
prérogative  que  possède  la  lumière  du  feu-follet,  en  coin, 
inuii  avec  bien  d'autres  lumières  du  siècle,  moins  brillantes 


peut  et  re,  mais  dont  les  danger*  de  s'ductiou  ne  sont  pas 
moins  à  redouter. 

llwn  qu'à  cette  part icuhirit é,  qui  pourrait  douter  que  le 
feu-follet  ne  soil  autre  chose  «pie  le  malin  esprit  ?  A  usai  la 
présence  de  ces  diablotins  ennumm's  aurait  elle  été  pour  les 
habitants  de  l'île  d'Orhans  une  souive  amèro  de  d.sagré- 
ments,  si  leur  esprit  inventif  n'eût  découvert  deux  movens 
aussi  simples  qu'infaillibles  de  se  débarrasser  de  leur  présence 
imp.»rtuue. 

C'est  un  secret,  cela  et,  à  titre  d'initié,  mon  indiscré- 
tion rue  serat-olle  pardonn.  e  ? 

A  tout  risque,  voici  la  recette  :  Piquez  une  aiguille  ou 
votre  couteau  sur  la  clôture,  et  le  feu- fol  lot  s'arrête  tout 
court,  comme  par  un  charme.  Alors  de  deux  choses  l'une  : 
ou  bien  le  teu-lollot  *o  déchire  sur  le  couteau,  et  par  là  mê- 
me  se  tit-ltvm  ;  ou  bien  il  s  Y  puise  en  cîî'ortsinterininables  pour 
passer  par  le  trou  de  l'aiguille,  et,  dans  l'intorvalle,  vous 
avez  le  temps  de  regagner  votre  demeure  et  de  vous  mettre 
à  l'abri. 

Ce  n'est  pas  tout  ;  le  diable  trouvait  encore  bien  d'autres 
moyens  de  s'immiscer  dans  les  allai tvs  des  gens  de  l'île 
d'Orléans. 

C  est  ainsi,  par  exemple,  qu'on  le  rencont  rait  parfois  au 
bal.  sous  l'apparence  d'un  beau  monsieur,  tout  habillé  de 
draj)  tin,  des  pieds  à  la  tête. 

Dans  cette  circonstance,  il  gardait  toujours  ses  gants  pour 
cacher  se»  grilles,  et  son  chapeau,  pour  dissimuler  ses  cor- 
nes ;  et  d'ordinaire  il  dansait  arec  la  plus  fringante  des  tille* 
de  la  compagnie.  Puis,  au  beau  milieu  d'une  dance,  voici 
ce  qui  arrivait  :  tout  à  coup  un  cri  perçant  se  faisait  enten- 
dre, et  lo  beau  monsieur  faisait  comme  un  éclair  à  travers 
une  fenêtre,  emportaut  avec  lui  quelque  menu  détail  du 
ménage  comme  le  lour,  par  exemple.  Quant  à,  la  demoiselle, 


—  102  — 

elle  en  était  quitte  pour  un  coup  de  grille.  Il  n'est  pas  pans 
intérêt  d'ajouter  que  lu  présence  accidentelle  d'un  enfant  au 
milieu  de  l'appartement  ne  manquait  jamais  de  trahir  la 
présence  du  diable,  tanU  le  pauvre  innocent  criait  et  pleu- 
rait. 

C'était  quand  on  allait  quérir  le  prêtre  pour  quelque  ma- 
lade durant  la  nuit,  que  le  diable  en  taisait  de  ces  eit'orts, — 
j'allais  dire  surhumains, — pour  relarder  l'arriver  du  minis- 
tre de  l>ieu.  Comme  de  raison,  il  jouait  gros  feu,  puisqu'il 
s  agissait  pour  lui,  ni  plus  ni  moins,  que  du  gain  ou  de  la 
perte  d'une  fiine.  Aussi  que  de  choses  n'arrivait-il  pas 
alors  ! 

Aut*i,  les  chevaux,  tout  à  coup  et  sans  aucun  à-propos,  se 
trouvaient  dételés  ;  le  harnais  se  retournait,  et  de  lui-même 
bout  pour  bout  ;  des  chandelles  tout  allumées  apparaissaient, 
sur  la  tête  du  cheval. 

Kn  prévision  de  toutes  ces  aventures  diaboliques,  on  n'al- 
lait jamais  quérir  le  curé  qu'avec  deux  voitures  :  si  quelque 
accident  survenait  à  l'une,  l'autre  au  moins  était  encore 
disponible. 

Combien  de  fois  encore  n'est-il  pas  arrivé  qu'en  allant  à- 
l'écurie,  le  matin,  pour  faire  son  train,  on  ait  été  tout  sur- 
pris de  trouver  son  cheval  harassé,  épuisé,  blanc  d'écume, 
avec  le  crin  du  cou  et  de  la  queue  tout  tressé.  11  aurait 
fallu  être  bien  naïé  pour  ne. pas  reconnaître  encore  là  un  de 
ces  tours  du  lutin,  qui  profitait  de  la  nuit  et  de  l'al«ence  des 
gens  pour  se  promener  à  leurs  dépens.  11  est  consolant 
d'ajouter  que,  pour  lui  faire  passer  cette  fantaisie,  il  suffisait, 
de  verser  un  minot  do  son  à  la  porte  de  l'écurie.  Le  lutin, 
homme  d'ordre  avant  tout,  avait  le  soin,  en  prenant  congé 
du  cheval,  de  remettre  ehaqvie  eln»c  >a  place  comme  il 
l'avait  trouvée  :  tâche  dont  il  s'acquittait  à  merveille  et  en 


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—  103  — 

homme  nom  pu  leu  x.  Or,  pour  parvenir  à  l'écurie  désormais, 
il  lui  fallait  bien  mettre  le  pied  sur  le  son,  dont  les  grains  se 
trouvaient  par  là  dérangés. 

Force  lui  était  donc  de  remettre  un  à  un  tous  ces  milliers 
de  grains  en  leur  place,  comme  ci-devant  ;  durant  ce  temps, 
l'aurore  venait,  et  adieu  la  promenade  ! 

Heureusement  qu'une  occasion,  comme  il  no  n'en  présente 
gu  ro,  s'otl'rit  un  jour  aux  sorciers  de  l'île  d'Orléans  pour 
faire  expier  au  diable  une  partie  des  mécomptes  dont  il 
s'était  rendu  coupable  envers  eux.  Dans  ce  temps-là,  on 
construisait  l'église  de  Saint-Laurent.  Or,  prés  de  cette 
église  se  trouvent  les  coteaux  de  Saint  Laurent,  dont  la 
pente  est  abrupte  et  la  montée  difficile.  Les  chevaux  en 
avaient  tout  leur  raide  à  charroyer  la  pierre  en  ces  endroits, 
et  les  habitants  se  plaignaient  amèrement. 

Le  constructeur,  tin  matois,  et  homme  bien  éduqué,  leur 
annonça  un  jour,  pour  faire  cesser  leurs  plaintes,  qu'il  allait 
leur  procurer  un  cheval  bien  fort,  si  fort,  qu'il  pourrait 
traîner,  à  lui  seul,  la  charge  de  quatre  chevaux  ordinaires. 

Aussitôt  dit,  aussitôt  fait  :  voilà  notre  homme  qui  s'en- 
ferme pendant  quelque  temps  à  l'écart,  sans  doute  pour  lire 
le  Petit  Albert.  C'est  un  livre  extraordinaire  que  celui-là, 
at  qui  contient  des  choses  fort  mervoilleuses,  entre  autres, 
un  chapitre  tout  écrit  avec  des  croix  ? 

Peu  de  temps  après,  l'entrepreneur  revint,  conduisant 
par  la  bride  un  cheval  si  beau,  qu'on  en  avait  jamais  vu  de 
pareil.  Kt  alors  il  dit  aux  habitants  : 

— "  Or  ça,faite»-le  travailler  sans  pitié  ;  mais,  pour  aucune 
raison  au  monde,  il  ne  faut  lo  débrider.  Qu'il  piaiTe,  qu'il 
rue,  qu'il  hennisse,  n'importe  ;  ne  lui  ôtez  pas  sa  bride,  pas 
même  pour  le  faire  boire." 

Le  cheval  fut  confié  aux  mains  d'un  jeune  homme,  qui 
se  mit  à  charroyer  la  pierre  ;  et  tout  allait  à  merveille. 


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—  104  — 

Mais,  pendant  tout  ce  temps,  le  pauvre  animal  avait  l'air 
si  fatigué,  si  exténué,  il  paraissait  tant  soullrirdu  besoin  do 
boire,  que,  vers  le  soir,  son  conducteur,— jeune  gars  inexpé- 
rimenté comme  tous  eux  d'alors,  et  probablement  ceux 
d'aujourd'hui.— se  laissa  toucher  de  pkL.  et  le  conduisit  au 
ruisseau  voisin  pour  le  taire  boire.  .1  usque-l.i  eu  u  était  pas 
mal  ;  mais,  comme  le  pauvre  animal  faisait  mine  do  ne  pou- 
voir avaler  avec  sa  bride,  voila-  not  re  étourdi  qui  la  lui  en- 
lève :  et  aussitôt,  plus  de  cheval  !  il  se  précipite  dans  le  ruis- 
seau voisin,  transformé  en  anguille,  et         rour»  djirès. 

Heureusement  qu'à  cette  heure  les  pierres  étaient  toutes 
charroyées,  À  l'exception  d'un  seule,  qui,  depui>  lors,  a  tou- 
jours manqué  à  l'édifice*. 

Ht  itKKT  LaRue 


LA  RARETÉ  DE  L'ARGENT  AUTREFOIS 


On  ne  s'imagine  pas  aujourd'hui  combien  était  rare  l'ar- 
gent au  commencement  du  dix-huitième  siècle  dans  la  Xou- 
velle-France.  Voici  un  fait  qui  peut  en  donner  une  idée. 
Les  iles  à  l'Aigle  et  à  la  Grenouille,  comprenant  cinq  cent 
soixante  et  cinq  arpents  en  superficie,  qui  avaient  été  con- 
cédées le  1!)  octobre  HW{.  À  Etienne  Volland,  aieur  de  Ra- 
disson,  par  M.  le  comte  de  Frontenac  et  le  chevalier  sei- 
gneur de  Champignv.  gouverneur  et  intendant,  furent  ven- 
dues à  Jacques  Brissct  par  le  dit  Radisson.  par  contrat  de- 
vant Mtre  Adhémar  Saint -Martin,  notaire  à  Montréal,  le  13 
juillet  1712,  pour  la  somme  de  .100  francs  du  pays.  En  atten- 
dant le  paiement,  qui  devait  être  ù  la  convenance  du  pre- 
neur, il  y  avait  une  rente  de  15  francs  pur  année,  qui  ne  fut 
éteinte  par  le  paiement  des  :-J0O  francs  que  le  21  janvier 
1752.  Vn  seigneur  à  qui  il  fallait  quarante-deux  ansetdomi 
pour  payer  une  somme  de  850  ! 

L'abbé  Vincent  Plinguet 


I 


-  105  — 


HABITANTS  vs  HIVERNANTS  (1) 

Il  y  a  à  distinguer  entre  les  mots  colons,  hivernants,  in- 
terprètes, employ és  de  la  traite,  frutiguis,  commis,  habitants 
et  fonctionnaires,  durant  les  premières  cinquantes  années  au 
innus  qui  vont  de  IMS  à  ltîtfO.  Aucun  terme  n'a  la 
même  signification  que  l'autre  dans  cette  série.  Comprenons 
bien  le  sens  attaché  alors  à  chaque  expression  et  notre  his- 
toire, à  ses  débuts,  deviendra  plus  claire,  plus  intelligible, 
plus  réelle. 

Les  Français  qui  ont  les  premiers  fait  la  traite  au  Canada, 
y  laissaient  parfois  des  hivernants.  Ceux  de  Chauvin,  à 
Tadoussac,en  1599,  périrent  avant  le  retour  de  l'été.  Ceux  de 
M.  de  Monts,  à  Sainte-Croix,  Acadie,  en  1604,  succombèrent, 
pour  la  plupart,  à  une  espèce  de  scorbut,  appelé  le  mal-de- 
terre.  Lorsque  Champlain  eut  construit  une  habitation  à 
Québec,  en  1608,  il  résolut  d'y  passer  l'hiver,  avec  vingt- 
sept  hommes  ;  le  printemps  arrivé,  il  n'en  restait  que  huit 
— les  autres  ayant  été  emportés  par  la  même  maladie,  cau- 
sée par  les  privations. 

Il  n'y  avait  pas  encore  d'habitants  dans  le  Canada.  Les 
compagnies  de  traite,  qui  se  succédèrent  jusqu'à  1627,  en- 
voyèrent des  hivernants,  mais  il  ne  vint  qu'un  seul  habitant, 
Louis  Hébert,  le  pionnier  de  la  population  canadienne- fran-  • 
çaise  ;  car  tous,  tant  que  nous  sommes,  nous  descendons  de 
l'habitant  ot  non  pas  do  l'hivernant. 

L'hivernant  était  aux  gages  des  compagnies  de  traite  ; 
après  trois  ou  quatre  années,  il  retournait  en  France. 

L'habitant  était  celui  qui  prenait  nne  terre,  se  fixait  à 
demeure  dans  le  Canada  et  comptait  y  laisser  sa  famille  ; 
dès  les  jours  de  Champlain,  on  le  distinguait  de  l'hivernant. 

(1)  IV,  XI,  537. 


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Cet  homme  modeste,  abatteur  de  la  forêt,  fondateur  do 
paroisse,  est  la  touche  unique  de  notre  peuple. 

I)e  l'hivernant  vinrent  les  Français,  employ  «s  de  la  traite 
— administrateurs  civils,  officiers  militaires,  et  menu-  mis- 
sionnaires, gouverneurs-généraux,  et  tout  ce  qui  repréêen- 
tait  la  Fiance  proprement  dite.  Le  Français  "  était  de  la 
classe  des  hivernants,  purcoque  lui  et  l'hivernant  se  recru- 
taient en  France,  et  y  retournaient  après  un  certain  séjour 
au  Canada.  Il  en  a  été  ainsi  jusqu'à  la  conquête  (17<»0). 

De  l'habitant  sortent,  et  sortent  uniquement,  les  Cana- 
diens-Français. La  distinction  entre  ces  deux  branches  de 
la  niée  française,  dans  notre  pays,  date  du  temps  de  Chain- 
plain.  L'homme  qui  faisait  du  Canada  sa  patrie  d'adoption, 
tut  de  suite  considéré  comme  un  être  distinct,  des  Français. 
Les  compagnies  de  traile,  repr  sent/es  par  ]es  employés,  les 
missionnaires  envoyés  ici,  les  gouverneurs,  les  hommes  de  loi. 
et  les  officiers  de  l'armée  formaient  un  monde  à  part,  Entre 
ces  doux  groupes,  il  y  a  toujours  eu  divergence  d'idées  : 
l'une  tenait  pour  le  Canada,  l'autre  pour  la  France. 

L'habitant,  et  le  terme  qui  le  distingue,  remontent  donc 
à  l'année  Ifjl 7,  autrement  dit,  à  l'année  de  Louis  Hébert- 
Qu'importe  que  les  historiens  n'aient  pas  saisi  cela  !  Ce  n'est 
pas  dans  les  hist orieus  «pi'il  faut  étudier  la  question,  mais 
dans  les  chroniques  du  temps.  Si  vous  lise/,  celles-ci,  vous 
distinguerez  aisément  la  différence,  et  vous  arriverez  à  vous 
expliquer  comment,  en  ln'45 — alors  qu'il  n'y  avait  pas  plus 
de  deux  cent  cinquante  personnes  établies  sur  notre  soi — on 
a  pu  former  la  compagnie  dito  des  habitants,  qui  enleva  au 
moins  le  tiers  de  la  irai  to  à  la  compagnie  de  la  Nouvelle- 
France,  protectrice  intéressée  des  hivernants.  Depuis  ce  jour, 
jusqu'à  la  conquête,  la  lutte  dans  le  Canada  a  toujours  été 
entre  les  habitaats  et  les  hivernants. 

C'est  donc  une  chose  bien  acquise  que  le  mot  u  habitant  ". 
Durant  cinq  quarts  de  siècle  après  1U45,  nous,  les  habitants, 
nous  avons  été  appelée  "  Canadiens  "  parce  que  nous  avions 


—  107  — 


fait  du  Canada  notre  patrio.  Le»  autres  étaient  des  41  Fran- 
çais "  et  ce  terme  couvrait  le»  gouverneurs,  los  missionnaires, 
les  officiers  de  l'année  et  généralement  tous  eeux  qui  ve- 
naient de  France  exercer  quelques  fonctions  durant  une 


Après  la  conquête,  la  politique  anglaise  distingua  très 
bien  entre  les  habitants,  qui  formaient  le  gros  de  la  popula- 
tion, et  les  Français  restés  au  milieu  do  nous.  Ces  derniers 
finirent  par  disparaît  re. 

Ce  sont  les  his  de  l'habitant  qui  ont  crée  notre  clergé  na- 
tional, lait  les  luttes  politiques,  reconstitué  U  commerce 
dont  nous  avions  été  privés  sous  les  Français  et  sous  le»  pre- 
miers Anglais,  par  la  force  des  circonstances  qui  réservaient 
aux  Européens  l'exploitation  de  notre  pays.  J)e  l'habitant 
aussi  viennent  ces  écrivains  passionnes  pour  nos  gloires  na- 
tionales, inspirateurs  du  sentiment  canadien  et  dont  la  tiîclx» 
est  aujourd'hui  plus  belle  que  jamais. 


Lorsque  le  duc  do  Clarence,  plus  tard  (iuillaume  IV. 
visita  le  Canada.il  s'avisa  un  bon  jour  de  traverser  la  f rou- 
tière qui  sépare  la  province  de  Québec  de  l'état  du  Ver- 
mont.  Comme  un  bon  bourgeois,  il  se  rendit  chez  un  barbier 
pour  se  t'ai  iv  raser.  La  femme  du  barbier,  une  très  jolio  bru- 
nette,  entrait  juslemeut  comme  le  prince  se  levait  de  la  chai- 
se. Le  prince  la  saisit  parle  cou  et  lui  donna  un  retentissant 
baiser. — *l  Allez  maintenant^  lui  dit-il,  et  dites  à  vos  voisines 
que  le  fils  du  roi  d'Angleterre  a  donné  un  baiser  royal  à,  la 
temme  d'un  barbier  yankee." 

L  histoire  ne  dit  pas  si  la  jeune  femme  fut  flattée  de  l'hon- 
neur que  lui  faisait  le  duc  de  Clarence.  Fille  n'est  pas  aussi 
silencieuse  au  sujet  du  barbier.  Celui-ci  saisissant  le  prince 
par  les  épaules  lui  donna  un  coup  de  pied  au  bon  endroit  en 
lui  disant  : — "  Maintenaut,allez.et  dites  aux  femmes  de  votre 
pays  qu'un  barbier  yankee  a  donné  un  royal  coup  de  pied 


période  déterminée. 


Benjamin  Sulti 


UN  ROYAL  COCP  DE  PIED 


LE  COMTE  DE  MALARTIC 


La  famille  do  Malartic  compte  parmi  la  plus  vieille  no- 
blesse de  l'Armagnac.     Elle  remonte  à  Odon  de  Malartic, 
damoiseau  vivant  en  1209,  père  du  chevalier  croisJ  Arnaud 
de  Malartic  présent,  en  1252,  au  camp  devant  Joppé. 

Anne-Joseph-Hippolyte  de  Maurès,  comte  do  Malartic, 
était  le  deuxième  fils  de  Pierro-Hippolyte-Joseph  de  Maures 
de  Malartic,  et  de  Antoinette-Charlotte  de  Savignac  de 
Saint- Urrisse.  Trois  de  ses  frères  devinrent  généraux. 

C'est  à  Montauban,  le  3  juillet  1730,  que  naquit  Anne  de 
Malartic.  Sorti,  à  l'âge  de  quinzo  ans,  du  collège  de  Nan- 
terre  il  fut  aussitôt  nommé  sous-lieutenant  dans  le  régiment 
de  la  Sarre.  Peu  après,  il  obtint  une  compagnie  dans  lo  ré 
giment  de  Béarn,  avec  lequel  il  tit,  comme  capitaine,  les 
campagnes  de  Flandre,d' Italie  et  de  Provence.  Il  fut  nomuaé 
aide-major  en  octobre  1740. 

En  1755,  il  s'embarque  pour  la  Nouvelle- France  avec  son 
régiment.  L'année  suivante,  Montcalm  remplace  comme 
commandant  dos  troupes  françaises,  le  baron  Dieskau  fait 
prisonnier  au  lac  Saint-Sacrement.  Dès  lors,  de  Malartic 
le  suit  presque  partout. 

Il  îait  partie  de  l'expédition  dirigée  par  Montcalm  en 
175f>  contre  le  fort  Oswego  ou  Choueguen. 

L'année  suivante,  il  assiste  à  la  prise  de  William- Henry. 

En  1758,  il  prend  part  à  la  bataille  de  Carillon.  Le  régi- 
ment de  Béarn  était  |»osté  à  1»  d  roi  to,  et,  au  plus  fort  de 
l'action,  Malartic  eut  le  genou  gauche  percé  d'une  balle. 
Cette  blessure  lui  valut  la  croix  de  Saint-Louis. 

A  la  bataille  des  Plaines  d'Abraham,  le  13  septembre 
1759,  il  se  bat  comme  un  lion.  Son  cheval  est  tué  sous  lui 
et  ses  habits  percés  de  balles. 

C'est  de  Malartic  qui  commandait  la  garde  laissée  à  l'Hô- 


—  110  — 

pîtal-Général  pour  protéger  les  nombreux  blessés,  officiere- 
et  soldat».  Il  gagna  même  l'estime  du  général  Murray 
qui  l'invita  plusieurs  loi*  à  dîner  avec  lui. 

A  la  bataille  de  Sainto-Foye,  de  Malartie  fut  de  nouveau 
légèrement  blessé.  Cette  fois  ce  fut  un  boulet  de  canon  qui 
lui  effleura  la  |H)itrine. 

Malgré  cette  belle  victoire  de  SainU-Foye,  Lévis  fut  obli- 
gé de  lever  le  siôgo  et  de  se  replier  sur  Montréal. 

Après  la  capitulation  do  Montréal,  de  Malartie  rentra  en 
France  avec  les  restes  de  l'armée. 

Kn  avril  1763,  de  Malartie  fut  nommé  major  du  régiment 
Royal-Comtois. 

Choiseul,  alors  ministre  de  la  guerre,  ne  le  trouvant  pas 
assez  récompense  de  ses  beaux  états  do  service,  le  fit  nom- 
mer, deux  mois  après,  colonel  du  régiment  do  Vermandois. 

Quatre  ans  après,  tson  régiment  eut  ordre  de  so  rendre 
aux  Antilles.  C'est  pendant  cette  campagne  qu'il  fut  nom- 
mé commandant  en  chef  et  gouverneur  de  la  Guadeloupe 
avec  le  grade  de  brigadier. 

Il  passa  ensuito  à  la  Martinique  et  à  Saint-Domingue  où 
il  fut  d'un  grand  secours  au  prince  de  Rohan  pour  répri- 
mer les  désordres  qui  s'étaient  élovés  dans  cotte  île. 

Rentré  do  nouveau  en  France  avec  son  régiment,  il  fut 
détaché  avec  lui  en  Corse. 

Le  3  mars  1780,  il  était  promu  man  chai  de  camp. 

Douze  ans  plus  tard,  le  27  janvier  1702,  Louis  XVI  le 
nomma  lieutenant-général  et  gouverneur  des  établissements 
français  à  l  est  du  cap  do  Bonne-  Kspérance,  avec  l'îl»  de 
France  pour  chef-lieu  de  son  gouvernement. 

C'est  là  qu'il  expira  le  28  juillet  1800,  regretté  de  tous. 

Pierre -Georces  Roy 


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—  Ill  — 

L'AMOUR  DE  LA  FR.tXCE  EX  ACADIE 

* 

L'amour  do  la  France  ost  resté  un  objet  de  culte  pour  les 
Acadiens.  Son  nom  est  une  musique  a  leur  cœur  ;  et  son 
sourenir,  grandissant  dans  la  fantasmagorie  du  passé,  s'élè- 
ve jusqu'au  ciel,  seuibbiblo  à  un  sommet  étoilé.  Après  Dieu 
et  sou  Eglise,  c'est  la  France  la  première.  A  la  Confédéra- 
tion des  provinces,  dont  la  plupart  des  Acadiens  ne  su  sou- 
ciaient guère,  plusieurs  pensaient  toujours  ,f  qu'elle  revien- 
drait." Plusieurs  le  pensent  encore,  s'appuyant  sur  des  pro- 
phéties que  l'aïeul  raconte  à  ses  petits-enfants.  On  est  ré- 
signé, on  est  fidèle  à  l'Angleterre  ;  mais  on  aime  la  France. 
11  est  si  naturel,  il  est  si  doux  d'aimer  sa  mère,  même  quand 
elle  n'est  plus  là,  même  quand  elle  ne  doit  plus  revenir  ! 

Vers  18t>4,  il  s'échappa  d  un  navire  passant  près  de  la 
dune  de  Bouctouche,  un  matelot  fatigué  de  la  mer,  qui 
gagna  la  rive  à  la  nage,  ayant  appris  q*o  cette  plage  était 
habitée  par  des  Français.  On  le  recueillit,  on  l'habilla,  et  l'on 
s'aperçut  bientôt  qu'il  savait  lire  et  écrire.  Une  écolo  fut 
incontinent  ouverte,  à  laquelle  se  rendirent  tous  les  enfants 
du  village.  A  la  Confédération  (lSo'7),  il  fut  choisi  candi- 
dat pour  la  chambre  fédérale,  et  élu,  en  dépit  d'une  opposi- 
tion anglaise  acharnée.  M.  Auguste  Renaud,  c'est  son  nom. 
siégea  aux  Communes  canadiennes,  de  18t>7  a  1872,  en  qua- 
lité de  seul  représentant  aeadien.  et  «acquitta  de  ses  fonc- 
tions avec  beaucoup  d'habilité  et  une  grande  fidélité.  Il  n'y 
a  que  l'anglais  qu'il  ne  put  jamais  apprendre  et  qu'il  pro- 
nonça toujours  d'une  façon  réjouissante.  AleLeod,  son  con- 
current, devenait  Madott  ;  et  Kingston,  un  des  centres 
principaux  du  comté,  faisait  Quinze  tonnes,  ou  quelque 
chose  pis  encore.    11  est  mort  en  juillet  1897. 


Pascal  Poiiuer 


—  112  — 
RÉPONSES 

La  mort  du  duc  de  Richmond.  (IV,  IV,  435).— 
Le  29  juillet  1818,  le  duc  de  Richmond  arriva  à  Québec  et 
entra  dans  l'exercice  de  ses  fonctions  de  gouverneur.  Il  n'oc- 
cupa pas  la  charge  longtemps,  car  le  28  août  1819,  treize 
mois  après  son  arrivée — suivant  le  rapport  fait  par  le  juge 
en  chef  Sewell,  qui  remplit  temporairement  les  fonctions 
d'administrateur  jusqu'à  l'arrivée  du  juge  en  chef  Monk— 
lé  duc  mourut  à  Richmond,  village  que,  d'après  le  jjige  en 
chef  Sewell,  le  duc  "  avait  lui-même  fondé  à  titre  d'asile 
pour  les  officiers  et  les  soldats  qui  ont  servi  dans  la  dernière 
guerre  "  (1812).  Le  village  de  Richmond  est  à  environ  20 
ou  21  milles  d'Ottawa,  mais  la  tradition  veut  que  le  duc  ne 
soit  pas  mort  là,  mais  dans  un  hameau  du  nom  de  Fallow - 
field,  situé  à  quelques  milles  de  Richmond.  Après  qu'il  fût 
arrivé  à  Québec  pour  se  charger  des  fonctions  d'adminis- 
trateur, le  juge  en  chef  Monk  fat  rapport,  le  20  septembre, 
de  la  mort  du  duc  arrivée  à  un  endroit  près  de  Montréal, 
après  son  retour  d'une  exploration  "  dos  parties  étendues 
du  Haut-Canada  ",  et,  continuant,  il  dit  :  "  Je  suis  désolé 
d'ajouter  que  des  symptômes  d'ydrophobie  ont  été  ( m'infor- 
me-t-on)  la  cause  de  sa  mort  inévitable."  Que  la  rumeur  à 
laquelle  le  juge  on  chef  Monk  fait  allusion  soit  bien  fondée 
c'est  ce  que  fait  voir  une  lettre  do  M.  Charles  Cambridge, 
adressée  de  Belfast  à  lord  -Bat burst,  en  date  du  14  octobre 
1819.  L'autour  de  cette  lettre  ayant  quitté  le  Bas-Canada 
le  8  septembre,  parle  de  cette  mort  avec  pleine  connaissance 
de  ses  circonstances,  autant  qu'on  peut  le  voir.  Après  avoir 
décrit  l'objet  do  l'exploration  que  le  duc  avait  faite  dans  le 
Ilaut-Canada,  ses  intentions  éclairées,  sa  dernière  visite  à 
lord  "William  et  lady  Mary  Lennox  à  Kingston,  et  d'autres 
incidents  de  moindre  importance,  l'auteur  continue  : 


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"  Le  23  août  le  duc  dina  avec  un  détachement  d'officiers 
posté  à  Perth,  et  ce  lut  le  -5  seulement  que  s'annoncèront 
lea  premiere  symptômes  de  la  cruelle  maladie  qui,  trois  jours 
après,  se  termina  par  la  mort.    De  bonne  heure  ce  matin-là 
le  valet  du  duc  trouva  Sa  Ci  race  alarmée  i  l'aspect  d'arbres 
qui  étaient  près  d'une  fenêtre  do  la  chambre  où  il  avait  cou- 
ché et  qui,  insista  t -il,  étaient  des  gens  qui  regardaient  dans 
la  chambre  ;  et  lorsque  peu  après  on  lui  apporta  une  cuvette 
d'eau,  une  évidente  horreur  se  peignit  sur  ses  traits  à  la  vue 
de  ce  liquide.  En  plusieurs  occasions,  ce  jour-là  ot  le  26,  les 
symptômes  ne  furent  que  trop  évidents  chaque  fois  qu'il  fut 
présenté  au  duc  quelque  liquide  auquel  Sa  Graco  ne  tou- 
chait plus  maintenant  qu'avec  une  extrême  répugnance.  Le 
26.  au  diner,  il  avait  prié  le  lieutenant-colonel  Coekburn  de 
prendre  du  vin  avec  lui,  mais  Sa  (irâee  n'eut  pas  plutôt 
porté  la  liqueur  à  ses  lèvres  qu'incupable  de  contrôler  la 
violence  du  mal  il  remit  son  verre  sur  la  table  en  disant  : 
"  N'est-ce  pas  trop  ridicule  ?  Allons  !  je  le  boirai  quand  je 
n'y  penserai  pas."  Le  soir  du  même  jour  on  envoya  cher- 
cher un  aide-chirurgien,  (le  seul  médecin  qu'il  y  eut  dans 
les  environs)  qui  le  saigna,  et  Son  Excellence  se  trouva  ap- 
paremment si  soulagé  par  l'opération  qu'il  se  lova  de  bon 
matin  le  lendemain  et  proposa  de  traverser  le  bois  de  Rich- 
mond à  pied  jusqu'à  la  colonie  qui  avait  récemment  été  bap- 
tisée du  nom  de  son  illustre  fondateur,  lequel  était  mainte- 
nant à  la  veille  do  l'immortaliser  par  la  catastrophe  de  sa 
mort. 

Dans  le  bois,  s'étant  mis  à  courir  en  entendant  japper  un 
chien,  on  eût  de  la  peine  à  le  rejoindre,  et  quand  la  bande 
arriva  à  la  lisière  du  bois,  le  duc,  à  la  vue  d'uno  eau  sta- 
gnante quelconque,  s'élanva  par-dessus  une  clôture  et  se 
précipita  dans  une  grange  voisine  où  ses  compagnons  terri- 
nés  le  suivirent  avec  empressement.    Le  paroxysme  de  sa 


—  114  — 

maladie  était  maintenant  à  son  apogée.  Ce  fut  presque  un 
miracle  que  Sa  Grâce  ne  mourût  pou  dans  la  grange  :  on  le 
transporta  avec  peine  à  une  misérable  chaumière  du  voisina- 
ge, et  de  bonno  heure,  le  matin  du  fatal  28,  le  duc  de  Rich- 
mond expira  dans  les  bras  d'un  tidèlo  Su  Use  qui  n'avait  ja- 
mais quitté  un  instant  son  bien  aimé  maître. 

Pendant  que  le  duc  était  duns  cette  misérable  cabane  de 
rondins,  la  raison  reprit  parfoit  chez  lui  non  empire,  et  Sa 
Grace  profita  do  ces  intervalles  lucides  pour  écrire  à  lady 
Mary  Lennox,  une  lettre  dans  laquelle  il  lui  rappelait  qu'un 
jour  (il  y  avait  cinq  mois  do  cela)  s'étant  fait  une  entaille 
au  menton  en  se  rasant,  dans  une  chambre  du  château 
Saint-Louis,  il  avait  voulu  faire  lécher  la  biosure  par  un 
chien  lavori  de  la  maison  qui  se  trouvait  là,  et  que  ce  chien 
l'avait  mordu  au  menton. 

Le  souvenir  de  cette  circonstance  ne  faisait  que  trop  pres- 
sentir au  duc  le  sort  qui  l'attendait,  vu  que  le  chien  en 
question  avait  été  par  la  suite  atteint  de  la  rage,  et  c'est 
pourquoi  dans  sa  let  Ire  à  lady  Ixmnox,  Sa  Grâce  exprima 
la  conviction  que  sa  maladie  était  l'hydrophobie  (chose  qui 
semble  ne  pas  faire  le  moindre  doute). 

Le  duc  traça  la  ligne  de  conduite  quo  ses  enfants  de- 
vaient suivre  dans  la  pénible  situation  où  ils  allaient  se 
trouver  à  son  décès,  et  l'on  dit  qu'il  demanda  a  être  enterré 
à  Québec,  sur  les  remparts,  comme  un  soldat,  pour  rester  là. 

Les  souffrances  du  due  étaient  extrêmes  ;  cependant  l'es- 
prit chez  lui,  dominait  l'agonie  du  corps.  Il  enjoignit  au  co- 
lonel Cockburn  de  ne  plus  faire  attention  à  ses  ordres,  "  car 
vous  voyez  à  quel  état  je  buis  réduit,"  ajouta  t-il.  Pendant 
un  paroxysme  de  douleur  il  s'écria:  "  Fi  !  Richmond,  ti  donc  ! 
Charles  Lennox,  endures  tes  souffrances  comme  un  hom- 
me !  "  Il  mourut  peu  après,  le  28,  et  sa  dépouille  mortelle  ar- 
riva à  Montréal  le  30,  jour  auquel  il  avait  été  annoncé  qu'il 
tiendrait  un  lever." 


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Dans  l'histoire  du  Dr  Kingsford  (vol.  IX.  p.  182)  se 
trouve  un  récit  qui  s'écarte  un  peu  de  ce  qui  précède, 
mai»  les  deux  narrations  ne  dînèrent  pas  essentiellement. 
D'autres  historiens  mentionnent  le  fait  de  la  mort  sans  en  dé- 
crire les  circonstances  particulières. 

Doublas  Brymxkr 

Un  prêtre  médecin.  (IV,  IX,  509.)-— M.  Pierre- 
Joseph  Coin  pain,  qui  mourut  curé  à  Saint-Antoine  deCham- 
blv  eu  1806,  avait  la  réputation  d  être  un  excellent  tu'do- 
cin.  Il  avait  étudié  cet  art  à  Montréal  sous  le  docteur 
Eellz,  chirurgien-major  des  troupes.  Il  avait,  dit-on,  un 
remide  infaillible  pour  guérir  les  cancers.  Le  1(5  octobre 
1795,  il  proposait  à  M.  l'iessis,  alors  curé  de  Québec,  de 
faire  connaître  son  secret  pour  traiter  les  maladies  si  le  cler- 
gé voulait  bien  lui  paver  une  pension.  "  Je  possMe.  disait-il, 
un  secret  utile  à  l'humanité.  Une  foule  d'indigents  aecourt 
à  moi  et  ma  cure  est  pauvre.  Qu'on  me  promette  d'avoir  une 
aide  de  la  législature  ou  qu'on  me  paye  une  pension  et  je 
livrerai  mon  secret  ".  Dans  une  autre  lettre  il  disait  encore  : 
"  Je  ne  veux  point  m  enrichir,  mais  si  je  livre  mon  secret  les 
docteurs  s'en  empareront  et  ils  feront  payer  les  pauvres- 
L'argent  que  je  ferai,  je  lo  donnerai  aux  pauvres." 

Voyez  dans  la  Gazette  de  Québec  du  mois  de  mars  1799, 
No  1706,  une  annonce  de  M.  Compain,  où  il  dit  qu'il  guérit 
des  chancres.  J.  E.  R. 

Les  Meurons  et  les  Wattevilles.  (IV,  IX,  512.)— 
Ces  deux  régiments,  composés  de  troupes  suisses,  officiera  et 
soldats,  portaient  chacun,  comme  c'était  alors  l'usage,  le 
nom  do  leur  colonel. 

En  garnison  au  Cap  de  lionne- Espérance,  et  au  service 
de  la  Hollande,  elles  ne  vinrent  a  Malte  qu'après  l'occupa- 
tion du  Cap  par  l'armie  anglaise  en  1806. 


A  leur  passage  en  Angleterre,  en  route  pour  le  Canada, 
on  adjoignit  à  leur  etVectif  les  prisonniers  français  qui  vou- 
lurent bien  accepter  le  service  aux  colonies,  en  «  change  de 
leur  con  linemen  t  pur  les  }>ontons  ou  dans  les  forteresses; 
mais  à  la  condition  ex  press  .'ment  convenue  de  part  et  d'au- 
tre, de  ne  jamais  les  obliger  à  porter  les  annes  contre  la 
France. 

Quelques-uns  de  ces  soldats  »i  étrangement  rendus  à  la 
liberté,  s'établirent,  le  terme  de  leur  engagement  expiré, 
sur  divers  point*  de  la  province,  et  tirent  des  souches  de 
Canadiens. 

Nous  nous  rappelons  qu'en  186*9,  à  l'occasion  de  la  fête 
du  15  août,  nous  nous  rendions  à  Xapierville,  en  compagnie 
du  vice-consul  de  France  it  Montreal,  ten  le  Dr  Pieault. 
porter  trois  médailles  de  Sainte- Hélène,  venues  du  ministère 
de  la  guerre  à  l'adres>e  de  trois  vieux  braves  anciens  soldais 
du  régiment  de  Meuron. 

Ces  soldats,  devenus  laboureurs.et  dont  le  plus  jeune  avait 
73  ans,  reçurent  cette  distinction  avec  un  indicible  atten- 
drissement. Us  riaient  et  pleuraient  à  la  lois,  examinant  le 
revers  et  la  face  de  la  médaille  ;  et  tous  trois  comme  aux 
grands  jours  de  victoire,  cri.' rent  :  Vive  l'F.mpereur. 

At'Ot'STE  Ac  II  IN  THF. 

Le  regiment  de  Carignan.  (IV,  XI,  5;;i.)— Le 
régiment  de  Carignan  nous  a  laissé  quelques  uns  de  ses  sol- 
dai vers  humée  Hi70.  Si  l'on  su]. pose  que  l'un  de  ces  hom- 
mes était  alors  âgé  de  vingt  ans,  il  aurait  eu  cent  six  ans 
l'année  où  Montcalm  écrivait.  Cela  me  parait  tort.  Je  ferai 
observer  que  les  gens  du  siècle  dernier  rangeaient  sous  le 
nom  de  Carignan  tous  les  militaires.  Ainsi  le  patriarche 
de  la  lîaio  Saint- l'aul  doit  avoir  appartenu  aux  cinq  ou  six 
compagnies  d'infanterie  qui  arrivèrent  de  1*:S4  ù  1700,  les- 
quelles n'avaient  aucun  rapport  avec  le  régiment  de  Cari- 
gnan retourné  en  France  avant  11570. 

Benjamin  Sulte 


Au  temps  des  réchauds.  (IV,  XI.  512 .)— Dans  le 
temps  des  églises  non  chftult.  es,  un  vieux  curé  d'en  bas 
do  Québec,  avait  entouré  son  autel  d'une  cloison  vitrée. 
Ce  compartiment  était  chauftV. 

Le  brave  homme  y  avait  ménagé  une  ouverture.  A  cha- 
que Dominas  Vohiscum.  il  ouvrait  gravement  sa  fenêtre, 
chantait  magistralement  les  paroles  liturgiques  et  continuait 
le  *aint  office,  après  fermeture  hermétique  de  la  fenêtre. 
Il  *'t ait  vu  pleinement  du  pieux  auditoire  sans  pourtant 
soulîrir  de  l'incommodité  de  vingt  degrés  au-dessous  de  zéro. 
Les  prônes  et  sermons  «levaient  être  courts  à  cette  époque, 
et  l'éloquence  de  ces  bons  curés  ne  devait  pas  faire  dormir 
les  <jen.s  debout.  F.  L.  L.  A. 

La  harangue  de  Salaberry.  (IV,  XII,  558.)— La 
harangue  du  colonel  de  Salaberry  telle  que  reproduite  dans 
les  Recherches  Historique*  (V,  p.  85)  m'a  été  transmise  et 
rapportée  par  mou  père,  lieutenant  sous  Salaberry  a  la  ba- 
taille de  Châteauguay. 

Au  nombre  de  plusieurs  articles  que  j'ai  publiés  en  1879, 
à  l'occasion  de  la  célébration  du  centenaire  et  du  cinquan- 
tième anniversaire  de  la  mort  du 'héros  de  Chûteauguay, 
pour  engager  le  gouvernement  fédéral  à  élever  un  monu- 
ment au  grand  soldat,  se  trouvaient  les  lignes  qui  suivent 
(article  du  81  janvier  18751)  : 

''Mon  père,  qui,  en  181*2  et  à  Chfiteauguay,  combattait 
comme  lieutenant  à  côté  du  colonel  de  Salaberry,  lui  fut 
toujours  dévoué  et  attaché  dans  la  suite.  Pour  lui  le  vain- 
queur de  Châteauguay  était  un  second  Napoléon,  une 
espèce  de  dieu  !  Il  fut  toujours  son  ami  fidèle,  et  après  *a 
mort,  il  fut  l'ami  intime  de  sa  famille.  Combien  de  fois  n'a- 
t-il  pas  manifesté  son  vif  mécontentement  contre  l'ingratitu- 
de des  Canadiens  et  des  autorités  gouvernementales,  parce 


—  118  — 


qu'ils  n'élevaient  point  un  monument  au  colonel  do  Sala- 
berry  !  Dans  un  moment  où,  devant  plusieurs  personnes,  il 
parlait  de  la  bataille  de  Châteauguay  avec  un  enthousiasme 
bien  légitime,  il  ajouta  : 

*4 — Si  ceux  qui  n'étaient  pas  nés  ou  qui  suçaient  béate- 
ment le  lait  du  sein  de  leur  mère,  lorsque  nous  nous  bat- 
tions à  Châteauguay,  et  qui  sont  peut-être  aujourd'hui  au 
timon  des  affaires  du  pays,  avaient  été  avec  nous,  ils  aime- 
raient a  se  rappeler  et  à  conserver  le  souvonir  du  comman- 
dement donné  par  notre  brave  colonel  avant  la  bataille  : 
"  Voltigeurs  !  s'écria-t-il,  l'armée  américaine  est  sur  nos 
talons  ;  mais  il  faut  l'arrêter  dans  sa  marche  ou  mourir  ! 
Que  chaque  balle  abatte  un  ennemi,  et  malheur  à  celui  qui 
manquera  ou  perdra  sa  poudre,  car  mon  sabre  lui  fera  sau- 
ter la  tête  !  Clairons  !  faites  un  bruit  d'enfer,  alin  que  les 
Américains  nous  croient  en  grand  nombro  et  qu'ils  sont 
tombés  dans  une  embuscade.  Officiers,  faites  votre  devoir  ! 
ordonnez  à  vos  soldats  de  faire  un  feu  roulant,  et  vive  la 
vieille  Angleterre  !  " 

"  Voilà  comment  parla  notre  commandant.  Oh  !  je  le  ré- 
pète, si  ceux  qui  stmt  à  la  tête  de  nos  destinés  voulaient  faire 
appel  à  leur  patriotisme,  et  s'il»  pouvaient  apprécier  le  dé- 
Vouement  héroïque  de  trois  cents  soldats  décidés  à  se  faire 
tuer  jusqu'au  dernier  plutôt  que  de  livrer  le  chemin  à  l'en- 
nemi, ils  auraient  honte  de  leur  apathie  et  ils  élèveraient  un 
monument  au  héros  de  Châteauguay,  puis  une  pierre  com- 
mémora tive  à  ses  compagnons  d'armes." 

Enfin,  ce  n'est  que  vingt  ans  après  cet  appe!  et  protesta- 
tion que  le  gouvernement  a  fait  ériger,  on  1S1»5,  à  Château- 
guay, un  monument  incomplet  et  qui  laisse  beaucoup  à 
désirer. 

Lore  de  l'inauguration  de  ce  monument.  Sir  A. -P.  Caron, 
auquel  j'avais  passé  le  discours  du  colonel  de  Salaberry,  no 
Fa  pas  récité  absolument  dans  toute  sa  teneur. 


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►      .  .  - 


^"^^  

♦ 


—  119  — 

C'est  sous  lu  dictée  do  mon  père  que  j'ai  pris  not  e  du  com- 
mandement plus  haut  cité  que  je  crois  fidèle,  absolument 
authentique,  et  voici  pourquoi  :  après  la  guerre,  mon  père 
visitait  souvent  le  colonel  de  Salaberry  ;  il  est  plus  quo 
probable  qu'au  cours  de  la  conversation  il  a  dû  s'assurer  du 
mot  à  mot  des  paroles  vibrantes  qui  ont  été  prononcées  par 
«on  bravo  commandant,  avant  la  bataille. 

C.-A.-M.  Globknsky 

Sir  Allan  Ma«Xal>.  (V,  1,  500.)— On  ignore  généra- 
lement que  la  femme  do  Sir  Allan  MacNab  et  ses  deux  seuls 
entants,  madame  Daly  et  la  comtesse  d'Albermalo,  étaient 
catholiques.  Le  comte  d'Albermalo  se  tit  catholique  et  une 
de  se»  tilles  religieuse.  M.  Daly  et  son  père,  Sir  Dominique 
Duly,  étaient  aussi  catholiques. 

J'ai  bien  connu  fou  sir  Allan  MacNab  qui  m'honora  même 
de  quelqu'amilié.  Je  ne  nie  pas  qu'il  ait  ou  d'abord  de  fort  as 
preventions  contre  les  Canadiens-Français  qu'il  considérait, 
alors,  tous  comme  des  rebelles  ;  mais  je  puis  assurer  que  ses 
préventions  avaient  considérablement  diminuées  sinon  en- 
tièrement disparues  dès  185<>. 

L.-N.  Casault 

L'"  Elliilllt  Terrible.»'(V,  1, 564.)—  Je  no  sais  à  quelle 
date,  ni  dans  quelles  circonstances, le  nom  d'Enfant  Terrible 
lui  donné  ù  J.-M.-Kric  horion.  Il  parait  toutefois  que  c'est 
au  célèbre  Joseph  Cauchon  que  revient  l'honneur  ou  la  res- 
ponsabilité d'avoir  donné"  au  fougueux  tribun  un  qualifica- 
tif aussi  caractéristique  et  ayant  ou  une  aussi  grande 
vogue. 

Ce  pauvre  Dotïon  se  l'était  un  peu  attiré  quand  il  se  dé- 
crivait lui-même  dans  les  quelques  lignes  rimées  suivantes 
publiées  en  1844  : 


■ 


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.fe  suis  un  petit  garçon 

Tout  court  et  qui  n'est  pas  long. 

Et  qui  ne  pense  pas  de  loin  ; 

Mais  qui  s'apperçoit  très  bien 

De  tout  lo  pou  qui  se  passe 

Et  de  ce  qui  se  repasse. 

H  das  !  je  suis  tout  potit 

Comme  un  mauvais  Esprit  ; 

Mais  pour  paraître  plus  grand 

Je  veux  qu'on  m'appello  Gros-Jean. 

Le  résumé  de  ces  quelques  vers,  pas  très  riches  en  rimes, 
n'est  il  pas  Enfant  Terrible  ? 

Après  une  carrière  des  plus  mouvementées  J.-B.-Eric 
Do  non  mourut  à  L'Avenir,  comté  de  Drummond,  le  1er 
novembre  1866. 

Le  matin  do  ce  jour  mémorable,  pendant  que  M.  Dorion 
était  occupé  à  sa  toilette,  sa  plus  jeune  enfant,  Olympe, 
«approchant  de  lui,  lui  dit  avec  naïveté  :  " — Papa,  tu  vas 
mourir  aujourd'hui." 

Le  père  sourit  avec  bonté  en  lui  répondant  :  " — Non, 
chérie,  ne  crains  rien." 

Mais  l'enfant  insista,  répétant  avoc  assurance  :  " — Je  te 
le  dis,  papa,  tu  vas  mourir  aujourd'hui." 

Madamo  Dorion  fit  taire  la  jeune  prophétesso  et  l'emmena 
dans  une  autre  chambre. 

Le  midi,  au  diner,  la  petite  Olympe  répéta  encore  la  même 
assertion  avec  plus  d'assurance  que  jamais. 

M.  Dorion,  qui  avait  quelques  effets  à  la  station  de  Rich- 
mond, partit  après  diner,  vers  deux  heures,  pour  les  aller 
chercher. 

A  peine  arrivait-il  au  pont  couvert,  ù  Ulverton,  quïl  se 
sentit  frappé  mortellemont  :  M.  Dorion  avait  une  maladie  de 
cœur. 

Il  appela  à  son  secoure. 


—  121  — 


M.  Charles  McCaffrey  accourut  et  M.  horion  demanda 
d'être  reconduit  au  plus  vite  a  L'Avenir. 

Quand  on  vit  revenir  si  tôt  la  voiture,  quand  on  vit  M. 
horion  pouvant  a  peine  se  tenir  assis,  ce  fut  un  émoi  géné- 
ral dans  le  village  et  il  s'établit  un  courant,  une  procession 
<le  citoyens  anxieux  de  voir  ce  qui  i:tait  survenu. 

M.  horion  fut  descendu  do  voiture  par  MM  Moi.se  Char- 
pentier et  Ksdras  hionne. 

Madame  horion  était  au  désespoir. 

'•—No  pleure  donc  pas  !  Ce  n'est  rien  !  "  furent  lesderniè- 
res  paroles  qu'il  prononça. 

On  courut  chercher  le  m  deein.  Mais  la  science  devait 
être  de  nul  secouru. 

hauts  ce  moment  do  surexcitation,  personne  ne  .songeait 
au  prêtre,  et  mon  Dieu  !  c'était  bien  lo  médecin  le  plus  né- 
cessaire à  cette  heure. 

M.  Gouin,  curé  do  L'Avenir,  fut  averti  par  sa  servante 
que  M.  horion  se  mourait.  Que  faire  ? 

Les  amis  de  M.  horion  étaient  autour  de  son  chevet  et 
personne  demandait  le  curé  !  Wulait  on  établir  aupr.-s  du 
mourant  une  barrière  infranchissable.  11  me  semble  que  cet 
pens 'es  durent  se  présenter  à  M.  (îouin  ;  mais  le  c  eur  de 
prêtre,  le  z>Me  de  la  foi,  le  dévouement  du  pasteur  le  com- 
mandent ;  il  court,  il  vole  vers  cette  brebis  qui  voulait  reve- 
nir au  bercail,  mais  agonisante  et  incapable  d'appeler  le  pas- 
teur. Le  médecin  déclare  que  le  c<cur  bat  encore,  que  la  vie 
n'eat  pas  éteinte  et  M.  Gouin  prononce  sur  la  tète  du  mori- 
l)ond  les  paroles  sacramentelles  que  Dieu  a  donné  à  ses  mi- 
nistres, à  ses  prêtres,  le  droit  de  prononcer,  les  paroles  de 
l'absolution. 

Il  s'apprêtait  à  administrer  l' Extrême-Onction,  il  avait 
fait  l'onction  générale,  quand  le  médecin  déclara,  par  un 
geste  significatif,  que  l'agonie  avait  déjà  cessé. 


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—  122  — 

Les  portes  de  l'éternité  venaient  de  s'ouvrir  pour  cette 
âme  :  elle  était  devant  Dieu  ! 

Ainsi  mourut  à  4.30  heures  de  l'après-midi,  cot  homme 
fameux,  à  l'âge  de  quarante  ans. 

On  !*e  demandera  peut-être  comment  il  ne  fait  que  M. 
Dorion  eut  les  honneurs  de  la  sépulture  ecclésiastique  ! 

Voici  la  raison,  et  elle  justifie  amplement  M.  le  curé 
Gouin  d'avoir  permit  l'inhumation  suivant  les  rites  de  l'E- 
glise Catholique. 

En  octobre  1SGG,  Mgr  La  flèche,  alors  coadjuteur  du  dio- 
cèse, vint  prêcher  urne  grande  retraite  à  L'Avenir. 

M.  Dorion  en  suivit  les  exercices  avec  attention  et  res- 
pect. 

Vers  la  fin  de  la  retraite,  le  prédicateur  se  rendit  auprès 
de  lui,  à  titre  d'ami  et  d'ancien  co-paroissien,  tous  deux 
étant  nés  à  Sainte-Anne  de  la  Pérade. 

Il  fut  reçu  poliment  et  avec  égard  ;  il  ne  fut  nullement 
question  de  religion  dans  cette  première  eutrevue. 

Le  lendemain  matin,  Mgr  fit  une  seconde  visite  comme 
prêtre  afin  de  tenter  un  suprêmo  effort  pour  ramener  à  la 
pratique  de  sa  religion  d'enfance,  cette  âme  depuis  long- 
temps éloignée  des  sacrements. 

M.  Dorion  déclara  qu'il  désirait  se  convertir.  Mgr  mit 
deux  conditions  :  • 

Se  démettre  de  la  Société  de  l'Institut  Canadien. 

— Ce  n'est  pas  difficile,  dit  M.  Dorion,  depuis  trois  ans  je 
n'y  ai  pas  mis  les  pieds. 

Rétracter  ce  qu'il  avait  dit  et  écrit  contre  la  doctrine  de 
l'Eglise  et  les  prêtres. 

—Le  prêtres  m'ont  attaqué,  répondit  M.  Dorion.  et  il  fal- 
lait me  défendre. 

Mgr  lui  fit  comprendre  que  les  prêtres  étaient  forcés  par 


leur  devoir  de  parler  ooramo  ils  l'avaient  fait,  qu'il  avait 
avancé  des  théories  contraires  aux  doctrines  et  aux  ensei- 
gnements de  l'Eglise  ;  que  les  prêtres  avaient  combattu 
•es  principes,  mais  sans  aniraositc  personnelle  contre  lui. 

M.  Dorion  donna  pour  excuse  son  défaut  d'instruction. 

Mgr  lui  fit  doucement  remarquer  qu'il  aurait  dû  étudier 

un  peu  plus  sérieusement  los questions  religieuses  qu'il  avait 

traitées  daas  ses  écrits  et  ses  discoure.  Sa  Grandeur  lui  indi- 

qua  même  de  quelle  manière  cette  rétractation  devait  être 

faite:  M.  Dorion  déclarerait  qu'il  rétractait  tout  ce  qu'il  avait 

dit  et  écrit  de  contraire  aux  doctrines  et  enseignements  de 

l'Eglise  Catholique,  qu'il  entendait  continuer  a  servir  son 

pays  dans  la  vie  publique  tout  en  s'engageant  d'avance  à  se 
soumettre  aux  doctrines  et  aux  enseignements  de  la  dite 

Eglise. 

M.  Dorion  lui  répondit  : 

—  Puisque  ce  n'est  pas  plus  difficile  que  cela,  je  veux  me 
réconcilier  avec  Dieu  ;  j'y  pense  depuis  longtemps,  je  sais 
qu'il  taut  avant  tout  sauver  son  âme.  Mais  je  veux  faire 
cela  comme  il  faut  et  prendre  le  temps  nécessaire  ;  j'irai 
a  Montréal,  je  ferai  une  retraite  et  ferai  ma  conversion. 

Mgr  l'encouragea  dans  ses  bons  sentiments,  lui  recomman- 
da de  faire  les  choses  bien  et  surtout  de  no  pas  trop  retar- 
der, vu  qu'il  pouvait  mourir  subitement,  car  il  connaissait 
la  maladie  de  cœur  dont  M.  Dorion  était  affecté. 

31.  Dorion  est  donc  mort  catholique. 

J.-C.  Saint-Amant 

Les  ancêtres  de  Mgr  Begin.  (V,  III,  587.)— 
"  Louis  Bégin,  baptisé  1636,  fils  de  Jacques  et  d'Anne  Me- 
loquo,  de  JMnard,  éotclié  de  Lizieux.  "  Dictionnaire  Géné- 
alogique, I.  p.  37). 

La  lecture  Liénard  ou  Liénart  sur  les  registres  pa- 


—  124  — 

ioisHiaux  de  catholicité  doit  être  bonne.  C  ent  une  iorine  qui 
■e  rencontre  dans  tous  nos  vieux  actes.  Saint- Liènart  et 
Suint -Léonard  désignent  le  même  bienheureux  et  la  même 
pa  misse  consacrée  à  ce  saint.  Leonard  us  a  donne  Litnard, 
de  même  Lendebardus  (abb/  de  Saint- Aignan  )  a  donné  Saint- 
Liébavt,  et  Leodebaldus,  moine  de  Marmouiier,  u  donné 
ÏÀébard  ;  Leodeyariu»,  L>t<jer  et  Léyer.  Il  y  a  donc  lieu 
d'accepter  la  lecture  du  Dictionnaire  Génêalotjique. 

Dans  tout  le  diocèse  de  Lizieux.  il  n'y  avait  qu'une  église 
consacrée  à  saint  L onard,  c'est  l'églUe  de  Saint-Léonard  do 
Ilonfleur,  ma  paroisse  natale. 

Conduit  par  le  goût  de  rechercher  les  traces  du  passé, 
j'ai  dépouillé  tous  les  registres  de  l'état  civil  de  Honneur,  et 
la  majeure  partie  des  archives  de  cette  ville.  Ce  travail  m'a 
fourni  la  copie  des  actes  de  baptême  des  ancêtres  de  Sa 
(Grandeur  Mgr  L-  N.  Hé-gin.  archevêque  de  (^u,  bec.  \'oici 
quelques  uns  de  ces  actes  : 

12  janvier  1»J21  :  baptême  de  Nicolas  Champaignc,  fils  de 
itichurd  Champaignc  et  de  Marguerite  Begin. 

1er  septembre  1624  :  baptême  de  Jean  Bégin,  fils  do  Jac- 
ques lié-gin  et  d«  Diane  Meloguo.  Parrain.  Jean  LeTac,  de 
la  paroisse  d'Ablon  ;  marraine,  Jeanne  Melogue.  (Le  nom 
propre  ou  de  famille  Melojuc  a  plus  tard  6ubi  une  altéra 
ti«m  et  il  a  «-té  écrit  Melocque  dans  les  actes  notariés  du  dix- 
septième  siècle). 

12  avril  ltj25  :  décès  et  inhumation  de  Louise  Bégin,  de 
la  paroisse  de  Saint-Léonard. 

28  septembre  Hi3 1  .  a  Du  2s  septembre  lfi.'il  a  esté  bap- 
tisé Lay*,  fils  de.  Jn>  qut  s  Héyin  et  de  Diane  Meloyue.  se.< 
père  et  mire.  Son  par  r  in  Loys  Lanylois,  jiU  de  Jacques; 
la  marrine  Genefiefce  Delamare  femme  de  Jean  l.cTae." 


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I 


■ 


—  125  — 

(C'est  pur  m -garde  quo  Mgr  Tanguay  a  fait  naître  Louis 
Bégin  en  l'aun-e  lfîoiî). 

3  septembre  lt>32  :  baptême  de  Jacques  Bégin,  lilt  do 
Jean  Begin  et  de  Jacqueline  Jeanne. 

21  septembre  1032  :  baptême  de  Guillaume  Bégin,  tilt  de 
Nicolas  Bégin  et  de  Rachel  Poisson. 

17  septembre  11 534  :  Du  dimanche  dix  septiesme  jour  do 
septembre,  mil  9ix  cent  trente  quatre,  ung  enfant  maslc 
pour  Jacques  Bégin  et  Diane  Melogue,  père  et  mère,  nom- 
mé Jacques,  par  Jacquos  Ceci  re,  écuyer,  sieur  du  Bocage, 
et  Rachel  Poisson,  marraine." 

14  juillet  1835  :  A  esté  baptisée  Mario,  fille  de  Jean  Bégin 
et  de  Jacqueline  Jeanne.  Le  parrin  Jacques  Le  Bourg,  la 
marraine  Marie  de  l'Omosne. 

21  octobre  D»35  :  baptême  do  Jacqueline,  fille  de  Guillau- 
me Bégin  et  de  Catherine  de  l'Omosne,  ses  père  et  mère. 

2t>  décembre  I63i'î  :  "  Du  vingt  sixième  jour  do  décembre 
a  esté  baptisée  Jeanne  Bégin.  ti lk*  de  Jacques  Bégin  et  de 
Diane  Melogue,  père  et  mère.  Le  parrin  Nicolas  Bégin. 

17  lévrier  In' 13  :  baptême  d'Ambroisc,  tille  do  (luillaume 
B'giu  et  de  Catherine  de  l'Omo.sne.  «os  père  et  mère. 

10  septembre  :  baptême  d'Anne  Bégin,  fille  de  Guil- 

laume Bégin  et  d'Anne  Matière. 

2  septembre  ltï!ï8  :  baptême  de  Jaeques  Bégin,  fils  de 
Guillaume  Bégin  et  d'Anne  Matière." 

La  petite  ville  de  llootleur  est  très  honorée  d'avoir  été  le 
berceau  de  la  iamUIe  du  distingué  archevêque  actuel  do 
Québec.  Les  II  on  flou  rois  esj"»èrent  qu'un  jour  ils  auront 
l'honneur  de  saluer  son  passage  au  milieu  d'eux. 

Ciiahi.es  Bréard 


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—  126  — 

Les  Ordres  du  Koi.  (IV,  XII,  545.)—  Querquepart 
dans  ses  ouvrages,  M.  l'abbé  Daniel  dit  que  Ren;,  baron  de 
Portneuf,  était  chevalier  de  l'Ordre  de  Saint-Michel. 

Hibaud,  dans  non  M'morial  des  honneurs  étrangers  confé- 
rés à  des  Canadiens,  en  voulant  corriger  M.  l'abbé  Daniel, 
commet  une  erreur  assez  grave.  "  René,  baron  de  Portneuf, 
dit-il,  fut  chevalier  de  lOrdre  du  Roi,  et  non,  comme  le  dit 
l'abbJ  Daniel,  do  lOrdre  do  Saint- Michel  :  ce  fut  son  frère 
le  sieur  de  Fortel,  qui  n'était  pas  de  la  Nouvelle-France.'' 

Or,  l'ordre  de  Saint- Michel  et  l'ordre  du  Roi  étaient  une 
seule  et  même  association  désignée  sous  deux  noms  ditfé- 
rents.  On  qualifiait  l'ordre  de  Saint-Michel  d'ordro  du  Roi 
parce  qu'il  était  conféré  par  le  roi  seulement. 

L'ordre  de  Saint-Michel  fut  fondé  le  1er  août  1469  par 
Lquu  XI,  qui  le  destina  aux  seigneurs  de  la  cour  dont  il 
voulait  avoir  l'appui. 

Le  nombre  des  chevaliers  de  Saint-Michel  d'abord  fixé  à. 
augmenta  beaucoup  dans  la  suite,  ce  qui  rit  tomber  l'or- 
dre daus  le  discrédit. 

En  1588,  Henri  III  joignit  l'ordre  de  Saint-Michel  à  celui 
du  Saint-Esprit.  Dès  lors,  on  désigna  les  chevaliers  de  Saint  - 
Michel  et  du  Suint-Esprit  sous  le  nom  de  chevaliers  de* 
Ordres  du  Roi. 

Aboli  en  178U,  l'Ordre  de  Saint- Michel  fut  ressuscité  par 
Louis  XVIII,  le  16  novembre  lSltJ,  et  destiné  à  récompen- 
ses ceux  qui  se  distinguaient  dans  les  lettros,  les  arts  et  les 
sciences. 

L'ordre  de  Saint-Michel  cessa  d'exister  en  1830. 

Le  baron  de  Portneuf,  son  frère,  le  sieur  de  Fortelle,  et 
r&nmanuc)  le  Borgne  de  Bellisle,  seigneur  de  Port-Royal, 
sont,  croyons-nous,  les  seuls  Canadiens  qui  aient  fait  partie 
de  l'ordre  de  Saint-Michel.  P.  Ci.  H. 


- 


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—  127 


QUESTIONS 


601 —  Lors  de  la  nomination  de  M.  le  grand  vicaire  RacicoV. 
de  Montreal,  à  la  haute  dignité  de  protonotaire  apostolique, 
des  journaux  ont  annoncé  que  les  seuls  Canadiens  élevés  ù 
cette  dignité  étaient  Mgrs  Marois,  Laflamme,  Ilamel,  Pa- 
quet, Routhier  et  Ritchot.  N'y  a-t-il  pas  eu  d'autres  Cana- 
diens qui  ont  été  nommés  protonotaires  apostoliques  ? 

Curé 

602 —  Dans  le  Journal  de  Sanguinet  on  lit  que  le  corps  de 
Montgomery  fut  enterré  avec  celui  de  son  aide-de-camp 
4-  devant  la  porte  du  bourreau  ".  Ce  passage  ne  ïaisse-t-il 
pas  entendre  que  Radelitt'e  n'est  pas  le  premier  bourreau 
attitré  au  Canada  ?  Qu'en  pensez-vous  ?  Rio 

603 —  Les  registres  paroissiaux  do  Me mramcook,  commen- 
cés eu  1781  par  M.  l'abbé  Thomas- François  Le  Roux,  pre- 
mier prêtre  résident,  et  continues  par  lui  jusqu'à  sa  mort, 
puis  par  M.  Power  de  171)4  à  1803,  et  ensuite  par  M.  Ciquard 
de  1803  à  1800,  ont  été  emportés  dans  la  province  de  Qué- 
bec par  quelqu'un  des  anciens  curés  de  Memramcook.  Ils  y 
sont  encore.  Mais  où  ?  Je  l'ignore.  Je  serais  donc  très  re- 
connaissant a  celui  qui  pourrait  me  renseigner  sur  ce  sujet. 

P.  P.  G. 

604 —  On  a  beaucoup  glosé  autrefois  sur  le  nom  du  juge 
Vallière  do  Saint- Réal.  On  a  été  jusqu'à  affirmer  qu'il  avait 
ajouté  lui-même  ce  nom  de  Saint-Réal  à  son  nom  de  famille 
Vallière.  Qu'en  sait-on  au  juste  ?  R.  G.  O. 

605 —  Quelle  est  la  date  de  l'inauguration  du  pont  Victo- 
ria, qui  relie  la  rive  sud  du  Saint-Lauront  à  l'île  de  Mont- 
réal ?  Le  prince  de  Galles  vint-il  au  Canada  spécialement 
pour  cette  grande  circonstance  ?  Iox. 


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—  128  — 

GOG — L  histoire  du  C'hien  d'Or  "  m'a  toujours  parue 
quelque  peu  obscure.  Oonnait-on  aujourd'hui  lu  véritable 
raison  qui  engagea  le  capitaine  de  Repentigny  a  tuer  le 
bourgeois  Philibert  ?  lion. 

007 — En  quelle  année,  le  bureau  de  poste  actuel  de  Qué- 
bec a-t-il  été  ouvert  ?  Où  ..'tait-il  avant  cotte  époque  ? 

Fact. 

b'OS— Dane  «on  admirable  TJyende  d'un  Peuple,  Fréchette 
nous  fait  assister,  par  un  soir  humide  et  triste  de  l'automne, 
à  l'épisode  «.'mouvant  de  la  reddition  du  général  de  L'vis. 
lors  de  la  capitulât ii.m  de  Montréal.  Est  il  bien  prouvé  que 
le  brave  chevalier  de  Levis  fit  brûler  ses  drapeaux  plutôt 
que  de  les  rendre  ?  Où  cette  sublime  action  s'est  elle  passée  'J 
Kst-ee  bien  à  l'île  Sainte- H  K-ne.  ainsi  que  ledit  le  Dr  Larue 
dans  son  Histoire  populaire  du  Canada  i  XXX 

G09 — Dans  leurs  interminables  incursions  sur  le  territoire 
de  la  Nouvelle-Angleterre,  les  Abénaquis  s'emparèrent,  vers 
le  commencement  du  dix -huiti  '  nu'  siècle,  d'une  je  une  an- 
glaise du  nom  de  Wheelwright.  (  Vtto  jeune  captive,  si  je 
ne  me  trompe,  fut  recueillie  par  le  marquis  do  Vaudreuil. 
gouverneur  de  la  Nouvelle- France.  Mlle  Wheelwright  re- 
tourna-t-elle  dans  son  pays  ?  Ameh 

G10 — Où  me  procurerais-je  la  liste  complète  des  prêtresque 
la  révolution  française  força  de  venir  chercher  un  refuge 
sur  nos  bonis?  fomment  se  fait-il  que  l'Angleterre,  si  grin- 
cheuse à  cette  époque  pour  tout  ce  qui  portait  un  nom  fran- 
çais, ait  laissé  pénétrer  ces  prêtres  dans  noire  pays  ? 

Franc. 


Dig 


ogle 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

.   VOL.  5  MAI  1S!W  Xo.  5 

SAINT-FRANÇOIS-XAVIER  DE  CAUGHXAWAGA 

La  première  mission  iroquoise,  dans  les  environs  de  Mont- 
réal, fut  projetée  don  le  printemps  de  lo'(J7,  par  le  P.  Raf- 
feix,  S.  J..  qui  rencontra  sept  Onneiouts  venus  du  pays  des 
Iroquois,  accompagnant  des  missionnaires.  Un  mmiI  parmi 
eux,  leur  chef,  Pierre  Tonsahotcn,  était  chrétien  ;  la  femme 
de  celui-ci,  Kandiakteua,  et  ses  cinq  autres  compagnons 
n'étaient  pa<  encore  biptiwés.  Le  P.  Ratfeix  oifrit  à  Ton- 
sahoten  et  îl  ses  compagnons  des  terres  à.  Laprairie,  aveo 
l'assurance  qu'eux  et  leur.-*  frères  chrétiens  qui  viendraient 
se  joindre  à  eux  y  trouveraient  les  moyens  do  pratiquer 
sans  entraves  la  religion  chrétienne.  Les  sept  Onneiouts 
acceptèrent.  Mais  avant  do  les  établir  à  Laprairie,  le  P. 
Raffeix,  ne  sachant  pas  alors  suffisamment  leur  langue,  les 
envoya  à  Lorette,  auprès  du  P.  Chaumonot.  Celui-ci  acheva 
de  les  instruire.  La  femme  et  les  cinq  compagnons  do  Ton- 
sahoten  furent  baptisés  à  Québec,  dans  l'été  de  IGtiS,  par 
Mgr  François  de  Laval.  Le  vénérable  évêque  voulut  met- 
tre la  mission  projetée  de  Laprairie  sous  la  protection  de 
saint  François  Xavier. 

François-Xavier  Tonsahoten  et  ses  compagnons  ne  tardè- 
rent pas  à  venir  se  mettre  sous  la  direction  du  P.  Rafleix,  à 
Laprairie,  non  sans  résister  à  l'invitation  pressante  que  les 
Hurons  de  Lorette  leur  firent  de  demeurer  avec  eux. 

Bientôt,  d'autres  chrétiens  iroquois  des  .divers  cantons 
vinrent  s'adjoindre  à  eux.  A  l'automne  de  l(ï69,la  mis?i  )n  de 
Laprairie  comptait  déjà  5  cabanes  sauvages.  En  lo'TO.elle  comp- 
tait 20  familles.  En  1U71,  le  P.  Frémin  vint  succéder  au  P. 


Rafleix.  et  celui-ci  allu  remplacer  le  premier  au  pays  «le» 
Tsonnontouans.  Ite  cette  même  umu'e  date  dans  la  mission 
l'établissement  de  la  Confrérie  de  la  Sainte-Famille.  I>cuxans 
plus  tard,  le  chiffre  de»  sauvages  chrétiens  s'élevait  à  300. 
Mgr  de  Laval  les  visita  pour  la  première  ibis  au  mois  de  mai 
1076  et  confirma  80  }>crsonnes. 

A  Laprairie.  les  Iroquois  n'avaient  pas  de  ehajM-lie  séparée 
des  Français. 

La  mission  est  désignée  dans  les  catalogues  des  Jésuites 
sous  les  nomsde'MissioiroqiW'orum  projie  Montem  Reguium" 
ou  ilResidentia  a  Pratis  (1008) ',  ou  encore  •  Resident  ia  S. 
Francisci  Xaverii  ad  prata  Stae  Magdaleme  (1072)  ".  Aujour- 
d'hui, nos  sauvages  apj>cllcnl  la  première  station  de  leur 
mission  :  Krntake.  c'est  à-dire  à  la  Prairie. 

*** 

En  juillet  1070.  la  mission  tut  transférée  à  cinq  quarts  de 
lieue  plus  haut,  sur  le  fleuve,  près  de  la  rivière  du  Portage, 
parce  que  le  terrain  de  Laprairie  était  impropre  à  la  culture 
du  blé  d'Inde,  et  le  voisinage  des  Français  était  parfois  préju- 
diciable aux  nouveaux  chrétiens.  On  commença  dès  Tété  de 
cette  année  à  bâtir  une  chapelle  de  00  pieds,  qui  fut  achevée  et 
bénite  solennellement  I'tiutumne  d'après.  (  e  site  fut  illustré 
parles  vertus  et  la  sainte  mort  de  Catherine  Tekakwitha. venue 
du  pays  des  Agniers  en  1078.  morte  le  10  avril  1(58(1.  La  tra- 
dition locale  a  tiré  partie  de  cette  circonstance  pour  indiquer 
l'endroit  de  cette  seconde  station  appelée  :  "  h'atrri  t*i 
tkaiatut",  c'est-à-dire  où  <'<tt  lu  ri  m-  fut  <i<tnré<-. 

En  1071»,  le  P.  Frémin  Ht  en  France  un  voyage  très 
important  pour  la  mission.  Il  revint  en  octobre  1080.  avec 
les  titres  de  concession  de  la  terre  nomnu'e  leSault.  Ces  titres 
lurent  enregistrés  au  Conseil  Souverain  de  (Québec  le  24 
octobre  1080.  Il  apporta  aussi  de  France  plusieurs  meubles 
propres  l>our  orner  la  chajK'lle.    (Il  dût  ap|N»rter  lors  de  ce 


—  m  — 

royage  le  maître-autel  aetuel  de  l'église  de  Caughuawaga,  et 
l'ostensoir  en  vermeil,  lequel  seul  a  servi  au  culte  en  cette 
mission  depuis  plus  de  deux  siècles). 

En  lt>88.  la  ehajK-lle  fut  renverse  par  le  vent  ;  mais  tous 
les  meubles  sacrés  turent  conservés  dans  leur  entier.  On  tra- 
vailla immédiatement  à  réparer  ee  malheur,  et  une  nouvelle 
cha]H>lle  lut  achevée  Tannée  suivante. 

A  celte  époque,  la  mission  est  désignée  dans  les  catalogue» 
de»  Jésuites  sous  le  nom  de  "  Sti  hraioisei  Ararerii  ad  Ùal- 
tum  "  (i«»81),  et  par  les  Iroquois  du  temps  :  "  Kahnatcake", 
c'est-à-dire  au  mult,  au  rapide. 

En  1»J8(J,  1500  Iroquois  païens  fondirent  à  l'improviste  sur 
l'île  de  Montréal,  causèrent  le  *•  massacre  de  Laehine,"  ré)uwi- 
dirent  la  terreur  jusqu'aux  portes  de  Montréal  et  se  propo- 
sent de  détruire  le  village  des  Iroquois  chrétiens  et  de  mas- 
sacrer  ou  de  capturer  ses  habitant»,  l'ourse  protéger, ceux-ci 
se  réfugièrent  à  Montréal,  où  ils  demeurèrent  fondant  7  ou  8 
mois,  Fuis  le  danger  passé,  ils  allèrent,  sous  la  direction  du 
P.  Bruyas,  établir  une  nouvelle  station  à  une  demi-lieue 
plu»  haut  que  la  précédente.  C'était  au  pied  du  lapide, mais 
toujours  appelé  "  Kahnairake"  c'est-à-dire  au  rapide,  par  les 
sauvages  d'alors, -KahnaicakoH, "c'est -à-dire  dam  te  rapiifajpox 
ceux  d'aujourd'hui,  pour  ne  pas  confondre  avec  Ks.hnawako 
actuel,  Caughnawaga.  1a«s  Français  appelaient  encore  co 
troisième  poste  "le.Sault"  ou  Saint -François- Xavier  du 
Sault." 

En  lb"%".  nouvelle  migration  causée  comme  les  précédentes 
par  l'appauvrissement  du  sol,  à  \  lieue  plus  haut  ;  c'est  à 
l'endroit  qui  séqwre  aujourd'hui  la  paroisse  de  Laprairie  delà 
mission  de  Caughnawaga.  \a;  F.  Chollenec  était  alors  le 
supérieur  de  la  mission. 


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—  m  — 

Iroquois  apjx-llt-nt  aujourd'hui  cot  endroit  Kntvitak- 
wfiike.  c'est-à-dire  on  a  fr<h,-j!  rilhvfr.h'L'i.  K violemment. ce 
noma  été  donné  ,  r,>>t>ti»  :  et  la  mi»ion  avait  changé  de 
fcite.en  gardant  lenom  qu'elle  portait  depuis  l'établissement  de 

f'e  nest  qu'en  1712.  que  la  mission  est  nomm.'e  f»wla 
première  fois,  dans  les  catalogue*  :  S.iffum  >V<  LuJorîci, 
nom  qui  a  remplacé  du  temps  îles  Français  tous  les  précé- 
dents, nom  encore  officiel  aujourd'hui,  quant  à  la  province  de 
Quéliee.  T,es  Aniflai*  ont  introduit  le  nom  iroquois  niai  ortho- 
graphié de  f'auifhnawaga  :  ils  auraient  mieux  fait  «le  dire  et 
d'écrire  comme  les  Troquoi*  eux -moines.  Kahnawake. 

*** 

Ta-  quatrième  sitë  de  la  mis-ion  ne  donnait  pas  encore,  au 
point  d»-  vue  de  la  eulture  du  l»lc  d'Inde,  la  satisfaction  voulue. 
Dès  171").  les  missionnaires  et  les  autorites  H  vile*  sont  en  pour- 
parlers pour  obtenir  tin  changement  de  local.  T>ès  171(ï.  des 
familles  sauvages  étaient  établies  à  l'endroit  de  Oaughnawaga 
actuel.  Cette  année  là  même,  la  maison  des  missionnaires  fut 
construite. — c'est  le  presbytère  ae*  »♦.»!.  L'église  fut  commen- 
cée en  1717  et  termin.'e  en  1710.  T.e  P  (  'harlcvoix  vint 
au  Suult  Saint -Louis  en  1721.  pour  y  passer  une  j>ailie  «le  la 
quinzaine  de  Pâques,  il  data  une  de  ses  lettres  (la  llème).  à 
Mme  la  duchesse  de  LeslMguières.  du  Sault  Saint-Louis,  le 
1er  mai  1721.  où  il  dit  :  "...  La  situation  en  est  charmante, 
l'église  et  la  maison  'les  missionnaires  sont  deux  des  plu9 
Itcaux  édifices  du  pays,  et  c'est  ce  qui  fait  juger  qu'on  a  pris 
de  lionne*  mesures  pour  n'être  plu*  obligé  de  faire  de  nou- 
velles transmigrations." 

L'église  a  servi  au  culte  jusqu'en  1*10.  File  était  en  forme 
de  rectangle  et  devenu*'  beaucoup  trop  petite.  M.  Jos.  Mar- 
coux.  missionnaire,  la  fit  rebâtir  en  forme  de  croix  avec  des 
dimensions  plus  grandes. 


Uigiti 


La  population  iroquoise  du  Caughnawagaest  présentement 
de  1959  âmes,  dont  1921  catholiques  et  38  protestante. 

*** 

De  1667  à  1783.  la  mission  a  été  «ou*  la  direction  dos  PP. 
Jésuites.  Il  y  eut  souvent  deux  ou  plusieurs  Pères  résidante  ; 
il  serait  trop  long  de  les  éuumércr  tous  ;  je  ne  nommerai  quo 
les  supérieurs  de  la  mission  : 

1667-1671,  P.  Pierre  Kattoix  ;  1671-1682,  P.  Jacq.  Frémin  ; 
1682-1684,  P.  Jaeques  Bruyas  ;  1684-1688,  P.  Claude  Chau- 
chetière  ;  1688-161)3,  P.  Jacq.  Bruyas  ;  1693-1695,  P.  Jacq. 
de  Lamberville  ;  1695-1699,  P.  Pierre  Chollenec  ;  1699-1709, 
P.  Jaeq.  Bruyas  ;  1709-1712,  P.  Julien  Garnier  ;  1712-1722, 
P.  Pierre  Chollenec  ;  1722-1723,  P.  Pierre  de  Lagivné  ;  1723- 
1727,  P.  Pierre  de  Lauzon  ;  1727-1729,  P.  J.-F.  de  Latitau  ; 
1729-1734,  P.  Pierre  do  Lauzon  ;  1734  1735,  P.  Jacq.  de  la  Bro- 
tonnière  ;  1735-1743,  P.  Lue-Franc.  Nau  ;  1743-1751,  P.  J.-B. 
Tournois  ;    1751-1752,  P.  Antoine  Cordan  ,    1752-1753,  P. 
Nicolas  de  Gonnor  ;  1753-1755,  P.  Antoine  Gordan  ;  1755- 
1769,  P.  J.-B.  lteneuvillo  ;   1761M783,  P.  Jos  Huguet  (inhu- 
mé au  Sault  Saint-Louis,  le  6  mai  1783;  ;   1783,  P.  Bernard 
Well. 

En  1783,  les  prêtres  séculiers  ont  remplacé  les  Jésuites  : 
1783,  M.  J.-B.  Dumouchel  (il  était  curé  do  Châteauguay  ; 
1783-1784,  M.  P.  Gallet  (il  était  en  même  temps  étiré  do 
Lachine)  ;   1784-1793,  Al.  Laurent  Dueharme  (inhumé  au 
Sault  Saint-Louis,  le  31  décembre  1793)  ;  1794-1802,  M.  Ant. 
Kinfret  (transféré  à  Ste-Anno  do  Mascouche)  ;  1802-1808 
M.  Ant.  Van  Foison  (transféré  à  Beauport)  ;   1808-1814,  &\ 
Ant.  Kinfret  (revenu  au  Sault  Saint-Louis,  inhumé  à  Lachine 
dont  il  était  aussi  curé;;   1814,  M.  P.-N.  Leduc;  1814- 
1819,  M.  Nie.  Dufrosne  (transféré  à  SainL-lfrgis);  1819-1855 
M.  Joseph  Marcoux  (inhumé  au  Sault  Saint-Louis,  le  30 
mai  1855). 


—  136  — 

En  mai  185;-),  la  mission  fut  confiée  aux  RR.  PP.  Oblats  dô 
Mario  Immaculée  :  1 855- 1 SG4. ! î.  1».  Eugène  Antoine  (aujour- 
d'hui 1er  assistant  général  de  son  ordre  ;  il  réside  il  Paris)  ; 
1864.  R.  P.  Léonard  ;  18lî41S!>2,  U.  P.  X.-V.  Burtin  (réside 
à  Saint-Sauveur  de  Québec  ). 

En  181)2,  les  prêtres  séculiers  reprirent  la  direction  de  la 
mission  :  J. -Guillaume  Forbes. 

L'abbé  Forbes 


LES  DROITS  SEIGNEURIAUX 

Droit  de  quint  :  droit  du  roi  de  recevoir  la  cinquième 
partie  du  prix  de  vente  d'une  seigneurie.  Lo^s  et  rentes  : 
droit  du  soigneur  de  recevoir  la  douzième  partie  du  prix 
de  vente  d'un  immeuble  dans  sa  seigneurie  ;  si  le  bien  pas- 
sait du  père  aux  enfants,  il  n'y  avait  rion  à  payor  C'est 
ainsi  que  dans  plusieurs  seigneuries,  des  biens  ont  été  cent 
ans,  deux  cents  ans,  sans  donner  un  sou  de  lods  et  ventes. 
Droit  de  retrait  •  le  seigneur  pouvait,  sous  un  délai  déter- 
miné, racheter  un  immeuble,  en  vivant  au  vendeur  la  somme 
qu'un  autre  s'était  engagé  à  donner.  li-nt'-  f  .„  'à<'  :  d.ms 
le  district  de  Québec,  et  de  la  part  des  communautés  reli- 
gieuses dans  tout  le  pays,  cette  rente  n'excédait  pas  deux 
boIs  par  arpent.  Droit  de,  banalité. f  :  Le  censitaire  était  obli- 
gé de  faire  moudre  au  moulin  du  seigneur  tout  grain  ré- 
volté et  consumé  dans  la  seigneurie  :  le  seigneur.de  son  cô- 
»  té,  devait  faire  construire  et  entretenir  un  moulin  conve- 
nable. 

R. 


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■  i 


LE  FORT  DE  TORONTO 


Le  poste  de  Toronto  remonte  aux  prcmiei-s  temps  do  la 
Colonie.  Le  G  juin  1G8G.  le  marquis  de  Dcnonvillc  éc  rit  au 
ministre  qu'il  va  l'aire  occujht  deux  postes,  l'un  au  Détroit  et 
Vautre  au  portage  de  Tan  m  to.  (Cor.  Gén..  vol.  H,  pp.  114, 
121.  1811).  Le  mémo  jour,  il  informe  Olivier  Morel,  sieur  de 
La  Durantaye,  eomtuandant  au  pays  des  Outaouas.  qu'il  a 
l'intention  ■•  d'occuper  deux  postes,  l'un  au  dcstmicl  du  lac 
Lrié  et  l'autre  au  portage  de  Toronto."  (.">.  Mnrgry,  22). 
3Iargry  écrit  "  Toronto  "  mais  la  copie  déposée  au  Bureau 
des  archives  dit  "  Taronto,"  et  à  plusieurs  pages.  Un 
mémoire  du  marquis  de  Denon ville,  à  la  date  du  8  novem- 
bre 108G,  annonce  au  ministre  en  Frauce  <ju'il  a  ordonné  à 
De  La  Durantaye  do  se  fortifier  sur  le  passage  du  "  porta- 
ge de  Taronto."  (Cor.  <ién.,  vol.  8,  p,  G:»).  . 

Le  poste  du  Detroit  fut  fortitié  mais  celui  de  Toronto  ne 
no  le  fut  pas,  M.  de  Dononville  ayant  moditié  ses  plans 
faute  de  fonds.  (Cor.  Gén.,  42). 

Une  bourgade  de  .Sauvages,  probablement  les  Missisia- 
guas,  était  établie  là,  et  ee  poste  fut  établi  tant  pour 
retenir  leur  commerce  que  pour  empêcher  les  Sauvages  du 
nord  de  porter  leurs  pelleteries  au  poste  anglais  situe  au  sud 
du  même  lac  et  appelé  Chouayen  ou  <  >»wego  de  nos  jours. 

Ce  ne  fut  cependant  que  plusieurs  années  après  qu'un 
fort  de  pieux  y  fut  construit.  Dos  historiens  disent  1741», 
d'autres  1750.  Jo  viens  de  parcourir  le  tome  07  de  la  44  Cor- 
respondance Générale''  du  Bureau  des  Archives  à  Ottawa  et 
à  la  page  107,  jo  lis  une  dépêche  du  gouverneur  do  La  ,Ion- 
quière,  à  la  date  du  6  octobre  17">1,  qui  démontre  que  le 
fort  de  Toronto  fut  bâti  cette  année  même  et  qu'il  reçut  le 
nom  officiel  de  fort  Ivouillé,  bien  que  populairement  connu 
bous  le  nom  de  fort  de  Toronto. 


-  "I 


—  138  — 

Le  fort  de  Toronto  fut  démoli  par  lea  Français  en  1756 
d'après  des  historiens,  et  en  1760  d'après  d'autres.  Après 
cette  démolition,  Toronto  retomba  dans  la  solitude  sauvage 
jusque  vers  l'année  1793,  époque  où  il  devint  u  Muddy 
York     nom  qu'il  garda  longtemps. 

Une  colonne  commémorative  élevée  dans  l'enceinte  du 
terrain  de  l'exposition,  à  Toronto,  indique  le  site  précis  de 
l'ancien  fort.  • 

La  dépêche  de  La  Jonquière  dont  je  viens  de  parler  con- 
tient des  détails  intéressants  et  je  crois  me  rendre  agréable 
aux  lecteurs  des  Recherches  Historiques  en  la  reproduisant 
textuellement.  Désiré  Girouard 

A  Québec,  le  fi  8bre  1751. 

Monseigneur. 

J'eus  l'honneur  de  vous  rendre  compte  par  ma  lettre  du 
20  aoust  de  l'année  dernière  que  la  maison  de  traite  établie 
à  Toronto  étant  trop  petite  pour  contenir  les  effets  du  Roy 
j'y  ferois  faire  un  fort  de  pieux,  un  logoment  pour  l'offi- 
cier commandant,  un  corps  de  garde,  un  Magazin  et  une 
Boulangerie. 

On  a  travaillé  pendant  tout  l'hivert  à  ces  ouvrages,  le  S. 
Cher  de  l'ort  neuf  officier  de  la  garnison  du  fort  Frontenac 
y  est  arrivé  le  23  avril.  Il  a  trouvé  que  les  travaux  étoient 
assez  avancés. 

Lo  fort  est  do  pièces  sur  pièces  tout  de  chesne.  H  est 
entièrement  fermé  et  le  garde  Magasin  logé  ;  les  autres 
bâtiments  ne  sont  point  finis,  la  plus  grande  partie  des 
ouvriers  n'aiaient  pû  travailler  avec  assiduité  a  cause  des 
maladies  qu'ils  ont  eû. 

Comme  dans  ce  fort  il  n'y  a  aucun  endroit  propre  à 
mettre  la  poudre  en  sûreté  le  dit  Sr  de  Portneuf  a  fait 
préparor  do  la  pierre  pour  faire  faire  une  petite  poudrière. 


> 


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—  139  — 

Il  m'a  observé  que  la  situation  des  lieux  est  très  avanta- 
geuse pour  l'établissement  d'un  moulin  à  scie,  lo  ruisseau 
fournissant  de  l'eau  en  abondance,  toute  l'année,  sur  quoy 
je  conferoray  avec  M.  L'Intendant.  Et  nous  aurons  l'hon- 
neur de  prendre  vos  ordres,  si  nous  estimons  que  ce  moulin 
soit  utile  au  service  du  Roy. 

Tous  les  ouvrages  ont  été  faits  avec  beaucoup  d'écono- 
mie et  il  est  certain  qu'à  quelque  grand  marché  qu'on  ait 
donné  des  marchandises,  la  truite  qu'on  a  fait  cette  année 
avec  les  Sauvages  fera  rentrer  les  tond»  que  le  Itoy  a  fait 
tant  pour  ce  tort  que  pour  munir  le  magasin. 

Cette  traite  ne  pourra  qu'augmenter  par  les  suites.  En 
effet  aucune  des  nations  établies  dans  les  lieux  eireonvoi- 
ains  de  Toronto  qui  jusqu'alors  n'avoient  eu  recours  qu'aux 
Anglais  pour  leurs  besoins,  n'ont  point  été  à  Chouaguen, 
Elles  ont  préféré  traiter  leurs  pelleteries  à  Toronto. 

Les  domiciliés  de  Toronto  ont  eu  à  euuir  l'établissement  ' 
du  fort,  on  ne  peut  attribuer  leur  docilité  qu'à  la  protection 
dont  vous  honorez  cette  colonie,  do  laquelle  ils  se  préva- 
lent particulièrement.  Ces  domiciliés  ont  même  envoyé  des 
paroles  à  tous  leur  alliés  et  aux  autres  nations  pour  les 
détourner  de  Chouaguen  et  ks  iuviiter  à  aller  faire  leur 
traitte  au  fort  Uouilié,  ils  ont  fait  plus,  ils  ont  refusé  leurs 
canote  à  plusieurs  sauvages  des  pays  d'Enhaut  qui  les  leur 
voulaient  acheter  pour  aller  à  Chouaguen  ce  qui  nous  a 
assuré  leurs  pelleteries. 

Les  progrès  de  cotte  traite  donnent  une  jalousie  inexpri- 
mable aux  Anglais  et  les  cinq  nations  à  leur  sollicitation 
n'ont  rien  négligé  pour  attirer  ehex  eux  les  domiciliés  de 
Toronto,  mais  sans  succès. 

Le  S.  do  Portneuf  a  découvert  que  les  cinq  nations 
avoient  remis  l'année  dernièro  quatre  colliers  à  un  sauvage 
domicilié  au  fort  Frontenac  qui  fut  en  ambassade  chez  les 
Montagnes  lequel  les  avoit  fait  passer  chez  différentes 


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—  uo  — 

nations  et  qu'il  en  avoit  resté  un  chez  les  domiciliés  de 
Toronto  avec  un  pavillon,  les  Anglais  avoiont  remis  ces 
colliers  et  ces  pavillons  aux  cinq  nations  pour  ongagor  les 
nations  Sauvages  ù  aller  faire  leur  traite  à  Chouaguen  et 
les  prévenir  quelles  y  seroient  très  bien  traittécs. 

Le  dit  S.  de  Portneuf  n'a  paH  eu  do  peine  a  se  faire 
remettre  ce  collier  et  ce  pavillon,  ces  domiciliés  l'ont  prié 
do  me  lew  envoyer  et  luy  ont  dit  qu'ils  vouloient  que  ce 
mémo  collier  servirait  à  les  lier  le  plus  étroitement  avec  les 
fran<;uis  et  pour  prouver  plus  particulièrement  leur  fidélité 
ils  y  ont  joint  leur  pavillon. 

.lay  ro|  tondu  à  celle  parole  avec  un  semblable  collier,  par 
lequel  je  leur  ay  témoigné  la  satisf'aetion  que  jny  du  sacrifice 
qu'ils  m'ont  fait  de  celuy  qu'ils  avaient  de*  Anglais  et  me  suis 
lié  à  eux.  .le  leur  ay  donné  en  même  temps  un  pavillon  et  les 
ai  exhorté  de  ne  point  en  reeonnoitre  d'autre  que  celuy  du 
Jïoy  mon  maître. 

Après  quo  la  traitte  a  été  faite,  le  S.  do  Portneuf  a  fait 
assembler  les  chefs  de  ces  domiciliés,  il  leur  a  recommandé 
de  veiller  aux  mauvaises  intentions  dos  autres  nations.  Il 
est  retourné  au  fort  Frontenac  pour  y  continuer  ses  ser- 
vices. 

.Je  suis  avec;  un  très  profond  respect  Monseigneur. 

Votre  très  humide  et  très  obéissant  serviteur, 

La  Jonqliêre 


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LA  PRISE  DE  SAINT-REGIS 


Je  trouve  dans  mes  cahiers  <lo  notes  un  document  histo- 
rique inédit  annoté  par  l'antiquaire  Jacques  Vigcr  et  qui  nie 
semble  avoir  un  certain  intérêt. 

J.-M.  LeMoink 

Notes  sur  la  prise  du  village  de  Saint- Ré<;is  par  les  Amé- 
ricains durant  la  dernière  guerre  avec  les  Etats-Unis  : 

-  On  the  'I'M  of  October  1812.  a  party  of  near  400  Ameri- 
cans from  Plattsburi;,  under  Major  Younif.  surprised  the 
piquet  at  the  Indian  Village  of  St -Rciris.  'I'.i  men  \veit>  made 
prison ei*s  by  the  enemy  and  Lieut.  Rottotte  (  1  ).  a  sergeant 
Met  iillivray  and  six  men  Were  left  dead.  The  piquet  consisted 
of  a  detachment  of  C//i</, //,//<  T'-v'.'/'"''*- 1  (Extrait  de  Mé- 
moires, etc..  par  R.  Christie.  Québec.  ISIS  ;  Wxtory  of  Loner 
t\nohhi.  ml.  I  f.  p.  t'.i ). 

Il  y  a  plus  d  ime  erreur  dans  »e  court  récit  de  la  prise-  de 
Saint  lîéîris.  par  M.  Christie,  si  ou  le  compare  avec  le  suivant, 
et  je  crois  mon  récit  plus  corivet.  le  tenant  de  M.  Roupe  et  do 
M.  Wm  Hall,  témoins  oenlaiivs  et  <pii.  comme  on  va  voir,  ont 
figuré  dans  cette  affaire  :  :\  eux  donc  la  responsabilité  des 
détailsqu'ou  va  lire  et  dont  je  me  porte  volontiers  garant,  vu 
la  respectabilité  des  narrateurs.  Ce  récit  est  encoiv  inédit  et 
forme  part  et  portion  de  Mu  Suln  nlu,  h<\  dossier  bleu,  tome 
II,  pa.«e  1H8. 

"  Le  capitaine  de. Montit^ny  était  résident  à  Saint-Régis  à 
titre  d "interprète  des  Sauvages  de  ce  village,  mais  n'y  avait 
point  de  commandement  militaire.  Tous  les  Sauvages, sujets 
anglais,  étaient  absents  du  village  et  en  service  sur  la  fron- 
tière.  à  l'exception  de  trois  seulement  qui  étaient  à  Saint-Régis. 
Les  Sauvages  appelés  Américains  y  résidaient  en  bon  nombre. 


(I)  Ecrivons  Kototte.  J.  V. 


—  142  — 


Messieurs  Roui*  et  Marcoux  y  étaient  en  qualité  de  minion* 
naires  (1). 

Le  16  octobre,  le  capitaine  McDonnell  y  vint  prendre  poste 
avec  l'enseigne  iiototte  (que  M.  Christie  t'ait  lieutenant)  et  4S 
Voyagtars  rnmi.l.rnt.  M.  le  lieutenant  Wm  Hall  joignit  ce 
détachement  le  17  au  soir,  sur  l'ordre  du  lieutenant  colonel 
3IeGillivray.  commandant  le  coîj*s  des  V<>i/<nf,  urn  <\inmlitns. 

Dès  le  lendemain  de  son  arrivée  à  Sainl-Kéiris.  le  lieutenant 
Hall  reçut  avis  et  le  communiqua  à  sou  capitaine  et  :\  M.  de 
Montigny  que  les  Américains,  mécontents  de  la  venue  de  ce 
piquet,  parlaient  de  venir  l'attaquer  et  l'enlever  si  jiossibie.  et 
il  conseilla,  dit-il.  à  bon  officier  commandant  de  se  retirer  dans 
une  île  qui  est  en  face  du  village.  On  rejeta  son  avis  avec  une 
espèce  de  dédain.  l>cs  sentinelles  furent  placées  hors  et  à  dis- 
tance du  village,  dont  il  était  du  devoir  des  subalternes  de 
faire  la  visite,  à  diverses  heures  du  jour  et  de  la  i^uit. 

Dans  la  journée  du  vendredi.  'l'I  octobre,  un  de  nos  trois 
Sauvages,  sujet  loyal,  et  sur  lequel  on  j»ouvait  se  tier,  vint 
avertir  de  nouveau  le  commandant  qu'étant  allé  ce  jour  aux 
lignes  et  même  au  delà,  il  avait  vu  qu'il  se  faisait  certaine- 
ment des  préparatifs  hostiles  contre  le  i*»>te  de  Saint-Uégis. 
M.  Hall  renouvela  son  conseil  de  se  retirer  à  file,  niais  Mes- 
sieurs McDonnell  et  de  Montigny  furent  encore  d'opinion  de 
u  en  rien  faire.  Enfin,  entre  4  et  5  heures  du  matin,  le  23 
octobre,  par  une  nuit  exiraordinairement  noire,  et  au  moment 
même  où  M.  iiototte,  de  retour  d'une  de  ses  rondes,  exprimait 
à  M.  Hall  ses  craintes  d'une  attaque  prochaine  et  que  le  déta- 
chement ne  pourrait  repousser,  le  village  se  trouva  en  eflet 
cerné  sur  trois  faces  par  au  moins  MM  Américains  (infanterie 
et  cavalerie ),  qui  tirent  aussitôt  une  décharge  de  mousqueterie 
sur  la  maison  éclairée  par  un  grand  feu.  au-devant  de  laquelle 

(I)  M.  Marcoux  desservait  sous  M.  Roupe,  en  apprenant  la  langue  sau- 
vage. Il  entra  dan»  la  mission  en  iSu,  remplaça  M.  Roupe  en  1813,  et 
quitta  Saint-Régis  pour  le  Sault. 


f 

I 


niniti-7 


les  deux  subalternes  et  le  sergent  McGillivray  causaient  ainsi, 
sans  se  douter  que  l'ennemi  fût  aussi  près  d'eux. 

L'enseigne  Hototte  venait  à  peine  do  clore  le  calcul  de  ses 
appréhensions  par  cette  triste  réflexion  :  "  Est-il  possible  que 
l'obstination  de  notre  chef  nous  expose  ainsi  à  une  mort  sans 
profit  et  sans  gloire,"  quand  il  fut  étendu  mort  sur  la  place 
et  le  sergent  McGillivray  grièvement  blessé  dans  les  reins  (ï) 
par  le  feu  de  cette  première  décharge.  M.  Hall  sejetadansla 
maison  pour  y  chercher  des  secours.  Il  y  trouva  peu  de  ces 
hommes,  le  capitaine  venait  de  la  quitter,  et  le  détachement 
était  dispersé.  Une  seconde  décharge  eut  l'effet  de  tuer  un 
voyageur  du  nom  de  Prospay  (2*)  et  d'en  blesser  plusieurs 
autres,  mais  un  surtout  du  nom  de  Félix. 

Pendant  la  fusillade  X  la  maison  du  capitaine  McDonnell, 
un  parti  d'Américains  avait  été  s'emparer  de  M.  Roupe,  et  il 
se  vit  amener  par  (dix  nu  tête.  Tout  se  termina  là.  M. 
McDonnell  s'était  rendu  prisonnier,  et  il  ne  fut  échangé  aucun 
coup  de  feu  de  notre  part.  M.  Koupe  fut  aussitôt  relfiehéque 
pris  et  reconduit  :V  son  logis  par  un  dragon  ou  cavalier  fran- 
çais du  parti  américain  qui  l'affubla  au  retour  de  son  bonnet 
militaire,  en  s'en  découvrant  poliment  la  tète.  On  lui  recom- 
manda d'enterrer  les  morts  et  de  soigner  les  blessés,  ce  qu'il 
promit  île  faire.  M.  Marcoux  n'essuya  pas  les  avanies  de  son 
confrère  missionnaire.  Tl  dût  d'y  échapper  à  la  prudence  d'un 
des  engagés  de  leur  maison  qui.  au  premier  bruit  des  mous- 
quets américains,  songea  ;\  se  mettre  tout  d'abord  en  sûreté, 
et  ne  le  fit  pourtant  pas  en  égoïste,  car  il  entraîna  de  force 
avec  lui  M.  Marcoux...  et  ils  s'allèrent  tous  deux  réfugier 
dans  un  appartement  noir  de  la  maison  servant  de  cendrière, 
d'où  ils  sortirent  un  peu  sales,  lorsque  la  tranquillité  fut  réta- 
blie dans  le  village. 


(1)  Mort  depuis  de  sa  hiessurc. 

(2)  Pcreé  de  8  balles  (M.  Hall).  Il  étail  de  Saint -François  du  Lac  et  se 
nommait  Nicolas.  (Registres  de  Saint-Regis)  J.  V. 


—  144  — 


Les  Américains  (pie  commandait  un  major  Yonnif  se  reli* 
rirent  bientôt  de  Saint- lié-iris,  emmenant  prisonniers  à  la 
JJivière  aux  Sanlmons  les  capitaines  McDonnell  et  de  Monti- 
gny,  le  lieutenant  Hall  et  :J7  \'»y<i<j<  )irs.  laissant  derrière  eux 
1 1  de  ces  mêmes  hommes  tant  morts  que  blessés  et  égarés. 
I>e  la  Jtfvière  aux  Sanlmons.  ces  prisonniers  furent  conduits  - 
dès  le  lendemain  à  Plattshurt;,  d'où  ils  fuivnt  tous  renvoyés 
en  Canada  le  S  décembre  suivant,  sur  parole  de  ne  jtoint 
servir,  officiers  et  soldats,  jusqu'à  ce  <pi  ils  fussent  régulière- 
ment échangés. 

-  The  Americans,  ajoute  Christie,  in  plundering  the  village 
found  an  ensei<rn  or  l'nion  Jack,  in  the  house  of  t he  resident 
interpreter,  usually  hausted  upon  a  flairs  staff  at  thedoorof 
the  cliief  on  sundays  or  Holy  days,  which,  said  the  American 
Major,  in  an  order  issued  upon  the  occasion  (not  a  little 
proud  of  the  achievement)  irni  t/n:  first  ro/mir*  tnl.i  n  iluritvj 
the  Kitr.''  !  !  !  Jacqcks  Viokk 


ANCIENNES  EXPRESSIONS 


Plusieurs  expressions  devenues  aujourd'hui  exclusivement 
maritimes,  ont  eu  autrefois,  un  sens  plus  général.  J>aits(une 
lettre  adressée  par  Montcalm  à  la  supérieure  de  l 'Hôtel  Dieu 
de  (Québec,  le  11  octobre  l"."»n'.  le  vainqueur  de  Chou:»«;ucn. 
«pli  était  un  lettré,  un  membre  ou  tout  an  moins  un  corres- 
pondant de  l'Acadituie  des  inscriptions  «  t  belles  lettres,  priait 
madame  la  supérieure  de  taire  placer  six  bouteilles <le  baume 
</<  Canada  et  dix  livres  île  ></<•  «l'érable  dans  ••  une  caisse  bien 
onuirrêi'."  et  d'expédier  le  tout  à  madame  tic  la  Honrdonnaye, 
à  Paris.  Montcalm  s \  tait  il  caiiadianisé  pour  faire  plaisir  à 
Vaudrcuil  ?  Cela  est  peu  probable.  I.e  sens  du  mot  itiimri'ir 
est-il  devenu  plus  ix*st  îi-im  aujourd'hui  qu'il  ne  l'était  autre- 
fois ?  Cela  est  possible.  Ce  «pli  est  certain,  c'est  «pie.  malgré 
les  préférences  de  la  SorUmne.  la  langue  française  ne  peut 
être  tenue  à  tixité  d'une  manière  absolue. 

EkNF.ST  (iA*i\ON 


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—  145  — 

LE  DERNIER  REJETON  DES  LONOUEUIL 

Le  17  février  1N41,  mourait,  à  Montréal,  dans  sa  quatre- 
vingt-sixième  année,  madame  la  baronne  de  Longueuil.vcuve 
de  t'en  l'avid- Alexandre  (Jrant.  capitaine  au  S4cine  régiment. 
Elle  était  le  dernier  rejeton  tie  l'illustre  Camille  «les  Le  Moine 
de  I-ongucuil. 

Malgré  soi  deux  ou  trois  quartiers  de  noblesse,  la  lionne 
daine,  qui  avait  toujours  pratiqué  une  des  vertus  chères  à  la 
bourgeoisie,  l'économie,  était  devenue  en  vieillissant  quelque 
]>eu  hizariv  ;  ainsi  pour  ne  pas  laisser  perdre  l'herbe  et  les 
baies  tics  a rhustes  t|ui  couvraient  alors  l'îlot  situé  vis  a-vis 
l'île  Sainte- Hélène.  «-Ile  y  plaça  dcs[K»rcs  eu  si  grand  nombre, 
que  les  deux  propriétés  en  furent  bientôt  infectées,  et  que 
l'îlot  prit  le  nom  qu'il  n'a  cessé  de  porter  depuis  :  il»  oux 
(îon  f  s. 

A  Montréal,  le  cheval  de  la  baronne  lut  durant  quelque 
temps  aussi  eélèbre  que  le  Uueéphale  <l 'Alexandre.  Obéissant 
à  ses  idées  d 'économie,  la  daine  de  Lon<;ueuil  avait  attelé  à  sa 
voiture  aux  tonnes  préhistoriques,  un  vieux  cheval  d'allures 
plus  que  tranquilles,  et  qui  pendant  plus  de  quinze  ans.  avait 
été  au  servie*;  d  un  boulanger. 

Les  gamins,  à  seule  tin  de  rire  nu  ]»cu.  et  de  taire  endiablcr 
la  baronne,  ne  manquaient  jamais,  en  rencontrant  l'attelage, 
tie  le  t'ai iv  arrêter  dix  ou  douze  t'ois  dans  la  même  rue. 

II  leur  suffisait  pour  cela  de  t  rier  hmul  (pani  ).  A  ce  mot 
magique,  l'animal,  fidèle  à  ses  anciennes  habitudes,  s'arrêtait 
court,  et  ni  le  fouet .  ni  les  huées  ne  l'eussent  fait  avancer. 

Madame  la  baronne  se  trouvait  obligée  de  descendre,  et  ce 
n'était  qu'une  fois  remontée,  que  le  quadrupède  se  tnelta.t  en 
mar.,  he. 

A  quelques  pas  plus  loin,  les  enfants— cet  âge  est  sans  pitié 
— criaient  de  nouveau  hn  >i<l  :  et  la  scène  se  renouvelait  au 
milieu  ties  éclats  de  rire  des  passants  et  des  voisins. 

Ai  ta  sTK  Aein vtkk 


RÉPONSES 


Canton  Rolette.  (Y,  II,  585.")— Le  Courrier  du  Livre, 
livraison  de  juin  1898,  renfermait  une  jolie  bluette  de  feu  M. 
Eugène  Renault,  intitulée  :  Un  pari  de  Diable-bleu,  Un 
héros  de  1812.  dans  laquelle  il  nous  fait  connaître  les  actions 
de  prouesse  d'un  Rolette.  Le  parrain  de  ce  Canton  a  certai- 
nement voulu  honorer  Rolette  en  perpétuant  ainsi  son  nom. 

Montmaoxieîî 

Les  lieutenant*  gouverneur»  de  Gaspé.  (IV, 
VII,  478.) — Nous  sommes  dans  l'ignorance  à  peu  près  com- 
plète sur  les  motifs  qui  engagèrent  la  mère-patrie  à  nommer 
deB  officiers  d'un  grade  aussi  élevé  que  celui  de  lieutenant  gou- 
verneur, quand  rien  ne  semblait  exiger  de  tels  besoins.  Plu- 
sieurs s'accordent  à  croire  que  Nicolas  Cox  fut  le  premier  lieu- 
tenant-gouverneur de  Gaspé.  C'es^bien  àtort,  croyons-nous, 
car  avant  lui,  il  dut  y  en  avoir  plusieurs  autres,  entr'autres 
un  nommé  Elliott  ;  mais  aucun  d'eux  ne  résida  il  Gaspé.  Ce 
n'était  qu'une  sinécure  à  laquelle  se  rat  tachaient  d'assez  forts 
émolument»  ;  récompense  accordée  au  mérite,  devons-nous 
charitablement  supposer. 

Mais,  en  1774,  quand  les  locaux  de  la  Nouvel  le- Angleterre 
semblaient  vouloir  s'établir  au  Canada  plutôt  que  de  secouer 
le  joug,  alors  l'Angleterre,  no  pouvant  que  leur  tendre  une 
main  secourable,  comme  c'était  son  devoir,  leur  offrit  l'hos- 
pitalité dans  les  vastes  comtés  do  Gaspé  et  de  Bonaventure. 
Un  lieutenant-gouverneur  fut  nommé,et  ce  fut  Nicolas  Cox. 
Ses  états  do  service  nombroux,  la  bravoure  qu'il  avait  dé- 
ployée lors  du  siège  de  Québec  en  1759,  lui  avaient  valu 
cet  honneur  insigne  qui  lui  rapportait  mille  beaux  louisd'or 
et  d'autres  choses  encore.  Ce  ne  fut  qu'en  1780,  qu'il  86 
Tendit  à  Percé  pour  prendre  possession  de  son  gouvernement. 
Il  avait  une  maison  à  New-Carlisle,ot  il  s'occupa  beauooup 
de  faire  progresser  cette  partie  du  Canada  qui  commençait 


à  prendre  de  l'importance  En  1784,  on  lui  accorda  une 
pension  que  sea  infirmités  l'avaient  forcé  à  demander.  La 
Gazette  de  Québec  du  16  janvier  1794  annonçait  ainsi  sa 
mort  arrivée  le  8  du  même  mois  : 

"  Vendredi,  le  8  janvier,  est  décédé  à  l'âge  de  70  ans, 
Nicolas  Cox,  écuyer,  lieutenant-gouverneur  de  Gaspé  et 
surintendant  des  pêcheries  du  Labrador.  Dès  ses  premières 
années,  il  embrassa  la  profession  des  armes,  et  il  y  servit 
fidèlement  son  roi  et  son  pays  pendant  plu»  de  cinquante- 
deux  ans.  11  prit  part  au  siège  de  Louhbourgcl  do  Québec, 
et  commandait  une  compagnie  du  47e  régiment  à  l'immor- 
telle bataille  de»  plaines  d  Abraham,  le  13  septembre  1759. 
Bans  la  belle  défense  de  Quebec, au  printemps  do  1770,  lord 
Dorchester  l'adjoignit  a  son  état-major  ;  et  bien  que  co  temps 
soit  déjà  loin  de  nous,  il  y  a  encore  vivants  trop  do  sea  frè- 
re» d'armes  qui  peuvent  rendre  à  son  zèle,  à  sa  fermeté,  à 
sa  ponctualité  à  remplir  scrupuleusement  son  devoir,  un 
témoignage  au»si  simple  qu'honorable,  pour  qu'il  soit  besoin 
de  s'étendre  sur  ce  point.'' 

Francis  LeMuittre  remplaça  Cox.  11  ne  demeura  que  pou 
d'années  à  Percé,  sa  résidence  ordinaire.  Il  mourut  à  Qué- 
bec on  1805,  et  le  Mercury  du  16  lévrier  donne  un  résumé 
des  cérémonies  qui  accompagnèrent  ses  funérailles.  Il  mou- 
rut en  sa  demeure,  rue  Sainte- Famille,  le  13  février  1805. 
Il  était  un  des  adjudants-généraux  de  la  milice  provinciale 
et  colonel  d'un  bataillon  de  milice  do  Québec."  L'on  ne  con- 
naît que  fort  peu  de  chose»  de  ce  lieutenant-gouverneur  ;  et 
nous  n'avons  de  pièce»  officielles  émanées  de  lui  qu'une  or- 
donnance aux  habitants  de  la  rivière  à  l'Anguille,  datée  de 
Percé,  le  11  août  1784,  et  à  la  même  date,  une  autorisation 
à  Jacques  Gagnon  d'agir  comme  chef  des  Sauvages  domici- 
liés à  Jîeatigouehe. 

A  Francis  LeMaistre  succéda  Alexander  Forbes.  Celui-ci 
ne  se  rendit  probablement  jamais  à  Gaspé'  au  moins  avec 


l'intention  d'y  résider.  En  1821,  la  Chambre  d'Assemblée 
siégeant  à  Qnébec,vou!ut  raetlreune  fin  à  ce  qu'elle  considé- 
rait comme  un  abus.    Ce  fonctionnaire  "  no  résidait  pas 
dans  la  province,"  c'était  faire  payer  £300  inutilement. 
Mais  le  gouvernement  fit  la  sourde  oreille,  maintint  Forbes 
en  place  et  lui  continua  ses  émoluments.  Kn  1825,  on  cons- 
tate que  la  Chambre  d'Assemblée  refusa  de  voter  l'item 
suivant  des  subsides  :  Lieutenant  gouverneur  de  Gaspé, 
£300.  Le  résultat  ne  fut  pas  plus  satisfaisant  qu'en  1821,  et 
cette  sinécure  continua  d'exister.  Kn  183:5,  Alexandre  For- 
bes était  encore  lieutenant-gouverneurde  <laspé.  mais  il  est 
fort  probable  qu'on  lui  avait  refusé  son  salaire  dès  l'année 
1831,  quand  lord  Aylmer.  dans  son  message  aux  Chambres, 
disait  :     On  propose  d'abolir  la  charge  de  lieutenant-gou- 
verneur de  (iaspé,  comme  n'important  plus  au  service  pu- 
blic ;  mais  il  est  à  espérer  qu'en  l'abolissant,  le  gouverne- 
ment verra  l'Assemblée  payer  les  justes  réclamations  pour 
arrérages  des  deux  années  précédentes,  et  comme  indemnité 
pour  la  perte  que  le  titulaire  éprouvera  par  cette  aboli- 
tion." 

L'  Alum/mi  h  <!»' Qtiél>(  <-  de  1833  mentionne  encore  Alexan- 
der Forbes  comme  lieutenant-gouverneurde  <  iaspé.  Etait-ce 
par  erreur,  on  parce  que  celui-ci  aurait  préféré  conserver  le 
titre  honorifique  et  sacrifier  les  £300  ?  Nos  études  ne  nous 
permettent  pas  de  nous  prononcer  sur  ce  point  obscur,  qui 
mériterait  d'être  mieux  connu.  X.-K.  Dionnk 

Léchant  national  des  Avadh'nx.  (17,  7III, 
404.)— La  colonio  française  de  la  Nouvollo- Ecosse  ou  Acadie 
est  à  peu  près  aussi  aneienno  que  celle  du  Bas-Canada,  mais 
toutes  deux  se  sont  formées  indépendamment  l'une  de  l'au- 
tre, do  sorte  qu'il  n'y  a  pas  ou  de  parenté  entre  ces  deux 
groupes,  du  moins  au  dix-septième  siècle. 

En  1713,  r Acadie  fut  cédée  à  l'Angleterre.  Quarante, 
deux  ans  plus  tard  (1755),  )a  guerre  so  déclarant  entre  les 


uign 


deux  couronnes,  lea  administrateurs  de  l'Acadie,  tous  gens 
du  Massachusetts,  enlevèrent  les  Acadiens,  les  mirent  dans 
des  vaisseaux  et  les  dispersèrent  en  France,  en  Virginie,  en 
Louisiane.  Il  s'en  sauva  un  bon  contingent  au  Canada. 

Plus  tard,  un  certain  nombre  de  ces  exilés  retournè- 
rent à  la  baie  do  Sainte-Marie,  partie  sud-ouest  de  la  pénin- 
sule qui  n'avait  jamais  reçu  d'habitants,  et  ils  y  prospérèrent 
d'une  manière  étonnante,  si  bien  qu'ils  constituent  à  pré- 
sent un  peuple  dont  l'avenir  est  assuré.  Leur  esprit  d'orga- 
ganisation  se  manifeste  constamment  depuis  une  quaran- 
taine d'années  et  produit  dos  œuvres  qui  leur  font  le  plus 
grand  honneur. 

Ce  peuple  malheureux,  oublié  dans  le  inonde,  nous  fut 
révélé,  vers  1S5.Y  par  M.  ICdmc  Rameau  do  Saint-Père,  qui 
n'a  cessé  depuis  de  s'en  occuper.  11  a  inspiré  aux  Acadiens 
la  conviction  que  leur  destinée  pouvait  devenir  moilleure, 
et  la  semence  do  sa  parole  a  fructifié  comme  par  un  miracle. 
Cent  ans  après  la  grande  déportation,  il  leur  disait  : 

Voub  n'êtes  pas  une  race  morte  ;  agissez,  il  en  est 
temps  ;  l'heure  est  sonnée  de  reparaître  au  soleil  !  "  Ils  se 
sont  levés  comme  un  seul  homme,  et  les  voilà  maintenant 
qui  prennent  part  à  la  vie  publique  de  leur  province. 

L'un  de  leurs  hommes  politiques,  l'honorable  M.  Pas- 
cal Poirier,  sénateur,  a  contribué  pour  une  large  part  à 
mettre  ses  compatriotes  sur  la  voie  qu'ils  parcourent  glo- 
rieusement aujourd'hui.  Il  viont  de  publier  un  livre— ce 
n'est  pas  son  premier — ou  il  raconte  le  réveil  des  Acadiens. 
C'est  une  étude  des  plus  étonnantes.  Nous  devrons  nous  en 
occuper,  d'autant  plus  que  les  Acadiens  et  le  Canadiens  sont 
déjà  en  quelque  sorte  fusionnés  depuis  1755  et  que  le  dé- 
veloppement de  cette  race  énergique  va  prendre  une  im- 
portance de  jour  en  jour  plus  grando  dans  la  confédération 
canadienne. 


—  150  — 

Signalons,  pour  commencer,  un  tait  curieux  :  c'est  l'adop- 
tion d'un  chant  national,  dans  une  convention  qui  remonte  à 
1883.  Et  qui,  pensez-vous,  a  eu  l'honneur  du  choix  ?  Gérin- 
Lajoie.  On  a  pris  son  'Canadien  Krrant  ",  qui  est  si  caracté- 
ristique de  l'expulsion  des  Acadiens,  et  on  y  a  seulement 
changé  un  mot  : 

"Un  "Acadien"  errant, 
Banni  de  ses  fovers, 

*'  7 

Parcourait  en  pleurant 
Des  pays  étrangers. 

L'n  jour,  triste  et  pensif, 
Assis  au  bord  des  Hots, 
Au  courant  fugitif 
11  adressait  ces  mots  : 

Si  tu  vois  mon  pays. 
Mon  pays  malheureux. 
Va  dire  à  mes  amis 
Que  je  me  souviens  d  eux. 

Pour  jamais  séparé 
Des  amis  de  mon  cœur, 
Hélas  !  oui  je  mourrai, 
Je  mourrai  de  douleur  ! 

M.  Poirier,  qui  avait  connu  intimement  (iérin-Lajoie.  est 
celui  qui  a  dû  faire  adopter  ce  chaut  par  la  population  fran- 
çaise de  la  Nouvel  le- Ecosse,  du  Nouveau- Brunswick,  du  Cap 
Breton  et  de  l'île  du  Prince-Edouard.  Ces  quatre  groupes 
sont  enrôlés  sous  la  bannière  dite  des  Acadiens. 

Benjamin  Si: lté 

L'amiral  de  Brion,  protecteur  de  Cartier. 
(IV,  XII,  555 .)— Philippe  de  Chabot,  seigneur  do  Brionf 


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comte  de  Charny  et  de  Busançois,  flit  élevé  avec  François 
1er  au  château  d'Amboise.  Il  était  né  à  la  fin  du  quinziè- 
me siècle,  vera  1495.  En  1524,  l'empereur  Charles-Quint 
assiégeait  Marseille  ;  Chabot  se  jeta  dans  la  place  avec  trois 
mille  fantassins  italiens  et  obligea  les  impériaux  a  lever  le 
siège.  Cet  exploit  lui  valut  une  juste  réputation.  L'année 
suivante,  il  combattit  à  Pavie  aux  côtés  du  Roi  François 
1er  et  fut  pris  avec  ce  monarque  qui  le  nomma  gouverneur 
de  Bourgogne  et  de  Normandie  pour  récompenser  sa  valeur 
et  son  dévouement. 

En  1525,  il  fut  fait  amiral  deFranceet  fut  surtout  connu 
depuis  sous  le  nom  d'amiral  de  Brion. 

En  1529,  il  fut  chargé  d'aller  faire  ratifior  en  Italie  le 
traité  de  Cnmbrni. 

Brion  a-t-il  navigué,  a-t-il  commandé  sur  mer  ?  Rien  ne 
le  prouve,  mais  cet  amiral  s'est  occupé  du  moins  des  choses 
de  sa  charge.  C'est  à  lui  que  Jacques  Cartier  soumit  le  des- 
sein qu'il  avait  formé  d'aller  explorer  les  pays  que  l'on  ap- 
pelait alors  les  Terres  nrures  de  l'Amérique  du  Nord.  Cha- 
bot accueillit  ce  projet  et  voulut  môme  l'encourager  ;  il  fit 
donner  l'autorisation  royale  (1534)  au  plan  du  navigateur 
et  fut  ainsi  l'un  des  promoteurs  de  la  découverte  du 
Canada. 

Aussi,  Cartier,  en  reconnaissance  du  service  qu'il  lui 
avait  rendu,  laissa  son  nom  à  une  des  îles  de  la  Madeleine. 
"  A  cinq  lieues  de  ses  Isles  (Margaux),  écrit-il,  y  avait  une 
autre  isle...Ceste  Isle  fut  appelée  l'isle  de  Brion." 

En  1535,  l'amiral  de  Brion  commandait  l'armée  qui  enva- 
hit la  Savoie  et  s'empara  de  Chambéry,  de  Montmélian,  de 
Turin  et  de  presque  tout  le  Piémont. 

Quand  il  revint  à  la  cour,  il  la  trouva  divisée  en  deux* 
camps  ayant  à  leur  tête  le  duc  d'Orléans  et  la  duchesse 
d'Etampee  d'un  côté,  Diane  de  Poitiers  et  le  Dauphin  de 
l'autre.  Son  intervention  dans  la  lutto  faillit  lui  devenir 


—  152  — 

fatale.  Kn  1540,  le  cardinal  de  Lorraine  et  Montmoroncy, 
qui  avait  é té  son  ami  et  son  compagnon  d'armes,  devenu 
son  ennemi  lo  plus  irréconciliable,  l'accusèrent  de  malversa- 
tions. Chabot  fut  jugé  et  condamné  à  quinxo  mille  livres 
d'amende,  au  bannissement  et  à  la  confiscation  de  ses  bien» 
par  un  arrêt  du  1er  février  1541.  La  duches.se  d'Ktampes 
plaida  sa  cause  auprès  du  roi  et  le  fit  gracier  et,  lo  24  mars 
1541,  un  nouvel  arrêt  du  parlement  intervint  en  sa  faveur 
et  le  déchargea  de  toutes  les  accusations  portées  contre 
lui. 

Il  remplaça  avec  lo  cardinal  do  Tournon  le  connétable 
de  Montmorency  au  minislèro  quand  celui-ci  fut  disgracié. 
Chabot  mourut  le  1er  juin  Ib-k'.i. 

La  Bibliothèque  Nationale  do  Paris  possède  des  volumes 
in-folio  manuscrit»  de  lettres  écrites  par  l'amiral  de  linon 
en  1525,  et  l'on  a  aussi  do  lui  des  cartes  maritimes  dressées 
avant  l'invention  de  la  gravure. 

Kl  h  MAKI»  (ioKPl' 


L'Ordonna  née  de  lord  Durham.  (WIl.  5S4.) — 
Col  te  laineuse  ordonnance  lancée  par  l«»rd  Inirhain  le  2^ juin 
1,S.'{S.  publiée  en  ù m //<(>,!,  <y1i<i<,i<ln,<hrc  dan*  la  (i<i:,  tt<: 
Ortii  n  !h  le  2!).  l  a  été  aussi,  par  Lr  C,r„, >,//,„.  |r  au  juin,  pour 
ses  lecteurs  et  le  public.  Non  seulement  l'apineau  ne  fut  pas 
le  seul  à  être  privé  de  1  amnistie,  mais  aussi  Côté,  (.iagnon, 
Nelson.  <  )  (  'allaghan.  J{odier.  Ihown.  huvernay.  Chart  ior, 
Cartier.  K'yan.  père  et  fils,  l'onault.  1  >esmarais.  Davignon 
et  t.iaut  hier. 

Ce  u  H'Iti  /'m  i\i'frii')flin'iift<  ilu  f  'tiiKhlu  ii  est  en  ma  jHwses- 
ision.  J.-(>.  Dion 

La  <*  mitaine  "  des  puritains.  (V.  IM.5!>3.)— 
]a-s  puritains  appellent  la  réunion  des  lidèles  :  la  congréga- 
tion, et  leur  temple.  nuu  t<'n</-fi>><t*r. 


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■ 


—  153  — 

Mitaine  est  une  corruption  «lu  mot  uu-etimj.  Il  existe  aussi 
Aies  camps- meeting,  qui  se  tiennent  «lans  Ks  bois  ou  «lans  les 
parcs  publies,  }x'inlnnt  la  belle  saison.  Les  puritains  y  vivent 
sous  la  tente  avec  leurs  familles  pendant  tout  le  temps  quo 

.du IV  le  mct'tt'mj.  (il'STAVK  OlIMKT 

LejHffe  Volt  i*>n>s  fie  S'ihit-ItruJ.  (V.  IV.<,04.)— 
L'aftir  nation  que  le  juge  Vallières  de  Saint- lï  al  a  lui-u  êmo 
ajouté  les  mots  S>ii„t-Hf<tl  à  son  no  n  de  Vallières  est  inex- 
acte, comme  le  prouve  son  extrait  «le  baptenc  «pu- j'ai  trouvé 
aux  archives  du  Secrétariat  d'état.  Voici  ce  docu  nent  : 

'•  Ext  rail  du  Registre  des  lîaptêmes.  M  a  ri  aires  et  Sépul- 
tures «le  la  mission  de  Carleton.  Have  «les  Chaleurs. 

"  L'an  mil  sept  cent  quatre-vingt  sept,  le  pre  i-ier  octobre, 
je  soussigné  ay  baptisé  suivant  les  cérémonies  oiilinaircs. 
Joseph  Hémy.  né  ce  matin  «lu  légitime  nariage  «le  Jean 
Baptiste  Vallières  «le  Saint- Kéal  et  «le  Mar<;ucritc  C.irneillier 
dit  tîramlehamp.  Le  parrain  a  été  moi -même  soussigné,  et  la 
luarreine  Marie  Mag.  Hourg. 

(Signé)  Jos.  Math.  lîoru« s.  prêtre. 

Je  certiiie  le  présent  extrait  conforme  à  l'original.  Carle- 
ton le  quinze  septemhiv  mil  huit  cent  six. 

(Signé)  Amiot.  prêt iv. 

Le  7'/<7/o/</««o'/v  de  Mgr  Tanguay  écrit  le  nom  VaUtre. 
tout  court.  K.-.L  Al  i»kt 

Le  lut rt'ff  h  fie  ponte  tie  Quebec.  (  V,  I V,  «07. )  —  Le 
bureau  de  pos»te  actuel  «le  (Juchée  est  situé  sur  un  terrain 
célèbre  par  ses  souvenir*  hi>toriqucs  et  les  légendes  qui  s'at- 
tachent a  N>n  site. 

Les  documents  légués  à  l'Université- Laval  par  feu 
Geo.-B.  Faribault  prouvent  que  la  chapelle  de  C'hamplain 
dans  la«pielle  le  corps  du  fondateur  de  Québec  fut  déposé  dans 
un  .«éj,<(t.-rt>  f«irt<'r,ti;,r,  s'élevait  près  du  site  du  bureau  do 


—  154  — 

poste  actuel.  Sir  James-M.  Le  Moi  ne  et  le  Dr  Dionne,  bi- 
bliothécaire de  l'Assemblée  législative  de  Québec,  sont  d'o- 
pinion que  les  restes  du  fondateur  de  Québec  reposent  très 
proche  du  bureau  de  poste.  Un  bu>te  de  Champlain,  pla- 
cé au<tessu8  de  l'entrée  privée  de  la  rue  Buade,  semble  con- 
firmer cette  croyance. 

Cette  place,  qui  fut  appelée  "  Chien  d'Or  "  sur  la  fin 
du  régime  français,  fut  connue  sous  le  nom  de  Free- mason's 
Hall,  de  1775  à  1848,  et  fut  occupée  par  uue  dame  Prentice, 
veuve  de  Miles  Preniice,tranc-mayon  et  sergent  sous  Wolfe, 
qui  y  tenait  un  café  fréquenté  par  la  classe  aisée  de  l'é- 
poque. 

Prentice  avait  une  tille  ou  une  nièco  d'uno  beauté  mer- 
veilleuse et  dans  toute  la  fleur  de  la  jeunesse  ;  Nelson,  le 
grand  NeUon,  alors  le  jeune  commandant  de  VAlbermale, 
était,  en  1782,  un  des  habitués  de  l'endroit.  Il  s'éprit  telle- 
ment de  ses  charmes  qu'il  la  demanda  en  mariage  et  décla- 
ra formellement  qu'il  abandonnerait  plutôt  le  service  que 
d'être  séparé  de  l'objet  de  son  amour  ;  mais  l'intervention 
d'un  ami  l'empêcha  do  contracter  ce  qu'on  pourrait  appeler 
un  imprudent  mariage,  qui,  dans  tous  lea  cas,  aurait  chan- 
gé sa  brillante  carrière. 

Montgomery,  lieutenant  au  17ième  d'infanterie  en  1759, 
avait  visité  Québec  après  la  cession  ;  c'était  aussi  un  visi- 
teur du  Chien  d'Or,  le  rendez-vous  do  nos  joyeux  ancêtres. 
Lorsqu'il  tomba  à  Près-de-villo,  et  qu'il  fut  enseveli  dans 
une  tempête  de  neige,  avec  ses  compagnons,  c'est  la  veuve 
Prentice  qu'on  alla  chercher  pour  l'identifier. 

Les  officiers  de  milice  et  les  volontaires  do  1775  célé- 
braient chaque  année  le  glorieux  anniversaire  du  31  Dé- 
cembre 1775.  Ils  s'intitulaient  eux-mêmes  "  Los  Vétérans" 
et  avaient  leur  dîner  annuel  au  Merchant's  Coffee  House. 

Subséquemment,  noue  voyons  la  vieille  maison  servir  de 
salle  d'encan,  puis  de    temple,   plus    tard    encore  le 


r 


—  155  — 


Memiry,  la  Quebec  Provident  &  Saving  Bank,  le  Dr  Mars- 
den.  le  Dr  liées,  le  Mechanics  Institute,  etc,  etc,  y  eurent 
leurs  bureaux.  Elle  formait  alors  partie  de  la  succession  du 
millionnaire  George  Pozor.  En  1853,  le  gouvernement  l'a- 
cheta pour  £4000  de  George  Alford  pour  en  faire  un  bu- 
reau do  poste.  CVtait  uno  maUon  en  pierre  taillée,  dont  la 
porte  principale  était  surmont 'e  d'un  bas-ruief  représen-  , 
tant  un  chien  en  or,  avec  en-dessom  l'inscription  suivante  : 


Cette  maison  avait  quatre-vingt-cinq  pieds  de  longueur  ; 
elle  n'avait  qu'un  ét  age  au-dessus  dn  sol  et  était  recouverte 
en  tôle.  Elle  était  située  à  l'extrémité  est  de  la  rue  Buade, 
immédiatement  au-dessus  de  l'escalier  qui  conduisait  à  la 
basse-ville  par  la  parte  Prescott.  Elle  occupait  une  super- 
ficie de  11500  pieds  carrés.  Cette  maison,  ainsi  qu'on  peut 
le  constater  par  les  gravures  du  tomp*,  était  vieille,  mas- 
sive et  très  grande. 

Avant  d'oecupor  cette  maison  le  bureau  do  poste  était  de- 
puis quelques  années,  dans  une  maison  appartenant  à  Ma- 
demoiselle de  Lanaudière,  et  située  là  ou  s'élèvo  aujourd'hui 
l'Archevêché  de  Québec.    Un  pâté  de  maisons  existait  alors 
le  long  d'une  petite  rue  connue  sous  le  nom  de  4:  rue  du 
Parloir."   Montcalm  p  issait  ses  soirées  là  en  compagnie  de 
Mademoiselle  de  Lanaudière.  de  madame  Péan  et  d'autres 
dames  fashionables.  Api\>s  l'incendie  de  cette  maison,  le 
bureau  dépiste  fut  t  omp  :> rai  riment  transporté  dans  le  Vieux 
Château,  et  en  1845,  il  fut  finalement  installé  dans  le  Free- 
mason'* Hall  ou  café  Prentice,  où  il  a  toujours  demeuré  de- 


Je  suis  un  chien  qui  ronge  l'os. 


En  le  rongeant  je  prends  mon  rvp>«. 
Viendra  un  temps  qui  n'est  pas  venu. 
Que  je  morderay  qui  m'aura  mordu. 


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—  150  — 


En  avril  1871,1e  bureau  de  poste  fut  transportédansla  vieille 
boulangerie  militaire,  rue  Saint  André,  maintenant  1*  Aoadé- 
mie  Commerciale,  et  la  maison  où  il  avait  éti  tenu  de  1845 
à  1871.  c'est-à-dire  pendant  vingt  six  an*,  fui  démoli». 

Le  17  juillet  de  la  même  année,  la  première  pierre  du  bu- 
reau de  jKMte  actuel  fut  jKjsée  pur  l'honorable  H.-L.Langevin, 
alors  ministre  dee  travaux  publiée.  Ainsi  qu'il  a  été  dit 
plus  haut,  un  buste  de  Charaplain,  le  "  Chien  d'or  "  et  son 
inscription  ornent  la  façade  de  cet  édifice.  C'est  à  la  tin  de 
1873  que  le  gouvernement  prit  possession  du  nouveau  bureau 
de  poste.  C'est  un  édifice  en  pierres  taillées  grises,  à  trois 
étages,  d'environ  quatre-vingts  par quarante  pieds.  L'archi- 
tecture en  est  sévère  mais  pas  sans  charmes. 

Pendant  l'administrât  ion  de  sir  A. -P.  Caron  comme  mi- 
nistre des  |K>stes  une  nouvelle  aile  a  été  ajoutée  à  la  bâtisse. 
Kl  le  fait  face  au  Saint- Laurent.  Cette  aile  fut  ouverte  en 
1895  ;   elle  sert  à  la  distribution  générale  et  aux  facteurs. 


Manière  d'apprendre  f /tintai  re  du  Canada. 

(IV,  XI.  >>4iK) — Vous  me  demandez  quel.e  est  la  manière 
d'apprendre  l'histoire  du  Canada  pour  s'en  nipjieler  toute  sa 
vie. 

C'est  bien  simple.  Faites  comme  pour  l'histoire  d'un  indi- 
vidu dont  vous  avec  entendu  parler.  On  vous  dira  qu'il  avait 
étudié  à  tel  collège,  que  sa  première  idée  était  d'être  ingé- 
nieur, qu  il  s'est  marié  et  qu'il  fait  des  entreprises  de  chemins 
de  fer  et  finalement  qu'il  est  devenu  homme  politique.  Telles 
sont  les  grandes  lignes  de  sa  carrière. 

Eh  bien  !  l'histoire  du  Canada  doit  s'entendre  de  même  : 
par  les  grandes  lignes. 

Comment  était  constituée  !a  colonie  au  début  ?  Quel  chan- 
gement s'est  produit  ensuite  ?  A-t-on  retardé  ou  avancé  les 
progrès  de  l'idée  première  ?  Vers  quelle  époque  les  Canadiens 


E.-T.  V 


AQIKT 


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ont-ils  commencé  à  exercer  «le  l'influenee  dans  Uur  pays. 
Comment  cet  esprit  national  a-t-il  été  reçu  par  la  mère- 
patrie  ? 

Là  est  tonte  l'étude.  Que  nous  importe  le  nom  de  tel  ou 
tel  gouverneur  !  de  tel  ou  tel  soldat  !  Ktes-vous  obligé  de 
connaître  la  culotte  que  je  portai»  à  vingt  ans  ? 

Ne  surchargez  pas  votre  mémoire  de  détails  qui  .sont  dans 
les  livres  d'écoles.  Tout  cela  ne  nous  apprend  rien.  Ce  qu'il 
faut  savoir  c'est  la  mu  relie  «les  grands  événements. 

Sachez,  par  exemple,  que  de  l(»0S  à  l<î(J5  nous  n'avons  t'ait 
que  tâtonner  sans  presque  rien  établir;  de  ltîtj*»  à  lt!(îî>,  gran- 
de arrivée  de  colons. 

De  1670  à  l(î85.  nos  efforts  étaient  portés  vers  lu  colonisa- 
tion du  Bas-Canada  et  à  la  découverte  du  Mississipi. 

De  1730  à  173U,  nous  tentions  de  connaître  le  Nord-Ouest. 

Nos  guerres  contre  les  Anglais  vont  de  lo'SD  àl713  et  de 
1744  à  ïîtiO. 

Nos  parlements  ont  commencé  en  17t»2. 

VoiU  des  faits  qui  sont  plus  imjxirtants  que  de  savoir  en 
quelle  année  est  mort  ,U.  de  Mésy  ou  M.  de  Frontenac. 

La  chronologie  est  l'épine  dorsale  de  l'histoire  ;  on  ne  sau- 
rait s'en  passer,  à  moins  que  l'on  ne  veuille  jamais  compren- 
dre les  événements  anciens.  Nos  journaux  commettent  fautes 
sur  fautes  du  moment  où  ils  parlent  d'histoire,  et  cela  est  dû 
uniquement  à  l'absence  de  chronologie  dans  les  études  des 
rédacteurs.  Notez  bien  que  trois  ou  quatre  soirées  de  travail 
sont  très  suffisantes  [mur  connaître  le  maniement  de  cette 
clef  mystérieuse  :  la  mémoire,  de  la  chronologie. 

L'ensemble  d'une  période  historique  en  dit  plus  à  notre 
intelligence  que  les  futiles  renseignements  dont  on  a  bourré 
tant  de  livres. 

On  parle  beaucoup  aujourd'hui  du  soulèvement  de  1837, 
mais  étudiez  aussi  les  luttes  parlementaires  ties  vingt  années 
qui  ont  précédé  ces  troubles.    11  y  a  li  une  page  admirable. 


158  — 


Avant  que  de  prendre  les  amies,  nos  pires  avaient  combattu 
par  la  parole  et  par  le  vote. 

Non  !  pas  de  détails  !  des  grandes  lignes  pour  le  lecteur 
ordinaire,  des  périodes  de  temps,  afin  que  nous  voyions  clair 
dans  le  passé.  L  epluehage  des  détails  appartient  aux  histo- 
riens ft  aux  écrivains  en  général. 

L'histoire  d'un  peuple  ou  d'un  pays  c'est  comme  l'histoire 
d'un  individu  :  vers  tel  temps,  il  taisait  telle  chose.  Et  c'est 
tout  ce  qu'il  im]x>rte  de  connaître. 

liKNJAMIN  SULTE 

Ult  tableau  tie  Lehitm.  (IV.  XII,  552.) — La  basi- 
lique de  Suinte- A  une  de  Pcanpré  possède  une  peinture  qui, 
ei  elle  était  offerte  en  vente,  ferait  accourir  bien  des  connais- 
seurs, ("est  un  tableau  peint  par  le  célèbre  Lebrun. et  repré- 
sentant sainte  Anne.  Xotre-  Daine  et  deux  pèlerins. 

Le  marquis  de  Tracy,  menacé  de  périr  dans  un  naufrage, 
fit  vœu.  si  sainte  Anne  le  sauvait  du  danger,  de  lui  faire  une 
généreuse  offrande. 

De  retour  en  France.  AL  île  Tracy  n'oublia  pas  son  vœu  et 
«nvoya  à  «Sainte-Anne  de  lk-aupré  cette  belle  peinture  qui  dût 
lui  coûter  un  joli  denier. 

Ceux  qui  n'ont  pas  l'avantage  d'aller  à  Sainte- Anne  de 
Beaupré  jxjuvent  voir  une  gravure  du  célèbre  tableau  dans  le 
beau  livre  récemment  publié  par  le  R  P.  Paul  Charland,  des 
Frères  Prêcheurs,  M<i<hime  Snho-tr  A» nr. 

P.  il.  II. 


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—  159  — 
QUESTIONS 

611 —  Prosper  Mérimée,  dans  une  lettre  dat'e  do  Paris  le  12 
octobre  1856  (Bévue  des  Peur- Mondes,  mars  1896),  écrit 
ce  qui  suit  :  "  Après  la  rébellion  de  1745,  les  chefs  monta- 
gnards d'Ecosse,  rudement  étrillés,  s'aperçurent  que  leur 
puissance  était  perdue.  Ils  no  pouvaient  plus  piller  les  gens 
des  Lowlands  et  mener  la  vie  des  petits  souverains  indépen-  * 
dants.  Un  homme  d'esprit  trouva  une  invention  que  tous 
imitèrent.  Ce  fut  de  se  débarrasser  de  leurs  clansmen  et  de 

les  remplacer  par  des  moutons.  Les  hommes  n'étaient  bons 
qu'à  se  battre  ;  les  femmes,  qui  sont  très  laides,  en  géné-  * 
ral,  n'étaient  bonnes  a  rien.  Les  moutons,  au  contraire,  rap- 
portent beaucoup  de  laine  et  les  côtelettes  en  sont  excel- 
lentes. On  expédia  les  hommes  au  Canada  ;  on  abattit  les 
huttes  de  ceux  qui  voulaient  rester  ;  bref,  on  les  obligea 
de  déguerpir." 

N'y  a-t-il  pas  erreur  ?  Comment  a-t-on  pu  envoyer  au 
Canada,  en  1745,  des  Ecossais,  alors  que  le  pays  était  sous 
la  domination  française  ?  J.-E.  R. 

612 —  M.  Bégon,  intendant  de  la  généralité  de  la  Rochelle, 
écrivait  de  Rochefort,  le  25  février  1694  : 

"  M.  Gaillard,  commissaire  de  lu  marine,  m'a  dit  que  la 
porcelaino  qui  nous  vient  du  Canada  et  les  calumets  de 
marbre  et  de  porphyre  quo  nous  croyons  estre  travaillés 
par  les  sauvages  leur  sont  portés  par  les  Anglais  qui  tirent 
la  porcelaino  de  Guynée  et  la  font  travailler  en  Angleterre 
où  se  font  aussi  les  calumets.  J'ay  bien  de  la  peine  à  croire  que 
cela  soit  vray,  mais  comme  vous  avés  beaucoup  de  connais  - 
sanoes  de  ces  sortes  de  cuiosités,  je  vous  prie  de  m'en  man- 
der votre  sentiment." 

Qu'y  a-t-il  de  vrai  là-dedans  ?  Rex 


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613— Mgr  Cooke,  évéque  des  Trois- Ri  vièrcs.  Privait  à  Mgr 
Plessis,  le  1er  octobre  1818,  alors  qu'il  était  missionnaire  à 
Caraquet  :  "  Suivant  le  nouveau  code,  l'ainé  de  la  famille 
doit  hériter  de  deux  part».  Les  Acadiens  n'entendent  point 
cela.  Peut  être  ont  ils  raison.  Qu'à  fuit  l'aîné  de  plus  que  les 
autres  pour  le  bien  général  de  la  famille  ?  Souvent  rien  du 
tout.  Et  la  loi  qui  permet  au  |>ère  de  donner  son  bien  &  qui 
bon  lui  soinble,  n'est -elle  pas  faite  exprès  pour  empêcher  les 
injustices  que  l'autre  pirait  autoriser  en  pareil  cas  ?  A  pré- 
sent, il  s'agit  de  savoir  si  un  père  peut  refuser  à  son  fils  aî- 
né cette  seconde  part,  et  si  son  fils  aîné  qui  n'a  pas  d'autre 
mérile  que  eelui  d'être  le  fils  aîné,  pei  t  en  exiger  deux 
parts  ?  " 

La  loi  de  primogeniture  a-t  elle  exisu'e  au  Canada  ? 

I.ku. 

n'14. — A  la  pa^'e  2.">7  du  troisième -volume  de  Y  I/istnire  <ht 
moiitisti  rt1  tir*  f'/sitfiiirs  i/ts  Trois-  ffir  ièrrs,  je  lis  :  '•  Hatiscau, 
riche  campagne  sitm'e  sur  le  fleuve,  tient  son  nom  d'un  chef 
sauvage  très  lié  avec  Champlain  '  C  est  la  première  fois  que 
je  vois  cette  explic  ation  donnée  à  l'origine  du  mot  Batiscan. 
Kst  ce  la  véritable  ?  Krv. 

olô—  \m  docteur  Kimbcr.  qui  fut  député  des  Trois-  Kivières 
et  se  distingua  pendant  l'insurrection  de  1S37-*5S.  était-il  d'o- 
rigine allemande  ou  canadienne  ?  Kn  1753.  je  vois  un  Jo.seph 
JcKimlK'11  à  Quélicc.  Le  I>r  Kimber  ne  se  m  it  il  pas  un  des- 
cendant de  ce  JcKimhcrt  ?  Cl  Rio. 

r»l(î. — A  quelles  sources  faut-il  aller  puiser  les  détails  bio- 
graphiques ou  autres  concernant  le  célèbre  juge  Vallières  de 
Saint- Kéal,  et  notamment,  où  serait-il  possible  de  trouver 
l'éloge  que  fit.  au  dire  de  Hi  baud,  de  cet  illustre  magistrat. 
Antoine  (iérin  Lajoie  ?  Canada. 

(il". —  I>'où  vient  le  nom  de  Ik'llt  chaxse.  et  quand  a  t  il  été 
donné  au  comté  «le  ce  nom  ?  C.  (i. 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  H I STORIQUES 

VOL.  5  JUIN  1S90  Xo.  6 


SAINT-JOSEPH  DE  LAXORAIE 

La  seigneurie  de  Lanoraie  fut  concédée  en  1(137  au  sieur 
Jean  Bourdon.  Son  inu/innitation,  Autruy.  fut  concédée  au 
même  seigneur,  en  1647.  En  lt>8S.  la  seigneurie  de  Lanoraie 
fut  cédé©  à  M.  do  La  Noraye. 

L'origine  de  la  paroisse  est  enveloppée  d  une  obscurité  im- 
pénétrable qui  résulte  de  ce  qu'à-  cette  époque  on  ne  8e  préoc- 
cupait nullement  de  laisser  des  archives.  Aussi  ne  peut-on 
même  préciser  à  quelle  date  Lanoraie  a  eusn  première  éffliee. 

La  deuxième  éeW  de  Lanoraie.  fut  construite  en  1744. 

La  troisième  éjrlW— l'éifli^  actuel'e— fut  construite  d'anrès 
les  plans  et  sous  la  direction  du  curé  Loranser.  La  première 
pierre  fut  bénite  le  13  août  1*62  par  MjrrFabre.  alor*  simple 
chanoine.  L  enlise  fut  livrée  nu  cu'te  le  26  octobre  1864 
alors  qii  e  le  fut  consacrée  nar  M.«?r  Ignace  Bourçet. 

V  oici  les  noms  des  missionnaires.  dessetvnnts  et  curés  qui 
se  eont  succédés  à  Lanoraie,  à  partir  de  1732  : 

MM.  J.-A  Mercier.  1732-1734  :  L.  Chevalier.  1734-1735  ; 
J.-B.  (  rosselm.  1730-1737  ;  P.-B.  Pesr-he.  1737-1742  ■  G  Tm- 
mère.  1742  1747  ;  B.  Pépin.  1747-1749  ;  X-F.  Youvîlle  de  la 

?^;?i:^e'4T4;)  n50  :  TW'in,  1750-1759  ;  .T.- A.  Gaillard, 
Ij.19-1  m1  :  B.  Pépin.  1771-1774  :  C.Fr.  Lemaire  de  St-Ger- 

Î5?,iîii  î"?  VT-.?-N-  Pou*H-  n70-17«5  :  C.  Perrault. 
A.  iÏAo  i  C-  J  Le,pbvr(l  TmchonquctJ 792-1 793  :  L.Larao- 
the  1793  -1,99  :  Ç.-A.  Boucher  de  laBroquerie.  1799-1804  ■ 
J.-D.  Laroso.  1804-7813:  J.  B.  Paquin,  1813-1816-  G -H 

SST3i«8Vî"J8??;  M-C-  *ezcan'  l«20-1828;P,Z.Ga!mon; 
l»-8-lW3  ;  J  -J.  Baiz.enne.  1813-1838;  A.-Braif».  1S38-1839  ; 

^  t  irn«.dte  S0'11^'-         ;  L.-M.  Quintal.  1840-1850  • 
M.-J.-M.  Balthazar.  1850-1852  :  J.-O.  Gi roux, 1852- 1859  •  C  - 
1859-1884  ;  J,X.  Lus*ier.  1884  :  F.-  CorWl, 

189  i  ;  F.  Mondor.  curé  actuel.  *  p, 


1 


—  164  — 

MÈRE  ESTHER  WHEELWRIGHT  DE 
L'ENFANT  JÉSUS (1) 

Dans  la  deuxième  édition  de  Les  Ursulines  de  Quibec,xo\. 
2,  p.  89,  sous  le  titre  suivant  :  Une  fille  d'Albion  devient  fille 
de  sainte  Ursule,  on  trouve  l'histoire  de  la  capture  et  de  la 
jeunesse  d'Esther  Wheelwright.  L'auteur  de  Glimpses  of  the 
Monastery  (histoire  abrégée  des  U routines  de  Québec),  dont 
la  seconde  édition  a  paru  en  1897,  consacre  deux  chapitres  à 
cette  remarquable  et  intéressante  figure.  La  même  année, 
i  Cambridge,  Mass.,  voyait  le  jour  une  collection  de  mono- 
graphies, sous  le  litre  True  stories  of  Nexc  England  Captives, 
dues  à  la  plume  érudite  et  élégante  de  mademoiscl  e  Alice-C. 
Baker.  Cet  ouvrage,  dédié  "aux  prêtres  et  aux  religieuses 
qui  donnèrent  aeile  et  protection  i  nos  captifs  au  Canada/' 
n'est  pas  néanmoins  exempt  d'appréciations  qui  sentent  le 
préjugé,  mais  ne  doivent  pas  étonner  chez  une  héritière  des 
traditions  puritaines  ot  anti-françaises  do  la  Nouvelle-Angle- 
terre. Tout  de  môme,  l'écrivain  se  rappelle  qu'elle  est  alliée 
par  le  sang  à  notre  illustre  évêque  Pleseis,  petit  fils  de  Martha 
French,  elle  aussi  une  captive  des  Abénaquis,  et  la  note  domi- 
nante de  son  travail,  comme  sa  dédicace,  est  une  note  d'ad- 
miration et  de  reconnaissance. 

M'inspirant  à  ces  sources  diverses,  je  veux  satisfaire  briè- 
vement la  légitime  curiosité  du  correspondant  Amer  des 
Recherclies  Historiques. 

Esther  Wheelwright  descendait  de  ces  puritains  d'Angle- 
terre qui,  pour  avoir  refusé  de  se  conformer  à  l'Eglise  "établie 
de  par  la  loi,"  émigrèrent  en  Amérique  durant  la  première 
partie  du  dix-septième  siècle.  Son  bisaïeul,  le  révérend  John 
Wheelwright,  débarqua  à  Boston,  le  26  mai  1636.  Bate 

(i)  V,  IV,  609. 


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—  165  — 

air 

mémorable  dans  les  annales  de  la  Nouvelle  Angleterre. 
L'Américain  ne  connaît  pas  de  titre  de  noblesse  supérieur 
à  celui  qui  le  rattache  i  la  lignée  dee  "  Pilgrim  Fathers." 
Aussi,  incalculable  est  le  nombre  de  ceux  qui,  sans  lettres 
patentes,  revendiquent  cette  illustre  origine.  Banni  de  Boston 
pour  avoir  enseigné  des  erreurs  contraires  aux  doctrines 
puritaines,  John  Wheelwright  fonda  successivement,  avec 
un  groupe  d'adhérente,  les  deux  villes  d' Exeter,  dans  le 
New-Hampshire,  et  de  Wells,  dans  le  Maine. 

C'est  à  Wells  qu'Esther,  fille  de  John  Wheelwright  (petit- 
fils  du  précédent),  et  de  Mary  Snell,  naquit  au  commence- 
ment de  lti9tf.  La  paix  qui  avait  suivi  le  traité  de  Byswick 
ayant  été  rompue,  la  France  et  l'Angleterre  se  trouvaient 
aux  prises  de  nouveau,  et  les  colonies  de  la  Nouvelle- Angle- 
terre eurent  à  souffrir  des  incursions  des  tribus  sauvages 
alliées  des  Français. 

La  fusillade  commença  sur  la  frontière  américaine,  le  10 
août  1703,  à  WellB,  qui  avait  victorieusement  repoussé  une 
attaque  précédente,  en  1692.  L'assaut  du  village,  commencé 
à  9  heUres  de  l'avant-midi,  se  termina  par  la  mort  ou  l'enlè- 
vement du  trente-neuf  de  ses  habitants.  Parmi  les  captifs  se 
trouvait  Eat  her,  alors  âgée  de  sept  ans. 

Deux  ans  plus  tard,  des  lettres  autographes  et  des  infor- 
mations fournies  par  le  captif  Samuel  Hill,  député  sur  parole 
à  Dudley,  gouverneur  de  Boston,  par  de  Vaudreuil,  pour 
négocier  l'échange  des  prisonniers,  rassurèrent  quoique»  uns 
des  habitants  de  Wells  sur  le  sort  de  leurs  parente  enlevés. 

Mais  d'Esther  Wheelwright,  pas  de  nouvelles.  Où  pouvait- 
elle  donc  se  trouver  ?  Dans  les  profondeurs  de  la  forêt,  vers 
les  sources  de  la  rivière  Kennebec.  Un  guerrier  abenaquis 
avait  emporté  la  captive  et  l'avait  adoptée  pour  son  enfant. 
Elle  devait  y  vivre  cinq  années  de  la  vie  sauvage.  C'est  vers 
la  fin  de  cette  période  que  le  père  jésuite  Bigot  la  découvrit 
durant  une  de  ses  missions.  A  son  visage  pâle,  à  ses  vète- 


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—  ICG  — 

ments,  ii  discerna  une  enfant  de  race  étrangère.  Il  lui  adresse 
la  parole  en  anglais.  L'enfant  ne  sait  répondre  :  elle  a 
oublié  la  langue  do  sa  mère.  T/O  sauvage  qui  l'a  adoptée 
révèle  au  missionnaire  l'origine  et  la  parenté  d'Esther.  "La 
rote  anglaise  penc  he  sur  sa  tige,  lui  dit  le  père,  la  vie  des 
bois  lui  est  trop  pénible.  Je  veux  la  transplanter  au  Canada, 
où  elle  croîtra  mieux  sous  les  so;n*  des  vierges  delà  prière." 
"  La  petite  fleur  blanche  ne  doit  pas  être  arrachée  du  sol, 
réplique  le  chef,  qu  elle  croisse  parmi  les  pins  de  la  forêt, 
pour  orner  un  jour  le  icii/watn  de  quelque  jeune  brave." 

A  chaque  visite  nouvelle,  le  jésuite  réitère  en  vain  ses 
instances  auprès  du  sauvage  obstiné.    Il  profite  de  ces  ren- 
contres pour  instruire  la  jeune  captive,  qui  bientôt  a  appris 
son  Credo  ot  les  éléments  du  catéchisme  en  français  aussi 
bu  n  qu'en  abénaquis. 

Le  père  Bigot  informe  le  marquis  do  Vaudreuil  de  sa 
découverte,  et  bientôt  la  bonne  nouvelle  e-t  communiquée  à 
la  famille  désolée. 

Après  cinq  années  de  séjour  dans  la  forêt.  Kslher.rachetée 

par  le  dévoué  missionnaire,  tst  conduite  à  Québec,  où  le  gou- 
verneur et  sa  femme  l'accueillent  avec  bonté  et  la  traitent 

.comme  leur  enfant. 

Madame  la  marquise  aj'ant  été  appelée  en  France  comme 

.sous  gouvernante  des  enfants  royaux,  elle  confia  Esther  aux 
soins  des  Ui>ulines.  La  fille  du  gouverneur,  Loui-e  do  Vau- 
dreuil. devait  être  sa  campagne  de  pensionnat.  C'est  le  18 
janvier  1709  que  les  deux  noms  fuient  inscrits  sur  les  regis- 
tres du  couvent. 

Bientôt  Esther  y  fit  sa  première  communion,    avec  uno 

ferveur  angélique."  Aimée  de  ses  maîtresses  et  heureuse 
dans  sa  nouvelle  fumil'e,  elle  aurait  voulu  s'y  fixer  irrévoca- 
blement dans  l'état  parfait,  maiH  le  marquis  de  Vaudreuil, 
,:  qui  s'était  engag-  à  la  rendre  à  ses  parents,  dit  l'Annaliste 
des  Ursulines.  ne  voulut  pas  consentir  à  n^s  projets  et  la 
rappela,  avec  sa  Hlle  Louise,  au  château.'' 


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Les  doux  années  qu'Esther  vécut  danB  le  monde  furent 
pour  elle  des  années  d'ennui.  A  cette  époque,  on  négociait 
* 'échange  des  prisonnitrs  entre  la  Nouvelle-France  et  la 
Nouvelle- Angleterre.  La  jeune  captive  accompagna  à  Mont- 
tréal  le  marquis,  son  père  adopt  il',  dans  un  voyage  qu'il  y  fit 
en  vue  des  négociations  entre  les  deux  pays.  A  Trois-Ki  vières, 
elle  logea  chez  les  Ursulines,  et  à  Montréal,  à  l'Hôtel- Dieu. 
Le  3  octobre  1711,  dans  cette  dernière  ville,  elle  fut  marraine 
de  Dorothée  de  Noyon,  tille  d' Abigail  Stebbins,  une  captive 
de  Deertield,  Mbss.  Le  parrain  fut  Nicolas,  fils  de  Charles 
LeMoync,  baron  de  Longueuil. 

Le  gouverneur,  cédant  enfin  aux  instances  de  Mlle  Wheel- 
wright, lui  permit  de  retourner  auprès  de  ses  mères  Ursu- 
lines. Elle  devait  bientôt  y  réaliser  son  vœu  le  plus  ardent  : 
assurer  la  conservation  de  sa  loi  et  le  salut  de  son  âme,  en 
embrassant  la  vie  religieuse.  Le  21  octobre  1712,fête  de  sainte 
Ursule,  patronne  de  l'Ordre,  elle  commença  son  noviciat,  et 
le  3  janvier  suivant,  elle  prenait  le  voile  blane. 

La  joie  du  pèro  Bigot,  en  voyant  su  protégée  revêtue  des 
livrées  de  l'épouse  Uu  Christ,  ne  connut  pu*  de  bornes.  Il 
prêcha  un  sermon  des  plus  pathétiques  sur  .  cette  parole  du 
f&almistv  :  14  Ta  main  me  conduira  et  ta  droite  me  soutien- 
dra." Il  comparu  a  l'élévation  d'K*thor  épousant  Assuérus 
ses  fiançailles  avec  le  Roi  des  rois.  Il  rappela  en  termes  émus 
les  souvenirs  de  sa  captivité  et  de  son  séjour  parmi  les  enfants 
de  la  forêt,  il  la  félicita  do  ce  que,  parveuue  à  l'âge  requis, 
elle  était  protégée  par  la  loi  contre  toute  opposition  à  sa. 
vocation. 

Profitant  des  négociations  entamées  pour  l'échange  des 
prisonniers,  les  parents  d'Esther  lui  adressèrent  à  cette  épo- 
que  des  lettres  pressantes  pour  l'engager  à  ret  junur  auprès 
d'eux.  C'est  la  première  foU  que  l'histoire  mentionna  pareille 
correspondance.  La  grâce  parla  plus  fort  que  la  nature  au 
cœur  do  la  novice.  Elle  persista  dan*  aa  vocation.  Pour  pré- 


—  168  — 

venir  toute  nouvelle  tentative,  on  crut  Ion  d'abréger  quel- 
que peu  le  termo  (Je  son  noviciat,  et  on  fixa  au  12  avril  1714, 
le  jour  de  sa  profession  religieuss. 

Le  marquis  de  Vaudreuil.  avec  une  suite  brillante,  et  l'élite 
de  Québec,  assista  à  la  touchante  cérémonie.  La  nouvelle 
professe,  "  bous  l'autorité  et  en  présence  de  l'évêque,  voua  et 
promit  à  Dieu  pauvreté,  chasteté,  nb/dien'e.  et  de  s'employer 
à  l'instruction  des  petites  filles,  selon  la  règle  de  notre  bien* 
heureux  père  ssint  Auguslin."  La  supérieure  la  revêtit  du 
manteau  de  chœur  et  du  voile  noir  de  sainte  Ursule,  et  la 
jeune»  captive  anglaise,  aloplant  définitivement  le  nom  de 
soeur  Rather  Marie  Joseph  de  l'Entait  Jésus,  dit  un  éternel 
adieu  à  sa  famille  et  au  monde. 

Deux  autre*  captives.  Mary  Anne  Davi»,  née  à  Salem, 
Maso.,  délivrée  par  le  p^rs  Ras  e,  et  Dorothea  geryan  (ou 
Gordan).  rachetée  par  le  père  Aubéry,  suivirent  biontôt 
l'exempîe  d'Ksthor  Whee'wright,  et  firent  profession  chez 
!e#  Uranlines  de  Québec.  Nous  les  retrouvons  lotîtes  trois, 
ce  1739,  à  la  célébration  du  premier  centenaire  de  farivée 
delà  v^nérablo  Mère  Marie  de  l'Incarnation.  Mère  Wheel- 
wright de  1  Enfant  Jésus  était  alors  professe  depuis  vingt- 
c  nq  ans. 

D'apr.'s  l'iiis'orien  de  la  ville  de  Wells,  Esther  «  crivit  à  son 
père,  lui  ma  ni  fx1  an  t  son  int**n'ion  de  rester  au  Canada. 
Celui-»  i.  ignorant  ea^*  doute  la  n  tture  irrévocable  des  vœux 
*de  re'.igion  et  espérant  tou'our*  qu'elle  reviendrait,  lui  légua, 
à  la  seule  condition  de  ho<i  retour  au  paranatal,  la  cinquième 
p  âlie  de  ses  1  bus.  Le  capitaine  John  Whoclwright  mourut 
le  13  aofit  1745. 

Sa  fomm?,  qui  l«i  survécut  -le  dix  mis,  ava  t  confirmé  les 
dispositions  de  son  testa  tuent. 

Kn  janvier  17Ô4,  un  jeune  g*  n'.ilnomme  de  Boston,  le 
major  NathunL'l  WUe.*Kvright,  frappa  à  la  porte  du  mouas- 
Aèr.\   Il  ee  fit  annoncer  comme  neveu  de  la  mère  E*ther  de 


uig 


—  169  — 

l'Enfant  Jésus  et  demanda  à  voir  sa  bicn-aimce  tante,  per- 
mission qui  lui  fut  gracieusement  accordée. 

L'entrevue  fut  des  plus  cordiales,  si  l'on  en  juge  par  los 
présents  que  fit  le  neveu  avant  ton  départ,  A  su  tante,  il 
donna  le  portrait  de  sa  mère  en  miniature  et  richement 
encadré,  et  à  la  communauté,  une  toupe  et  un  couvert  en 
argent,  y  compris  du  linge  tin.  Ces  précieux  souvenirs  sont 
gardés  avec  soin  dans  le  monastère.  Le  portrait  de  Mme 
Wheelwright,  îetouché  par  une  main  pieuae,  (ne  serait-ce 
pas  celle  d'Esther  obéissant  à  un  vœu  final  ?)  a  été  converti 
en  madone.  Ces  transformations  ne  sont  pas  inconnues  dans 
l'Eglise  qui  a  changé  en  temples  du  vrai  Dieu  les  palais  des 
patriciens  romains,  sans  parler  d'autres  pieuses  métamor- 
phoses. 

*** 

Mais  le  glas  de  la  Nouvelle-France  va  bientôt  sonner.  Le 
siègo  de  Québec  commence  le  12  juillet  1751».  La  canonna- 
de força  les  Ursulines  de  quitter  le  monastère  pour  aller 
se  réfugier  avec  les  religieuses  de  l'Hôtel-Dieu  à  l'Hôpital- 
Général,  hors  de  la  portée  des  projectiles  de  l'ennemi.  Huit 
religieuses  restèrent  au  couvent  pour  en  être  les  gardiennes. 
H  est  plus  que  probable  que  la  Mère  Wheelwright,  héri- 
tière du  courage  de  ses  belliqueux  ancêtres,  fut  du  nombre 
des  privilégiées. 

Quand  Moutcalm,  succombant  à  ses  blessures  au  lende- 
main de  la  bataille  des  plaines  d'Abraham,  fut  enterré  à  9 
heures  du  soir,  dana  la  crypte  de  la  chapelle,  Esther  Wheel- 
wright avec  ses  compagnes,prièrent,  avec  les  prêtres  présents 
pour  le  repos  éternel  du  vaillant  guerrier.  Leur  âme  était 
triste,  car  il  leur  semblait,  dit  l'Annaliste  "  qu'où  vonait 
d'ensevelir  le  dernier  espoir  de  la  colonie." 

Le  8  septembre  170*0,tut  signée  la  capitulation  de  Montréal 
garantissant  aux  catholiques  le  libre  exercice  de  leur  culte, 
et  aux  communautés  de  femmes  le  muiutien  de  leur  consti- 
tution et  privilèges. 


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I 


—  170  — 

Le  15  décembre  suivant,  la  Mère  de  l'Enfant  Jésus  ftit 
élue  supérieure.  Coïncidence  remarquable  :  à  l'époque  où 
le  Canada  passait  sous  le  drapeau  britannique,  le  monastère 
de  Marie  de  l'Incarnation  élisait  pour  la  première  fois  une 
supérieure  d'origine  anglaise.  Co  fait  ne  s'est  pas  répété  dans 
l'hihtoire  du  couvent.  Pourtant  l'âme  d'Est  her  Wheelwright 
était  devenue  aussi  française  que  catholique.  Ecrivant  en 
17(51  à  la  communauté  de  Paris,  de  lob.'dience  de  laquelle 
relevaient  les  VrMilines  de  Québec,  la  supérieure  anglaise 
disait  :  "  On  vient  de  nous  annoncer  que  la  paix  a  été  con- 
clue et  que  ce  pauvre  pays  est  rendu  à  la  France  ;  j'espère 
que  cette  nouvelle  est  vraie." 

Cette  même  année,  la  deuxième  de  son  terme  d'office,  un 
de  ses  neveux,  Joshua  Moody,  fil*  de  Mar}-  Wheelwright, 
vint  la  visiter.  Une  des  petites  nièces  de  cette  même  soeur 
avait  été  nommée  Esther  en  souvenir  de  sa  grand'-tante  : 
La  supérieure,  par  l'entremise  de  Joshua,  envoya  des 
cadeaux  à  sa  petite-nièce,  et  exprima  le  désir  do  l'avoir  au 
couvent  pour  surveiller  son  éducation.  Ce  désir  ne  fut  pas 
réalisé.  Entre  autres  présents  qu'elle  envoya  à  sa  famille,  se 
trouvait  son  portrait  peint  à  l'huile.  Cet  original  unique,  qui 
n'a  jamais  été  copié,  et  qui  jusqu'à  c»s  dernières  années,était 
totalement  inconnu  au  "  vieux  monastère."  est  encore  pré- 
cieusement conservé  dans  la  famille  Wheelwright,  à  Boston, 
où  l'on  a  également  perpétué  de  génération  en  génération  le 
nom  d'Ksther  en  souvenir  de  la  captive. 

Mère  Wheelwright. figée  de  soixante-trois  ans  à  l'époque  de 
son  élection,  allait  bientôt  célébrer  le  cinquantième  anniver- 
saire de  sex  épousailles  mystiques  avec  Jésus.  Il  y  eut  grande 
liesse  au  Monastère  et  dans  la  chapelle  aux  premiers  jours 
d'avril  17<>4.  La  cérémonie  se  termina  par  un  Te  Deum 
chanté  aux  accords  de  la  flute  et  du  violon,  et  le  soir,  tam- 
bours et  fifres  firent  à  la  jubilaire  une  sérénade  toute 
militaire.  N'était  ce  pas  l'accompagnement  ohlùjatoùe  la  fllte 


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> 


—  in  — 

d'une  héroïne  qui  avait  respiré  encore  jeune  la  fumée  ries 
combats,  et  qui  avait  su  résister  à  dos  ennemis  de  plus  d'une 
espèce  pour  tenir  haut  et  ferme  le  drapeau  de  la  vocation  à 
la  foi  et  à  la  perfection  ? 

La  jubilaire  devait  passer  encore  près  d'uno  vingtaine 
d'années  dans  la  fidélité  à  ses  vœux  do  profession  et  l'obser- 
vance exacte  de  la  régie  monastique.  Elle  y  brilla  constam- 
ment par  la  pratique  des  vertus  de  son  état.  Elle  sut  com- 
mander comme  elle  avait  su  obéir.  Femme  forte,  ello  mon*- 
tra  une  constance  inébranlable  dans  les  rudes  et  émouvantes 
phases  de  notre  histoire  nationale,  dont  le  contrecoup  se  ré- 
pétait si  fortement  dans  le  cloître.  Institutrice  habile  et 
expérimentée,  elle  sut  adapter  l'instruction  aux  oxigeanecs 
imposées  par  la  transition  du  pays  à  sa  nouvelle  allégeance. 
Distinguée  de  manières,  ello  sut  conquérir  l'affection  de  ses 
sœurs  et  de  ses  élèves,  l'estime  des  vainqueurs  du  pays. 

En  17U6,  no  pouvant  être  réélue  supérieure  pour  un  troi- 
sième terme,  ello  fut  relevée  de  sa  charge,  mais  pour 
la  reprendre  aux  élections  de  1701).  Elle  avait  alors  soixante 
douze  ans.  mais  son  esprit  et  son  cœur  n  avaieut  pas  vieilli. 

Une  indisposition  prolongée  tit  craindre  qu'elle  ne  vivrait 
pas  jusqu'aux  élections  suivantes.  .Mais  cette  crainte  ne  fut 
pas  réalisée.  Le  15  décembre  1772,  on  lui  donna,  pour  la 
soulager,  la  charge  d'assistunte-supérieure,  et  six  ans  plus 
tard,  elle  fut  nommée  zélatrice. 

Mais  le  terme  de  son  lung  pèlerinage  arrivait  eu  fin.  Le  26 
octobre  1780,  Esther  Wheelwright  expirait  à  l'âge  de  qua- 
tre-vingt quatre  ans  et  huit  mois.  "Ello  mourut,  dit  l'Anna- 
liste du  monastère,  comme  elle  avait  vécu,  adressant  au  ciel 
de  continuelles  aspirations  et  répétant  incessamment  quel- 
ques versets  des  Psaumes." 

"  Ses  ancêtres,  étaient  nobles,  continuent  les  aunales,  mais 
son  cœur  plus  noble  encore,  et  le  souvenir  de  ses  vertus  sera 
toujours  cher  à  cette  maison." 


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—  172—  * 

Les  armoiries  dea  Wheelwright  portent  :  hermine  à  la 
fasce  d'or  chargé  de  trois  disques  azur,  trois  têtes  de  loup  au 
naturel  en  chef  et  en  pointe. 

Esther  .qui  dessinait  à  la  perfection,  avait  envoyé  à  sa  mère 
par  son  neveu  Joshua  Moody  l'écusson  de  la  famille  peint  sur 
soie.  Ces  armoiries  se  voient  encore  gravées  sur  la  cuillère 
et  la  fourchette  d'argent  que  le  major  Nathaniel  Wheel* 
wright  donna  à  la  communauté  en  1754. 

Je  ne  puis  mieux  terminer  cette  trop  longue  notice  qu'en 
citant  la  dernière  pensée  de  la  conelufion  de  mademoiselle 
Jîaker  :  "  Tuispe  cette  histoire,  dit  en  substance  l'écrivain 
de  Cambridgo,  êtro  lue  à  quelque  heure  de  loisir  aux  novi- 
ces par  la  mère  zélatrice,  qui,  admise  il  y  a*  cinquante  ans 
dans  la  communauté,  y  trouva  une  religieuse  (1)  qui  avait 
dans  son  enfanco  ass:flté  avec  son  père  aux  funérailles 
de  Montcalm  et  vécu  plus  tard  dans  le  cloître  durant  les 
sept  dernières  années  do  la  vie  d'Esthor  Wheelwright." 

Cette  pensée  révèle  admirablement  la  continuité  et  la  fidé- 
lité des  traditions  monastiques. 

Le  "  vieux  monastère  "  de  Québec,  à  pariir  de  la  premiè- 
re fondation  en  1(539,  comptait  en  1889  cinq  périodes  de 
cinquante  années  chacune,  en  tout  250  ans.  Or,  dans  chacu- 
ne de  ces  périodes,  il  y  a  eu  des  religieuses  jubilaires  qui  ont 
connu  celles  des  périodes  précédentes.  Il  suffit  donc  de  cinq 
générations  de  jubilaires  pour  former  la  chaîne  de  la  tradi- 
tion orale  depuis  l'arrivée  de  la  vénérable  Marie  Guyard  de 
l'Incarnation  jusqu'aux  temps  actuels,  depuis  le  chevalier" 
de  Montmagny  jusqu'à  lord  Stanley ,à  travors  toutes  les  pha- 
ses si  tourmentées,  si  glorieuses,  si  variées  de  l'histoire  du 
Canada.  N'est-ce  pas  que  la  tradition  même  orale  est  une 
source  sure  et  authentique  de  vérité  historique  ? 

L'abbé  L.  St-G.  Lindsay 

0)  Mère  Du W  de  Saint -Ignace  qui  mourut  en  1839  a  l'âge  de  quatre» 
vingt -huit  ans. 


t  l 


JACAU  DE  FIEDMOND  (1) 

Le  hasard — ce  grand  maître — nous  a,  tout  récemment,fait 
rencontrer  un  document  qui  jette  quelque  lumière  sur  la 
destinée  ultérieure  d'un  des  héros  qui  luttèrent  vainement 
avec  Montcalm  }x>ur  essayer  de  conserver  à  la  France  une 
colonie  qu'on  abandonnait. 

Redmond,  dont  grâce  à  sa  valeur  seule,  le  Canada  a  con- 
servé pieusement  la  mémoire  fut,  comme  son  chef  de  l'Ile 
Royale,  M.  Le  Courtois  de  Surlaville,  un  simple  officier  de 
fortune  que  ses  talents  militaires  firent  parvenir  au  grade 
d'officier  général. 

C'est  grâce  à  cette  qualité,  que  le  juge  d'arme  de  France 
lui  délivra  en  178»>  lo  brevet  d'armoiries  qui  fait  l'objet  de 
cette  notice  et  dont  noua  avons  retrouvé  la  minute  au  dépar- 
tement des  mamwrhs  delà  Bibliothèque  Nationale  (nouveau 
d'Hozier,  volume  192).  Indépendamment  de  l'orthographe 
exacte  du  nom  de  Fiedmond,  ce  document  indique  les  diffé- 
rentes étapes  de  sa  carrière  militaire  depuis  la  perte  du  Cana- 
da et  prouve,  une  fois  de  plus,  que,  si  les  officiers  de  fortune 
valaient  ceux  de  nnissance,  ils  pouvaient,  tout  comme  les 
seconds,  bien  qu'avec  plus  de  difficulté,  gravir  tous  les  éche- 
lons de  la  hiérarchie  militaire. 

M.  de  Fiedmond  figure,  pour  la  dernière  fois,  comme  ma- 
réchal «le  camp,  sur  l'almanach  royal  de  1792.  Il  est  proba- 
ble qu'il  émigra,  mais  11  s'arrêtent  les  renseignements  que 
nous  avons  pu  recueillir  sur  son  compte. 

G.  du  Boscq  he  Beaumont 

(i)  Québec,  27  avril,  1899. 

M.  J. -Edmond  Roy,  Lévis. 

Mon  cher  Monsieur, 

Je  vous  transmets  en  même  temps  que  ces  quelques  lignes  une  pièce  iné- 
dile sur  M.  de  Fiedmond,  le  célèbre  officier  qui  a  immortalisé  son  nom  lors 
du  siège  de  Qiiéïwc  en  1759.  Cette  pièce  m'a  été  lemise  cet  hiver  à  Paris 
par  M.  de  Beaumont,  un  amateur  d'antiquités  qui  vous  est  connu.  Te  crois 
que  vous  aimerez  à  la  publier  dans  le  Bulletin  des  Recherches  Historiques. 

Bien  à  vous,  IÏ.-R.  Cascrain,  Ptre. 


—  174  — 

Antoine-Mai  ie  <1  Hozier  de  Sérigny,  chevalier,  juge  d'ar- 
mes de  la  noblesse  de  France,  chevalier  grand  croix  hom>- 

raire  de  l'ordre  royal  d»s  .Saint»  Maurice  et  Lazare  de  Sar- 
daigne. 

Sur  la  requisition  qui  nous  a  t té  faite  par  Louis-Thomas 
Jacau  de  Fiedrnond.  écujer.  maréchal  des  <amj  s  et  armées 
du  roi.  ancien  gouverneur  de  Cayenne  et  delà  Guyane  Fran- 
çaise, do  lui  régler  des  armoiries  timbrées. 

Vu  en  original  le  brevet  de  maréchal  de  camp  donné  par 
le  roy  à  Versailles  le  1er  murs  17*0,  au  du  Louis-Thomas 
Jacau  de  Fiedrnond.  brigadier  d  infanterie.signé  Louis  et  plus 
bas  le  Pce  de  Jîonfhaci/,  nous,  en  vertu  «lu  pouvoir  à  nous 
attribué  par  l'arrêt  du  conseil  du  i)  de  mars  170b'.  en  notre 
qualité  de  Juge  d'armes  <U>  la  noblesse  de  France  qui  nous 
donne  lins  peut  ion  et  ordonnance  sur  le  port  des  armoiries, 
avons  réglé  pour  armes  au  dit  Louis-Thomas  Jacau  de  Fied- 
rnond un  éeu  d'argent  à  une  étoile  d'azur  naissante  du  chef, 
coupé  de  sinople,  et  sur  le  tout,  un  serpent  lové,  c'est-à-dire 
entortillé,  de  l'un  dans  l'autre  :  le  dit  écu  casque  de  profil 

orné  de  ses  lambrequins  d'azur,  d'argent  et  de  sinople. 

Supports  :  deux  chiens  u  argent  aunt  celui  de  gauche  est 
couenc  ! 

Et  atin  que  le  présent  brevet  dérèglement  d'armoiries,  que 
'  nous  avons  compris  dans  nos  registres  puisse  lui  servir  et  à 
ses  entants  et  postérité,  maie  et  l'emehe.  nés  et  à  naître  en 
légitime  mariage,  tant  qu'ils  vivront  noblement  et  ne  feront 
aucun  acte  de  derogearice,  nous  l'avons  signé  et  fait  contre- 
signé par  notre  secrétaire  qui  y  a  apposé  le  sceau  de  nos 
armes. 

A  Paris  le  mercredi  cinquième  jour  du  mois  d'avril  de  l  'an 
mil  bept  cent  quatre  vingt  six. 

(Signé),  d'Hozikrde  Sékiusy 

Pour  minute. 

Au  dos  de  cette  minute  se  trouve  un  dossier  des  armoiries 
et  leur  explication,  le  tout  de  l'écriture  de  M.  de  Fiedrnond 
qui  paraît  les  avoir  composées  lui-même.  D  1  lozier,  avec  ses 
souvenirs  de  la  Guyane,  a  oublié  de  lui  donner  dans  le  brevet 
sa  qualité  de  chevalier  de  Saiut-Louis.  G.-li.  B. 


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JOSEPH -FRANÇOIS  PERRAULT 

José  ph -"François  Perrault,  protonotaire  et  greffier  de  la 

Cour  du  Ranc  du  Roi,  décédé  a  Québec  en  1844,  à  l'fige  de 

quatre-vingt-onze  ans,  avait  été  élevé  suivant  les  anciens 

usages  de  l'urbanité  française,  et  il  tenait  à  les  observer  et 

à  les  voir  se  continuer. 

Un  officier,  au  jour  de  l'an,  sans  descendre  de  voiture, 

envoie  porter  sa  carte  par  son  domestique  qui  la  laisse  à  la 

porte  de  M.  Perrault.  En  la  recevant,  celui-ci  fait  aussitôt 

rappeler  le  domestique  et  lui  remet  une  autre  carte,  en  lui 

disant  de  la  donner  à  son  maître  :     et  dites  lui,  do  ma  part," 

ajouta-t-il,  "  que  nous  sommes  quittes  maintenant." 

Néanmoins,  cet  usage  a  prévalu  depuis,  a  cause  de  l'ex- 
tention  des  relations  sociales  ;  mais  n'avait  il  pas  raison  de 
s'opposer  :\  une  innovation  qui  tend  ù  abolir  une  bonne 
coutume  de  nos  aïeux,  dont  ils  appréciaient  toute  la  convc* 
nance  et  les  bons  effets. 

Citons  un  autre  trait  du  môme  genre. 

lTn  jour  M.  X.,  avocat  anglais,  entre,  le  chapeau  sur  la 
.  tête,  dans  le  bureau  du  greffier  pour  le  consuhor.  Tl  voulait 
savoir  la  signification  du  terme  légal  donner  du  découvert  à 
son  c.»'*in.  T^e  greffier,  sans  se  déranger,  ni  le  regarder, 
lui  répond  :  "  Monsieur,  il  y  a  deux  espèces  de  découvert  t 
le  premier,  que  vous  devez  apprendre,  c'eit  celui  d'un  gen- 
tilhomme qui  so  découvre  en  s' adressant  à  un  autre."  Ainsi 
apostrophé,  l'interlocuteur  dut  s'exécuter  et  reçut  ensuite 
l'interprétation  qu'il  cherchait  sur  le  sens  de  donner  du 
découcert  à  son  voisin.  Il  n'oublia  plus,  dit-on,  ni  l'une  ni 
l'autre. 


—  176  — 

Un  autre  avocat,  M.  V.,  avait  pria  la  façon  do  déposer 
Bon  bonnet  de  fourrure  sur  le  bureau  du  greffier,  et  la  neige 
qu'il  eraportuit  mouillait  et  gâtait  ses  papiers.  Voulant  y 
mettre  nn,  M.  Perrault,  un  jour,  prend  le  bonnet  et  va  le 
déposer  plus  loin,  en  disant  à  M.  V.  :  "  Voici  plusieurs  fois 
que  je  vous  prie  de  ne  pas  mettre  votre  casque  sur  mon 
bureau  ;  vous  mouillez  mes  papiers  ;  si  cela  vous  arrive 
encore,  je  le  jette  dans  le  poêle  ;  gare  à  vous.  "  Peu  de  jours 
après,  voici  encore  le  beau  casque  de  martre  sur  lo  même 
bureau.  Sans  dire  mot,  M.  Perrault  so  lève,  ouvro  la  porte 
du  poêle,  le  jette  dedaus  et  ferme  la  porte  au  grand  ébahis- 
Bernent  de  l'avocat  ;  puis  vient  se  rasseoir  tranquillement, 
comme  si  rien  n'était. 

On  pourrait  citer  une  foule  d'anecdotes,  de  traits  et  de 

bons  mou  de  M.  Perrault  que  ses  contemporains  se  plai- 
saient à  raconter  et  qui  s'envolent  ou  se  sont  envolés  avec  le 
temps. 

Une  de  ses  dernières  réponses  montre  le  sans-gêne  et  le 
ton  d'esprit  goguenard  dont  il  usait  au  besoin.  Sur  les  der- 
nières années  de  sa  longue  vie  on  essaya  plusieurs  fois  de 
l'engagor  à  se  démettre  de  sa  charge,ear  il  y  avait  bien  des 
aspirants  aux  aguetB  de  son  emploi,  et  les  plus  ambitieux 
se  morfondaient  dans  l'attente  si  longuement  prolongée. 
Comme  il  avait  conservé  toutes  so9  facultés,  il  faisait  la 
sourde  oreille.  Un  jour  qu'un  émissaire  importun  insistait 
davantage  dans  ce  but,  il  l'éconduisit  par  cette  repartie  : 

"  Dites  à  ceux  qui  vous  envoient  que  mon  dernier  p..  sera 
un  p..  de  greffier."  Telle  fut  sa  réponso  pour  s'en  débarras* 
Ber  une  fois  pour  toutes. 

P.-B.  Casoraiç» 


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—  177  — 


RÉPONSES 

4 

Lacroix-  plantée  par  Cartier  sur  la  côte  de 
Gaspé.  (Il,  IV,  173.)— Kn  1534,1a  petite  flotte  de  Jacques 
Cartier  était  mouillée  à  l'entrée  de  la  baie  de  Gaspé  lors- 
qu'une furieu-e  tempêto  s'éleva.  Le  vent  souffla  avec  une 
telle  violence  qu'un  des  navires  perdit  une  ancre. 

"  Pour  ce,  nous  dit  le  capitaine  malouin,  nous  fut  besoin 
passer  plus  outre  en  ce  fleuve  quelque  sept  ou  huit  lieuës 
pour  gagner  un  bon  port  où  il  y  eut  Ion  fond,  lequel  nous 
avions  été  découvrir  avec  nos  barques,  et  pour  le  mauvais 
temps»,  tempête  et  obscurité  qu'il  fit  demeurâmes  en  ce  port 
jusques  au  XXV  sans  pouvoir  sortir."  {Discours  du  voyage). 

Ce  bon  port  où  les  Français  trouvèrent  un  abii  contre  les 
fureurs  de  la  tempête  c'est  la  baie  de  Pénouïl, 

Cartier  vit  dans  cette  buiedeux  à  trois  cents  sauvages  occu- 
pés à  pécher  des  tombes  (maquereaux).  Il  leur  donna  des 
couteaux,  do*  cha]>elets  de  verre,  des  peignes  et  U 'autres  objets 
de  peu  de  valeur.  "  11  ne  se  peut  trouver  gt-nt  plus  pauvre 
au  monde,  dit-il.  tous  ensemble  n'eussent  pu  avoir  la  valeur 
de  cinq  sols  excepté  leurs  barques  et  rets." 

Avant  de  quitter  la  baie  de  Pénouïl,  Cartier  planta  une 
croix  sur  la  pointe  de  sable  qui  en  ferme  l'entrée  : 

"  Le  XXUIJ  du  mois,  écrit  il,  tismes  faire  une  croix  haute 
de  ttente  pieds,  et  fut  faite  en  la  présence  de  plusieurs  d'iceux 
sur  la  pointe  de  rentrée  do  ce  port,  aux  milieu  de  laquelle 
mismes  un  éeusson  relevé  au  trois  fleurs-dc  lys,  et  dessus 
était  écrit  en  grosses  lettres  entaillées  dans  du  bois,  Vive  le 
roi  de  France.  En  après  la  plantâmes  en  leur  presence  sur  la 
pointe,  et  la  regardaient  fort,  tant  lorsqu'on  la  faisait  que 
quand  on  la  plantait.  Kt  l'ayant  levée  en  haut,  nous  nous 
agenouillions  tous  ayant  les  mains  jointe*,  l'adorant  à  leur 
vue,  et  leur  faisions  signe  regardant  et  montrant  le  ciel,  que 
dicelle  dépendait  notre  rédemption  de  laquelle  chose,  ils 


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—  178  — 


s'émerveillèrent  beaucoup,  se  tournant  entr'eux,  puis  regar- 
dant cette  croix." 

Cette   prist'  de  pospej-s'on  ne  plut  guère  aux  sauvages. 
Loisque  Cartier  et  tes  compagnons  furent  retournas  à  leurs 
navires,  le  chef,  accompagné  de  ses  trois  fils,  et  de  son  frère 
vint  protester  contre  l'occupation  de  son  territoire.  Vêtu 
d'une  vieille  peau  d'ours  noir,  de  son  canot  il  lit  une  haran- 
gue aux  marins  montrant  du  doigt  la  croix  et  le  territoire 
environnant  comme  s'il  eut  voulu  dire  qu'il  lui  appartenait 
et  que  la  croix  ne  devait  pas  être  plantée  nans  sa  permission. 
Par  un  stratagème  des  Français  il  fut  embarqué  dans  un  de 
leurs  navires.  Cartier  essaya  alors  de  lui  faire  comprendre 
que  la  croix  avait  été  plantée  ;-  pour  donner  quelque  marque 
et  cognoiseance  pour  pouvoir  entrer  en  ce  port."  Puis  il  lui 
fit  comprendre  qu'il  désirait  mener  en  Franco  deux  de  ses  fils. 
Pour  les  engager  à  faire  ce  voyage,  on  revêtit  chacun  d'eux 
d'une  chemise  et  d'un  f-ayon  «le  couleur  ;  on  leur  mit  sur  la 
tête  une  toque  rouge  et  on  leur  j  assa  au  cou  une  chaîne  de 
laiton.  Les  deux  jeunes  garçons  sati>faits  de  leur  accoutre- 
ment consentirent  à  suivre  les  Français.  Le  lendemain  les 
navires  de  Cartier  sortaient  de  la  haie  de  Pénouil. 


L'Ordre  du  Jtoit -Tempt*.  (IV.  Y.  456/)— Transpor- 
tons-nous a  Port-Poyal.  en  Acadie.  durant  l'hiver  de  1G06  à 
lo'OT.  Depuis  bientôt  trois  ans,  un  groupe  de  hardis  Fran- 
çais travaille  à  fonder  un  établissement  dans  ce  coin  de  l'A- 
mérique Septentrionale.  En  1604,  Pierre  du  Gua,  sieur  do 
MontP,  gouverneur  de  Pont,  nommé  lieutenant  du  roi.  a  orga- 
nisé une  expédition  pour  l'Aeadîc.  Accompagné  de  Pontgravé, 
de  Chainplain  et  de  Poutrineourt  il  a  contourné  la  péninsule 
acadienne,  a  pénétré  dans  uno  ba»e  magnifique  qu'il  a  appelé 
la  lîaie  Française,  découvert  la  Ba;e  de  Port  Royal,  ainsi 
nommée  par  Champlain.  et  jeté  les  premiers  fondements  d'un 
établissement  sur  l'île  Sa'nte-Croix,  à  l'ouest  de  la  Baie 


R. 


Française.  Après  un  premier  hivernement  en  cet  endroit 
(1604-ltî05),  do  Monts  a  transféré  l'établissement  à  Port- 
lioyal  ;  puis  il  est  retourné  en  France,  où  Poutrincourt  l'a- 
vait précédé  dès  l'automne  de  Hi04.  Pontgravé  et  Champlain 
Bout  restés  à  la  tête  de  la  petite  colonie,  y  ont  hiverné  (lo'05- 
160G)  ;  et,  au  moment  de  retourner  en  France,  faute  do 
secours,  au  commencement  de  l'été  de  1(J05,  ilH  ont  vu  arriver 
avec  joie  un  vaisseau  bien  équipé,  commandé  par  l'outrin- 
court, qui  e»t  accompagné  d'un  avocat  parisien  nommé  Marc 
Lescarbot.  Alors  Pontgravé  soul  s  est  embarqué  pour  la  mère- 
patrie.  Champlain  e»t  demeuré  en  Acadie  avec  Lescarbot  et 
Poutrincourt.  En  compagnie  de  ce  dernier,  il  a  exploré  la 
côte  américaine  vers  le  sud,  jusqu'au  delà  du  41ème  degré  do 
latitude.  l>e  retour  à  Port- Koyal,  où  Lcacarbot  les  a  accueil- 
Us  par  une  fête  domestique,  poétique  et  musicale,  dont  le* 
Muses  de  la  Souctih:- Fram-r  nous  ont  conservé  la  mémoire, 
ils  se  sont  livrés  tous  ensemble  à  certains  travaux  de  défri- 
chement, de  construction,  voire  même  d  embellissement. 

Maintenant  1  hiver,  un  de  nos  hivers  américains,  est  arrivé. 
Il  a  jeté  sur  les  plaines,  les  montagnes,  les  lacs  et  les  forêts, 
un  épais  ei  blanc  manteau.  Au  fond  de  l'habitation  de  l'ort- 
Royal,  une  poignée  de  Français  se  trouve  comme  perdue  au 
milieu  de  se»  contrées  nouvelles,  peuplées  de  tribus  sauvages, 
et  séparées  de  la  vieille  patrie  par  des  centaines  de  lieues 
d'océan.  Sans  doute,  les  fronts  doivent  être  souvent  assombris 
parmi  les  hardis  hivernants  ? 

Pénétrons  dans  l'habitation.  C'est  l'heure  du  repos.  Quo 
signifie  cet  air  do  réjouissance,  cette  pompe,  cet  appareil  ? 
Voici  Champlain,  le  vaillant  explorateur,  Pontrincourt,  l'in- 
trépide capitaine,  Lescarbot.  le  docte  avocat,  Robert  <  îravé, 
le  digne  tils  d  un  père  justement  estimé,  Louis  Hébert,  apo- 
thicaire et  pionnier,  et  dix  autres  qui  défilent  devant  nous 
portant  chacun  un  plat  fumant,  et  suivant  processionnelle- 
ment  un  chef  décoré  d'un  collier,  dont  la  doxlre  tient  un 


■ 


—  180  — 

bâton  d'office.— Salut  au  premier  club  du  Canada  !  Nou* 
sommes  en  présence  des  compagnons  de  l'Ordre  du  Bon- 
Temps,  fondé  à  Port-Royal,  en  Aeadie,  sous  le  règne  de  Sa 
Majesté  Henri  IV,  roi  de  France  et  de  Navarre,  en  l'an  de 
grâce  1607,  par  Samuel  de  Champlain,  futur  fondateur  de 
Québec  ! 

En  quoi  consistait  cet  Ordre  ?  Champlain  et  Lescarbot 
vont  nous  l'apprendre  far  le  menu  :  "  Nous  passâmes  cet 
hiver  fort  joyeusement,"  lisons-nous  dans  la  Relation  des 
Voyages  de  Cliamplain  (édition  Laverdière,  tome  III,  p. 
120),  et  fîmes  bonne  chère,  par  le  moyen  de  l'Ordre  du  Bon- 
Temps  que  j'y  établis,  qu'un  chacun  trouva  utile  pour  sa 
santé,  et  plus  profitable  quo  toutes  sortes  de  médecines  dont 
on  peut  user.  Cet  ordre  estoit  une  chaîne  que  nous  met- 
tions avec  quelque  petite  cérémonie  au  col  de  l'un  de  nos 
gens,  luy  donnant  la  charge  pour  co  jour  d'aller  chasser  ;  le 
lendemain,  on  la  baillait  a  un  autre,  et  ain-i  consécutivement  : 
tous  lesquels  s'efforçaient  à  l'envy  à  qui  feroit  le  mieux  et 
apporteroit  la  plus  lelle  chasse.  Nous  ne  nous  en  trouvâmes 
pas  mal,  ny  les  sauvages  qui  estoient  avec  nous.*' 

Donnons  maintenant  la  parole  à  qui  est  le  plus  fécond  en 
détails  :  ;i  Je  dyrui  que  pour  nous  tenir  joyeusement  et  nette- 
ment quant  aux  vivres,  fut  établi  uu  ordre  en  la  table  du 
dit  sieur  Poutrincourt,  qui  fut  nommé  l'ORDPE  DE  BON- 
TEMPS,  mis  premièrement  en  avant  par  le  swnir  Champlain, 
auquel  ceux  dïcolle  table  entoient  maître-d'hôtel.  Chacun  à 
son  tour,  qui  estoit  en  quinze  jours  une  fois.  Or.  avait-il  le 
soin  que  nous  fus-ions  bien  et  honorablement  traités.  Ce  qui 
fut  si  bien  observé,  que  fquoyque  lesgourmensdedéça  nous 
disent  souvent  que  nous  n'avions  point  là  la  rue  aux  Ours  de 
Paris)  nous  y  avons  fait  ordinairement  ausM  bonne  chère  que 
nous  saurions  faire  en  cette  rue  aux  Ours  et  à  moins  de  frais» 
Car  il  n'y  avoit  celui  qui  deux  jours  devant  que  son  tour 
vinst  ne  fut  soigneux  d'aller  a  la  chasse  outre  à  la  pêcherie,  et 


—  181  — 

n'apportast  quelque  chose  de  rare,  ou  ce  qui  cstoit  de  notre 
ordinaire.  Si  bien  que  jamais  au  déjeuner  nous  n'avons  man- 
qué de  souspiquets  de  chair  ou  de  poissons,  et  au  repas  de 
midi  et  du  soir  encore  moins  :  car  c'cstoit  le  grand  festin,  là 
où  I'ArchitricHn,  on  Maître-d'hôteî  (que  les  sauvages  appel- 
lent "  Atoctegic  "),  ayant  fait  préparer  toutes  choses  au  cui- 
sinier, marchoit  la  serviette  sur  l'épaule,  le  bâton  d'office  en 
main,  et  le  collier  de  l'Ordre  au  col,  qui  valoit  plus  de  quatre 
écus.  et  ton  s  ceux  d'icclui  Ordre  après  lui,  portuns  chacun 
son  plat.  Le  même  estoit  au  dessert,  non  toutefois  avec  tant 
de  suite.  J5t  au  soir,  avant  de  rendre  grfîce  à  Dieu,  il  resinoit 
(résignait)  le  collier  do  l'Ordre  avec  un  verre  de  vin  à  son 
successeur  en  la  charge,  et  buvoient  Tun  à  l'autre.  J'ay  dit 
ci-devant  que  nous  avions  du  gibier  abondamment,  Canards, 
Outardes,  Oyesquises  et  Clanchcs,  Perdrix,  Alouettes  ^et 
autres  oiseaux  ;  plus  dos  chaire  d'Edlans,  de  Caribous, do 
Castors,  do  Loutres.  d'Ours,  de  Lapins,  do  Chats-sauvages  ou 
Léopars,  de  "  "Wï bâchés"  et  autres  telles  que  les  sauvages 
pre  noient,  dont  nous  faisions  chose  qui  valoit  bien  co  qui  est 
en  la  rôtisserie  de  la  ru  a  aux  Ours,  et  plan  encore  ;  car  entre 
toutes  les  viandes,  il  n'y  a  rien  de  ni  tondre  que  la  chair 
d'Ellan,  (dont  nous  faisions  aussi  de  bonne  patisserie"),  ni  de 
si  délicieux  quo  la  queue  do  Cast  or."  Voilà  ce  que  c'était  que 
l'Ordre  du  Bon  Tem|>s. 

C'est  ainsi  que  ces  vaillants  pionniers  de  la  colonisation 
chrétienne  et  française  trompaient  les  ennuis  do  l'absence 
et  de  l'éloignemont  du  sol  natal,  écartaient  les  sombres  pen- 
sées, et  conservaient  haut  et  ferma  leur  courage  au  milieu 
des  difficultés  et  des  périls. 

L'Ordre  du  Bon-Temps  s'éteignit  avec  le  départ  de  Cham- 
plain,  de  Poutrincourt  et  de  Lescarbot,  qui  furent  forcés  d'a- 
binlonner  l'Acadio,  à  l'automne  de  1H07,  par  suite  de  la 
révocation  du  privilège  do  M.  do  Monts. 

ÏONOTUS 


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Les  Acad  tenu  tï  Beaumont.  (IV,  VII,  481.) — Dans 
l'automne  de  1756,  les  paroissiens  de  Beaumont  virent  arri- 
ver au  milieu  d'eux  plusieurs  réfugiés  aeadiens.  Us  accueil- 
lirent cos  malheureux  comme  des  frères.  Alais.  épuises  eux- 
mêmes  par  des  lovées  incossantes,  ruinés  par  plusieurs  années 
de  mauvaises  récoites,  il»  durent  npj»eler  l'aide  du  gouverne- 
ment. Un  habitant  de  Beaumont,  Joseph  Itoberge, s'engagea 
alors  envers  Joseph  Cadet,  pourvoyeur  des  autorités,  à  four- 
nir et  livrer  à  chacun  dos  A  cadiens  réfugiés  dans  la  paroisse 
et  à  Saint-Michel  une  demie  livre  de  bœuf  ou  un  quarteron 
de  lard  de  quatre  onces  de  poids  par  jour  pendant  six  mois. 
(Greffe  de  Jean-Claude  Panel.  14  novembre  175o"). 

J.-h.  lv. 

L'Ordonnance  de  lord  Durham.  (V,  II,  58 1.)— 
On  sait  à  la  suite  de  quelles  circonstances  lord  Durham  fut 
envoyé  en  Canada,  ("était  au  lendemain  du  la  malheureuse 
levée  de  boucliers  de  lh.'>7.  Le  gouvernement,  l'investit  de 
pouvoirs  extraordinaires,  et  lord  Durham  crut  qu'il  pouvait 
agir  en  dictateur.  En  arrivant  à  Quebec,  il  lanya  une  ordon- 
nance dans  laquelle  il  accordait  une  amnistie  aux  rebelles, 
en  exceptant  de  cette  mesure  Papinoau  et  quelques  autres 
chefs.  Quant  aux  autres  personnes  les  plus  compromises,  il 
les  exilait  aux  Bermudes,  ne  voulant  jius  soumettre  leur  cause 
à  un  jury  composé  de  Canadiens,  qui  les  auraient  acquittés, 
ni  les  taire  panser  en  jugement  devant  un  jury  anglais,  qui 
les  auraient  condamnés  sans  merci.  Lorsque  cotte  ordonnance 
fut  connue  en  Angleterre,  lord  Brougham,  quoique  libéral 
comme  lord  Durham,  crut  l'occasion  belle  d'attaquer  le  gou- 
vernement et  le  dictateur,  comme  on  l'appelait.  Il  se  déchaî- 
na contre  ce  dernier  avec  une  violence  sans  pareille.  Lord 
Melbourne  le  défendit  mollement  ;  il  alla  jusqu'à  convenir 
avec  lord  Brougham  que  la  partio  de  l'ordonnance  qui  exi- 
lait les  rebelles  aux  Bermudes  était  illégale,  attendu  que  le 


Digit 


gouverneur  n'avait  aucune  juridiction  sur  ce*  îles,  mais  il 
concluait  en  demandant  d'abandonner  cettê  affaire.  Quelques 
jours  plustard.  lord  Brougham  revenait  à  la  charge  et  le  gou- 
verment  baissa  cette  fois  complètement  pavillon  et  annonça 
qu'il  avait  désavoué  l'Ordonnance. 

Lorsque  lord  Durham  apprit  que  son  premier  acte  d'au- 
torité était  annulé,  il  vit  que  la  posit  ion  n'était  plus  tenable 
>Te  se  y<  ssédant  plus  de  rage,  ilrét-olut  de  quitter  la  colonie 
mais  avant  de  nous  dire  adiui.il  lança  un  appel  au  peuple 
contre  le  gouvernement  nrglais.  plaidant  sa  cause  devant 
1  es  habitants  de  la  colorie.  En  parjant  de  cet  appel  le  Times 
crut  de  bon  goût  d'écrire  que  lord  Durham  levait  l'éten- 
dard de  la  révolte  dans  un  pays  qu'il  avait  reçu  mission  de 
pacifier,  et  de  l'appeler  le  lord  TTiijh  Seditioner,  le  lord 
grand  séditieux,  par  allusion  àson  titre  de  Lord  ITiyh  Com- 
missioner. 

Lord  Durham  appartenait  à  l'éc  ole  libérale  la  plus  avan- 
cée, et  dés  1821  il  préparait,  de  concert  avec  lord  John  Hus- 
sell,  un  bill  de  réforme  très  radic  al.  Lord  John,  qui  possé* 
dait  une  copie  de  ce  bill  annotée  de  la  main  de  lord  Durham, 
a  déclaré  que  celui-ci  demandait  dès  cette  époque  le  vote  au 
scrutin  secret.  Il  serait  donc  le  pèro  de  ce  système  de  rota- 
tion, appliqué  ;i  la  politique  ! 

Au  témoignage  de  ses  eoniemnorains.  qui  le  regardaient 
à  juste  titre  comme  un  homme  d'un  talent  hors  ligne.lord  Dur- 
ham était  d'une  violence  extrême,  autoritaire  comme  un  des- 
pote, ne  pouvant  supporter  lu  contradiction.  11  avait  fait,  à 
Gretna  (îreen,  un  mariage  d'amour,  mais  il  perdit  bientôt 
sa  femme  et  il  épousa  en  secondes  noces  la  fille  de  lord  Grey, 
qui  l'appela  dans  eon  gouvernement  avec  lord  John  Russell. 
Les  mémoires  du  temps  nous  apprennent  que  lord  Dur- 
ham avait  une  influence  extraordinaire  sur  son  beau-père  qui 
n'osait  contredire  son  terrible  gendre.  Il  était  de  fait  le  pre- 
mier ministre  delà  Grande-Bretagne.  Il  ne  témoignait  pas 


—  184  — 


plus  d'égards  pour  sts  collègues  quo  pour  lord  Grey  et  il  se 
passait  des  scènes  .d'une  violence  inouïe  chaque  fois  que  quel* 
ques  uns  d'entre  eux  s'avit-aient  de  combattre  ses  projets. 

On  rapporte  que  lord  Brougham,  se  trouvant  présent  à 
un  dîner  offert  à  lord  Grey,  à  Edimbourg,  ht,  en  répondant 
à  un  toast,  une  critiquede  certains  esprits  remuants  qui.  n'é- 
tant jamais  satislaits,  rêvaient  do  réformes  impossible*.  Lord 
Durham,  qui  était  aussi  au  nombre  des  convives,  prit  la 
chose  pour  lui  et  la  prit  fort  mal.  11  répondit  à  Brougham 
dans  des  termes  si  muera  et  si  mordants  que  l'effet  de  la  cri- 
tique fut  entièrement  perdu.  Lord  Brougham  jura  de  se  ven- 
ger et  il  lui  rappela  lors  de  l'affaire  de  l'Ordonnante  qu'il  n'a- 
vait pas  digéré  l'insu.tc  du  dinord'Kdimbourg. 

O.  P. 

L'uniforme  tien  miliciens  en  1812.  (V,  III", 

592.) — Beaucoup  do  personnes  m'ont  demandé  dos  renseigne- 
ments sur  le  costume  que  portait  la  milice  durant  la  guerre 
de  1812.  Les  rapports  des  officiers  commandants  ne  parlent 
pas  du  genre  d'habillement.  Uno  lettre  du  l'agent  du  Haut- 
CanaJaàLoiidre-,endatedu31  janvier  1821, contient  le  rensei- 
gnement demandé  que  j'insère  ici  au  profit  des  investigateurs, 
si  légère  que  soit  la  satisfaction  qu'il  e*t  do  nature  à  donner. 

La  lettre  porte  ceci  :  Un  officier  supérieur  de  la  ligne,qui 
a  servi  quelque  t^mps  avec  la  milice  incorporée,  dit  que  les 
miliciens  n'avaient  pas  d'uniforme  régulier.  Les  uns  avaient 
des  habits  rouges  à  revers  bleus  ou  rouges, les  autres  avuient 
des  habits  vt-rts,  mais  la  plupart  n'en  avaient  pas  du  tout." 

Douulas  Brymxer 

Les  protonotftii'eM  apostolique*  canadiens.(\\ 
IV,  GUI.) — Les  protonotaires  apostoliques  sont  presque  néa 
avec  l'église.  Pendant  los  persécutions,  c'est  à  eux  qu'était 
confiée  la  charge  de  recueillir  les  actes  des  martyrs,  pour  traus- 


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mettre  à  la  postérité  le  souvenir  de  leurs  souffrances  et  le 
témoignage  de  leur  foi. 

Au  moyen  fige,  les  protonotaires  apostoliques  prirent  telle- 
ment de  l'importance  qu'ils  voulurent  avoir  préséance  sur  les 
évêques.  Ce  n'est  qu'en  1459  que  Pie  II  mit  fin  à  cette  pré- 
tention. 

Les  protonotaires  apostoliques  jouissaient  autrefois  d'un 
très  grand  nombre  de  privilèges.  Le  plus  important  était 
d'instrumenter  dans  les  causes  des  saints,  et  de  servir  de  no- 
taires à  la  cour  pontificale.  Pie  IX  a  réduit  considérablement 
ces  privilèges. 

Le  collège  des  protonotaires  apostoliques  se  divise  on  trois 
fiasses  distinctes  :  les  protonotaires  participants,  les  protoiio- 
taires  ad  instar  participantium  et  les  protonotaires  titulaires 
ou  noirs. 

Les  protonotaires  participants  et  les  protonotaires  nd  ins- 
tar participantium  portent  l'habit  prélat  ice,  c  est- 1 -dire  le 
même  que  les  évêques  ;  quant  aux  protonotaires  apostoliques 
titulaires  ou  noirs  leurs  vêtements  sont  noirs. 

Les  Canadiens  dont  les  noms  suivent  ont  été  élevés  à  la 
dignité  de  protonotaire  apostolique  :  Mgr  Michel  François 
Ransonet  :  Mgr  Urbain  Bolret  ;  Mgr  Narcisse  Doucet  (Chi- 
coutimi)  ;  Mgr  N-.T.  Ritchot  (Saint- Boni  face)  :  Mgr  Charles 
Guay  (St-Joseph-de  Lévis)  ;  Mgr  Benjamin  Paquet  (Qué- 
bec) ;  Mgr  T.-E.  Hamcl  (Québec)  ;  Mgr  J.-C.-K.  Laflamme 
(Québec)  ;  Mgr  C.-E.  Légaré  (Québec)  ;  Mgr  C.-A.  M  .  rois 
(Québec)  ;  Mgr  fr.-Elz.  Brochu  (South bridge  (  E.  U.)  ;  Mgr 
C.-O.  Caron  (Trois- Rivière»)  ;  Mgr  J.-O.  Routhier  (Ottawa); 
Mgr  L.-M.  Dugas  (Cohocs,  E.  F.)  :  Mgr  J.-C.  Marquis  (St- 
Célestinï  ;  Mgr  Antoine  Lal>elle  (St -Jérôme)  :  Mgr  E.-C.-H. 
Langevin  (Rimouski)  ;  Mgr  T.  Tanguay  'Sherbrooke)  ; 
Mgr  Z.  Racicot  (Montréal)  ;  Mgr  L.-Z.  Champoux  (St-Poly- 
farpe)  ;  Mgr  Bernard  O'Reilly  (New- York,  E.-F.)  ;  Mgr 
C.-E.  Poiré  (Sic- Anne  de  La  Pocatière).  P.-G.  R. 


—  186  — 

L'arpenteur-yèncral  Jiouchette,  (V^III,  594.)— 
Je  lie  duns  des  notes  inédites  de  feu  M.  Kibaud  :  '•  1804  : 
Joseph  Bouchette  est  nommé  arpenteur-général  de  la  Pro- 
vince en  remplacement  de  son  oncle,  le  major  llollaud,  mort 
l'année  précédente,  et  dont  il  était  déjà  le  député." 

P.-U.  il 

Une  u  épluchette.  (V,Il  1,599.)— Les  habitants  de  nos 
campagnes,  quand  les  récoltes  sont  finies,  que  les  grains  et 
les  fourrages  sont  sous  remise.se  livrent  à  un  repos  bien  mé- 
rité après  tant  de  labeurs  qui  consistent  en  danses,  en  visites 
chez  leurs  connaissances  et  àse  réunir  à  la  veillée  pour  y  taire 
"  Yépluchette."  C'est  en  épluchant  le  blé  d  inde  que  le  plai- 
sir est  grand,  surtout  si  un  garçon  ou  une  tille,  trouve  un 
blé  d'Inde  rouje... 

L'auteur  de  l'heureuse  trouvaille  a  le  privilège  d'embras- 
ser celle  qu'il  aime  le  mieux,  dans  la  réunion... 

Le  blé  d'Inde  dont  les  grains  sont  rouges — ce  qui  est  assez 
rare — engendre  un  flirt  ago  bien  iuofténsit',  eomme  vous 
voyez,  puisque  le  baiser  se  donne  tout  bonnement  devant  les 
parents  et  les  amis,  et  plus  d'un  garçon  timide,  a,  par  l'agen- 
ce de  ce  baiser  muet,  scellé  une  alliance  légitime  (jui  a  fait 
le  bonheur  do  sa  vie. 

«ilSTAVE  OmiET 

LesprêtrcH  /rançai*  réfuyivs  au  Va èiada pen- 
dant la  Révolution.  (V,  IV,  t»10.) — Les  lugubres  évé- 
nements do  la  Révolution  française  eurent  pour  nous  deux 
conséquences  avantageuses  :  ils  déterminèrent  une  nouvelle 
rupture  de  toute  communication  avec  la  France  dans  un 
temps  où  nous  n  en  pouvions  attendre  rien  quo  de  fâcheux  ; 
puis  ils  causèrent  uno  immigration  bénie  do  prêtre*  français 
animés  du  plus  pur  zèle  apostolique  et  dout  les  noms  sont 
conservés  avec  vénération  dans  la  mémoire  du  poupie  cana- 
dien. L'Angleterre,  l'intolérante  Angleterre  d'autrefois,  ac- 


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—  1.S7  — 


cueillit  avec  bonté  ces  ecclésiastiques  catholiques  poursuivis 
par  la  rage  révolutionnaire,  et  favorisa  leur  transmigration 
dans  sa  colonie  du  Canada,  en  mf'ine  temps  qu'elle  gardait  et 
entourait  do  tous  les  respects  au  sein  du  royaume  un  nombre 
beaucoup  plus  considérable  de  prêtres  réfugiés. 

Voici  la  liste  de  ces  vertueux  et  zélés  auxiliaires  que  reçut 
le  clergé  canadien  et  que  Mgr  Hubert,  évêquo  de  Québec, 
avait  appelés  de  ses  vœux  : 

Arrivés  en  1791. —  MM.  Alain  et  Lejamtel de  la  filoute- 
rie. 

Arrivés  en  1793. —  MM.  Philippe-Jean  IxMiis  Desjardtns, 
vicaire -général,  Jean-André  Raimbault,  Pierre (iazelle,  Fran- 
çois Ciquart  et  Candide  Le  Saulniers. 

Arrivés  en  1794. —  MM.  Louis- Joseph  Pesjardins.  Jean 
Castanet.  Jean-Denis  Daulé.  François-Gabriel  Le  Courtois, 
Philippe  Nautetz,  Jean-Henri- Auguste  lîoux.  P.  S.  S., 
Anthelme  Malard.  P.  S.  S.,  Antoine-Alexis  Molin,  P.  S.  S., 
François  Humbert,  P.  8.  S.,  Claude  Rivière,  P.  S.  S.,  Antoine 
Sattin,  P.  S.  S.,  Melchior  Sauvage,  P.  S.  S.,  Guillaume  Dos- 
garets,  P.  S.  S.,  et  François-Marie  Robin. 

Arrivés  en  1795. —  MAI-  Joseph- Pierre  Malavergne.  Jac- 
ques Delavaivre.  Claude  Gabriel  Courtine,  et  Jean  Raim- 
bault, * 

Arrivés  en  1796. —  MM.  Jean-liaptiste  Chicoineau,  Claude- 
Vincent  Fournier,N.  Jahouin,  Jacques-Guillaume  Roque,  P. 
S,  S.,  Antoine  Houdet,  P.  S.  S.,  Jean- Baptiste  Suint-Marc, 
Urbain  Orfroy,  Antoine  Villadc,  et  Pierre-René  Joyor. 

Arrivés  en  1798. — MM.  Joseph -Mand  et  Sigogne,  Antoine  \  ^  - 
Champion  et  Antoine  Gaïffe.  P.  S.  S. 

Arrivés  en  1799. — M.  Antoine- Aimable  Pichar.l. 

Arrivés  en  1S06.  —  MM.  Jacques- Ladislos  de  Calunne, 
Pierre- Bernard  de  Itorniol  et  Nicolas- Aubin  Thorel. — 12 en 
tout. 


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—  188  — 


La  Gazette  de  Québec  du  7  mars  1793  annoça  en  ces 
termes  l'arrivée  de  MM.  DesjardinB,  aîné,  Gazelle  et  Haim- 
bault  : 

"  La  semaine  dernière  sont  arrivé»  en  cette  ville  trois 
prêtres  français,  réfugiés  de  France,  venus  d'Angleterre  à  la 
Nouvelle- York,  dans  le  paquebot  du  roi.  Les  recommanda- 
tions de  sir  Henry  Dundaa  leur  méritèrent  un  accueil  distin- 
gué de  la  part  de  Son  Excellence  le  major-général  A  lured 
Clarke,  lieutenant-gouverneur  de  Sa  Majesté  en  Canada. 
C'est  le  lendemain  de  leur  arrivée,  le  3  mars,  qu'ils  eurent 
l'honneur  d'être  présentés  à  ce  haut  dignitaire,  au  château 
Saint-Louis.  " 

Quelques  années  plus  tard,  l'abbé  Jacques  Ladislas  de  Ga- 
lonné (frère  du  ministre  de  Louis  XVI)  fut  aussi  reçu  au 
château  Saint-Louis  avec  tous  les  égards  dus  à  son  caractère 
et  à  son  rang.  Le  gouverneur  Craig  l'invita  à  dîner  au  Châ- 
teau un  jour  d'abstinence.  Tout  le  premier  service  fut  don- 
né en  maigre.  {Mémoires  de  M.  de  (jaspé).  L'abbé  de  Calonne 
avait  passé  six  ans  à  l'île  du  Prince-  Edouard  avant  de  venir 
se  fixer  en  Canada.  11  mourut  en  odeur  de  saiatoté,  au  x 
Trois-Kivières,  le  19  octobre  1822. 

Voir  le  travail  de  l'abbé  Bois  intitulé  :  L'Angleterre  et  le 
clergé  français  réfugié  pendant  la  Récolution,  inséré  au  volume 
III,  année  1885,  des  "  Mémoires  et  Comptes-rendus  do  la 
Société  Royale  du  Canada.  "  Voir  aussi  Y  Etude  biographique 
sur  Jean  Raimbault,  par  le  même  auteur  Y  Histoire  du  mo- 
nastère des  Ursulines  de  Québec  ;  Y  Histoire  des  Ursulinexdes 
Trois- Rivièresftiii  contient  une  biographie  complète  de  l'ab- 
bé de  Calonne  ;  Une  colonie  féodale  en  Amérique,  par  M.  E. 
Rameau  de  Saint-Père  ;  le  Répertoire  du  Clergé  canadien , 
par  l'abbé  Tanguay  ;  la  Vie  de  C.-F.  Paincliaud,  par  le  doc  - 
teur  N.-B.  Dionne,  etc,  etc. 

Ernest  Gaonox 


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1  < 


—  189  — 

Inauguration  du  pont  Victoria.  (V,  IV,  605.)— 
Le  pont  Victoria,  sur  le  fleuve  Saint-Laurent,  reliant  Mont- 
tréal  à  Saint-Lambert,  fut  inauguré  le  25  août  I860,  par 
S.  A.  R.  le  prince  de  Galles. 

Le  parlement  du  Canada,  le  14  mai  1859,  avait  voté  une 
adresse  à  Sa  Majesté  la  Reine,  1  informant  que  le  pont  serait 
bientôt  achevé,  exprimant  en  même  temps  le  désir  qu'il  plût 
à  Sa  Majesté  ou  à  tout  autre  membre  do  la  famille  royalo  de 
visiter  le  Canada  et  d'inaugurer  le  pont  Victoria. 

Ne  pouvant  venir  elle  même,  Sa  Majesté  désignale  prince 
de  Galles,  son  fils  aîné,  pour  cette  mission.  11  arriva  près 
Montréal  le  24  août  1860,  mais  il  ne  fit  son  entrée  on  ville 
que  le  lendemain,  25.  Après  avoir  reçu  l'adrease  du  maire  de 
1a  cité,  quelques  autres  adresses,  et  avoir  ouvert  une  exposi- 
tion industrielle,  Son  A  rieuse  Royale  se  rendit  à  la  Pointe 
Saint  Charles,  oû  so  trouve  l'extrémité  nord  du  pont  dont  il 
allait  faire  I  inauguration.  Bans  sa  réponse  à  une  adresse 
présentée  par  l'honorable  John  Ross,  président  du  Conseil 
Exécutif,  ministre  de  l'agriculture  et  président  du  bureau 
de  direction  de  la  compagnie  du  Grand-Tronc,  Son  Altesse 
Royale  exp.iqua  la  raison  de  son  voyage  au  Canada,  dans 
les  termes  que  voici  : 

14  Votre  Souveraine  a  montré  combien  elle  sait  apprécier 
la  grandeur  et  l'importance  de  cette  entreprise,  en  me  don- 
nant une  mission  aussi  lointaine  pour  célébrer  sur  le  lieu  même 
et  de  sa  part,  l'achèvement  d'un  monument  qui,  dorénavant, 
portera  son  nom,  et  donnera  aux  générations  futures  une 
nouvelle  preuve,  ajoutée  à  d'autres,  de  l'heureuse  industrie 
du  grand  peuple  dont  la  Providence  lui  a  confié  les  desti- 
nées;' 

Voilà  le  but  de  son  voyage  expliqué  par  le  prince  lui- 
même.  Voici  maintenant  comment  le  Journal  de  Vlnstruc- 
tion  publique,  de  1860,  rapporte  la  cérémonie  de  l'inaugura- 
tion : 


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—  190  — 

"  Aussitôt  après  la  lecture  do  cette  réponse.  M.  Hodges, 
constructeur  du  pont,  présenta  au  prince  une  élégante  truelle 
d'argent  et  une  médaille  d'or  commemorative  de  la  circons- 
tance, et  Son  Altesse  lîoyalo  posa  elle-même  la  dernière 
pierre  qui  couronne  la  grande  porte  du  pont.  Cette  partie 
de  la  cérémonie  se  paasa  fous  un  arc  de  triomphe  richement 
décoré  et  Bur  lequel  on  lisait  cette  inscription  :  Finis  coronat 
0]>ui>.  Le  prince  et  sa  suite  descendirent  alors  de  l'estrade, 
aussitôt  après  que  la  nîusique  de»  Carabiniers  eut  exécuté  le 
(iotl  Sate  the  Queen,  et  ils  reprirent  place  dansles  chars  qui 
se  dirigèrent  vers  le  centre  du  tube.  Là.  le  prince  inséra  lui- 
même,  à  coups  de  maillet,  un  rivet  d'argent,  le  seul  qui 
restât  îV  poser." 

Permettez  que  je  consigne  ici  le  fait  que,  cinq  jours  après 
avoir  posé  la  dernière  pierre  et  le  dentier  rivet  du  pont  Vic- 
toria, à  Montréal,  le  prince  de  Galles  posoit  à  Ottawa,  sur  la 
hauteur  qu'on  nommait  alors  Barracks  Hill,  la  première 
pierre  do  l'éditice  du  Parlement  canadien,  portant  l'inscrip- 
tion suivante  : 

Qu'kI  felix,  fau-ittimquc  sit 

liane  lapitlcm  aedifirii 

Quo<t  cnmitiis  Provinci.v  habenois 

Inscrvirct 
Ponere  tlignatus  est 
Albeitus  Kiluanlus,  Princeps  \YnllLvk 
Anno  Domini,  MIKXXI.X.  «lie  prima  Septembris 
Anna  Re^ni,  Victori.v  Kegiruv,  XXIV. 

Là  aussi,  d'après  le  journal  cité  plus  haut  réd'gépar  l'ho- 
norable P. -.1.-0.  Chauveau.Son  Altesse  se  servit  d'une  truelle 
d'argent  offerte  par  le  ministre  des  Travaux  publics.M.  Rose 
(plus  tard  sir  John  Rose).  Cette  pièce  d'orfèvrerie  porte, 
d'un  côté,  une  inscription  commémorât ive  de  l'événement, 
de  l'autre,  une  vue  de  l'édifice  qui  devait  être  construit. 


Kapha  kl  Bf.i.lkma&k 


—  191  — 


QUESTIONS 

618— Quel  est  co  tour  que  Joseph  Papinoau,  j»èrc  do  L.-J. 
Papineau,  joua  aux  Bostonais  pendant  la  guerre  de  1775  ? 

R.  O. 

619.  — J'aimerais  bien  à  avoir  la  liste  complète  des  ouvra- 
ges publiés  par  feu  M.  l'abbé  Bois.  Le  distingué  archéolo- 
gue, par  humilité  sans  doute,  ne  signait  jamais  ses  travaux. 
De  là,  la  difficulté  de  les  retracer.  Quel  est  l'intermédiairiste 
qui  se  chargera  de  la  tâche  ?  Bord. 

620.  — Les  noms  des  braves  qui  accompagnaient  le  gou- 
verneur Carlelon  et  le  capitaine  Bouchette  dans  leur  voyage 
en  chaloupe  de  Montréal  à  Québec  pendant  l'invasion  améri- 
caine de  1775  ont-ils  été  conservés.  Où  et  quand  mourut  le 
capitaine  Bouchette  ?  Co  valeureux  mar.n  était-il  parent  du 
géographe  Bouchette  ?  6' ko. 

621.  — Lee  écrivains  canadiens  qui  se  sont  occupé  de 
Vaffaire  du  Chien  d'Or  "  *ont  tous  d'accord  à  décla- 
rer que  de  Reponligny,  qui  tua  lo  bourgeois  Philibert, 
pansa  en  France  d'où  il  ne  revint  janfais  en  Canada.  l>ans 
les  douze  volumes  de  la  Collection  Lccis  publiée  par  M.  l'ab- 
bé Casgraiu  il  est  souvent  question  d'un  chevalier  de  Kepen- 
tigny,  qui  se  distingua  beaucoup  au  siège  de  Québec  et  sous 
les  ordros  du  chevalier  de  Lévis.  Ne  serait-ce  pas  le  même 
personnage  de  1748  ?  Dans  onze  années  bien  des  choses  s'ou- 
blient !  Oyv. 

622.  — Pouvez-vous  me  donner  la  liste  dos  officiers  que 
l'Angleterre  nous  a  envoyés  depuis  la  Confédération  pour 
commander  notre  milice  ?  Solo. 

623.  — On  sait  qu'à  leur  premier  voyage  dans  la  Nouvelle- 
France,  en  1603,  Pontgravé  et  Champlain  reçurent  du  saga- 
mo  montagnais  Bechourat  son  jeune  fils  pour  le  conduire  en 
France.  Ce  jeune  montagnais  revint  il  dans  son  pays  ? 

Mons. 


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624. — Sous  le  regime  français,  le»  autorités  s  élaii nt-ellcs 
occupé  en  quelque  façon  de  la  santé  publique  ?  Les  gouver- 
neurs et  les  intendants  publièn  nt-ils  de-*  ordonnances  pour 
faire  observer  les  règles  encore  bien  mdi  ment  si  ires,  à  cette 
époque  reculée,  et  dans  un  pays  tout  neuf,  de  l'hygiène  ? 

M.  D. 

«23.— Où  était  situé,  à  Québec,  le  ibéfitre  S;.int  Louis  qui 
fut  détruit  par  un  incendie  dan^  la  nuit  du  12  juin  1846,  in- 
cendie où  une  cinquantaine  de  \  eisjnnts,  hommes,  femmes 
et  enfants,  trouvèrent  la  mort  ? 

Pomp. 

626.  — Au  cours  d  un  voyage  que  j'ai  «  u  l'occasion  de  faire 
dernièrement  dans  la  région  de  la  Baie  des  Chaleurs,  on  m'a 
dit  que  la  tradition  veut  qu'une  rencontre  ait  eu  lieu  entre 
une  frégate  anglaise  et  une  canonnière  française  en  1759  non 
loin  de  la  Pointe  à  laGurde,  d:  ns  la  baie  des  Cha!eurs.  L  his- 
toire  confirme  t  elle  la  tradition  à  ce  sujet  ? 

Gaspé 

627.  — Lors  de  la  révolution  fr<inçti«e,  11  vint  au  Canada 
deux  frères  prêtres  du  nom  de  De* jardins.  L'un  deux  fit  les 
missions  du  golfe  Saint-Laurent.  Ibignait,  si  je  me  rappelle 
bien,  Desjardins- Denplante*.  L«s  portraits  de  ces  deux  saints 
prêtres  existent-ils  quelque  part  ?  Rho. 

628.  — Il  y  a  quelque  temps,  une  dépêche  de  Lewiston 
(Maine)  annonçait  que  les  citoyens  de  cette  ville  «*e  propo- 
saient d'ériger  un  monument  à  la  mémoire  de  Nicolas  Denys, 
"  le  premier  historien  de  l'Amérique  du  Nord." 

Nicolas  Denys  est-il  réellement  le  premier  historien  de 
l'Amérique  duNord  ?  X.  X.  X. 

629.  — Quelle  diffère  née  y  a-t  il  entre  un  prélat  domestique 
ou  romain  et  un  camérier  secret  ou  d'honneur  ?  Qu'est-ce 
.qu'un  mis  ionnaire  apostolique  ?  Uu  chapelain  d'honneur  ? 

Kio. 


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BULLETIN 

DES 

RECHE RCH ES  HISTORIQUES 

VOL.  5  .IUI IJiKT  1890  Xo.  7 


SAINT- ANTOIX E  DE  BIENVILLE 

Bienville  rappelle  le  souvenir  de  .T<  an- Baptiste  LeMoyno 
de  Bienville,  le  frère  et  le  compagnon  d'armes  de  d'Iberville. 
C'est  M.  de  Bienville  qui  fonda,  en  1717,  la  Nouvelle  Orléans, 
en  Louisiane. 

Bienville  est  un  fort  joli  villnge  Mtué  sur  la  rive  sud  du 
Saint -Laurent,  entre  Notre-Dame  de  Lévis  et  Suint-Joseph 
de  la  l'ointe  de  Levy. 

La  distance  qui  sépare  Bienville  de  l'égliso  paroi-maie  de 
Notre-Dame  de  Levis  rendait  difficile  pour  un  grand  nombre 
de  personnes  la  fréquentation  régulière  des  offioes  religieux. 

En  1895,  les  autorités  religieuses,  si  rendant  au  dé-ir  ma- 
nifesté par  les  résidents  de  la  localité  d'avoir  une  église  et  un 
prêtro  au  milieu  d'eux  pour  en  recevoir  plus  facilement  les 
secours  de  la  religion,  organisèrent  en  desserte  régulière  le 
village  do  Bienville  et  une  petite  partie  du  quartier  Lauzon 
de  la  ville  de  Lévis. 

La  nouvelle  paroisse  fut  mise  sous  le  patronage  de  saint 
Antoine  de  Padone,  en  l'honneur  do  M.  l'abbi  Antoine  Gau- 
vreau,  alors  curé  do  Notre  Dame  de  Lévis. 

L'église, construite  en  bois  Mirsolnge  on  pierre,  a  Kit»  pieds 
de  longueur  sur  50  de  largeur  duns  la  nef,  et  37  dans  le 
chœur.  Sa  hauteur.dopuis  le  golage  jus  pi'à  la  sablière  inclu- 
sivement, e*t  de  31  pieds 

Le  clocher  qu'on  voit  actuellement  sur  l'église  de  Bien- 
ville  n'est  que  temporaire.  On  en  élèvera  un  aux  proportions 
plus  vastes  dans  un  avenir  rapproché. 

L'église,  la  sacristie,  le  presbytère  et  les  dépendances  de 
Saint-Antoine  de  Bienville  s'élèvent  sur  un  terrain  généreu- 
sement donné  par  M.  Julien  Chabot  et  madame  M.  Lecours. 

C'est  M.  l'abbé  Lucien  Gauvreau  qui  est  curé  de  Saint- 
Antoino  de  Bienville  depuis  sa  fondat:on. 

R. 


1 


—  196  — 
LA  FAMILLE  DE  M.  DE  LAUZON 

D'après  des  notes  extraites  des  "Annales  manuscrites  de 
V Hôtel-Dieu  du  Précieux  Sany."  à  Québec 

Année  1651.  page  46. — Ce  fut  Monsieur  de  Lauzon  qui,  en 
1651,  vint  prendre  possession  du  gouvernement  (</<>  la  Nou- 
velle-France).  C'était  un  homme  de  qualité,  très  vertueux, 
qui  était  conseiller  d'Etat  et  qui  avait  été  intendant  en 
Guienne.  Il  amena  trois  de  ses  tils  qui,  dans  la  suite,  s'éta- 
blirent en  te  pays.  L'aîné  portait  le  nom  de  Monsieur  son 
père  ;  il  avait  servi,  en  France,  dans  le  régiment  de  Navarre 
et  dans  celui  de  Picardie,  et  il  était  fort  considéré  de  Mon- 
sieur le  duc  l>'Espernon.  On  le  lit  sénéchal  ici  (1),  mais  il 
fut  tué  par  les  Iroquois,  en  Tannée  1660,  et  laissa  deux  filles 
qui  ont  été  religieuses  aux  Crsulincs  (2). 

Le  second  s'appelait  Lauzon  de  Charny.  11  épousa  une 
fille  de  Monsieur  Giffart  ;  et  le  troisième,  que  l'on  nommait 
Lauzon  de  la  Sittière.  se  maria  à  une  demoiselle  Xau,  qui 
nous  fut  envoyée  de  France  par  Madame  la  duchesse  d'Ai- 
guillon, en  1655,  pour  être  religieuse  chez  nous.  Elle  avait 
beaucoup  d'esprit  et  de  piété,  niais  point  du  tout  de  voca- 
tion. Elle  se  vit  bientôt  veuve  par  un  triste  accident.  Mon- 
sieur son  mari  se  noya  le  quatre  mai  de  l'année  1659.  On 
nous  amena  cette  pauvre  dame,  que  l'anHiction  avait  rendue 
malade,  et  nous  lui  procurâmes  pour  sa  santé  et  pour  sa  con- 
solation tout  ce  que  nous  crûmes  capables  d'y  pouvoir  con- 
tribuer. 


(1)  Il  avait  épousé,  le  23  octobre  1651,  Anne  Dksfkks. 

(2)  Marie  de  Lauzon,  en  religion  Mère  St  Charles  :  Angélique  de  Lau- 
ion,  en  religion  Mère  du  St-Esprit. 

Cf.  Tanguay  :-  Dictionnaire  Généalogique,  tome  1er,  page  172. 


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Quoique  ce  détail  ne  fusse  rien,  ce  semble,  à  notre  histoire, 
il  ne  sera  pas  mal  à  propos,  puisqu'il  fora  connaître  à  celles 
qui  nous  suivront  une  famille  très  distinguée  par  son  rang 
et  encore  plus  par  sa  vertu,  et  qui  a  toujours  honoré  notre 
communauté  d  une  sincère  affection. 

Année  1656,  page  52.— Le  même  jour  (30  octobre),  Madamo 
Lauzon  de  Charny  fut  enterrée  dans  le  caveau  des  religieuses, 
comme  elle  l  avait  souhaité  et  demandé  avant  sa  mort  ;  ce 
que  nous  lui  accordâmes  volontiers,  non  seulement  à  cause 
de  l'affection  et  de  l'estime  que  nous  avionspour  elle  et  pour 
toute  la  famille  de  Monsieur  Giffart,  son  père,  mais  encore 
pour  le  respect  et  la  considération  que  nous  avions  pour 
Monsieur  de  Charny,  son  époux.  Cette  jeune  et  vertueuse 
dame  mourut  après  un  an  de  mariage.  Elle  laissa  une  tille 
dont  on  nous  confia  l'éducation,  quand  elle  eut  atteint  l'âge 
de  six  ans. 

Monsieur  Lauzon  de  Charny,  qui  avait  déjà  beaucoup  de 
piété,  se  détacha  entièrement  du  monde  et  se  donna  parfai- 
tement à  Dieu.  Il  passa  en  France  l'année  suivante,  pour 
être  ordonné  prêtre,  pu«s  il  revint  au  Canada,  où  il  a  exercé 
eon  zèle  un  grand  nombre  d  années.  Nous  l'avons  en  long- 
temps pour  supérieur,  et  nous  avons  reçu  do  signalés  témoi- 
gnages de  sa  bonté. 

A  la  mort  de  madame  son  épouse,  il  nous  obligea  de  dire 
tous  les  ans  un  obiit  entier  pour  ello,  c'est-à-dire  un  office  des 
morts  de  neul  leçons  avec  une  grande  inesse.  Il  nous  donna 
pour  cet  effet  une  concession  à  la  côte  de  Lauzon,  qui  nous 
valait  alors  deux  cents  livres  do  rente,  à  cause  de  la  pêche 
d'anguille  qui  était  fort  abondante  ;  mais  ayant  beaucoup 
diminuée  depuis,  elle  ne  nous  produit  plus  que  trente-trois 
livres,  à  quoi  Monsieur  de  Lauzon  ayant  lait  attention,  il 
voulut  bien,  pendant  son  séjour  au  Canada,  nous  décharger 
d'une  partie  de  cette  obligation,  en  se  contentant  d  une 
grande  messe  sans  diacre  et  d'un  seul  nocturne  de  l'office  des 


\ 


—  \0H  — 

morts.  C'est  ce  quo  nous  dirons  exactement  le  17èmejour* 
d'octobre. 

Année  ln7)7.  po/jf  f>4.— Mor  sieur  de  Lauz^n,  gouverneur^ 
était  passé  en  Franco  l'année  précédenle  et  avait  laissé  ici 
Monteur  le  sénéchal,  son  fils,  commandant  pour  une  année, 
en  attendant  l'arrivée  d'un  nouveau  gouverneur  qui  fut 
Monsieur  le  vicomte  d' A  rgenson,  qui  vint  cette  année  (1657). 

Année  16»;o,  paye  ï>î.— Monsieur  «le  Lauzon,  sénéchal,  ne 
pent  voir  cette  désolution  générale  de  la  colonie  (causée  par 
les  incursions  ti»  s  Troquois  dans  le  eoisinaye  de  Québec),  sans 
se  mettre  en  devoir  de  donner  hi  chasse  aux  ennemis,  afin  de 
garantir  du  moin»»  le  reste  des  habitant»  du  péril  qui  les 
menaçait.  11  alla  les  attaquer  à  l'Isle  d'Orléans  pour  les  en 
faire  sortir,  puree  que  leur  séjour  en  ce  lieu  alarmait  tout  le 
voisinage.  Us  8e  défendirent  longtemps.  usant  de  plusieurs 
ruses  ]  our  s»  mettre  à,  couvert  des  coups  de  fusil  que  les 
Franc, ai*  déchargeaient  continuellement  sur  eux.  ce  qui  ne 
les  empêcha  pas  de  h.*  saisir  d'un  po»to  avantageux  où.  se 
voyant  en  assurance,  ils  nommèrent  plus  d'un"  fois  lus  Fran- 
çais de  se  r«  ndre.  leur  promettant  la  vie  par  de  belles  paroles 
que  Monsieur  le  sénéchal  méprisa,  aimant  mieux  mourir 
gWiciwMiu  nt  «  n  se  battant  que  do  vivre  dans  une  honteuse 
captivité.  Il  anima,  par  son  discours  et  par  *on  exemple,  le 
petit  parti  qu'il  commandait,  à  faire  tête  aux  Iroquois,  quoi* 
qu'il-*  furent  bien  plus  nombreux  ;  et  ils  s'exposèrent  tous 
si  irénéreusement  Qu'il  ne  resta  en  vie  de  tout  son  monde 
qu'un  seul  homme  blessé  à  mort  et  ertièrement  hors  de  com- 
bat. '  U~  le-»  ennemis  emmenèrent  en  leur  pays  pour  lui  faire 
souffnr  l«s  cruautés  ordinaires  qu'il*  exerçaient  sur  leurs 
prisonniers.  Monsieur  le  sénéchal  fut  le  premier  tué  dans 
ce  tu*  attaque  :  mais  il  eut  la  trio  ire,  en  mourant,  d'éloigner 
les  Iroquois,  qui  prirent  aussitôt  la  fuite.  Sa  mort  affligea 
tout  le  Canada,  parce  qu'il  y  était  fort  aimé,  et  chacun  le 
pleura  comme  s'il  eût  été  son  proche  parent.  Ce  gentilhomme 


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Bavait  se  ménager  l'affection  des  peuples  par  une  certaine 
familiarité  qui  gagnait  les  occurs  et  qui  lui  attirait  en  mPruo 
temps  le  respect  de  tout  lo  monde. 

Année  10" \.  page  91.— Nous  élevions  dans  cette  commu- 
nauté, depuis  l'âge  de  six  ans.  Mademoiselle  de  Lauzon  de 
Charny.  Elle  suivait  les  traces  de  toute  sa  famille,  qui  s'é- 
tait distinguée  partout  par  sa  vertu,  et  cette  jeune  vierge  ne 
soupirait  qu'après  la  vie  religieuse,  où  elle  désirait  ardem- 
ment de  s'enghger.   Mon>ieuj*  de  Lauzon,  son  pvre,  qui  était 
notre  supérieur,  ravi  de  voir  que  les  iurlinations  de  sa  chère 
fille  favorisaient  celle  qu'il  avait  de  nous  faire  du  bien,  passa 
un  contrat  avec  nous  par  lequel  il  s'engageait  à  nous  donner 
douze  mille  livre»,  monnaie  do  France,  pour  la  dot  de  Made- 
moiselle sa  tille,  à  condition  seulement  qu'attendu  qu'elle  était 
d'une  complexion  delicate*,  on  lui  servirait  une  entrée  de 
table.  11  avait  dessein  aussi  de  nous  faire  ses  héritières,  après 
qu'il  aurait  donné  ù  ses  neveux  ce  qui  devait  leur  revenir. 
Mais  quelques-unes  de  nos  religieuse»  craignirent  que  cette 
petite  distinction  que  Monsieur  de  Lauzon  demandait  pour 
Mademoiselle  sa  tille  ne  causât  du  trouble  dans  la  maison, 
elles  en  parlèrent  à  Monseigneur  I  Kvêque.  qui  tiura  dans 
leurs  raison»  et  qui  voulut  retrancher  cet  article  du  contrat 
qui  était  fait.   Monsieur  de  Lauzon  s'y  opposa.    11  eut  là- 
dessus  quoique  différend  avec  Monseigneur  de  Laval,  et  enfin, 
pour  terminer  toute  l'affaire,  il  se  réwlut  d'emmener  en 
France  sa  chère  fille.   Kite  partit,  cette  même  année,  avec 
Mademoiselle  Charlotte-Madeleine  de  Jjaffcrlc.  sa  cousine 
germaine.  11  les  conduisit  toutes  deux  aux  Hospitalières  de 
La  Eochelle,  où  elles  ont  étt:  religieuses  et  ont  beaucoup 
édifié  et  servi  ce  couvent  par  leur  vertu  et  par  leur  bon 
esprit.  Monsieur  do  Lauzon  les  gratitia  de  tout  co  que  nou9 
aurions  pu  espérer  do  lui. 


LES  VIEUX  PAPIERS 


Le*  grandes  lignes  de  l'histoire  du  Canada  font  toutes 
tracées,  (iarneau.  Ferland,  Bibaud  et  autres  ont  fait  ce  noble 
travail.  Ce  sont  les  détails  qui  noua  marquent,  ces  mille 
détails  qui  font  l'otnementation  de  l'histoire  et  la  poétisent. 
M.  de  (i:ispé.  ce  bon,  modeste  et  charmant  vit  illard,  dont  le 
souvenir  sera  toujours  cher  à  ceux  qui  ont  tu  le  bonheur  de 
le  connaître,  nous  a  bien  laissé  des  Mémoires  qui  font  les 
délices  de  ceux  qui  étudient  l'histoire  du  pays.  M.  Benjamin 
Suite  a  mis  au  jour  dans  son  grand  ouvrage  une  infinité  de 
chose*  jusqu'ici  ignorées.  M.  Marinette,  dans  ses  romans  his* 
toriques,  a  su  faire  ressortir  avec  goût  les  mœurs  et  les 
habitudes  des  personnages  du  temps,  qu'il  a  auasi  extrême- 
ment bien  repr.'sontés.  M.  l'abbé  Dani-d  a  groupé  ensemble 
les  principal  familles  du  pays  et  a  fait  leur  histoire.  Bibaud, 
jeune,  nous  a  donné  s^s  Tablettes  et  quantité  de  fragmente 
hwlonques  très  recherch  a,  et  l<>s  deux  Sociétés  Historiques 
de  Québec  et  de  Montréal  ont  livré  à  la  publicité  des  Mémoi' 
re*  d'une  grande  valeur.  Ma;s  que  de  choses,  de  fait-»,  de 
traits  encore  complètement  ignorés  ou  tombés  dans  l'oubli  t 
que  de  pesages  obscurs  ou  mal  définis  dans  notre  histoire  ! 
Où  trouver  nsnois  les  matériaux  nécessaires  p^ur  jtterde  la 
lumière  sir  ce->  p^n's  difficiles  ?— Dans  les  vieux  papiere 
dans  le*  pa  Ws  de  famille,  c'i  si  là  que  se  trouve  la  mine 
encore  inexp'oitée  de  notre  histoire  !  Je  ne  saurais  donc  trop 
vous  m  tire  en  garde  contre  leur  destruction.   Conservez  * 
précieusement  tout  ce  qui  vous  en  tombe  sous  la  m::m  de- 
puis lu  l'ttre  fami!ière  et  la  plus  insignifiante  <n  appan  nce 
jusqu'au  mémo:rosér'eux,et  quelquefois  fort  lourd  de  l'hom- 
me politique.  Registres,  commissions,  ordres,  instructfons, 
«et»  s  notariés,  marchés,  notes,  reçu*,  factures,  petits  carrés 
do  pap:e-s  griffonnés,  grandes  feuillfs  couverte*  en  tout  ou 
en  par; io  d'écritures  ill'sibles.  mettez  tout  cela  religieuse- 


ment  de  côte,  c'est  la  propriété  de  l'histoire,  cela  lui  appar- 
tient. Si  ces  papiers  vous  embarrnsseut,  allez  les  offrir  â  des 
hommes  comme  l'abbé  Verreau,  lo  digne  successeur  de  Jac- 
ques Viger,  à  Mgr  Tanguay,  à  M.  lîcllcmare  ;  ils  suuront 
bien  vous  en  débarrasser,  cl  foi,  par  impossible,  il»  n'en  vou- 
laient point,  veuillez  vous  adresser,  tans  Invitation  aucune, 
à  moi.  et  d'avance,  je  vous  promets  un  cordial  accueil. 

Ici,  qu'il  me  soit  permis  de  l'aire  un  reproche  bien  grave 
aux  dame»  !  il  m'en  coûte  beaucoup  de  lo  proférer,  car  je 
sens  qu  il  est  tout-à-lait  mérité  et,  cependant,  je  ne  voudrais 
avoir  que  a  es  éloges  à  leur  adresser  !  Quels  documents  pré- 
cieux pour  l'histoire  ont  été  détruits  par  les  dames  ou  par 
leurs  ordres  !  Sous  prétexte  de  laire  régner  lu  propreté  duns 
la  maison,  on  commence  par  reléguer  les  papiers  au  grenier 
ou  dans  un  coin  noir  do  lu  cave  où  ils  deviennent  la  pf>ie 
des  ruts  et  de»  souris,  des  vers  et  do  l'humidité.  Poussées  do 
plus  en  plus  par  l'esprit  de  propreté,  un  bon  jour,  sous  n ré- 
texte encore  que  ce»  pauvres  malheureux  papiers  attirent  la 
vermine  ou  accumulent  la  poussière,  ou  les  met  lout-à  l'ait 
hors  de  la  maison  et  instruction  péreiuploirc  est  donné  a  lu 
cuisinière  de  s'en  servir  pour  les  besoins  quotidiens  du  su 
charge  !  Quel  vaudulisme  !  Que  de  lacunes  dans  notre  his- 
toire seraient  comble  es  aujourd'hui  si  les  documents  néces- 
saires n'avaient  pas  servi  à  griller  les  poulets  ou  à  allumer 
les  leux  de  nos  poêles  dans  la  rude  saison  de  l'hiver.  Ce 
vieux  papier  flambe  si  bien,  disent  en  chœur  toutes  les  ser- 
vantes !  Qui  no  se  rappelle  de  ce  volume  du  Journal  des 
Jésuites  trouvé  dans  le  fond  d'une  boite  à  bois  où  il  avait  été 
jeté  pour  devenir  la  pioie  des  flammes  !  Sans  l'heureuse  cir- 
constance que  1  on  sait,  nous  aurions  été  privé  de  ce  jalon 
important  dans  l'histoire  du  pays.  De  grâce,  mesdames,  lai- 
tes cesser,  tout  de  suite,  ces  actes  de  vandalisme  et  sauvoz 
pendaut  qu  il  en  est  peut-être  encoro  temps  ce  qui  nous  reste 
de  ces  vieux  papiers.  Que  votre  horreur  pour  ces  précieuses 


—  202  — 

rchques,  je  vous  en  conjure,  se  change  en  un  r<spect  bien 
henti  !  Je  me  suis  adressé  aux  dames,  tar  elles  tont  les  reines 
du  foyer  domestique,  et  y  contrôlent  sans  conteste.  Ce  n'est 
pas  dir-.  cependant,  que  les  maris  soient  exempts  de  tout 
reproche  de  ce  côté.  Ils  peuvent  être  assurément  accusés 
pour  le  moins  d'indiil'ércnce. 

Il  y  a  déjà  longtemps  que  ce  travail  de  destruction  est  à 
l'œuvre  :  il  a  commencé  lorsque,  cédant  pour  un  instant  au 
découragement,  on  croyait  que  la  race  française,  au  Canada, 
n'avait  plus  d'avenir  et  qu'elle  allait  se  fondre  dans  la  gran- 
de famille  angîo -saxonne  dont  le*  membres  l'entouraient  de 
toute  part.  On  parlait  de  s'>tr>jl-'rier  comme  étant  le  seul 
moyen  d'aequérir  de  l'avancement,  de  parvenir  à  la  prospé- 
rité. Me^  souvenirs  sont  encore  assez  viva>  es  la-dessu*.  Dans 
inSii  enfance,  c'était  la  question  principale  dans  les  villes  de 
Québec  et  de  Montréal,  et  l>ieu  sait  ce  qu'il  en  aurait  été  si 
le  clergé  canadien  toujours  vigilant  et  justement  alarmé 
n'avait  point  dans  son  patriotisme  éclairé,  fondé  dans  les 
campagnes  ces  collèges  classique",  centres  de  lumières,  d'où 
nous  sont  venus  des  jeunes  gens  pleins  de  force  et  de  sève 
qui.  donnant  l'impulsion  à  la  cho-e  publique  dans  toutes  ses 
diverses  branches,  ont  ainsi  sauvé  le  pays  du  mercantilisme, 
de  l'angliricat  ion.  en  d'autres  t"rnvs. 

On  tenait  si  peu  aux  ancêtres  et  aux  traditions  qu'ils  nous 
avaient  la'ss-'es.  que  papiers,  moub'es.  argenterie,  tout  cela 
•  était  mis  de  côté  comme  inutiles.embarras-ants  ou  démoJés. 
Les  papiers  allaient  an  feu.  les  meubles  chez  l'en  cant  eur  pour 
y  être  vendus  à  vil  prix  et  l'nrgenierie  au  creuset  !  Heureu- 
sement que  les  temps  ont  chungé  et  qu'il  reste  encore  des 
vieux  papiers,  grâce  au  dévouement  de  quelques  hommes 
zélés  et  patriotiques. 

Oui,  mesdames.il  en  reste  !  Encore  une  fois,  veuillez  nous 
donner  votre  généreux  concours  et  daigner  voir  d'un  bon 
œil  les  vieux  papiers.  L.-F.-Cf.  Baby 


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LA  JUDICATURE  EN  1732 


"  L'éloigncmenl  où  sont  lu  pluspart  de  ceux  qui  auraient 
des  dispositions  à  devenir  habiles  dans  la  science  de»  loix, 
par  lo  pou  ou  point  do  ressources  qu'ils  trouvent  oaus  les 
emplois  de  judicature  est  un  cmpeschc-mcnt  insurmontable 
à  trouver  des  sujets  propres  à  remplir  les  places  vacantes. 
U  no  se  trouve  même  actuellement  personne  hors  lo  Sr  tiail- 
lard  qui  ayt  sollicité  une  place  de  conseiller  depuis,  qu  il  y 
cn  a  de  vacantes.  .Nous  rendrons  complu  de  sa  capacité  par 
une  dépêche  particulière.  En  général  dann  un  pays  aussy 
pauvre  que  celuy  ey  on  l'ait  peu  de  cas  d'une  place  honora- 
blo  où  il  n'y  a  point  de  prolit.  Le  Sr  Verrier,  proc  ureur  gé- 
néral, se  prestera  volontier  ù  donner  des  levons  ue  dtoit 
français  mais  il  n'aura  point  d  auditeur»  s'ils,  ne  sont  1  hit  le/, 
de  l'espérance  que  leur  travail  le»  conduira  à  quelque  em- 
ploy utile  :  nous  ne  pouvons  laisser  ignoier  a  6a  Majesté 
toutes  ces  circonstances. 

"  Sa  Majesté  pourra  juger  de  la  rareté  des  sujets  propre» 
à  la  judicature  par  la  nécessité  où  le  Sr  llocquart  s'est  trou- 
vé de  faire  remplir  le  poste  du  greffier  de  la  juridiction  do 
Montréal  par  un  bourgeois  de  Québec  dont  le  mérite  consis- 
te seulement  à  être  houncto  homme  et  de  .s«,avoir  esc-rire 
passablement.  Les  Seigneurs  de  Saiut-Sulpice  propriétaires 
du  greffe  et  qui  ont  droit  do  présentation  luy  ont  abandonné 
dans  cette  occasion  lo  droit  qu'ils  uvoient  d'y  noiuer  faute  de 
sujets  et  ont  préféré  de  s'en  raporter  au  dit  Sr  UocqUari. 

il  Les  livres  de  judicature  dont  Sa  Majesté  a  bien  voulu 
faire  la  dépense  sont  existants  dans  la  chambre  du  conseil, 
L'on  y  a  recours  assez  souvent  dans  les  causes  difficiles  ; 
mais  il  s'en  laut  beaucoup  qu'ils  puissent  servir  à  l'instruc- 
tion do  ceux  qui  voudraient  s'y  appliquer  à  l'étude  de  la  ju- 
risprudence. Nous  exigerions  seulement  d  eux  quant  à  pré- 
sent qu'ils  «eussent  l'ordonnance  et  les  éléments  du  droit 


—  204  — 

français.  C'e>t  dans  celte  veiie  que  le  Sr  Hocquart  a  fait 
venir  cette  année  douze  exemplaires  des  institut  ions  d'argou, 
qu'il  a  distribuez  dans  les  prêtres  des  juridictions  et  aux 
juges  qui  ont  souvent  besoin  eux  mémos  dts  instructions  les 
plus  ordinaires,  nous  supplions  très  humblement  8a  Majesté 
d'avo  ir  épnrd  à  toutes  les  représentations  que  nous  avons  eu 
l'honneur  de  lui  faire  a  ce  sujet  l'année  dornière.  Si  Sa 
Majesté  fait  pendant  quelque  temps  de  la  depen-e  en  appoin 
tements  elle  pourra  par  la  suite  s'en  dispenser  en  attribuant 
des  droits  et  des  épices  aux  officiers.  Au  surplus,  le  sr  Hoc- 
quart a  jusqu'à  présent  donné  tous  ses  soins  pour  la  distri- 
bution de  la  justice  et  il  continuera  de  les  donner.  Il  est 
tro;>  persuadé  de  l'importance  de  cet  ob:et  pour  se  relâcher 
de  l'attention  qu'il  doit  y  apporter."  (Extrait  d'un  mémoire 
de  MM.  de  Beauharnoîs  et  IIo  quart  au  roi  de  France  en 
date  du  1er  octobre  17.'Î2). 

Le  tome  8e  de  la  "  Correspondance  générale."  page  108, 
contient  le  refus  de  Sa  Majesté  ;Y  l'intendant  "  do  p  rmottro 
aux  officiels  du  Cont-eil  Souverain  de  paroistre  en  public  en 
robbe  rouge.  L'iwnpe  de  la  robe  roupe  avait  été  emprunté  aux 
cours  souveraines  de  France,  où  il  fallait  en  être  revêtu  pour 
Tendre  certains  jugements.  Elle  disparut  du  pays  avec  la 
cession.  La  «  avocats  comme  le*  jupes  ne  portent  que  la  robe 
noire,  qui  est  do  soie  pour  les  jup.  s.  les  conseils  de  la  reine  et 
les  gre triers.  On  revit  la  rob«  roture  avec  la  création  delà 
Cour  Suprême  du  Canada  en  1875.  Les  jupes  la  portent  à 
l'ouverture  de  chaque  terme  et  lorsqu'ils  rendent  leurs  juge- 
monts.  Ils  la  ]K)rtent  même  en  public  à  l'ouverture  et  à  la 
prorogation  de  chaque  session  du  Parlement  et  aussi  à  la 
cérémonie  de  I  in-tal'ation  du  gouverneur-général,  par  ex- 
emple elle  do  lord  Minto  au  Palais  Législatif  à  Québec  en 
novembre  1898.  ft.  G. 


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—  205  — 


LA  FAMILLE  GIROUARD 

Sachons  d'abord  qu'il  existe  deux  familles  canadiennes  et 
«eadiennes  do  nom  semblable,  mais  toutes  deux  descendent 
du  même  ancêtre  de  la  vieille  France.  M.  Antoine  Gïrouard 
est  la  tige  de  la  famille  canadienne.  Xé  t\  Mont-Luçon  au 
Bourbonnais,  France,  en  IfHMï,  il  était  fils  de  Jean  (Jirouard, 
Conseiller  du  Roi.  et  Contrôleur  du  Dépôt  de  Riom  en 
Auvergne,  et  de  Pétronille  (leorgcau  de  Mont-Luçon.  Vers 
171b*.  il  vint  à  Montn-al.  où  il  demeura  quelques  années  chez 
M.  de  Ramezay,  (gouverneur')  on  qualité  do  secrétaire.  Ici. 
le  2  février  1723,  il  épousait  Belle  M.-Anne  Barré,  et.  le  2<ï 
avril  do  la  môme  année,  était  admis  par  l'intendant  Bégon 
au  îiombro  des  quat  re  huissiers  royaux  de  Montréal. 

S'il  faut  en  croire  les  rapports  d'huissier  de  M.  (Jirouard, 
il  résida  sur  "la  rue  Xotrc  Dame,  proche  les  .Jésuites,"  de 
172!i  à  1727,  époque  où  il  transporta  son  domicile  au  fau- 
bourg Sainte-Marie,  qui  était  le  quartier  des  parents  do  ea 
femme.  M.  (Jirouard  a  ou  une  large  part  des  affaires  profes- 
sionnelles de  Kon  temp*  que  se  partageaient  les  quatre  notai- 
res et  les  quatre  huissiers  royaux.  Ils  exerçaient  tous  comme 
'  praticiens"  devant  la  Jurisdiction  Royale,  et  même  le  Conseil 
Supérieur.  Vers  1735.  il  se  démit  tie  eette  charge,  après  quoi 
son  nom  figure  quelquefois  comme  praticien,  mais  c'est  à.  la 
culture  de  la  terre  qu'il  so  livra  tout  particulièrement.  Il 
était  père  de  huit  enfants,  et  mourut  le  5  juin  17*17.  Parmi 
ses  descendants,  nous  avons  des  hommes  très  distingués, 
entre  autres.  M.  Désiré  (Jirouard,  de  Montréal,  aujourd'hui 
juge  de  la  Cour  Suprême  du  Canada. 

louant  à  la  famille  acadienne,  M.  François  (Jirouard  en 
est  le  père.  Dès  lfî7 1  (alors  âgé  de  50  ans\  il  habitait  déjà 
Port-Royal,  en  Acadie,  s'était  marié  au  pays  et  avait  plu- 
sieurs enfants  mariés.   Un  état  officiel  dressé  en  1752, 


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—  20G  — 

et  par  consequent  trois  ans  avant  la  déportation  des  A ca- 
diens,  constate  que  15  familles  Girouard  s'étaient  réfugiées 
dans  les  villages  de  la  l'ointe  de  Beauséjour. 

La  famille  acadienne  compte  aujourd'hui  des  milliers  de 
représentants  répandus  dans  différentes  parties  des  provinces 
maritimes  et  nommément  à  Bouctouche,  N.  B., et  à  Arichat, 
C.  B.,  et  aussi  dans  la  vallée  du  Richelieu,  province  de 
(Québec. 

Cette  famille  acadienne  a  aiksi  fourni  des  hommes  mar- 
quants parmi  lesquels  figurent  M.  Girouard,  curé  d' Arichat, 
dont  parle  M.  Rameau  à  plusieurs  pages  du  son  livie,  La 
France  aux  Colonies  ;  M.  G. -A.  (iirouurd,  1  ex-député  de 
Kent  ;  le  distingué  notaire  de  Saint- Benoit,  feu  Jean-Joseph 
Girouard,  ancien  député,  dont  le  nom  figure  prc&qu  a  chaque 
page  du  livre  de  M.  L.-O.  David,  Les  Patriotes  de  1837-38, 
était  aussi  Acadien  ;  comme  il  le  dit  lui-même  dan»  une  note 
inédite,  il  était  le  tils  de  Joseph  Girouard,  "chassé  de  l'an- 
cienne Acadie  par  les  Anglais  avec  un  grand  nombre  de  ses 
compatriotes  victimes  de  leur  attachement  à  la  France.''  Le 
jeune  notaire  de  Saint- Benoit,  Joseph  Girouard,  ex-M.  P.,  et 
l'honorable  Dr  Girouard,  conseiller  législatif,  de  Longueuil, 
sont  ses  tils. 

Les  deux  familles  acadiennes  et  canadiennes  venaient  du 
midi  et  du  centre  de  ia  France,  et,  à  en  juger  par  le  nombre 
de  ces  localités,  qui  doivent  leur  nom  à  la  famille  Girouard, 
l'on  peut  espérer  que  le  nom  n'y  est  pas  éteint.  Les  ancêtres 
écrivaient  Girouard,  mais  ce  tréma  sur  l  u  n'a  pas  été  con- 
servé. Aujourd'hui,  on  écrit  indifféremment  Gerroir,  Gi- 
roire  et  plus  souvent  Girouard.  La  racine  de  ce  nom 
vieut  de  deux  mots  saxons  4 Ger-Ward",  qui  veulent  dire 
"garde- lance."  R. 


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FORMULETTES  ÉCRITES 


J'ai  eu  occasion  de  parler  ailleurs  de  ces  clichés  de  la  con- 
versation que  l'on  appelle  "  formulottes."  Il  y  a  les  formu- 
lettes  parlées  et  les  formulett es  écrites.  Aux  premières  pages 
des  livres,  on  écrivait  assez  souvent,  autrefois  : 

Si.  tenté  du  démon. 
Tu  dérobes  ce  livre. 
Apprends  que  tout  fripon 
Kst  indigne  de  vivre. 

J'ai  lu.  sur  la  première  page  blanche  d'un  dictionnaire 
latin  appartenant  à  un  élève  du  collège  do  Nieolet,  une  as^ez 
longue  formule  en  vers  français  latins,  alternatifs.  La  pièce 
commençait  comme  suit  : 

Mr  li'/ii'r, 

Pour  de  l'argent, 

Chez  un  marchand. 


Suivait  une  description  du  volume,  laquelle  se  terminait 
comme  suit  : 


La  couverture. 
Qui  farta  r.<t. 
I>e  peau  de  chien. 

<^ui  reconstruira  cette  pièce  en  entier  ? 
A  la  Rivièredu-L-mp  (Louiseville),  les  enfants  de  l'école 
du  village  écrivaient  autrefois  sur  leurs  livres  de  classe  : 

•  Ce  livre  o.*t  à  moi  comme  la  France  est  au  Roi." 


—  208  — 

Cette  form  ul  et  te  est  bien  ancienne,  évidemment,  et  aussi 
bien  suggestive,  pour  employer  une  expression  toute  moderne. 
Elle  constitue  une  évocation  du  passé  qui  n'est  pas  sans- 
saveur. 

En  France,  on  lit  sur  les  mure  extérieurs  des  édifices 
publics  : 

Liberté- 
Egalité 
Fraternité 

Comment  faut-il  ponctuer  cola  ?  Un  mécontent  (il  y  en  a 
toujours!),  suggérait  décrire  : 

Liberté  (point)  Egalité  (point)  Fraternité  (point). 

La  charge  est  un  peu  exagérée,  Il  est  vrai  qu'il  n'y  a  pas 
do  charge  sans  exagération.  E.  G. 


LE  GÉNÉRAL  WOLFE 


Dans  son  expédition  contre  Québec.  Wolfe,  lorsqu'il  était 
en  bonne  santé.invitait  chaque  jour  les  officiers  des  différents 
corps  à  diner  avec  lui. 

Un  capitaine  écossais  invité  à  f>tre  son  hôte  reçut  le  même 
jour  une  semblable  invitation  d  un  de  ses  frères  d'armes. 

— Il  me  fait  peine,  lui  dit-il,  de  ne  pouvoir  accepter  votre 
invitation  ;  je  suis  déjà,  engagé  avec  Wolfe. 

Uu  officier  présent  à  cette  conversation  lui  fit  remarquer 
qu'il  aurait  dû  parler  plus  respectueusement  de  son  chef  ot 
dire  le  général  Wolfe. 

— Monsieur,  répliqua  vivement  l'Ecossais,  nous  ne  disons 
jamais  :  le  général  Alexandre,  ni  le  général  César. 

R 


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RÉPONSES 


Deux  our  raff  es  <la  Jttffe  lU'daril.  (I,  VII,  58.) — 
Isidore  Lebrun,  auteur  du  Tableau  des  deux  Canadas,  attri- 
bue au  juge  Pierre-Stanislas  Bédard  la  paternité  de  doux  ou- 
vrage-O'un  intitulé:  Observation?  cri tiq tics  sur  feu  Ouvrages 
de  Lamennais  et  de  M.  de  fiouald  ;  l'autre,  YY<j<7e  du  droit  na- 
turel démontré  par  des  Formule*  algébrique*.  Nous  n'avons 
pu  découvrir  ten  deux  ouvrages,  ut  nous  croyons  qu'il*  n'ont 
jamais  vu  le  jour,  ai  tant  est  mémo  qu'ils  aient  été  composés 
par  Bédavd.  Quant  à  la  paternité  des  écrits  politiques  parus 
dans  le  Canadien  de  180(i  à  1810,  elle  e*t  certaine  et  incon- 
testée. 11  no  signait  pas,  ou  il  mettait  des  noms  de  plume  au 
pied  de  ses  articles,  mais  on  les  reconnait  aisément  par  le 
style  quelquo  peu  diffus  de  leur  auteur,  et  par  la  note  cons- 
titutionnelle qui  y  domine  toujours. 

N.-K.  J>lo.NNE 

Le  M>m  (le  LoiiffUC ////.(I  I  I.XI,381.) — Dans  le  greffe 
du  notaire  Seven n  Ameau.sousla  date  du  7  do  juillet  1052, 
aux  Trois  Bivières,  il  v  a  lw  contrat  de  mariage  de  Jean  Le- 
duc  et  do  Mario  Villemin  (?)  qui  porte  les  signatures  de 
Jeanne  Mance,  L.  Closse,  des  Mazures,  Jacques  Aubuchon. 

Charles  Lemoino  et  Pierre  Boucher  signent  égalemont 
cette  pièce.  Les  conjoints  font  leurs  marques. 

A  part  Boucher  et  Aubuchon,  toutes  les  autres  personnes 
étaient  alors  en  route  do  Québec  pour  Montréal  où  eut  liou 
le  mariage  de  Leduc,  devant  l'Kglise,  le  11  novembre  sui- 
vant. 

I^e  contrat  du  7  juillet  1652  nous  donne  le  premier  rap- 
prochement connu  entre  les  noms  de  Charles  Lemoino  et  de 
Longueuil.  Comment  cela  avait  il  lieu  ?  Voici  mon  explica- 
tion : 

Le  31  mai  1051,  M.  de  Longuouil,  page  du  roi,  s'embar- 
quait à  Sainte-Anne  d'Auray  en  Bretagne  pour  le  Canada, 


-  210  — 


à  la  suite  do  M.  Jean  de  Lauzon,  qui  allait  prendre  le  gou- 
vernement de  la  co'onie  (Documents  sur  le  Perche,  1896, 
page  6.3,  partie  canadienne)  et.  le  12  octobre  suivant,  M.  do 
Lauzon  arrivait  en  rade  de  Québec  (Journal  des  Jésuites). 
Le  M.  do  Longueuil  du  7  juillet  1052  aux  T roi <-LMvi ères 
devait  être  celui  qui  accompagnait  M.  de  Lauzon  et  non  pas 
notre  Charles  Lemoine  puisque  celui  ci  ne  portait  pas  encore 
ce  surnom  et  qu'il  signe  simplement  "  Charles  Lemoine"  à 
■côté*  de  l'autre  qui  so  dit    De  Longueuil." 

D'où  venait  ce  ]  age  du  roi  et  que  devint  il  ?  Je  n'en  sais 
rien.  Il  e>t  probable  qu'il  ne  demeura  pas  longtemps  dans  la 
-colonie. 

Il*  montons  un  instant  en  arrière.  M\  de  Lauzon,  qui  aurait 
accepté  la  lune,  si  on  eût  pu  la  lui  donner,  s'était  fait  accor- 
der le  15  janvier  \H'.iô.  un  domaine  en  seigneurie  qui  com- 
mençait à  la  rivière  Chateauguny,  s'étendait  jusqu'à  la  nvièro 
Saint-Franrois  du  lac  Saint-Pierre,  embrassait  l'île  Sainte-Hé- 
lène, l  i!e  de  Montreal,  et,  en  pm fondeur  allait  au  deU  de  la 
frontière  américaine  actuelle.  Ce  royaume  en  bois  debout 
portait  le  nom  de  la  Citwrc  qui  était  celui  de  l'un  des  enfants 
de  M.  de  Lauzon.  (Voyez  mon  Jfistoire  de  Saint  -  François- 
✓/M-Zrt<\pagos  57).  Vers  1657. un  endroit  do  cette  région. situé 
vis-iVvis  le  bas  de  l'île  de  MVmtréal.s'appelait  la  Petite  Citière 
ot.  cette  année,   .M   de  Lauzon  l'accorda,  en  arrière-fief,  à 
Charles  Lemoine.  qui  demeurait  à  Montréal  en  qualité  d'in- 
terprète et  de  commerçant  <le  fourrures.  Lemoine  imposa  à 
cette  terre  le  nom  de  Longueuil.  en  souvenir  '  d'un  villago 
de  Normandie,  chef  lieu  de  canton  dans  l'arrondissement  de 
Dieppe,  sa  patrie."  (Paillon  :  Histoire  <1e  la  colonie  française, 
III,  3;">î»  51).  Le  M.  de  Longueuil  de  1051  et  1052  était-il 
pour  quelque  ebexe  aussi  dans  le  choix  de  ce  nom  ?  C'est  pos- 
sible, mais  voyons  p'us  loin. 

Charles  Lemoine  fut  anobli  en  160*.  sous  le  nom  de  •  Lon- 
gueuil." On  a  écrit  LongueilJ.ongueuil,  Lo'igenil.  Long  euil, 


aelon  lo  caprice  des  gens,  cur  alors  on  ne  connaissait  pas  d'or- 
thographe pour  les  noms— et  tout  cela  signifie  Longœil. 
Partant  de  ce  point,  M.  Jac  ques  Viger  »upp< >.-»•.  dans  su  Sabre- 
tache,  que  cotte désignation  provient  do  1  étendue  de  l'hori- 
Km  qu'embrasse  lVeil  quand  (»n  regarde  de  cette  terre,  à  tra- 
vers le  fleuve,  très  large  de  là  jusqu'à  Montréal.  (J/ittoire  de 
ZoMjucvil,  1881).  page*  Il  ne  savait  rien  de  ce  que  M. 

Faiilon  devait  imprimer  plus  tard  sur  ee  :>ujet  ;  son  manus- 
crit est  resté  longtemps  sans  être  publié. 

lJcux  autres  tiefs  contigus  au  premier,  que  Lomoine  s'é- 
taient lait  concéder  pur  les  gouverneurs  et  intendants.après 
l'abo.ition  du  privilège  de  M.  de  Lnuzon,  lui  formaient  vine 
belle  seigneurie,  du  moins  quant  à  ses  dimensions,  car  elle  se 
trouvait  encore  à  pou  près  dan-*  l'état  primitif,  lorsque,  eu 
KîTb',  Frontenac  et  Duchcsneau  réunirent  ces  trois  tiefs  eu 
un  seul,  sous  le  nom  do  Longueuil,  et  tontirmèrent  Lomoine 
dans  leur  po-session. 

En  ltîT'J,  <lans  un  acte  de  mariage,  le  notaire  mentionne  lu 
seigneurie  comme  •'  Longueuil  de  Dieppe."' 

Ceci,  ajouté  à  ce  que  l'on  vient  de  voir,  me  fait  adopter  le 
dire  de  M.  Faiilon  :  Lemoine.  consacrant  par  ce  double  nom 
le  î-ouvenir  du  lieu  de  sa  naissance. 

J'ai  rencontré  le  nom  de  Marie  Lorgueil,  native  de  Iîouen, 
qui  épousa  Toussaint  HunauL  dit  Deschamps  à  Montréal,  en 
1654,  mais  en  supposant  que  le  nom  véritable  fut  Longueil, 
la  famille  de  cette  foraine  paraît  bien  étrangère  à  celle  de 
Charles  Lemoine. 

Il  est  tout  de  même  singulier  qu'un  "  M.  de  Longueil,  page 
du  roi,  '  ait  eu  des  rapports  avec  Charles  Lemoine  dès  16~t'2, 
et  j'incline  à  cro.ro  que  le  gentilhomme  en  question  était  «le 
Normandie  car,  sans  cola,  le  Père  Balthazar  de  Bellème,  qui 
a  noté  son  départ  de  France  pour  le  Canada  (voyez  les  Docu- 
ments tiitr  le  Perche  indiqués  plu»  haut),  l'eut  probablement 
laissé  passer  inaperçu. 


—  212  — 


Le  Père  de  Bellèmc,  capucin,  était  un  amateur  de  l'histoire 
du  Perche,  faisant  tes  observations  au  jour  lo  jour  et  très  au 
courant  des  départe  des  Percherons  et  des  Normands  pour  la 
colonie  do  la  Nouvelle-France  depuis  16.14. 

Que  de  choses  je  retrouverais  si  un  voyage  en  Normandie 
m'était  possible  !  Benjamin  Sui.te 

Philippe  tie  LoiieillUrs  tie  Poincy.  (IV,  XII, 
548.) — Poincy,  né  i  n  15S4,  appartenait  à  une  famille  origi- 
naire du  comté  de  Ponthieu. 

Il  débuta  dans  l'ordre  de  Malte  où  i!  s'acquit  promptement 
une  juste  réputation. 

Kn  ltili!,  le  roi  le  nomma  commandant  de  ees  vaisseaux 
en  lirctagne. 

Kn  1  lî'îT,  il  était  chef  d'escadre  et  commandait  un  des 
vaisseaux  du  roi  à  la  repj  i-e  des  îîesSaint-Honorat  et  .Sainto- 
Marguerite. 

C'est  en  le"!}!)  que  Poincy  commença  à  jouer  un  rôle  de 

-quelque  importance.  Appelé  par  Richelieu  aux  fonctions  de 

lieutenant-général  des  îles  d'Améi  ique.  il  s'empara  de  file 

do  la  Tortue  que  se  disputaient  les  Anglais  et  les  Espa- 
gnols. 

Kn  H14.V  un  nouveau  gouverneur  ayant  été  envoyé  aux 
Antilles.  Poincy  ne  voulut  pas  reconnaître  son  autorité,  et 
sa  révolte  détermina  la  guerre  civile  qui  dura  jusqu'en  1047. 
Comprenant  enfin  la  fiiis-e  position  dans  laquelle  il  s'était 
placé  et  voulant  fiiro  oublier  son  insubordination  coupable, 
il  coloni-a  Saint  Barthélémy,  les  Saintes,  Maiio-Calante  et 
la  Civnade. 

Le  roi,  pour  le  récompenser,  lui  expédia  alors  le  titre  de 
gouverneur-général  des  îles  d' Amérique. 

Poincy  céda  l'île  de  Saint-Christophe  à  l'ordre  de  Malte 
et  reçut  on  échange  le  titre  de  bailli. 

Il  mourut  le  11  avril  ItJUU,  revêtu  de  ces  mêmes  fonctions 

de  gouverneur  qu'il  exerçait  depuis  Kïôl. 

Edoi  AUD  (ioEPP 


—  213 


Le  curé  Povlneuf.  (Y,  I,  550.)— Philippe  "René  de 
Fortneuf,  né  le  13  noîlt  1707.  à  Montréal,  du  mariage  de  René 
Fobineau,  sieur  de  Fortneuf,  troisième  fils  du  premier  baron 
de  Fortneuf,  et  de  Marguerite  Philippe  Daneaux  deMuy,  fit 
ses  études  au  séminaire  de  Québec.  Il  termina  son  cours  vors 
1727.  et  embrasa  l'état  ecclésiastique.  Le  21  octobre  1731,  il 
fut  ordoiîin'  prêtre.  ftn  1732,  il  fut  nommé  curé  do  Saint- 
Jean.  I  led  Orléans. 

On  trouve,  dans  les  rentres  de  <ette  ratoisso.à  la  date  du 

12  avril  1734.  lYntr'e  suivante  :  Même  suis  nommé  parrain 
après  avoir  refusé  Simon  Campagna,i  cans  ^  de  son  ignorance 
crasse  et  manifestée,  lorsque  je  l'ai  interrosré  sur  le  petit  ca- 
t'ehisme.  (Signé)  :  KKXK  POHTN'HCF,  Ptre.  " 

Quelques  années  plus  tard,  M.  de  Fortneuf  devint  curé  de 
Suint  Joachim.  Il  occupait  encore  ce  poste  quand  les  Anglais 
vinr»  nt  mettre  le  siège  devant  Québec,  en  1750.  A  l'appro- 
che des  ennemis,  les  habitants  t'e  la  cite  de  Beaupré  aban- 
donnèrent leurs  demeures,  et  pc  tel  irè rent  dans  les  bois,  au 
pied  «les  montagnes,  emmenant  avec  eux  leurs  troupeaux. 
Fendant  deux  mois  environ.  1rs envahisseurs  respectèrent  ces 
villages  abandonnés.  Mj.is  vers  la  fin  du  mois  d'août,  les  géné- 
raux anglais  envoyèrent  plusieurs  compagnies  de  soldats 
ravager  la  côte,  depuis  lu  cap  Tourmente  en  remontant  vers 
l'Ange  (iardien.  Cette  œuvivdo  ruine  commença  à  latirande- 
Fenne.  Les  propriétés  que  le  séminaire  de  Québec  possédait 
en  cet  endroit  furent  dévast'es. 

Continuant  leur  cruelle  besogne,  les  soldats  s'attaquèrent 
ensuite  a-  l'égliso  et  au  presbytère.  Mais  les  paroissiens  de 
Saint- Joachim,  qui  surveillaient  de  loin  les  mouvements  do 
l'ennemi,  ne  purent  rester  impassibles  devant  un  toi  specta- 
cle. Une  quarantaine  d'entre  eux.  habitués  à  manier  le  mous- 
quet, s'embusquèrent  dans  un  endroit  favorable,  et  ouvrirent 

sur  la  troupe  un  f  u  meurtrier. 

M.  de  Fortneuf  ne  voulut  pas  abandonfu  r  si  sgen*  à  l'heure 
du  danger,  et  au  moment  où  ils  pouvaient  avoir  bes  in  de 


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J"  --V%1 


—  2U  — 

son  ministère.  C'était  un  sang  militaire  qui  bouillonnait  dans 
ses  veines.  Son  père,  le  vainqueur  de  Casco,  ses  oncles,  bcs 
frères,  avaient  bien  bravé  la  mort  nous  les  plis  du  drapeau 
do  la  France.  11  montra  à  te  moment  qu'il  était  digne  de  sa 
raie,  et  que  le  curé  de  Saint-Joachiin  était  vraiment  un  Port- 
neuf.  On  le  vit  s  exposer  sans  crainte  et  avec  le  plussublime 
dévouement  aux  balles  des  ennemis.  Ceux-ci,  disposant  do 
forces  supérieures,  unirent  par  luire  plier  la  poignée  de  braves 
qui  arrêtaient  leur  marche  destructive.  Les  Canadiens  furent 
forcés  de  ret  miter  en  laissant  sept  ou  huit  morts  sur  le  champ 
de  bataille.  Le  vaillant  curé,  dangereusement  blessé,  suivit 
ses  paroissiens  dans  leur  fuite.  Mai*  il  lit  une  chuie,  fut  re- 
joint par  les  grenadiers  anglais  et  haché  à  coups  de  sabre* 
Ce  tragique  episode  eut  lieu  le  "_';»  août  I7"»i».  M.  de  i'oilneuf 
fut  d  abord  enterré  dans  le  champ  ensanglanté  où  il  fut  trou- 
vé ;  et,  trois  jours  plus  tard,  il  fut  inhumé  sans  cercueil,  sous 
le  clneur  de  l'église  de  Sainte  Anne  par  M.  Parent,  curé  de 
cette  paroisse. 'Le  lendemain,  27  août,  les  sept  paroissiens  de" 
Saint-.loa«  him  (pii  avaient  rte  tués  le  même  jour  que  leur 
curé,  furent  aus»i  inhumés  à  Sainte  Anne,  leur  église  parois- 
siale a  yant  été  détruite  par  les  Anglais.  Voici  les  noms  de  ces 
obscurs  héros  :  Louis  Paré.  i>4  ans  ;  Jean  tîagnon.  t>!>  ans  ; 
Pie  rre  Gagnon,  ni  ans  ;  Charks  Langucuoc,  4*  ans  ;  Michel 
Magnan.  30  ans  ;  .K  au  Fortin.  Coatis;  Louis  Maire,  20 
ans. 

La  mort  au  champ  d'honneur  du  curé  de  Saint-Joachim, 
jetait  un  dernier  jayon  <le  gloire  sur  cette  famille  qui  s'était 
tant  de  l'ois  inscrite  aux  pages  do  noire  histoire. 

LiNOTLS 

Charles  de  Meaott,  seigneur  tVAulna y.  (V,  II, 

578.;  — Charles  de  Menou,  seigneur  d'Aulnay,  appartenait  à 
une  des  plus  nobles  famille  «lu  centre  de  la  France.  Elle  était 
originaire  du  pays  chartrain.  D'Aulnay,  qui  paraît  avoir  été 
parent  du  comnuBideur  de  Pazilly,  l'accompagna  dans  son 


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expédition  en  Am  'rique  en  1C32.  Il  était  son  lieutenant  et 
son  homme  de  confiance.  A  la  mort  de  Kazilty,  d'Aulnaylui 
succéda  dans  le  commandement.  11  peut  être  regardé  comme 
le  véritable  fondateur  de  Port-Tîoyal  :  car  c'est  lui  qui  y  créa 
la  première  colonie  d'habitants  fixés  i-ol'demcnt  au  ?ol  parla 
culture  des  terres. 

On  sait  que  l'Aeadie  était  alors  divis'e  entre  trois  grands 
feudataires.  La  Tour  au  sud,  d'Aulnay  au  centre.  Denys  au 
nord.  Tandis  que  ses  deux  concurrents  se  livraient  au  com- 
merce des  fourrures  et  des  pêcheries,  d'Aulnay  fondait  des 
établissements  de  colonisation,  les  seuls  qui  ein-s-nt  des  chan- 
ces d'avenir.  Ce  fut  li  son  grand  mérite  qui  rachète  ses 
fautes. 

J'ai  raconté,  dans  î'n  Pï!<jr>'i<a<jt'  au  jtai/s  'ï Ef(Ui'jêlhie.,\c& 
é 'ranges  péripéties  de  ses  lut  tes  contre  son  redoutai  le  voisin, 
Charles  de  la  Tour,  ses  expéditions  armées  contre  le  fort  de 
d  •  la  rivièie  Saint-Jean,  l'héroïque  défense  que  lui  opposa 
Madame  de  la  Tour,  les  cruels  traitements  qu'il  lui  fit  tuhir 
et  qui  ternirent  son  tr'omphe. 

Quelques  jmnées  après,  d'Aulnay  eut  une  mort  diiinede 
sa  vie  aventureuse  :  il  fut  trouvé  gelé  dans  un  marécage  où 
il  s'était  enfoncé  en  revenant  d'une  de  ses  explorations.  La 
Tour  qu'il  avait  chassé  de  ses  domaines.  r<  ntra  dans  tous 
ses  droits,  par  la  plus  léz  »rro  des  transactions  :  en  épousant 
la  veuve  de  d'Aulnay. 

Lorsqu'on  lit  cette  page  qu'on  croirai!  dérobée  aux  siècles 
barbares,  et  qui  rappelle  les  roman*  de  Walter  Scott,  on  est 
forcé  d'avouer  que  la  réaUfé  est  ici  plus  étrange  que  la  fic- 
tion :  elle  en  a  au  moins  tout  l'imprévu  et  tout  l'attrait.  Ce- 
pendant, malgré  ce  que  ces  aventures  poétiques  ont  do  sédui- 
sant, on  se  prend  à  désirer  quelles  n'eussent  jamais  existé, 
quand  on  réfléchit  que  si  tant  d'cftbrts  stériles  avaient  été 
employés  utiloment,  ils  auraient  pu  assurer  probablement  à 
la  France  la  colonisation  de  ces  domaines.  D'Aulnay  y  dé- 


pensa  à  lui  seul  plus  de  huit  cent  mille  livres  ;  il  eut  du 
moins  sur  ses  rivaux  le  mérito  de  laisser  quelques  traces 
après  lui.  L'abbé  II.  R.  Casoraix 


Ell  Anu'I'ifjHe.  (  V,  III,  588.) — On  dét-igne  encore  de 
ce  nom,  surtout  dans  nos  cam  putties,  lea  Ktais-Unis,  de 
memo  qu'il  est  entendu  qu'un  Yankee  doit  nécessairement 
s'appeler  un  "  Américain. "  Le  peuple  n'admet  pas,  en  quel- 
que borte,  que  lo  Canada  soit  ntué  en  Amérique,  et  l'on  di- 
rait, en  véiité,  que  noire  longue  sujétion  coloniale  a  eu  pour 
efl'et  direct  de  nous  amener  à  considérer  le  Canadien  comme 
un  intru*.  ne  possédant  aucun  droit  dans  la  attribution  de 
l'héritage  de  cet  immense  continent. 

.Sylva  Cl  Art  x 

Le  "  Clairon  tin  Hoir  (V,  III,  507.)—  Le  ,-Uvron  du 
roi  est  un  amusement  de  société  qui  consiste  à  se  passer  l'un 
à  l'autre  un  objet  quelconque,  de  telle  layon  qu'il  échappe  à 
la  personne  qui  doit  le  saisir.  Kn  Taisant  circuler  l'objet,  la 
rondo  entière  chante  : 

li  a  passé  par  ici, 

Le  clairon  <lu  r«.i,  Mesdames  ; 

Il  a  par  ici, 

Le  clairon  il»  roi  joli. 

Sylva  Ci.aî'In 

Les  cort'évs.  (V, III, 508.) — On  donnait  le  nom  do  rorcée 
à  tout  travail  volontaire  qu'on  allait  taire  en  commun  pour 
assister  uu  paroissien,  soit  pour  l'érection  d'une  charpente 
de  maison,  de  hangar,  de  grange  dont  il  avait  préparé  do 
longue  main  les  matériaux,  hou  pour  une  boucherie  d'au- 
tomne, ou  pour  toute  entreprise  qui  requérait  pour  un  jour 
un  nombre  de  bras  exercés. 

Ces  concours  utiles  et  agréables  prenaient  toutes  les  for- 
mes qu'on  voulait  leur  donner.   La  toilo  du  pays  était  eo 


grand  usage  chez  nos  pères,  et  pour  cela  le  lin  était  un  arti- 
cle de  culture  indispensable  en  Canada.  Le  broyage  ou  bra- 
yage  du  lin,  pour  en  tirer  la  filasso  et  l'étoups,  amenait  sou- 
vent dos  réunions  fort  gaies.  Les  merew  et  les  filles  y  pre- 
naient part,  laissant  aux  hommes  le  gros  de  la  besogne, 
comme  l'installation  à  l'abri  du  vent,  généralement  au  bord 
d'un  bois,  la  disposition  des  braies  en  état  de  solidité,  l'érec- 
tion de  la  chaufferie,  la  préparation  du  combustible  néces- 
saire, etc.  On  avait  dû  préli  minai  rement  battre  le  lin  pour 
en  conserver  la  précieuse  graine.  On  l'avait  fait  rouir  à  la 
rosée  sur  le  gazon  pendant  des  semaines,  p'iis  renrs  en 
gerbes  ]  our  le  transporter  au  lieu  de  l'opérai  ion. 

Tous  ces  préparatifs  faits,  commençait  alors  avec  anima- 
tion le  jeu  des  braies.  Chacun  prenait  une  po:gnée  de  lin 
brut,  soigneusement  chauffé  et  séché  sur  un  ♦  ré' eau  A  claire- 
voie,  au-dessus  d'un  feu  sans  flamme  ;  il  la  faisait  prisser  à 
plusieurs  reprises  sous  la  mâchoire  unie  de  sabrai*',  rompant 
en  petits  bouts  le  bois  de  la  tige  qui  tombait  à  ses  pied-»,  ne 
lui  laissant  en  mains  que  les  filaments  dégagés  de  IVcoree  et 
de  la  chenevotte.  C'était  la  douce  filasse  que  l'on  remettait 
aux  mains  pins  délicates  des  femmes  et  des  filles  pour  la 
peigner  et  en  faire  de»  rouleaux  tressés. 

Le  procédé  du  séchage  du  lin  donnait  parfois  lieu  à  des 
scène*  émouvantes.  Il  arrivait,  par  exemple,  que  la  chaleur 
trop  intense  du  brasier  mal  contrôlé  communiquait  la  flam- 
me au  lin  séchant  sur  le  tréteau,  ("étsdi  comme  l'éc'air  do 
la  nue  tombant  sur  un  toit  de  chaume  et  le  connumant  en 
un  instant.  L'émotion  devenait  grande  dans  l'assistance  sur 
le  moment,  mais  le  seau  d'eau  mis  en  réserve,  en  prévision 
d'un  tel  accident,  avait  rite  raison  de  l  ine.  ndie.  Co,  codant 
l'humiliation  de  la  chauffeuse  inattentive  ne  s'effaçait  pas  si 
tôt,  elle  avait  à  subir  le  feu  des  plaisanteries  et  des  quolibets 
durant  tout  le  jour  pour  expier  sa  négligence. 


—  21S  — 


On  ne  joue  plus  guère  à  ce  jeu  dans  notre  province,  la 
bonne  toile  canadienne  ayant  été  remplacée,  au  moins  en 
grande  partie,  par  les  cotonnades  beaucoup  moins  substan- 
tielles et  moins  salubres. 

L'on  semait  aut-si  le  maïs  sur  toutes  les  fermes.  Chaque 

habitant  avait  son  chump  de  blé  d'Inde  à  protéger  contre 
l'envahissement  des  mauvaises  herbes  durant  la  cioissance. 
Après  la  cueillette  sur  le  champ  venait  lépluehetto  à  domi- 
cile. Lu  jeunesse  de  ce  temps-là  fanait  de  ces  épluchettes 
l'amusement  le  plus  joyeux  do  l'automne,  (iérin  Lajoie  con- 
sacre un  joli  chapitre  de  ton  Jean  Rivanf  au  souvenir  qu'il 
en  avait.  Le  premier  épis  rouge  ou  pourpré,  très  rare,  mais 
ne  manquant  jamais,  grâce  à  la  prévenance  de  quelque  ama- 
teur, donnait,  pur  convention,  à  l'heureux  éplucheur  qui  le 
trouvait,  à  peu  près  les  mêmes  privilèges  que  la  fève  dans 
un  gâteau  des  lïois.  Ce  l'ait  seul  constituait  tout  de  suite  une 
hiérarchie  sociale  de  fantaisie  conduisant  à  d'autres  amuse- 
ments, sous  la  direction  des  nouveaux  élus,  et  à  la  dance 
inévitable  de  la  lin. 

Dans  Ces  passe-temps  agréables,  convertis  en  véritables 

fetes,  commençaient  bien  plus  judicieusement  qu'aux  bals, 
des  amitiés  franches  et  durables  se  terminant,  tut  ou  tard, 
par  des  contrats  de  mariage  et  des  notes. 

Ces  fails  ain>i  groupés,  sans  art  et  san-*  abus  de  détails, 
démontrent  suffisamment  que  les  anciens  Canadiens  de  nos 
campagnes  agricoles  se  créaient  une  vie  sociale  qui  leur  était 
propre  et  qui  n'avait  rien  de  triste,  d'ennuyeux  et  de  mono- 
tone, comme  pourraient  le  croire  nos  citadins  et  nos  cita- 
dines. Ils  se  suffisaient  à  eux-mêmes  pour  leurs  plaisirs  com- 
me pour  leur  subsistance.  Ils  acceptaient  volontiers  les  pei- 
nes du  travail  et  dormaient  tranquilles  assurés  par  la  foi  que 
leur  unique  créancier  et  débitrice,  la  Providence,  ne  leur 
manquerait  jamais,  tant  qu'il  travailleraient  sous  son  œil  et 
suivraient  ses  inspirations. 

.Raphael  Bellemare 


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Les  Écossais  au  Canada.  (V,  V,  G 11.)—  Les  Keos- 
fais,  que  la  défaite  ihi  prince  Kdouard  plaça  dan»  la  situa- 
tion de  proscrits  en  quelque  sorte,  furent  une  douzaine  d'an- 
nées dans  un  état  vraiment  misérable  ;  car,  si  on  ne  les  pen- 
dait pan.  ils  se  trouvaient  comme  d«\s  enfant»  mis  en  péni- 
tence. Lo  chef  du  clan  des  Fraser,  principal  groupe  de  la 
nation,  out  l'idée  d'offrir  «es  hommes  à  Pitt  pour  en  former 
un  régiment,  ce  qni  fut  accepte*  ;  mais,  à  peine  ce  nouveau 
corps  avait  il  complété  Mm  organisation,  qu'il  reçut  ordre 
(1759)  de  partir  pour  le  Canada,  et.  afin  que  cet  exil  ne  parut 
pas  trop  sévère  aux  braves  de  CnModen.  on  eut  le  soin  de 
leur  dire  qu'ils  allaient  pouvoir  ne  veneer  des  Français,  qui 
les  ava'eni  abandonné,  en  1745— du  moins,  c'était  la  plainte 
géniale  des  Ecossais  pour  expliquer  leur  défaite.  Voilà 
comment  ce-*  hiirhlandors  eurent  part  i\  lu  pri^e  de  L«  mis- 
bourg  et  à  celle  de  Québec.  Littéralement,  Mérimée  a  pu 
dire  que  le  gouvernement  britannique  "expédia  les  bonunes 
en  Canada",  laissant  le*  femmes  dans  les  montagne-  de  l'K- 
co^s',  car  la  politique  de  Pitt  consistait  surtout  à  >e  débar- 
rasser d'un  élément  incommode  pour  bu.  Maintenant,  qu'ad- 
vint il  de  tout  cela  ?  Los  Fraser  prirent  gont  au  Canada  ; 
on  leur  donna  des  terres  ;  ils  épousèrent  des  Cana  lionnes,  et 
leur  descendance  est  française.  Les  Ecossais  nous  «mt  con- 
quis ;  les  Canadiennes  ont  conquis  les  Ecossais. 

"Benjamin  Si  i.ïk 

Les  prélats  domestiques  «le  Sa  Sainteté.  (Vt 

VI,  6'29.) — "  Les  premiers  prélats  domestiques  furent  vrai- 
semblablement les  notaires  aoosfol:qmM  institués  ]  ar  -aint 
Clémeat  pour  recueiltir.danslesdiffér.n'.e*  régions  de  Jîome, 
les  actes  des  martyrs.  A  me«u»o  que  la  puissance  pmtiricale 
se  développait,  les  Papes  étaient  obliges  do  ne  servir  d'un 
plus  gran  l  nombre  de  personnes  qui,  néees-airoment  et  par 
la  force  des  choses,  avaient  la  charge  prélatice  suis  en  por- 
ter le  nom.  Petit  à  polit,  ces  différents  enp'ois  de  la  Cour 


—  220  — 

pontificale  se  subdivisèrent  entre  eux,  se  partagèrent  mieux 
des  attributions  qu'ils  cumulaient  auparavant,  et  un  litrj 
général  servit  plus  tard  à  désigner  toute  cette  clause  de  per- 
sonnes qui,  sans  être  cardinaux  ou  évêques,  avaient  cepen- 
dant dans  la  Cour  pontificale  un  emploi  leur  donnant  une 
préséance,  et  leur  permettant  de  dire  prae  lati. 

"  Alexandre  VII,  en  1651*,  délimita  mieux  la  dignité  pré- 

latice  et  les  différentes  manières  de  l'acquérir.  Il  y  avait  à 
cette  époque  la  prélature  dite  noire  et  la  prélature  usuelle. 
La  première  s'appelle  de  justice,  la  seconde  de  grâce.  Il  n'y 
a  plus  aujourd'hui  d'exemples  de  la  prélature  noire  ou  de 
justice,  car  ceux  qui  l'ont  acquise  obtiennent  facilement  de 
la  bienveillance  pontificale  leur  passage  ù  la  prélature  vio- 
lette ou  de  grâce. 

"  Le  costume  du  prélat  domestique  est  identique  à  celui 
de  l'évêquo  hors  de  son  diocèse,  à  cela  près  qu'il  ne  comporte 
ni  croix,  ni  anneau,  que  la  barrette  comme  la  calotte  doi- 
vent être  noires  sans  aucun  liseré  ou  filet,  et  que  le  cordon 
du  chapeau  est  violet.  La  soie  étant  le  distinctif  do  la  Cour 
pontifical  dont  ils  font  partie,  les  prélats  domestiques  pren- 
nent en  été  la  soutane  et  la  mantelletta  de  soie  violette,  tan- 
dis que  le  vêtement  des  évêques  doit  être  de  laine. 

"  Ils  timbrout  leurs  arme*  d'un  chapeau  violet  d'où 
descendent  six  glands  de  même  couleur,  et  leur  chapeau 
pontifical,  qui  ne  sert  qu'aux  cavalcades  et  à  leur  enterre- 
ment, est  en  drap  noir  doublé  de  soie  violette,  avec  cordon* 
de  même  couleur. 

"  Le  prélat  domestique  de  Sa  Sainteté,  ou  encore  prélat 
de  la  maison  de  Sa  Sainteté,  s'appelle  en  latin  Autistes  ur- 
banus  ou  encore  Autistes  doinus  Pontificis  Maximi.  Le  titre 
qui  lui  convient  est  "  Illustrissime  et  Kévérendifsimo  "  et 
celui  de  "  Monseigneur." 

"  Les  prélats  domestiques  sont  nommas  par  un  bref  ad 

perpétuant  rei  memoriam  et  leur  charge  est  à  vie."  (Battan- 
dier.). 


Prélats  domestiques  canadiens  :  Mgr  H.  Têtu,  Mgr  C. 
Tanguay.  Mgr  Marois,  Mgr  C.-O.  Gagnon,  Mgr  I.  Câlinas, 
Mgr  C  F.  Carcan,  Mgr  J.-B.-Z.  Bolduc.  Mgr  M.-K.  Mt'thot, 
Mgr  D.-S.  Karasay,  Mgr  A.-N.  Belletnare.  Mgr  J.  S.  Ray- 
mond. P.-G.  II. 

Le  "Petit  Camilla"  (V,  VI,  623.)— Lors  du  premier 
voyage  de  Champlain  dans  la  Nouvelle-France,  en  1603. 
Bechourat,  eagamo  montagnais  réaidant  à  Tadoussae,  donna 
8on  fils  à  Pontgravé  pour  l'emmener  en  France. 

C'est  sans  doute  ce  jeune  Montagnais  qui  lut  tenu  sur  les 
fonts  du  baptême,  le  9  mai  1604,  par  Alexandre  de  Vendô- 
me et  sa  sœur,  enfants  de  Henri  IV  et  de  (iabrielle  d'Es- 
trées. 

Privé  de  sa  liberté,  le  fils  du  sagamo  Bechourat  ne  tarda 
pas  à  tomber  malade.  On  le  transporta  au  château  de  Saint- 
Germain,  où  un  appartement  lui  fut  donné. 

C'est  dans  ce  même  château  que  madame  de  Monglat 
élevait  le  fils  de  Henri  IV,  alors  âgé  de  quatre  ans.  et  qui 
devait  être,  quelques  annés  plus  tard,  Louis  XIII. 

Le  médecin  de  ce  jeune  prince,  Jean  Héroard,  a  tenu  un 
journal  de  ses  actions,  jour  par  jour,  depuis  sa  naissance 
jusqu'à  ce  qu'il  eut  atteint  l'âge  de  vingt  ans. 

A  la  date  du  23  mai  1604,  nous  lisons  dans  lo  Journal  de 

Héroard  : 

"  A  huit  heures  levé,  bon  visage,  gai,  vêtu,  il  avale  (met) 
ses  bas  de  chausses  dit-ant  :  Voyez  la  belle,  jambe.  A  neuf 
heures  et  demie  déjeuné  sur  la  fenêtre  du  préau  ;  il  voit  des 
hommes  qui  passent,  leur  crie  :  Bonjou.  Messieurs,  je  men 
vais  boire  à  vous.  A  six  heures  il  voit  en  passant  le  Petit 
Canada  à  la  fenêtre,  malade,  il  lui  fait  porter  de  son  potage." 

Le  Petit  Canada  dont  il  est  question  ici,  c'est  le  sauvage 
amené  do  Tadoussae  par  Pontgravé. 

Une  semaine  plus  tard,  le  31,  Héroard  écrit  : 

"  Levé  contre  son  gré  par  Mme  do  Monglat  ;  il  tenoit  des 
verges,  lui  en  donne  un  bon  coup  sur  le  visage,  no  veut  point 
de  Mme  de  Monglat,  s'v  opiniâtre,  en  est  fouetté.  Il  envoie 
à  diner  à  Canada." 


I 


—  222  — 

Il  faut  croire  quo  le  dauj  hiti  avait  de  l'affection  pour  le 
Petit  Cumula,  car  le  10  juin  il  lui  envoie  encore  goi  ter  quel- 
que chase. 

"M.  de  Vindômo  (son  frère)  arrive,  note  ce  jour-ll  Hé- 
roard.  se  mot  auprès  de  lui.  à  la  main  gauche;  il  le  repout-so 
jiar  deux  diverses  l'ois  de  la  main  d:s.  nt  :  allez  plus  loin.  M. 
de  Vendôme,  de  t-on  mouvement  ,  lui  baise  le  dessus  de  la 
main  et  à  rimpourvû.  ]Ja  !  dit-il  en  faisant  le  fâché,  vous 
baisez  ma  main,  et  la  flotte  contre  t-u  robe.  Piomeni  au  jar- 
din, amené  à  la  Reine,  min  en  carrosse.  A  deux  heures  goûté, 
amusé,  ramené  en  lu  salle  du  Roi,  il  fait  sortir  un  cul-de- 
jatte  qui  jouait  du  flageolet,  disant  :  Mettez  dehors  ;  qu'il 
joue,  mais  jr  ne  le  ceux  ]>as  voir.  Il  ne  veut  point  voir  Oly- 
vette.  folle  de  feu  Mme  de  Par,  ne  veut  point  voir  maître 
Guillaume  (fou  du  loi),  n'aimo  point  Us  fols  de  cette  sorte. 
Soupé  .  il  fait  porter  de  la  gelée  au  petit  Canada,  malade  ; 
s'aniu-e  à  voir  les  passants." 

Le  Petit  Canada  mourut  le  18  «lu  môme  mois.  Les  méde- 
cins ne  purent  rien  faire  pour  lui  ;  c'est  l'air  de  ses  monta- 
gnes qui  lui  manquait. 

Le  lendemain  de  la  mort  du  pauvre  petit  montagnais,on 
otfre  au  dauphin  une  écuelle  de  cerises.  Il  la  repousse  en 
disant  :  Voilà  pour  le  Petit  Canada. 

Plus  d'une  année  après  la  mort  du  petit  indien,  le  15  no- 
vembre l(îl)f>,  à  propos  d'objets  rapportés  du  Canada  par  M. 
de  Monts  ("...  Mené  au  Poeq  et  passé  l'eau  pour  voir  dans 
un  grand  b» tenu,  un  animal  porté  du  Canada  par  M.  de 
Monts,  de  la  grandeur  d'un  élan.  Il  y  avait  une  petite  bar- 
que faite  à  la  mode  du  pays,  avec  du  jonc,  et  couverte  d'é- 
corce  d'arbre,  teinte  do  rouge,  faite  de  façon  de  gondole  ot 
ayant  les  avirons  du  bois  du  pays...),  le  dauphin  se  ressou- 
vient du  Petit  Canada,  de  sa  façon  do  prononcer,  do  la  cou- 
leur de  son  habit  bleu,  do  la  forme  de  t-on  bonnet,  rond  com- 
mo  celui  du  roi.  son  père.  P.-G.  R. 


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QUESTIONS 


630.  — Dans  les  Mémoires  sur  la  rie  de  M<jr  tU  Laval  par 
M.  de  LaTour,  on  lit  :  "  Un  bénédictin  déguisé  vint  à  l'appui 
du  parti  faire  une  incursion  on  Canada  ;  il  s'insinua  d'abord 
chez  les  curés  de  campagne,  ensuite  dans  les  communautés 
de  religieuses  ;  mais  le  prélat  le  fit  repasser  en  France,  où 
sa  communauté  le  réclama,  et  le  désavoua  dès  qu'elle  en  fut 
instruile." 

Où  trouverais-je  des  renseignement  s  sur  les  allées  et  venues 
de  ce  moine  dans  notre  pays  Y  Iîkmu. 

631.  — Un  vieil  habitant  de  Lotbinièrc  me  fuit  remarquer 
que  "le  Platon  "  était  autrefois  nommé  le  kCap-à  l'Arbre." 
Les  chroniques  du  temps  dos  Français  nous  parlent  souvent 
d'un  endroit,  entre  Québec  et  Trois-Itivières,  qu'elles  dénom- 
ment le  <•  Cap-à-l'Arbre."  lx>  "  Platon  "  d'aujourd'hui  ne 
sera  it- il  pas  le  u  Cap-à-l'Arbre  "  d'autrefois?  Lothin. 

632.  — En  1688,  le  Conseil  Supérieur  de  la  Nouvelle  France 
établit  un  bureau  des  pauvres  dans  chacune  des  villes  de 
Québec,  Trois- Rivières  et  Montréal.  Ces  bureaux  des  pau- 
vres ont-ils  fonctionné  longtemps  ?  Quelle  était  leur  manière 
d'agir?  Kessemblaient-ilH  en  quelque  façon  à  nos  sociétés 
Saint-Vincent  do  Paul  ?  JJios. 

633.  — L'honorable  M.  de  Bouehervillo  disait,  pendant  la 
dernière  session  de  la  législature  de  Québec,  quo  les  patriotes 
du  district  de  Montréal  avaient  organisé,  en  1837,  un  système 
de  conciliation  entre  eux  de  manière  à  ne  pas  se  servir  des 
tribunaux.  Tout  renseignement  sur  le  fonctionnement  de 
ces  tribunaux  m'obligerait.  (.'• 

634.  — Dans  dos  notes  manuscrites  de  feu  M.  Bibaud  que 
j'ai  en  ce  moment  sous  les  yeux,  il  est  souvent  question  du 
Journal  de  Joseph  Papineau,  le  père  du  grand  Papineau.  Ce 
Journal,  si  j'en  juge  parles  extraits  qu'en  fait  M.  Bibaïui, 
devait  être  fort  intéressant.  Existe  t-il  encore,  ce  Journal  ? 

A.  A .  X.. 


635.  — Connu  itssez-vous  quelque  chose  do  la  vie  de  l'abbé 
Paul  Casaegrain  à  qui,  paraît-il,  le  cardinal  Fleury  offrit 
l'évéché  do  Québec  et  qu'il  refusa  ?  Om.  ■ 

636.  — A  quelle  date  n monte  l'impression  du  premier 
calendrier  tel  que  nous  l'avons  actuellement,  avec  la  liste  du 
clergé  au  bas  ?  Connaissez-vous  quelqu'un  qui  en  possède  la 
collection  complète  ?  Coll. 

637.  — Fiuhett,  dans  s<  n  récent  ouvrage  Fight  for  the 
Flag,  parlant  de  la  fameuse  frégate  "Canada",  qui  contribua 
pour  une  si  grande  part  au  succès  de  lord  Podney  dans  sa 
célèbre  victoire  sur  lu  flotte  du  comte  «le  tirasse,  en  1782,dit 
dit  que  ce  vaisseau,  en  cette  mérooi  able  occasion,  était  com- 
mandé par  un  capitaine  Oumareaq. 

James  tirant,  dans  ses  British  Battles  by  Land  and  Sea, 
dit  que  la  "Canada"  était  commandée  dans  cette  bataille  par 
le  capitaine  Cornwaliis.  qui  plaça  son  vaisseau  le  long  de  la 
"  Ville  de  Paris,"  le  vaisseau  amiral  français,  et  ne  lo  lâcha 
que  lor»qu'il  fut  en  ruines. 

Lequel  des  deux  écrivains  dit  la  vérité  ?      E.-A.  Hart 

638.  — Où  mourut  le  premier  juge  Jîédard  ?  Quelles  rela- 
tions de  parenté  avaient  avec  le  juge  Rédaid,  premier  du 
nom,  le  juge  Klzéar  Bédard,  mort  à  Montréal  en  1849.  et  El- 
zéar  Bédard  l'auteur  de  la  chanson  patriotique  bien  connue  l 
Sol  canadien,  terre  chérie  ?  Rio 

639.  — La  chamon  :  C'est  la  faute  à  Papine.au  a-t-elle  été 
publiée  ?  Où  ?  Chans. 

640.  — Que  devint  l'abbé  Gazelle,  ce  prêtre  français  qui, 
en  1793,  accompagnait  l'abbé  Pojardins  au  Canada  Y  Je  sais 
qu'il  partit  de  notre  pays  en  1796.  II.  B.  C. 

641.  — Dans  l'histoire  de  la  Nouvelle-France,  au  dix  sep- 
tième siècle,  il  est  souvent  question  d'un  endroit  qu'on 
appelle  *'lu  Potherie,"  situé  entre  Québec  et  Trois-Rivièree. 
Connaissez-vous  le  site  exact  de  cette  ancienne  localité  ? 

T.-Rtv. 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

VOL.  5  AOUT  1899  Xo.  8 


SALMT- FR F.D  ÉRIC  DE  DRUMMOXDVILLE 


La  paroi-vo  de  Saint-Fr{déri<'  do  Prummondvillo  e«t  une 
des  plus  mici<»nnos  dos  Cantons  de  l'Est.  Sa  lanro  étendue  de 
torrito:re  fut  divine  en  townships  par  l'arpenteur  Jones,  en 
1792.  La  londatio'i  do  cette  paroisse  remonte  au  coramence- 
meiil  du  dix-septu-tne  siècle. 

('  est  aux  dernières  lueurs  du  crépuscule,  le  20  mai  1815. 
quo  le  g-'néral  Frédéric-Georges  Ilerriot,  nui  remontait  la 
rivière  Suint  François,  à  la  tête  d  un  délaehement  de  soldats 
appartenant  aux  raiments  licencia  de  Meuronset  He  Volti- 
geurs, planta  sa  tente  sur  lu  cote  su»!  «le la  rivière,  à  l'endroit 
précis  où  se  trouve  aujourd'hui  la  villa  de  M.  Sam  Xewton. 

Emerveille"  du  ait»  et  des  pouvoir*  d'eau  pre-que  naturels 
dont  il  prévoyait  sans  doute  leg  immense*  avantages  pour  le 
futur,  il  appela  ce  mairnifique  promontoire  qui  domine  les. 
chute*  -Dru tnmond ville",  du  nom  du  gouverneur  Dram- 
mond. 

Les  différents  missionnaires  qui  se  sont  suce 'dés  depuis 
l'établissement  primitif  de  la  colonie  jusqu'au  2  juillet  1850. 
date  où  la  paroisse  fut  érigée  eanoniquement  (décret  civil,  0 
septembre),  ont  tous  fait  preuve  d'une  vive  énergie  et  d'un 
dévouement  sans  bornes,  et  l'harmonie  qui  a  toujours  existé 
entre  les  habitants  de  croyances  différentes  est  la  preuve 
d'une  sage  administration. 

Les  missionnaires  catholiques  furent  M.  Raimbault.  do 
1815  à  1819,  et  le  vicaire-général  Kellev.  curé  de  Sorel.  de 
1820  à  1823.  ("est  le  25  novembre  1822.  nue  fut  bénie  la 
première  ég'ise  des  Cantons  de  l'Est,  dont  l'antique  clocher 
est  précieusement  conservé. 

Missionnaires  et  curés  :  M.  Raimbault,  1815-19  ;  M. Kellev, 
1820-23  ;  J.  Holme*,  1823-27  ;  M.  Power.  1827  31  ;  H.Pais- 
ley,  1831-32  ;  M.  Robson,  1832-42  ;  M\  O'firsdy.  1842-4<î  ? 
M.  Dorion,  1840-53  ;  J.-B.  Ledaîr,  1853-54  :  F.-O.  rVlcourt, 
1854-01  ;  .T.-O.  Prince.  1801  05  :  M.  Marchand,  1705-89  ; 
M.  Alexandre,  1889-93  ;  Thomas  Quinn,  curé  actuel.  R. 


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—  228  — 
LE  PÈRE  SÉBASTIEN  RASLE 

Le  23  août  1724,  une  armée  de  onze  cents  hommes  organi- 
sée à  Boston  tombe  à  l'improviste,  sans  avoir  été  aperçue,  sur 
le  village  de  Nanrautsouak.  Il  n'y  avait  pour  le  défendre 
qu'une  cinquantaine  de  guerriers  valides.  Surpiis,  à  trois 
heures  du  matin,  ils  sortent  de  leurs  demeures  et  une  vivo 
fusillade  s'engage  entre  eux  et  l'armée  ennemie  ;  trop  faibles 
pour  résister,  ils  n'ont  qu'un  but,  protéger  leurs  femmes,  leurs 
enfant»  et  les  vieillards  infirmes,  et  leur  donner  a  tous  le 
temps  de  gagner  le  bois  et  de  s'y  mettre  en  sûreté. 

Au  bruit  de  la  fusillade,  le  Père  Rasle.  qui  se  trouvait  dans 
la  chapelle,  sort  et  va  au  devant  des  assaillants,  dans  l'espoir 
d'attirer  sur  lui  seul  leur  attention  et  de  cauver  la  vie  à  ses 
néophytes.  Son  espoir  n'est  pas  trompé.  Kn  le  voyant,  les  An- 
glais poussent  un  grand  cri  de  joie  ;  leurs  fusils  se  dirigent 
sur  lui,  et  il  tombe  sous  une  grêle  de  bailee  au  pied  d'une 
croix  plantée  au  milieu  du  village.  Sept  sauvages,  qui  se  por- 
tent à  son  secours,  meurent  à  se»  côtés. 

Pendant  ce  temps,  la  plupart  des  néophytes  ont  pu  s'en- 
foncer dans  la  forêt,  après  avoir  perdu  une  trentaine  des 
leurs. 

Les  Anglais,  ne  rencontrant  nulle  part  de  résistance,  pil- 
lent et  brûlent  les  cabanes,  profanent  les  vases  sacrés  et  les 
saintes  espèces  et  incendient  l'église  ;  enfin,  après  avoir  mas- 
sacré indignement  quelques  femmes  et  des  enfants  qui  n'ont 
pu  s'enfuir,  ils  abandonnent  le  village  avec  précipitation, 
comme  saisis  d  une  terreur  panique. 

A  peine  se  sont-ils  retires,  que  cent  cinquante  pen>onues, 
qui  ont  échappé  au  mas:*acro,  rentrent  à  Nanrantsouak.  Le 
village  en  flammes  présentait  l'image  do  la  ruine  et  de  la  déso- 
lation. Rien  ne  les  émeut  comme  la  vue  de  leur  Père  aimé. 

"  Le  Père  Rasle  était  percé  de  coups,la  chevelure  enlevéeje 
crâne  brisé  à  coups  de  haches,  la  bouche  et  les  yeux  rempli* 


- 


—  229  — 

de  boue,  les  os  des  jambes  fracassés,  et  tous  les  membres  mu- 
tilés." (1)  On  voyait  que  les  ennemis  s'étaient  acharnés  sur 
ce  cadavre.  Se»  néophytes  versent  sur  lui  d'abondantes  lar- 
mes ;  et,  après  avoir  plusieurs  lois  baisé  ses  précieux  restes, 
ils  l'ensevelisent  à  l'endroit  où,  la  veille,  il  avait  célébré  les 
saints  mystères,  c'est-à-dire  à  la  place  où  était  l'autel  avant 
que  l'église  fut  brûlée. 

En  apprenant  celte  mort  du  missionnaire,  le  Fère  de  la 
Chasse  demande  pour  lui  au  supérieur  du  séminaire  de  Mon- 
tréal, M.  de  Belmont,  les  buttrages  de  l  Églisc,en  vertu  de  la 
communication  de  prières,  qui  existe  entre  ces  Messieurs  et 
les  Jésuites.  *•  C'est  taire  injure  à  un  martyr  que  de  prier 
pour  lui,"  répond  le  supérieur,en  rappelant  dans  la  circons- 
tance les  parole»  de  saint  Augustin.  C'était  bien  là,  du  reste, 
l'idée  que  se  taisaient  de  cette  mort,  tous  ceux  qui  connais- 
saient le  Père  iiasle.  li  portait  à  un  haut  degré  ce  sentiment 
de  l'apostolat,  qui  ne  recule  devunt  aucun  sucriticc  ni  aucun 
danger  pour  le  salut  des  âmes  rachetées  par  le  sang  de  Jésus- 
Christ. 

2ïé  d  une  famille  honorable  au  diocèse  de  Uesanyon,  en 
Franche-Comté,  il  était  entre  en  1675  dans  la  Compagnie  de 
Jésus,  à  Dole,  après  avoir  accompli  deux  ans  entiers  de 
philosophie,  il  venait  de  terminer  ses  dix  huit  ans.  En- 
voyé a  la  tin  de  son  noviciat,  à  Carpcntras,  puis  à  Nîmes,il 
y  professa  tour  à  tour  la  grammaire,  les  humanités  et  la 
rhétorique,  et,  aux  heure»  de  liberté  que  lui  laissait 
sa  classe,  il  s'occupa  spécialement  des  jeunes  ouvriers 
de  ces  deux  villes.  Il  aimait  beaucoup  cette  œuvre  et 
celle  des  pauvres.  A  Lyon,  pendant  son  cours  de  théo- 
logie, une  autre  œuvre  du  même  genre,  celle  des  porte- 
faix faisait  sa  plus  agréable  diotruction  après  de  longues 
heures  consacrées  à  l'étude  de  la  Somme  de  saint  Thomas. 


(1)  Ferland,  II,  p.  421. 


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—  230  — 

Cet  esprit  distingué,  dont  ses  confrères  admiraient  la  sou- 
plesse dans  toutes  les  quest  ions  spéculatives  et  littéraires,  sem- 
blait trouver  son  plus  grand  plnisir  à  traiter  avec  les  petits 
et  les  déshérités  de  ce  monde.  Bien  qu'il  ne  fût  pas  encore 
prêtre,  il  dirigea  plusieurs  années  la  congrégation  des  ou- 
vriers et  celle  des  porle-faix.  et  il  se  réserva  l'enseignement 
de  la  docttino  chrétienne  aux  domestiques.  Personne  qui  ne 
vit  en  lui  une  âme  d'apôtre.  Dévouement,  activité,  vertu. san- 
té do  fer,il  avait  tout  ce  qu'il  faut  pour  réussir  dans  1rs  mis- 
sions sauvages  :  aussi  ne  fut -on  pas  étonné  de  le  voir  s'em- 
barquer à  la  Rochelle  pour  l'Amérique  du  Nord,  le  23  juillet 
1C80.  Alors,  on  s'expliqua  également  pourquoi  ce  religieux, 
si  avare  de  son  temps,  aimant  l'étude  et  les  œuvres  de  chari- 
té, faisait  encore  do  la  peinture  et  des  ouvrages  de  tour  :  tout 
.cela  d.-vait  un  jo:ir  servir  au  futur  apâtro  dans  les  forêts  du 
Nouveau  Monde. 

,l  A  mon  arrivée  à  (Québec,  je  m'appliquai,  écrit-il  à  son 
frère,  à  apprendre  la  langue  do  nos  sauvages.  Cette  langue 
est  tn's  difficile,  car  il  ne  suffit  pas  d'en  étudier  les  termes  et 
leur  si  jn'tir  ation,  et  de  se  faire  une  provision  de  mots  et  de 
phrases,  il  faut  encore  savoir  le  tour  et  l'arrangement  que 
1  s  sauvages  leur  donnent,  et  que  l'on  ne  peut  guère  attra- 
per nue  par  le  commerce  et  la  fréquentation  de  ce  peu- 
ple." m 

Le  P.  Ka«lo  attrapa,  et  assez  vite,  ce  tour  et  cet  arrange- 
ment ;  h;entôt  U  n'yefit  dans  le  continent  aucune  langue  sau- 
vage.dont  il  n'<ut  quelque  teinture.  Outre  la  langue  abéna- 
kiM-,  .qu'il  possédait  plus  à  fond,  il  parlait  facilement.  mOrae 
ave<-  éléirance,  le  huion,  l'outaoua's  et  l'illinois. 

Knvoyé  d'abord  à  Saint-Francois  de  Suies,  puis  au  pa.it 
des  11  inois.  il  ne  re-ta  que  deux  ans  dans  cette  dernière  nvs- 
sion.  Nanrantsouak  fut  le  vrai  théâtre  de  son  long  aj  ostolat 


(i)  U-ttres  édifiantes,  t.  VI,  pp.  154,  161  el  suiv. 


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de  trente-cinq  ans  dans  l'Amérique  septentrionale.  Infatiga- 
ble, il  ne  passait  pas  un  seul  jour  sans  instruire  ses  sauvages 
et  les  visiter.  Dur  à  lui  même,  il  jeûnait  presque  continuelle- 
ment, ne  prenait  jamais  ni  vin,  ni  viande,  ni  poisson  ;saseulu 
nourriture  était  de  la  bouillie  faite  do  farine  de  bled  d  inde, 
quand  il  n'était  pas  réduit,  ]>ciHiaiit  l'hiver,  à  se  nourrir  de 
glands.  Quelles  que  fussent  ses  occupations  et  sa  fatigue,  il 
ne  voulut  en  aucune  circonstance  ac  cepter  le*  services  de  per- 
sonne. Il  cultivait  lui-môme  ton  jardin,  labait  son  ménage, 
préparait  la  sagamilé,  allait  chercher  le  bois  dans  la  forêt  et 
le  coupait.  ïoui  ce  qu  on  lui  envoyait  de  Québec  était  distri- 
bué aux  pauvres.  "  Comme  il  acavait  un  pou  de  peinture  et 
qu'il  tournait  assez  propiemcnt.il  décorait  son  église  d  ouvra- 
ges travaillé»  de  ses  mains."  Une  partie  de  ses  nuit»  se  pas- 
sait à  prier  ou  à  travailler.  Cet  homme  si  austère  était  cepen- 
dant d  un  caractère  aimuble  et  enjoué.  D'un  abord  facile,  tou- 
jours prêt  à  rendre  service,  il  était  aimé  et  respecté  des  Fran- 
çais et  des  sauvages.  Le  gouvernement  de  Québec  l'estimait 
comme  un  des  plus  fermes  soutiens  de'la  colonie,  à  cause  de 
sa  grand  influence  sur  les  Abéuakis,  qui  les  gardait  tidèles 
à  la  France.  Sa  mon,  arrivée  le  23  août  1724,  causa  d'uni- 
versels regrets.  (1) 

Cent  neuf  ans  après  eon  martyre,  .Mgr  Fonwiek,  évêquo 
de  Boston,  achetait  une  acre  de  terre  renfermant  l'emplace- 
ment de  l'ancienne  église  des  Indiens,  de  la  sacristie  et  de  la 
cabane  du  l'ère  Kaste,  pour  y  élever  un  monument  à  la  mé- 
moire d  un  des  hommes  les  plus  distingués  qui  soient  venus  sur 
ces  parajes,  en  qualité  de  missionnaires.  (2; 

"  L'ancien  village  de  Xanrantsouuk  est  éloigné  d'environ 
six  milles  da  village  actuel  de  Nurridgewock,  état  du  Maine, 
un  peu  dessu-i  et  presque  vis-à-vis  l'embouchure  de  la  rivière 
Sandy  dans  le  Kennebec.  C'est  une  belle  plaine  environnée 

(1)  Leilres  édifiantes,  p.  1724,  p.  237. 

(2)  Amiaks  de  la  Propagation  de  la  Foi,  vol.  VII,  année  1834-1835. 


—  232  — 


de  co'lincs  élevées  ;  elle  s'étend  l'espace  d'un  bon  quart  d* 
mille  sur  le  bord  oriental  de  la  rivière  qui  e'étend  de  ce  côté". 
Lew  cabanes  des  Indiens  étaient  placée*  dans  la  direction  du 
Nord  au  Sud.  Il  y  avait  sur  le  bord  de  la  rivière  une  route 
commune,  et  entre  le»  denx  ranjrs  des  cabanes  une  rue  de 
deux  tenu  pieds  de  largeur.  L'église  était  située  à  lextrérairt 
méridionale,  et  avait  sa  principale  entrée  sur  un  des  côtés 
de  la  place  qui  allait  de  là  jusqu'à  le  rivière.  L'autel  était  à 
l'orient.  La  maison  du  Père  Rasle  se  trouvait  près  de  la  sacris- 
tie, à  l  Kst."(l) 

C'est  li.  «*ur  le  tombeau  du  Père  Pasle,  au  lieu  même  qu'oc- 
cupait autivfo's  l'autel  où  il  avait  si  souvent  célébré  le  saint 
sacr'nce  de  la  mes-e,  que  fut  élevé  le  monument  en  granit 
taillé.  -;  Il  es»  en  forme  d'obélisque  et  a  vingt  pieds  de  haut, 
y  compris  la  base  ;  il  est  surmonté  d  une  croix  en  fer  bien 
travaillé,  hante  de  tm;s  pieds,  et  qui  ]>eut  être  vue  d'une  dis-* 
tti.ee  considérable.''  (2) 

La  c  'rémonie  d'inaugural  ion  eut  lieu  le  23  août  1833,  en 
présence  de  plusieurs  milliers  de  catholiques  et  de  protes- 
tants, accourus  des  points  les  pins  éloignés  de  l'immense  dio- 
cèse de  Poston.  Les  Indiens  Pénobseols.  ces  descendants  des 
Ahénakis  dont  beaucoup  avaient  été  massacrés  avec  le  Père 
P.a*!c  étaient  là,  heureux  de  rendre  hommage  au  grand  apô- 
tre de  leurs  ancêtres.  Mgr  Fenwick  présidait.  Au  milieu  de  la 
eén'ni"nie.  il  prit  la  parole,  et.  d'une  voix  forte  et  claire,  de- 
vant lu  foule  recueillie,  il  dévo'opra.  en  1rs  appliquant  au 
in-  rtyr.  ces  I  ell«  h  paroles  des  livres  saints  :  Sa  mémoire  ne 
périra  point,  son  nom  smi  inrogvé  <fe  génération  en  génération  : 
l?x  pe.uples  proclameront  sa  sagesse.  »t  V  Egline  des  saints  chan- 
tera sea  louanges. 


(M  /A/./'.  Vol.  Vit,  .inriM-  i8U  '*"3S.  PI1-  «86  cl  187.  On  conserve  dan» 
Ja  bibliothèque  publique  <le  Portsmouth  le  bureau  à  écrire  du  Père  Rxsles. 
/2)  Ibid,  vol.  VII,  i*.  190. 

Camille  or  Kochemonteix 


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—  233  — 


JACQUES  LE  GARDEUR  DE  SAINT-PIERRE 

Jacques  Le  Gardeur,  <•  cuver,  hieur  do  Saint-Pierre,  che- 
valier de  l'Ordre  royal  et  militaire  de  Suint-Louis,  apparte- 
nait  à  la  branche  do  Repentiguy,  do  la  noble  famille  Le  Gar- 
deur établie  au  Canada.  La  famille  est  originaire  de  .Nor- 
mandie et  descend  de  Jean  Le  Gardeur,  sieur  de  Croysillo, 
qui  lut  anobli  en  1510.  Charlotte  de  Cordny,  veuve  de  René 
Le  Gardeur,  sieur  de  Tilly,  de  ïhury-llarcourt,en  Norman- 
die, petit-tils  du  sieur  de  Croysille,  vint  dans  la  Nouvelle- 
France  en  163b",  avec  ses  deux  fils,  Pierre  Ia>  Gardeur,  Mtmr 
do  Repcntigny,  et  Charles  Le  Gardeur,  sieur  de  Tilly,  et  sa 
fille  Marguerite,  lemme  de  Jacques  Le  Neuf  de  la  Pother.e. 
et  s'établit  près  de  (Québec.  Pierre  Le  Gardeur  et  su  femme, 
Marie  Favery,  dont  la  vénérable  Mere  do  l'Incarnation  et 
l'intendant  Talon  vantent  l'extraordinaire  beauté  de  carac- 
tère, curent  trois  entants  nés  en  Franco,  et  deux  au  Canada  ; 
lo  plus  jeuno  des  enfants  français,  Jcan-Jiap  liste,  qui  hérita 
ensuite  des  titres  de  son  père,  épousa  Marguerite  Nicollet, 
fille  de  Jean  Nicollet,  qui  découvrit  le  Wisconsin,  en  ltio-t. 
De  ce  mariage  est  né  Jean-Paul  Le  Gardeur,  premier  sieur 
do  Saint-Pierre,  qui  se  distingua  par  ses  découvertes  et  ses 
explorations  daim  l'Ouest,  aussi  bien  que  dans  les  guerres 
entre  la  Nouvelle-France  et  la  Nouvelle-Angleterre. 

Jacques  Le  Gardeur,  second  sieur  de  Saint-Pierre,  que 
Washington  visita  dans  la  vallée  de  l'Ohio.  était  le  plus 
jeune  tils  de  Jean  Paul  Le  Gardeur,  sieur  de  Saint- Pierre,  et 
de  Josette  Le  Neuf  de 'a  Valliére.  sa  lemme.  et  naquit  en 
1701,  à  la  soigneurie  de  Repentiguy,  située  près  de  .Montréal, 
qui  avait  été  octroyée  il  Pierre  Le  Gardeur,  sieur  de  Repen- 
tigny, en  lt>47.  A  l'âge  de  quinze  ans,  il  servait  déjà  son 
pays  chez  les  sauvages.  En  1732,  il  était  enseigne  dans  l'ar- 


—  234  — 

mée  coloniale,  et.  en  1735.  il  fut  nommé  commandant  du  fort 
Bcaukamois  chez  les  Sioux,  but  le  lac  Pépin,  dans  le  Minne- 
sota, poste  qu'il  abandonna  en  1737.  Cette  même  année,étant 
lieutenant,  il  commanda  une  compagnie  venue  du  Canada 
dans  l'expédition  contre  les  Chickasaws,  et  érigea  un  petit 
fort  sur  la  rivière  Yazoo.  dans  1' Alabama.  En  1745.  il  con- 
duisit de*  partis  d'éelaircurs  dans  le  voisinage  de  Saratoga 
et  de  Crown-Point  (Totale  à  la  Chevelure^,  dans  l'Etat  de 
New-York.  L'année  suivante,  il  conduisit  une  expédition  en 
Aeadie.  11  fut  envoyé  pour  commander  le  po-te  de  Michilli- 
makirac,  en  1717.  et  rétablir  l'ordre  dans  le  pays  dYn-haut  ; 
le  gouverneur.M.  de  la  (  lalissonnière.  le  recommanda  haute- 
ment pour  .sa  conduite  en  eette  circonstance,  nnprès  delà 
eour  de  France.  En  1750,  il  fut  nommé  capitaine,  et  on  lui 
donna  le  commandement  d'une  expédition  chargée  de  conti- 
nuer les  explorations  de  la  Yérendrye,  le  découvreur  deg 
Montairn-  s  Rocheuses.  II  no  réussit  pas.  cependant.  ;V  trou- 
ver la  i ivii-re  de  l'Oue-t  (  la  rivière  Colombie  d"  l'Orégon), 
et  ne  J"  n'tra  personnellement  que  jusqu'à  la  Saskatchewan, 
ti  revint  à  Montréal,  en  septembre  1753.  et  fut  envoyé  immé- 
diatement au  secours  de  Marin,  commandant  du  district  de 
la  rivière  Ohio  et  de  ses  dépendances,  qui  était  dangereuse- 
ment malade  au  fort  EelVeuf. 

A  son  arrivée  à  la  rivière  Ohio  (Belle  "Rivière),  il  trouva 
le  capitaine  Marin  mort,  et  son  parent,  le  chevalier  de  Repen- 
tigny,  à  la  tète  du  fort.  Au  mois  de  décembre,  le  major 
\Ynsbb\gton  vint  !e  voir,  comme  étant  le  chef  de  l'armée 
canadienne  pour  le  sommer,  an  nom  du  gouverneur  de  la 
Virginie  de  quitter  le  pays.  11  reçut  Washington  avec  la 
plus  grande  courtoisie,  et.  au  bout  de  trois  jours,  il  remit  sa 
répon-e  au  gouverneur  Dinwiddle.  Cette  lettre  est  un  mo- 
dèle de  fermeté  militaire  aussi  bien  que  de  la  noblesse  des 
sentiments  qui  caractérisait  l'officier  canadien.  Je  la  repro- 
duis dans  son  ontier. 


—  235  — 


*l  Monsieur, 

"Comme  j'ai  l'honneur  de  commander  icy.cn  chef.  M. 
Washington  m'a  remis  la  lettre  que  vous  avez  écrite  au 
commandant  dos  troupes  françaises.  J'aurais  souhaité  quo 
vous  lui  eussiez  donné  ordro  ou  qu'il  eût  été  disposé  à  aller 
jusqu'en  Canada  pour  y  voir  notre  général,  a  qui  appartien- 
dra, plus  qu'à  moi.  de  mettre  on  évidente  les  droits  incon- 
testables du  Poy,  mon  maître,  sur  les  terres  situées  le  long 
do  l'Oliio,  et  de  réfuter  les  prétentions  du  lioy  de  la  <  Jrando- 
Bretagne  à  icelles. 

"  Je  ferai  passer  voire  lettre  à  M.  le  marquis  du  Quesne. 
Sa  réponse  sera  ma  loy,  et,  s'il  m'ordonne  de  vous  la  com- 
muniquer, vous  ne  devez  pas  douter,  monsieur,  que  je  nu 
vous  la  fasse  parvenir  en  diligence. 

"  Pour  la  réquisition  que  vous  faites  de  mo  retirer,  je  no 
crois  pas  devoir  y  olx-ir.  Quelles  que  soient  vos  instructions, 
les  miennes  sont  d'être  icy  par  l'ordre  de  mon  général,  et  je 
vous  prie,  monsieur,  d'être  persuadé  que  je  tâcherai  de  m'y 
conformer  avec  toute  l'exactitude  et  la  résolution  qu'on  doit 
attendre  d'un  bon  officier. 

"  Je  no  sache  pas  qu'il  se  soit  rien  passé,  pendant  tout  le 
cours  de  cette  campagne,  qu'on  puisse  regarder  coin  tue  acte 
d'ho&tilité,  ni  comme  contraire  aux  traités  entre  les  deux 
couronnes,  dont  la  continuation  nous  intéresse  autant  et  nous 
cet  aussi  agréable  qu'aux  Anglais.  Si  von»  aviez  bien  voulu 
entrer  duns  le  détail  dcâ  laits  qui  font  le  sujet  de  vos  plaintes, 
j'aurais  eu  l'honneur  de  vous  répondre  de  la  façon  la  plus 
satisfaisante  qu'il  m'eût  été  possible. 

"  Je  me  suis  fait  un  devoir  d'accueillir  M.  Washington 
avec  toute  la  distinction  due  à  votre  dignité  et  à  son  mérite 
personnel,  et  je  me  flatte,  Monsieur,  qu'il  me  rendra  la  jus- 
tico  d'en  être  mon  garant  auprès  de  vous,  ainsi  que  de» 
témoignages  du  profond  respect  avec  lequel. 


» 


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—  236  — 


J'ai  I  honnour  d'être,  Monsieur,  votre  très  humble  et 
très  obéissant  serviteur, 

"  Le  Garpeur  de  Saint-Pierre, 

Du  fort  sur  la  rivière  aux  Bœufs. 
'  Le  15  décembre  1753." 

Le  major  Washington  parle  de  M.  de  Saint-Pierre  comme 
d'un  soMnt  magnifique  et  «l'un  vétéran.  11  était  alor?,  en 
rffet,  un  vétéran  au  service  de  son  pays,  mais  il  n'avait  que 
<  inquante-deux  ans.  Tl  fut  remplacé  par  M.  de  Contrecœur 
jM>u  de  temps  avant  la  failure  de  Washington  et  de  son 
armée,  au  fort  Xécessité.par  Toulon  de  Villiers.  frère  de  Cou- 
Ion  «le  .Tunionvilk\et.  l'année  suivante,  il  commanda  le  corps 
des  Sauvages  alliés»  dans  la  malheureuse  expédition  du  baron 
iJienkau,  et  fut  tué  dans  le  premier  engagement  à  la  batail- 
le de  Lak«»  (Jeorge  (lac  Saint -Sacrement),  le  R  septembre 
1755.  Sen  parents.  MM.  de  Repentigny  et  de  Montcs°on, 
furent  blessé  grièvement  à  la  même  bataille  :  et,  longtemps 
après  la  célébration  du  jour  d'actions  de  grâces  ordonnée 
dan-*  la  nouvelle- Angleterre,  en  honneur  de  la  victoire  rem- 
portée à  Lake  George,  ses  fidèles  Xipissings  et  Algonquins 
continuèrent  à  enlever  des  chevelures  anglaises  et  iroquoises 
pour  venger  sa  mort  prématurée. 

Quelques-uns  des  membres  plus  jeunes  de  la  famille  Le 
Gardeur  émigrèrent  en  France,  après  la  capitulation  du 
Canada,  et  se  sont  distingués  comme  généraux  dans  les 
armées  françaises  et  comme  gouverneurs  de  province.  L'un 
d'eux  commandait  un  vaisseau  de  la  flotte  do  l'amiral  de 
Gras-*»,  venue  en  Amérique  pour  aider  Washington  à  con- 
quérir l  in  lépendance  dos  KtatsCnis. 

Kpmonp  Mali.et 


Digitiz 


UNE  CHANSON  DE  1812 


Pierre  Beaupré,  ingénieur  civil  demeurant  à  Sorel  en  1812, 
^Stait  père  de  dix-huit  enfanta,  dont  quatorze  vivaient  encore  ; 
trois  filles  :  Marie  Anne,  épouse  de  M.  Ganvreau  ;  Sophie, 
mariée  à  M.  Poîtras  ;  Séraphine,  mariée  à  M.  Fortin  ;  onze 
garçons  :  Pierre,  Etienne,  François,  Joseph,  Charles,  Jean- 
Baptiste,  David,  Prisque,  Alexandre,Amable-Kdoiiard,Louîs, 
sur  lesquels  dix  entrèrent  dans  le  servico  militaire  on  1812  ; 
en  plus,  l'un  de  pes  gendres  s'enrôla  également.  Co  vide  du 
foyer  domestique  paraît  l'avoir  préoccupé,  avec  raison,  plus 
■que  tout  autre,  et  le  porta  à  composer  une  chanson  qui  n'a 
pas  été  imprimée,  mais  que  l'un  de  ses  petits-fils,  résidant  à 
Kingston,  conserve  avec  soin  parmi  ses  souvenirs  de  famille. 
"Nous  la  donnons  earn  y  changer  un  iota  : 


le  suis  père  infortuné 
D'une  grande  famille 
Etant  -seul  je  veux  chanter 
Pour  dissiper  nies  ennuis 
De  mes  enfant*  délaissés 
Secourant  fa  Patrie 
Tous  an  service  <ht  Roi 
Les  nom-,  sont  comme  suit  : 

l'ierre  il  te  faut  marcher 
L'ainé  îles  dis  huit 
Les  p.u très  sont  à  l'armée. 
Vole  d<  ne  a  Wur  suite 
A  la  tete  d'un  convoi 
Vait  parai  ire  ton  /rie 
Montre  l'ardeur  et  l'exploit 
Kt  sois  leur  modèle. 

Ktienne  je  vois  passer 
Sergents  et  quartier  mai'.re 
D'une  brigade  effarée 
Dont  tu  te  fais  ft  te 
One  Dieu  conserve  ta  vie 
Dans  tous  tes  voyages 
Fail  frémir  les  Bostonnais 
C'est  là  ton  partage. 


Kniv  ois  mon  troisième  fils 
<  )ii  donc  est  tn  retr?i!e 
Kst  m  mort  ou  en  vie 
«  lue  je  suis  impiiète 
Ton  courage  pour  le  Roi 
Se-rn  comme  je  le  crois 
Kt  après  In  complète 
Tu  seras  récompensé. 

Inseph  ton  hesson 
N'a  pas  le  m  me  avantage 
Interprète  des  Murons 
Kt  des  autres  sauvages 
Dans  plu*  d'un  endroit 
Rencontrant  des  précipices 
Il  est  fidèle  à  son  Roi 
Lui  rendant  des  services. 

Pauvre  Charles  si  tu  revient 
Joindre  ton  vieux  père 
Jette  ta  cai^e  au  fin  fond 
De  la  grande  Rivière 
Viens  soupirer  avec  moi 
Kt  conserve  ta  vie 
Nous  crierons  vive  le  Roi 
(Jtiand  tu  seras  guéri. 


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—  238  — 


Pauvre  gendre  prisonnier 
Un  ancien  capitaine 
Officier  de  Sa  Majesté 
Oui  je  ressens  de  la  peine 
D'un  vaisseau  autrefois 
Soumis  à  tes  ordres 
Executant  les  exploits 
Tu  obéissais  aux  ordres. 

Jean-Baptiste  son  compliment 
Six  mois  dans  la  milice 
Six  enfants  l'as  emmenés 
Depuis  a  Morris  Creek 
Tous  d'un  joyeux  entrain 
En  disant  dans  le  refrain 
Vive  le  Roi  Vive  le  Koi 
Je  crois  que  je  suis  quitte. 

David  son  compliment 
Kendu  a  Kingston 
Travaille  aux  bâtiments 
Comme  les  autres  hommes 
En  m'mlormant  de  toi 
Aussi  de  ta  famille 
Sois  fidèle  au  Koi 
Le  reste  de  la  vie. 

Prisque  aujourd'hui  content 

De  quitter  l'Acadie 

Avec  hardiesse  il  alla  au  camp 

Pour  y  frapper  l'ennemi 

Il  par.it  sans  différer 

Au  service  du  Koi 

Puis  i<  revint  en  homme 

Charpcntiei  à  Kingston. 


Amable  Edouard  est  parti 
Dans  le  mois  de  mai 
A  Kingston  il  se  rendit 
Charpentier  de  navire 
C'est  là  qu'avec  grande  joie 
Et  sans  aucune  crainte 
Il  marque  les  liostonnais 
Jusque  dans  leurs  enceintes. 

Cher  petit  Louis  mon  dernier 
Ah  que  tu  est  jeune 
Dans  ta  treizième  année 
On  ta  vu  nmbhipman 
A  \  ork  on  l'a  vu  dit-on 
Avec  l*aucoiip  d'audaee 
Montrant  tun  hardiesse 
Defend ic  ton  canon. 

S'ils  revenaient  tous  vivants 
Pour  moi  que  de  gloire 
Je  courrai*  vite  au  camp 
Y  chanter  la  victoire 
Quoique  passe  soixante  ans 
Je  partirais  sans  peine 
J'aurais  le  commandement 
Comme  un  v  ieux  C-  pitaine. 

Vous  qu'on  nomme  grand  guerrier 
Lieutenant,  Capitaine  «ni 
Tout  nuire  officier 
Et  gouverneur  même 
Pouvez -vous  montrer 
Dans  tous  vos  domaines 
Onze  entants  dans  l'armée 
Combattant  avec  zèle. 


L'autour  de  ce»  couplets  mérite  une  place  dans  l'histoire 
de  la  milice  du  Canada,  à  côté  de  tes  courageux  cillants. 
^Tous  savons  qu'il  mourut  en  181t>.  11  parait  avoir  été  le 
petit-tils  de  Pierre  Beaupré,  maître- serrurier  aux  forges 
Saint- Maurice,  et,  ce  qui  c*t  plus  curieux,  litre  ou  cousin 
d'Antoine  Beaupré,  des  Trois-Jîivières,  qui,  se  trouvant  s\ 
Paris  le  5  mare  l"î'->,  en  plein  sous  le  régime  de  la  Terreur, 
prononça  un  discours,  dans  un  calé  do  la  place  du  Louvre, 
où  il  prenait  Robespierre  à  parti  et  déclarait  que  le  meilleur 
gouvernement  pour  la  Franco  serait  une  bonne  imitation  du 


—  239  — 


système  do  la  Grande-Bretagne.  Louis  XYI  étant  mort  sur 
l'écbafaud,  Beaupré  demandait  la  restauration  du  Dauphin 
avec  gouvernement  constitutionnel.  Il  fut  arrêté  sur  le 
champ  et  conduit  à  la  guillotine. 

Benjamin  Sclte 


DE  MONTRÉAL  À  QUEBEC 

En  1827,  un  M.  Pemberton,  marchand,  de  Québec,paria  un 
fort  montant  qu'il  se  rendrait  à  pied,  en  plein  hiver,  de  Mon- 
tréal à  Québec. 

Pemberton  partit  de  Montréal  le  20  février  dan*  la  mati- 
née et  arriva  à  cinq  heures  du  soir  à  Berthier  où  il  coucha. 

Le  lendemain  à  cinq  heures  il  *e  remit  en  route,  prit  son 
déjeuner  ;V  la  Iîivière-du-Loup,  et  à  cinq  heures  et  demie  du 
soir  arriva  aux  Trois -Pi  viè  res.  Uno  tempête  de  neige  avait 
rendu  la  route  très  pénible. 

Après  s'être  reposé  troU  heures,  il  se  remit  en  marche  et 
arriva  à  Champlain  à  minuit.  L'ignorance  de  son  guide  lui 
avail  lait  faire  tin  détour  d'une  lieue. 

Le  2H.  il  se  remit  de  nouveau  en  raute  ilsix  heures,  et  mal- 
gré les  mauvais  chemins  il  arriva  aux  Grandi  nés  à  cinq  heu- 
res du  soir. 

A  huit  heures  il  s>  remit  en  marche  et  arriva  au  Cap  San- 
té le  lendemain  A  deux  heure*  du  matin. 

Il  prit  quelque  hemes  de  repos  et  il  huit  heures  il  conti- 
nua. Il  arriva  devant  la  cathédrale  de  Québec  un  peu  avant 
sept  heures  du  soir. 

Il  avait  les  jambes  enflées  et  les  yeux  en  feu,  et  il  était 
tellement  fatigué  qu'il  déclara  qu'il  ne  ferait  pas  ce  voyage 
une  deuxième  fois  pour  cinq  cents  louis. 

P.  G.  It. 


Digitized  by  LiOOQle 


■ 


—  240  — 

UN  OUVRAGE  DE  FENELON 

Un  sait  que  le  livre  de  Féneloir*  lJes  Maximes  des  Saint*  ' 
l'ut  condamné  par  l'Église.  L'historien  de  Fénelon,  le  cardi- 
nal de  liausset,  ne  partageait  pas  l'opinion  émiee  par  quelque* 
écrivains  que  l'archevêque  de  Cambial  avait  donné  a  fa  ca- 
thédrale un  ostensoir  en  or  sur  lequel  la  Religion  était  repré- 
sentée loulant  aux  pied*  un  exemplaire  de»  JUajimes  des 
iSaints.  Lorsque  la  première  édition  ue  la  Vie  de  Fénelon  vit 
le  jour,  le  taint  abbé  de  talonne,  alors  chapelain  des  Ursu- 
linos  ues  Trois-Kmércs,  adressa  a  une  revue  IraiicaUe  qui, 
elle  aussi,  avait  mise  en  doute  1  anecdote  de  1  ostensoir  de  Féue- 
lou,  la  lettre  suivante  : 

•Tiois-liivieres,  Canada,  -'juin  1820. 

"  Monsieur, 

'•J'ai  lu  dans  le  numéro  574.T.X.X.il  de  votre  précieux  jour- 
nal, l'article  concernant  1  ostensoir  uonué  par  M.  de  Fenelon 
à  ton  église  nictiopoiitauie.  Je  m  estime  lieuieux  d  être  par- 
venu à  l'âge  de  soixante  dix-huit  an»  pouriontribuur  àéelai- 
cir  une  uitticuite  dont  la  souition  est  essentielle,  scion  moi,  à 
la  mémoiie  ou  prélat  dans  un  des  événements  de  sa  vie  qui 
lui  lait  le  plusd  honneur,  savoir  la  s.ncciile  de  sa  soumis- 
sion a  sa  condamnation  sur  laquelle  i  autorité  d  un  grand 
prélat  pourrait  laisser  des  doute».  Mon  témoignage  est  isolé, 
niais  il  me  jsaïait  devoir  prévaloir  sur  tous  les  autres,  mémo 

sur  celui  des  vingt-trois  cites  dans  voire  luiiiilc.  Je  laisse  au 
public  d'en  juger. 

'•  J  ai  été  vicaire  général,  oflicial  et  chanoine  de  Cambrai 
sous  MM.  de  Choisetu,  del- leur)  et  le  prince  Ferdinand  ;  j'ai 
eu  l  honneur  de  porter  cet  ostensoir  en  procession  ;  mais  co 
qui  est  plus  concluant,  je  l  ai  examiné  avec  calme  et  soin 
et  a  loisir  dans  la  sacristie  ;  je  1  ai  considéré  avec  un  œil  d'au- 
tant plus  aUeniiïet  plus  critique  que  j'étais  bien  informé  des 

soupçons  qu'on  avait  conçus  bien  légitimement  sur  le  mande- 
ment de  M.  de  Fencion. 


Digitized  by  Ç^§gle 


"J'atteste  que  cet  ostensoir  d'or  pur  représentait  la  Religion» 
portant  dans  une  main  le  soleil  élevé  au-dessus  de  sa  tête, 
foulant  aux  pieds  plusieurs  livres  parmi  lesquels  il  y  en  avait 
un  sur  la  couver  lure  duquel  et  non  sur  le  dos,  on  lisait  en 
toutes  lettres  :  "  Maximes,  des  Suints."' 

"Quant  a  la  véracité,  je  crains  Dieu  et  je  regarde  mon  tom- 
bleau  ouvert  devant  moi  ;  quant  au  défaut  u  une  vieille  mé- 
moire, on  ne  l'alléguera  pas,  quand  on  eaura  que  je  u  ai  ja- 
mais lu  Bos&uet,  depuis  longtemps  une  île  mes  lectures  habi- 
tuelles, sans  me  rappeler  1  ostensoir.  M.  ie  cardinal  de  Jiaus- 
set,  pour  qui  j  ai  une  prolonde  veiiérauon,  trouve  que  l'in- 
tention que  1  on  prête  a  réno.on  »  accorde  mai  avec  la  simpli- 
cité de  »un  caractère.  J  avoue  que  jo  ne  puia  compeudre 
comment  un  monument  d'humilité  chrétienne  peut  discorder 
avec  la  plus  granue  siinpiieiU;  halmue.io.  Je  ne  vois  ici 
que  la  réponse  la  plu»  simple,  la  puis  modeste,  ia  moins 
équivoque  et  la  plu»  durabioqu  un  peut  uouner  a  tous  les  rai- 
sonnement» et  a  toute»  le.-»  assertion»  contraires. 

h  au  hé  i»e  Caj.onne 
Maintenant  directeur  des  L'rsuhne»  do»  Trois- Rivières. 


MUR  PLESSLS  ET  JOSEPH  DE  MALSTRE 

Lors  do  son  pas-ago  à  Turin,  en  1«>11»,  Mgr  l'iessis  eut  l'a- 
vantage Ue  rencontrer  Jo.-eph  ue  Maistre,  dont  ia  reputation 
devait  se  répandre  quelque»  année»  plu»  tard. 

L  evêquo  Ue  Quebec  et  de  Maistre  uinèrent  ensemble  chez 
le  mavqui»  u  Azeglio.  i^c  phiio.-ophe  chrétien  venait  de  pu- 
blier son  livre  :  JJu  l'ajjc.  Mgr  i'ie»»is  lui  exprima  combien 
il  serait  llatté  d'eu  recevoir  un  exemplaire  do  la  main  même 
de  1  auteur,  et  celui-ci  le  lui  apporta  le  soir  à  sou  hôtellerie. 

Ce  livre,  orné  de  la  signature  de  l'auteur,  se  conserve  pré- 
cieusement dans  la  bibliothèque  de  1  archevêché  de  Québec. 

R. 


—  242  — 

REPONSES 

Les  première*  famille*  eau  aille»  ne*.  (IV,  X, 
326.)— Il  est  absurde  de  prétendre  que  les  compagnons  de  Car- 
tier ou  leurs  descendants  ont  formé  les  premières  familles 
canadiennes.  Les  Malouins  n'ont  laissé  aucune  trace  de  leurs 
visites  au  Canada.  Kiuf  que  nous  connaissons  un  peu  leurs 
allées  et  venues  durant  le  demi  siècle  qui  suivit  la  mort  de 
Jacques  Cartier,  de  1550  a  1500.  Cn  peu  de  traite  do  pel  Icte- 
rus avec  les  sauvais,  doux  ou  trois  navires  se  chargeant  de 
poûson  chaque  année,  voilà  tout.  Jamais,  de  1534  à,  1C08,  il 
n'y  a  eu  d 'étal dit- sèment  stable  dans  nos  parafes.  Les  docu- 
ments ne  permettent  pas  de  supposer  à  cette  époque  un  com- 
mencement de  colonisation,  fût-ce  même  le  plus  défectueux. 

Les  lettre-»,  narrations  et  rapports  de  Cbamplain.  de  1008 
a  1029,  démontrent  clairement  :  1°  que  le  Canada  ne  renfer- 
mait aucun  habitant  de  race  blanche  avant  100S  ;  2°  que 
nulle  colonisation  n'avait  pris  racine  ni  lab-sé  de  représen- 
tant direct,  ni  do  métis  sur  les  bords  du  Saint-Laurent  :  3° 
tous  les  hommes  venus  ici.  de  1008  à  1032,  n'y  travaillaient 
que  temporairement  au  compte  des  compagnies  de  traite  ; 
4°  à  la  prise  de  Québec  par  Kertk  C1029)  le  pays  ne  renfer- 
mait que  trois  familles  (Hébert,  Martin.  Couîllard)  ot  un 
petit  nombre  d'individus  employés  au  commerce  des  fourru- 
res, sur  lequel  une  dizaine  se  marièrent  après  1032  lorsqu  il 
arriva  des  jeunes  tilles  de  France  avec  leurs  familles. 

Ceux  dont  nous  ne  pouvons  suivre  la  trace  après  1629 
étaient  repasts  en  France  ou  bi<  n  *csont  mêlés  aux  sauvages 
ce  qui  n'est  mentionné  pas  personne,  quoique,  nous  ayons 
de  nombreux  écrits  datant  de  cette  époque  même.  Ils  devaient 
être  douze  ou  quinze  hommes  tout  au  plus,  et  s'ils  ont  pro- 
duit des  métissages  cela  ne  nous  regarde  pas  puisque  ces  hom- 
mes sont  allés  se  perdre  dans  la  forêt  ot  n'ont  pu,  en  aucune 


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façon,  influencer  par  la  suite  les  familles  françaises  venue» 
toutes  formées  de  France. 

La  recherche  des  Français  qui  ont  mélisse"  du  temps  de 
Champluin  est  absolument  impossible.  lïeste  la  supposition  r 
cela  ne  vaut  guère,  surtout  si  l'on  prend  la  peine  de  voir 
comment  Champlain  conduisait  les  affaires  de  ses  trente  ou 
quaraute  hommes,  car  il  en  a  eu  rarement  davantage.  Lo 
plus  savant  des  historiens  est  incapable  de  mettre  au  jour 
des  révélations  susceptibles  de  donner  de  la  consistance  à  ces 
efforts  d  imagination. 

A  partir  de  1(»(I8,  toutes  nos  familles  ont  leur  lignée  par- 
faitement établie.  C'est  Nicolas  Marsolet  qui  ouvre  la  liste, 
et  encore  ne  se  maria  t-il  qu'en  lbo6.  Kn  lnjy  il  n'y  avait 
que  trois  femmes  mariées  lorsque  le*  Anglais  s'emparèrent 
du  petit  poste  de  (Québec  qui  composait  toute  la  colonie  fran- 
çaise. Lorsque  les  Français  reprirent  possession  en  Iiî32,  il  y 
avait  les  seuls  ménages  .Martin,  Couillardet  Hubout.  Quatre- 
vingt-dix  ans  après  Cartier,  nous  n'avions  que  trois  familles 
vivant  de  la  traite  et  pas  un  seul  cultivateur. 

Les  ignorants  parlent  de  déserteurs  de  navires,  de  condam- 
nés en  cours  de  justice,  de  vauriens,d'aventuriers,  de  gens  de 
sac  et  de  corde,  qui  auraient  composé  la  première  popula- 
tion de  la  colonie.  A  quoi  bon  leur  répondre  ? 

Mais  ici  faisons  un  reproche  aux  journalistes  canadiens, 
français  :  ce  sont  eux  qui  maintiennent  aujourd'hui  cette  lé- 
gende des  métissages,  des  criminels,  des  vagabonds,  des  ré- 
fractairos,  prétendue  source  première  de  notre  population. 
Oui  !  nos  journalistes  s'appliquent,  sans  se  comprendre  eux- 
mêmes,  à  l'aire  comprendre  aux  autres  que  les  premiers  Cana- 
diens étaient  des  misérables,  des  vauriens,  des  expulsés  de 
France.  Le  journalisme,  au  Canada,  est  absolument  livré  il 
la  politique  et  n'a  pas  d'autre  étude.  Si  nous  examinons  au 
hasard  une  année  de  ces  journaux,  nous  y  trouvons  une  fois 
par  semaine,  e'est-à  dire  cinquante  fois  durant  l'année,  des 


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phrases  comme  celle  ci  ;  "  Nous,  les  descendants  des  compa- 
gnons de  Jacques  Cartier.  "  Pouvez-vous  noue  désigner  un 
seul  des  compagnons  deCarlicr  qui  soit  resté  au  Canada  plus 
<i'une  année  et  qui  nous  ait  laissé  des  descendants  ? 

"  Fils  de  la  Bretagne  et  de  la  Normandie,  les  Canadiens- 
Français  chérissent  toujours  la  France.  "  Remarquez  bien 
que,  de  1632  à  1700.  il  n'est  pas  venu  ici  cent  individus  de 
famille  bretonne.  Nos  journalistes  dirent ;i  Bretagne  "  parce 
qu'ils  sont  hantés  par  cette  croyance  que  Cartier  a  colonisé 
le  Cannda.  Los  premières  familles  bretonnes  eont  arrivées 
sur  le  Saint-Laurent  un  siècle  et  demi  après  Cartier. 

u  Les  pionniers  de  notre  pays  furent  Boberval,  Cai'tior,  le 
marquis  de  La  Boche,  Chauvin,  etc."  îl  faudrait  dire  décou- 
v  reurs  ou  entrepreneurs  <le  traite,afin  de  ne  pas  tromper  ceux 
qui  prennent  avec  raison  le  mot  pionnier  comme  synonyme 
de  colon. 

Entrepreneurs  de  traite  étaient  Cartier.  Boberval.  Chau- 
vin et  d'autres,  môme  Champlain,  bien  qu'il  désirât  toujours 
fonder  une  eolonio  stable  mais  il  en  fut  empêché  par  la  com- 
pagnie dont  il  éta;t  l'employé. 

La  foi  chrétienne  a  été  implantée  sur  les  bords  du  Saint- 
Laurent  par  Cartier,  Boberval  Champluin."  Oui.  Cham- 
plain,  mais  pas  Cartier  ni  Boberval  !  Ne  répétez  donc  plus 
cette  fausseté,  ce  mensonge  qui  tend  à  nous  infliger  un  dés* 
h  mneur. 

Le  résultat  de  ers  maladresses  d'oxpress:on.  si  fréquentes 
•dans  la  jircssc  de  la  province  de  Québec,  est  de  porter  les 
Européens,  les  Américains,  le*  Anglais  qui  nous  entourent  à 
croire  que  nos  origines  sont  impures. 

Etant  donné,  le  fait  incontestable  que  le  baron  de  Léry, 
Cartier.  Boberval,  le  marquis  de  La  Boche  projetèrent,  a 
tour  de  rôle,  de  fixer  ici  des  hommes  tirés  des  prisons  du 
royaume,  il  est  tout  naturel  que.  en  lisant  dans  nos  journaux 
des  déclarations  de  parenté  comme  celle-ci.  les  étrangers  on 


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—  245  — 


déduisent  une  conclusion  brutalement  logique  et  terriblement 
à  notre  désavantage. 

Xous  avons  eu  pluvu  urs  fois  occasion  de  déplorer  cet  état 
de  choses.  Quel  plaUir  prenons  noua  donc  à  dire  que  nos  an- 
cêtns  n'étaient  que  de  la  lie  du  peuple  ?  Pourquoi  cherchons- 
nous  à  noircir  cette  po:gnéo  d'honnêtes  gens  qui  nous  ont 
ouvert  le  Canada  ? 

Benjamin  Stlte 

Sntan  const ntrtettr  <Vé<jli*es.  (TV.XT.ri-i;?.') — L'es- 
prit légendaire  a  toujours  orné  <!c  son  pinceau  naïf  et  reli- 
gieux les  origines  de  nos  paroisses  et  surtout  la  construction 
do  nos  temples. 

Il  y  a  dans  cos  récits  dos  aïeux  un  témoipnatrede  leur  pié- 
té et  do  leur  foi. 

Comme  ils  attendaient  de  Dieu  tout  secours  et  toute  béné- 
diction, ils  admettaient  facilement  de«  chose*  prodigieuses  ; 
et  ils  les  racontaient,  ensuite  aux  enfants,  aux  petits -fils.  Tins 
t  ard,  quand  l'Aire  avait  fait,  blanchir  les  cheveux,  le  vieil  ha- 
bitant, pendant  les  longues  so'récs  d'hiver,  redisait  les  récits 
du  pa*sé.  avec  des  variantes  qui  prenaient  tout  de  suite  l'ap- 
parence de  la  vérité. 

("est  ainsi  que  la  légende  du  diab'e  traînant  le*  pierres 
pour  la  fondation  des  églises  a  été  répandue  en  plusieurs  en- 
droits. 

M.  Chatnbon,  curé  du  Sault -au-Tîécollet.  m 'at  on  raconté, 
dans  la  difficulté  où  il  était  de  trouver  dis  mains  dVeuvre 
força  le  diable  au  travail  sous  la  forme  d'un  cheval  blanc 
qu'il  brida  avec  la  plus  grande  dextérité. 

Il  avait  eu  tr<q>  de  peine  ;V  lui  imp.  s  r  cette  tâche  pour  no 
pas  en  profiter  le  plus  longtemps  poss'ble.  Aussi  il  recom- 
mandait chaque  jour  aux  travailleurs  de  ne  pas  être  effrayés 
des  accès  de  rage,  des  furieuses  ruades,  quand  les  naseaux 
en  feu  et  l'écume  ruisselant  sur  tout  son  corps,  il  traînerait 
loi  plus  énormes  pierres  comme  de  légers  copeaux. 


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Mais  surtout  prenez  bien  garde  do  ne  jamais  lui  ôter  la 
bride  ;  toile  était  l'injonction  du  bon  euro,  dit  la  légende. 

Or  un  malade  requit  un  jour  ios  service*  du  pasteur  ;  il 
lui  fallut  s'absenter.  O  juur  néfaste  !  le  cheval  endiablé  ve- 
nait de  taire  son  plus  beau  tour  de  force. 

II  avait  roulé  la  plus  grosse  pierre  du  chantier  et  l'avait 
reudue  à  sa  place  ;  les  inavons  n'avaient  plus  qu'à  la  cimen- 
ter juste  au  point  principal. 

Oh  !  les  vieux  se  le  rappellent  ! 

Mais  imaginez  qu'un  imbécile,  pris  de  je  ne  sais  quelle 
compassion  pour  ce  cheval  haletant,  épuisé,  écumuntsous  un 
soleil  de  feu,  ne  perdit  pas  de  temps,  arracha  la  bride...— Vi- 
sion 1 —  Disparu  ! — Plus  de  cheval  blanc  ! — Au  moins  la  grosso 
pierre  était  en  place.  Chose  étonnante  !  jamais  depuis  elle  n'a 
pu  Être  fixée. 

On  a  essayé  mortier  d'automne,  d'hiver,  de  printemps, 
ciment  de  toute  espèce  elle  est  restée  mobile  jusqu'à  nos 
jours.  Allez  voir. 

Ainsi  parlent  encore  les  bons  vieux. 

Ils  ajoutent  même  que  le  curé  Chambon,  aussi  habile  ar- 
tiste que  bon  prêtre,  afin  de  perpétuer  le  souvenir  de  ce  pro- 
dige, peignit  très  bien  le  fameux  chew.l  blanc  avec  sos  pro- 
digieuses allures,  et  que  le  tableau  a  toujours  été  conservé 
avec  le  plus  grand  soin. 

Je  connaissais  le  récit,  mais  je  ne  me  doutais  pas  qu'il  fût 
répandu  au  loin  avec  le  caractère  du  sérieux,  quand  un  jour 
m'arriva  un  bon  nombre  do  touristes,  voyageurs  do  Xe\v- 
York. 

Après  avoir  fait  plusieurs  fois  le  tour  de  l'église,  et  avoir 
examiné  minutieusement  les  murs,  etc.,  un  d'eux  s'approcha 
de  moi  et  dit  qu'étant  de  passage  à  Montréal,  pendant  la 
chaude  saison,  il  avaient  voulu  profiter  de  l'occasion  (ne 
uuttk  it  a  pond)  pour  venir  examiner  la  pierre  de  fondation 
qui  n'avait  jamais  pu  être  affermie  (textuel)  ;  et,  comme  je 


—  247  — 

répondais,  en  souriant,  qu'elle  n'existait  pas,  il  me  supplia 
de  montrer  au  moins  le  tableau  du  fameux  choval  blanc  aus- 
si conservé  en  la  sacristio. 

J'eus  réellement  de  la  peine  à.  convaincre  ces  personnes 
qu'il  n'y  avait  h\  qu'une  légende  basée  sur  aucun  fait  plausi- 
ble, et  j'avouo  que  jo  demeurai  foil  surpris  devoir  nos  légen- 
des rendues  si  loin,  si  accréditées,  me  promettant  de  raconter 
le  fait  un  do  ces  jours. 

L'abbé  Chs-P.  Bkai  hiex 

Ta*  bureau  <lc  poste  tie  Ouéhvv.  (V.  IV.  607.)— 
L'historique  du  bureau  de  poste  de  Québec  publié  dans  le 
Bulletin  do  mai  dernier  contient  quelques  inexactitudes  que 
je  me  permets  de  signaler  et  que  l'on  aurait  pu  facilement 
éviter  en  consultant  Y  Histoire  du  palais  t.pis<'opal  de 
Qnéher  (1). 

1°  Mademoiselle  de  Lanaudièro  n'était  pas  propriétaire 
do  la  maison  ofi  se  tenait  la  poste.  Cette  maison  appartenait 
au  docteur  James  Harkness.  ministre  de  l'église  protestante 
xle  Saint-André. 

2°  Le  jiiite  se  composait  de  deux  maisons  dont  tous  les 
propriétaires  et  tous  les  locataires  sont  nommés  dans  l'ouvra- 
ge ci -dessus  cite*  :  la  petite  rue  du  Parloir  était  tout  simple- 
ment l'allée  devant  lYvéché  actuel.  Il  est  inexact  dédira 
qi»e  Montrai  m  passait  ses  soirées  l.\  en  compagnie  d«>  made- 
moiselle de  Lanaudière.  II  aurait  fallu  dire  qu'il  fréquen- 
tait 1rs  salons  de  luadmne  de  Lanaudière.  néo  Louise  Gene- 
viève Heschamps  de  Hoishéhcrt.  I!  écrivait,  en  1757,  au 
chevalier  de  Lévis  :  "  Nous  avons  deux  bonnes  maisons: 

l'hôt«d  l'éan  et  Mme  do  Lanaudière  "  L'année  suivante  : 

u  Je  suis  attaché  sans  réserve  a  toute  la  rue,  et  Marin  a  dû 
s'en  apercevoir." 


(i)  rages  ii2,  114,  121,  122,  127,  128,  129. 


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—  248  — 

Monsieur  et  Mme  de  Lanaudière  occupaient  dans  la  rue 
du  Parloir  la  maison  la  pais  rapprochée  de  la  Côte  de  la 
Montagne  ;  l'autre  maison,  voisine  du  séminaire.était  la  pro- 
priété de  M.  de  la  Margue  de  Marin,  marié  à  Charlotte 
Fleury  de  la  (iorgendière  ;  et  la  sœur  de  cette  dernière, 
Mme  veuve  Thomas- Jacques  Tnschereau,  la  bisaïeule  du  ear- 
dinai,  demeurait  chez  M.  de  Marin.  Madame  Péan  avait  son 
hôtel  vue  du  Parloir  près  des  l'rsulines.  11  no  faut  pas  con* 
fondre  ces  deux  rues  qui  portaient  le  môme  nom. 

3°  Dans  l'article  que  je  t>uis  à  étudier,  il  semble  que  ma- 
demoiselle de  Lanaudière  propriétaire  d'une  maison  en  1 81 1 
est  la  même  demoiselle  dont  Montcalm  aimait  tant  la  so- 
ciété on  1757.  11  faut  croire  alun»  qu'elle  aurait  vécu  bien 
longtemps  !  Le  mieux  aurait  été  de  n'en  point  parler  du 
tout,  ni  pour  1757  ni  pour  1841,  car  clio  n'avait  rien  à  faire 

dans  cette  galère. 

Pour  amer  a  cette  histoire  du  Bureau  de  poste,  quo  je  ne 

prétends  pas  rendre  complète,  j'ajouterai  les  détails  sui- 
vants. Avant  17!»'J,  la  poste  fut  tenue  pendant  quelque  temps 
dans  la  maison  en  face  du  Cliim  >ÏOr,  Car  le  23  lévrier  de 
cette  anuéeje  trouve  que  (iabricl  Taschereau,  le  grand-père 
du  cardinal,  "  a  l'ait  bail  à  loyer  et  prix  d'argent  au  sieur 
John  Smith,  aubergiste,  de  la  partie  de  la  maison  apparte- 
nante au  dit  sieur  bailleur,  servant  >:idfrant  d'onice  de  la 
2>o.ïte,  située  en  cette  ville  entre  les  rues  Buade  et  dos  .Rem- 
parts, consistant  en  un  appartement  dans  le  bas  de  l'angle 
de  la  dite  mainon,  etc." 

Je  trouve  ensuite  la  poste  installée — mais  je  ne  sais  exac- 
tement durant  combien  d'années — dans  la  maison  Moriu  qui 
se  trouverait  aujourd'hui  au  sommet  de  la  Côte  de  la  Monta- 
gne et  sur  la  rue  Port  Dauphin,  en  face  de  l'entrée  du  nou- 
veau paix-  Frontenac  (1). 

(i)  Histoire  du  palais  t'piuo**!  Cette  maison  est  indiquée  sur  un  très 
beau  plan  de  t^ueoec  lait  par  l'arpenteur  Duberger  et  qui  urne  le  vestibule 
till  palais  episcopal. 


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—  249_ 

Le  29  mars  1821,madame  J.-B.  Morin  loue  à  AlfVed  Haw- 
kins "  une  maison,  hangar  et  cour  près  des  jardins  du  sé- 
minaire, ci-devant  occupée  par  les  offices  de  la  poste."  (1) 

Je  trouve  dans  mes  notes  que  de  1822  à  1826,  la  poste 
était  dans  le  Freemason's  Hall.  De  1834  à  1841,  ce  bureau 
se  trouvait,  comme  on  l'a  vu,  dans  la  maieon  do  la  rue  du 
Parloir  la  plus  rapprochée  du  séminaire. 

Notre  bureau  de  poBte  actuel,dont  la  façade  ne  manque  pas 
de  earactère.demanderait  à  grands  cris— s'il  pouvait  crier- 
la  démolition  de  l'abominable  pâté  de  maisons  qui  se  trouve 
entre  la  rue  Buade  et  la  rue  Port-Dauphin.  Cette  dernière  a 
tout  juste  la  largeur  d'une  allée  ou  d'un  corridor,  et  c'est  là 
l'une  des  principales  entrées  dans  la  ville  de  Québec  !  Quand 
donc  va-t  on  se  décider  à  raser  ces  masures  dont  on  deman- 
dait déjà  la  ruine  en  1834  et  qui  font  encore  l'étonnement 
des  étrangers  et  la  honte  des  citoyens  ?  Leur  disparition 
dégagerait  le  buivau<1e  poste,  le  palais  épiscopd  et  lu  Cha- 
teau Frontenac,  et  élargirait  la  rue  Du  Fort  dont  on  n'a 
attaqué  que  l'une  des  extrémités,  l'autre  bout  étant  impre- 
nable, je  suppose.  L'effet  n'en  est  pas  moins  désastreux. 
Quelle  belle  place  l'on  aurait  pour  une  fontaine  surmontée 
d'une  statue,  entre  l'évêehé,  le  bureau  de  posto  et  le  joli 
parc  Frontenac  !  Xe  perdons  pas  espérance  et  crions  :  deltn- 
da  est  Carthago.  JL  T. 

La  "Sainte  Anne»  de  Lebrun.  (IV.XII,  552.)— 
A  onjse  ans.  Charles  Lebrun  étonnait  ses  maîtres  par  la  pré- 
cision de  ses  dessins,  et.  à  quinze  ans,  ses  ouvrages  faisaient 
la  surprise  des  princes  de  l'époque.  Protégé  tour  ft,  tour  par 
Fouquet  et  Colbert,  il  arriva  à  Louis  XIV.  Ce  prince  le  fit 
loger  à  Fontainebleau  et  chaque  jour  il  allait  paw-er  une 
heure  avec  lui.  Le  monarque  ravi  de  ses  travaux  le  nomma, 
en  1662,  directeur  de  tous  les  travaux  qui  tiennent  aux  arts 


(i)  Grefle  d' Archibald  Campbell. 


t 


—  250  — 

du  dessin,  et  lui  accorda  une  pension  de  douzo  milles  livra. 
A  dater  de  ce  jour,peintre  et  orfèvre,  sculpteur  et  marhrior, 
dessinateur  et  ébéniste  comme  graveur,  tout  obéit  à  Lebrun. 
Son  génie  ne  fut  pas  au-dessous  de  mi  rude  tâche.  Lebrun  pei- 
gnit jusqu'à  sa  mort,arrivée  le  12  février  KJUU.  Il  reproduirait 
volontiors  sur  ses  toiles  les  œuvrai  de  Jiaphuél.  de  Ituben». 
de  Murilloetd'Annibal  Carrache.  La  Sainte-Famille  est  une 
imitation  do  la  Vierge  au  fleuve  de  ce  dernier  peintre,  avec 
l'addition  toutefois  d'un  certain  nombre  de  personnages,  de 
sainte  Anne  entre  autre*,  sur  laquelle  il  a  voulu  attirer  l'at- 
tention. 

Pour  la  composition  de  son  tableau  de  Sainte-Anne,  pré- 
senté à  l'église  do  Saint-Anne  de  Beaupré  par  le  marquis  de 
Tracy,  en  lb'tJG.il  s'est  inspiré  de  Rubens,  pour  la  partie  infé- 
rieure, ot  de  Murillo,  pour  la  partio  supérieure.  C'est  te  qui 
explique  la  grande  ressemblante  entre  cette  toile  et  celle  du 
maître  flamand.  Nous  avons  aussi  en  main  une  photographie 
d'un  autre  tableau  peint  pour  l'Hôtel -Dieu  de  Baugé,  France, 
où  sainte  Anne  est  représentée  dans  la  mémo  altitude  de 
noblesse  et  de  grandeur. 

K.  P.  (illtARI» 

Leju-ffc  Bédai'd.  (V.VIL  b'38.)— Le  juge  llédard  fut. 
pour  de»  raisons  de  ban  té.  forcé  de  se  soustraire  à  ses  fonc- 
tions déjuge  à  partir  du  mois  de  mar»  1827  jusqu'au  moi» 
de  janvier  1828.  Les  juge»  l'niaeke  et  Fletcher  le  remplacè- 
rent. 11  courut  à  Saratoga,  où,  n'éprouvant  pas  de  roieuxT 
il  ne  ni  pas  un  long  séjour.  Il  passa  l'été  de  1*27  à  Kamou- 
raskà,  re&tant  ainsi  pendant  dix  mois  absent,  bien  que  son 
congé  no  lût  que  de  trois  semaines.  Sou  traitement  lui  fut 
payé  régulièrement. 

En  janvier  18211,  le  juge  fiédard,  voyant  que  sa  maladie 
s'aggravait,  résolut  de  démander  uno  pension  de  retraite,  ot 
la  chambre  la  lui  accorda  après  avoir  fait  une  enquête  sur 


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—  251  — 

l'état  de  santé  du  pétitionnaire.  Ses  deux  fils,  EIzéar,  alors 
avocat  à  Québec,  et  Isidore,  étudiant  en  droit,  furent  appelés 
à  rendre  témoignage. 

La  santé  de  mon  père,  dit  le  premier,a  été  généralement 
mauvaise,  pendant  les  deux  dernières  années  ;  elle  est  deve- 
nue pire,  par  l'assiduité  et  le  travail  inhérents  à  sa  charge  ;  il 
paraissait  tri -s  aflbgé  des  difficultés  qui  ont  eu  lieu  lorsqu'il 
lui  fallut  obtenir  un  congé  d':ibscnce,  et  lors  de  la  révoca- 
tion et  du  renouvellement  de  sa  commission." 

"  La  Siinté  de  mon  père,  dit  Isidore,  a  été  généralement 
mauvaise.  Les  médecins  ont  dit  qu'il  souffrait  de  dyspepsie. 
11  a  eu  une  enflure  aux  jambes,  depuis  plus  de  d<x  ans.  Cette 
enflure  se  renouvelait  le  printenif  s  et  l'été,  depuis  qu'il  avait 
été  emprisonné  à  Québec,  en  1810  et  1811. 

En  1829.  le  juge  Bédard  avait  atteint  ses  soixante  sept  ans. 
C'était  un  vieillard,usé  par  le  travail  et  les  chagrin-*  de  toute 
nature.  La  fin  ne  pouvait  être  éloignée.  Nous  alor>  laisser  à 
la  Minerve  le  s<>in  de  nous  raconter  ses  dernière  moments. 

'  Le  dernier  jour  du  petit  terme  d'avril  dernier  (1829),  il 
endura  du  froid  en  se  rendant  à  la  cour  :  il  ne  crut  pas  ce 
froid  dangereux  :  cependant  le  mal  fit  de  grand  progrès  en 
peu  de  jours,  et  sembla  ensuite  s'apaiser.  Il  sortit  tous  les 
jours  de  la  semaine  qui  précéda  le  dimanche  du  26  avril  der- 
nier. Le  samedi,  25,  il  sortit  en  voiture  dans  l'après-midi. 

"  Le  dimanche  matin,  2t>  avril,  il  se  sentit  très  mal,  mais 
il  ne  voulut  passe  mettre  au  lit.ll  pa«sa  la  journéo  assis  »ur  son 
sofa,  se  promenant  de  temps  en  temps  dans  sa  chambre,  chose 
qu'il  fuyait  lorsqu'il  était  en  santé.  Il  prit  son  diner  à  l'heure 
ordinaire. 

"  A  cinq  heures  et  trois  quart  il  fit  un  tour  dans  la  cham- 
bre sam  vouloir  permettre  &  personne  de  le  supporter;  il  re- 
garda a  la  fenêtre  et  vint  s'asseoir  sur  le  sofa. 

"  A  six  heures  il  voulut  se  lever  pour  marcher  encore  ; 


uigiiizec 


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on  le  pria  de  rester  assis,  il  y  consentit  :  il  reposa  sa  tête  su* 
le  bras  du  sofa,  ferma  les  yeux,  et  ne  les  ouvrit  plu»." 

Pierre  Bédard  fut  inhumé  dans  l'église  paroissiale  de  Trois- 
Rivières,  où  il  repose  encore  aujourd'hui. 

N.-K.  Dionnc 

Jm  fam  ille  Kimber.  (V,  V,  n'15.)-r-Le  Jckimbert  de 
1753  mentionné  parTanguay  (IV*.  Ml)  se  nommait  Kimber 
et  venait  d'Allemagne.  11  était  jardinier.  Thomas  et  Joseph 
ses  fils  étaient  dans  la  milice  de  la  ville  de  Québec  l'hiver  de 
1775-76.  Thomas  fut  ordonné  prêtre  en  1781  ;  il  était  curé 
d'Yamachicheen  I797,puisaux  T rois-Rivières  deux  ansaprès. 
René,  son  frère,  était  marchand  aux  Trois- Rivières,  de  17S*9 
à  1828  ;  il  y  fut  inspecteur  du  feu,  président  dos  cyndics  de 
la  Commune,  marguiller,  juge  de  paix. 

Joseph-René,  tils  de  ce  dernier,  né  à  Quebec  en  1786\était 
médecin  aux  Trois-Rivièreseu  1807.  En  1832  ou  le  voit  can- 
didat de  la  ville  des  Trois- Rivières  à  lu  deputation  parlomcn- 
tuiro.  Durant  les  troubles  de  1837,  il  se  sépara  de  M.  Papi- 
ueau  ei  contribua  plus  que  tout  autre  homme  à  empêcher 
le  soulèvement  du  district  des  Trois-Rivières.  Son  frère,  Oli- 
vier Kimber,  était  avec  Nelson  et  l'on  trouve  son  nom  sur  le 
papier-monnaie  de  la  distillerie  de  .Saint  Denis  qui  circulait 
parmi  les  patriotes. 

Le  tils  du  docteur  René  fut  huissier  de  la  Verge  Noire, 
charge  qui  a  passé  à  sou  tils  actuellement  en  fonction. 

Benjamin  Silte 

LesprotonotaiveH  apostolique canadienu.  (V. 
IV,  601.) — A  ajouter  à  la  liste  déjà  publiée  parles  Recherches 
Historiques  :  Mgr  Ed.-Ig.  Heenan,  Hamilton,  Ontario  ;  Mgr 
Pierre  Heney,  Manchester,  K.  U.  ;  Mgr  D.-S.  Ramsay,  Ma- 
gog- 

P.  G.  R. 


—  253  — 

Joseph  Pfiplnentt  en  177.9.  (V.  VI,  618.)—"  Un 
officier  canadien,  M.  Joseph  Lamothe,  avait  apporté  en  Ca- 
nada des  dépêches  do  Ion!  Hmvo  (Sir  AVilliam  Homm,  com- 
mandant anglais  à  New- York»  1775)  au  général  Carie  ton  \ 
elles  étaient  a  Jressées  au  séminaire  de  Montréal.  M.  Papineau, 
alors  jeune  homme,  se  joignit  à  M.  Lamothe  pour  les  porter 
à  Québec.  Munis  du  cou  lettres,  qu'ils  avaient  cachée»  dans 
des  batons  creux, ils  se  mirent  en  chemin  par  la  rive  droite  du 
fleuve,  évitant  les  troupes  révolutionnaires  et  les  canadiens 
qui  avaient  embrassé  leur  parti,  et  marchant  de  presbytère 
en  presbytère.  Ils  parvinrent  heureusement  à  Québec,  et 
après  avoir  délivré  leurs  dépêch  .s,  ils  entrèrent  dans  la  com- 
pagnie du  capitaine  Mareoux,  eu  qualité  de  volontaires,  et 
servirent  jusqu'à  la  levée  du  siège. — "  ((ïarnoau,  III,  81.) 
Sanguinet,  dans  son  journal  de  l'invasion  du  1775,  note,  au, 
commencement  de  lévrier  1770,  que  "  les  sieurs  Lamulte  et 
Papineau  partirent  de  Montréal  pour  Québec,  où  ils  arrivè- 
rent heureusement.   Le  même  annaliste  ajoute  plus  loin  : 
Pans  le  moi-*  de  mars  177b',  les  sieurs  Lamothe  et  Papineau 
partirent  de  Montréal  et  se  rendirent  heureusement  dans  la 
ville  de  Québec,  et  informèrent  le  général  Guy  Carleton  de 
tout  ce  qui  se  passait  dans  cette  partio  et  de  la  triste  situa- 
tion des  Bastonnais."  M.  L.  O.  David,  dans  ses  Biographies 
et  Portraits,  page  5,  rapporte  le  fait  comme  suit  :  "  On  était 
en  hiver...  M.  Lamothe,  grand-père  de  notre  estimé  concito- 
yen, M.  Lamothe,  et  M.  Joseph  Papineau,  alors  âgé  de  vingt- 
cinq  ans...  Le  11  mars,  trois  semaines  après  leur  départ,  ils 
étaient  en  face  de  Québec,  sur  les  hauteurs  de  Lévis.  Mais 
leurs  épreuves  n'étaient  pas  tintes...  Il  fallait  traverser  le 
fleuve  et  lea  lignes  ennemies.  Ils  eurent  recours  à  un  curieux 
stratagème  pour  échapper  plus  facilement  à  l'observation  : 
ils  s'entourèrent  la  tête  avec  des  mouchoirs  blancs  et  mirent 
leurs  chemises  par  dessus  leurs  vêtements.  Arrangés  de  cette 
façon,  ils  s'élancèrent  sur  le  fleuve,  au  milieu  des  bancs  de 


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I 

4 


—  254  — 

neige  et  de  glace  accumulé*,  marchant  presque  toujours  sur 
les  mains  et  les  pieds,  profitant  de  loue  les  accidenta  que  la 
glace  refoulée  leur  offrait,  et  arrivèrent  sains  et  saufs  à  la 
cidatelle.  avec  les  dépêches.  Cet  acte  do  courage  fit  sensation. 

Le  8  juin  1770.  L<s  Améncains.  rctiaitantde  Québec, font 
battus  aux  Tro's  Tîivièrcs.  T>e  Tx>rimier.  dans  non  Mémoire, 
dit  :  "Nous  n  eûmes  les  nouvelles  par  le  capitaine  Lamothe 
et  M.  Papineau,  qui  avaient  laif-sé  l'armée  en  outre  des 
Trois -Kivières.  après  avoir  battu  les  Américains.  Assurés  de 
la  vérité,  nous  décidâmes  à  marcher  your  Lachine  pour  atta- 
quer l'ennemi...  Lamothe  et  Papineau  auraient  donc  quitté 
Québec  avec  l'armée  anglaise  qui  suivait  la  trace  de  l'armée 
américaine  en  retraite,  et,  après  la  bataille  du  8  juin,  se  se- 
raient détachés  pour  se  rendre  aux  environs  de  Montréal. En 
1777,  de  Loriinier  note  que  le  capitaine  Lamothe  était  sous 
ses  ordres  vers  le  lac  Champlain.  L*»s  familles  Papineau  et 
Lamothe  datent  deplusde  deux  fièc'csdnns  le  pays."  CSulto) 

Lorsque,  dans  l'été  de  1838,  Joseph  Papineau,  âgé  do  88 
ans,  vint  à  Saratoga — pénible  voyage — fa'ref-es  adieux  à  sen 
fils  partant  pour  l'eN il.  j'eus  de  longues  conversations  avec 
ce  vénérable  ancêtre,  sur  cette  expédition  de  1775  comme  sur 
toute  cette  longue  lutte  parlementaire  pour  la  revendication 
de  nos  droits  politiques,  si  méconnus  de  1763  à  nos 
jours.  Et  il  versait  des  larmes  en  disant  :  'C'en  est  fini  des 
Canadiens  ;  ils  seront  encore  plu*  maltraités,  que  par  le  pas- 
sé." Hélas,  il  ne  vécut  pas  pour  voir  le  triomphe  du  gouver- 
nement responsable  ;  il  mourut  en  1841;  on  peut  dire  de  cha- 
grin. 

Louis  J.-A  Papineau 


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QUESTIONS 


1*42. — II  y  a  une  quarantaine  d'année*  un  certain  million- 
naire était  venu  à  Québec  et  avait  cru  devoir  par  pat- se-temps 
probablement  faire  inviter  tous  les  enfant»  des  families  de 
la  haute-ville  à  une  fête  sans  pareille  et  sans  précédent  enco- 
re à  cette  époque.  Ces  enfants  furent  conduits  dans  une 
grande  *alle  d'une  institution  publique  probablement,  où  on 
Jes  mit  sur  les  lits  et  sur  les  tables  tant  ils  étaient  en  grand 
nombre,  leur  distribuant  force  bonbons  et  gâteaux  et  empli- 
ssait leurs  poches.  Avant  leur  départ,chacun  des  enfants  reçut 
an  habillement  complet  des  mains  du  millionnaire  et  de  ses 
amis  y  compris  une  petite  casquette  écos^aine  (Scotch  cap) 
Bi  peu  portée  à  cette  époque. 

Ce  millionnaire  était-il  l'un  des  Rothehilds  ?  A  quelle  époque 
cette  fête  eut  elle  lieu  et  dans  quel  éta hibernent  de  lu  haute 
ville  de  Québec  ?  \'s  Anciex. 

643. — Pouvez-vous  me  donner  la  liste  complète  de  ceux 
qu'on  apjiello  communément  les  "  pères  de  la  Confédéra- 
tion'?  X  V.  Z. 

tJ44. —  M.  le  marquis  de  Gallifet,  actuellement  ministre  de 
la  guerre  en  France,  n'est -il  pas  le  descendant  de  Louis- Fran- 
çois de  Galifet.  seigneur  de  Cattin,qui  commandait  aux  Trois- 
Kivière  en  1090  et  161)1  ?  M.  de  Galifet.  si  je  ne  me  trompe, 
retourna  en  France  vers  1700.  T.  ]{. 

645. — En  quelle  année  et  s  jus  quel  titre  l'abbé  l'igeon  a- 
t-il  publié  son  édition  canadienne  des  drames  de  Jferquin  à 
l'usage  des  enfants  ?  liim.to. 

— On  dit  que  la  veuve  du  marquis  de  Puisiyo,général 
en  chef  de  l'armée  royaliste  de  Bretagne  pendant  la  révolu- 
tion française,  tint  pendant  quelque  temps  un  petit  maga- 
sin à  Québec.  Peut-on  me  donner  quelques  renseignements 
sur  le  séjour  de  cette  grande  dame  dans  la  vieille  capitale  ? 

X.  X.  X. 


—  256  — 

647.— Dans  son  voyage  au  Canada  (1749)  Kalin  dit: 
u  Les  Jouîtes  qui  vivent  ici  sont  tous  venus  de  France  ;  plu- 
sieurs y  retournent  après  un  séjour  de  quelques  années. 
Quelques  uns  (dont  cinq  ou  six  vivent  encore)  qui  sont  nés 
au  Canada,  s'en  allèrent  en  Franco  et  furent  reçus  là  dans 
l'ordre  ;  mais  uucun  d'eux  n'est  revenu  en  Canada.  Je  ne 
sais  quelle  rai.son  politique  les  en  a  empêchés." 

Qu'y  a  t-il  de  vrai  là  dedans  ? 

Pouvez- vous  me  donner  les  noms  des  Canadiens  qui  sont 
entrés  dans  la  compagnie  de  Jésus,  jusqu'à  la  mort  du  P. 
Cazot  ?  Ver 

64S.— En  KÏ84,  Mgr  de  Laval  chargea  un  Récollet  de 
prêcher  le  carême  à  la  cathédrale  de  Québec.  Le  prédica- 
teur hasarda  des  propositions  répréhensible»,  qui  étaient  une 
censure  des  principes  et  de  la  conduite  du  clergé.  Les  grands 
vicaires  lui  en  rirent  des  reproches,  mai*  ne  purent  l'enga- 
ger à  se  rétracter.  Son  supérieur,  à  qui  on  en  fit  des  plain- 
tes, ne  fut  pas  plus  heureux  ;  mais  pour  réparer  le  scandale, 
il  monta  lui-même  en  chaire  le  dimanche  suivant,  et  expli- 
qua ces  propositions  d'une  manière  satisfaisante.  Il  ne  vou- 
lut pas  que  ce  religieux  prêcha*.,  et  il  acheva  do  remplir  la 
station.  11  le  renvoya  même  en  France,  mais  ce  ne  fut  pas 
sans  peine.  Le  gouverneur  et  l'intendant  voulaient  le 
retenir  ;  il  leur  dit  résolument  :  "  Il  restera  puisque  vous 
le  voulez,  mais  il  restera  seul,  nous  nous  en  irons  tous."  On 
le  laissa  partir.  Mentionne  t-on  quelque  part  le  nom  de  ce 
religieux  qui  donna  tant  de  trouble  à  son  supérieur  ? 

Lkx. 

tî49. — Quelle  est  l'origine  du  nom  de  l'Anse  des  Mères,près 
de  Québec  ?  Cet  endroit  portait  déjà  ce  nom  du  temps  des 
Français  puisque,  dans  une  lettre  en  date  du  5  septembre 
1859,  je  le  trouve  nommé  ainsi. 

Marin 


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BULLETIN 

PES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

VOL.  5  SEPTEMBRE  18!»i)  No.  9 


SAINT-LAURENT  DE  L'ILE  D'ORLEANS  * 

Lu  paroisse  de  Saint -Laurent  l'ut  d'abord  étirée  sous  le 
voiable  de  Suint- Paul,  mais  <n  1698,  -ur  la  demande  du  sei- 
gneur de  l'île,  on  lui  substitua  celui  de  Saint  Laure  nt. 

La  pi  entière  t'élise  a  été  corn-truite  vers  1675,  et  n'a  servi 
au  culte  qu'une  vingtaine  damnes.  Elle  était  placée,  parait- 
il,  à  l'endroit  appelé  l'Arbre  sec. 

Ou  ne  connaît  point  la  date  précise  de  lu  construction  de 
la  deuxième  <*uli>e,  démolie  il  y  a  plus  de  trente  ans.  Tout 
ce  que  l'on  sait,  c'est  qu'elle  existait  en  1697.  Elle  fut  allon- 
gée de  21  pieds  en  1702,  cous  le  règne  du  H.  I'.  Poneelet, 
alors  curé  de  Suint- Laurent.  Su  longueur  était  tie  75  pieds,et 
sa  largeur  de  21  pied>. 

La  troisième  église,  ou  l'églis!  actuelle,  a  été  construite  en 
1860.  KHe  lut  li  mte  et  inaugurée  d:iiw  l'automne  de  1861. 
Sa  longeur  est  de  113  pieds,  et  s;i  largeur  de  3'<  pieds. 

Missionnaire»  et  cuits  do  Suint- Laurent  :  .T.  Ba-set,  1079- 
16SI)  ;  F.  Lumy,  1080-16*3  ;  p.  de  Fr..nebevilb-,  1683-1689  ; 
J.-H.  Tremblav,  1639-1092  ;  G. -T.  Krborv,  1092-1693  ;  A. 
Dauric,  1693  16î)6  ;  B.  Flécourt.  1096  1700  ;  F.  Poncelot, 
1700-1712  ;  Y.  LeRu  he,  1712-172»:  P.-.T.  Chr.rdon.  1729- 
1731  ;  F.  Martel,  1731-1764  :  .l.-N.  Martel,  1764-1767  ;  L.- 
M.  de  Kerberis,  1767  176»  ;  .l.-B.  de  la  Brossa.  1769-1770  ; 
C.  de  Lotbinière,  1770  1772  :  Mgr  L.-P.  M.  d'Esglv,  1772- 
1774  ;  P.-J.  Compain,  1774  1775  ;  A.  Pinet,  1775-1777  ,  C- 
J.  Duchetnuux,  1777-1778  :  P.  lluot,  1778-1781  ;  L-B.-G. 
Durouvrav,  1781-1783  ;  A.  Ilamel,  1787  1786  :  O.  Duchou- 
quet,  1786-1787  ;  .l.-B.  (ration,  1787-1788  .  A.  Pinet,  1788  ; 
J.-L.  Du.ondu,  1788-1791  .  K.  Burke.  179I-17»4  ;  .1.  Bosson- 
neau,  1794  17»8  ;  P.-B.  de  Borniol,  17»8-1818  ;  J.-M.  Fortin, 
1818-1822  ;  F.-G.  LvCourto  s,  1822  1827  ;  L.Gingras,  1827- 
1829  ;  C.  Ganvreau,  1829*1833  ;  J.  N.  Naud,  1833  1859  :  K. 
Bonneau,  185»-18t>5  ;  M.  Forgoes,  1865-1882  ;  W.  Biais, 
/•uré  actuel.  L'abbé  David  Gossklik 


—  2G0  — 

L'HERMITE  DES  TROIS-PISTOLES 

*  - 

Sur  les  borlsde  la  rivière  d<  s  Tnis  Pisto'es  qui  sejct'e 
dans  le  flouve  Saint  Laimnt  à  une  quarantaine  de  lieues  au- 
dessous  de  Québec,  s'était  établi, vers  lanni'e  171"),  un  in<on- 
nu  qui  minait  la  vie  d  un  ermilc  et  qui  se  Inic&iii  désigner 
sous  le  nom  de  Père  Dupont.  Il  s'était  construit  lui-même 
une  espèce  d'ermitage  dans  la  forêt,  à  une  lieue  de  toute  ha- 
bitation, et  y  vivait,  paraît-il,  dans  la  pratique  de  l'oraison 
et  des  au«térit<  s  monastiques. 

Son  vêtement  grossier  et  même  pauvre  avait  la  forme  de 
celui  d'un  anachorète,  dont  «a  figure  aus'.ère  et  recueillie,  la 
modestie  de  son  maintien  et  la  gravité  de  ses  discours  rapjHî- 
laient  le  souve  nir.  Son  langage  correct  et  le  ton  de  sa  con- 
versation révélaient  un  homme  instruit  et  formé  aux  étude» 
classique*.  Les  heures  qu'il  ne  consacrait  pus  à  ses  pratiques* 
de  dévotions  et  u  ses  lecture-,  il  les  employait  au  travail  de» 
mains,à  l'entretien  do  sa  cellule,  ou  de  ses  vêtements.à  la  cou- 
pe du  bois  dont  il  avait  besoin  pour  se  chaurîer,ct  qu  i!  traî- 
nait lui-même  autour  de  son  ermitage.  Les  visiteurs  que  le  ha- 
gard ou  la  curiosité  conduisait  dans  sa  retraite  le  trouvaient 
souvent  plongé  dans  la  lecture  ou  les  rêveries,  soit  dans  sa 
chaumière,  soit  au  penchant  du  ravin  au  fond  duquel  coule 
la  rivière. 

A  la  tombée  de  la  nuit,  ou  dans  la  chaleur  du  midi,quand 
le  travail  est  trop  pénible,  on  entendait  un  chant  religieux 
et  monotone  comme  une  psalmodie,  s'élever  de  sa  cellule  ou- 
des  profondeurs  du  bois  voisin. 

A  certains  jours,  on  voyait  cet  étrange  personnage,  un 
bâton  à  la  main,  sortir  de  la  forêt,  descendre  a  travers  le* 
champs  cultivés,  et  venir  frapper  à  la  porte  des  habitations 
prochaines,  où  il  était  accueilli  avec  un  mélange  de  respect 
et  de  curiosité.    On  lui  fournissait  volontiers  le  pain  et  les- 


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légumes  qui  comj. osaient  toute  sa  nourriture  ;  l'eau  de  1» 
rivière  était  son  e-eul  breuvage. 

Quand  il  reiuontiaït  quelque  passant,  il  se  prosternait  de- 
vant lui  jusqu'à  terre,  lu»  baisait  les  pieds  avec  humilité,  en 
prononçant  quelques  sentences  des  Kcritures,  ou  quelques 
mots  d  exhortation  sur  U-s  vérités  éU'ruelles.  Aux  interne 
galions  qu'on  lui  faisait  sur  ton  pays,  son  origine,  ses  anté- 
cédents, les  emplois  qu'il  avait  occupés  dan»  le  monde,  il  ré- 
pondait par  des  paroles  évasivos.  Son  air  et  ses  manières 
ecclésiastiques  le  faisaient  prendre  pour  un  prêtre  déguisé, 
quoiqu  il  s'en  défendit  avec  du  grandes  protestations.  Les 
uns,  admirant  su  vie  pénitente,  le  prenaient  pour  un  saint, 
quoiqu'il  ne  fréquentât  jamais  l'église,  ni  les  sacrements  ;  les 
autros  le  regardaient  comme  un  aventurier  ou  un  de  ces 
faux  mystiques  dont  les  lectures  ascétiques  mal  dirigées 
avaient  troublé  le  cerveau. 

Un  jour,  on  vit  monter  une  épaisse  fumée  à  la  cime  des 
arbres  qui  bordaient  la  rivière  et  bientôt  on  apprit  que  l'er- 
mitage du  solitairo  avait  été  la  proie  des  flammes.  Quelques- 
uns  soupçonnèrent  que  cet  incendie  n'était  pas  reflet  du  ha- 
•ard,  mais  d'une  volonté  préconçue.  Quoi  qu'il  en  soit,  cet 
accident  mit  fin  à  la  vio  érémétique  du  Père  Dupont,qui  dis- 
parut de  la  paroisse  des  Trois-Pistoles  pour  n'y  plus  reve- 
nir. 

Quelques  vagues  traditions  rolatives  à  ce  singulier  person- 
nage, se  sont  conservées  jusqu'à  ce  jour  dans  les  campagnes 
environnantes. 

On  apprit,  quelque  temps  après  son  départ,  qu'il  était  ru- 
tourné  à  Québec,  où  il  avait  séjourné  avant  de  venir  bc  fixer 
aux  Trois-Pietoles. 

Il  était  arrivé  d'Europe  au  printemps  de  1714,  et  s'était 
fait  remarquer  tout  d'abord  par  la  singularité  de  ses  allu- 
res. Il  passait  pour  avoir  du  bien,  vivant  dans  le  meilleur 
hôtel  de  la  ville  ;  il  étudiait  los  mœurs,  les  coutumes,  et  les 


—  262  — 


ressources  du  pays  où  il  avait  1  intention,<lisait-il,  do  fonder 
un  monastère.  8on  éducation,  sa  vie  régulière,  ses  tendan- 
ces religieuses  et  ses  idées  de  bienfaicanee  lui  avaient  acquis 
une  certaine  popularité.  Plusieurs  citoyens  même  étaient 
venus  solliciter  la  Supérieure  de  IHôtel-Dieu  de  faire  con- 
naissance avec  lui,  dans  l'espérance  que  cette  attent;on  pour- 
rait lui  suggérer  la  pensée  de  ftiire  quelques  dons  aux  pau- 
vres de  l'Hôpital  ;  mais  la  Supérieure  avait  toujours  décliné 
ces  avances.  On  avait  tenté,  mais  inutilement,  d'obtenir 
quelques  renseignements  sur  la  condition  de  eo  étranger. 

C'était  à  la  suite  de  ce  premier  séjour  à  Québec,  qui  avait 
mis  en  éveil  la  curiosité  publique,  que  le  Père  Dupont  était 
allé  se  faire  ermite  dans  les  bois. 

A  son  retour  à  Québec,  après  l'incendie  de  non  ermitage, 
les  esprit*  étaient  préparés  a  lui  faire  accueil  ;  car  la  répu- 
tation des  austérités  auxquelles  il  s'était  livré.s'y  était  répan- 
due et  avait  redoublé  l'intérêt  qui  s'était  attaché  à  eo  mys- 
térieux personnage.  Il  fut  introduit  avec  empressement  et 
fêté  dans  plusieurs  familles  ;  mais  ni  les  politesses,  ni  les 
amitiés  qu'il  reçut,  ne  purent  le  décider  à  lever  le  voile  de 
réserve  dont  il  s'enveloppait. 

Ce  ne  fut  que  deux  ans  après  son  arrivée  qu'on  parvint  à 
connaître  pou  histoire.  C'était  un  moine  bénédictin,  prêtre, 
qui  se  nommait  Dom  Georges- François  Poulet  et  qui  s'était 
enfui  de  son  couvent.  Son  supérieur,  ayant  appris  qu'il 
s  était  réfugié  au  Canada,  avait  écrit  au  gouverneur,  le  mar- 
quis de  Vaudreuil,  pour  lui  recommander  ce  religieux,  dont 
les  égarements,  disait  il,  provenaient  plutôt  d'un  travers  de 
jugement  que  de  la  perversité  de  cœur.  Dans  un  voyage  que 
ce  moine  avait  fait  en  Hollande,  il  «'était  lié  d'amitié  avec  le 
célèbre  Père  Quesnel,  qui  vivait  alors  en  exil  à  Amsterdam. 
Dom  (îeorges,  avait  embrassé  avec  ardeur  les  doctrines  jan- 
sénistes de  cet  oratorien,  et  s'en  était  fait  l'aveugle  partisan. 


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De  retour  en  France  il  avait  entendu  dire  qu'on  voulait  le 
renfermer  dans  t?on  couvent  et  il  s'était  enfui. 

C'est  alors  que,  déguit.é  en  séculier,  il  était  traversé  au 
Canada.  Dès  que  ce»  détail»  furent  connus  à  Québec,  les 
autorité  civile-»  et  religieuses  ne  voulurent  plus  permettre  à 
Dora  Georges  de  paraître  en  habit  laïque.  L'intendant  Bégon 
lui  fit  faire,  tant  bien  que  mal,  un  coutume  de  bénédictin 
dont  0:1  ne  connai?*ait  gu^rc  la  forme  au  Canada. et  l'obligea 
de  le  porter,  en  attendant  qu'on  le  renvoyât  en  France  à 
l'automne  suivant.  Mais  au  moment  du  départ  de  la  flotte 
en  1717,  il  parvint  à  se  dérober  aux  recherche*,  de  sOrte  qu'il 
fallut  attendre  à  une  autre  année. 

Dans  1  intoîvalle,  il  tomba  malade  do  la  fièvre  pourprôe, 
et  dut  être  transporté  a  l'Ilôtol-Dieu.oû  il  reyut  dessins  dont 
i  fui  lui  même  touché.  Comme  sa  malaiie  devint  sérieuse, 
plusieurs  membres  du  clergé  séculier  et  régulier  de  Québec 
vinrent  lui  rendre  visite  et  l'exhorter  d'abandonner  ses  er- 
reurSjinais  ils  trouvèrent  chez  lui  une  obstination  invincible. 
L'évcquo  de  Québec  fut  obligé  de  le  faire  avertir  que.  s'il 
pcraUtuit  dans  ces  sentiments,  on  lui  refuserait  les  derniers 
sacrements  X  l'article  de  la  mort.  Heureusement  que  Doiu 
Georges  se  rétablit,  et  qu'on  n'eut  pas  à  déplorer  ce  scan- 
dale. 

Irrité  des  humiliations  et  des  contradictions  qu'il  n'était 
attirées  lui-mêmo,  il  écrivit  au  gouverneur  un  long  réquisi- 
toire, dans  lequel  il  se  répandait  en  invectives  contre  révo- 
que de  Québec,  et  surtout  contre  les  Jésuites  qui  étaient  re- 
gardés comme  les  auteurs  de  la  condamnation  du  jansénis- 
me. Ils  écrivit  môme  à  l'évêque  une  lettre  pleine  de  repro- 
ches et  do  menaces,  dans  laquolle  il  opposait  la  sainteté  de 
sa  propre  vie  aux  prétendues  injustices  du  prélat  et  termi- 
nait en  l'appelant  au  jugement  do  Dieu. 

Avant  de  s'embarquer,  il  alla  remercier  la  Supérieure  de 
l'Hôtel-Dieu  dos  bons  traitements  qu'il  avait  reçuB  dans  la 


—  204  — 


communauté  pend art  si  mal:>d'ee;  (it  d  marderau  part  ir 
une  novice  au  voil  <  b'unc  qu'il  avai'  cnnue  dms  le  monde. 

Il  lui  fit  présent  d'un  liviv  de  p:été  en  o  iver.ir,  disait-i', 
des  bontés  qu'avait  eue-  po»  r  'ni  si  fam'Me.  I.»  Supérieure 
de  l'Hôtel-Dieu,  :V  qui  la  jeune  novice  ar;»;t  r-  mis  le  livre. 
«  étant  aperçue  qu  il  avait  jtour  auteur  un  de-*  écrivain- de 
Port-Royal,  le  renvoya  immédiatement  à  Dom  Georges,  à 
son  grand  méontetitem  nt. 

Après  son  retour  en  JIoI'mi  "e,  il  se  pl.innH  am.'-ie.tm 
de  la  manière  dont  les  autorités  eivi'e*  et  ieliir;eu*«  s  de  la 
Nouvelle  France  1  ava;t  tryité.  Les  journaux  d'AnMi  rdam 
s'<  -m  paré  rent  de  se*  déclaration»  et  finnt  arairl  bruit  dus 
prétendues  persécution*  eont  le  moine  junsén  ste  avait  été 
l'objet. 

i;  Non-  ne  saurions  trop  prier  le  eie!.  a'oute  l'annaliste  de 
de  l'Hôtel-Pieu,  qu'il  vcdlli  continuer  de  \  r  .»ei  ver  le  Cana- 
da du  venin  de  1  hérésie,  afin  q-ic  cette  église  se  c  -n  serve 
d  nis  la  |>uivté  de  la  foi,  et  que  notre  attachement  et  notre 
r^-p  ct  pour  le  Vicaire  de  Jésu*  ('hri«t  nous  attirent,  en  ce 
monde  et  on  l'autre,  les  b'nédh  tion*  qui  >o:\t  pronvses  aux 
âmes  véritablement  fidèle-;." 

L'abbé  II.  R,  Casgbain 

Ord'  nnanci»  de  Mgr  de  Sait- Vallier.  deuxième  évoque  de 
Québec  au  sujet  de  T>om  tîe^rges  François  Poulet. 

u  Nous  Jkan,  par  la  trrcîce  de  Dieu  et  du  Saint-Siège  Apos- 
tolique. Kvêque  de  <}u<l>ec. 

Aux  prêtres  Séculiers  et  Régulier*  qui  se  trouvent  dans 
l'étendue  des  missions  du  s-d  de  notre  Diocèse,  surtout  à 
Monsieur  Anclair,  curé  de  Kamouraska.  et  au  Père  Michel, 
Missionnaire  de  Rimouski,  salut  et  Bénédiction  en  notre  Sei- 
gneur. 

"  Comme  rien  ne  nous  nanàit  plus  déplorable  que  de  voir 
l'empressement  que  font  paraître  quelques  uns  de  nos  do- 


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—  265  — 

cèsains  do  favoriser  des  personnes  qui  cherchent  à  se  perdre 
pour  l'éternité  par  leur  entêtement,  et  l'éioignemont  qu'ils 
ont  de  vouloir  prendre  les  seuls  moyens  qui  les  peuvent  met- 
tre dans  le  bon  chemim,  nous  avons  été  véritablement  tou- 
ché, Nos  Très  Chers  Frères,  en  remarquant  dans  les  Sieurs 
Côté  et  Jean  Gagnon  de  La  Bouteillerie  ia  résolution  prise 
et  exécutée  d'emmener  là-bac»  I>om  George  Francois  Poulet 
bénédictin  sorti  furtivement  de  son  couvent  à  l'insu  de  ses 
Supérieurs,  et  sans  obédience,  dans  un  habit  laïque,  malgré 
tous  les  avis  que  nous  leur  avons  pu  faire  donner  par  des 
personnes  même  considérable*.  C'est  pourquoi  voulant  faire 
connaître  à  ces  personnes  et  autres  de  notre  diocèse,  où  de- 
meure Georgo  Francois  Poulet,  religieux,  l'obligation  qu'ils 
ont  do  nous  obéir  sous  peine  de  péché  mortel  en  tel  cas, .Nous 
leur  déclarons  que  celui  ou  ceux  qui  ont  pris  et  emmené  tie 
Québec  le  dit  religieux  ont  commis  une  grande  faute,  dont 
ils  mériteraient  quo  nous  nous  réservassions  l'absolution  ; 
cependant  pour  agir  avec  douceur,  nous  leur  luisons  seule- 
ment à  savoir  à  eux  et  à  tous  autres  semblables  que  s'ils 
viennent  à  le  protéger,  retirer  chez  eux  dans  leur  domaine, 
et  à  l'aider  à.  pouvoir  demeurer  éloigné  de  nous,  pour  nous 
ôtor  le  moyen  de  le  renvoyer  en  France  uses  supérieurs,  ils 
encourront  après  trois  jours  de  séjour  et  d'aide,  s'ils  ne  le 
font  partir  incessamment  et  sortir  de  leur  dépendance  après 
les  dits  trois  jours  passas,  l'excommunication  majeure  par  le 
Seul  fait,  dont  nous  nous  réservons  l'absolution  à  nous  seul  ; 
et  pour  faire  voir  l'horreur  que  nous  avons  des  religieux 
qui  so  sont  séparés  de  leur  communauté,  qui  par  la  con- 
tinuation de  leur  séparation  doivent  être  regardés  comme 
apostats  et  excommuniés  par  le  droit,  que  les  Kvêques  doi- 
vent poursuivre  et  faire  rentrer  dans  leur  devoir  pour  satis- 
faire au  décret  du  Saint  Concile  de  Trente  au  défaut  de  leur 
supérieur,  Nous  enjoignons  à  tous  les  curés  et  missionnaires 
qui  desservent  les  missions  de  ce  côté-là  jusqu'à  Kimouski, 


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—  2GG  — 


non  seulement  de  tenir  la  main  à  ce  qui  est  porté  par  la  dit* 
ordonnance  à  l'égard  des  séculiers  qui  y  contribueraient, 
mais  encore  de  refuser  les  sacrement*  au  dit  ï)om  Poulet 
religieux,  excepté  en  cas  de  mort,  et  même  de  dire  la  messe 
devant  lui,  ce  que  nous  leur  défendons  sous  peine  de  suspen- 
de d?  leurs  fonction;*  ou  interdit  des  lieux  où  la  dite  messe 
aura  été  célébrée,  pour  une  espace  de  temps  que  nous  régle- 
rons. 

lionné  à  Québec,  sous  notre  «.'ing.  celui  de  notre  secrétai- 
re et  scellé  du  sceau  de  nosarmes.ee  quinzième  jour  de  sep- 
tembre mil  sept  cent  dix  buit. 

Résumé  d'une  lettre  de  Mgr  de  Saiut  Vallier  au  Conseil  de 
Marine  : 

11  mars  1719. 

M.  IKvesque  de  Québec  demande  s'il  peut  exiger  de  M.  de 
Vaudreuil  les  secours  ayde  et  protection  nécessaire  pour  fa- 
ciliter les  fonctions  de  son  ministère,  et  si  M.  de  "Vaudreuil 
peut  le  luy  ref  user  dans  des  cas  particuliers  où  l'Evesquene 
peut  se  faire  obéir  que  par  des  moyen»  rudes  et  difficiles. 

Le  cas  dont  il  s'agit  est  qu'un  Religieux  d'un  ordre  consi- 
dérable, fugitif  et  par  le  seul  fait  déclaré  ajtostat  et  excom- 
munié par  le  droit,  se  retire  dans  son  diocèze,  M.  de  Vau- 
dreuil  en  e-t  averti  par  une  personne  qui  luy  écrit  de  la  part 
du  général  de  ce  Religieux  qui  désire  le  ravoir.  M.  do  Vau- 
dreuil  au  lieu  «le  luy  donner  avis  du  séjour  de  ce  mauvais 
religieux  fugitif,  luy  promet  sa  protection  et  l'assure  qu'à 
moins  qu'il  soit  forcé  par  un  ordre  de  la  cour  de  le  renvoyer 
en  France,  il  le  laissera  toujours  en  Cana  la  sans  l  inquiétter. 
Ce  Religieux  l'a  dit  à  l'Kvesque  en  l'assurant  qu'il  resteront 
malgré  luy  dans  son  diocèz?,  l'événement  en  a  esté  la  preu- 
ve, puisqu'il  n'a  pu  déterminer  M.  de  VauJreuil  à  s'intéres- 
ser dans  cette  affaire,  et  il  a  esté  obligé  pour  venir  à  bout  ds 
l'obstination  de  ce  Religieux  de  faire  publier  une  Ordonnan- 
ce par  laquelle  il  a  denendu  aux  prestres  de  dire  la  mc*se 


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> 


—  267  — 

devant  luy,  de  le  recevoir  aux  ëaeremens,  menacé  d'interdi- 
re les  lieux  où  l'on  la  diroit,  et  porté  des  censures  contre  les 
personnes  qui  le  soutiendroicut  sans  respect  pour  l'Eglise. 

Il  suplie  le  Conseil  d'envoyer  ses  ordres,  à  M.  do  Vaudreuil 
pour  faire  sortir  ce  Religieux  do  la  Colonie. 

Le  Conseil  croit  qu'il  faut ordonner  à  M.  de  Vaudreuil  de 
faire  embarquer  ce  religieux  et  de  ne  souffrir  aucun  Eclési 
astique  qui  ne  soit  a  prouvé"  par  l'Evoaque. 

En  marge  :  Aprouvé  les  me  du  Conseil. 


L'HONORABLE  A.-N.  MORIN 

La  bonté  et  la  charité  do  l'honorable  Auguste- Norbert 
Morin  étaient  proverbiales,  il  donnait  tout  aux  pauvres.tout 
jusqu'à  son  dernier  sou  ;  de  sorte  que,  sa  pension  payée,  il 
ne  lui  restait  rien  pour  s'habiller. 

Un  jour,  sir  L.-ll.  Latbntaine  lui  dit  qu'il  no  voulait  plus 
le  voir  paraître  dans  les  rues  avec  l'accoutrement  bizarre 
qu'il  portait,  que  c'était  un  scandale.  Il  lui  mit  vingt-cinq 
louis  dans  les  mains  et  lui  enjoignit  d'aller  s'habiller.  M. 
Morin  s  en  allait  chez  un  tailleur,U>rsquïl  rencontra  un  client 
malheureux  dont  il  avait  perdu  le  procès  ;  le  client  l'atten- 
drit tellement  sur  son  sort  et  sur  le  résultat  de  ce  procès  que 
M.  Morin  lui  mit  les  vingt-cinq  louis  entre  les  mains,  en  lui 
recommandant  bien  de  ne  pas  en  parler  à  M.  Latbntaine. 
Mais  M.  Lai'ou.laine,  voyant  toujours  Morin  avec  la  même 
toilette,  se  décida  à  lui  demander  des  explications.  M.  Morin 
hésita  un  moment,  mais,  ne  pouvant  mentir,  il  finit  par  ra- 
conter l'affaire.  M.  La  fontaine  le  gourmanda,  malgré  l'envie 
do  rire  qu  il  avait,  et  lui  dit  qu'il  était  décidé,  cette  fois,  à 
l'emporter.  11  l'emmena  chez  un  tailleur  et  lui  fit  faire  un 
habillement  complet. 

L.-O.  David 


* 


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—  268  — 

TESTAMENT  DE  M  DE  LA  JONQITIËRE 


Aujourdhy,  treiz.0  février  mil  sept  cent  cinquante  deux, 
su r  les  deux  heures  et  demie  de  relevée,  sur  l'ordre  et  réqui- 
sition de  haut  et  puissant  seigneur  Monseigneur  Jacques- 
Pierre  de  Tatîanel,  marquis  de  Lajonquière,  seigneur  Bur- 
dens Magnas  et  autres  lieux,  commandeur  de  l'Ordre  Royal 
et  Militaire  de  Saint  Louis,  irouverneur  et  lieutenant-géné- 
ral pour  le  Roy  en  toutte  la  Nouvelle- France,  Isle  Royalle, 
terres  et  pays  de  la  Louisiane  :  Le*  notaires  royaux  en  la 
prévosté  de  Québec  y  résîdcns  soussignés,  seroient  transpor- 
tée au  château  Saint-Louis -du  dit  Québec,  en  la  chambre  du 
eosté  du  sud-oiiest  du  dit  chateau  avant  face  sur  la  galerie 
du  dit  fort,  où  il»  auroicnt  trouvé  mondit  seigneur  marquis 
de  Lajonquière  malade  gissant  dans  son  fauteuil  proche  du 
feu,  où  estant  mondit  seigneur  auroit  dit  et  déclaré  aux  d. 
notai res  que  dans  la  vue  de  la  mort  et  craignant  d'en  estre 
prévenu,  il  désirerait  disposer  «les  biens  et  effet b  qu'il  a  dans 
ce  pay*,  sans  entendre  au  surplus  rien  changer  aux  disposi- 
tions testamentaires  par  luy  déjà-  faites  cy-devant  en  France 
avant  «m  départ  pour  ce  pays,  si  ce  n'est  la  substitution  cy* 
après  expliquée.  Pourquoy  toutefois  sein  d'esprit,  mémoire 
et  entendement,  ce- qu'il  nous  en  a  paru  â  nous  dits  notaires 
par  ses  justes  paroles  et  maintient,  auroit  présentement  fait 
et  dicté  à  nous.dits  notaires  son  présent  testament  ou  codicile 
ainsv  qu'il  suy  : 

Au  nom  du  Père  et  du  Fils  et  du  Saint-Esprit.  Ainsi" 
s  iit-il. 

Premièrement,  comme  chrestien  catholique,  appostolique 
et  romain,  a  recommandé  et  recommande  son  âme  à  Dieu  le 
Père  Tout-Puissant,  suppliant  sa  divine  bonté  de  luy  faire 
grâce  et  miséricorde  par  l'intercession  de  la  Bienheureuse 
Vierge  Marie,  Mère  de  Notre  Sauveur,  et  l'assistance  de  saint 


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Jacques  et  saint  Pierre,  ses  patrons,  et  tous  les  saints  et 
saintes  do  la  Cour  Céleste. 

Veut  et  ordonne  mond.  seigneur  testateur  que  ses  dettes 
«oient  payées  et  torts  par  luy  faits  si  aucuns  se  trouvent 
par  messieurs  les  exécuteurs  du  présent  testament  cy-après 
nommés.  Veut  et  ordonne  que  son  corps  mort  il  soit  inhumé 
et  enterré  chez  les  JÎTÎ.  PP.  Iî  école  t  s,  avec  le  moinsde  pompe 
qu'il  sera  possible. 

Itent  déclare  mon  dit  seigneur  testateur  que.  quant  aux 
biens  dont  il  a  pu  tester  parson  précédant  testament,  soit  en 
France  devant  l'Vsparbès.  notaire  de  la  ville  de  Saint-Glade 
Louraagne,  il  y  a  environ  trois  an?,  au  profit  de  Dame  Mar- 
quette Jacquet  te  do  Tafi'anel,  sa  tille  unique,  épouse  de  M.  le 
marquis  de  Xoé.  l'intention  et  volonté  do  mond.  seigneur 
testateur  est  quo.  snns  préjudice  à  la  jouissance  viagère  que 
doit  premièrement  avoir  Madame  la  marquise  de  Lajonquière 
suivant  le  d.  précèdent  testament  cy  devant  ra  porté,  que  la 
propriété  de  tous  les  d.  biens  «oit  et  appartienne  au  premier 
des  enfants  mâle*  de  ma  dite  Dame  marquise  de  Xoé.  et  en 
cas  de  décez.  le  premier  des  autre*  en  fans  mâles  qui  suivra. 
Le  tout  pour  conserver  !«s  dits  biens  dans  la  famille  de  mon 
d.  seigneur  testateur,  lit  où  il  n'y  auroit  aucuns  enfans 
nulles  du  d.  mariage  de  ma  ditto  Dame  marquise  de  Xoé, 
soit  de  ce  mariage  ou  d'autres,  le  fond  et  propriété  des  d. 
biens  se  partageront  .'gaiement  entre  les  autres  enfans  de  ma 
ditte  dame  de  Xo>,  auxquels  dits  premier  enfans  mâle  ou 
autres  survivant  suivant  la  destination  et  explication  cy- 
dessus.  Mon  d.  seigneur  testateur  fait  toutes  substitutions 
pour  la  propriété  des  d.  biens.  Le  tout  pour  le  répéter  sans 
entendra  nuire  ni  préjudicier  à  l'usufruit  et  jouissance  desd. 
biens  en  faveur  de  ma  d.  Dame  marquise  de  Lajonquière, 
suivant  le  d.  premier  testament  cy-devant  déclaré.  Et  y  ajou- 
tant par  le  présent  veut  et  entend  mon  d.  seigneur  testateur 
que  si  ma  ditto  Dame  marquise  de  Noé  et  la  Demoiselle  sa 


—  270  — 

fille  unique  venoient  à  décéder  sans  en  fans,  les  dits  bien!* 
fonds  et  propriété  d'iceux  soient  reversible*  envers  les  héri- 
tiers collatéraux  tant  paternels  que  maternels  do  mon  dit 
soigneur  testateur  qui  le  veut  ainsi,  suivant  la  môme  destina- 
tion et  explication  ci-dessus  pour  les  mâles. 

Item  déclare  mon  dit  seigneur  tentateur  qu'il  veut  que 
Mtre  Tanauel  de  Cabanae,  doyen  du  Chapitre  de  Québec,  et 
Monsieur  le  chevalier  de  Bonne,  capitaine  des  troupes  et  de 
ses  gardes,  et  Madame  son  cqiouee  soient  nourris  aux  dépends 
do  mon  dit  seigneur  testateur  dans  le  d.  château  Si-Louis 
de  Québec  connue  à  sa  table,  et  ee  jusqu'à  l'automne  pro- 
chain. Veut  et  ordonne  pareilles  nourriture  et  demeure  \nn.r 
le  Sr  Capelan  et  sa  femme.  ses  maître  «l'hôtel  et  l'eimned  oi« 
dre,  auxquels  et  auxquels  il  lègue  en  outre  Ravoir  au  dit 
sieur  Capelan,  deux  eents  livres  de  rente  au  delà  des  cent 
cinquante  livres  aussy  de  rente  portées  par  le  dit  premier 
testament  de  mon  d.  seigneur  testateur,  et  a  la  d.  leminc  du 
d.  Capelan.  la  somme  de  cent  livivs.  Le  tout  de  rente  et  pen-  * 
sion  viagère  leur  vie  durant.  Kt  veut  en  outre  que  le*  d. 
Capelan  et  sa  le  m  me  soient  en  outre  payés  de  leurs  gngt  s 
jusqu'à  leur  retour  en  France,  cl  qu'y  estant  arrivés  il.-  jK>ur- 
ront  si  bon  leur  semble  «lemeurer  Mir  les  terres  et  maison 
des  seigneuries  de  mon  d.  seigneur  testateur  gratuitement 
leur  vie  durant. 

Donne  et  lègue  à  Armingo,  son  cuisinier,  la  somme  de  ci  lit 
livre»  une  l'ois  payée  et  en  outre  ses  gages  jusquesàsou  arii- 
Vée  eu  France,  et  qu'il  soit  jusqu'à  son  départ  nourri  aux 
dépens  de  mon  d.  seigneur  testateur,  ainvv  que  son  palefre- 
nier, dont  le»  gages  et  nourriture  counvront  pendant  trois 
mois. 

Donne  et  lègue  à  chacun  de  ceux  qui  ont  veillé  luy  dit 
seigueur  testateur,  vingt  quatre  livres  à  chacun  outre  leur» 
gages  et  sallaires. 


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Veut  quo  M.  de  Saint-Sauveur,  son  secrétaire,  foit  nourri 
et  logé  au  d.  chiiteuu  pendant  trois  mois,  s'il  le  juge  à. 
propos. 

Donne  et  lègue  m«n  d.  seigneur  Ustateur  si  la  paroisse  de 
cette  ville  la  somme  de  cent  cinquante  livres  pour  estre  em- 
ployée en  rétribution  de  messes,  le  tout  pour  le  repos  de 
1  finie  de  mon  d.  seigneur  testateur. 

Donne  et  lègue  aux  pauvres  de  la  d.  paroisse  la  Mjmmo  de 

cent  livres  une  fois  payee. 

Item  veut  et  ordonne  .mon  dit  .seigneur  testateur  qu  il  soit 

t'ait  dire  aux  révérends  Pères  Récolets  trois  cent  soixante  six 

messes  basses  de  requiem  une  ehuquejour  alternativement 

jusqu'à»  tin  d'icelles,  le  tout  j  our  le  îepos  de  lYnno  de  mon 

d.  seigneur  testateur. 

Ordonne  qu'il  soit  pareillement  fait  dire  par  Messieurs  du 
séminaire  de  eette  ville  cent  messes  basses,  et  pareille  quan- 
tité par  Mes  ieurs  du  Chapitre  de  Québec,  et  que  les  rétribu- 
tions des  d.  messes  soient  payées  par  ses  exécuteurs  testa- 
nt maires  <  y  après  déclaré»  le  plus  tôt  que  faire  .se  pourra. 

Donne  et  lègue  à  chacune  des  communautés  de  l'Hôpital- 
<ién  ral,  près  ç-  tte  ville,  Hôtel  Dieu  et  Insulines  de  Québec, 
a.  chacune  la  somme  de  cent  livres  une  lois  payée. 

Item  donne  et  lègue  la  somme  de  cent  cinquante  livres 
aussy  une  lois  payée  à  chacune  des  paroisses  des  seigneuries 
de  mon  d.  seigmur  testateur  pour  estro  distribuées  aux  pau- 
vres dïcclUs.  Ht  pour  satisfaire  aux  sommes  cy -dessus  léguées 
et  que  le  surplus  des  biens  et  effets  do  mon  d.  seigneur  puisse 
être  envoyé  en  France  en  argent  comptant  il  Madame  la 
marquise  de  Lajouquière,  son  épouse,  ordonne  que  tous  ses 
biens  et  effets  qu'il  a  dans  ce  pays  seront  vendus  en  la  manière 
accoutumée,  après  inventaire  préalablement  fait  d'iceux.  Le 
tout  en  présence  et  sous  la  conduite  du  dit  sieur  Capolan,son 
maître  d'hôtel. 

Ht  pour  exécuter  et  accomplir  le  présent  testament  et 

codieile  et  iceluy  plustôt  augmenter  que  diminuer,  mon  d* 


—  272  — 

•eigneur  testateur  a  ehoi>y  et  nommé  les  personnes  de  mon 
d.  Sieur  de  Cabanac,  doyen  du  d.  Chapitre  de  Quebec,  et 
mon  d.  Sieur  le  Chevalier  de  Bonne,  qu'il  prie  d  eu  prendre 
la  peine  conjointement  et  de  concert  entre  eux  èx-mains  des- 
quels il  s'est  présentement  démis  et  dessaisy  de  touo  ses  bien» 
suivant  la  coutume. 

lîévoquant  mon  d.  seigneur  testateur  ton;*  précèdent  tes- 
tamens  et  codiciles  qu'il  pourrait  avoir  l'ait  avant  ou  depuîe 
son  premier  testament  cy -devant  déclaré  et  le  présent  testa- 
ment ou  codicile  auxquels  seuls  il  s  ai  n  te  et  veut  qu'il  soient 
exécutée  selon  leur  forme  et  teneur  comme  estant  son  inten- 
tion et  ordonnance  de  dernière  volonté.  Ce  fut  ainsy  fait, 
dicté  et  nommé  de  mot  à  mot  par  mon  d.  seigneur  testateur 
à  nous  dits  notaires  soussignez  et  à  luy  lu  et  relu  par  l'un 
dos  d.  notaires,  l'autre  présent,  qu  il  a  ait  bien  entendre  et 
estre  son  intention  et  dernière  volonté,  en  la  d.  chambre 
sus-déclaré.  environ  les  quatre  heures  et  demie  de  relevée. 

Kt  a  mon  d.  j-eigneur  testateur  signée  avec  nous  dilt* 
notaires.  LAïoxQt'iÈRE, 

Laxoi  u.i.ieh, 

1>1  LACHENT. 

Et  le  vingt  cinq  du  dit  mois  de  février  du  dit  an  mil  sept 
cent  cinquante-deux,  environ  deux  heures  de  relevée,  nous, 
notaires  royaux  en  la  prévosté  de  Québec  susdits  et  s-our-si- 
gnex.  ayant  e.-tés  rappellés  par  mon  dit  seigneur  marquis  de 
Lajonquière,  nommé  en  son  testament  ou  codicile  cy-di  ssns 
et  des  autres  parts  dans  sa  chambre  au  d.  château  St- Louis- 
do  Québec,  et  estant  mon  dit  seigneur  toujours  sain  d'esprit, 
mémoire  et  entendement,  ainsy  qu'il  est  aparu  à  nous  dits 
notaires,  où  estant  mon  dit  seigneur  nous  a  dit  qu'avant 
réfléchi  que  M.  le  chevalier  Debonne  par  luy  nommé  par  son 
dit  testament  ou  codicile  cy-dessus  et  des  autres  parts  pour 
exécuteur  testamentaire  conjointement  avec  mou  dit  sieur 
de  Cabanac.  doyen  du  Chapitre  de  Québec,  aussy  y  nommé*. 


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pourrait  estre  obligé  de  faire  voyage  soit  en  Franco,  soil  à 
Montréal  ou  partout  ailleurs  que  le  service  du  Roy  auquel 
il  est  attaché  pourrait  exiger,  il  le  décharge  de  ladite  charge 
et  veut  que  mon  dit  sieur  do  Cabanac  soit  et  demeure  pour 
80n  seul  et  unique  exécuteur  testamentaire.  Et  au  cas  que  le 
dit  sieur  de  Cabanac  vint  à  mourir,  il  veut  en  ce  eus  et  non 
autrement  que  mon  dit  sieur  chevalier  de  Bonne  soit  à  sa 
place  pour  son  exécuteur  testamentaire. 

Et  veut  en  outre  mon  d.  seigneur  que  ces  dispositions, 
dons  ou  gratilications  par  luy  laites  par  écrits,  de  ltiy  signé 
aux  personnes  y  nommés  soient  entièrement  exécutés. 

Ce  fut  ain»y  fait,  dicté  et  nommé  par  mou  dit  seigneur 
marquis  de  Lajonquièrc  aux  notaires  soussignoz  et  ù  'uy  leu 
et  relu  par  l'un  des  d.  notaires,  l'autre  présent,  qu'il  a  dit 
bien  entendre  et  vouloir  que  ce  que  dessus  soit  exécuté  en  la 
d.  chambre  susdite  les  jour  et  au  que  de-sus.  Et  a  mon  dit 
seigneur  marquis  de  la  .lonquièro  signé  avec  nous  dits 
notaires.  Laïosqlikke. 

Lanoi  ii. lieu, 

l)ll,Al KEXT. 


CINQ  FRÈRES  PRETRES 

La  chose  est  assez  rare  pour  être  mentiounée.n'est-ce  pas  ? 
Ces  cinq  frères  sont  : 

Mgr  Henri  Têtu,  prélat  domestique  de  Sa  Sainteté,  pro- 
cureur de  l'archevêché  de  Québec  ; 

M.  Frs.-Amable -Ludger  Têtu,  professeur  au  collège  Sainte- 
Anne  de  la  Pocatière,  noyé  le  2U  juillet  1870  ; 

M.  Alphosne  Têtu,  chapelain  de  l'Académie  des  Frères,  à 
Québec  ; 

M.  Francois  Têtu,  professeur  do  sciences  au  collège  de 
Sainte- Anne  de  La  Pocatière  ; 

M.  Gi-orges  Têtu,  directeur  du  juvénat  des  PP.  du  Saint- 
Sacrement  à  Trévoux,  près  de  Lyon,  en  France. 

R. 


—  274  — 

REPONSES 

Lu  femme  de  Chouard.  (IV,  I,  405.)— En  1668,  on 
releva  le  papier-terrier  des  Trois-Rivières.  C'est  (filles  Rageot, 
notaire  et  greffier  de  Quél>ec,  qui  en  fit  l'examen.  Parmi  les 
pièces  qu'il  a  laissées  comme  résultat  de  son  étude  en  cette 
occasion,  il  en  est  une  datée  du  2  juillet  par  laquelle  "Mar- 
guerite Hayer.  femme  de  Médar  Chouar,"  déclare  qu  elle  se 
présente  au  nom  do  «es  enfants,  attendu  que  son  mari  est 
li  absent  depuis  six  ans  pour  être  allé  à  la  Nouvelle  Angle- 
terre." 

Il  est  évident  que  Chouard  était  parti  en  1662  et  que  sa 
famille  ne  savait  ce  qu'il  était  devenu.  Voyez  ce  que  j'en  ai 
dit  dans  le  Bulletin,  1808,  pp.  î»2.  366. 

Au  moment  où  la  déclaration  ci -dessus  était  signée  aux 
Trois- Rivières,  Chouard  signait  l'acte  de  création  de  la  com- 
pagnie anglaise  appelée  Baie  d' Hudson,  et  prenait  le  com- 
mandement de  la  fameuse  baie  pour  le  compte  des  Anglais. 

Bknjamin  Sulte 

Le  nom  **  liatixean.*'  (V,  V.  C14.)— Champlaîn.en 
1603,  mentionne  la  rivière  de  liatis^an.  La  carte  de  1609  la 
désigne  également.  En  1611,  Champlain  dit  qu'il  rencontra 
à  Québec  un  eapi'aine  sauvage  appelé  Ratiscan.  Parmi  les 
noms  sauvages  eiîés  par  Lescarbot,  on  trouve  Ratiscan.  Sur 
la  carte  de  1612  figure  la  ronlréc  de  Hati&juitn.  L'un  des 
chefs  sauvages  des  Trois-Rivières,  en  1627,  se  nommait 
BntîstjtniH.  L'édition  des  œuvres  de  Champlain,  en  1632, 
dit  :  '  La  rivière  Batisquan,  fort  agréable  et  poissonneuse, 
e>t  proche  de  celle  de  Champlain."  En  1637,  il  y  avait  dans 
les  environs  des  Troi*- Rivières,  un  chef  sauvage  appelé 
Tchimioi  ikinkau,  surnommé  liatiscan  (Mela tionA 637, p.83.) 
La  Mt'ltttîon  de  1634,  p.  7,  parle  de  TEHiMAorraiEou,  chef 
des  mêmes  endroits    Le  28  janvier  1636,  on  baptisa  aux 


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—  275  — 


Trois-Rivières  une  petite  tille  âgée  de  deux  ans.  "enfant  d'un 
sauvage  capitaine  de  Québec  nommé  Tciiimawikim.  Le 
lendemain,  on  baptise  un  autre  de  ses  enfants,  garçon  de  dix- 
sept  ans.  Cet  homme  était  aux  Trois  Rivières,  en  10*58.  En 
algonquin,  langue  des  gens  de  Québec  et  des  TroisHivières, 
Chimiwirini  veut  dire  :  l'homme  à  la  têle  faite  comme  une 
fraise,  ou  encore  celui  qui  a  une  tête  en  forme  de  boule.  Le 
mot  Batiscan  n'a  aucun  sens  connu  des  Algonquins  actuels. 
Dans  la  langue  des  Cris.  Tabat eakan  aignitie  :  corne  tendue 
ou  pendante.  \aï  Père  Incombe  croit  que  c'est  le  même  que 
notre  Batiscan.  Bkxjamin  Sultk 

Valllères  de  Saiiit-liéal.  (V.  V,  616.)— Le*  archi- 
ves du  Secrétariat  d'.Ktat,  Ottawa,  contiennent  un  certain 
nombre  de  documents  concernant  le  juge  Vallière»  deSaint- 
Réal,  entre  autres,  les  suivants  : 

Copie  d'un  extrait  de  baptême  ;  Papiers  relatifs  à  su  com- 
mission d'avocat  ;  Sa  commission  de  membre  de  l'Institution 
Royale  ;  Sa  commission  de  Conseil  du  Uoi  :  Sa  commission 
déjuge  ;  Un  mémoire  adressé  à  Lord  Aylmer,  gouverneur 
du  Bas-Canada,  contestant  la  nécessité  d'une  nouvelle  com- 
mission à  l'occasion  de  la  mort  du  roi  George  IV  ;  Son  cau- 
tionnement de  mariage  (marriage  bond).  (Il  se  maria  en 
seconde*  noces  avec  Esther-  Klora  llart,  de  Trois- Jlivières. 
en  1831).  F.-J.  Al  i»et 

• 

Les  com  man fiants  de  notre  milice,  (V,VI,622.) 
—Ce  n'est  qu'en  1875,  en  vertu  de  l'acte  Victoria,  chapi- 
tre 8,  que  lut  créé  le  poste  de  commandant  en  chef  de  la 
milice  canadienne.  Avant  cette  époque,  le  premier  officier 
était  l'adjudant-gécéral.  Voici  la  clause  qui  crée  ce  poste  : 
"  11  sera  nommé,  pour  commander  la  miiice  de  la  Puissance 
du  Canada,  un  officier  occupant  le  grade  de  colonel,  ou  un 
grade  supérieur,  dans  l'armée  régulière  de  Sa  Majesté. lequel 
sera  chargé,  sous  les  ordres  de  Sa  Majesté,  du  commande- 


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—  276  — 

ment  militaire  et  de  la  discipline  de  la  milice,  et  qui,  lors- 
qu'il remplira  cette  charge,  occupera  le  grade  de  major- 
général  dan»  la  milice  du  Canada,  et  recevra  un  salaire  de 
quatre  mille  piastres  par  année,  qui  couvrira  toute  solde  et 
tons  suppléments  de  solde." 

Voici,  d'après  M.  X.-O.  Côté  (Political  Appointments,  1867 
à  1897),  la  liste  des  officiers  qui  ont  été  envoyés  d'Angleterre 
pour  commander  notre  milice  :  Sir  Edward  Solby  Smyth, 
K.  C.  M.  G.,  du  20  avril  1875  au  31  mai  1880  ;  Richard- 
Amherst  Luard,  du  1er  juillet  1880  au  30  avril  1884  ;  Sir 
Frederic- DoWn  Middleton,  K.  C.  M.  G..  C.  TL  du  12  juillet 
1884  au  30  juin  1800  ;  Ivor-John-Caradoe  Herbert,  C.  B., 
du  20  novembre  1890  au  1er  août  1S95  ;  William- Julius 
Gascoigne,  du  19  septembre  1895  au  20  juin  1898,  et  Edward- 
,  Thomas-Henry  Hutton,  C.  R,  A.  D.  C.,  P.  S.  C,  actuelle- 
ment  commandant,  depuis  le  1 1  août  1898. 

F.-J.  AunET 

Le  tableau  tie  Saint- Michel  et  Mf/r  Pi-e**is. 

(V,  I.  573.  ) — MgrPlossis  possédait  un  grand  fonds  de  gaieté, 
ordinairement  réprimé  par  les  exigences  de  sa  dignité,  mais 
.souvent  pr.'t  «le  déborder  malgré  tous  ses  efforts  au  contraire. 
Bien  des  fois,  au  milieu  do  solennelles  cérémonies,  il  arrivait 
qu'une  figure  grotesque  ou  une  franche  balourdise  d'un  de 
ses  assistants  bouleversait  sa  gravité  et  lui  imposait  la  rude 
tâche  de  refouler  les  mouvements  d'un  rire  convulsif.  C'é- 
tait surtout  durant  le  cours  do  la  visite  épiscopale  que  se 
présentaient  le  plus  fréquemment  les  occasions,  qui,  malgré 
ses  résistances,  lui  faisaient  perdre  son  sérieux  ordinaire 
dans  l'exercise  doses  fonctions  ;  cette  propension  à  rire  l'hu- 
miliait beaucoup,  mais  il  ne  la  pouvait  maîtriser,  lorsqu'un 
objet  ridicule  ou  une  circonstance  bizarre  frappait  tout  à  coup 
ses  yeux. 

IÎ  avouait  que  bien  des  fois  il  ne  s'était  contenu  qu'avec 
des  efforts  incroyables.  Dans  une  des  paroisses  récemment 


Dig 


établies  au  nord  de  Montréal,  il  venait  d'être  reçu  avec  les 
honneurs  militaires.  Après  son  entrée  solennelle  dans  l'église, 
comme  il  se  détournait  pour  donner,  de  l'autel,  la  bénédic- 
tion à  la  foule,  il  s'arrête  pendant  quelques  instant»  sans 
pouvoir  proférer  une  seule  parole  ;  lorsqu'il  réussit  enfin  à  ne 
faire  entendre,  sa  voix  est  brisée  et  semble  à  chaque  instant 
prête  a  lui  manquer.— 'Monseigneur  est -il  malade  ?"demande 
un  des  prêtres  de  la  mission  à  M.  Turgeon.  aWs  secrétaire. 
— Xon, 'répond  celui-e'.qui  comprimait  la  caused"  l'embar- 
ras, "  mais  il  a  remarqué  quelque  chose  qui  lo  porte  \  rire." 
Le  prélat  expliqua  ensuite-  l'éniirme  :  hu  milieu  du  peuple 
pieusement  agenouillé,  il  avait  aperçu  une  cinquantaine  de 
jeunes  irons,  restés  debout,  affrétant  la  tenue  militaire,  et 
portant  ù  l'épaule  des  fusils  «le  toutes  les  formes  et  de  tous 
les  calibres,  fits  miliciens  amateurs  avaient  en'endu  dire 
qu'un  soldat  sons  les  armes  ne  doit,  ni  s'agenouiller  ni  se 
découvrir  dans  l'église  :  au»«<i.  ils  se  tenaient  «Iroits  et  cou- 
verts :  les  uns  avaient  sur  la  tête  un  chapeau  de  paille, orné 
de  longue*  plumes*  de  coq  ;  d'autres  portaient  une  toque 
bleue  :\  large  bordure  blanche  et  surmonté"  d'un  énorme 
pompon  de  laine.  L'attitude  et  l'accoutrement  do  ces  braves 
étaient  si  comiques  que  l'évênue,  en  les  apercevant,  éprouva 
la  plus  grmde  ditlîcullé  nom*  comprimer  le  rire  qui.  malgré 
lui.  montait  il  chaque  instant  sur  ses  lèvres. 

Vers  cette  époque,  les  élises  d"  la  campairn<»  renfermaient 
beaucoup  de  peintures  détestables,  dont  quelques-unes  étaient 
de  vétitïibles  caricatures,  plus  propres  X  exciter  la  gaieté 
qu'à  entretenir  la  piété  des  nMclcs.  Mtrr  Ploseis  s'attachait  à 
faire  disparaître  du  lien  saint  ces  émûtes  informes  et  4  leô 
reléguer  dans  les  gr"n'ers  ;  mai»  il  avait  beau  les  proscrire, 
il  en  échappait  toujours  quelques  unes,  qui  semblaient  char- 
gées do  venger  leurs  compagnes  exilées. 

Un  premier  jour  de  visite,  le  prélat,  du  haut  de  la  chaire 
4io  Saint-François  de  Neuville,  adressait  son  discours  d'entrée 


—  278  — 

à  de  nouveaux  auditeurs,  fort  attentifs  aux  paroles  de  leur 
premier  pasteur.  Tendant  un  des  passages  le*»  plus  sérieux 
du  sermon,  il  se  tourne  vers  le  chœur  et  jette  les  yeux  sur 
une  toile  barbouillée  de  vives  couleurs  ;  il  les  détourne 
promptement,  parce  qu'il  a  reconnu  un  piège  tendu  à  su 
gravité  ;  puis  malgré  lui,  il  les  reporto  sur  la  malencon- 
treuse peinture,  qui  semble  le  fasciner.  Vaincu,  il  sarrêlo 
et  plonge  un  regard  dévorant  au  fond  de  ce  ciel  empourpré. 
Quelle  scène  !  Une  masse  d'étoiles,  le  soleil  et  une  moitié  de 
la  lune  sont  emportés  sur  le»  ailes  grisonnantes  d'un  ange. 
C'est  bien  saint  Michel,  en  habit  rouge,  pantalon  bleu  et 
belles  bottes  à  l'ccuyère  ;  l'archange  s  élance  vers  la  terre  en 
héros  de  roman,  tête  haute  et  Hum  berge  au  vent,  prêt  à 
frapper  d'e»toc  et  do  taille.  JJe  son  lourd  et  épais  talon,  il  va 
écraser  le  nez  robuste  de  Lucifer,  qui  se  préparc  à  le  recevoir 
sur  ses  cornes,  et  répond  à  «es  menaces  par  une  grimace 
effroyable. 

La  sc  ène  produit  son  effet  sur  le  prédicateur  ;  mille  et 
mille  idées  étranges  et  bizarres  se  croisent  dans  son  imagina- 
«  tion  ;  sa  poitrine  se  gonfle,  se»  lèvres  se  dilatent  ;  il  éprouve 
un  immense  besoin  do  rire  ;•  chaque  mot  s'arrête  au  passage, 
prêt  à  l'étouffer.  Il  s'assied,  se  relevé,  tousse  ;  peines  inutiles  ! 
rien  ne  peut  chasser  de  «on  esprit  cette  inimitable  grimace 
do  Satan.  JJe  désespoir,  il  se  lutte  d'arriver  à  la  péroraison, 
gagne  la  sacristie,  se  laisse  cheoir  sur  une  chaise,  et  décharge 
son  cœur  par  un  rire  vigoureux  et  prolongé. 

On  comprend  qu'après  avoir  joué  un  si  vilain  tour,  le 
tableau,  avec  ses  ]jcrmmuagcs,  fut  consigné  au  grenier  de 
l'église  pour  ne  plus  jamais  reparaître  au  grand  jour.  41  Et  il 
l'avait  bien  mérité."  ajoutait  l'évêque  en  rapportant  cette 
anecdote.  "  il  m'avait  fait  passer  par  une  des  plus  rudes 
épreuves  de  ma  vie,  car  je  craignais  a  chaque  instant  do 
m'éclater  de  rire  eu  pleine  chaire.'' 

L'abbé  J.-B.-A.  Febland 


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Le  "  bureau  des  paurres  99  fie  Montréal.  (V, 
VII,  (132.)— Le  8  avril  10S8.  un  arrêt  du  Conseil  Souverain 
ordonnait  l'ouverture  de  bureaux  des  pauvres  dans  les  villes 
de  Quebec,  Montréal  et  Trois- Rivières. 

Cependant,  des  documents  conservés  au  greffe  do  Mon- 
tréal prouvent  que  le  bureau  de»  pauvres  de  cette  ville  ne 
fut  ouvert  qu'en  1«;98.  Voici  le  texte  du  procès-verbal  de  l'as- 
semblée d'ouverture  : 

*■  Le  premier  juin  lfiflS,  le  révérend  père  Leblanc,  do  la 
Compagnie  de  Jésus,  envojé  par  Mgr  l'Illustrissime  et  Rê- 
vé rendis*  i  me  Kvêque  de  Québec  pour  prêcher,  et  commen- 
cer, dans  1rs  paroisses  de  hou  diocèse,  rétablissement  des 
bureaux  des  pauvres  ordonné  par  arrêt  du  Count  il  Souverain 
d  i  S  avril  1<ÎS8.  et  renouvelé  lo  22  février  dernier,  et  suivant 
la  letlre  circulaire  de  Monseigneur,  et  do  Messieurs  U  s  direc- 
t.  ursdu  bureau  de  Québec,  le  tout  ci  dessus  transcrit,  a  fait 
U<>  sermon  sur  le  suj-  t. 

"  Kt  ce  jour,  troisième  des  dits  mois  et  an,  l'assemblée  d'é- 
tablissement du  bureau  des  pauvres  de  cette  ville  de  Ville- 
Marie,  dans  la  chambre  de  mon  dit  Seigneur  Kvêque,  et  en 
sa  présence,et  en  celle  do  M«»ss:ro  l-Vane-ds  I  Mllier  de  Casson, 
un  des  prêtres  du  s-minaire  de  Saint-Sulpiee  de  Paris,  supé- 
rieur du  dit  séminaire  et  grand  vicaire  de  mon  dit  Seigneur, 
et  curé  de  la  paroiss»  du  dit  V'dlc-Mane,  et  M,  de  Hreslay, 
prêtre  faisant  les  fonctions  eutiabs  de  la  dit^  paroisse  ;  de 
M.  Caillé,  prêtr«*.  et  du  révérend  pèro Leblanc,  do  M.  le  mar- 
quis Crisaty,  lieutenant  du  roy  en  cette  ville.de  M.  Des'ham- 
bault.  procureur  du  roy  de  la  jurisdiction  roya'e  de  lisle  do 
Montréal,  et  lieutenant  --général,  etc,  des  sieurs  Jacques  Le 
lier  et  Pierre  Laniou^eux  de  St-tiermain,  man  hands  bour- 
geois de  cette  ville,  et  n'Anthoino  Adhémar  de  St  Martin, 
greffier  et  notaire  royal  de  la  dite  jurisdiction,  dans  laquelle 
assemblée  a  été  arrêté  : 


—  280  — 

1°  Quo  les  sieurs  Lo  Bor,  Lamoureux  et  Adhéraar  seront 
directeur»  du  bureau. 

2°  Qu'on  priera  Aime  de  Murieour,  et  Mlle  de  Repenti  - 
gny  pour  luire  lu  première  quête  dans  cette  ville  et  les  fau- 
bourg, et  de»  hommes  pour  luire  lu  quête  de  lu  campagne, 
dans  les  limites  de  lu  paroisse  de  cotte  ville. 

3°  Que  lesar»seuibléos  se  tioudrom  au  séminaire,  tous  les 
lundis,  à  deux  heures,  p.  m.  * 

On  tenuit  soigneusement  les  minutes  de  ces  assemblées. 
En  les  lisant,  on  croit  assister  à  une  conférence  de  SainrVin- 
cent  de  Paul.  On  *y  occupait  .Je  placer  a  lilopital  les  ma- 
lades pauvre*,  ou  de  le.,  luire  conduire  eboz  de»  parents  plus 
aisi<s.  1 

On  considérait  comme  un  devoir  de  piaeer  les  enfants  des 
pauvres  en  appreu tissure  pour  leur  apprendre*  travailler. 

On  donnait  à  une  veuve  quinze  livres  et  trois  minois  de 
blé  ;  des  soulier-  à.  un  vieillard,  un  pain  de  douze  livres  tous 
les  quinze  jouis  à  une  pauvre  lèimno,  deux  aunes  et  un  quart 
de  carisé  à  une  autre,  etc,  etc. 

Le  î»  décembre  IMS,  on  décida  de  faire  une  seconde  quête 
pour  les  pauvres. 

Aime  Juehereau  do  .Suint- Denis  et  Aline  d'Argenteuil  lu- 
rent priét  i *  de  la  taire  dans  la  vihe  et  les  faubourgs.  Les 
sieurs  Pup.é  et  La  .Morille  se  chargèrent  de  la  faire  du  côté 
de  Lacliiiie.  de  la  rivière  Suint -Pierre  et  jusqu'aux  limites 
de  cette  paroisse.  Le>  sieurs  iVthier  cl  Prudhomuie.  depuis 
le  faubourg  de  Notre-J >aine  de  Bonsecours  ju>qnïi  Julien 
Biais  inclusivement  et  le  sieur  Saint-Germain  à  la  Alonta- 
gne. 

Xous  trouvons  dans  ces  petits  détails  la  preuve  que  les  ci- 
toyens les  plus  nobles  du  temps  payaient  de  leur  ]>ersonne. 
et  prenaient  part  à  la  direction  des  bureaux  des  pauvres,fai- 
saient  les  quête*  pour  eux  et  visitaient  leurs  familles.  Les 
noms  des  dames  et  messieurs  que  nous  venons  de  transcrire 


/  google 


£int  tous  de  gtan-ls  poms  hi>to>iqucs  qu'on  est  heureux  de 
rencontrer  ici  accolés  aux  œuvrts  de  chatité,  niais  illustriS 
dans  d'autres  s^hort  s  d'action. 

("est  un  exemple  qu  •  nors  oflYof.s  à  'a  mé  iituti.  n  do  nos 
cm:  i'ovens  d'aujourd'hui. 

Ha  PII  a  kl  Bkllkmauk 

L'/tffff  it'll?  \houm  fa  riotn  i  tuition  française.  (V, 

VI.  f>24.)— On  ne  peut  guère  s'attendre,  à  «-et le  époque  re- 
çu lé»-,  et  dans  un  pavs  tout  neuf,  à  voir  Us  •jueMion*  hy/u  - 
nique»  piendre  une  pace  im|  ortante  dans  l'administration 
publique.  A  son  di  bui.  le  Canada  est  r-ous  le  contrôle  de 
fiompaynies  de  traite  qui  ont  loué  le  p;<ys  du  »v  i  du  î'Yanee, 
comme  on  loueiait  un  tel  rain  d**  chasse,  et  qui  n'ont  natu- 
rellement qu'une  seule  préoccupation  :  faire  avec  le»  Sauva- 
ge»» un  commerce  de  fourrures  avantageux. 

On  est.  cependant,  surpris  de  constater  avec  quelle  préci- 
sion et  quel  sens  pratique  certaines  questions  de  l'hygiène 
«ont  envisagée*  sous  le  règne  de  Louis  XIV.  C'est  ainai  que 
nous  v.-yons,  en  lGo",  le  roi  de  France  établir,  par  une  dects 
ordonnances,  qui  furent  longtemps  le  code  civil  du  Canada 
«n  hvstème  de  tenue  des  registres  de  l'état  <  i\il,qui  est  enco- 
re en  vigueur  aujourd'hui  dans  la  prorince  de  Québec.  C'e»t 
le  clergé  qui  li^nt  rr-cistr  s  des  baptêmes. mariages  et  sépul- 
ture* et  en  donne  une  copie  à  l'autorité  civile.  "  Seront 
fn;ts,"  dit  le  roi,  "  en  chacune  pnrdeux  registres  pour  écriie 
h  a  baptême*,  le-  mariages  et  les  sépultures  on  chacune  pa- 
raisse... l'un  desquels  servira  de  minutes  et  demeurera  entre 
les  mains  du  curé  et  l'autre  sera  porté  au  juge  royal  pour 
servir  de  grosse."  C'était  piendre  dès  le  début  une  mesure 
^efficace  pour  surveiller  le  développement  de  la  colonie  et  en 
Assurer  l'état  civil.  Aujourd'hui  encore  ce  système  peu  com- 
pliqué est  juaré  suffisant  dans  la  Province. 

Quelques  années  plus  tard,  le  Conseil  Supérieur  de  Québeo 
a  'occupe  d'une  manière  très  éclairée  do  la  question  alimen- 


—  282  — 


taire.    Ainsi,  il  convoque,  en  1677,  une  assemblée  généralo 
des  habitants  pour  laire  l'e*sai  du  pain  et  en  tix<-r  le  prix. 
Kn  1707,  voulant  assurer  aux  habitants  une  viande  de  bonne 
qualité  il  passe  au  sujet  de  l'insp»  ci  ion  de  lu  viande.  d»s  rè- 
glements qui  équivalent  a  notre  estampillage  moderne  Au- 
cun bomber  ne  peut,  sous  peine  de  eon  titration  et  dane  nde, 
abattre  un  animal  wins  provenir  le  procureur  du  roi  ou  s<>n 
représentant.  "  afin  qu'il  s  y  transporte  pour  connaître  si  les 
bêtes  sont  en  assez  bon  état  pour  être  distribuées  au  public." 
Aucun  habitant  de  ia  campagne  ne  peut  apporter  et  vendre 
de  la  viande  a  la  ville  sans  présenter  d'abord,  au  procureur 
du  roi  ou  son  représentant,  un  certificat  du  juge,  s'il  y  en  a 
un  dans  la  place  qu'il  habite,  ou  sinon  du  seigneur,  du  curé 
OU  de  l'officier  du  milice,  lequel  certificat  doit  établir  cont- 
ins les  bestiaux  par  oux  apportés  n'étaient  attaqués  d'aucu- 
nes maladies  avant  d'avoir  été  tués  et  qu'ils  no  sont  pas 
morts  d'accidents,  comme  noyés  ou  empoisonnés."'  Il  fierait 
difficile  do  taire  mieux  aujourd  hui. 

Tous  les  autres  règlements  passés  à  cette  époque  s'appli- 
quent exclusivement  à  la  propreté  dos  rues  et  des  habitations. 
Quelques  ordonnances  concernent  la  morale  publique.  Les 
enfants  trouvés  sont  élevés  à  la  charge  du  roi,  qui  accorde 
aux  nourrices  li  45  livres  pour  le  premier  quartier  de  nour- 
riture de  chaque  enfant,  et  10  livres  par  mois  jusqu'à  ce  que 
l'enfant  ait  atteint  18  mois."  Les  entants  sont  alors  engagés 
&  de  bons  habitants  de  la  ville  ou  de  la  campagne  jusqu'à  ce 
qu'ils  aient  atteint  l'âge  de  18  ou  20  ans  (1748). 

K.-P.  Lâcha  pel  lk 

Le  combat  naval  de  la  Pointe  à  la  Garde. 
(V,  VI,  62b'.)— La  Pointe  a  la  Garde  est  située  à  douze  mil- 
lea  de  Itistigoucho  et  à  mi-chemin  entre  celte  dernière  place 
et  Tracadièche  sur  la  rive  nord  de  la  baio  des  Chaleurs.  C'est 
un  cap  qui  s'avance  dans  la  baie  et  laisse  au  nord-est  une 


grande  échancrure  ou  anse  qui  so  prolong  jusqu'à  la  Pointe 
Escuménac,  l'espace  d«  six  milles.  C'est  là  que  la  baie  des 
Chaleurs  perd  son  nom  }>our  prendre  celui  de  baie  de  JîUti- 
gouche.  Les  Fran<.a>s,peu  avant  la  cotupiête,avaient  un  camp 
militaire-  à  Ristigouche,  comme  on  font  foi  les  actes  de  bap- 
têmes, mariages  et  sepultures  de-»  pores  réeollets  Klicnne  et 
Ambroise.  conservés  dans  los  archives  de  Saint-Joseph  de 
CaHeton. 

Pour  se  protéger  cont  re  les  poursuites  des  vaisseaux  an- 
glais, les  français  avaient  établi  une  batterie  de  canons  à  la 
Pointe  Bourdon.  Peu  après  la  prise  de  (Québec  en  17f>9,  les 
Anglais,  avant  appris  r»ar  le-*  Sauvage*,  que  les  Français 
avaient  un  camp  à  Ristigouche.  vinrent  les  déloger.  Il  y  eut 
un  combat  sanglant  à  la  Pointe  a  la  Garde  entre  les  navires 
français  et  anglais.  T>eux  frégates  françaises  furent  englou- 
ties au  pied  du  Cap.  On  pouvait  voir  encore  les  din-asses  à 
marée  basse,  il  n'y  a  pas  bien  des  années  :  on  a  vu  même  des 
canons  au  fond  do  l'eau.  Un  des  canons  de  cette  batterie  se 
trouve  encore  actuellement  dans  une  bâtisse  appartenant  à 
la  famille  Baxter  établie  sur  ce  Cap. 

L'abhé  K.-P.  Ciioi  inard 

Lett  députés  de  Saint- Maurice.  (I,  VU,  52  .)— 
Le  comté  de  Saint-Maurice,  quo  le  romaniement  de  1892  a 
réuni  H  la  ville  des  Trois-Rivières,  est  l'une  des  plus  ancien- 
nes divisions  électorales  du  pays.  Dès  l'époque  du  régime 
constitutionnel  inauguré  en  1791,  il  envoyait  deux  députés 
au  parlement  de  Québec.  Le  comté  s'appelait  alors  "  Saint- 
Maurice  "  et  comprenait  un  territoire  d'une  immense  éten- 
due ;  c'était  tout  le  pays  environnant  Trois  Rivières  qui,  de 
son  côté,  envoyait  aussi  deux  députés  au  parlement.  Cette 

dernière  division  était  désignée  sous  le  nom  de  "  Bourg  Trois- 
Rivières." 

Bien  peu  de  comtés,  dans  la  province  de  Québec,  peuvent 
Be  glorifier  d'avoir  conservé  leur  nom  primitif  jusqu'à  nos 
jours. 


—  2S4  — 


Voici  la  lisle  des  hommes  politiques  qui,  depuis  1791,  ont 
été  choisis  pour  représenter  cette  vieille  division  au  conseil 
de  la  nution,  tant  à  (Québec  qu'à  OUuwa  : 

Sous  l'acte  constitutionnel  de  1891  : 
1792-1796,  T.  Coffin  et  Aug.-Bivard  Dufïesnc. 
1797-1800,  T.  Coffin  et  >'.  Montour. 
18U1  1805,  T.  Cofliu  et  Muthew  Bell. 
1805  1808,  Dav  id  Muuro  et  Michel  Caron. 

1809,  T.  Coffin  et  M.  Caron. 

1810,  L.  Gugy  et  M.  Curon. 
1810-1814,  Fi  s  Caion  et  M.  Caron. 

1815  1816,  E.  Leblanc  et  Vallières  de  Saint  Ileal. 

1817-1819,  E.  Maymnd  et  L.  Gugy. 

1820,  L.  Picoileet  Pierre  Bureau. 

1820- 1824,  I,.  Picotte  et  P.  Bureau. 

1825  1827,  Chs  Caron  et  P.  Bureau. 

1827-1830,  Chs  Caron  et  I».  Bureau. 

1830  1834,  P.  Bureau  et  Valère  ('Juillet. 

1834  1836,  Dr  Boutillier  et  Y.  Guillet, 

1836  1838.  Fi  s.  L.  Desaulniers  et  A.  Bareil-Lajoie. 

Sous  le  Conseil  spécial  : 
1838  1841,  L  hou.  E.  Mayrand. 
Sous  l'Acte  d'union  do  1841  ': 
1841-1844,  Lhon.  Jos.-Ed.  Turcotte. 
1844-1848,  F.L.  Desaulniew. 
1848-1851.  L'hon.  Ls-Joa.  Papineau. 
1851-1854,  L'hon.  J.-E.  Turcotte. 
1854-1858,  lh-L.-L.-L.  Desaulniers. 
1858-1861,  L.-L.-L.  Desaulniers. 
1861-1863,  L.-L.-L.  Desaulniers. 
1863-1867,  Charles  Gérin-Lajoie. 

Sous  l'Acte  de  la  Confédération  (à  Ottawa)  : 
1867,  L.-L.-L.  Desaulniers. 


—  285  — 


1868-1873,  Dr  Elie  Lacer! e. 

1874-  1878,  C.-G.  Lnjoie. 
1878-1882,  L.-L.-L.  Pesaulni»  r*. 
1882-1K87,  L.-L.-L.  Dcsaulnieis. 
1887-1891,  Fra.-L.  Desaulniew. 
1891-189(i,  Frs.-L.  Desaulniers. 

A  Québec  : 

1867-187),  Abraham- L.  Desaulniers. 
1871-1875,  L'hon.  E.  Gerin-Lajoie. 

1875-  1878,  Dr  K.  Lacertc. 
1878-1881,  F.-L.  Dcsaulnie». 
1881-1886,  F.-L.  Iksaulniers. 
1886-1899,  X.-L.  Duplesai*. 

F.-L.  Desai  lmers 

Lett  pi  otonotaires  a  postai  iqu  es  canadiens. 
(V,  IV,  601.)— Encore  doux  noms  à  ajouter  à  la  liste  des 
Canadiens  revêtus  de  la  dignité  de  protonotaire  apostolique  : 
Mgr  Joseph-Alfred  Prévost,  curé  de  la  paroisse  do  Notre- 
Dame  de  Lourdes,  à  Fall  River,  Mass  ;  E.-U.,  ot  Mgr  E.-F. 
Murphy,  recteur  de  la  cathédrale  Ste-Marie  et  .vicaire-  géné- 
ral du  diocèse  do  Halifax. 

P.G.  R. 

Pierre  Béilanl  et  ses  /ifs.  (V,  VII,  638.)—  Lorsqu'il 
mourut  le  26  avril  1829,  le  juge  Bédard  laissait  une  veuve  et 
quatre  enfants  :  Pierre- Hospice,  âgé  de  32  ans,  Elzéar,  âgé 
de  30  ans,  Isidore,  âgé  de  23  ans,  et  Zoël,  de  17  ans. 

Pierre- Hospice  est  bien  connu  par  sa  lettre  à  M.  Chaboil- 
ley  relativement  au  gouvernement  ecclésiastique  de  Montrai, 
laquelle  parut  à  Trois-Riviéres,  en  1823,  sous  forme  de  bro- 
chure de  40  pages.  Il  mourut  aux  Etats-Unis.  Lorsque  M. 
George- Manley  Muir,  ancien  greffier  de  l'Assembléé  législa- 
tive à  Québec,  se  convertit  au  catholicismo,  en  1819,  à  Wind- 


—  286  — 

sor,  Ontario,  ce  lut  IIosj  i«  eBédai  d  qui  lui  nervit  de  parrain 
à  son  baptême. 

A  la  mort  de  son  père,  Klzt'ar  brillait  déjà  au  barreau  de 
Québec.  Il  fut  nommé  juge  en  février  1S3IÏ,  et  mourut  à 
Montréal  le  1er  août  184!». 

Isidoro  B/dard  mourut  à  Taris  le  U  avril  LSXJ.alors  qu  il 
était  député  du  Saguenay.  C'était  un  jeune  homme  plein 
d'avenir,  mais  dont  la  carrière  lut  brisée  par  une  maladie 
qui  ne  pardonne  guère,  la  consomption  pulmonaire.  C'est 
l'auteur  de  la  chanson  bien  tonnue 

Sol  Canadien,  terre  chérie. 

Zoël.  le  plus  jeune  de  la  famille,  occupa  pendant  vingt- 
deux  ans  la  gardo  du  phare  de  la  Pointe  dos-Monts.  Il  mou- 
rut en  avril  18t>7. 

Quant  à  madame  liédard .elle  mourut  à  Québec  le  20  février 
1831,  à  l'âge  de  52  an*.  Klle  avait  vécu  dans  une  certaine  ai- 
sance, grâce  aux  sages  économies  de  sou  mari  qui  lui  avait 
laissé  à  sa  mort  une  maison  à  Trois-Rivières,  une  terre  à  Xi- 
«olet,  et  le  revenu  qu'elle  retirait  de  la  vente  de  son  ancien- 
ne résidence  à  Québec. 

Les  enfants  du  juge  33édard  purent  se  tirer  eux-mêmes 
-d'embarras  par  leurs  talents  distingué»,  l  e  juge  Klzéar  a 
illustré  le  banc  judiciaire  par  son  intégrité  et  son  caractère 
fortement  trempé.  8a  mort  prématurée,  ainsi  que  celle  de 
son  frère  Isidore,  a  mis  lin  à  des  carrières  qui,  suivant  les 
prévisions  humaines,  auraient  fait  honneur  à  leur  famille. 
Aucun  d'eux  n'a  laissé  d'enfants  pour  perpétuer  son  nom. 
Quoi  qu'il  en  soit,  leur  souvenir  restera  vivaco  parmi  nous, 
car  chacun,  suivant  l'expression  de  M.  Ktienno  Parent,  u  a 
laissé  un  modèle  pour  un  des  âges  dont  se  compose  la  vie  pu- 
blique— jeunesse,  âge  mûr  et  vieillesse.'' 

X.-K  DlONNR 


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QUESTIONS 


650.  — En  1789.  sir  Alexander  MaeKenzie  découvrait  le 
fleuve  qui  porte  son  nom.  Dans  la  relation  do  son  voyage, 
Mackenzie  nous  donne  les  noms  des  braves  et  fidèle*  serviteurs 
àl'énerg'e  desquels  il  «lut  d'avoir  accompli  cette  dnngoreuse 
exploration.  <Je  sont  François  Harrieau  (ttériau  ?).  Charles 
Doucette.  Jor>cph  Landry,  Pierre  l>elorme  et  .rolm  fStein- 
buck. 

Q  »atre  années  p'us  tanl,  en  1793.  sir  Alexander  Mac  Ken - 
aie  atteignait  l'océan  Pacifique  après  avoir,  le  premier  par- 
mi les  blancs,  franchi  les  Montagnes  Rocheuses.  Parmi  les 
Canadiens  qui  suivirent  MadKenzic  dans  t^a  seconde  expédi- 
tion, doux  avaient  déjà  lait  le  voyage  à  la  mer  du  Nord  en 
1789,  c'étaient  Charles  Doucette  et  .Joseph  Landry  ;  les  au- 
tres étaient  François  Heaulieu.  François  Comtois.  Hupti«te 
Bisson  et  Jacques  lieauchamp. 

N'y  aurait-il  pas  moyen  de  savoir  de  quelles  paroisses  du 
Canada  venaient  ces  voyageurs,  les  deux  surtout  qui  prirent 
part  aux  deux  expéditions  ?  Les  noms  de  ces  héros  méritent 
bien,  n'est  co  pas,  de  passer  à  la  postérité.  <î.-l>. 

651.  — "L'antagonisme  de  L'Angleterre  et  de  la  Franco  est 
si  frappant,  que  toutes  h  s  nations  s'en  rendent  compte.  L'An- 
gleterre est  le  chat,  disait  le  grand  Frédéric,  la  Franco  est  le 
chien.  En  droit,  dit  le  légiste  Ilouard,  les  Anglais  sont  des 
juifs,  les  Français  des  chrétiens.  Les  sauvages  même  semblent 
6entir  vaguement  cette  profonde  antithèse  des  deux  grandes 
nations  policées.  Le  Christ,  disent  les  indieus  de  l'Amérique, 
était  un  français  que  les  any  lais  erurt [fièrent  à  Londres.  Pon- 
ce-Pilate  était  un  officier  au  service  de  l' Angleterre." 

Ce  dernier  proverbe  a-t-il  cours  chez  les  sauvages  du  Cana- 
da ?  X.  X.  X. 

652.  — Le  testament  de  Chumplain,  dont  j'entends  parler 

si  souvent,  existe-t  il  encore  ?  A-t-il  été  publié  ?  Où  ? 

Not. 


—  2SS  _ 

»»"k) — N'y  a  l-il  pas  un  <  uré  Navièi»  s  qi  i  a  écrit  des  let- 
tres htr  le  Cai.ada.du  t»  ni}*  des*  Ki\.i»ca  s  '!  Où  me  procurer 
<;et  ouvr.tgc  ?  Bkaupké 

Iï54. — t^i.i  e>t  Justin  Winsor.  que  je  vu  s»  iter  à  tout  propos 
dans  K  s  t  tudes  d'biMoiic  ean.dicui.e  ?  L.-.S 

);,*>."». —Les  jeunes  univ.s  eatu.dh-i.rie>  tout  mai  cher  icura 
b,-bés  i«eii.iaiiL  le  S.tiwtu*  afin,  di  ent-cllcs,  qu'il- aj.))  cu.ieut 
àmarch  rplus  tût.  Cette  coutume  ou  supposition,  «  m  me  vous 

voudrez.u-t  elk-  d'origine  lVuiivai-c  ou  c.tnu  tienne  ? 

A.  B.  C. 

(i'yi't. — Où  est  mon  Arnold,  le  eoinj  a^non  do  Montgo- 
mery ?  •  Santa. 

G5T. — Je  voudrais  étudier  le  m. go  de  l^t.ébec  de  1759. 
Vouliez  d»nc  m'ii.diquof  les  livns  que  je  p  nu  rai»  eon-ulter 
À  pari  les  l>i>t«>iivr>  de  <iui  ne..u  et  de  IVriand  ? 

Kti  ihant 

G5H. —  Les  ji-urmaix  ont  annom-é  r  comment  l'apparition 
J  une  Histoire  de  Ut  famille  <  \is>jr<ii a.  |«ar  M.  P.-B.  C.iagrain. 
Existe  t-ii  au  Canada  boauco  ip  d ouvrages  do  ce  giiue  ?  Je 
comprend*  que  d  ordinaire  ce-  livre*  ne  sont  pas  mis  en  vente 
<ians  le  publie.  Biblio. 

6*5;». —  L'n  M.  J.  Key  roi.  Kruiiyai»  me  dit  on,  a  publie  récem- 
ment un  livre  Mir  le  Canadt.  l'ouvez-vou*  me  donner  quel- 
ques renseignements  sur  ce  AI.  Key  roi  ? 

L.,  Qlébkc 

MO. —  Kn  quelle  année  perd  on  les  traces  <te  Kustacbe  Boul- 
lé,qui  vint  rej.  indre  ici  s>  n  beau  frère.  M. de  Champlain,  l'an- 
née  lu' 18  ?  XX. 

Oo'l. — J'ai  vu,  lorsque  j'étais  jeune,  le  pm  trait  du  célèbre 
J>rLabrie,  chez  un  M.  ]>abiie.  à  Si -Charles  do  Bellechasse. 
C'était  un  beau  portrait  ù  l'huile,  de  18  à  20  pouces  carré  en- 
viron. On  m'a  dit  que  cv  tut  i'avooat  Otu'siphore  Labrie,  de 
Percé,  petit  neveu  du  I>r  Labrie,  qui  hérita  do  eo  portrait. 
4)ù  est  ceite  peinture  aujourd'hui  ?  X.  X.  X. 


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BULLETIN 

DES 

RE C HE RC H E S  H ISTORIQU E 

VOL.  5  OCTOBRE  1891)  No.  10 


S  AI  NT-  M  AT  H I  AS  DE  ROU  VILLE 

Le  24  novembre  1739,  M.  Louis  dormant,  grand -vicaire  du 

diocese  do  Québec,  bénirait  une  chapelle  en  bois  construite 

vers  l'extrémité  d'une  pointe  du  bassin  de  <  'hambly,  nom-  ' 

mée  alors  Pointe  Olivier,  et  que  les  eaux  ont  presque  rongée 
depuis. 

Cette  chapelle  Ait  placée  sous  l'invocation  delà  Conception 
de  la  sainte  Vierge. 

En  1775,  fut  commencée  la  construction  d'un  presbytère 
en  pierre  dont  le  haut  devait  servir  de  chapelle.  Lorsqu'il  fut 
terminé  en  1777,  Ion  démolit  la  chapelle  construite  en  1739. 
Cette  deuxième  chapelle  fut  placée  sous  la  protection  de 
saint  Olivier,  en  l'honneur  de  Mgr  Jean-Olivier  Briand,  alors 
évoque  de  Québec,  qui  on  avait  autorisé  la  construction. 

Le  15  juillet  1784.  on  bénissait  la  première  pierre  d'une 

nouvelle  église,  de  102  pieds  de  longueur  sur  46  de  largeur. 

En  1818,cette  église  fut  réparée  et  allongée.C'est  elle  qui  sert 
encore  au  culte. 

C'est  en  1809  quo  les  registres  paroissiaux  commencent  à 
remplacer  le  nom  de  Saint-Olivier  ou  Pointe-Olivier  par  ce- 
lui de  Saint-Mathias.  Nous  ne  connaissons  pas  la  raison  qui 
donna  lieu  à  ce  changement. 

Les  curés  deSaint-Mathias  :  MM.  Pierre  Picard,1777- 1798  ; 
Pierre  Robitaille,  1798-1807  ;  Amablo  Prévost,  1807-18 IG  ; 
Pierre  Consigny,  1816-1832  ;  Joseph  Quevillon,  1832  ;  Au- 
guste Tessier,  1832-1838  ;  Louis-Barthélemy  Brien,  1838- 
1863  ;  Isidore  Hardy,  1863-1884  ;  Joseph  Gaboury,  1884- 
1887  ;  Joseph-Chrysostôme  Blanchard,  1887-1893  ;  J.-U. 
Radeau,  curé  actuel.  Pierre-(  Georges  Roy 


uiyiiizeo 


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—  2)2  — 
QUÉBEC,  DE  1(520  A  1632 

C'était  plutôt  par  gloriole  qu'autrement  que  le  duc  de 
Montmorency  avait  accepté  le  titre  d<;  vice  r  >i  de  laXouvelîe- 
Franco,  le  10  février  1U20  ;  mais  il  se  figurait  peut-être  aussi 
avec  raison  que  le  commerce  des  pelleterie-»  lui  rapporterait 
des  revenus,  puirqu'il  av:it  versé  à  son  beau-frère,  père  du 
grand  Coudé  (alors  au  l  creeau),  la  somme  rondo  de  onze 
mille  écus  pour  l'obtenir  de  lui.  Champ'ain,  eon  lieutenant 
à  Quélx  c,  continua  de  travailler  seul,  pour  ainsi  dire,  car  le 
duc,  tout  à  son  penchant  pour  la  carrière  des  armes,  et  sans 
©este  mêlé  aux  intrigues  de  la  politique,  était  plus  souvent 
à  cheval  que  dans  son  cabinet  à  lire  les  papiers  de  ta  pré- 
tendue colonie.  Vers  1624,  il  disait  à  qui  voulait  l'entendre 
que  la  charge  de  vice  loi  lui  rompait  la  tétc,  plus  que  les 
affaires  importantes  du  royaume.  En  écoutant  les  récit*  mal- 
heureusement t?i  vrais  do  Cliamplain  sur  l'insignifiance  de  la 
dite  colonie,  il  sentit  s'évanouir  le  reste  de  son  enthousiasme 
à  l'égard  du  Saint-Laurent,  et,  le  15  février  1825,  pas<a  le 
titre  à  son  neveu,  Henri  de  Lévy,  duc  de  Ventadour,  lequel 
confirma  Champlain  dans  le  poste  de  lieutenant  au  Canada, 
par  lettres  en  date  du  mémo  jour. 

Si  nous  nou*  rendons  compte  de  la  réalité  des  chos  s,  la 
pompeuse  allure  des  deux  princes,  qui  se  donnent  la  qualité 
de  vice-rois,  et  la  lieutenanee  do  Champlain,  sont  de  simples 
farces.  Il  y  avait  à  Québec  une  vingtaine  d'hommes  occu- 
pés au  commerce  des  pelleteries  avec  les  sauvages  ;  c'était  là. 
toute  la  colonie.  Ceux  qui  avaiont  versé  les  fonds  nécessai- 
res à  l'entreprise  retiraient  plus  ou  moins  de  profits  des  opé- 
rations que  dirigeait  sur  place  le  lieutenant  ou  gouverneur 
Champlain,  et  à  Paris,  le  bureau  des  directeurs  qui  était, 
comme  on  le  voit,  présidé  par  un  prince  du  sang  relevé  du 
titre  de  vice-roi.  Qu'est-ce  que  ces  gens  à  panaches  diraient 
donc  aujourd  hui  de  nos  commerçants  de  grains,  de  beurre., 


de  fromage,  de  moutons,  de  bois,  de  poisson,  de  minerai*, 
qui  brassent  cent  mille  fois  plus  d'affaires  que  les  vingt  ma- 
nœuvres do  Champlain  ei  tous  les  Montmorency  ou  lesCondé 
de  l'ancienne  France  ! 

Je  me  livrais  à  ce»  reflexions,  hier,  en  voyant  une  histoire 
du  Canada  pour  les  écoles,qui  debute  avec  ce  flaflade  grands 
mois— mais  qui  n'avertit  pas  l'enfant  de  la  pauvreté  et  de  la 
nullité  du  fund.  Est-il  étonnant  que  nous  vivions  arec  une 
idée  absurde  de  ce  qu'était  le  Canada  durant  son  premier 
siècle  ?  Nos  écrivains  ont  toujours  pris  à  tâche  de  continuer 
le  langage  du  temps  de  Louis  XIII  et  de  Louis  XIV,  c'est- 
à-dire  qu'ils  mettent  do  l'exagération  en  tout,  comme  pour 
exaspérer  les  gcus  do  bon  sens. 

Rien  ne  so  tient  debout  dans  notre  histoire  lorsque  l'on  pas- 
se derrière  le  rideau  des  phrases  pompeut-cs  ;.  tout  s'évanouit, 
car  ce  n'ett  qu'une  illusion.  Les  choses,  vues  du  côté  réel, 
sont  tout  autres  que  sur  la  face  où  l'on  nous  les  représente. 
Par  malheur  pour  nous,  les  lecteurs  de  langue  anglaise  sont 
servis  par  des  écrivains  qui  ne  leur  cachent  pas  la  vérité. 
Nou*  avons  belle  mine  avec  nos  gascon nades  !  Les  étrangers 
s'amusent  à  nous  voir  nous  trompant  les  uns  les  autres  par 
patriotisme,  et  acceptant  des  vessies  pour  des  lanternes  afin 
de  no  pas  diminuer  la  gloire  du  nom  français  !  Voilà  où  nous 
en  sommes,  et  cette  école  de  clinquant  ost  en  pleine  florai- 
son. Avisez-vous,  par  exemple,  de  dire  aux  gens  de  Québtc 
que  Champlain  n'a  pas  créé  la  navigation  à  vapeur,  la  cul- 
ture des  céréales,  le  commerce  du  bois,  la  citadelle  de  Qué- 
bec, et  vous  verrez  comment  on  reçoit  les  incrédules  de  votre 
espèce.  Aux  fêtes  annuelles  on  débite  des  phrases  creuses, 
des  éloges  basés  sur  rien,  des  affirmations  de  faits  glorieux 
qui  n'ont  jamais  existé  !  J'ai  parfois  hâte  de  voir  ces  beaux 
discours  ;  ils  me  consolent  en  me  faisant  croire  que  les  Cana- 
diens ne  sont  pas  près  de  finir  leur  carrière  parce  qu'ils  ne 
sont  pas  encore  sortis  de  la  première  enfance. 


—  294  — 


Retournons  ou  due  de  Ventadour,  quo  nous  avons  à  poine 
salué  en  arrivant.  11  acceptait  une  charge  où  les  souci»  ne 
manquaient  pas.  puisqu'il  y  avait  de  l'argent  engagé  dans 
les  opérations.  Les  Basques  donnaient  le  cauchemar  à  la 
compagnie  du  Canada  en  allant  traiter  dans  le  fleuve  jus- 
qu'à l'île  Verte.  Leur  quartier  général  était  l'île  Saint-Jean, 
aujourd'hui  île  du  Priiico-Edouard.  Le  vaistcuu  de  pèche  de 
(«uers.  l'un  des  friibordonnés  de  Cham  plain — le  seul  vah-seau 
que  possédât  ce  dernier  pour  la  pêche  du  golfe — avait  été 
capturé  par  les  Basques  en  1023,  et  amené  sous  les  canons 
.  de  l'île  Saint  Jean,  car  et  s  hardis  coureurs  de  mer  avaient 
.su  so  fortifier  (1623)  en  toute  règle  pour  ne  pas  être  inquié- 
1  -s  à  leur  tour  dans  le  boulevard  do  leurs  opérations.  Us  ne 
reconnaissaient  pas  U  s  ordr<s  du  roi  qui  accordaient  le  pri- 
vilège de  la  traite  et  de  la  pêche  uniquement  à  la  compagnie 
du  Canada.  Un  de  leurs  principaux  capitaines,  nommé  Gué- 
rard.  avait  même  été  jusqu'à  Tadoussac  en  1022.  Celui-ci 
s'était  associé  avec  un  Hollandais  ou  Flamand  comme  on  di- 
sait alors.  Ils  étaient  armés  de  quatre  pièces  de  canon  d'en- 
viron sept  ou  huit  cents  livres  chacune,et  de  deux  plus  peti- 
tes bouches  à  feu  :  le  uavire  portait  vingt -quatre  hommes.  Un 
bâtiment  espagnol  de  deux  cents  tonneaux  rôdait  dans  ce9 
parages.  Plusieurs  Flamands  faisaient  la  pêche  dans  lo  bas 
Saint-Laurent.  Un  vaisseau  de  la  Jiochelle,  commandé  par 
un  homme  manqué,  traitait  au  Bic  avec  les  sauvages.  LeBail- 
lif,  commis  de  la  compagnie  du  Canada  à  Tadout=sac.  vivait 
dans  des  inquiétudes  continuelles.  Ce  port,  si  commode  pour 
les  Franeais,n'eût  pas  suffi  à  contenir  tons  les  aventuriers  qui 
le  recherchaient,  et  par  conséquent,  LeBaillif  comprenait 
qu'on  l'en  chasserait  pour  prendre  sa  place.  Dans  un  excel- 
lent travail  sur  Tadoussac,  dû  à  la  plume  do  M.  J.-Ed  - 
mond  Roy,  nous  lisons  :  "  Les  anciens  écrivains  ont  répété 
tour  à  tour  que  c'était  un  bon  port  que  celui  de  Tadoussac, 


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Où  vingt-cinq  vaisseaux  de  guerre  pouvaient  se  tenir  à  l'abri 
de  tous  les  vents.  Cette  capacité  a  été  grandement  exagérée. 
Tout  au  plus  cinq  ou  six  vaisseaux  de  moyenne  taillo  y  pour- 
raient-ils mouiller."  Champlain,  très  alarmé  aussi,  ne  so 
▼oyait  pas  en  mesure  do  braver  le  j»éril,  car  il  n'avait  pas 
même  une  quinzaine  d'hommes  pour  faire  au  moins  la  pa- 
trouille aux  environs  du  Saguenay. 

Guérard  partit  do  Tadou.ssae  presque  en  même  temps  que 
Raymond  de  la  Iîaldo,  lieutenant  d'Emeric  de  Oaon.  De  la 
Balde  se  trouvait  donc  avoir  la  direction  maritime,  et  son 
premier  devoir  con.-istait  à  chasser  les  intrus,Basques,  Kspo- 
gnols  et  Flamands,  du  fleuve  et  du  golfe  Saint- Laurent,  il 
était  à  Miscou  en  1623  lorsque  les  Basques  so  fortifièrent  à 
llle  Saint- Jean.  Sa  situation  devenait  embarrassante.  C'a- 
tholique,  toutefois  très  attaché  à  ses  maîtres  protestants  (les 
de  Caen)  il  exerçait  son  pouvoir  sur  les  sujets  des  deux  reli- 
gions ;  mais  que  pouvait-il  faire  contre  Iob  "  étrangère  "  nom- 
breux qui  résistaient  à  ses  ordres  ?  Ce  personnage  devait  s'i- 
dentifier bientôt  avec  l'histoire  du  golfe  Saint-Laurent,  et 
rendre  de  bons  services  à  ses  patrons.  En  1623  donc,  il  en- 
voya à  Québec  le  pilote  Doublet  informer  de  Caen  de  co  qui 
Be  passait  vers  Miscou.  Le  23  août,  de  Caen  et  Pontgravé 
.  s'embarquèrent  pour  la  France,  et  prirent  chemin  faisant,  à 
Gaspé,  des  renseignoinonta  nécessaires  à  lapolitiquo  qu'ils 
auraient  à  suivre  pour  parer  aux  circonstances  du  moment . 
lîaeontona  ce  qui  se  passait  à  Québec. 

Voyant  que  le  vice-roi  élait  changé,  Louis  Hébert  deman- 
da le  ratification  du  droit  de  propriété  que  lo  duc  do  Mont  - 
morency  lui  avait  accordé  én  1623.  Le  28  février  1626  on 
lui  fit  la  concession  d'une  grande  étendue  do  terre  en  sei- 
gneurie. Trente  ans  plus  tard  sa  famille  en  retirait  quel- 
ques rentes. 

La  situation  de  la  colonie  n'était  guère  enviable.  Si  d'un 
Côté  Champlain  parvenait  à  faire  comprendre  aux  marchands 


la  nécessité  de  certains  petits  travaux  de  défense  ou  do  loge* 
ment,  il  ne  gagnait  absolument  rien  du  moment  qu'il  par- 
lait dVtablir  des  familles  sur  les  terres  à  titre  de  *implo  cul- 
tivateurs. En  dix  ans,  de  1617  a  1627.  on  ne  voit  que  Louis 
Hélwt  jardinant  un  peu  dt  semant  quelques  poignées  de  blé", 
a;>rès  avoir  bêché  le  sol.  Tl  n'y  ava:t  pas  de  chnrrue  aux 
mains  des  colons,  Marsolet,  Ilortcl,  Ni  cole  t,  Le  Tardif,  les 
trois'  Godcfroy  étaient  encore  interprètes  ou  employés  de  la 
truite.  Peut-être  Couillard,  Martin,  Pivert,  Desportes,  Du- 
cheBnes  cultivaient-ils,  mais  rien  ne  l'atteste,  et  tout  nous 
fait  supposer  le  contraire. 

La  cause  de  l'agriculture  a  toujours  été  mal  vue  des  corn- 
pagniesqut  se  succédèrent  à  Québec,  do  160.8  à  1(527.  Les 
premières  tentativos  de  culture  dans  la  Nouvelle  France 
avaient  eu  lieu  à  la  baie  do  Fundy,  sur  l'île  Sainte-Croix 
(1004),  et  à  Québec  (16u8).  Ces  travaux  ne  dépassaient  pas 
ceux  d'un  jardin  potager  ;  leur  objet  n'était  point  de  nourrir 
le«  émigrés,  mais  de  procurer  à  de  Monts  et  à  Cham  plain 
des  échantillons  de  ce  que  le  nouveau  foI  pouvait  produire. 
En  1613  et  en  1015.  Cbamplain,  à  Québec,  agrandit  cette 
petite  exploitation.  Louis  Hébert,  qui  arriva  en  1617,  avait 
dû  faire  comme  en  Acadie.c'cst  à  dire  attaquer  la  terre  avec 
la  bêche  pour  tâcher  de  la  connaître.  Il  possédait  un  la- 
bourage en  1620,  mais  il  n'avait  pas  les  outils  essentiels  à 
ces  sortes  de  travaux,  puisque  Cbamplain  dit  positivement 
que  la  veuve  Hébert  fit  usage  de  lu  charrue,  pour  la  pre- 
mière fois,  lo  26  avril  1628.  Hébert  était  mort  le  25  janvier 
1627.  On  élevait  des  vaches  et  des  moutons.  Quant  aux 
chevaux,  il  ne  vinrent  ici  qu'en  1666.  En  1625,  sur  l'invita- 
tion  de  Cham  plain,  quelques  sauvages  s'étaient  mis  à  défri- 
cher et  à  semer  du  blé-Inde,  H  la  Canardière,  joli  endroit 
englobé,  quatre  ans  plus  tard,  dans  les  limites  de  la  seigneu- 
rie de  Notre- Dame-des-  Anges,  près  Québec. 


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Le  P.  Charles  Lallcmant,  écrivant  de  Québec,  lo  1er  août 
1626,  dit  :  "  Nous  sommes  si  éloignes  de  la  mer  que  nous  no 
sommes  visités  pur  les  vaisseaux  français  qu'une  ibis  par 
année,  et  seulement  par  ceux  qui  en  ont  le  droit,  car  cette 
navigation  est  interdito  aux  autres.  Ce  qui  fuit  que,  si,  par 
hasard,  ces  vaisseaux  marchands  périssaient,  ou  s'ils  étaient 
pris  par  les  pirates,  nous  ne  pourrions  compter  que  sur  la 
Providence  do  Dieu  pour  pouvoir  nous  nourrir.  Eu  ettet, 
nous  n'avons  rien  à  attendre  des  sauvages  qui  ont  à  peino  le 
strict  nécessaire." 

L'un  des  capitaines  qui  visitèrent  le  poste  de  Québec  en 
1624  so  nommait  Charles  Daniel,  de  Dioppe  ;  e'est  proba- 
hlement  sur  son  bord  que  Champlain  et  sa  femme  s  embar- 
quèrent, le  15  août  do  cetto  année,  pour  repasser  en  Frame. 
Les  vaUseaux  des  capitaines  Pontgravé  et  (iérard  ou  (iué- 
rard  étaient  alors  à  iliseou. 

Le  sieur  de  la  Raldo  était  resté  à  Miscou  et  a  (Jaspé.  Au 
commencement  de  bcptcmbre  1(524,  il  accompagna  Cham- 
plain en  France,  ainsi  que  Pontgravé  et  lo  pilote  Cananée. 

Kmeric  da  Caen  demeura  à  Québec  l'hiver  de  1024-25  en 
qualité  de  commandant.  Cinquante  et  une  personnes,  tant 
hommes  que  femmes  et  enfants,  composaient  toute  la  popu- 
lation blanche  du  jwste.  Kmeric  retourna  en  Fiance,  l'été 
de  1(525,  avec  t-on  oncle  Guillaume  de  Caen.  Comme  celui-ci 
était  huguenot,  il  se  vit  refuser  la  direction  de  la  Hotte  du 
Canada,  laquelle  passa  au  sieur  de  la  llalde,  ayant  Kme- 
ric de  Caen  sous  ses  ordres.  La  "  Catherine,"  de  cent  cin- 
quante tonneaux,commandée  par  de  la  Iinlde,  et  la  Flèque," 
do  deux  cents  soixante  tonneaux  commandée  par  Kmeric  de 
Caen  ;  u  l'Alloucttc,"  de  quatre-vingts  tonneaux,  apparte- 
nant aux  Jésuites  ;  un  bàtimont  do  deux  cents  tonneaux,  un 
autre  do  deux  cent  vingt,mirent  a  ta  voile  à  Dieppe,et  arrivè- 
rent à  Québec  le  5  juillet  1626,  ramenant  Champlain  avec 
Eustache  Boulé,  son  beau-frère,  et  le  sieur  Destouches,  assis- 


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tant  do  Cham  plain,  qui  retourna  en  France  au  bout  d'un  an. 
On  est  émerveille*  aujourd'hui  en  attendant  parlerdo  pareilles 
coquilles  de  noix  pour  traverser  l'Atlantique. 

Champlain  rencontra  (1626)  des  pêcheurs  basques  dont  le 
naviro  avait  été  brûlé  par  accident.  De  Caen  et  de  la  Ralde 
M'occupèrent  du  golfe,  tandis  que  Champlain  se  rendait  à 
Québec.  Pontgravé  avait  commandé  à  Québec  durant  l'hiver 
1625-26.  On  souffrait  tellement  du  manque  de  provisions  qu'- 
on avait  envoyé  une  chaloupe  à  (îaspé  pour  en  obtenir  ;  la 
plupart  des  hivernants  voulaient  abandonner  Québec. 

Le  P.  Charles  Lallomant  écrivait  le  1  or  août  1626  :  "  Il  n'y 
a  que  trois  ou  quatre  familles  (do  sauvages)  qui  ont  défriché 
doux  ou  trois  arpents  de  terre,  oft  elles  sèment  du  blé-d'Inde, 
et  ce  depuis  peu.  On  m'a  dit  que  c'était  les  PP.  récollets 
qui  lo  leur  avaient  persuadé.  Ce  qui  a  été  cultivé  en  ce  lieu 
par  les  Français  est  peu  de  chose  ;  s'il  y  a  dix-huit  ou 
vingt  arpents  de  terre,  c'o«t  tout  le  bout  du  monde." 

Le  2.r)  aoftt  li;2<i,  dit  Champlain.  Pontgravé  se  délibéra 
de  repasser  en  France...  Corneille  de  Vendrcmur.  d'Anvers, 
demeura  en  sa  place, pour  avoir  soin  du  la  traite  et  des  mar- 
chandises du  magasin,  avec  un  jeune  homme  appelé  Olivier 

Le  Tardif,  de  Honneur,  sous-commis  qui  servait  de  truche- 
ment.'' 

Le  premier  soin  de  Champlain  fut  do  restaurer  les  bâti- 
ments de  Québec.  Voulant  aus*i  tirer  avantage  de»  prairies 
naturelles  situées  près  du  cap  Tourmente,  oft  l'on  faisait  des 
foins  depuis  deux  ou  trois  ans.  et  oft  l'on  élevait  du  bétail,  il 
y  fit  construire  sans  retard  une  habitation,  ot  y  envoya  lo 
sieur  Foucher  avec  cinq  ou  t-ix  hommes,  une  femme  (Mme 
Pivert  ?),  et  une  jeune  tille.  '  Les  récoltes,  écrivait  plus  tard 
le  P.  Lceloreq,  allaient  ft  une  petite  mission  formée  au  cap 
de  Tourmente,  à  sept  lieues  au-dessous  de  Québec,  «ft  I  on 
avait  construit  un  fort  avancé,  non  seulement  contre  les  sau- 
vages, mais  principalement  contre  les  ennemis  (venant)  do 
l'Kurope." 


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En  1025  étaient  arrivés  les  premiers  pères  Jé-suites. 
L'annéo  suivante,  ceux  qui  étaient  dans  la  colonie  so 
nommaient  Enemond  Masse,  Jean  de  Brébeuf,  Anno  deNono 
et  Charles  Lallemant,  sans  compter  los  frères  Gilbert  Bur- 
rel,  Jean  Golfostrc  et  Franyois  Charreton.  Le  P.  Lallemant  di- 
sait, le  1er  août  1626  :  "  Pour  nos  Français,  qui  sont  ici  au 
nombro  de  quarante-trois,  nous  no  sommes  pas  épargnés  ; 
nous  avons  entendu  lour  confession  générale." 

Après  avoir  dit  que,  du  temps  de  Henri  III,  Henri  IV  et 
Louis  XIII  (de  1573  à  1640),  la  littérature  française  no  dai- 
gna point  s'occuper  de  l'idée  coloniale,  il.  Léon  Deschamp* 
(Revue  de  (jéoyrafhie,  Paris  1885,  p.  366),  fait  observer  que 
pourtant, Montluc  et  Montaigne, sous  Henri  111, avaient  for- 
mulé des  arguments,  plutôt  contre  que  pour  la  colonisa- 
tion, et  il  ajoute  :  u  Au  XVII  siècle  l'unanimité  est  absolue  ; 
aucune  voix  discordante  ne  laitontendre  et  no  produit  d'écho 
dans  la  littérature.  Uue  seule  question  provoque  une  courte 
discussion  et  deux  ou  trois  livres;  c'est  cullo  de  l'origine  dos 
Américains,  soulevé  par  Hugo  (îrotius  en  1642.  Kilo  est  im- 
portante, puisqu'elle  recèle  la  question  de  l'esclavage,  que 
nous  retrouverons  plus  tard  ;  mais  elle  no  crée  pas  en  ce  mo- 
ment courant  littéraire.  Notons  ce  point  important  :  Au  dé- 
but, et  jusqu'à  Champlain.  l'action  s'est  manifestée  surtout 
par  des  voyages d'explorntion,qu'il  n'était  pas  besoin  de  tairo, 
qu'on  divulguait  bien  plutôt  par  orgueil  national  ;  chacun 
voulait  avoir  sa  part  dans  cette  œuvre  surtout  scientifique. 
Mais  quand  on  eut  compris  le  profit  qu'on  pouvait  tirer  do 
ces  terres  vierges,  quand  la  question  d'économie  eut  été  sou- 
levée— et  nous  avons  vu  que  ce  fut  en  Franco,  aux  tempsMe 
Bi>diu  et  de  Leaearot — on  changea  de  sentiment  et  de  mé- 
thode. L'action  devint  commerciale  et  politique,  c'est-à  dire 
qu'elle  se  cacha.  On  ne  la  retrouve  que  dans  le  fait  accompli 
ou  dans  los  documonts  d'Etat.  Cela  explique  le  silence  dos 
littérateurs  ;  au  XVI  lo  siècle,  et  trop  souvent  depuis,  ou  a 


—  300  — 

laissé  en  France,  au  gouvernement,  au  roi,  le  soin  des  choses 
d'Etat  ;  c'eût  été  crime,  et  un  crime  promptement  puni,  d'en 
raisonner." 

Jean  Eodin,  mort  en  1500,  et  Lcscarbot,  qui  vivait  encore 
vers  1630,  ont  en  effet  ouvert  les  yeux  de  leurs  compatriotes 
sur  l'avantage  do  s'emparer  don  pnj's  nouvellement  décou- 
verts ;  mais  les  Français  ne  comprirent  pas  du  tout  la  ma- 
nière de  fonder  des  colonies  ;  ils  so  contentèrent  d'un  peu  do 
trafic  avec  les  sauvages. 

J .es  dispositions  quo  montrait  Richelieu  à  l'égard  de? entre- 
prises coloniales  furent  bientôt  connue*.  Dans  la  seule  année 
1626,  il  lui  fut  adressé  cinq  mémoires  ou  lettres  sur  "  le  fait 
du  commerce  do  la  marine";  lui-même  est  l'auteur  ou  le  pro- 
moteur d'un  très  grand  nombre  de  contrats,  lettres,  rap- 
ports ot  statistiques  ayant  le  même  objet.  J>c  ces  documents, 
les  plus  intéressants  sont  le  mémoire  de  Richelieu  touchant 
la  marine,  et  les  mémoires  que  le  chevalier  de  Rasilly  et  un 
anonyme  adressent  à  Richelieu  en  1626.  Le  premier  a  été 
public  dans  la  collection  des  u  Document  Inédits  de  l'Histoire 
de  France  et  il  suffit  d'un  mot  pour  l'analyser.  Richelieu 
y  expose  en  substance  qu'il  est  nécessaire  que  le  roi  relève 
sa  puissance  maritime,  sans  'aquelle  il  ne  fallait  plus  faire 
estast  d'aucun  trafh'eq,"  et  qu'il  est  prêt  à.  consacrer  1.500,- 
000  livres  par  an  à  l'entretien  do  u  trente  vais>eaux  de  guerre 
pour  tenir  les  eûtes  nettes." 

Le  fait  e*t  quo  les  navires  battant  pavillon  français  ne  pou- 
vaient guère  s'éloigner  de  la  vue  des  côtes  de  leur  pays,  tant 
les  Kspagnols.lcs  Hollandais  et  les  Anglais  leur  donnaient  la 
chasse.  On  voyait  ju-qu'à  des  pirates  algériens  venir  atta- 
quer dans  le  golfe  Saint-Laurent  les  bâtiments  pêcheurs  qui 
avaient  réussi  à  s'échapper  à  travers  l'Atlantique  pour  se 
procurer  de  la  morue  a  Terre-Xeuve  ou  au  cap  Breton. 

Sous  l'influence  bienfaisante  de  ce  ministre,  naquirent  une 
dizaine  de  compagnies  avec  le  dissein  d'exploiter  les  pays 


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lointains  et  à  y  transporter  le  nom  delà  France  :  La  Nacelle 
de  saint  Pierre,  1625  ;  la  compagnie  du  Morbihan,  1626  ;  les 
Cent  Associés,  1627  ;  la  compagnie  des  Ilesd'Amérique,1627  ; 
la  compagnie  do  l'Ile  SainUChristophe,  1635  ;  la  compagnie 
du  Cap  nord,  1638  ;  la  nouvelle  compagnie  de  l'Ile  Saint- 
Christophe,  1642  ;  la  compagnie  de  Madagascar,  1642. 

Pur  malheur,  un  contrat  sur  le  papior  n'est  pas  finalement 
uhoso  faite.  La  nature  humaine  n'est  pas  assez  droite  pour 
se  conformer  aux  conditions  inscrites  dans  un  acte  par  de- 
vant notaire  ou  par  devant  le  roi— il  faut  toujours  que  le 
bras  de  la  justice  menace  les  "  honorables  parties  contractan- 
tes," car  autrement  celles-ci  se  gardent  bien  de  remplir  leurs 
obligations.  Richelieu  n'était  pas  a*-sez  naïf  pour  ignorer  cela, 
mais  comme  c'était  Richelieu,  c 'est-il  dire  un  homme  dont  la 
tète  était  bourrée  de  plans  et  qui  ne  pouvait  courir  qu'au  plus 
pressé,  il  ne  tarda  point  à  laisser  les  commerçants  s'arranger 
à  lour  guise.  Par  là,  lo  champ  fut  ouvert  sans  restriction  à  la 
rapacité  des  marchanda  qui  s'appliquèrent  à  recueillir  en 
Afrique  ot  en  Amérique  le  plus  de  denrées  commerciales, 
mais  sans  établir  do  colonies  stables.  Richoliou  leur  avait 
imposé  l'obligation  de  créer  des  colonies,  en  retour  du  pri- 
vilège qu'il  leur  accordait  de  traiter  avec  les  indigènes,mais 
il  ne  les  surveilla  nullement,  et  la  moitié  du  contrat  inter- 
venu entre  eux  resta  lettre  morte.  J'admire  les  historiens 
qui  énumèrent,  comme  je  viens  de  le  faire  lesnoms  des  com- 
pagnies fondées  par  Richelieu  et  qui  expriment  lour  admira- 
tion de  tant  de  belles  entreprises  sorties  du  cerveau  d'un  seul 
homme  ! 

Quand  même  cent  hommes  et  davantage  auraiont  conçu 
de  semblables  projets,  il  importe  peu  ;  l'essentiel  est  de  sa- 
voir ce  qui  en  est  résulté,  or  les  prétendues  colonies  de  Riche- 
lieu n'ont  produit  momentanément  quedosimplos  comptoirs 
de  traite,  et  bientôt  après  des  banqueroutes  sur  toute  la  ligne. 
L'histoire  doit  tout  dire,  autrement  ello  n'est  pas  l'Histoire> 


—  302  — 

et  dcviont  une  légende  bonasse  qui  accepte  tout  sans  riei> 
comprendre. 

Il  va  de  soi  que  si  le  roi  ou  des  individus  veulent  former 
une  colonie,  c'est  parle  moyen  d'habitants  ou  de  colons  qu'ils 
y  parviendront.  Alors,  il  en  coûtora  de  l'argent  pour  trans- 
porter <es  gens  et  les  aider  à  s'établir.  Ici  se  trouve  la  clef 
de  la  situation.  Le  roi  no  voulait  pas  débourser  d'argent. 
Les  hommes  du  commerce  lui  tirent  croire  que  son  rôle,  en 
ett'et,  n'était  pas  de  payer,  que  c'était  plutôt  à  eux  de  four- 
nir les  fonds  nécessaires,  avec  l'entente  que  le  souverain 
leur  permettrait  le  commerce  pour  se  refaire  de  leurs  dé- 
penses, iiiehelieu  et  Louis  XIII  se  laissèrent  facilement 
persuader  du  mérite  de  ce  plan  ;  le  commerce  fut  concédé 
aux  compagnies  marchandes  parce  que  ces  dernières  s'obli- 
geaient à  peupler  les  nouveaux  paysqu'on  leur  abandonnait. 
Va-t'en  voir  s'ils  viennent,  Jeun  ! 

Citons  encore  M.  JJeschumps,  puisque  son  étude  représen- 
te une  page  touto  laite  des  annales  canadiennes  d'après  la 
manière  de  presque  tous  nos  écrivains.  Les  commerçants, 
dit-ils,  n'ont  pas  été  "  les  seuls  à  prendre  intérêt  aux  con- 
quêtes coloniales.  Toutes  les  classes  de  la  société,  depuis  le 
roi  jusqu'au  public  oisif,  y  ont  pris  part  ;  acteurs,  auteurs 
ou  lecteurs  se  trouvent  à  la  cour  comme  à  la  ville,  en  pro- 
vince comme  à  Paris,  au  cloître  comme  dans  les  ruelles... Il 
est  remarquable  que  presque  tous  les  capitaines  chargés  de 
conduire  les  expéditions  sont  de  petite  noblesse,à  commencer 
par  le  sieur  de  Champlain,  "  écuyer."  Ainsi,  le  chevalier  de 
Kasilly,  qui  appartenait  à  une  famille  do  Touraine,  appa- 
rentée à  .Richelieu,  et  qui  fut  commandeur  de  l'ordre  des 
hospitaliers  de  Saint-Jean  ;  ainsi  le  sire  de  Lauzon,  ainsi 
Pierre  de  Blam,  écuyer,  sire  do  Desnambuc." 

Hé  oui  !  tous  de  la  noblesse,  plus  ou  moins,  noblesse  rui- 
née par  exemple,  et  qui,  à  cause  de  cela,  se  faisait  commer- 
çante, prêtait  son  nom  aux  trafiquants,  cherchait  à  redorer 


—  303  — 

des  blasons— mai*,  pas  à  créer  des  colonies  !  Toute  l'histoire 
française  du  XVI le  siècle  est  posée  sur  ce  pivot  fragile. 
Aussi  la  machine  a-t-ello  fonctionné  pitoyablement. 

Dans  la  liste  des  Cent- Associas,  les  noms  de  noblesse  ot  de 
hauts  fonctionnaires  sont  les  plus  nombreux.  Citons-en  quel- 
ques-uns :  le  marquis  d'Kfhat,  surintendant  des  finances^ 
Isaac  Martin  do  Mauvoy,  intendant  de  la  marine,  Claude  de 
Roquemont.  écuyer,  sieur  de  Briseon,  If»oae  do  Rasilly,  che- 
valier de  Tordre»  de  Saint- Jean  do  Jérusalem,  Jean  de  Tayot, 
trésorier  de  France,  Vthier  Uolnor,  secrétaire  du  roi,  Claude 
Bragelonne,  surintendant  et  commissaire  général  des  vivres, 
des  camps  et  armées  de  France. 

Je  relève  à  dessein  dans  cette  liste  les  noms  dos  associés 
appartenant  à  la  Normandie,  parce  que,  en  1629  principale- 
ment, nous  rencontrerons  leurs  navires  dans  le  golfe  Saint- 
Laurent  :  David  Duchesne,  conseiller,  échevin  du  Havre-do- 
tlrâce  ;  noble  homme  Simon  Dahlon,  syndic  de  Dieppe  ;  Jean 
Kof>éo.  marchand  de  Rouen,  qui  fut  le  premier  seigneur  de 
Hie  d'Orléans  (en  bois  debout)  près  Québec  ;  Simon  Lemaî- 
tre,  marchand  de  Rouen,  qui  fut  le  premier  soigneur  de  la 
côte  de  I.uuzon  ;  Adam  Mannes<ier,  bourgeois  et  marchand 
du  TIavie-de  t  irâce  .  maître  André  Daniel,  docteur  en  méde- 
cine, demeurant  rue  D'Keosse,  à  Dieppe  ;  Charles  Daniel, 
capitaino  pour  le  roi  en  la  marine,  frère  du  précédent,  marié 
à  Dieppe  ;  maître  Pierre  Boulanger,  conseiller  du  roi  et  élu 
à  Montvilliors  ;  maître  .lean  Féron,  conseiller  du  roi  et  pay- 
eur des  espèces  do  messieurs  de  la  cour  du  parlement  do 
l'ouen  ;  Henry  Cavclier,  mercier  grossier,  do  Rouen,  frère 
de  Jean  Cavclier,  marchand,  qui  fut  le  père  du  découvreur 
Cavolier   do  la  Salle  ;  Jean    Papavoine,  marchand,  de 
Rouen  ;  Maître  Michol  Jean,  avocat  à  Dieppe  ;  Jean  Vin- 
cent, conseiller  et  échevin  de  Dieppe  ;  Nicole  Langlais,veuve 
do  Nicolas  Blondel,  conseiller  et  échevin  de  Dieppe  :  Claude 
Girardin,  marchand  de  Rouen  ;  François  Mouet,  marchand, 


—  304  — 

de  Rouen  ;  Jacques  Duhamel,  marchand,  de  Rouen.  J'en 
conclus  que  la  Normandie  comptait  pour  le  quart,  ou  bien 
près  de  ce  chiffre,dans  le  nombre  des  Ccnt-Associés  ;  le  prin- 
cipal groupe  se  trouvait  néanmoins  à  Paris. 

Le  sud  de  la  France  figure  pour  un  petit  nombre  de  mem- 
bres. A  ce  sujet,  il  est  bon  de  noter  que  les  protestants  Bu- 
taient soulevés  dans  le  midi  et  avaient  été  écrasés  par  Riche- 
lieu, en  1825  ;  de  plus,  que  les  chefs  de  ce  soulèvement 
avaient  péri  Bur  l'échafaud  en  1626.  C'est  aussi  du  camp 
devant  la  Rochelle,  dernier  boulevard  des  protestants,  que 
fut  signé,  le  6  mai  1627,  l'acte  d'établissement  des  Cent  As- 
sociés. 

Rkxjamin  Sulte 
(La  fin  dans  la  prochaine  livraison) 


LE  LOUP-GAROU 

On  désignait  ainsi  autrefois,  dans  nos  campagnes,  une  per- 
sonne condamnée,  après  sa  mort,  à  être  changée  en  loup  ga- 
rou  pour  méfaits  causés  de  son  vivant.  La  punition  se  pro- 
longeait durant  sept  ans  et  sept  mois,  et  avait  principale- 
ment pour  causes,  soit  la  négligence  à  '•  faire  ses  piques,"  ou 
quoique  gros  scandale  qui  avait  remué  toute  la  paroisse.  Le 
loup'ijarou  courait  les  champs,  durant 'la  nuit,  et.  quand  on 
le  rencontrait,  on  pouvait  délivrer  l'âme  du  malheureux,  en 
trayant  sur  lui  un  grand  signe  de  croix.  Mais  le  malin  esprit 
ne  se  laissait  pas  facilement  approcher,  et  d'ailleurs  chacun 
prenait  ses  jambes  à  son  cou  du  plus  loin  qu'il  l'apercevait. 

Cotte  superstition  a  subsisté  longtemps  au  Canada,  et  même 
n'est  pas  encore  complètement  disparue,  aujourd'hui,  de 
certaines  campagnes  reculées. 

Sylva  Clapix 


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RÉPONSES 


Le  monument  Wolfe  et  Montcalm  à  Québec. 

(IV,  I,  404.)— John-Charlton  Fisher,  ou  le  Dr  Fisher,  com- 
me on  1'appolait,  était  né  en  Angleterre,  à  Carlisle,  en  1794. 
Après  avoir  fait  de  fortes  études,  il  avait  traversé  l'océan 
et  était  allé  se  fixer  à  Now-York,  où  il  avait  fondé  un  jour- 
nal intitulé  The  Albion.  En  1823,  il  l'ut  appelé  à  (Québec 
dans  les  circonstances  suivantes.  La  Gazette  de  Québec. fondée 
en  1764  par  Brown  et  Gilmore,  contenait  une  partie  otliciello 
dans  laquelle  avaient  paru  depuis  un  grand  nombre  d'années 
toutes  les  annonces  et  publications  du  gouvernement.  Mais 
M.  John  Neilson,  propriétaire  du  journal  en  1822,étant  député 
du  comté  de  (Québec  et  ayant  pris  une  attitude  hostile  à  l'ad- 
ministration dans  la  Chambre  d'Assemblée,  crut  qu'il  était 
plus  con%enublo  d'abandonner  cette  propriété  à  un  autre. 
C'est  pourquoi,  le  1er  mai  1822,  Samuel  Neilson.  tilsdo  John, 
devint  propriétaire  de  la  Gazette  et  de  l'imprimerie,  en  socié- 
té avec  William  Cowan.  11  tut  nommé  imprimeur  du  roi  au 
mois  de  juillet  de  la  même  année,  et  la  Gazette  ajouta  à  son 
titre  les  mot**  :  "  publiée  par  autorité". 

Mais  bientôt,  l'opinion  publique  ayant  été  saisie  du  famoux 
projet  d'union  de  1822,  le  parti  populaire  en  fut  vivement 
ému,  et  ses  chefs  jetèrent  feu  et  Hammo  contre  eette  tentati- 
ve  inique.  M.  John  Neilson  ne  fut  pus  l'un  des  moins  éner- 
giques. Il  protesta  avec  véhémence  contre  le  projet  et  fut 
délégué  en  Angleterre  avec  M.  Papineau  pour  le  combattre. 

Il  n'en  fallut  pas  davantage  pour  enHammer  le  courroux 
de  l'irascible  lord  Du) hottoie.  il  relira  à  Samuel  Neilson,  sa 
commission  d'imprimeur  du  mi,lit  venir  do  New- York  John- 
Charlton  FiNher  à  qui  il  transféra  cette  commission  et  le 
chargea  de  la  direction  d'une  gazette  officielle  intitulée  La 
Gazette  de  Québec  par  autorité.  Cotte  nouvelle  gazette,  outre 

les  annonces  officielles,  publia  des  écrits  littéraires  et  politi- 
ques remarquables. 


—  306  — 


Au  mois  d'août  1827,  la  Gazette  par  autorité  publia  un 
jour,  l'entrefilet  suivant  :  "  HOMMAGE  PROJETE  A  LA 
MÉMOIRE  DE  WOLFE  ET  MONTCALM.  C'est  depuis 
longtemps  un  sujet  de  surprises  et  de  regrets  qu'il  n'y  ait  pas 
à  Québec  de  monument  public,  pour  rappeler  la  mort  glo- 
rieuse de  Wolfe  et  de  Montcalm.  Ce  sentiment  a  induit  le 
gouverneur  en  chef  à  proposer  à  la  considération  du  public 
et  des  oflù  iers  qui  servent  maintenant  sous  ses  ordres,  en  Ca- 
nada, le  dessin  d  une  colonne  qui  serait  érigée  sur  la  Place 
d'Armes,  en  fj.ee  du  Château  St -Louis.  On  peut  voir  ce  des- 
sin à  la  bibliothèque  de  la  garnison,  où  le  bibliothécaire  a 
instruction  d'admettre  ceux  qui  désireraient  l'examiner. 
Le  gouverneur  en  chef  s'abstient  d'en  dire  davantage  sur  ce 
nuji't.  et  se  borne  à  assurer  qu'il  accueillera  tous  les  avis  qui 
pourront  lui  être  adressés,  et  qu'il  donnera  à  cotte  œuvre 
toute  l'assistance  ot  l'encouragement  qu'il  pourra." 

Immédiatement,  une  souscription  fut  commencée,  un  co- 
mité fut  formé,  ot  oti  ouvrit  un  concours  pour  l'inscription 
qui  serait  gravée  sur  le  futur  monument.  Le  prix  de  ce  con- 
cours était  une  médaille;  d'or. 

Le  comité  était  composé  comme  suit  :  l'honorable  juge  en 
chef,  président  ;  M.  le  juge  Tasehereau,  le  major  général 
Darling,  le  lieutenant  colonel  Cock  burn,  le  capitaine  Young, 
le  capitaine  Melhnish,  M.  George  Pemberton. 

Lord  l>alhonsie  réunit  les  souscripteurs  au  château  Saint- 
Louis,  le  1er  novembre  1827.  11  leur  soumit  les  dessins  du 
monument  projeté  ;  dus  au  ta'ent  du  capitaine  Young,  du 
70ème  régiment.  Il  exprima  l'opinion  (pie  le  monumont  de- 
vait être  simple  et  à  la  portée  d'une  souscription  limitée.  Il 
annonça  aussi  que  des  souscriptions  avaient  été  offertes  de 
New- York-  et  qu'il  les  avait  acceptées. 

Les  dessins  du  capitaine  Young  furent  agréés  par  l'assem- 
blée. Et  dès  le  15  novembre,  avait  lieu  la  cérémonie  do  la 
pose  de  la  première  pierre.  Le  site  du  monument  n'était  plus 


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la  Place  d'Armes,  comme  on  l'avait  d'abord  proposé,  mais  1» 
partie  inférieure  du  jardin  du  gouverneur,  c'est-à-dire  ce  qui 
constituait  autrefois  lo  jardin  de  l'Ecole  Xormalo  Laval,  avant 
la  prolongation  de  la  Terrasso. 

La  cérémonie  eut  lieu  avec  grande  pompe.  Le  66èmo  et  le 
7*Jème  régiment  faisaient  la  haie  du  pied  des  glacis  jusqu'au 
château.  Lus  journaux  du  temps  rapportent  que  lu  grande 
logo  des  lranc-niacons,ayant  à  sa  tête  le  grand-maître  Claude 
Denéchaud — un  Canadien,  s'il  vous  plait — prit  une  part  con- 
sidérable à  la  cérémonie.  La  comtesse  de  J)alhousie,  accom- 
pagnée de  l'honorable  lady  Hill,  de  l'honorable  .Mme  Core, 
de  Mme  JSewell  et  de  plusieurs  autres  y  assistaient.  Le  gou  - 
verneur  avait  autour  de  lui  le  lordévêquedo  Québec,  le  juge 
en  chef,  les  membres  du  comité  et  une  foule  d'autres.  Le 
chapelain  des  forces  récita  une  prière,  l'uis  lord  Dalhousie 
demanda  à  M.  Hénéchaud,  le  grand-maître  dos  francs  ma- 
çons, de  procéder  aux  rites  de  son  ordre.  Après  les  simagrées 
maçonniques  un  incident  plus  touchant  se  produisit.  M.  James 
Thompson,  un  vétéran -de  I  armée  de  Wolfe,  qui  rigurait  dans 
les  rangs  de  l'armée  victorieuse,  le  1:5  septembre  1759,  et 
qui  en  1N27  était  âgée  de  95  ans,  fut  invité  par  le  gouver- 
neur à  donner,  un  coup  de  maillet  sur  la  pierre.  Cette  évoca- 
tion vivante  du  passé,  au  milieu  do  la  solennelle  démoustra  - 
tion,  produisit  une  profonde  impression. 

On  a  vu  plus  iiaut  que  le  monument  devait  être  érigé  en 
premier  lieu  sur  la  Place  d'Armes.  Le  choix  subséquent  du 
jardin  du  gouverneur,  où  se  cultivaient  alors,  parait-il,  cer- 
taines plantes  potagères,  ne  plui  pas  au  public  canadien.  Un 
écrivain  malicieux  adressa  à  la  (iazettede  Quéhcr  cette  com- 
munication épigrauimatique  : 

u  En  voyant,  ce  matin,  la  cérémonie  quia  eu  lieu  à  l'occa- 
sion du  monument  que  l'on  élève  à  Wolfe  et  Montcalm,  j'ai 
songé  comme  suit  :  Si  par  une  tigure  do  rhétorique  Wolfe  et 
Montcalm  revenaient  en  ce  monde,  no  diraient-ils  pas  :  "Hé- 


—  308  — 


las,  vanité  des  vanité  !  nous  espérions  une  place  parmi  lea 
héros,  et  l'on  fait  de  nous,  en  Canada  ,  des  admirateurs  de 
patates,  des  planteurs  do  choux,  et  des  garde-légumes  dans 
lu  potager  du  gouverneur." 

Jadis,  dans  les  combats  balançant  le  destin, 
VoihV  Montcalm  et  Wolfe  priapcs  d'un  jardin. 
"  A  moi  la  médaille  offorte." 

Cette  malice  eut  du  succès.  On  l'attribua  généralement  à 
M.  Isidore  Bédard,  fils  du  premier  juge  Bédard,  et  frère  de 
M.  Elzéar  Bédard,  l'un  dos  lieutenants  do  Papineau,  qui  fut 
fut -plus  tard  juge  aux  Trois  liivières.  M.  Tsidorc  Bédard  est 
l'auteur  do  chant  patriotique  :  "  Sol  canadien,  terre  chérie." 
11  fut  élu  député  du  comté  de  Sagucnay  aux  élections  de 
1830,  et  mourut  en  France  au  printemps  de  1833. 

Cette  boutade  humoristique  contribua  sans  doute  au  nou- 
veau changement  de  eite  pour  lequel  ou  se  décida.  En  effet, 
après  la  cérémonio  pompeuse  «le  la  pose  delà  promière  pier- 
re, il  se  trouva  que,  l'année  suivante,  en  1820,  lo  monument 
AVolfe- Montcalm  fut  érigée  dans  le  jardin  supérieur,  qu'on 
appelle  aujourd'hui  u  jardin  du  fort  ",  auquel  il  ost  étonnant 
qu'on  n'ait  pas  songé  tout  d'abord,  tant  il  offrait  d'avan- 
tages. 

Au  commencement  de  septembre  1828,1e  monument  était 
terminé,  et  il  fut  inauguré  le  8  de  ce  mois,  le  jour  même  du 
départ  de  lord  halhousic. 

La  médaille  offerte  par  le  comité  avait  été  gagné  par  le 
Dr  John-Charlton  Fisher.  L'inscription  du  Dr  Fisher  a  fait 
l'admiration  de  tous  les  connaisseurs.  Kilo  résume  avec  force, 
élégance  et  concision  l'idée- mère  qui  a  inspiré  l'érection  de  ce 
monument  historique. 

Une  autre  inscription,  qui  so  lit  en  arrière  du  monument, 
eut  pour  auteur  le  révérend  Dr  Mills,  chapelain  des  troupes. 
En  voici  le  texto  : 


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1 


—  309  — 

"  TTyusce  Momemonti  Tn  Virorum  Tllustrium  Memoriam. 
WOLFE  ET  .MONTCALM.  Fundaraentum  P.  C.Georgius 
Cornea  do  Dalhousie,  In  Septentrionalis  Amerieao  Partibus 
Sum  m  am  reruin  Administrons,  Opus  Per  multos  Annoa 
Prœtcr  mi^sum,  Quid  Duci  Egregio  Convcnientius  ?  Aucto- 
ritate  Promovens,  F.xemplo  Stimulans.  MunificcntiaTeovens, 
A.  D.  MPCCCXXVIÏ.  Ceorgio  IV.  Hrilanniurum  Kege." 

Lu  Dr  John-Charltnn  Fisher,  l'auteur  de  la  première  ins- 
cription, continua  à  rédiger  la  dazette  par  autorité  jusqu'en 
1S31.  A  cette  dale,  les  hommes  au  pouvoir  lui  demandèrent 
de  supprimer  res  articles  politiques,  qui  n'étaient  plus  en 
harmonie  avec  les  principes  du  nouveau  ministère  anglais. 
Et  son  journal  devint  purement  et  simplement  une  Gazette 
officielle. 

M.  Fisher  rédigea  ensuite  le  Mcrrnry.  En  1841,  il  fonda  un 
journal  hebdomadaire,  The  Conservât  ire.  Il  fut  l'un  des  mem- 
bres les  plus  distingués  de  la  Société  Littéraire  et  Historique 
fjndéo  en  1824.par  lord  Dalhousie.et  dans  laquelle  il  remplit 
tour  à  tour  les  fonctions  do  secrétaire,  de  trésorier  et  de  pré- 
sident. Hfutaupai  lo  principal  collaborateur  de  M.  Alfrod 
Hawkins,  dans  la  publication  du  beau  volume  si  recherché 
des  bibliophiles,  intitulé  Ph'tnresytw  Québec 

Lo  Dr  Fisher  mourut  au  mois  d'août  1849,  sur  le  steamer 
"Sarah  Sands",  ùbord  duquol  il  revenait  d'Angleterre  à  Qué- 
bec. 

Tunotcs 

Lé  v  is  et  tes  tt  rapett  t un  deses  rét/iments.  (V.IV, 
G08.) — Après  sa  glorieuse  mais  inutilo  victoire  de  Suinte* 
Foyo,  lorsqu'd  vit  quo  la  mère-patrie  abandonnait  la  Nou- 
velle-France. Lévis  se  replia  sur  Montréal. 

Dans  la  nuit  du  G  septembre,  une  assemblée  fut  tenue 
chez  lo  marquis  de  Vaudreuil.  Los  principaux  officiers  de 
l'armée  étaient  présents. 


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Amherst  s'avançait  avec  une  armée  «le  quinze  mille  hom- 
mes, Murray  avait  sous  ses  ordres  quatro  mille  hommes  ot 
l'armée  du  lac  Champlain  forte  de  dix  raille  hommes  pou- 
vait se  joindre  à  cos  dix-neuf  mille  guerriers  à  quelques  heu- 
res d'avis. 

A  ces  trente  mille  soldats,  Levis  pouvait  opposer  à  peu 
près  trois  mille  hommes,  soit  trois  Français  contre  dix  An- 
glais. Les  provisions  étaient  épuisés,  les  munitions  étaient  i 
la  veille  de  l'être.  Les  fortifications  do  Montréal  étaient  en 

ruine.  La  perspective,  on  l'avouera,  n'était  pas  encoura- 
geante. 

Bigot  lut  un  mémoire  sur  la  situation  de  la  colonie  et 
soumit  à  rassemblée  un  projet  de  capitulation  rédigé  par 
lui.  Tous  pensèrent  comme  Bigot,  qu'il  était  préférable  d'ob- 
tenir une  capitulation  avantageuse  que  de  faire  une  défense 
opiniâtre  qui  ne  différerait  que  de  quelques  jours  la  perte  do 
la  colonie.  Bougaiuville  fut  envoyé  auprès  île  Amherst 
pour  proposer  une  suspension  d'armes  d'un  mois.  Celui-ci 
refusa  et  donua  six  heures  à  Vaudreuil  pour  en  venir  à  une 
détermination. 

On  envoya  à  Amherst  le  projet  de  capitulation  préparé 
par  Bigot. 

Le  premier  article  de  ce  projet  se  lisait  comme  suit  : 
Vingt-quatre  heures  après  la  signature,  le  général  an- 
glais fera  prendre,  par  les  troupes  de  .Sa  Majesté  Britanni- 
que, possession  des  portes  de  la  ville  do  Montréal  et  la  gar- 
nison anglaise  ne  pourra  y  entrer  qu'après  l'évacuation  des 
troupes  françaises", 

Amherst  écrivit  à  la  marge  : 

•'  Toute  la  garnison  de  Montréal  doit  mettre  bas  les  armes 
et  ne  servira  point  pendant  la  présente  guerre. 

*;  Immédiatement  après 'la  signature  de  la  présente,  les 

troupes  du  roi  prendront  possession  des  portes  et  posteront 

les  gardes  nécessaires  pour  maintenir  le  bon  ordre  dans  la 
ville". 


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Fresque  tous  les  autres  articles  furent  accordés. 

Cet  article  était  humiliant.  M.  de  Bougainville  fut  envoyé 
pour  faire  des  représentations  à  Amherst,qui  ne  voulut  rien 
entendre.  Dans  la  nuit,  on  envoya  M.  do  la  Pause  pour  lui 
demander  d'ajouter  a.  cet  article  "  que  l'arméo  pourrait  ser- 
vir en  Europe  ".  Amherst  demeura  inflexible. 

C'est  alors  que  M.  de  Lévis  présenta  le  mémoire  suivant  à 
M.  de  Vaudreuil. 

"  Aujourd'hui,  S  septembre. 

,:  M.  le  marquis  de  Vaudreuil.  gouverneur-général  de  la 
Nouvelle- France,  nous  ayant  communiqué  les  articles  de  la 
capitulation  qu'il  a  proposée  au  général  anglais  pour  la  red- 
dition du  Canada  et  les  réponses  a,  ses  lettres,  et  ayant  lu 
dans  les  dites  réponse;'  que  ce  général  exige  pour  dernière 
résolution  que  les  troupes  mettent  bas  les  armes  et  no  servi- 
ront point  pendant  tout,  le  cours  do  la  présente  guerre, nous 
avons  cru  devoir  lui  représenter,  en  notre  nom  et  en  celui 
des  officiers  principaux  et  autres,  ties  troupes  de  terre,  que 
cet  article  de  la  capitulation  ne  pont  être  plus  contraire  au 
service  du  lîoi  et  à  l'honneur  de  ses  armes,  puisqu'il  prive 
l'état  du  service  que  pourroient  lui  rendre,  pendant  tout  le 
cours  de  la  présente  guerre,  huit  bataillons  de  troupes  do 
terre  et  deux  de  cello  de  la  marine,  lesquelles  ont  servi  avec 
com  rage  et  distinction,  service  dont  l'Etat  ne  seroit  pas  privé 
si  les  troupes  étoient  prisonnières  de  guerre  et  même  prises 
à  discrétion. 

4i  En  conséquence,  nous  demandons  a  M.  de  Vaudreuil,  do 
rompre  présentement  tout  pourparler  avec  le  général  an- 
glais et  de  se  déterminer  à  la  plus  rigoureuse  défense  dont 
notre  position  actuelle  puisse  être  susceptible. 

Nous  occupons  la  ville  de  Montréal  qui  quoique  très 
mauvaise  et  hors  d'état  de  soutenir  un  siège,  est  à  l'abri  d'un 
coup  de  main  et  ne  peut  être  prise  sans  canon.  Il  seroit  inouï 
de  se  soumettre  A  des  conditions  si  dures  et  humiliantes  pour 
les  troupe*  sans  être  canon  nés. 


—  312  — 


"  D'ailleurs,  il  reste  encore  assez  do  munitions  pour  soute- 
nir un  combat,  si  l'ennemi  voulait  nous  attuquer  l'épéo  à  la 
main,  et  pour  en  livrer  un,  si  M.  de  Vaudreuil  veut  tenter 
la  fortune,  quoique  avec  dos  forces  extrêmement  dispropor- 
tionnées et  pou  d'espoir  de  réussir. 

"  Si  M.  le  marquis  de  Vaudreuil,  par  des  vues  politiques, 
bc  croit  obligé  de  rendra  présentement  la  colonie  aux  An- 
glais, nous  lui  demandons  la  liberté  de  nous  retirer  avec  les 
troupes  dans  l'île  StoHélèno,  pour  y  soutenir  en  notre  nom 
l'honneur  des  armes  du  Roi,  résolus  de  nous  expoaer  à  tou- 
tes sortes  d'extrémités  plutôt  que  de  subir  des  conditions  qui 
nous  y  paroissent  si  contraires. 

Je  prie  M.  le  marquis  de  Vaudreuil  de  mettre  sa  réponse 
pas  écrit  au  bas  du  présent  mémoire. 

(Signé)       Le  chevai.iek  i»e  lévis" 

M.  de  Vaudreuil  répondit  au  mémoire  du  chevalier  de  Lé- 
vis par  les  lignes  suivantes  : 

*'  Attendu  que  l'intérêt  de  la  colonie  ne  nous  permet  pas 
de  ref  user  les  condition»  proposées  par  le  général  anglais,  les- 
quelles sont  avantageuses  au  pay*  dont  le  sort  m'est  confié, 
j'ordonne  à  M.  le  chevalier  de  Léviw  de  se  conformer  à  la 
présente  capitulation  et  faire  mettre  bas  les  armes  aux 
troupes. 

A  Montréal,  le  8  septembre  17b'0. 

(Sign  ?)        •<  V.Vl  DREl  il  ". 

M.  do  Lévis,  voulant  épargner  aux  troupes  une  partie  des 
humiliations  qu'elles  allaient  subir,  leur  tit  brûler  leurs  dra- 
peaux pour  les  soustraire  à  la  condition  de  les  remettre  aux 
ennemis. 

On  se  domaiule  souvent  où  les  drapeaux  des  régiments 
français  furent  brûlés.  Hubert  Larue  (Jfiftoirt 'populaire  <ht 
Canada)  et  Ac  hintre  (  L'île  Saintc-Jfilène,  son  passé,  son  pré- 
sent son  ar<  n/r)disent  expressément  que  le  fait  arriva  dans 
l'île  Sainte-Hélène. 


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Rien  dans  les  lettres  et  rapports  de  chevalier  du  Lévis  et 
les  relations  du  temps  n'indiquent  que  la  cho.se  t?o  soit  pas- 
o  'e  à  l'île  Sainte  Hélène. 

("est  le  S  septembre  1760  que  M.  de  Levis  donna  l'ordre 
de  brûler  les  drapeaux.  Or  à  cette  datc.il  n'y  avait  que  quatre 
cents  hommes  sur  l'île  Sainte-IL'lèno.  Le  reste  del'arméo  était 
campé  un  peu  partout  sur  l'île  do  Montréal.  Il  est  donc  plus 
probable  que  chaque  rétriment  on  bataillon  fit  brûler  ses 
drapeaux  là  où  il  se  trouvait  campé. 

P.-ti.  R 

Les  camé r ier w  secrets  surnuméraires  de  Sa 
Sainteté.  (V,  Arl,  fi29.) — "  On  no  connaît  pas  l'époque  de 
l'institution  des  camériers  secrets  surnuméraires  do  Sa  Sain- 
teté. Elle  a  dû  se  faire  peu  à  peu,  les  Souverains  Pontifs 
voulant  honorer  de?  prêtres  qu'ils  envoyaient  on  mission  et 
les  faire  mieux  représenter  le  Saint-Siège. 

"  L'habit  d'étiquette  du  camérier  Bocrot  se  compose  de  la 
soutane  sans  queue  avec  la  ceinture  et  le  mantellone  sur  la 
soutane.  L'étottedela  soutane  et  du  mantellone  est,en  hiver, 
un  drap  de  laine  violette,  en  été,  la  soie  violette.  L'extré- 
mité des  manches  de  la  soutano  a  des  revors  de  soie  violette 
hauts  de  six  doigts,  le4»  boutonnières,  boulons,  filets,  sont  de 
soie  violette.  Le  mantellone  a  des  rêvera  de  soie  violette 
large  de  deux  palmes.  La  ceinture  sur  la  soutane  est  tou- 
jours de  soie  violette,  a  quatre  ou  cinq  doigts  de  largeur,  et 
les  extrémitésqui  pendent  sur  le  côté  gauche  sont  terminées 
par  deux  glands  de  soie  violette.  Avec  cet  habit,  les  camc- 
riers  peuvent  porter  le  collare  de  soie  violette.  Il  leur  est 
défendu  de  porter  des  bas  violets,  et  au  chapeau  un  gland, 
cordon  ou  tout  autre  insigno  violet.  Les  bas  et  le  cordon 
du  chapeau  doivent  être  noirs. 

"  Les  camériers  peuvent  prendre  dans  l'usage  privé  ou 
jcivil,une  soutane  noire  sans  queue,qui  aura  les  boutonnières 
jet  boutons  violets.    Ils  mettent  sur  cotte  soutane  une  cein- 


—  314  — 


ture  large  de  trois  doigts  on  soie  violette  et  dont  l'extrémi- 
té, au  lieu  d'avoir  des  glands,  est  bordée  d'une  petite  frange 
violette.  Le  manteau  sera  toujours  noir,  de  laine  ou  de  soie. 
Ils  peuvent  porter  avec  ce  costume  le  coltare  violet,  mais  on 
leur  défend  absolument  d'avoir  de»  bas  violets  ou  un  cordon 
Violet  au  chapeau. 

"  Les  camériers  secrets  timbrent  leurs  armes  d'un  cha- 
peau violet  d'où  descendent  deux  rangées  de  glands,  suivant 
des  cérémoniaires,  trois  rangées^uivant  d'autrcs,ct  de  même 
couleur. 

4<  La  charge  de  camérier  secret  Mirnuméraire  cesse  avec 
le  Pape  quia  nommé.  Il  faut,  par  conséquent. à  chaque  chan- 
gement de  pontiricat,  demander  le  renouvellement  de  cette 
nomination.  11  s'ensuit  que,  pendant  le  temps  do  la  vacance 
pontificale,  le  camérier  secret  surnuméraire  ne  peut  porter 
Aucun  insigne;  il  n'est  plus  camérier."  (Hattandicr). 

Camériers  secrets  surnuméraires  canadiens  :  Mgr  Joseph* 
Sabin  Baymond  (St-llyacinthe),  1876  ;  Mgr  Joseph-David 
Déziel  (Levi,,),  1880  ;  Mgr^F.-X.  Bossé  (Saint  Charles  de 
Caplan).  1883  ;  Mgr  C.-A.*  Marois  (Québec),  1887;  Mgr 
Henri  Têtu  ((Québec,  11  mars  1887  ;  MgrC.-O.  Gagnon  (Qué 
bec),  181)0  ;  Mgr  P.-F.  McEvoy  (Hamilton,  Ont.). 

P.  g.  R. 

Le  C(tpà-1*  Arbre.  (V,  Vil,  631.)— Une  note  mise  au 
bas  doja  page  65  du  Journal  des  Jésuites  par  MM.  les  abbés 
Laverdière  et  Casgrain,  dit  que  le  Cap  ù  l'Arbre  est  le  mémo 
que  "  le  Platon,  appelé,  du  temps  de  Champlain,  la  j>ointe 
Sainte-Croix."  Les  sources  de  renseignements  ne  sont  pas  in- 
diquées. 

Interrogé  par  M.  1I.-G.  Malhiotsur  la  situation  exacte  du 
Cap  à-1' Arbre,  M.  Laverdière  répondit  qu'en  définitive  il  n'en 
était  pas  certain.  Voyons  ce  qui  peut  nous  éclairer  là  des- 
sus. 


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Une  fille  do  Michel  Goron— Marie  -Françoise — épousaenl68î) 
Robert  Guy  ou  llouy  dit  Saint-Laurent,  soldat  do  la  compa- 
gnie de  M.  des  Bergère*. 

A  cette  époque.  Michel  <  îoron  habitait  ;I  la  seigneurie  de 
l'Esehaillon,"  concédée  depuis  1<>74  à  M.  Pierre  de  Saint- 
Ours  ;  deux  lieues  de  front  à  commencer  quatre  arpents  au- 
dessous  do  la  petito  rivière  Duchesne.  Cette  rivière,  le  seul 
cours  d'eau  de  la  seigneurie  de  Deschaillons,  traverse  diago- 
nulement  les  terres  et  m*  jette  dan»  le  fleuve  un  peu  au-des- 
sous du  "  Cap  à  la  "Roche." 

La  grande  carte  cadastrale  (manuscrite)  dont  copie  se 

voit  à  Ottawa,  portant  la  date  de  NW-î-1709  indique  parfai- 
tement le  Platon  situé  au  bas  de  la  seigneurie  voisine,  celle 
de  Deschaillons,  qui  commence  trois  lieues  et  demie,  à  peu 
près,  plus  haut  que  le  Platon. 

Dès  la  deuxième  terre  de  Deschaillons,  on  rencontre  Mi- 
chel Goron  ;  à.  la  troisième  il  y  a  uno  rivière  ou  gros  ruis- 
seau sans  nom,  c'est  la  petite  rivière  Duchesno.  Après  cela, 
on  compte  six  terres  et  l'on  trouve  celle  de  Robert  Ouy.  En 
remontant  toujours,  on  passe  quatorzo  terres  avant  d'attein- 
dre la  seigneurie  de  Levrard. 

En  face  de  la  terre  de  Robert  Ouy,  sur  l'autre  côté  du 

Saint-Laurent,  sont  la  troisième  et  quatrième  terres  du  haut 
des  Grondines. 

La  liste  des  noms  d'habitants  que  porte  la  carte,  servira 
de  complément  à  l'explication  : 

La  première  terre  est  en  blanc.  Ensuite  vionnent  :  Michel 
Goron,  un  blanc  avec  l'embouchure  de  la  rivière,  François 
Goron,  J.  Denovert,  Mailloux,  Peaudet.  Bérubé,  un  blanc, 
Robert  Ouy,  D.  Garon,  Lebœuf,  Ohesne,  Masson,  Maillou 
(Mailhot  ?  qui  était  parent  de  Goron),  un  blanc,  Lebœuf, 
un  blanc,  Pineau  (dit  Laperle),  Laverdure,  un  blanc,  Pi- 
neau, Tousignan.  Tousignan. 

Robert  Ouy  mourut  en  1702.  Son  fils,  Robert,  avait  épou- 
sé Marguerite  Gariépy.  Devenu  veuf,  il  contracta  un  second 


—  316  — 


mariage  avec  Louise  Pilottc,  en  172JK  A  co  propos,  on  le  dé- 
signe comme  habitant  du  "  Cap-à  l'Arbre,  paroisse  de  Lot- 
binièro."  N'oublions  pas  que  la  seigneurie  de  Dent-haillons 
était  alors  comprise  dans  la  paroisse  de  Lotbinière  ;  elle  était 
souvent  appelée  u  le  petit  Suint-Ours." 

La  terre  des  Ouys  était  donc  au  Cap  a  l'Arbre,  ou  un 
peu  plus  haut. 

Si  on  rapproche  ce  rcm-eigneniont  de  la  carte  cadastrale 
déjà  citée  et  de  la  situation  bien  connue  du  cap  à-  la  Roche 
ainsi  nommé  aujourd'hui,  on  so  convaincra  que  le  cap  à 
l'Arbre  et  le  cap  à  la  Itoche  sont  un  soul  et  même  site. 

Bknjamin  Su LTE 

JjCH  An  if  lai  s  à  Veschambault  eu  1750.  (V,  II, 
574.) — Peu  de  temps  après  la  conquête  du  Canada  par  les 
Anglais,  Iicschambault  lut  mis  sous  le  coup  d'un  émoi  msscz 
palpitant  et  qui  no  peut  s'effacer  de  la  mémoire  de  ceux  qui 
en  ont  entendu  le  récit  : 

"  C'était  en  l'automne  de  1759.  Une  frégate  anglaise  très 
bien  équipée  remontait  le  fleuve  St  Lament.  Lorsqu'elle  fût 
dans  le  lîk-helieuA-is  à-vis  do  l'église.lo  bruit  du  canun  se  fit 
entendra  et  uu  énorme  boulet  frappa  et  traversa  de  part  en 
part  le  mur  de  l'église  près  de  la  cou  vert  ure  au  moment  mê- 
me ou  le  Saint-Sacriticc  était  célébré  par  Mr.  Ménage  premier 
curé  de  cette  paroisse.  Les  assistants  offrayés  se  précipitè- 
rent dehors  et  prirent  la  fuite  vers  les  bois.  En  vain  M.  Mé. 
nage  voulut  les  retenir  :  lui-même  après  la  messe,  croyant 
une  descente  des  Anglais,  enleva  les  vases  sacrés  ot  alla  se 
cacher  dans  la  forêt  afin  de  les  soustraire  aux  outrages  aux- 
quels pourraient  se  livrer  ces  nouveaux  maîtres  encore  sous 
les  coups  de  l'exaspération.  Ces  pauvres  habitants  très  peu 
nombreux  et  sans  armes  aucunes,s'arrctèrent  à  l'arrière  d  un 
coteau  qui  se  trouve  àtrento  arpents  environ  de  l'église  et 
du  sommet  duquel  ils  pouvaient  observer  la  manœuvre  de 


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—  317  — 


038  étrangère*  s'ils  mettaient  pieds  à  terre,  ce  quite  ne  firent 
point  à  la  grande  satisfaction  des  gens."  (1) 

A  cette  époque,  l'on  ne  ne  chicanait  pas  pour  le<  éco'es 
vu  qne  l'éducation  dmnéo  aux  j»unis  gins  était  ix- 
cluêivement  militaire  et  consistait  principalement  dans  le 
maniement  des  armes  et  autres  exercices  en  rapport  avec  les 
combats. 

On  voyait  encore  dans  ces  dernières  années  des  restes 
de  redoutes  sur  le  cap  Lauzon,  près  de  l'église  de 
Desehambault  (en  face  du  couvent),  afin  do  les  habituer  à 
la  prise  d'assaut  de  ces  sortes  do  forteresses  ou  à  leur  défen- 
se au  cas  où  ils  auraient  ù  s'y  maintenir,  ou  si  déloger  l'en- 
nemi. Au  même  endroit  on  voit  encore  quelques  uns  de  ces 
beaux  pins  sur  le  bord  du  cap,  si  biens  connu  des  naviga- 
teurs ;  il  sont  criblés  des  balles  lancées  par  ces  jeunes  gens, 
futurs  défenseurs  de  la  patrie.  Ils  aimaient  à  se  familiariser 
d'avance  avec  un  métier  qu'ils  seraient  tôt  ou  tard  appe- 
lés à  exercer. 

L.  Saixt.-Amant 

L'exploit  du  capitaine  Jiouehette(V,  V[,  62t>.) 
—Jean- Baptiste  Bouehctte  commandait  un  brigantin  sur  le 
fleuve,  l'automne  de  1775,  lorsque  le  gouverneur  Carleton 
fut  obligé  de  fuir  de  Montréal,  qui  était  tombé  au  pouvoir 
des  Américains.  Bouchctte  s'offrit  pour  le  conduire  à  Qué- 
bec; en  passant  à  travers  les  patrouilles  de  l'ennemi.  La  ca- 
pitulation avait  eu  lieu  le  12  novembre,  et  le  gouverneur 


(l)  Je  me  rappelle  fort  bien  avoir  vu  dans  les  murs  de  la  vieille  église  de 
Desehambault  le  trou  percé  par  le  Ixiulet  anglais. 

Je  ne  crois  pas  que  le  boulet  soit  tombe  sur  la  terre  de  Jean  Gruleau, 
aujourd'hui  propriété  de  M.  Z.  Gignac,  vu  que  cette  terre  est  la  seconde 
au  nord-est  de  l'église  et  que  son  passage  dans  le  mur  n'indiquait  pas  cette 
direction. 


4 tait  monte"  ù  bord  du  biigantin  de  Bouchette,  qui  passait 
pour  le  premier  manœuvrier  du  fleuve.  On  eut  bientôt  con- 
naissance que  le  colonel  Eaton  avait  été  détache*  à  la  pour- 
suite, mais  Bouchette  n'était  fas  seul  sur  le  fleuve  ;  il 
déguisa  son  bâtiment,  tii a  des  bordées  qui  l'éloignèrent  du 
côté  de  Luprnirie,  et  masqua  si  bien  pon  jeu  que  Katon  fila 
vers  Rcpcntigny,  croyant  être  sur  la  bonne  piste.  Bouchette 
le  suivit  le  13,  et  arriva  le  14  à  Lavaltrie,  où  so  trouvait  le 
capitaine  Bellet,  lequel  avait  fait  bastinguerea  goélette  et 
transportait  Us  poudres  de  3Iontr/al  dans  ïes|  oir  de  les  li- 
vrer à  (Québec.  Bellet  était  un  marin  d'un  courage  et  d'une 
adresse  reconnus.  Le  vent  souilla  nord-est  jusqu'au  16  in- 
clusivement, ce  qui  les  empêcha  de  poursuivre  leur  route. 
La  nuit  du  liîau  17.  le  gouverneur,  déguisé  en  habitant, 
ainsi  quo  de  Niverville  ot  de  Lanaudière,  se  confia  au  capi- 
taino  Bouchette  et  au  sergent  Boutillet  ;  tous  cinq  montè- 
rent dans  une  embarcation  légère,  ot,  après  sept  ou  huit 
alertes  où  ils  se  crurent  pris  chaquo  fois,  parvinrent  aux 
Trois- Rivières  à  midi  sonnant.  Ils  payèrent  d'audace  et  se 
mirent  à  table  dans  une  maison  qui  logeait  des  officiers  amé- 
ricains, ensuite,  sur  les  trois  heures,  ils  se  rembarquèrent 
sans  que  le  gouverneur  eut  été  reconnu.  Ils  arrivèrent  à 
Québec  le  dimanche,20  novembre,  après  midi,  et  de  «uite  on 
organisa  la  défense.  Dès  le  14,  Arnold,  avec  une  aile  de 
l'armée  américaine,  était  campé  sur  les  plaines  d'Abraham. 
Bellet  avec  ses  poudres  passa  à  travers  les  flottilles  ennemies 
et  arriva  sain  et  sauf  au  quai  de  la  basse-ville.  Bouchette 
fut  nommé  commandant  sur  le  lac  Ontario  après  la  guerre, 
et  servit  avec  autant  de  zèle  que  d'intelligence  ;  il  mourut 
dans  ce  poste  en  1802.  Son  fils  Joseph  fut  le  géographe  dont 
i'os  travaux  n'ont  pas  été  surpassés,  môme  en  Europe. 

Benjamin  Si  ltk 


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—  319  — 
QUESTIONS 

662.  — Il  existe  au  calendrier  ecclésiastique  une  sainte  Foye 
qui  souffrit  le  martyre  sous  Dioctétien.  La  paroisse  de  Sainte- 
Foye,  près  Québec,  a-t-olle  pris  son  nom  de  cette  sainte  ou 
du  célèbre  sanctuaire  de  Xotre-Dame  de-Foy  en  lielgique.  Je 
penche raiB  plutôt  pour  cette  dernière  hypothèse,  car  je  sais 
que  les  Jésuites,  missionnaires  de  la  Nouvelle-France,  eurent 
des  relations  avec  let.  desservants  de  Xotre-Dame  de  Foy. 

HoiBN. 

663.  — Pourquoi  appelait  on  M.  de  Lévis,  le  héros  do  Suinte- 
Foye,  "  le  chevalier  de  Lévis  "?  Ktait-il  membre  d'un  ordre 
de  chevalerie  quelconque,  ou,  à  eette  époque,  y  avuit-il  dan» 
l'armée  française  le  grade  de  "  chevalier  '  ? 

664.  — Quelle  est  l'origine  du  proverbe  :  Xublcsse  oblige  ? 

XXX. 

665.  — Les  Irlandais  sont  pourtant  grands  amis  de  la  Fran- 
ce et  des  Français.  Comment  se  fait  il  que  l'ammonite  ait  été 
si  grande  à  Québee  et  dans  plusieurs  autres  villes  de  la  pro- 
vince,entro  les  Canadiens- Français  et  les  Irlandais  établis  au 
Canada  ?  Cki.te 

666.  — iSur  la  carte  do  l'arpenteur  Xormandinon  peut  voir 
indiqué,  à  189  milles  au  nord-ouest  du  lae  Saint-Jean,  l'éta- 
blissement d'un  M.  Peltier  qui  se  dresse  au  milieu  de  la  soli- 
tude et  dont  l'apparition  l'ait  naître  toute  espèce  de  sup- 
positions Je  voudrais  bien  savoir  qui  était  ce  Pelletier  ? 

Phé. 

667.  — Un  sait  que  le  cardinal  Mcr.zofanti  était  d'une  mé- 
moire prodigieuse.  A  l'âge  de  cinquante  ans  il  savait  près 
d'une  cinquantaine  de  langues.  Ce  qui,  paraît-il,  était  vrai- 
ment merveilleux  c'était  de  le  voir  au  milieu  d'un  cercle  d'in- 
terlocuteurs de  diverses  nations  passor  instantanément  d'une 


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—  320  — 


langue  à  l'autre  sans  jamais  se  tromper  et  en  conservant  le 
dialecte  precis  de  chaquo  dialecte.  Je  vois  danS  sa  vie  qu'un 
missionnaire  canadien  de  ]  assageà  Itome  lui  apprit  en  quel- 
ques jours  la  langue  algonquine.  (Quelqu'un  de  vos  lecteurs 
ne  pourrait-il  pas  me  donner  le  nom  de  ce  missionnaire  ? 

lîio. 

GG8. — Samuel  Merivalc^crivant  on  1759,rnppelle  un  curieux 
incident  de  la  vie  de  Montcalm.  La  mort  de  Montcalm,dit- 
il,  me  dorme  grand  plaisir,  parce  que  c'est  lui,  si  je  ne  me 
trompe,  qui  tira  sur  le  postillon  qui  le  conduisait  de  Tavis- 
tock u  Plymouth  au  commencement  de  la  guerre.  Il, échap- 
pa au  châtiment  qu'il  méritait  pour  ce  grand  crime  à  cause 
<le  la  haulo  position  qu'il  occupait." 

Ce  prétendu  crime  de  Montcalm  est-il  prouvé"  ?. le  n'ai  vu 
nulle  part  qno  le  marquis  de  Montcalm  ait  visité  l'Angleterre. 

XXX. 

b"U9. — La  famille  Gugy  étuit-olle  d'origine  anglaise  ou 
suisse  ?  En  quelle  année  le  premier  Gugy  vint-il  s'établir 
.au  Canada  ?  Maciiiciik. 

H70. — Où  trouverais-je  la  li>te  des  supérieurs  du  séminaire 
de  Québec  depuis  sa  fondation  jusqu'à  nos  jours  ? 

Qi  ÉB. 

671. — "Rien  n'est  moins  simple  qu'un  sauvage  ",  dit  quel- 
que part  Victor  Hugo.  "  Les  idiomes  hurons,  des  botocudos 
et  des  chesapeacks  sont  des  forêts  de  consonnes  à  travers  les- 
quelles, à  demi  engloutis  dans  la  vase  des  idées  mal  rendues, 
se  traînent  des  mots  immenses  et  hideux,  comme  rampaient 
les  monstres  antédiluviens  sous  les  inextricables  végétations 
.du  monde  primitif.  Les  algonquins  traduisent  ce  mot  si  court, 
si  simplo  et  si  doux,  France,  par  Mittvjouchiout'kendala- 
Jiiank"  Je  suis  d'opinion  que  le  grand  écrivain  s'est  ici  moqué 
de  ses  lecteurs.  Qu'en  pensent  ceux  qui  sont  familiers  aveo 
Ja  langue  algonquine?  Lecteib. 


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KO,  1>E  DE  S.U»T-GBi»RUE8  DE  I'ORT-DaMEL 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

VOL.  5  NOVEMBRE  1890  No.  11 


SAINT-GEORGES  DE  PORT-DANIEL 


Cette  paroisse  a  eu  des  commencements  bien  modestes, 
mais  elle  s'est  développée  a  mesure  que  l'agriculture  a  fait 
des  progrès. 

Avant  1858,  ello  a  été  desservie  pur  les  anciens  mission- 
naires, puis  successivement  par  les  curés  de  Saint  Bonaven- 
ture  et  de  Notre-Dame  do  Paspébiae  ;  mais  au  mois  d'octo- 
bre de  la  même  année,  M.  Tli.-E.  Beuulieu  venait  y  résider 
avec  la  charge  de  la  paroisse  de  Saint- Dominiquo  de  New- 
port,  dans  le  comté  de  Gaspé.  Malheureusement,  le  défaut 
de  santé  obligea  ce  zélé  pasteur  à  quitter  ce  poste,  sans  met- 
tre à  exécution  les  projets  conçus  j>our  son  développement. 

En  1865,  M.  Narcis*e  Lévc-que  dit  Lafrance  fut  chargé 
de  cette  paroisse,  et,  pendant  dix-neul  ans,  il  s'occupa  de  ces 
pauvre»  pêcheurs,  dont  il  conquit  l'est imo  par  son  dévoue- 
ment qui  n'est  pas  oublié.  L'église  actuelle  fut  bâiie  parses 
soins  et  c'est  avec  regret  qu'on  le  vit  partir  pour  Matane. 

Le  progrès  est  devenu  plus  sensible  sous  la  direction  de 
M.Aug.Gagnon,qui  succéda  M.Lév»  sqno  dit  Lafrance.  Choi- 
si par  son  évêque.  à  laison  des  nombreux  travaux  devenus 
nécessaires,  il  se  dévoua  corps  et  âme  à  ses  paroissiens.  Il 
assura  l'éducation  de  la  jeunesse  en  construisant  des  écoles 
dans  tous  les  quartiers  où  il  en  était  besoin.  (  Test  ainsi  que 
leur  nombre  s'accrut  de  trois  à  dix,  pour  le  même  territoire. 

Grâce  aux  démarches  et  aux  instances  du  même  curé, l'on 
vit  apparaître  un  bon  quai,  des  moulins  à  scie  et  à  farine, 
une  tannerie,  des  boutiques  de  forge  et  de  charron,  etc.  etc. 
Des  marchands  vinrent  des  provinces  maritimes  pour  faire 
concurrence  aux  maisons  jerseyaises  dans  le  commerce  du 
poisson,  et  il  s'établit  une  aisance  générale  où  avaient  régné 
la  gêne  et  la  misère. 

M.  Gagnon  vient  d'être  appelé  à  la  cure  de  Saint-Paul  do 
la  Croix.  C'est  M.  L.-J.  S.  Sirois  qui  le  remplace  à  Port- 
Daniel.  R. 


QUEBEC,  DE  1620  À  1632 


(Suite  et  fin) 

Les  circonstances  connues  du  moment,  et  peut-être  d'au " 
très  encore,  expliquent  l'abstention  de»  gens  du  Midi,car  M. 
Deschamps  observe  que  deux  systèmes  de  commerce  divi- 
saient alors  le  royaume  :  au  nord,  protection  ;  au  midi,  libre 
échange.  La  compagnie  des  Cent- Associés  était  visiblement 
une  création  protectionniste,  ot  ne  devait  pas  trop  plaire 
aux  commerçants  de  Marseille,  par  exemple,  qui  demandaient 
"  qu'on  tienne  la  main  à  ce  que  les  étrangers  soient  bien  trai- 
tés.'' En  d'autres  termes,  les  Marseillais  demandaient  com- 
merce ouvert  n'importe  où,  tandis  que  les  C-ent- Associés  s'ar* 
rangeaient  pour  se  procurer  un  monopole  au  Canada  et  ne 
devaient  guère  s'entendre  avec  eux. 

Le  cardinal  de  Richelieu  et  le  maréchal  d'Effiat  devinrent 
les  chefs  do  la  compagnie  des  Cent-Associés  ;  mais  Razilly. 
Champlain,  l'abbé  de  la  Madeleine,  M.  de  Lauzon  en  furent 
tout  d'abord,  et  jusqu'à  1630,  les  véritables  têtes  et  les  ins- 
truments actifs.  Dans  sa  relation  do  lb'27,  Clmmpiain  ne 
fait  pa»  la  moindre  allutflon  aux  Cent- Associés.  Il  est  vrai  que 
la  compagnie  ne  se  proposait  de  commencer  ses  opérations- 
dans  la  Nouvelle-France  qu'en  lo'US,  et,  en  attendant,  le» 
sieurs  de  Cat  n  étaient  encore  regardés  comme  les  principaux 
officiers  de  l'ancien  ordre  de  choses. 

La  nouvelle  du  changement  dans  les  affaires  du  Canada 
trouva  Champlain  occupé  à  régler  une  qucrullc  survenue 
entre  les  tauvagos.  Les  Iroquois,  voulant  tirer  vengeance 
d'une  nation  appelée  les  Loups  ou  Mahingans  (les  Mohicans 
de  Fenimore  Cooper)  avaient  massacré  plusieurs  de  ceux-ci  r 
sans  épargner  cinq  Hollandais  d'Orange  (Albany)  qui  trafi- 
quaient dans  ces  endroits.  L'hiver  de  16"2G'-27,  un  cor  tail* 
nombre  d'Algonquins  des  bords  du  Saint-Laurent,  s'étant 
rencontrés  avec  les  Loups,  promirent  à  ces  derniers  de  les» 


seconder  dans  la  guerre  qu'ils  allaient  entreprendre  contre 
les  Iroquois.  Chatnplain  déploya  toute  son  adresse  pour  con- 
jurer l'orage,  car  les  Iroquois  no  devaient  pas  manquer  de 
porter  leurs  armes j^qu'à  Québec,  si  les  sauvages  amis  des 
Français  allaient  les  attaquer  chez  eux.  Malgré  les  précau- 
tions qu'il  prit,  la  guerre  mentirait  d'éclater  sur  toute  la 
ligne,  lorsque  les  navires  anglais  ee  montrèrent  sur  le  fleuve, 
en  1628. 

Emeric  de  Caon,  revenu  do  France  le  30  mai  1627,  avait 
assisté  aux  assemblées  des  sauvages  au  sujet  de  laquerolle  des 
Loups  et  des  Iroquois.  Au  mois  d'octobre  suivant,  il  fai- 
sait la  pêcho  à  la  baleine  dans  le  bas  du  fleuve.  En  ce  moment 
Québec  était  très  mal  approvisionné.  "  Je  m'étonnais,  dit 
Cbamplain,  comme  l'on  nous  laissait  en  des  nécessités  si 
grandes,  et  en  attribuait-on  les  défauts  à  la  prise  d'un  petit 
vaifseau  par  les  Anglais  qui  venaient  de  Biseayc...  Nous 
demeurâmes  cinquante-cinq  personnes  (hiver  1027-28),  tant 
hommes  que  femmes  et  enfants,  sans  comprendre  les  habi- 
tants da  pays,  les  cauvages.  Sur  ces  cinquante-cinq  person- 
nes, il  n'y  avait  que  dix-huit  ouvriers,  et  il  en  fallait  plus 
do  la  moitié  pour  accommoder  l'habitation  du  cap  Tour- 
mente, faucher  et  faire  le  foin  pour  le  bétail  pendant  l'été 
et  l'automne." 

Cot  état  do  gêne  allait  en  s'aggravant,ctà.la  fin  de  juin  1628 
les  secours  do  Franco  n'étaient  pas  encore  arrivés.  De  Caenj 
évincé  des  affaires  du  Canada,  avait  eu  la  prévoyauced'om- 
portor  de  Québec  les  barques,  voiles  et  cordages  dont  Cham- 
plain  eût  pu  tirer  parti  pour  aller  au-devant  des  navires  de 
Franco  ;  il  avait  fait  plus  dans  sa  trahison,  car  c'en  était  une  : 
il  avait  donné  avis  aux  Anglais  de  la 'détresse  de  la  colonie. 
Le  siège  de  la  Rochelle  durait  toujours.  Cette  guerre  ser- 
vait de  prétexte  à  un  marchand  dépité  pour  se  venger  d'a- 
voir perdu  le  commerce  du  Canada.  Pour  son  moyen,  les 
huguenots  trouvaient  à  satisfaire  leur  haine  contre  l'établis- 


sèment  de  Québec,  qu'ils  avaient  constamment  vu  d'un  mau- 
vairt  œil.et  qu'ils  voulaient  ruinerparle  fer  et  le  feu,  puisque 
l'occasion  s'en  présentait. 

Ce  qui  devait  arrivèrent  lieu  sans  retard.  Les  frères  Louis, 
Thomas  et  Duvid  Kertk  conduisirent  dan-»  le  Saint-Laurent 
(lb'28  )  dix-huit  vaisseaux  jx>ur  se  saisir  de  tout  ce  que  les 
Français  y  possédaient.  Au  mois  de  juillet  ils  commencèrent 
à  capturer  les  bâtiments  français  dans  le  golfe.  Tout  fut 
détruit  à  Tadoussac  :  meubles,  maisons,  barques,  etc.  La 
guerre  entre  les  deux  couronnes  excusait  tout.  Les  Kertk 
tenaient  du  roi  d'Angleterre  une  commission  en  règle  pour 
s  emparer,  s'ils  le  pouvaient,  du  golfe  et  du  fleuve  .Saint-Lau- 
rent. Le  bénéfice  du  commerce  était  leur  mobile.  Ils  firent 
une  fortune  dans  cotte  entreprise,  qui  eut  au  commencement 
des  allures  mystérieuses,  car  ces  marchands,  devenus  mili- 
taires pour  leurs  besoins,  ne  paraissent  pas  avoir  été  connus 
cumme  naviguant  vers  le  Canada  avec  des  projets  hostiles. 
CVnt  douze  navires  de  Saint-Malo,  ne  se  doutant  do  rien, 
mirent  à  la  voile  pour  aller  pêcher  la  moruo  sur  les  côtes 
de  Terre  Neuve.  On  peut  s'imaginer  ce  que  les  Kertk,  armés 
en  guerre  ot  avec  do  nombreux  vaisseaux,  recueillirent  de 
butin  sur  ces  pauvres  gens  ! 

IiO  désastre  de  Tadoussac  ne  devait  pas  être  le  dernier.  Les 
Kertk  approchèrent  de  Québec.  La  fermo  du  cap  Tour- 
mente, où  l'on  employait  huit  ou  dixhommes,  fut  brûlée  par 
eux  avec  quarante  ou  cinquante  têtes  de  bétail  renfermées 
dan*  lesétables.  Koucher,  qui  avait  la  surveillance  de  ce  lieu, 
y  fut  fort  maltraité.  Nicolas  Pivert,  ilarguorite  Lesage  sa 
femme,  leur  niècoet  un  homme  furent  amenés  captifs.  David 
Kertk  envoya  sommer  Champlain  de  remettre  lo  fort,  mais 
la  courageuse  réponse  qu'il  en  reçut  le  détermina  a  atten- 
dro  quelque  temps.  Pou  après,  Thierry  Desdames,  arrivant 
à  Québec  malgré  tous  les  obstacles,  apporta  une  commission 
.du  roi  pour  Champlain  et  annonça  que  le  sieur  do  Itoque- 


r 


-  327  — 

• 

mont  s'avançait  avec  les  premiers  navires  des  Cent- Associés 
L'espoir  fut  de  courte  durée.  Louis  Kertk  rencontra  Roque- 
mont  dans  le  voisinage  de  Tadouseae,  et,  après  une  lutte* 
acharnée  qui  dura  plus  do  quatorze  heures,  l'enleva.  Le- 
frère  Sagard  dit  qu'il  y  fut  tiré  plus  do  douze  cents  volées 
do  canon.  Néanmoins,  Québec  ne  tomba  pas  cetto  année  au; 
pouvoir  de  l'ennemi.  Le  prise  de  la  Koehcllc  eut  lieu  le  28 
octobre  1628. 

L'hiver  de  1628-29  fut  très  dur  à  Québec,  Mme  veuve  Hé- 
bert avait  quelques  provisions  qu'elle  partagea  avec  les  récol- 
lets. On  comptuit  réunies  soixante-seize  personnes,  parmi* 
lesquelles  vingt  Français  ot  un  missionnaire  rovenus  du  pays 
des  llurons.  Le  printemps  arrivé,  tout  ce  monde  se  jeta  dans 
la  forêt  pour  y  vivre  de  racines.  Champlain  ot  les  chefs  de 
familles  parlaient  do  se  réfugier  chez  les  sauvages.  Pont- 
gravé,  souffrant  de  la  goutte,  songeait  à  partir  pour  (.Jaspé, 
mais  il  changea  d'avis.  D'autres  montèrent  sur  une  cha- 
loupe ot  se  dirigèrent  du  côté  du  golfe.  Ceci  avait  lieu  au 
commencement  de  l'été  do  1629. 

La  paix  entre  la  France  et  l'Angleterre  avait  été  signée  a 
Suze  le  24  avril  :  on  n'en  savait  rion  sur  le  Saint  Laurent. 
Deux  bâtiments  do  la  compagnie  des  Cent- Associés  rirent  voile 
de  Dieppe  le  22  avril  pour  Québec,  en  même  temps  que  deux 
navires  sous  les  ordres  du  capitaine  Charles  Daniel.  Trois 
autres  expéditions  eurent  lieu,  le  même  printemps,  pour  la 
Nouvelle-France,  savoir  :  l  une  dirigée  par  un  capitaine  du 
nom  do  Joubort,  aux  gagos  des  Cent-Associés.  La  seconde 
préparéo  par  les  Jésuites  et  portant  les  PP.  Charles  Lalle- 
mantjAlexandre  Godcfroy  de  Vieuxpontet  Philibert  Xoyiotj 
ce  navire  fut  capturé  avec  quatre  autres  appartenant  aux 
Cent-Associés.  Le  troisième  convoi  était  équipé  par  les  de 
Caon,  devenus  employés  des  CentA-ssociés,  mais  avec  des 
conditions  spéciales. 

Un  nommé  Jacques  Michel,  huguenot,  de  Dieppe,  servait 
de  guide  aux  Anglais.  A  l'île  Percée,  il  captura  un  navire 


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basque,  pois  se  rendit  à  Tadoussnc,  d'où  sa  présente  fut 
signalée  à  Champlain.  Il  y  avait  à  Québec  un  jeune  inter- 
prète de  nationalité  grecque  ;  on  l'envoya  à  Tadous-sae  pren- 
dre connaissance  de  co  qui  s'était  pns«é.  En  môme  temps,  le 
gros  des  navires  des  Kertk  s'avança  comme  pour  tout  em- 
porter jusqu'à  Québec,  après  avoir  pris  quelques  bâtiments 
basques.   Le  golfe  n'était  plus  qu'un  vaste  champ  de  rapines. 

Enfin,  le  20  juillet,  les  Anglais  parurent  devant  Québec, 
qui  se  rendit  à  Louis  Kertk.  Il  n'y  avait  pas  de  nouvelles 
de  la  conclusion  de  h*  paix.  Kertk  comprit  qu'il  serait  sage 
de  ne  pas  alarmer  les  f.i milles  établies,  et  il  leur  fit  entendre 
dès  l'abord  qu'elles  ne  seraient  aucunement  inquiétées. Cham- 
plain, jugeant  que  tout  espoir  n'était  pas  encore  p'rdu  pour 
la  colonie,  conseilla  aux  habitant*  de  demeurer  jusqu'à  plus 
ample  information,  et.  en  attendant,  de  faire  la  récolto  des 
grains,  puis  do  s'en  tenir  à  leurs  ressources  particulières  au- 
tant que  possible,  avis  aw-si  prudent  que  patriotique,  et  qui 
fut  suivi  à  la  lettre.  "  Us  me  remercièrent,  raconte-t  il.espé- 
rant  nous  revoir  la  prochaine  année,  avec  l'aide  do  Dieu." 

Champlain  s'embarqua  lo  24  sur  le  navire  de  Thomas 
Kertk,  pour  se  rendre,  prisonnier,  en  Angleterre.  Parle 
travers  de  la  Malbaie,  du  côté  du  nord,  on  aperçut  le  vais- 
seau d'Emeric  de  Caen,  qui  tâchait  de  gagner  lo  vent  pour 
échapper,  mais  Kertk  le  serra  de  si  près  qu'il  dut  engager  le 
combat  et  fut  pris.  Do  Caën,  aussitôt  sur  le  pont  de  Kertk, 
remit  à  Champlain  des  lottros  annonçant  des  vivres  et  des 
renforts  d'hommes,  et  dit  qu'il  croyait  la  paix  conclue  entre 
les  deux  couronnes.  Plus  loin,  à  la  rade  do  Tadoussac,  se 
présentèrent  Louis  Kerth  et  Jacques  Michel,  qui  comman- 
daient cinq  vaisseaux  de  trois  à  quatre  cents  tonneaux,  de 
plus  de  cent  vingt  hommes  chacun.  Kustachc  Boullé,  beau- 
frère  de  Champlain,  était  prisonnier  en  cet  endroit.  Celui-ci 
avait  vu,  aux  environs  do  Gaspé,  le  capitaine  Joubertsur  un 
navire  de  soixante-dix  tonneaux  destiné  à  ravitailler  Québec, 


—  329  — 

et  qui  lui  avait  dit  qu'il  croyait  bien  la  paix  faite,  puisque 
les  Français  n'avaient  plus  la  permission  d'attaquer  les  An- 
glais. Il  ajoutait  que  des  navires,  notamment  ceux  du  capi- 
taine Daniel,  étaient  en  route  pour  le  Saint-Lauront. 

Lo  fondateur  de  Québec  passa  douze  jours  à  Tadoussac. 
chassant  avec  Kertk,  et  tuant  plus  de  vingt  mille  pièces  de 
gibier.  Ensuito,  il  lut  conduit  en  Angleterre,  non  sans  avoir 
appris  en  route  qu'il  y  avait  des  vaisseaux  français  près  de 
Gaspé,  et  que  c'étaient  ceux  qu'il  avait  vainement  attendus 
&  Québec. 

Voici,  d'après  mes  reeherckes,!a  liste  des  Français  demeu- 
rés à  Québec  durant  l'occupation  do  Kerth  :  Des  vingt  per- 
sonnes du  texo  masculin  dont  la  présence  est  constatée,  dans 
l'intervalle  de  IMS  à  lo'2S,  cinq  repassèrent  en  Franco,  mais 
devaient  revenir  ;  ce  sont  :  Samuel  Champlain,  Olivier  le 
Tardif,  Thierry  Desdames,  Jean-Paul  Godefroy  et  Robert 
Giffard.  Hébert  et  Jonciuubt  étaient  décédés.  Les  treize  qui 
restaient  au  Canada  étaient  :  Nicolas  Marsolct,  interprète 
non  encore  marié  ;  Etienne  Brûlé,  interprète  et  célibataire  ; 
Guillaume  Couillard,  artisan  et  cultivateur,  Guillemette  Ilé- 
bort,  ta  femme  et  leurs  enfants  :  Anne,  Eustacho,  Margue- 
rite, Hélène  ;  Nicolas  Pivert,  Marguerite  Lesage,  sa  femme, 
avec  leur  nièce  et  un  jeune  homme  ;  Pierre  Desportes,  Fran- 
çoise Langlois,  sa  femme  et  leur  rille  Hélène  ;  Jacques  Iler- 
tel,  interprète  resté  chez  les  sauvages,  non  encore  marié  ; 
Jean  Nicolet,  interprète  resté  chez  les  Algonquin»  de  l'Ot- 
tawa, non  encore  marié  ;  Adrien  Duchesne,  chirurgien,  et 
sa  femme  de  nom  inconnu  ;  Jean  Godefroy,  interprète  re*té 
chez  les  sauvages,  non  encore  marié  ;  Thomas  Godefroy, 
interprète  et  célibataire  ;  Guillaume  Jlubou,  cultivateur, 
marié  à  Marie  Itollet,  veuve  de  Louis  Hébert,  et  un  enfant  : 
Guillaume  Hébert  ;  François  Marguerie,  interprète  resté 
chez  les  sauvagos  et  non  encore  marié.  En  tout,  trente-et- 
une  personnes. 


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Ceux  qui  restaient  dans  le  pays  formaient  déjà  depuis 
quelques  années  la  partie  stable  de  la  population.  Il  est  donc 
faux  de  dire  que  le  Canada  fut  abandonné  de  6*8  habitants. 
D'autres  Français,  qui  ne  devaient  pas  fairo  souche  ici,  con- 
tinuèrent à  y  résider  sous  les  Kertk.  Ce  sont  :  Gros- Jean, 
de  Dieppe,  interprète  des  Algonquins,  ami  des  Anglais  ;  Le 
Baillif,  natif  d'Amiens,  arrivé  en  1G22,  eu  qualité  de  sous- 
commis  et  chassé  par  do  Caen  "  pour  être  grandement 
vicieux  "  ;  il  se  donna  aux  Kertk,  qui  en  firent  leur  commis 
et  lui  confièrent  les  clefs  du  magasin  des  Français  qu'il  avait 
eu  la  précaution  de  se  faire  remettre,  afin  de  se  venger  de 
de  Cuen.  On  l'accuse  d'avoir  enlevé  à  Corncille.sous-eornmis, 
cent  livres  en  or  et  on  argent,  outre  certains  efiets  ;  c'est 
lui,  dit-on,  qui  s'empara  des  vases  sacrés  de  l'église  de  Qué- 
bec ;  les  Anglais  finirent  par  s'indigner  de  sa  conduite  scan- 
daleuse. Le  Haillif  maltraita  tant  qu'il  le  put  les  ramilles 
qui  n'avaient  point  voulu  repasser  en  France.  "Pierre  Reye 
ou  Raye,  charron,  natif  de  Paris,  qualifié  par  Charaplain  do 
"  ronégat,  perfide,  traître  et  méchant,"  pas-*a  (-gaiement  au 
s-rvice  des  Kertk.  t'n  nommé  Jacques  Couillard,  sieur  do 
l'Kpinay,  capturé  par  Thomas  Kertk,  comme  il  arrivait  de 
France,  fut  conduit  à,  Québec,  Deux  hommes,  l'un  appelé 
LeCocq.  charpentier,  et  l'autre  Froidemouehe.  envoyés  delà 
Malbaie  à  Québec  par  Fmeric  de  Caen.  se  firent  prendre  par 
les  Anglais  de  Québec,  qui  les  gardèrent  pour  les  faire  tra- 
vailler. Sur  un  navire  de  Roquemont,  le  sieur  Le  Faucheur, 
bourgeois  de  Paris,  qui  se  rendait  à  Québec  avec  sa  famille, 
fut  pris,  et  probablement  renvoyé  en  Europe.  Celui  ci  peut 
être  regardé  comme  le  premier  co'on  que  tenta  do  nous 
envoj-er  la  compagnie  des  Cent- Associés. 

Dans  l'automne  de  1C30,  on  reçut  à  Paris  des  nouvelles  de 
•Québec  par  deux  Français  qui  avaient  pa?sé  par  Londres. 
L'un  était  charpentier  et  l'autre  laboureur.  '  Ils  nous  dirent, 
raconte  Champlain,  qu'il  était  mort  quarante  Anglais,  de 


—  331  — 

nouante  qu'ils  étaient,  de  pauvreté  et  misère  durant  l'hiver, 
et  autros  qui  avaient  été  assez  malade»,  n'ayant  fait  bâtir  ni 
défricher  aucune  terre...  et  étaient  restés  quelque»  septante 
Anglais."  C'cst-à  dire  que,  sur  quatre  vingt-dix  Anglais,  il 
en  était  mort  quarante  le  premier  hiver,  et  que  dans  l'été  de 
1630,  il  en  était  arrivé  vingt.  Je  ne  sais  à  quelle  date  les 
gens  de  Québec  apprirent  la  signature  de  la  paix. 

Le  27  octobre  lu'2î),  Champlain  écrivit  de  Douvres  à  M. 
Jean  do  Lauzon,  en  France,  lui  racontant  ce  qui  s'était  passé 
et  combien  lés  Anglais  étaient  embarrassés  de  ce  que  la  cap- 
ture de  Québec  eût  eu  lieu  après  la  signature  de  la  paix. 
Lorsqu  il  eut  passé  quelque  temps  à  Londres,  il  en  repartit 
pour  la  France,  avec  la  permission  de  M.  de  Châteauneuf, 
l'ambassadeur  de  Louis  XII  l,  ayant  obtenu  parole  que  le  fort 
et  l'habitation  de  Québec  seraient  restitués  par  l'Angleterre. 
C'est  le  eau  de  dire  ici,  comme  dans  les  procès  verbaux  de 
nos  chambres  d'assemblées  :  "  Et  des  débats  s'en  suivirent,'' 
car  tout  ce  qui  était  arrangé  se  trouva  dérangé.  M.  de  Châ- 
teauneuf lut  rappelé  incontinent  et  remplacé  par  M.  de  Fon- 
tenay -Mareutl.  Dans  I  hiver  do  lb"2!»-30,  le  docteur  André 
Daniel,  frère  aîné  du  capitaine  Charles  Daniel,  alla  négocier 
à  Londres,  avec  l'aide  du  nouvel  ambassadeur,  pour  obtenir 
la  reddition  du  Canada  et  régler  l'allaire  de  lord  Stuart,  sei- 
gneur écossais,  capturé  par  Charles  Daniel,  au  Cap  Breton, 
.  sans  ttavoir  quo  Charles  1  tenait  en  réserve  une  carte  de  .son 
jeu  qui  transformerait  à  un  moment  donné  toute  la  situa- 
lion,  lu  diplomate  habile  peut  encore  gagner  beaucoup, 
mémo  lorsqu'il  est  battu. 

Des  vaisseaux  devaient  partir  do  Dieppe,  le  20  février 
1G30,  pour  le  golfe  Saint- Laurent.  Le  7  avril,  ordre  était 
donné  de  mettre  six  navires  sous  voiles  dans  six  semaines, 
et  do  les  diriger  vers  le  Canada,  savoir  :  l'un  commandé  par 
le  chevalier  do  Mout  igny,  amiral  de  cette  flotte,  et  les  autres 
par  le  chevalier  do  Saint-Clair  (ou  Montclair)  le  siour  de 


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—  332  - 


Neat  do  Fecamp,  lo  sieur  do  Lombards,  le  capitaino  Daniel 
ot  le  capitaine  Arnaud.  Je  ne  sais  ce  qui  résulta  de  ces  pré- 
paratifs ;  mains  en  l'année  1630  il  n'est  fait  mention  que  de 
deux  navires  français  qui  parvinrent  en  Acadie.  Les  Bas- 
ques et  les  autres  bâtiments  pêcheurs  qui,  de  temps  immé- 
morial, fréquentaient  les  eaux  du  golfe  sans  trop  s'occuper 
dos  luttes  entre  les  couronne'»,  continuaient  leurs  opérations 
en  dépit  dos  Anglais. 

Kichelieu,  créé  premier  ministre  on  1G20,  n'eut  pas  plutôt 
écrasé  le  parti  protestant  à  la  Jtochelle,qu'il  tourna  les  armes 
de  la  Franco  vers  l'extérieur,  en  affermissant  lo  due  de  Xe- 
vers  dans  les  importantes  positions  de  Mantoue  et  de  Monl- 
ferrat  (1830)  ;  puis,  absorbé  par  la  politique  intérieure  du 
royaume,  il  triomphait  do  nouveau  de  ses  ennemis  person- 
nels à  la  ''journée  dos  dupes,"  le  11  novembre  1630.  forçant 
(iaston  d'Orléans  et  Marie  de  Médicls  t\  quitter  la  France. 
Etait-ce  bien  le  moment  de  lui  rappeler  le  Canada  ?  Ce  qui 
est  certain,  c'est  qu'il  n'y  pensa  plus  jamais  autant  qu'autre- 
fois, depuis  l'heure  où  il  embrassa  l'Europe  dans  ses  projets. 
Louis  XIV  a  fuit  la  même  chose  en  1673. 

D'une  part,  la  compagnie  des  Cent  As-oc'és  avait  à  cœur 
do  se  refaire  de  ses  pertes  d'argent  ;  Champlain  appuyait 
dans  ce  sens,  afin  d'entreprendre  le  travail  de  la  colonisation, 
qui  était  le  grand  but  de  sa  vie  ;  Richelieu  était  ensfogé  . 
d'honneur  à  ne  point  laisser  jeter  an  panier  le  traité  deSuze, 
si  explicite  X  l'endroit  des  pri.-es  faites  après  le  24  avril  1029. 
D'un  autre  côté,  le  sentiment  hostile  aux  colonies,  dont  le 
ministre  de  Henri  IV,  Sully,  avait  été  l'expression  en  son 
temps  existait  toujours  ;  on  discutait  en  France,  en  l'année 
1630,  pour  savoir  s'il  fuillait  garder  le  Canada,  tout  comme 
au  commencement  de  notre  siècle  le  peuple  anglais  se  posait 
la  question  de  soutenir  ses  établissements  lointains  ou  deles 
abandonner.  De  Caen  demandait  que  les  Anglais  lui  ren- 
dissent les  pelleteries  qu'ils  avaient  enlevées  à  la  faveur  des 


—  333  — 


troubles  et  de  la  prise  de  Québec.  Se  croyant  bien  certain 
-du  prompt  retour  de  cette  place  à  la  France,  et  voulant  en 
finir  avec  les  réclamations  de  ce  marchand,  Richelieu  per- 
mit à  de  Caen  d'exploiter  le  golfe  et  le  fleuve  durant  une 
année,  ce  que  les  Anglais  empêchèrent,  comme  on  le  verra. 
Les  Kortk  faisaient  un  commerce  profitable,  et  8e  mon- 
traient disposés  à  tenir  bon  dans  leurs  postes,  même  à  résis- 
ter aux  ordres  de  se  retirer,  s'il  leur  en  venait  de  la  cour  de 
Londres.  Charles  I  reprochait  à  la  France  l'attaque  du  capi- 
taine.Daniel  contra  lord  Stuart,  au  cap  Breton  en  1029,  ot 
voyant  Richelieu  fort  occupé  en  Europe,  feignit  de  ne  pas 
vouloir  céder  un  pouce  de  terrain  ni  un  ballot  de  marchan- 
dises.   Ainsi  s'écoula  l'année  1630. 

Attendant  toujours  la  lettre  écrite  qui  devait  leur  rendre 
le  Saint-Laurent,  les  Cent-Ansociés  se  décidèrent  néanmoins 
à  faire  acte  d'occupation.  Le  25  mars  1631,  le  capitaine 
llubert  Anselme  partit  de  Dieppe  en  destination  de  Tadous- 
tsac,  et  relâcha  à  Miscou  pour  éviter  les  Anglais,  car  il  venait 
d'apprendre  de  quelle  manière  il  serait  reçu  par  eux  dans  le 
flouvo.  Il  n?  paraît  pas  avoir  dépassé  Miscou.  Au  mois  d'a- 
vril, le  capitaine  Laurent  Forchaud  mit  à  la  voile,  de  Bor- 
deaux, et  cingla  vera  l'Acadie,  où  il  retourna  trois  fois 
dans  le  cours  de  cette  année,  ravitaillant  chaque  fois  le 
pDste  français  du  cap  Sable,  y  transportant  des  colons  et 
des  religieux.    Ce  fut  le  feul  succès  des  Cent-Associés 


en  1631. 


*** 


Le  capitaino  Daniel  avait  pris  la  mer  le  26  avril  pour  so 
rendre  à  Sainte-Anne  du  cap  Breton.  Arrivé  près  de  Ter- 
re Neuve,  il  eut  connaissance  d'uu  pirate  turc  et  voulut  lui 
dmner  la  chasse  ;  mais  celui  ci,  ne  se  voyant  pas  do  force  à 
risister,  vira  de  bord  et  alla  se  jeter  sur  un  bâtiment  bas- 
que, où  il  perdit  son  drapeau,  qui  était  tombé  par  dessus 
bord,  sans  toutefois  se  faire  prendre  lui-même.  Daniel  sarrê- 


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—  334  — 

ta  à  Sainte-Anne  et  envoya  Michel  Gallois  a  la  traite  dv? 
Miscou  sur  son  propre  navire.  Gallois  rencontra  dans  ce» 
parages  un  frère  du  capitaine  Duinay,  qui  montait  une  bar- 
que de  trente  cinq  tonneaux  seulement,  équipée  au  Havre* 
de-Grâce.  Tous  deux  s'entendirent  pour  imiter  les  Busqué* 
qui  exploitaient  les  pêcheries  *ans  l'autorisation  des  Cent- 
A*soeiés,  et  ils  mirent  d'abord  la  maiu  sur  le  capitaine  Joan- 
nis  Arnandel,  de  Saint-Jean  de-Luz  dans  lo  golfe  de  Bis- 
caye ;  mais  les  Basques  revenant  sur  eux  les  forcèrent  de 
prendre  la  fuite,  tandis  que  le  captif  s'évadait  on  plonge  nt 
dans  la  mer,  d'où  ses  gens  le  retirèrent  en  peu  de  temp*. 

Kmoric  de  Caen  était  parti  de  Dieppe  sur  un  navire  appar- 
tenant à  son  oncle  Guillaume.  A  (Québec,  les  Anglais  lui 
défendirent  de  trafiquer  en  dehors  des  mois  d'hiver  ;  il  reprit 
le  chemin  de  la  France. 

Tandis  que  ces  événements  avaient  lieu  au  Canada,  Char- 
les I  écrivait  de  Greenwich  à  sir  Isaac  Wake,  .son  ambassa- 
deur près  la  cour  de  France,  une  dépêche  en  date  du  12  juin 
lu'31,  qui  expo;>e,  il  me  semble,  tous  les  côtés  et  aspects  delà 
situation  entre  les  deux  pouvoirs,  et  surtout  cette  curicuso 
affaire  de  non  payement  d'une  partie  de  la  dot  de  Henriette- 
Marie,  sœur  de  Louis  XIII,  mariée  eu  lb'^5  à  Charles]. 
Celui-ci  s'explique  nettement  :  payez  la  dot,  ou  point  de 
(Québec  ni  de  Fort-Koyal  !  On  y  voit  aussi  plus  d'un  point 
qu'il  est  à  propos  do  connaître  au  sujet  des  navires  capturés 
on  1621».  Cette  curieuse  pièce  (original  en  français)  a  été 
mise  au  jour  en  1884  par  M.  Douglass  Brymner,  archiviste 
du  gouvernement  canadien.    La  voici  en  «on  entier  : 

"  Par  vos  différentes  dépêches  au  vicomte  DorchesUr, 
depuis  que  vous  C-tes  arrivé  à  votre  lieu  de  résidence  en  cette 
cour  (do  France),  nous  avons  particulièrement  remarqué  les 
retards  qu'on  vous  a  fait  éprouver  en  vous  présentant  d'a- 
bord au  roi  et  à  ses  principaux  ministros,  ainsi  que  les  ma- 
nières et  le  langage  dont  on  s'ost  servi  a  votre  égard,  lors  de 


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—  335  — 

rot l-o  première  audience.  Et  de  même  que  nous  no  pouvons 
nous  empêcher  d'être  surpris  que  vous  n'ayez  pas  été  admis 
plus  tôt  en  la  présence  du  roi,  sur  vos  instances  n'itérées,  et 
après  la  sollicitation  d'uno  audience  faite  par  d'Angier,  ainsi 
d'un  autre  côté,  nous  estimons  avoir  lieu  suffisamment  d'être 
satisfaits  do  la  réparation  qui  vous  a  été  faite  par  la  décla- 
ration si  significative  d'amitié  fraternelle  et  la  déclaration 
d'un  ferme  pro  pas  d'entretenir  exactement  avec  nous  des 
relations  amicales,  qui  vous  ont  été  faites  de  lu  Louche  même 
An  roi.  Quant  au  bon  accueil  dont  vous  avez  été  l'objet  de 
Ja  part  de  quelques  uns  des  ministres  de  ce  roi  et  à  la  réservo 
que  d'autres  ont  observée  avec  vous,  au  sujet  du  cardinal  de 
Richelieu,  vous  avez  bien  l'ait  de  vous  conformer  à  vos  ins- 
tructions, et  pour  le  reste  nous  devons  vous  laisser  agir  avec 
eux  à  votre  discrétion.  Et,  comme  nous  voyons  par  votre 
conduite  que  vous  n'êtes  pas  novice  dans  les  ambassades  ; 
ainsi,  nous  n'avons  pas  besoin  de  vous  donner  de  nouvelles 
instructions  sur  les  égards  à  avoir  pour  ceux  avec  qui  vous 
aeez  à  négocier  en  cette  cour,  si  ce  n'est  de  continuer  comme 
vous  avez  bien  commencé,  en  eo  qui  regarde  le  cérémonial 
de  votre  emploi.  Cette  dépêche  vous  en  apprendra  la  partie 
essentielle,  qui  est  de  mettre  fin  à  tous  les  différends  entre 
les  deux  couronnes,  et  d'établir  les  bases  d'une  plus  ferme 
amitié  que  celle  des  années  dernières  ;  ce  n'est  pas  là  une 
œuvre  nouvelle  ;  il  ne  s'agit,  en  réalité,  que  de  renouveler 
d'anciennes  alliances,  on  mettant  d'accord  les  faits  avec  les 
promesses.  C'est  ce  quo  comportait  l'objet  principal,  et  le 
premier  article  même  du  dernier  traité,  conclu  il  y  a  deux 
ans,  après  une  rupture  malheureuse  ;  et  ce  qu'il  embrassait 
ou  ce  qu'on  pouvait  prétendre  en  vertu  de  ce  traité  a  été 
I  onctuellement  exécuté  de  notre  part:  sauf  seulement  ce 
qui  exigeait  dans  le  temps,  et  ce  qui  exige  nécessairement 
n no  exécution  mutuelle.  Nous  avons,  conformément  au 
trait iS  (comme  vous  le  verrez  spécifié  au  troisième  article). 

♦ 


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1  * 


—  336  — 

admis  une  modification  dans  la  mai  son  de  notre  digne  épouse*, 
en  augmentant  le  nombre  des  ecclésiastiques  attachés  à  sa 
personne,  comme  on  l'a  jugé  convenable,  de  gré  à  gré  ;  et' 
nous  avons  fait  à  cette  nation  (française)  diverses  restitu- 
tions de  navires  avec  leurs  chargements  d'une  grande  valeur, 
sans  avoir  lien  de  ce  genre,  attendu  que  la  remise  en  était 
exigée  de  nous  par  droit  d'arrêt  ou  de  représailles.  La  même 
satisfaction  ne  nous  a  pas  été  donnée,  non  plus  qu'à  nos 
sujets,  sous  ce  double  rapport  ;  car,  bien  que  le  troisième 
article  déjà  mentionné  requière  expressément  la  confirmation 
de  tous  les  articles  et  stipulations  de  notre  contrat  de  ma- 
riage, on  exceptant  que  la  particularité  relative  à  la  maison 
de  notre  chère  épouse,  objet  d'une  clause  particulière  dans 
ce  dernier  traité,  et  que  la  dot  soit  clairement  stipulée,  et 
quant  au  moutant,  et  quant  à  l'époque  du  paiement  précisé 
dans  ces  articles  et  conventions  matrimoniales,  et  que  pro- 
messe de  paiement  nous  ait  été  souvent  faite  en  conséquence, 
spécialement  par  M.  de  Châteauneuf,  maintenant  garde  des 
sceaux,  lorsqu'il  était  ici  en  ambassade;  cependant,  la  moitié 
n'en  est  pas  encore  payée,  et  non  seulement  trois  riches  brai- 
ments appartenant  à  nos  sujets,  capturés  et  gardés  sans- 
aucune  raison  légitime,  ni  même  l'ombre  d'un  prétexte,  sont 
encore  retenus,  malgré  des  demandes  réitérées  de  restitution, 
mais  aussi  il  a  été  pratiqué  dans  ce  pays  (en  France)  diverses 
saisies  de  draps  et  de  tis>us  fabriqués  en  notre  royaume,  en 
contradiction  directe  avec  les  stipulations  et' le  traité.  Le* 
paiement  de  la  balance  de  la  dot  a  été  depuis  promis  de 
reehef,  à  nous  de  même  aux  personnes  que  nous  avons  em- 
ployées dans  cette  cour,  et  par  les  ministres  de  ce  roi  et  par 
l'ambassadeur  de  Franco  résidant  auprès  de  nous.  Nous  ne 
pouvons  accorder  plus  de  délai  pour  ce  paiement,  et  nous 
l'avons  en  conséquence  joint  aux  autres  conditions  d'une 
entière  et  parfaite  réconciliation.  L'ambassadeur  français, 
jiersistaut  oncore  dans  sa  promesse  de  paiement,  désire  néan~ 


moins  quo  les  affaires  ou  question  soient  séparées,  en  se  fai- 
sant un  point  d'honneur  d'être  tenu  par  un  nouveau  traité 
de  payer  la  dette  déjà  reconnue  par  uno  convention  anté- 
rieure, ce  à  quoi  nous  avons  consenti  volontiers,  parce  qu'une 
formalité  ne  doit  pas  interrompre  les  négociations— mais 
commo  nous  sommes  plus  particulièrement  tenu  en  honneur 
de  faire  prudemment  des  conventions  qui,  si  elles  n'ont  pas 
été  exécutées  auparavant  dans  l'ordre  des  temps,  devraient 
l'être  au  moins  simultanément  ot  effectivement  avec  des 
choses  d'une  grande  imj>ortance  qu'où  nous  demande  d'ac- 
complir, nous  no  pouvons  nullement  consentir  à  les  séparer 
de  façon  que  l'une  pourrait  être  prescrite  et  accomplie  tans 
l'autre.  Ce  que  nous  entendons  principalement  devoir  êtro 
employé  pour  amener  le  paiement  de  la  balance  de  la  dot.cst 
la  reddition  de  Québec,  eu  Canada,  ville  pri^e  en  vertu  d'une 
commission  donnée  sous  notre  grand  sceau,  pendant  la  der- 
nière guerre,  par  une  compagnie  de  sujets  do  notre  royaume 
d'Angleterre,  et  l'évacuation  de  Port  Jioyal,  situé  près  de  la 
Nouvelle- Anglete ire,  et  où  une  compagnie  de  nos  sujets  de 
notre  royaume  d'Kco.-se  était  fixée  et  établie  en  venu  de  la 
même  commission,  sous  le  sceau  de  notre  royaume,  égale- 
ment donnée  pendant  la  guerre — pour  donner  suite  à  une 
autre  antérieurement  accordée  par  le  roi  notre  père  d'heu- 
reuse mémoire.  Il  est  vrai  qu'une  de  ces  villes  a  été  prise 
et  que  l'établissement  s'est  effectué  dans  l'autre  après  la  paix, 
et  pour  cette  considération  (afin  d'accommoder  tous  les  diffé- 
rends), nous  avons  formellement  consenti,  et  nous  persistons 
dans  notre  dessin  ot  résolution,que  rune,c'cst-à  dire  Québec, 
soit  rendue,  et  que  ceux  de  no»  sujets  qui  sont  établis  dans 
l'autre  s'en  retirent,  en  les  laissant  toutes  deux  dans  le  même 
état  où  elles  étaient  avant  la  conclusion  de  la  paix  :  co  que 
nous  ne  faisons  point  par  ignorance,  comme  si  nous  ne  com- 
prenions point  ;V  combien  peu  nous  oblige  tous  ce  rapport  le 
dernier  traité  (le  septième  article  de  ce  traité,  relatif  aux 


—  338  — 

restitutions,  ne  mentionne  que  les  navires  qui  étaient  alors 
à  l'étranger  avec  des  lettres  de  marquo),  mais  par  affection 
et  par  débir  de  plaire  à  notre  I  on  frère  le  roi  do  France  dans 
tout  ce  qui  peut  nous  être  amicalement  et  raisonnablement 
bien  que  non  justement  et  légitimement  demandé.  Et  on 
peut  établir  à  bon  droit  cette  distinction  entre  los  demandes 
faites  réciproquement  et  eo  que  nous  demandons,  savoir  :  le 
paiement  de  la  balance  de  la  dot  ;  la  restitution  de  certains 
bâtiments  pris  et  gardés  sans  même  le  moindre  prétexte,  et 
la  main  levée  des  saisies  pratiquées  dans  ce  royaume  contre 
nos  sujets,  contrairement  au  traité — tout  cela  est  de  droit 
légitime  ;  tandis  que  eo  que  l'on  nous  demande  au  suj*t  des 
susdites  localités,  au  Canada  et  autres  lieux,  et  de  quelques 
navires  de  cette  nation,  qui  n'ont  pas  encore  été  rendus.mais 
.  ont  été  condamnés  a  la  confiscation  par  notre  haute  cour 
d'amirauté,  pour  des  raisons  valables  en  justice,  ne  sauraient 
être  accordés  que  par  courtoisie  et  duns  l'intérêt  d'une  entente 
cordiale.  Après  vous  avoir  ainsi  exposé  complètement  l'état 
de  la  question  en  général,  je  vous  réfère  pour  les  détails  aux 
pièces  échangées  entre  l'ambassadeur  do  France  et  colles  de 
nos  lords  commissaires  qui  étaient  chargés  de  cette  affaire, 
ainsi  qu'à  Philippe  Burlîimaehy,  que  nous  vous  envoyons 
exprès  avec  les  mémoires  et  les  pouvoirs  qu'il  vous  présen- 
tera. Tjos  mémoires  se  rapportent  aux  bâtiments,  aux  mar- 
chandises et  autres  choses  propres  à  vous  donner  une  con- 
naissance complète  de  tous  les  détails  en  ce  qui  regarde  une 
restitution  mutuelle  ;  et,  à  cet  égard,  nous  vous  laissons  la 
latitude  de  concéder,  plus  ou  moins,  selon  que  vous  lo  jugerez 
à  propos,  pour  la  conclusion  d'un  accord  satisfaisant.  Les 
pouvoirs  eon-istent,  pour  la  part  de  M.  Bnrlamachy,  à  rece- 
voir le  reste  de  la  dot  qui  nous  est  dû.  soit  en  argent  ou  en 
une  bonne  et  valable  procuration,  de  nature  à  le  satisfaire  ; 
ot  pour  notre  part,  à  rendre  Québec  et  à,  évacuer  Port-Roj-al; 
■ce  pourquoi  Philippe  Burlamavhy  vous  livrera  certaines 


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pièces  convenables  pour  cette  fin.  Notre  plaisir  est  que  vous- 
les  remettiez  à  ce  roi.  ou  à  tel  membre  de  son  coifteil  qu'il 
nommera  lorsque  Burlamaehy  aura  reçu  l'argent  ou  le* 
assignations  susdites,  et  qu'il  vous  aura  été  donné  satisfac- 
tion quant  aux  autres  détails  plus  haut  spécifiés  ;   mais  en 
cas  do  refus  ou  de  délai  relativement  au  paiement  ou  à  la 
remise  de  bonnes  garanties  (ce  dont  Burlamaehy  est  tenu 
responsable  envers  nous),  vous  devrez  alors  les  retenir  et  les 
lui  remettre,  car,  dans  cette  éventualité,  il  ne  devra  pas 
rester  plus  longtemps  a  attendre  la  liu  de  sa  mission.  Quant 
à  la  balance  de  la  dot,  il  reste  une  chose  à  régler  :  c'est  la 
déduction  que  nous  faisons  des  sommes  que  uous  avions  autre- 
fois allouées  aux  personnes  de  la  maison  de  notre  ehère 
épouse  qui  sont  retournées  en  France,  déduction  à  laquelle 
nous  acquiesçons  volontiers.   Un  autre  point  reste  aussi  à 
résoudre  touchant  l'obligation  imposée  à  nos  sujets  de  se 
retirer  du  Canada  et  autres  lieux— c'est  que  révocation  soit 
faite  de  tous  les  actes  publiés  en  France  contre  tous  ceux  qui 
ont  été  engagés  dans  cette  entreprise,  particulièrement  con- 
tre les  trois  frères  Kirk,  uin*i  que  nous  l  avons  autrefois 
demandé  au  sujet  du  baron  de  Latour  et  de  son  his,  avec  les- 
quels sir  AVilliam  Alexander  avait  traité,  ce  qui  fut  jugé 
raisonnable  par  les  ministres  do  ce  roi,  et  ce  sur  quoi  il  faut 
encore  insister.    Il  y  a  un  règlement  pour  la  liberté  du  com- 
merce, négocié  et  formulé  par  écrit,  entre  nos  commissaires 
et  le  garde  des  sceaux  de  ce  royaume,  quand  il  était  ambas- 
sadeur extraordinaire  ici,  et  comme  l'ambassadeur  de  France 
résidant  aujourd'hui  en  notre  cour  demande  que  ce  règle- 
ment soit  ratifié  et  sanctionné,  nous  y  donnons  volontiers 
notre  assentiment,  principalement  parce  qu'il  donne  vigueur 
et  activité  au  traité  antérieurement  conclu  entre  les  deux 
couronnes  ;  et  tant  pour  cotte  affaire  particulière  (à cet  ettet, 
nous  ordonnons  qu'il  vous  soit  remis  une  copie  du  règleraeut) 
que  pour  les  autres  affaires  dont  vous  êtes  actuellement 


—  340  — 


chargé,  nous  vous  donnons  uno  ample comminsion  sous  notre 
grand  sceau,  dons  la  forme  usitée  en  pareils  eau." 

L'année  1632  s'ouvrit  sans  règlement  do  comptes.  Il  fal- 
lut attendre  au  2fl  mars  pour  voir  signer  le  traité  dit  de 
Saint-Germain -en -Lave,  qui  fit  cesser  ton  ten  les  difficultés. 
Le  13  juillet,  Thomas  Kertk  rendit  Québec  à  Kmeric  de 
Oaen,  et  partit  emportant  une  riche  cargaison  de  fourru- 
res ;  les  années  11329-32  lui  avaient  procuré  des  pommer  énor- 
mes. 

Les  de  Caén  conservaient  leur  droit  de  traite  pour  l'année 
1632.  Les  Cent  Associés  envoyaient  quelques  colons  ou 
plutôt  ce  fut  le  médecin  Robert  Gittard  qui  recruta  sept  ou 
huit  familles  ]  orchemnnos  et  les  établit  à  Beauport. 

L'année  suivante  (1633)  Champlain  arriva  de  France  : 
c'était  le  commencement  réel  du  régime  des  Ont- Associés. 
Malheureusement,  des  circonstances  multiples  entravèrent 
son  action.  Les  guerres  que  soutenait  continuellement  la 
France  ;  un  penchant  nouveau  chez  les  arm  iteurs  à  se  por- 
ter vers  l'Amérique  Centrale  ;  la  mort  do  Champlain  (1635) 
et  les  guerres  des  Iroquois  qui  suivirent  bientôt— tout  se 
conjura  pour  paralyser  le  développement  du  Canada. 

A  Tort-Koval,  en  A  radie,  même  chose  j  lîa/.illy  n'eut  pas 
assez  de  secours  ni  assez  de  temps  à  sa  disposition  pour  exé- 
cuter l'œuvre  qu'il  avait  rêvée  ;  il  mourut,lui  aussi  (1636)  en 
laissant  de  petits  groupes  français  isolés,  les  uns  des  autres, 
végétant,  peu  rasurés  et  nullement  aidés  dans  leurs  entre- 
prises. Ils  so  maintinrent  néanmoins  dans  ces  vastes  con- 
trées, et  comme  los  Canadiens,  posèrent,  avec  patience  et 
longueur  de  temps,  îes  assises  d'une  colonie  française  dont 
Colbert  comprît  la  valeuren  1663  mais  que  Louis  XIV  trans- 
forma do  nouveau  en  pays  de  traite  dix  ans  plus  tard. 

Benjamin  Sultk 


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REPONSES 


La  "  Ménagerie  îles  pauvres. 99  (IIJX.239.)— En 
mars  1718,  dit-on,  Pierre  Choret,  natif  de  Charlosbourg, 
éuûf  contremaître,  de.  la  ménagerie  des  pauvres,  proche  de 
Montréal. 

Dans  le  Dirtionnaire  historique  de  V ancienne  langue  fran- 
çaise do  La  Corne  de  Saint-Palaye.  au  mot  ménagerie,  on 
lit  : 

"  Administration  d'une  maison  :  Fignanz  de  faire  la  mé- 
nagerie du  roy,  ils  ne  firent  autro  chose  qu'une  ménagerie 
pour  eux,  etc." 

Les  Dames  de  l' Hôtel-Dieu  do  Montréal  qui  administraient 

I  •  bien  des  pauvres,  se  sem  aient  du  root  ménagerie  pour 
<i  ligner  des  maisons  leur  appartenant  et  situées  sur  le  côté 
sud  de  la  rue  Saint- Paul.  Ce*  maisons  servaient  de  lavan- 
deries  et  cVojfi<hes  (dans  le  sens  français  du  mot). 

Le  Jardin  des  Pauvres  "  sur  la  me  Saint  Joseph  (aujour- 
d'hui Saint-Sul]'ieo)  était  aussi  la  propriété  dos  Dames  do 
l'Hôtel-Dieu. 

Contremaître  était  ici  employé  dans  le  sens  d'assistant, 
c'est-à-dire  de  surveillant,des  ouvriers  ou  ouvrières  employés 
dans  les  lavanderies. 

William  McLennan 

Le  fondateur  tie  Terrebonne.  (V,  I,  571.) — 
René  Lepage,  premier  soigneur  de  Rimouski,  naquit  en 
1GG9,  à  Saint- François,  île  d'Orléans  ;  il  était  fils  do  (Jormain 
L  page,  premier  habitant  de  Rimouski,  et  de  Reine  Larry. 

II  se  maria,  le  10  juin  lCSfi,  à  Madeleine  (fagnon,  ù,  Sainte- 
Anne  du  Nord. 

De  ce  mariage,  naquirent  seize  enfants,  huit  garçons  et 
huit  filles. 

Louis  Lepage,  deuxième  fils  de  René,  né  à  Saint-François, 
île  d'Orléans,  le  25  août  1(!90,  fit  ses  étudeB  au  séminaire  de 


—  342  — 

Québec,  et  reçut  l'ordre  sacré  do  lu  prêtrise,  le  6  avril  1*715,- 
des  mains  de  Mgr  do  Saint- Val  lier,  deuxième  évêque  du 
pays.  Après  avoir  été  curé  de  l'île  Jésus,  près  Montréal,  il 
fut  nommé,  le  L>  juin  1721,  chanoine  du  chapitre  de  Québec, 
en  remplacement  de  l'eu  messire  le  chanoine  Piorre  Picart, 
et  en  même  temps  il  rec;ut  ses  lettres  de  vicaire-général  et 
alla  résider  à  Terrebonne,  seigneurie  qu'il  avait  acquise  l'an- 
née précédente.  11  remit  son  canonicat  en  172'J,  parce  qu'il 
ne  pouvait  assister  régulièrement  aux  assemblées  du  chapi- 
tre, et  fut  remplacé  la  mémo  année  par  mesure  Boulanger. 
11  mourut  à  Tcrreboiine,cotmue  autrefois  sous  le  nom  de  Les- 
bois,  le  1er  décembre  17b"2,  à  l'âge  de  soixante-douze  ans, 
après  avoir  donné  six  arpents  de  terre  et  une  somme  consi- 
dérable d'argent  pour  la  construction  de  l'église  do  Saint- 
Louis  de  Terrebonne.    Il  lut  inhumé  dans  celte  église. 

Mgr  Hriand,  dans  une  lettre  pastorale  en  date  du  1er  sep- 
tembre 17îSl,  adressée  aux  habitants  de  Itimouski,  parle  eu 
ces  termes  de  la  piété  du  chanoine  Lepage  et  de  ses  trois 
sœurs  qui  s'étaient  vouées  au  Seigneur  : 

"  L^rsquen  1741  je  suis  arrivé  au  Canada,  on  ne  parlait 
que  de  la  pieté  et  de  la  religion  des  seigneurs  et  des  habi- 
tants de  itimouski.  En  effet,  il  en  est  sorti  un  prêtre  distin- 
gué par  son  esprit  et  par  ses  vertus,  et  plusieurs  religieuses 
ferventes  que  j'ai  connues  et  conduites,  il  y  avait  encore 
un  certain  herinite  dont  ou  publiait  avec  édification  les  mé- 
rites. ' 

Les  sœurs  religieuses  de  l'abbé  Lepage  étaient  Mario  Ma- 
deleiue,  me  en  lu'UU,  à  file  d'Orléans,  religieuse  hospitalière  ; 
Jieine,  née  en  17U3,  au  Cap  Saint  Ignace,  religieuse  ursuline 
à  Quebec,  dite  sœur  Saint  Stanislas  ;  Marie  Agnès,  née  en 
17Un',  à  liimouski,  dite  sœur  Saint  liarnabé,  de  la  eongré- 
gation  Notre  Dame  à  Montréal. 

Mgr.  Chaules  Ci  l  ay 


\m/  Qpoole 


—  343  — 

L'incendie  du  théâtre  Saint-Zonis.  (V.  VI, 

■625.)— Vers  1830.  les  officiera  dos  Cold  Stream  Guards,  en 
garnison  à  Québec,  avaient  obtenu  la  pormis^ion  de  trans- 
îonner  en  salle  de  theatre  l'étage  supérieur  d'un  manège  qui 
faisait  partie  des  dépendances  du  château  Suint-Louis  et  situé 
sur  la  pente  recouverte  do  pelouse  qui  regarde  le  bureau  de 
p>  »ste. 

•  -L"3  1- j  nin  184f>,  une  foule  compacte  était  réunie  dans  le 
théâtre  Saint- Louis— c'est  ainsi  qu'on  nommait  le  manège — 
pour  voir  défiler  sur  la  toile  les  vues  du  diorama  d'un  nom- 
mé Harrison,  de  Hamilton,  Ontario.  Sur  les  dix  heures,  au 
moment  où  l'exhibition  des  dioramas  se  terminait  et  que  les 
spectateurs  commençaient  à  dénier  pour  sortir,  les  «  ris  de 
au  feu  !  au  feu  !  se  firent  entendre.    Une  lampe  à  huile 
camphrée  s'était  détachée  du  plafond  et  était  tombé  sur  la 
scène  communiquant  le  feu  aux  décors.    Alors,  hommes, 
fern  mes,  enfants  se  précipitèrent  au  bas  de  l'escalier  pour 
sortir  par  la  seule  issue  connue,  une  porte  excessivement 
étroiie.    Les  premiers,  poussés  violemment,  furent  écrasés 
sous  la  pression  de  ceux  qui  les  suivaient,  et  tous  se  trouvè- 
rent accumulés  en  masse  compacte,  les  uns  sur  les  autres, 
sans  qu'il  fut  pos»ihle  à  aucun  d'eux  de  sortir  ou  do  reculer. 

Plusieurs  infortunés,  dans  ce  moment  suprême,  voyant 
que  tout  secours  humain  était  impossible  et  n'espérant  plus 
que  dans  la  miséricorde  divine,  crièrent  a  M.  O'Keilly .vicai- 
re à  la  cathédrale,  dont  \U  entendaient  la  voix  :  "  Donnez- 
nous  l'absolution.  "  Le  ministre  do  Dieu  leva  alors  la  main 
pour  bénir  et  absoudre. 

Plus  de  cinquante  personnes  périrent  ainsi  dans  les  flam- 
inoa,  parmi  lesquelles  Flavien  Sauvageau,  tils  du  maître  de 
l'orchestre  canadien  ;  Stuart  Scott,  greffier  do  la  Tour  d'Ap- 
pel, et  sa  fille  ;  Thos.  Hamilton,lieutenant  au  14e  régiment  ; 
J.-J.  Sims,  apothicaire,  son  fils  et  sa  tille  :  J.  li.  Véxina,mar- 
chand  ;  Henriette  Glackrneyer,  épouse  de  M.  Molt,  organiste 


de  la  cathédrale,  et  ses  deux  fils  ;  Marie-Louise  Lavallée, 
épouse  de  R.  McDonald,  rédacteur  du  Canadien,  et  sa  fille, 
madame  Rigobert  Angers,  etc.,  etc. 

L'honorable  juge  Plamondon.  de  Arthabaskaville,  était 
parmi  les  spectateurs  du  diorama  Harrison  et  il  ne  sauva 
très  difficilement.    C'est  probablement  le  seul  témoin  survi- 
vunt  de  cette  horrible  catastrophe. 

H. 

L'abbé  Philippe  Jeun Lotiitt  JJesJui'tlhif*.  (V, 

VI,  627.) — Ancien  chanoine  de  Bayeux,  puis  doyen  de  la 
collégiale  de  Meung  et  vicaire-général  de  révoque  d'Orléai  s. 
M.  Desjardins  avait  été  forcé,  parla  Involution,  de  chercher 
un  asile  en  Angleterre,  où  il  arriva  en  17t>2.  Il  y  connut  lo 
célèbre  Kdmomt  Hurke,  qui  8*iritércs*ait  beaucoup  au  sort 
des  prêtres  français,  et  qui  s'était  lié  avec  l  évéquo  de  Saint- 
I\>1  de-Léon.dnpensateur  des  dons  de  la  générosité  anglaise. 
Ces  deux  hommes  avaient  pro|K>sé  au  gouvernement  d'en- 
voyer au  Canada  quelques  personne*,  pour  examiner  s  il 
serait  possible  d'y  trouver  des  asiles  pour  les  ecclésiastiques 
et  laïques  français  qui  atlluaient  a  lore  en  Angleterre.  Le 
projet  fut  accueilli  avec  faveur  par  le  ministère,  et  MM. 
Desjardins,  Cazel  et  Raimbault  se  chargèrent  d'aller  recon- 
naître, sur  les  lieux,  les  chances  de  .succès  ;  ils  étaient  accom- 
pagnés par  un  canadien,  M.  de  La  Corne,  chevalier  de  Saint- 
Louis.  De  Xew-Vork,  où  ils  débarquaient,  le  S  février  1793. 
ils  se  rendirent  parterre  au  Canada.  Les  évoques  et  le  clergé 
les  reçurent  de  la  manière  la  plus  obligeante.  M.  Desjar- 
dins  s'occupa  de  recueillir  les  renseignements  nécessaires 
pour  l'objet  de  sa  minion,  et  vkita  le  Haut-Canada,  où  un 
certain  nombre  d'émigrés  désiraient  s'établir.  L'année  sui- 
vante, plusieurs  prêtres  le  rejoignirent  et  parmi  eux  se  trou- 
vait son  jeune  frère,  M.  Desplantes. 

Successivement  grand  vicaire  des  évêques  Hubert  et 
Denaut,  M.  Do^jardins  se  lia  d'uno  étroite  amitié  avec  M, 


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PlessH,  alors  curé  de  Québec.  Sa  nanté  chancelante  l'obli- 
goa,  en  1802,  de  retourner  en  France,  où  il  emporta  avec 
lui  les  regrots  des  nombreux  amis  qu'il  s'était  attachés  par 
ses  belles  qualités  et  par  le  charme  de  sa  convocation.  Au 
Canada,  il  avait  t  u  a  south  ir  des  mauvais  procédés  d'un  lieu- 
tenant-gouverneur,qui  le  traita  assez  mal  ;  après  son  retour 
en  Franco,  il  eut  à  subir  de  plus  rudoa  épreuves,  car  il  de- 
vint l'objet  des  soupçons  do  l'empereur.  Nommé  en  1806 
curé  des  Mis-ions- Kti ancres,  à  Paris,  il  prit  son  domicile 
au  séminaire  du  même  nom.  A  Québec,  il  avait  eu  des  rap- 
ports avec  le  duc  de  Kent,  qui  lui  adressa  à  Paris  quelquos 
lettres  dictées  par  la  bienveillanuo  ;  c'en  fut  assez  pour  le 
faire  soupçonner  do  déloyauté  pnr  Napoléon.  Au  moisd'octo- 
bre  1810,  il  fut  «aiwi  par  la  police  et  transféré  à  Vineennes  ; 
on  le  relégua  ensuite  à  Kevestrelle,  puis  à  Cam  piano  et  onfin 
à  Verceil.  Durant  quatre  ans  il  subit  un  exil  non  mérité,au 
préjudice  de  ses  a  flaires,  de  sa  santé,  do  son  ministère,  et  ne 
rentra  en  France  qu'après  la  chute  do  l'empire. 

Pendant  cette  longue  persécution,  l'abbé  Desjardins  dut 
r  >mpre  toute  communication  à  l'extérieur  ;  mais,  après  son 
élargissement,  il  reprit  sa  correspondance  avec  ses  amis  du 

Canada,  et  surtout  avec  Mgr  Pleads,  et  la  continua  toujours 
ensuite  fort  régulièrement. 

M.  Desjardins  refusa,  en  1817,  l'évêché  de  lilois,  et,  en 
1823,  celui  de  Chûlons-f-ur- Marne. 

En  1819,  le  cardinal  do  Périgord,  archevêque  de  Paris,  le 
nomma  grand  vicaire  et  archidiacre  dcSrinte-Genevièye,  et 
lui  donna  un  logement  à  l'archevêché.  Lors  du  pillage  de 
l'archevêché,  en  1831,  il  perdit  sa  bibliothèque,  ses  tableaux, 
ses  meubles  et  tout  co  qu'il  possédait  d'argent.  Il  était  alors 
à  ConflanB,  d'où  il  s'éeimppa  avec  Mgr  de  Quéleu,  archevê- 
que de  Paris. 

L'abbé  Desjardins  mourut  lo  18  octobre  1833. 

C'est  à  lui  que  le  Canada  doit  un  grand  nombre  de  beaux 
iableaux,  qu'il  fit  vendre  dans  le  pays,  à  un  prix  si  modiquo 


que  plusieurs  fabriques  de  la  campagne  en  achetèrent  pour 
remplacer  dos  toile»  de  peu  de  valeur.  Ce»  tableaux,  enle- 
vés pendant  la  révolution  aux  monastère»,  aux  couvents,aux 
église»,  avaient  été  entassé»  dans  un  grenier,  d'où  on  le»  tira 
au  commencement  de  l'empire  pour  les  vendre  à  l'encan. 
Désireux  d'enrichir  le  Canada  de  quelques  bonnes  toiles,  M. 
Desjardin»  le»  acheta  et  les  envoya  à  sou  f'rère,alor»  chapelain 
de  l'Hôtel- Dieu  de  Québec.  Jusqu'à  *a  mort  il  fut  le  pro- 
tecteur et  l'ami  de»  jeunes  Canadiens  qui  allaient  étudiera 
Paris. 

L'abbé  J.-B.-A.  Feri.and 

Benedict  Arnold,  (V.  IX,  656.)— Le  traître  Arnold 
est  mort  à  Londre8,Angleterre.le  14  juin  18U1, comblé  d'hon- 
neur» et  de  richesse»  par  le  gouvernement  anglais,  mais  mé- 
prisé par  tou»  le»  honuête»  gen». 

F.-J.  An»ET 

Les  père»  de  la  Confédération.  (V,  VII 1,  643.) 
— Il  exihle  un  tableau  de  33  pouces  par  19  au  ba»  duquel  je 
lis  The  Fathers  of  Confederation.  Ce  tableau  semble  être  une 
photographie  de  la  Conférence  «éance  tenante  dans  l'ancien 
palais  législatif  de  Québec.  Sir  Pascal  Taché  préside,  Sir 
George»  Cartier  estassisà  sa  droite,  Sir  J.-A.  Macdonald  est 
debout,  papier  en  mains,  dan»  la  pose  d'un  homme  qui  adres- 
se la  parole,  Sir  Hector  L.  Langevin  est  assis  du  côté  opj>o»é 
de  la  table,  ayant  devant  lui  de  large»  feuilles  de  papier, 
dans. l'attitude  d'un  homme  prêt  à  écrire,  l'ilon.  (ieorge 
Brown  est  prè»  de  lui  en  face  de  Sir  Pascal  Taché,  etc.  Les 
trois  grandes  fenêtres  de  la  sallo,  donnant  sur  le  fleuve  en 
remontant,  laissent  voir  en  belle  lumière,  la  largeur  de  co 
fleuve  et  ses  deux  rives  à  perte  de  vue*. 

Tous  les  portraits  sont  d'une  ressemblance  parfaite. 

Une  miniature  de  ce  tableau  e«t  collée  en  marge,  chaque 
tête  portant  un  numéro  correspondant  à  la  liste  des  nome- 


—  347  — 

•publiée  audessous.  Je  les  copie  dans  l'ordre  des  numéros, 
.et  je  souligne  les  noms  des  survivanls. 

1.  Major  Bernard  ;  2.  W.-Il.  Steeve  ;  3.  K  Whelnn  ; 
4.  W.-A.  Henry  ;  5.  C.  Fisher  ;  6.  J.-H.  Gray  ;  Cl)  7.  E. 
Palmer;  8.  G.  Cole  ;  F.-B.-l.  Carier  ;  10.  J.-C.Chapais  ; 
11.  S.-K.  Tilley  ;  12.  A.  Shea  ;  13.  K.- B.  Chandler  ;  14.  A. 
Campbell  ;  15.  A. -G.  Archibald  ;  1(5.  H.-L.  Lunyevin  : 
IT.  J.-A.  Macdonald  ;  18.  G.-E.  Cartier  :  ID.  E.-P.  Taché  ; 
20.  George  Brown  ;  21.  T.-H.  llaviland  ;  22.  A.T.  Gait; 
23.  P.  Mitchef  ;  24.  <  ).  Mowat  ;  25.  J.  Cokburn  ;  26.  R.- 
B.  Dickey  ;  27.  C.  Tapper  ;  28.  J.- II.  Gray;  20.  W.-H. 
Pope  ;  30.  W..McJ)ou<jaU  ;  31.  T.  IV A  rcy  McGt  o  ;  32.  A.- 
A.  Macdunald  ;  33.  J.  McCully  ;  34.  J.-M.  Johnson. 

K.  B. 

Jf.  tie  GaUffet.  (V,  VTII,  644.)— D'après  Mgr  Tan- 
guay,  {Dictionnaire,  I,  165,25a.  Il  I.  274)  Pierre  de  Galiftet, 
seigneur  d'IIomon,  de  la  paroisse  do  Notre- Dame -de-Grâces 
de  Voiron  (Isère)  diocèse  de  Grenoble,  aurait  épousé  Mar- 
guerite do  Bonfils  et  d'eux  serait  né,  en  166G,  François  de 
Galifet,  seigneur  de  Câlin  ou  Caffin,  lequel  se  maria,  le  14 
janvier  1697,  à  Québec,  avec  Catherine  Aubortdo  la  Chcs- 
naye.  Les  résidences  successives  de  ce  dernier  ménage  sont 
indiquées  par  le  baptême  des  enfants  1698  Beauport  de  Qué- 
bec, 1700-2  Québec,  1703  Montréal.  Madame  de  Galifet  mou- 
rut dans  cette  dernière  ville  le  2  avril  1703  laissant  peut-être 
deux  enfants  survivants  sur  cinq  qu'elle  avait  eus,  mais  nous 
ne  retrouvons  la  trace  d'aucun  d'eux  par  la  suite. 

Voyons  maintenant  la  carrière  de  M.  de  Galifet  en  Canada, 
où  il  vécut  trente  ans. 

Lorsque  les  troubles  avec  les  Iroquois  recommencèrent  en 
1682,  il  n'y  avait  pas  de  troupes  françaises  dans  la  colonie, 
En  1C83  il  vint  200  soldats  ;  1684,  cinq  compagnies  :  1686. 

(I)  Les  numéros  6  et  28  donnent  le  même  nom. 


uiyiiizeo  uy 


Google 


—  348  — 

à  pou  près  autant  ;  1688,  300  soldats  (voir  Doc.  publiés  à 
Québec,  I.  310;  416,  552-3,  551»). 

M.  l'abbé  Daniel  {Grandes  Familles,  p.  418)  dit  que  M. 
de  Galifet  était  capitaine  en  1688,  c'est -à  dire  à  vingt-doux 
ans.  Il  a  dû  venir  au  Canada  cette  année  avec  les  troia  cent* 
hommes  mentionnés  ci -dessus.  En  tous  cas,  il  parait  avoir 
été  le  commandant  de  la  garnison  de  Trois- Rivières  au  mo- 
ment de  la  mort  de  M.  de  Va  rennes,  gouverneur  de  cette 
place,  le  4  juin  1689,  et  avoir  ensuite  agi  comme  gouver- 
neur par  interim. 

Au  commencement  d'août,  même  année,  il  commandait  le 
camp  de  Verdun  lorsque  eut  lieu  le  massacre  de  Luc  h  lue.  Ce 
camp  était  de  deux  cents  hommes,  Surberease,  le  chef,  be 
trouvait  absent. 

En  1690,  Galifet  commande  à  Trois-Rivièrcs  et  à  St-Fran- 
çois-du-Lay,  où  il  se  défend  contre  une  sérieuse  attaque  des 
Iroquois.  Je  note  que,  à  cette  date,  son  pore  était  décédé, 
laissant  huit  enfants  dont  trois  garçons  qui  nous  sont  con- 
nus. 

IL  de  Ramesay  avait  le  titre  de  gouverneur  do  Trois  Ri- 
vières, mais  uo  parait  pas  avoir  résidé  alors  dans  co  lieu,  de 
aorte  que  M.  de  Galifet  le  suppléait  en  1689-91. 

En  1692,  Galifet  était  major,  employé  à  Québec,  où  il 
demeura  jusqu'à  1702. 

Son  mariage  (1697)  avec  Mlle  Aubert  de  la  Che&naye 
l'alliait  à  une  famille  qui  faisait  la  pluie  et  le  beau  temps 
dans  le  commerce  du  Canada. 

M.  de  Frontenac  étant  mort  l'automne  de  1698,  M.  de 
Callières  lui  succéda  et  le  marquis  de  Crisasy,  remplaçant  de 
ce  dernier,  laissant  vacante  la  charge  de  lieutenant  de  roi 
à  Montréal,  M.  de  Galifet  en  reçut  le  brevet  le  23  mai  1699, 
mais  ne  semble  pas  s  être  rendu  immédiatement  à  ce  nouveau 
poste.  Lorsque  sa  femme  se  décida  à  l'y  suivre  ce  fut  pour 
mourir  bientôt,  comme  on  l'a  vu  ci-dessus. 


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r 


—  349  — 

En  1705  (15  mai)  le  roi  lui  accorde  la  croix  de  Saint-Louis. 
Eu  1709,  après  la  mort  du  marquis  de  Crisat»y  (6  mai),  M. 
do  Galifet  administre  le  gouvernement  de  Trois  .Rivières.  Sa 
nomination  comme  gouverneur  de  co  district  est  du  5  mai 
1710  Jusqu'à  1714  nous  le  voyons  continuer  dans  ce  poste. 
Li  dernier  acte  de  lui  que  je  connaisse  cat  une  demande  pour 
que  le  sieur  de  La  Corne  «oit  nommé  major  de  Trois- Ki  vie  res 
(850  francs  par  année)  en  remplacement  de  sieur  de  Caba- 
nac,  décidé. 

M.  de  Galifet  avait  doux  frères  Charles  François  et  Joseph . 

Charles-François  capitaine  aux  gardes  françaises  ot  che- 
valier de  Saint-Louis. 

Joseph,  le  cadet,  lieutenant  au  régiment  de  Picardie,  puis 

capitaine  au  régiment  de  Champagne,  ensuite  capitaine  d'une 

compagnie  franche  do  la  marine,  eut  le  commandement  de 

l'Ile  do  la  Tortue  dans  les  Antilles.  En  160S  on  le  nomma 

gouverneur  de  l'île  Sainte  Croix,  commandant  des  colonies 

françaises  du  Cap  et  côtes  de  Saint-Domingue.  Il  mourut  à 
Paris  le  26  mars  1700. 

Le  troisième  frère,  François,  fut  rappelé  du  Canada  en 
1717  et  étant  repassé  en  France,  on  l'envoya  commandor  à 
l'île  de  la  Tortue  et  autres  colonies  dos  Antilles,  y  compris 
Saint-Domingue.   11  fut  gouvernour  de  l'île  Sainte  Croix. 

Voilà  tout  ce  que  j'en  «ais,  mais  c'est  autant  qu'il  en  faut 

pour  donner  le  nom  do  Galifet  à  une  rue  aux  Trois- Rivières, 
par  exemple. 

Benjamin  Sui.tk 

Les  drapeaux  de  Chouaguen.  (Ill,  I,  270.) —  A 
la  prise  de  Chouaguen,  le  14  août  1756,  \*%  drapeaux  des 
régiments  de  Shirley,  de  Pepperell  et  deShuyler,  do  la  milice 
do  la  Nouvelle- Angleterre,  et  de  deux  régiments  delà  vieille 
Angleterre  tombèrent  aux  mains  des  Français. 

Le  soir  même, Montcalm  dépêcha  au  marquis  de  Vaudreuil 

gouverneur  de  la  Nouvelle» Franco,  un  officier  pour  lui  por- 
ter ces  glorieux  trophées. 


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—  330  — 


Le  marquis  de  Yaudreuil  fil  déposer  doux  de  ces  drapeaux 
dans  la  principale  égli.>e  de  Montréal,  deux  autres  dans  la 
cathédrale  de  Québec-  et  le  cinquième  dans  réglée  des  Trois- 
Rivières. 

A  Québec,  c'e#>t  M.  de  Pourlamaque  qui  porta  u  la  cathé- 
drale les  deux  drapeaux  pris  à  Chouaguen.  On  a  conservé  le 
compliment  délité  par  M.  de  Hourlamaque  en  et tte occasion 
et  la  réjx  nse  que  lui  fit  M.  (iodefroy  de  Tonnancournu  nom 
du  chapitie  de  Québec  : 

"  Monsieur,  rous  vous  |  résentons, de  la  part.de  M.  le  mar- 
quis de  Yaudreuil,  ce«  drapeaux  pris  à  Chouaguen  sur  les 
en  nemis  du  loi.  Il  ks  dépose  en  cette  église,  comme  un  mo- 
nument de  mi  piété  et  de  j-a  reconnait-sance  envers  le  Seigneur 
qui  bénit  la  justice,  de  nos  arnu s  et  protège  visiblement  cette 
eolonie." 

"  Mtssicurs,répondit  M.  de  Tonnancour,ces monuments  de 
votre  courage  et  en  même  temps  de  la  protection  divine  que 
vous  apportez  dans  cette  église  de  la  part  de  M.  le  marquis 
de  Vaudreuil,  sont  certainement  une  offrande  agréable  aux 
yeux  du  Tout -Puissant.  Il  est  le  Dieu  des  armées  ;  c'est  lui 
qui  a  donné  la  force  à  vos  bras  ;  c'est  à  lui  que  le  chef  qui 
voue  a  conduit  doit  cette  intelligence  et  ces  ressources  avec 
lesquelles  il  a  confondu  les  ennemis  de  la  justice  et  de  la  paix. 
Le  seignour  recevra  sans  doute  avec  bonté  les  actions  de 
grâce  que  ses  mini  "très  vont  lui  rendre  de  concert  avec  les 
guerriers  défendeurs  de  la  patrie. 

Demandons-lui  de  nous  continuer  des  secours  si  nécessaires; 
demandons  lui  la  paix  après  la  victoire  et  qu'il  couronne  ses 
bienfaits  par  la  durée  d'un  gouvernement  avec  lequel  la 
colonie  n'adressera  jamais  à  Dieu  que  des  actions  de  grâce." 

Nous  croyons  qu'aucun  de  ces  drapeaux  n'a  été  préservé 
jusqu'à  nos  jours. 

P.-G.R 


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QUESTIONS 


672.  — L'honorable  Elie  Thibaudeau  qui  fut  membre  du 
cabinet  BrownDorion  était-il  allié  à  feu  l'honorable  Isidore 
Thibaudeau  et  aux  honorables  sénateurs  Rosaire  et  Alfred 
Thibaudeau  ? 

lito. 

673.  — Dans  les  papiers  d'Etat  concernant  le  Bas-Canada, 
conservés  aux  Archives  Coloniales,  en  Angleterre,  à  la  date 
du  3  avril  1828,  se  trouve  un  curieux  mémoire  signé  par- 
une  demoiselle  Agnes  Thompson  ou  Dowell.  Elle  prétend 
que  son  père  était  au  siège  de  Québec,  qu'il  est  devenu  inva- 
lide et  qu'on  l'a  déchargé  en  lui  donnant  51  acres  de  torresr 
connues  sous  le  nom  de  Plaines  d'Abraham.  Il  mourut 
ajoute-t-elie,  à  son  arrivée  en  Irlande  et  la  terre  est  rotour 
née  à  la  Couronne.  A-t  on  quelque  trace  de  cette  concession 
dune  grande  partie  des  Plaines  d'Abraham  au  soldat 
JDawell  ?  Clr. 

674.  — Tonty,  l'italien  qui  inventa  le  système  tontine,  était- 
il  parent  du  chevalier  de  Tonty  qui  s'illustra  au  Canada 
sous  le  régime  français  ?  Ito. 

675.  — Cadot  ou  Cadau,  le  héros  du  Drapeau  fantôme  de 
notre  poète  lauréat  Fréchette  a-t-il  réellement  existé  ? 

Incréd. 

676.  — Je  vois  dans  le  Drysdale  Guide  to  Montréal  que  le 
nom  de  Place  d'Armes  appliqué  à  une  place  publique  de 
Montréal  a  été  donné  par  Montgomery  en  1775.  J'étais  sous 
l'improssion  que  la  Place  d'Armes  était  connue  sous  ce  nom' 
bien  avant  1775.  Place  d'Armes  n'est-il  pae  un  composé 
qui,  en  France,  sert  à  désigner  toutes  les  places  où  les  sol- 
dats font  l'exercice  ? 

Solo. 


—  352  — 

«>77. — Co  qui  suit,  extrait  du  Journal  des  Goncourt  (vol. 
II,  p.  8),  u'et»t  pas  très  récent  mais  est  peut-être  nouveau 
pour  quelques  uns  de  vos  lecteur*)  : 

Il  ajoute  (Flaubert)  qu'un  de  ses  grand'pères  a  épousé 
une  lemme  au  Canada.  I!  y  a  effectivement  parfois  chez 
Flaubert  du  sang  de  Peau- Rouge  avec  t-es  violences." 

Pour  les  Goncourt  t  omme  pour  la  grande  majorité  des 
écrivains  français  une  femme  canadienne  ne  pouvait  être  autre 
chose  qu'une  Iroquoise. 

Je  serais  curieux  de  savoir  le  nom  de  la  cana  Henné  qui 
devint  l'épouse  du  grand'père  de  Flaubert.         Wm.  Mc. 

<i78. — Peut- on  me  donner  les  dates  des  différentes  muta- 
lions  qu'a  subies  l'île  Sainte-IIélèno  située  entre  Montréal  et 
Longueuil  ?  Elle  fut  d'abord  donnée  à  Ohainplain.  Plus  tard 
la  famille  LeMoyne  de  longueuil  en  est  propriétaire.  Au- 
jourd'hui, si  je  ne  mc  trompe,  la  ville  do  Montréal  en  a  l'u- 
sage jnais  elle  appartient  au  gouvernement  de  la  Puissance 
du  Canada.  Hiv. 

b'78. — On  entend  beaucoup  parler  de  ce  temps  ci  du  "  su- 
perbe isolement  "  de  l'Angleterre  ?  Il  me  semble  que  c'est 
-dans  la  Chambre  des  Communes  du  Canada  que  cette  phra- 
se à  effet  a  été  prononcée  pour  la  première  fois.  Pouvez  vo;  s 
me  renseigner  là-dessus  ?  Anglais 

070.— Je  lis  dans  une  'ettre  de  Montalembert  à  l'honora- 
b'.e  M.  P.-.T.-0.  Chauveau  :  "  Peut  être  avez- vous  su  qu'une 
phrase  tombée  de  ma  plume  sur  les  libertés  du  Canada  avait 
sjrvi  do  motif  à  la  condamnation  portée  contre  moi  l'hiver 
dernier  :  et  vous  auriez  rahon  d'en  conclure  quo  mon  atten- 
tion et  mes  sympathies  se  portent  depuis  longtemps  sur  cette 
noble  race  canadienne  qui  sait  si  bien  pratiquer  et  revendi- 
quer, au  besoin,  les  principes  du  self-government  que  la 
France  a  si  misérablement  oubliés."  Dans  quel  ouvrage  est 
xatto  phrase  dont  parle  Montalembcrt  ici  ? 

Rio. 


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BULLETIN 

DES 

RE C H E  R CHE S  HISTORIQUES 

VOL.  5  DÉCEMBRE  1899  No.  12 


SAINT-PAUL  DE  JOLI ETTE 

En  I779je  coin  de  terre  où  entait  née  aujourd'hui  k  paroisse 
de  Saint-Paul  n  était  qu'une  épni-se  forêt.  C  ost  durant 
cette  même  année  que  six  jeunes  gens  plumèrent  leur  tente  au 
beau  milieu  de  cet»  grand»  bois  et  commencèrent  les  premiers 
défrichements.  Ces  valeureux  pionnier»  étaient  Louis  Mous- 
seau  dit  Désilets,  Franco:»  Liperche  dit  Saint- Jean,  Joseph 
Desmarais,  Etienne  i'artenais,  et  Urbain  Lungloiadit  Lâcha- 
jKjlle.  Cette  petite  coionie  naissante  lut  desservie  dans  ses 
débuts  par  M.  Pétrimoulx,  alors  curé  de  l'Assomption. 
En  1781,  M.  do  Saint-Germain,  curé  de  Repentigny,  fut  char- 
gé de  la  desserte  de  cette  paroisse.  En  1782,  un  cultivateur 
généreux,  M.  Jofeph  Perrault,  donna  à  la  paroisse  un  lorrain 
jM)ur  y  bâtir  église,  presbytère  et  dépendances.  La  mê- 
me année,  fut  érigée  la  première  petite  chapelle.  Elle  était 
bien  humble,  mais  grande  tut  la  joie  des  zélés  paroissiens, 
lorsqu'au  mois  de  novembre  1782,  pour  la  première  fois  le 
saint  sacrifice  de  la  messe  fut  célébré  par  M.  de  Saint-Ger- 
main. 

L'église  actuelle,  avec  la  sacristie,  a  été  commencée  on 
1803  et  terminée  en  1804.  Elle  a  subi  de  grandes  réparations 
en  1889. 

Le  premier  curé  régulièrement  nommé  et  qui  exerça  st-.s 
fonctions  permanente*  comme  tel  fut  M.  Philippe  Ferrami,de 
1788  jusqu'en  1797.  Il  ont  pour  successeurs  MM.  Laporto, 
1797-98  ;  Gosselin,  1798  1800  ;  François  Noël,  1806-10  ;  Pier- 
re  Loyer,  1810  ;  François  Brunet,  1810-19  ;  Joseph  Bélan- 
ger, 1819  29  :  François  Bellefeuillo,  1829-34  ;  L.  F.  Belleau, 
1834  ;  A.-J.  Lagardo,  1834-41  ;  Magloire  Turcotte,  1811  42  ; 
Toussaint  Rouisse,  1842  44  ;  F.-L.  Brossard,  1844-76  ;  L.-J. 
Martel,  1876-89  ;  F.  X.  Geoffroy,  1889-93  ;  J.-D.  Dupont, 
curé  actuel. 

R. 


—  356  — 

LOUIS  ROUER  DE  VILLERAY 

Le  sieur  Louis  Roiier  do  Villeray  fut  un  de  ces  horn* 
mes  très  précieux,dont  la  viu,sans  avoir  été  marquée  au  coin 

des  exploits  glorieux  et  éclatants,  a  été  p'eine  de  sagesse  et 
de  dévouement. 

Suivant  le  Dictionnaire  Généalogique  de  Mgr  Tanguay,  il 
naquit  en  1629,  à  Notre  Lame,  en  Grève,  ville  d'Amboise,  de 

Jacques  R-iier  de  Viller:»y,  valet  de  la  chambre  de  la  reine, 
et  de  Marie  Perthius. 

Il  est  difficile  de  préciser  la  date  de  8«n  arrivée  à  Québec. 

Suivant  toute  apparence,  il  y  était  avant  1060,  à  l'âge  de  31 
ans. 

Il  y  mourut,  comme  l'atteste  le  registre,  et  fut  inhumé 

dans  l'église  le  7  décembre  1700,  ce  qui  lui  donnait  71  ana. 

Son  fils  Louis,  sieur  de  la  Cordonnière,  épousa  Marie- Louise 

Le  Gardeur  de  Repent  igny.  De  ce  mariage  naquit  de  même 

un  fils,  Louis,  qui  eut  l'honneur  d'être  filleul  de  Frontenac, 

gouverneur  de  la  Nouvelle- ïYance,  à  son  baptême  reçu  le  3 
août  1690. 

Le  Oonsuil  Souverain  de  Québec,  d'après  le  texte  de  l'édit 
royal,  (Louis  XIV)  devait  se  compos-  r  "  de  nos  chers  et 
bienaimés  le-s  Sieurs  de  Mésy,  gouverneur  représentant  notre 
personne  (le  roi),  de  Laval,  évêque  de  Pétrée,ou  du  premier 
ecclésiastique  qui  y  sera,  ot  cii.q  autre»  (personnes)  qu'ils 
nommeront  et  choisiront  conjointement  et  de  concert"  (.Jug. 
du  Cons-Souv.  XXVI.)  Cocot^eil  fut  établi  le  18  septembre 
1663.  Lo  premier  nom  sur  lequel  s'arrêtèrent  le  sieur  de 
Mésy  et  Mgr  de  Laval  fut  Louis  Rouer,Heur  de  Villeray.  Le 
fait  seul  de  cette  préférence  établit  clairement  le  degré  de 
savoir,  de  prudence  et  de  parfaite  honorabilité  de  ce  gentil- 
homme. Jean  Juchereau,  siour  de  la  Ferté,  Denis- Joseph 
Ruelte  d'Auteuil,  sieur  de  Monceau,  Charles  Legardeur, 
écuier,  sieur  de  Tilly,et  Mathieu  Damours,  furent  les  quatre 
autres  conseillers,  dont  la  mission  était  de  travailler  à  l 'admi- 
nistration du  nouveau  conseil. 


Il  est  évident  qu'avant  sa  formation,  le  sieur  Louis  Rouer 
occupait  déjà  une  position  marquante  dans  le  pays,  puisque 
lorn  de  t-a  tomination  de  premier  conseillerai  est  qualifié  du 
titre  de  "  lieuu  mint-particulicr  en  la  juridiction  de  Québec." 
(Jug  tt  Del  uu  ConH.  Souv  1  1)  Cet.  état  de  service  implique 
une  somme  importante  de  service»  rendus  qui  devaient  na- 
turellement lui  mériter  le  premier  rang  aux  yeux  du  gou- 
verneur et  de  Mgr  l'éveque.  l>e  plue,  ce  detail  dénote  une? 
expérience  approfondie  de»  besoins  de  la  colonie,  des  déci- 
sions à  prendre  pour  *a  prospérité,  comme  ausèi  de  la  sage 
conduite  à  tenir  parmi  les  difficultés.  11  avait  donc  lait  se» 
preuves  d'habilité  pendaut  un  bon  nombre  d'années  avant  la 
formation  du  conseil.  Jusqu'à  ce  nouveau  conseil,  le  pays 
était£dirigé  par  les  gouverneurs  de  Québec  et  de  Montréal, 
formant  un  conseil  composé  de  leur»  lieutenants  et  du  supé- 
rieur des  Jésuites.  (Garneau  1 — 17o\)  M.  de  Villeray  était  un 
de  ces  lieutenants  cl  laisuit  partie  de  ce  premier  cousell,c'est 
pourquoi  l'ordonnance  signalant  su  nomination  au  nouveau 
conseil  le  désigne  comme  "  lieuieuant-particulier  en  la  juri- 
diction do  Québec." 

Des  difficultés  s'élevèrent  au  sujet  de  ce  nouveau  conseil 
dès  le  début  de  son  exercise,  et,  pour  des  raisons  que  nous  ne 
pouvons  étudier  ici  M.  de  Mésy  jugea  à  propos  d  en  suspen- 
dre la  majorité.  Par  là,  suivant  M.  Garneau  (1 — 201)  le 
gouverneur  avait  violé  l'édit  royal,  "  car,  s'il  ne  pouvait 
nommer  les  conseillers  sans  le  concours  de  l  évêque,  il  no 
pouvait  non  plus  les  suspendre  sans  son  assentiment." 

M.  do  Villeray  l'ut  un  des  conseillers  suspendus  par  le 
gouverneur.  Il  avait  été  coupable,  aux  yeux  de  ce  dernier, 
de  s'être  rangé  du  côté  de  l'évéquo  et  d'avoir  suivi  se*  opi- 
nions. Ce  n'est  certes  pas  un  mauvais  trait  dam  la  vie  du 
personnage  qui  nous  occupe  ;  et  si  Garneau  déploro  l'influ- 
ence prépondérante  et  le  pouvoir  absolu  de  Mgr  de  Laval,c'est 
dû  aux  opinions  personnelles  de  l'historien  ;  il  est  facile  d'ex- 


pliquer  la  chose  par  les  mœurs  du  temps.  Quoiqu'il  en  soit, 
M.  de  Mésy  fit  embarquer  pour  l'Kuropc  MM.  Bourdon  et 
■de  Viileray.  Il  ne  d«»ntuit  pas  que  cette  décision  d'autorité 
privée  t  ..urnera  t  évi  lemment  contre  lui,  ie  qui  implique 
ii'ie  ab-enco  de  jugement  et  donne  une  pauvre  idée  de  son 
talent  d'udm  nitration.  Comment  pouvait-il  penser  que  la 
vou!  d  -  Louis  XIV  consacrerait  m  manière  d'agir  on  Ha- 
gran.o  contradic  tion  avec  l'ordonnance  royale  ?  Aus-i  M.  de 
Vi  i- r.iy.  chargé  de  fiiire  valoir  la  caus-  des  conseillers  mis 
au  r  but.  n'eut  aucun*  difficulté  à.  obtenir  pleine  et  entière 
-ati.>f:i.  t  on.  M.  de  Mésy  fut  rappel*'  en  France  et  remplacé 
p  r  M.  Daniel  Kémi,  seigneur  de  Cou  réelles.  M.  do  Viller»y 
cont  inua  i  exercer  s« -s  fonction-*  de  conseiller  jusqu'à  la  fin 
de  sa  vie  avec  la  plus  cons'ante  régularité.  Il  suffi i  pour 
s'en  convaincre  de  parcourir  les  volumineuses  décisions  du 
Con*eil  Souverain. 

V  »  potit-fils  du  premier  conseiller,  objet  de  cette  étude, 
piub  J/ement  le  filkul  de  Frontenac,  prit  généreusement  la' 
déf  us  -  des  Acadîc-iM  en  1755,  au  fort  des  (lasperaux.  Mais 
«on  eoamge  fut  inutilo  puisqu'il  n'avait  que  vingt-cinq  honv 
m'ir  à  son  service.  Un  autre  descendant  repassa  les  mers  lors 
du  t  ailé  de  Paris  en  17b"3.  "  La  Franc  >,  dit  Garneau  (II  — 
35.V .  en  voyant  débarquer  sur  ses  bords  ces  emigrants  qui 
ne  pouvaient  se  séparer  d'elle, fut  touchée  de  ce  dévouement. 
Kile  !e>  favorisa,  elle  les  accu- illit  dans  les  administrations." 

Ces  quelques  notes  établissent  suffisamment  l'intégrité  de 
1  ho  .ntur  de  Louis  Kouer,sieur  do  Viileray,  et  puisque  toute 
sa  v.o  a  été  consacrée  à  l'admin'stration  primitive,  je  puis 
dire,  de  la  Nouvelle  Franco,  on  ne  pouvait  moins  faire  de 
sortir  oie  l'oubli  le  nom  do  ce  conseiller  exemplaire,  digne  de 
servir  de  modèle  aux  conseillers  présents  et  futurs  de  la  mu- 
n  cipalité  do  Viileray. 

Charles  P.  Reauwkx,  Ptre. 


—  359  — 
NOS  JURONS  POPULAIRES 

Les  jurons  los  plus  en  vogue  dans  lu  province  de  Québec 
parleur  ressemblance  aux  jurons  populaires  do  la  vieille- 
France,  accusent,  t-olon  moi,  pour  la  plupart,  une  commune 
origine.  Bon  nombre  do  ceB  termes  évidemment  font  naître 
une  idée  peu  resjtcctucuso  du  «lint  nom  do  Dieu  et  de  ses- 
attributs  divins. 

Un  antiquaire  français,  homme  instruit,  M.  Lorédan  Lar- 
chey,  combat  cette  doctrine  dans  une  docte  et  fort  curieuse 
dissertation  :  ce  manque  de  rospoct  pour  la  Divinité,  pré- 
tend-il,  n'existe  pas  en  réalité,  attendu  que  do  bons  cro- 
yants se  servent  sans  scrupule,  journellement,  do  ces  terme» 
condamnables.  Le  ciel,  aflirme-t-il,  est  chaque  jour  pris  à 
témoin  pour  attester  des  incidents  qui  causent  surprime  ou 
indignation. 

Il  nous  e»t  aussi  donné  do  vérifier  cette  assertion,  en  Ca- 
nada. Qui  n'a  entendu  les  exclamations  "  Bonté  Divine  ! 
Oh  !  mon  Dieu  !  '  employées  par  des  personnes  fort  pieuses. 
Et  nous  n'en  pensons  pas  plus  de  mal  de  ceux  qui  le*  profè- 
rent. 

Le  temps  fut  pour  les  militaires  français  et  anglais  de 
juier  à  tout  propos  et  hors  do  propos,  sacrer  comme  dit  le 
peuple  :  c'était  de  bon  ton. 

Un  spirituel  écrivain  a  dit  que  God  Dam  était  le  fonds  de 
la  langue  anglaise,  et  lo  vicomte  de  Parny  a  composé  un 
poème  en  quatre  chants  portant  ce  titre  profane 

Les  troupiers  anglais,  au  rapport  d'un  annaliste,  se  distin- 
guèrent par  leurs  jurons  affreux,  en  Flandres"  Swore  dread- 
fully in  Flanders,"  certes,  il  y  avait  de  quoi  à  les  faire  sa- 
crer et  tempêter  pendant  cette  humiliante  campagne,  de  mê- 
me que  Cambronne,  à  la  tête  de  ses  vieilles  moustaches,  se 
répandait  en  jurons  à  Waterloo,  à  la  suite  des  incidents  de. 
oette  malencontreuse  journée. 


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—  360  — 

Nous  avons  en  Canada  des  jurons  émouvante,  indigènes  f 

ont-ils  dea  équivalente  en  France  ?  C'est  co  que  nous  n'avons 
pu  vérifier. 

Nos  hardis  voyageurs  des  pays  d'en  haut  nous  ont  légué 
entre  autre»  le  pittoresque  explétif  :  Tors  mon  âme  au  bout 
d'un  piquet  !  Je  n'ai  jamais  pu  me  rerdre  compte  comment 
l'opération  *e  faisait. 

L'expression  employée  par  les  coureurs  des  bois,  "  Mille 
tonnerres.'"  pour  donner  du  relief  à  leurs  énergiques  dis 
«ouro,  rappelle  le  fameux  juron  des  Allemands  Donnex  et 
Blytzen  !  "  Tonnerre  et  Eclairs  !  " 

Voyons  le  docte    M.   Lorédan    Larchoy  à   l'œuvre  : 

Jarniou,"  dit-il  dans  son  mémoire,  dans  la  bouche  d'un 

nnn^royant,  dérive  de  Jarni  (Je  renie),  ei  Diou  (Dieu),  Je 
renie  Dieu. 

Comme  ii  y  avait  en  France  arrêts  et  tiibunaux  pour  punir 

les  blasphémateurs,  on  altéra  donc  la  forme  du  juron  ;  on  en 

fit  Jarnibleu  ou  Jarnicoton.  L'origine  de  ce  dernier  est  aftses 
drô  e. 

Henri  IV,  dit  on,  avait  pris  l'habitude  perverse  dédire 
Jarni.  Le  Père  Coton,  *on  confesseur,  lui  avait  signalé 
l'it;  convenance  d'une  telle  expression.  Le  roi  débonnaire 
répliqua  que  le  nom  de  Dieu  excepté,  aucun  autre  nom  ne  se 
présentait  à  lui  plus  souvent  que  celui  du  Père  Cotonr. 

"  Eh  bien  !  cire,  lui  répondit  le  saint  homme,  dites  Jarni- 
coton (Je  renie  Coton),  et  vous  n'offenserez  pa*  Dieu." 

Plusieurs  jurons  français  nous  vieennentdela  Normandie, 
de  la  Provence,  du  Languedoc,  où  ils  prirent  naissance.  Le 
juron  Par  le  sang  du  Christ  se  transforma  en  Sacristit  pour 
éluder  les  lois  pénales  contre  les  impies.  M.  Lorédan  Lar- 
ch* y  fait  mention  d'une  dame  fort  pieuse  parmi  ses  connais- 
sances qui,  dans  des  moments  d'émotion  ou  de  surprise,  s'é- 
criait Sapristi  ;  mais,  pour  en  adoucir  la  portée,  elle  y  ajou- 
tait :  Sapristi  la  rose,  y  mêlant  cet  emblème  d'innocence  et 
de  pureté  comme  correctif. 


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— 


—  361  — 

Des  scrupules  de  mémo  aloi  convertirent  Par  le  sang  de 
Dieu  en  Par  la  Sambleu,  Palsambleu  et  autres  euphémismes; 
Ventredieu,  qui  d'abord  signifiait  Par  le  ventre  de  Dieu, 
devint  Ventrebleu. 

Ventre  saint  Gris  était  une  transformation  de  Ventre  mint 
du  Christ. 

Par  le  corps  de  Dieu  fournit  Cor  dieu  et  Cor  bleu,  partant, 
comme  I  on  voit,  des  subterfuges  pour  éludor  le  code  pénal. 

Tu  Dieu  est  présumé  être  un  écho  affaibli  de  Par  le  ventre 
de  Dieu,  une  abréviation  de  Ventredieu  et  Ventrebleu. 

Le  sacré  nom  de.  Dieu,  ajoute  M.  Lorédan  Larchey,  donna 
lieu  à  bien  des  explétifs,  entre  autres  :  Sacré  nom,  Cré  nom, 
Nom  de  Dieu  !  Nom  d'un  nom  !  Nom  d'une  pipe  !  Nom  d'un 
petit  bonhomme  !  étaient  une  allusion  irrévérencieuse  a- Jésus 
Enfant.  Nom  d'un  petit  bonhomme  de  bois  rappelait  les  sculp- 
tures populaires  en  bois  représentant  notre  Sauveur  enfant 
dans  les  bras  de  sa  mère. 

De  Par  le  sacré  nom  de  Dieu  venaient  les  abréviations 
Sacrédteu,  Crédieu,  Sacrcbleu,  Crébleu,  Sapcrbltu.  L'origino 
de  Sabre  de  bois  est  assez  obscure.  M.  Lorédan  Larchey, 
taxant  son  érudition,  lui  prête  une  naissance  qui  remonte  à 
la  nuit  des  temps  et  des  antiquaires.  Chez  nous,  l'oreille 
populaire  est  chatouillée  des  consonnances  suivantes,  léguées 
par  les  ancêtres  d'outre-mer  :  Parbleu  !  Sacrcbleu  !  Sacre- 
lotte  !  Saperlotte  !  et  même  Saperlipopette  !  Jolis  jurons 
usités  sans  doute  par  los  puristes  et  les  euphémistes  seuls  !  !  I 

Je  me  rappelle  un  bon  vieux  curé  qui,  pour  donner  du 
nerf  à  son  pittoresque  idiome,  l'assaisonnait  de  l'explétif  Sac 
à  papier  !  juron  que  l'érudit  M.  Lorédan  Larchey  dérive  de 
l'époque  où  les  hommes  de  loi  en  France  se  montraient  à 
l'audience  munis  de  leurs  brefs  enfouis  dans  des  sacs,  que  le 
vulgaire  désignait  comme  Sacs  à  pa/tiers. 

Poursuivre  davantage  l'intéressante  étude  de  l'antiquaire 

français  me  mènerait  trop  loin.  Je  m'arrête  

J.  M.  LeMoine 


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—  362  — 


LE  CURÉ  MÉNAGE 


En  janvier  1773,  M.  Ménage,  curé  du  Peschambault,  décé* 
dait  à  l'&ge  de  94  ou  95  ans.  Il  desservait  encore  sa  cure  mal- 
gré dee  infirmités  nombreuses.  On  rapporte  do  ce  vénérable 
vieillard  une  anecdote  qui  fait  connaître  combien,  dans  son 
long  ministère,  il  s'était  aguerri,  et  combien  pou  il  se  mettait 
en  peine  des  jugements  des  hommes  et  des  démarches  faites 
contre  lui.    Plusieurs  fois  il  avait  averti,  repris  et  menacé 
un  <  alaretier  de  sa  paroisse,  du  nom  de  liroleau  qui,  par  sa 
facilité  à  livrer  des  boissons,  causait  dans  la  paroisse,  de  fré- 
quents désordres. Voyant  que  ces  avertissements  particuliers 
n'avaient  aucun  ettet,  les  désordres,  les  ivrogneries  et  les 
scandales  dont  ce  cnba  relier  était  la  cause,  ne  faisaient 
qu'augmenter,  il  l'interpella  un  jour  publiquement,  en  chai- 
re, en  reprochant  à  ses  paroissiens  les  désordres  et  les  scan- 
dales qui  avaient  journellement  lieu,  en  invectivant  surtout 
sur  les  excès  d'ivrognerie  qui  faisaient  tous  les  jours  des  pro- 
grès effrayants.  "  C'  est  dit-il  enfin,  ce  maudit  (irotoau,  avec 
son  rhum  et  son  tonneau,  qui  est  la  première  cause  de  tous 
ces  scandales." 

Le  susdit  < iroleau  choqué,  irrité  au  dernier  point  d'une 
semblable  interpellation,  et  surtout  de  l'épitlnHe  de  maudit 
jointe  &  son  nom,  et  par  laquelle  il  se  regardait  comme  dé» 
voué  à  l'anathème  et  entièrement  déshonoré,  porte  sa  plainte 
:\  M.  l'Intendant  môme  contre  M.  Ménage. 

Ce  Monteur  est  cité  à  une  cour  spéciale  qui  doit  se  tenir 
en  présence  de  l' Intendant  M.  Ménage  sy  rond.  Là,  sommé 
de  répondre  sur  les  motifs  qui  l'ont  pu  porter  à  se  servir 
d'expressions  aussi  étranges  quo  cellos  qu'on  lui  reproche 
avoir  employées  tl  l'égard  du  sieur  Ciroleau.  sommé  de  faire 
connaître  ce  qu'il  peut  avoir  a  dire  pour  sa  justification,  M. 
Ménage  se  renferme  dans  un  profond  silence.  Sommé  plu- 
sieurs fois  de  répondre,  il  garde  toujours  le  silence  ;  I'Inten- 


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—  363  — 

dant  lui-mêmo  lui  adresse  enfin  Icsmémcs  paroles  que  Pilât© 
autrefois  avait  adressées  ;\  Jésus-Christ  "  Vous  no.  reperde» 
rien  à  ce  qu'on  dit  contre  vous  !  "  Ce  que  j'ai  à  répondre, 
dit  enfin  M.  Ménage,  le  voici  :  "  Notre  Seigneur  Jésus-Christ, 
qui  no  voulait  que  le  bien,  qui  n'enseignait  que  la  vérité,  a 
été  cependant  traîné  de  Caïphe  à  Pilate,  do  Pilato  à  Hérode, 
d'Hérodo  à  Pilato  ;  aujourd'hui,  moi,  qui  suis  son  disciple  et 
ton  ministre,  pour  la  même  eaune  je  suis  traité  commn  il  a 
été  traité."  Et  ensuite,  prenant  son  chapeau,  le  bon  vieil- 
lard salue  M.  Ilntendant  et  toute  la  cour,  et  se  retire  tran- 
quillement. Soit  étonnement  de  la  hardiesse  et  do  la  liberté 
de  la  réponse,  *oit  que  l'on  s'aperçût  qu'il  n'y  avait  point 
d'excuso  à  attendre  d'un  homme  de  ou  caractère,  on  lu  lair.su 
aller  tranquillement,  et  maître  (îroleau,  outre  la  mercuriale 
solennelle  qu  il  avait  eue  du  son  curé,  en  reçut  encore  une  de 
son  Intendant,  qui  lui  dit  que  s'il  ne  voulait  pas  s'exposer  à 
quelque  chose  do  plus  désagréable  encore  quo  ce  quo  lui 
avait  ditson  curé,  il  prit  soin  lui  même  d'observer  et  du 
faire  observer  dans  sa  maison  un  meilleur  ordre.  Ainsi  finit 
cette  poursuite  intentée  contre  M.  Ménage. 

L'abbé  Félix  (Jatikn 


QUESTION  DE  LITUlUîIE 


Pourquoi  a-t-on  changé  le  nom  de  Saint-Olivier  en  celui 
do  Saint-Mat hias  ?  (ftccherchcs  JUstoriques,  V.  p.  2î)l). 

11  doit  y  avoir  là  une  question  de  liturgie.  On  ne  peut 
choisir  pour  patron  d'uno  paroisse  qu'un  saint  dont  le  nom 
est  inscrit  au  martyrologe  romain.  (J>o  Ilerdt,  111,121).  Or, 
Saint-Olivier  ne  jouit  pas  de  ce  privilège.  Jo  tiens  défi  u  M. 
l'abbé  Kouxel,  P.  S.  S.,  rubriciste  distingué,  qu'on  a  changé 
le  nom  do  Saint-Olivier  on  celui  do  Sainl-Maihias  j  our  répa- 
rer l'erreur  qui  avait  été  commise. 

C'est  pour  la  mOmo  raison  que,  le  ti  octobre  1897,  Mgr 
l'évêquo  do  Sherbrooke  a  donné  pour  titulaire  à  (iarthby 
saint  Charles  Borromée  à  la  place  du  saint  Olivier. 

L'abbé  J.-A.-1I.  Gionap 


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—  364  — 


INHUMATIONS  HATIVES 


Monsieur  le  chevalier  Louw  d'Ailleboust  de  Coulonge, 
troisième  gouverneur  de  la  Nouvelle-France,  mourut  à  Mon- 
tréal  le  31  mai  16(J0,  et  fut  enterre*  dès  le  lendemain. 

La  marquise  do  Denonvillc.femme  du  onzième  gouverneur 
de  la  Nouvelle-France,  décédée  en  son  chftteau  de  Pcnon- 
ville,  en  France,  le  18  mai  1710,  fut  inhumée  le  lendemain, 
1 9  mai,  dans  le  caveau  de  la  chapelle  seigneuriale  jointe  à 
l'égliee  du  lieu. 

Le  chevalier  Pierre-François  de  Rigaud,  ancien  gouver- 
neur de  Montreal,  frère  du  marquis  Pierre  Rigaud  de  Vau- 
dreuil-Cavagnal,  dernier  gouverneur  de  la  Nouvelle  France, 
mourut  au  château  de  Collier,  commune  do  Muide»  (Loir  et 
Cher),  en  France,  le  24  août  177Î*,  et  fut  inhumé  au  cime- 
tière de  la  paroisse  dè»  le  lendemain,  25  août. 

Ces  inhumations  hâtives  paraîtraient  odieuses  aujourd'hui 
et  ne  sont  plus,  Dieu  merci,  dans  les  mœurs. 

Voici  l'acte  de  sépulture  de  M.  Louis  d'Ailleboust.  11  est 
extrait  du  registre  den  baptêmes,  mariages  et  sépultures  de 
la  paroisse  de  Montréal  pour  l'année  mil  six  cent  soixante  : 

"Le  1er  juin  a  été  enterré  Mcssire  Louyt?  d'Ailleboust, 
cy-devant  Lieutenant  général  pour  le  Roy  en  la  Nouvelle- 
France,  pris  au  fort.  Un  des  premiers  seigneurs  de  l'Isle. 

"  Rkmy,  Ptre." 

Ainsi  M.  d'Ailleboust  mourut  au  fort  de  Ville-Marie,  qu'il 
avait  lui-même  considérablement  agrandi  ;  ou  du  moins  son 
corps  fut  "  pria  au  fort  "  pour  être  conduit  à  sa  dernière  de- 
meure. 

Madame  d'Ailleboust  était  vraisemblablement  à  Québec 
en  ce  moment,  soit  à  sa  résidence  do  la  Châtellenio  de  Cou- 
longe, soit  à  sa  maison  de  la  ruo  Saint-Louis. 

Ervest  (xAONOH 


■ 


—  365  — 

LA  VÉNÉRABLE  MARIE  DE  L'INCARNATION 

Un  do  nos  amis  nous  communique  l'extrait  suivant  d'une 
lettre  qu'il  vient  de  recevoir  du  R.  P.  Gohiet,  O.M.  I.,  ancien 
professeur  de  philosophie  à  l'Université  d'Ottawa  et  mainte- 
nant attaché  au  grand  séminaire  de  Fréjus,  où  il  occupe  la 
chaire  de  théologie  dogmatique.  Dans  une  réconte  mission 
en  Provence,  le  R.  P.  Gohiet  a  fait  halte  à  Aix,  et  voici  ce 
qu'il  dit  : 

"  J'ai  passé  là  une  délicieuse  semaine,  visitant  tout  ce  qu'il 
y  a  de  beau  à  voir,  et  il  y  a  beaucoup  !  Cette  vieille  métro- 
pole de  la  Provence  est  un  agréable  séjour.  Beau  musée, 
belles  églises  où  abondent  les  peinturos  remarquables... 

"  Mais,  écoute/.,  digne  Canadien  !  une  des  peintures  les 
plus  int érofcsantes  est  dans  notre  chapelle  de  la  mission  :  elle 
a  un  intérêt  historique  pour  le  Canada.  C'est  une  grande 
toile  qui  a  de  la  valeur  artistique  :  Extase  de  la  Vénérable 
Marie  Je  V Incarnation,  fondatrice  des  Ursulines  do  Québec, 
et  qui  a  joué  un  si  grand  rôle  dans  les  déhuts  du  Canada  fran- 
çais. Ce  qui  fait  l'intérêt  de  cette  toile,  c'est  qu'elle  donne 
lo  portrait  authentique  de  la  Vénérable,  car  la  toile  est  con- 
temporaine, ainsi  que  l'établit  une  longue  inscription  au  bas 
du  tableau. 

"  Autre  curiosité  :  dans  son  extase,  la  Vénérable  contem- 
ple Mario  et  tout  une  couronne  d'anges,  et  au  milieu  rayonne 
le  Sacré-Cœur.  Or,  la  date  du  tableau  est  antérieure  aux 
célèbres  révélations  de  la  Bienheureuse  Marguerite  Mario  ! 
Donc,  Marie  de  l'Incarnation  aurait  été,  en  France  et  au 
Canada,  lo  précurseur  de  la  grande  dévotion.  N'est-ce  pas 
que  cola  est  intéressant  ?  Est-co  un  fait  connu  chez  vous  ?.." 


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—  3GG  — 
RÉPONSES 

Jr.  Joseph  Xueières,  euré  de  Suinte- Anne  de 
Beaupré.  (V,  IX,  653.) — M.  J.  Navières  vint  au  Canada 
en  1734,  en  compagnie  de  Mgr  Pierre  Herman  Dosquct, 
successeur  de  Mgr  L.-F.  Duplessis  de  Mornay  au  siege  epis- 
copal de  Québec. 

Mis  en  possession  de  son  évéché  le  1G  août  1734,  MgrDos- 
quet  nomma,  quelques  jours  après.  M.  J.  Navières  curé  de 
Sainte-Anne  do  Beaupré.  Celui-ci  conserva  sa  cure  jusqu'à 
son  départ  pour  la  France,  en  1740. 

Une  seule  lettre  de  M.  Navières  sur  lo  Canada  a  été  publiée 
en  France  (fév.  18s2),  par  M.  Ludovic  Drapeyron,  dans  sa 
Revue  de  Géographie.  M.  Drapeyron,  dans  une  préface, 
explique  comment  ii  est  venu  en  possession  de  cette  lettre 
inédite  on  ces  termes  : 

"  Dans  la  bibliothèque  de  mon  grand-père,  M.  Navières  de 
Boissiere,  ancien  élève  de  l'école  normale  supérieure  et  ins- 
pecteur d'Académie,  décédé  en  1877,  j'ai  trouvé  un  nombre 
assez,  considérable  de  papiers  inédits  que  je  rangerai  sous 
quatre  chefs,  savoir  :  . . ." 

Le  4ème  chef  se  lit  comme  suit  : 

"  Copie  de  la  lettre  écrite,  par  Al.  Xarières,  prêtre  rnission- 
nuire  et  curé  de  Sainte- Anne  en  Canada,  à  AT.  Yeyssièrc, 
vicaire  de  l  éylisc  collégiale  de  Saint- Alartial  de  Limoges  et 
curé  de  Bonnac."  Ce  dernier  document  est  celui  que  nous 
publions  aujourd'hui,  en  l'intitulant  :  1  t'n  voyage  à  la  Nou- 
velle-France sous  Louis  XV." 

Celte  lettre  remplit  1G  pages  de  la  Revue  de  Géographie, 
imprimée  à  l'aria,  par  Chs  Delagrave,  éditeur  de  la  Société 
de  (îéographie,  15,  rueSoumot. 

FjU  tête,  on  lit  :  Du  Royaume  des  Alarinyouins,  prez  les 
colonnes  d'Hercules,  et  au  bas  la  signature,  etc.  :  "  J.  Na- 
vières, Prêtre  missionnaire,  curé  de  Sainte- Anne.  A  été- 
achevé  le  susdit  recueil  à  Sainte- Anne,  ce  3  octobre  1734/' 


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Le  titre  donné  à  oette  lettre  par  M.  Drapeyron  est  bien 
Approprié.  C'est  en  effet  un  récit  bien  intéressant  d'un 
voyage  sur  mer,  il  y  a  un  siècle  et  demi,  sur  un  vaisseau  du 
Roi,  de  la  Rochelle  à  Québec.  Celui-là  avait  duré  76  jours. 

A  la  date  de  cette  lettre,  M.  Navières  n'avait  pas  encore 
50  jours  de  résidence  en  Canada  ;  il  avait  vu  Québec  et  toute 
la  côte  de  Beaupré.  Dans  sa  lettre  écrite  pour  un  ami  intime 
•et  non  pour  la  publicité,  il  communiquait  ses  impressions  et 
Jes  renseignements  qu'il  avait  pu  recueillir  sur  ces  lieux. 

Voici  comment  il  parlait  de  la  paroisse  de  Sainte- Anne  et 
de  son  église  telles  qu'il  les  trouva  on  1731  : 

"  Venon*  maintenant  à  ce  que  je  fais  dans  ce  pays.  On  ne 
m'a  pas  laissé  longtemps  oisif  ;  aussi,  je  ne  passais  pas  les 
mers  pour  faire  le  fénéant.  Trois  ou  quatre  jours  après  mon 
arrivée,  Monseigneur  me  donna  de  l'emploi.  Il  me  nomma  à 
une  des  plus  considérables  euros  qui  soient  dans  le  pays,  à 
laquelle  je  me  rondin  anrôs  la  fête  de  Saint-Louis,  pour  y 
exercer  mes  fonctions.  Elle  est  située  à  sept  petites  lieues  de 
Quebec,  sur  le  bord  du  fleuve  Saint- Laurent,  dans  une  grande 
plaine,  longue  d'une  dizaine  île  lieues,  qui  est  fertiloet  agréa- 
ble.  Notre  Limousin  ne  produit  pas  de  pais  semblable.  Ce 
n'est  pas  qu'il  n'y  aye  dos  montagnes,  mais  elles  sont  faciles 
à  grimper,  et  un  demi-quart  d'heure  suffît  pour  arriver  au 
sommet.  Mu  paroisse  est  située  sur  le  bord  du  fleuve  Saint- 
Laurent,  qui  donne  un  agrément  à  ma  petite  maison  et  à 
mon  église,  qui  est  une  des  plus  belles  et  des  mieux  ornées  du 
Canada.   Tu  pourrais  t'imaginer  quo  eu  n'est  pas  grand  - 
chose  ;  détrompe-toi,  et  sois  persuadé  que  les  églises  parois- 
siales de  campagne  en  Franco  ne  sont  pas  comparables  à 
colles  du  pays  que  j  habite.   J'ai  plus  do  douze  ornements 
différents  pour  la  messe,  tous  propres  et  beaux  ;  les  linges, 
soit  sacrez,  soit  aubes  et  surplis,  sont  presque  sans  nombro  ; 
Jes  vases  sacrez  riches  et  d'argent  doré,le  soleil  grand  et  d'un 
bol  ouvrage,  l'église  vasto,  ornée  de  tableaux  donnés  par  des 


—  368  — 

vœux  qu'ont  fait  plusieurs  bâtiments  dam*  les  dangers  qu'il» 
ont  essuyé  dans  les  voyages  du  Canada.  Le  maître-autol  est 
d'une  architecture  rare,  et  le  rétable  l'emporte  pour  la 
richesse  et  la  magnificence  sur  tous  ceux  que  j'ai  vu.  Les 
reliques  très  courues  et  en  grande  vénération  ;  la  principale, 
quoique  la  plus  petite,  est  une  portion  de  la  main  de  Sainte- 
Anne  bien  avérée  ;  l'église  est  consacrée  à  Dieu  sous  l'invo- 
cation de  cette  grando  sainte,  qui  est  en  si  grande  vénération 
dans  ce  paie,  que  les  pèlerins  y  abondent  et  montent  et  des- 
cendent de  5  à  6  cent  lieues  pour  accomplir  leur  vœu,  ce  qui 
n'est  pas  un  petit  embarras  pour  moi.  Les  confessions  et 
communions  sont  si  fréquentes  que  je  ne  crois  pas  qu'il  y  ait 
on  France  de  paroisses  de  campagnes  où  elles  boient  plus 
communes.  Outre  les  pèlerins,  les  gens  do  la  paroisse  me 
donnent  beaucoup  d'occupation,  surtout  le  dimanche,  et 
aprez  avoir  passé  prez  de  4  heures  au  confessionnal,  je  suis 
obligé  d'en  renvoyer  plusieurs  pour  célébrer  la  messe  que 
les  paroissiens  attendent  avec  impatience.  Peu  do  jours 
ouvriers  se  passent  sans  qu'il  y  ait  des  confessions  des  pèle- 
rins et  des  gens  do  la  paroisse  ;  en  un  mot,  si  nous  étions 
trois  et  même  quatre,  nous  aurions  suffisamment  d'occupa- 
tion, et  autant  de  messes  que  nous  pourrions  acquitter,  etc." 

Voilà  un  témoignage  de  plus  confirmant  le  fait  que  la 
dévotion  à  la  bonne  sainte  Anne,  commencée  dès  l'origine  de 
notro  colonie,  n'a  pas  été  interrompue  et  n'a  fuit  que  pro- 
gresser du  même  pas  que  la  population.     R.  Bellemare 

L'honorable  Jean-Charles  Chapais.(V,  VIII, 
643.)— M.  Chapuis  naquit  à  la  Rivière-Ouelle,  le  2  décembre 
1811,  et  était  le  fils  de  M.  J.-C.  Chapais,  marchand,  de  cette 
paroisse.  Après  avoir  fait  ses  études  au  séminaire  de  Xico- 
lct,  il  se  livra  au  commerce,  comme  son  père,  et  se  fixa  à 
Saint- Denis,  où  il  eut  pour  ami  le  plus  dévoué,  le  curé  de 
cette  paroisse.  M.  l'abbé  Quertier,  cet  homme  si  célèbre  par 
eon  éloquence. 


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—  369  — 

En  1850,  la  mort  de  M.  Marquis,  député  de  Karaouraskay 
néceœita  une  élection  dans  cette  division.  Le  parti  conser- 
vateur choisit  M.  Chapais  comme  son  candidat,  mais  son 
adversaire,  M.  Lotellier,  l'emporta  par  quelques  voix  seule- 
ment  de  majorité.  L'année  suivante,  des  élections  générale* 
eurent  lieu,  les  deux  mêmes  adversaires  entrèrent  en  lice,  et 
M.  Chapais,  après  avoir  combattu  avec  vigueur,  triompha. 
Ce  fut  le  commencement  de»  nombreuses  défaites  que  subit 
le  parti  libéral  dans  ce  comté  jusqu'en  1807. 

AI.  Chapais  fut  membre  du  Conseil  Exécutif  comme  com  - 
missairo  des  travaux  publics,  depuis  le  mois  de  mars  1864, 
jusqu'à  la  Confédération.  Assermenté,  lo  1er  juillet  1867,com- 
me  membre  du  Conseil  Privé,  il  occupa  le  poste  de  ministre  de 
l'agriculture  depuis  cette  date  jusqu'au  16  novembre  1870, 
alors  qu'il  fut  nommé  receveur  général  ;  il  donna  sa  démis- 
sion au  mois  de  janvier  1873. 

J/honorable  AI.  Chapais  représenta  le  comté  de  Kamou- 
raskadel851  à  1867.  A  cette  dernière  date,  il  eut  pour 
adveroaire  M.  C.-A.-P.  Pelletier, aujourd'hui  sénateur.  Cette 
élection,  qui  dégénéra  en  une  bataille  véritable,  n'eut  pour 
résultat'pratiquo  que  de  faire  défranchiser  lo  comté  qui,  pen- 
dant deux  ans,  n'eut  pas  de  représentant  à  la  Chambre  des 
Communes.  Al.  Chapais  se  rit  élire  aussitôt  dans  le  comté  de 
Champlain,  qu'il  représenta  à  l'Assemblée  Législative  de 
Québec  de  1867  à  1871.  Le  Kt  janvier  1868,  il  fut  créé  séna- 
teur pour  la  division  de  la  Durontaye,  charge  qu'il  a  tou- 
jours remplie  jusqu  à  sa  mort  avec  honneur,  avec  dévoue- 
ment et  toujours  dans  l'intérêt  de  son  pays. 

En  1864,  M.  Chapais  prit  une  part  active  à  la  Confédéra- 
tion, qui  était  à  l'état  de  projet,  lors  de  la  conférence  de  l'U- 
nion à  Québec,  et  il  devint  l'un  des  pères  de  cette  même 
Confédération.  11  fut  aussi  pondant  quelque  temps  directeur 
du  Grand-Tronc,  ayant  été  nommé  à  cotte  position  par  le 
gouvernement. 


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—  370  — 


M.  Chapais  a  toujours  joui  de  la  réputation  d'un  parfait 
gentilhomme,  d'un  ardent  patriote,  d'un  honnête  citoyen  et 
d'un  excellent  père  de  famille. 

M.  Chapais  mourut  à  Ottawa,  le  17  juillet  1885,  du  diabète, 
dont  il  soutirait  depuis  quelques  années.  11  était  catholique 
pratiquant,  aussi  reçut  il  avec  ferveur  les  derniers  sacre- 
ments do  l'Eglise.  Ses  restes  furent  transportés  à  Saint- 
Don  is,  où,  nu  milieu  d'un  immense  concours  de  parents  et 
d'amis,  eurent  lieu,  le  22  juillet,  les  cérémonies  solennelles 
des  funérailles.  CE.  Roci.kai; 

Le  testament  tie  C/iamptain.  (V,  IX,  G52.)— Par 
son  contrat  de  mariage,  le  fondateur  do  Québec  devait  lais- 
ser à  sa  femme,  si  elle  lui  survivait,  la  jouissance  de  tous  ses 
biens.  Son  testament  vint  tout  déranger.  Entraîné  par 
une  dévotion  extraordinaire  à  Xotre-Dame  de  Recouvrante, 
et  présumant  aussi  que  sa  compagne,  dont  la  piété  dépassait 
peut-être  la  sienne,  applaudirait  à  ce  legs  louable,  Cham- 
plain  institua  l'église  qu'il  avait  fondée  sa  légataire  univer- 
selle. En  ell'et.  la  veuve  ne  présenta  pas  d'opposition,  elle 
prévôt  des  marchands  de  Paris  confirma  le  testament,  par 
sa  sentence  du  11  juillet  KJHT.  Néanmoins  le  testament  fut 
cause  d'un  procès  célèbre. 

I "ne  cousine  germaine  de  Champlain,  du  nom  de  Marie 
Carnaret,  épouse  de  Jacques  llcrsaut,  contrôleur  des  traites 
foraines  et  domaniale-  de  la  Rochelle,  attaqua  le  document 
sur  deux  points.  Son  avocat,  maître  Hoileau,  prétendit  qu'il 
n'était  pas  conforme  an  contrat  de  mariage,  et  que,  do  ce 
seul  chef,  il  devait  être  annulé.  Il  ajoutait  do  plus,  à  ren- 
contre de  la  vérité,  qu'il  avait  été  fabriqué  par  des  mains 
étrangères,  car  on  ne  pouvait  pas  supposer  qu  Champlain 
eût  institué  Vio>/e-3r<irie  pour  son  héritière.  Ce  sont  les 
termes  mêmes  de  la  disposition  testamentaire.  Le  procureur 
général  lîignou  réfuta  aisément  les  allégations  du  procu- 


—  371  — 


reur  do  Mario  Canierat,  et  il  prouva  que  madame  Champlain* 
elle-même  reconnaissait  la  signature  de  hou  mari,  son  stylo 
et  ses  expressions.  Ce  legs  à  la  Vierge- Marie  n'avait  rien 
que  de  très  naturel  dans  la  bouchede  Champlain,  "  que  l'on 
sait,  dit  Bignon,  après  avoir  été  assez  accoutumé  à  se  servir 
de  paroles  bien  chrétiennes,  pour  avoir  voulu,  sur  ce  sujet, 
témoigner  par  exprès  des  sentiments  particuliers  d'une  âme 
pieuse  et  catholique."  Bien  qu'il  reconnut  l'authenticité  du 
testament,  le  procureur  général  finissait  par  conclure  qu'il 
devait  être  rejeté,  comme  contraire  au  contrat  de  mariage. 
La  Cour  en  jugea  ainsi  et  les  biens  de  Champlain,  moins  une 
somme  de  000  livres  provenant  dv:  la  vente  de  ses  meubles, 
retournèrent  a  ses  héritiers  naturels.  N.E.  Dio.nnk 

Le  trèn  honorable  John- A  rth  ur  Itwbuck,  (IV, 
V,  457.) — H  y  a  bien  îles  gens  parmi  nous,  mémo  des  gens 
assez  instruits,  qui  ne  connaissent  guère  M.  Ku-buck  et  qui 
savent  peu  de  choses  Uo  ses  relations  avec  le  Canada. 

John  Arthur  frvbuck  était  né  aux  Indes,  à  Madras,  en 
1801.  Son  père  était  employé  dans  le  service  civil.  Eu  1807, 
ses  parents  quittèrent  l'Inde  pour  1  Angleterre.  Peu  de 
temps  après  son  père  étant  mort,  sa  mère  se  remaria  et  l'a- 
mena avec  elle  au  Canada  où  son  second  mari  avait  proba- 
blement un  emploi.  Le  jeune  Kccbuck  re«;ut  donc  toute  sa 
première  éducation  dans  notre  pays.  D'après  l'historien 
Christie,  en  1822,  à  l'âge  do  21  ans,  il  écrivit  tt  publia  à  Qué- 
bec une  brochure  en  faveur  de  l'union  des  deux  Canadas. 
En  1824,  il  partit  pour  l'Angleterre,  où  il  étudia  le  droit  et 
se  fit  admettre  au  bareau  en  1832.  Le  mémo  Christie  nous 
apprend  que  M.  .Roebuck  fut  le  véritable  auteur  du  livre 
publié  en  anglais,  à  Londres,  en  18.'i0,  sous  le  nom  du  Dr 
Pierre  de  Salles  Laterrière.  Ce  livre  était  intitulé  :  A  political 
account  of  Lou  er  Canada  :  icith  remarks  on  the  present  situa- 
tion of  the  people,  as  reyards  their  manners,  character,  reli- 


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—  372  — 


gion,  etc.,  by  "A  Canadien."  On  y  recommandait  entre  autre 
chose,  l'abolition  du  Conseil  législatif,  comme  remède  aux 
maux  dont  souffrait  la  province  du  Bas-Canada. 

En  1832,  Bœbuck  fut  <!lu  par  la  ville  de  Bath  pour  la 
Chambre  des  Communes,  grâce  à  l'influence  de  leader  radi- 
-cal,  M.  Hume.  Ayant  résidé  pendant  de  longues  années  au 
Canada,  il  prit  immédiatement  un  grand  intérêt  aux  aftaires 
canadiennes  dont  le  parlement  anglais  était  souvent  saisi  à 
cette  époque.  Le  15  avril  1834,  il  proposait  la  nomination 
d 'un  comité  pour  "  s'enquérir  des  moyens  de  remédier  aux 
maux  qui  découlent  de  la  forme  du  gouvernement  dans  le 
Haut  et  le  Bas  Canada." 

L'année  suivante,  (1835),  l'Assemblée  législative  de  Qué- 
bec passa  un  bill  pour  nommer  il.  Iïœbuek  agent  de  la  pro- 
vince en  Angleterre.  L'honorable  D.  B.  Viger  agissait 
comme  tel  depuis  deux  ans  mais  il  lui  fallait  revenir  au  pays 
et  nos  chefs  parlementaires  sentaient  le  besoin  d'avoir  un  re- 
présentant autorisé  à  Londres  pour  défendro  nos  intérêts.  Ce- 
pendant de  crainte  que  le  bill  ne  fût  rejeté  par  le  Con  Ail 
Législatif— ce  qui  arriva  en  effet — la  chambre  adopta  les 
résolutions  suivantes  : 

"  Que  c'est  l'opinion  de  ce  comité  que,dans  le  cas  où  le  bill 
pa**é  par  cette  Chambre  hier,  nommant  John  Arthur  Roe- 
buck, tfcuyer,  comme  agent  de  la  province  ne  deviendrait 
pas  loi,  ledit  John  Arthur  Kœbuck.  écr.,  soit  prié  de  repré- 
senter auprès  du  gouvernement  de  Sa  Majesté  .comme  agent 
de  cette  chambre,  les  intérêts  et  les  sentiments  des  habitants 
de  cette  province,  et  de  soutenir  les  pétitions  adressées  par 
cette  chambre  à  Sa  Majesté  et  aux  deux  chambres  du  par- 
lement. 

"  Que  c'est  l'opinion  de  ce  comité,  que  dans  le  cas  où  le 
bill  ne  deviendrait  j  as  loi,  il  est  juste  que  le  greffier  de  cette 
cham  bre  soit  autorisé  à  paj'er  au  dit  John  Arthur  Rœbuek, 
.écuyer,  ou  à  son  ordre,  à  même  le  fond  des  dépenses  contin- 


* 


—  373  — 

gentes  de  la  chambre.une  somme  n'excédant  pas  600  louiB 
sterling,  pour  l'indemniser  de  ses  soins  et  services  en  sa  dite 
qualité  d'agent  ;  et  que  le  greffier  soit  pareillement  autorisé 
à  ava  ncer  au  dit  J.-A.  Roebuck,  écuyer,  uno  somme  n'excé- 
dant pas  500  louis  sterling,  pour  l'aider  à  faire  face  à  ses  dé- 
boursés et  dépenses  contingentes  en  sa  dite  qualité  ;  desquels 
dits  déboursés  et  dépenses  il  sera  rendu  compte  à  cette  chain- 
bro  de  six  mois  en  six  mois." 

Sur  réception  de  cet*  résolutions,  M.  Rœbuck  demanda  uno 
audience  à  lord  (îlenely,  secretaire  des  colonies,  afin  de  se 
faire  reconnaître  cornmo  agent  do  l'Assemblée  du  Bas-Canada. 
Et  en  juin  1835,  il  fut  reconnu  comme  tel  par  le  ministre. 

A  la  session  d'automne  de  la  même  annéed'Assemblée  passa 
un  t>econd  bill  pour  nommer  M.  Rœbuck  agent  do  la  pro- 
vince, et  adopta  en  même  temps,  des  résolutions  analogues  à 
celle  de  la  session  précédente.  Le  bill  fut  encore  rejeté  par 

le  Conseil  législatif.  En  1836,  nouveau  bill  qui  n'eut  pas 
une  meilleure  fortune. 

M.  Roebuck  s'occupa  activement  de  nos  affaires  durant 

ces  années  critiques  où  la  situation  était  si  terriblement  ten- 
due entre  l'Assemblée  Législative  et  les  autorités  impériales. 
Survinrent  les  douloureux  événements  de  1837.  Lorsque 
lor.l  John  Russell  proposa  un  bill,  en  1838,  pour  suspendre 
la  constitution  du  lias- Canada,  "M.  Roebuck  qui  avait  perdu 
son  siège  l'année  précédente,  demanda  a  être  entendu  à  la 
barre  de  la  chambre  des  Lords  et  do  la  chambre  des  Com- 
munes, comme  agent  de  l'Assemblée,  pour  s'opposer  à  ce 
projet  de  loi.  Cladstone  et  lord  Stanley  aux  Communes,  et 
lord  Aberdeen  dans  la  chambre  haute,  soulevèrent  des  ob- 
jections. Mais  finalement  M.  Roebuck  fut  admis  à  compa- 
raître.   Tl  fut,  dit-on,  très  agressif  et  très  amer. 

On  lit  à  ce  propos  dans  A  history  of  our  own  times,  de 
Justin  McCarthy  : 

"  Un  critique  de  cette  époque  remarqua  que  la  plupart 
dos  orateurs  semblent  s'efforcer  de  se  concilier  les  bonnes 


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—  374  — 

grâces  de  l'auditoire  qu'ils  veulent  gagner,  mais  que  M. 
Roebuck,  dès  le  début,  parut  déterminé  à  tournor  contre  lui 
et  sa  cause  tous  ses  auditeurs.  Ses  discours  cependant  furent 
d'une  grande  force  argumentative  et  d'une  grande  puissance. 
•  Leur  effet  fut  encore  augmenté  par  l'apparence  singulière- 

ment jeune  de  l'orateur  à  qui  l'on  eût  à  peine  donné  vingt 
an*.  M.  Roebuck  avait  pourtant  37  ans." 

La  constitution  de  17!)  1  ayant  été  suspendue  puis  rappe- 
lée, M.  Roebuck  cessait  naturellement  d'être  agent  de  l'As- 
semblée défunte. 

Mais  il  lui  était  dû  des  arrérages  pour  ses  émoluments  et 
déboursés.  En  vertu  des  résolutions  de  février  1835,  ils  s'é- 
levaient à  1100  louis  par  année.  Il  avait  été  payé  pour  1835, 
et  avait  reçu  700  louis  pou*  1830*.  Mais  le  deadlock  finan- 
cier, entre  l'Assemblée  et  l'Exécutif  avait  ensuite  arrêté  tous 
les  paiements,  et  il  lui  restait  dû  400  livres  pour  183»i,  et 
1,100  louis  pour  1837,  en  tout  1,500  louis. 

En  1838.  le  conseil  spécial,  nommé  par  lord  Durham, 
alloua  une  certaine  somme  pour  défrayer  les  dépenses  de  la 
dernière  Chambre  d'Assemblée.  Mais  les  arrérages  do  M. 
Roebuck  furent  omis.  11  s'en  plaignit  au  ministre  qui  écri- 
vit à  ce  sujet,  d'abord  à  sir  John  Colborne,  en  1839,  puis  à 
M.  Poulett  Thompson  en  1840.  Celui  ci  répondit  que  le  con- 
seil spécial,  à  qui  il  avait  soumis  les  réclamations  de  M. 
Roebuck,  les  avait  rejetées. 

Pendant  dix  ans,  on  n'en  entendit  plus  parler.  Mais  en 
1850,  M.  Roebuck  revint  à  la  charge.  Le  secrétaire  d'État 
pour  les  colonies,  lord  Crey,  écrivit  a  lord  Elgin,  lui  trans- 
mettant une  lettre  de  l  ex-agent  de  l'Assemblée  bas-cana- 
dienne, dont  voici  la  teneur  : 

Milton,  Lynmington,  Haut*. 

VI  décembre  1850. 

Milord, 

11  y  a  plusieurs  années,  j'ai  agi  comme  agent  de  la  Cham- 
bre d'Assemblée  du  Bas-Canada.  En  cette  qualité,  et  au  nom 


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•de  cette  Assemblée,  qui  a  été  si  attaquée  et  maltraitée,  j'ai 
-c  omparu  à  la  barre  de  la  Chambre  des  Communes,  et  ensui- 
te à  la  barre  de  la  Chambre  des  lords.  J'ai  aussi  été  reconnu 
comme  agent  de  l'Assemblée  par  l'administration  actuelle  ; 
et  lorsque  l'aneienre  constitution  du  Has  Canada  fut  abolie, 
je  cessai  d'être  l'agent  de  l'Assemblée,  étant  alors  créancier 
do  cette  Chambre,  au  montant  de  $1.500. 

Par  un  procédé  déshonorant,  on  a  éludé  le  paiement  de 
cette  dette,  après  avoir  payé  toutes  les  dettes  de  l'Assemblée 
de  la  province  ;  l'animosité,  la  haine  et  l'esprit  de  parti.ont 
pris  la  place  de  la  justice  en  ce  qui  me  regarde.  J'espère 
que  ces  sentiment*  de  rancune  personnelle  se  sont  évanouis  ; 
et  J'en  appelle  maintenant  à  la  justice  de  la  législature  cana- 
dienne, pour  me  payer  une  dette  q\ii  m'est  due  à  juste 
titre. 

J'ai  demandé  :\  lord  (irey  de  vous  autoriser  do  sanction- 
ner, au  nom  do  la  Reine,  le  paiement  de  cette  réclamation, 
«t  je  ne  puis  douter  un  seul  instant  que  vous  ne  soye»  auto- 
risé à  le  faire  ;  j'ose  me  flatter  que  votre  seigneurie  voudra 
transmettre  la  lettre  ci  jointe  à  l'orateur  de  l'Assemblée  Lé- 
gislative, avec  l'autorisation  officielle  et  personnelle  que  vous 
.-devez  avoir  reçue,  je  n'en  doute  nullement. 
Je  demeure.  Milord, 

Votre  obéissant  serviteur, 

J.  A.  Rœbuck 
Au  très  honorable  le  comte  d'Klgin,  etc.,  etc.,  etc. 

La  réponse  a  cette  lettre,  fut  un  ordre-en -conseil  du  4 
mars  1851,  dan»  lequel  on  lisait  : 

a  lia  réclamation  de  M.  Rcvbuek,  a  été  recommandée  dans 
le»  dépêches  de  lord  Norman  by,  et  lord  John  Russell,  en  1839 
et  1840  :  mais  elle  paraît  n'avoir  pas  été  accueillie  par  le 
.conseil  spécial.  M.  R«ebuck  a  de  nouveau  mis  su  réclama- 
tion sous  les  yeux  du  comte  (irey  :  et  le  comité  du  conseil 
4?tant  d'opinion  qu'elle  est  fondée  en  justice,  recommande 


—  376  —  r^mx 


qu'il  soit  porté  sur  les  estimations  qui  seront  soumisses  au 
parlement,  durant  la  prochaine  session,  une  somme  suffisante 
pour  mettre  Sa  Majesté  en  état  de  payer  une  somme  de  1,500 
livres,  à  John  R.  Rœbuck,  pour  ses  services  agent  de  la  ci- 
devant  Chambre  d'Assemblée  du  lîa«j  Canada,  cette  somme 
étant  le  montant  par  lui  réclamé  et  constaté  lui  être  dû." 

A  la  session  suivante,la  somme  de  1,500  louis  fut  votée,  et 
M.  Rœbuck  fut  payé  conformément  a  Tordre  en  conseil. 

M.  Rœbuck  fournit,  en  Angleterre,  une  des  plus  belles 
carrières  parlementaires  de  ce  siècle.  Il  siégea  dans  la  Cham- 
bre des  Communes,  de  1882  à  1879,  avec  trois  interruptions 
seulement  :  de  1887  à  1841,  de  1847  àl849,  et  de  1868  à  1874. 
Il  fut  donc  membre  du  parlement  pendant  trente-cinq  années. 
Il  représenta  Sheffield,  depuis  1841  jusqu'à  sa  mort,  sauf  les 
dernières  périodes  plus  haut  mentionnées.  Un  de  ses  plus 
remarquables  exploits  parlementaires  tut  sa  motion  do  non- 
contianee  contre  le  gouvernement  de  lord  Aberdeen,  en  1852, 
au  sujet  de  la  manière  défectueuse  dont  le  département  de  la 
guerre  avait  organisé  les  services  do  l'armée  anglaiso.  en 
Crimée.  Ce  gouvernement  était  un  cabiuet  de  coalition  Que 
l'on  avait  appelé  le  "  cabinet  de  tous  les  talents",  comme 
autrefois  lemiuistèrede  lord  Granvillc,on  1796. Al. Rœbuck  eut 
157  voix  do  majorité  pour  sa  motion  et  renversa  ce  gouver- 
nement puissant.  Vers  la  fin  de  sa  carrière,  il  s'était  rappro- 
ché de  lord  Beaconstield  et  «les  conservateurs.  En  1878,  il 
fut  nommé  membre  du  Conseil  Privé. 

Il  écrivit  plusieurs  ouvrages,  dont  les  principaux  sont  : 
Pamphlet* for  the  people;  A  plan  for  the  government  of 
some  portions  of  our  colonial  possessions  ;  History  of  the 
whig  ministry  of  1880,  etc.,  etc. 

Le  très  honorablo  John  Arthur  Rœbuck  mourut  le  30 
novembre  1879. 

1g NO TUS 


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QUESTIONS 


680.  — Dans  les  relations  des  Jésuites  année  1670,  page  22, 
*nnée  1671,  page  7,  année  1672,  page  2,  année  1672  et  1673, 
pege  149,  il  est  fait  mention  d'une  statue  de  Notre  Dame  de 
Foy  envoyée  de  Belgique  au  Canada  ver»  1667  ou  1668. 
"  Cette  statue  de  la  Vierge  avait  cela  de  remarquable  qu'elle 
.était  fuite  du  bois  d'un  chêne  dans  le  cœur  duquel  on  en 
avait  trouvé  une  semblable  (en  1609)  quelques  années  au- 
paravant dans  le  village  de  Foye,  au  pays  de  Liège,  à  une 
lieue  de  la  ville  de  Dînant." 

Le  Père  Chaumonot  à  qui  cette  statue  avait  été  envoyée 
par  le  père  de  Vérencourt  bâtit  sous  le  même  nom  (Notre- 
Dame  de  Foy)  une  ohapelle  située  a  la  côte  Saint  Michel, 
près  de  Québec,  et  où  cette  statut  fut  placée.  La  dévotion 
des  fidèles  s'accrut  bientôt  par  les  miracles  que  la  Sainte 
Vierge  y  opéra. 

Les  sauvages  Hurons  établis  à  la  côte  Saint  Michel  fréquen- 
taient cette  chapelle  et  il  est  dit  dans  les  relations  des  Jésui- 
tes que  cette  statue  avait  été  donnée  expressément  pour 
la  conversion  des  sauvages  et  devait  être  placée  dans  l'une 
de  lours  chapelles. 

Les  Hurons  quittèrent  Notre-Dame  de  Foy  en  1674  pour 
aller  s'établir  à  l'Ancienne  Lorette. 

Qu'est  devenu  cette  statue  de  Notre-Dame  de  Foy  ? 

X.  X.  X. 

681.  — Quand  le  nom  de  Nouvelle-Ecosse  a-t  il  remplacé 
.celui  de  Acadie  ?  Qui  a  suggéré  et  employé  pour  la  pre- 
mière fois  ce  nom  de  Nouvelle- Ecosse  ? 

Ecot. 

682.  — On  me  dit  que  pendant  l'hiver  de  1769-1760  catho- 
liques et  protestants  à  Québec  suivaient  tour  à  tour  leurs 
offices  dans  la  chapelle  des  Ursulines.   Est-ce  le  cas  ? 

Rio 


—  378  — 


683.  — Le  compilateur  du  deuxième  volume  de  la  Littéra- 
ture canadienne  do  1850  à  I860  déclarait  qu'il  s'abstenait  de 
reproduire  en  entier  les  poésies  de  MM.  Garneau.  Lenoir  et 
Kiset,  parte  qu'elles  devaient,  lui  assurait-on,  être  publiées 
en  volumes  séparés. 

Ces  volumes  ont-ils  été  publiés  ?  Pt. 

684.  — Avons-nous  eu  deux  chirurgien*  Arnoux  à  Qué- 
"bec  ?  Celui  qui  possédait  uue  maison  sur  la  rue  Saint-Louis, 
à  Québec,mai*on  dans  laquelle  Montcalm  mourant  fut  trans- 
porté, est-il  décédé  au  Canada  ?  Geo. 

685.  — Pourquoi  les  protestants  appcllont  ils  ministres  ceux 
qui,  chez  eux,  président  au  culte  ?  Ce  mot  est-il  d'origine 
française  ou  anglaise  ?  IÎ. 

686.  — Dans  ses  Voyages,  Champlain  parle  souvent  d'une 
partie  du  port  de  Tadoussac  qu  il  nomme  "  moulin  Baudé." 
Cet  endroit  porte  aujourd'hui  le  nom  de  "Anse  du  moulin  à 
Baudé."  Pourquoi  ce  nom  de  Baudé  ?    Que  signitio-t-il  ? 

Nav<». 

687.  — Sous  le  régime  français,  désignait  on  sous  le  nom 
de  Nouvelle-Angleterre  tout  le  territoire  actuel  des  Etats- 
Unis  ?  Bans  le  cas  contraire,  quelles  étaient  les  limites  de 
la  Nouvelle-Angleterre  ? 

AxfRi, 

688—  Kn  1878,  un  Français  distiugué  du  nom  de  Beau- 
mont  débarquait  à  Québec.  Le  lendemain  de  son  arrivée  dans- 
la  capitale,  il  mourait  subitement  sur  la  ruo.  On  m'affirme 
que  c'est  ce  M.  de  Beaumont  qui  porta  le  message  de  Basai  • 
ne  rendant  Metz  à  l'armée  prussienne.  Quelqu'un  de  vos  lec- 
teurs peut  il  me  renseignor  1J  sur  la  mort  do  M.  de  Beau- 
raont  2°  sur  la  part  prise  par  lui  à  la  reddition  de  Metz  ? 

Franc. 

689—  Est-ea  l'Abord  à-Plouffe,  ou  la  Barro-à-Ploufle,qu*il 
faut  dire  ?  Rio. 


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TABLE  DES  MATIÈRES 


Acadie,  L'amour  de  la  France  en   111 

AcaUien-s  Le  chant  national  des   143 

Adelsheim   83 

"  Africaine,"  Le  naufrage  do  l'   84 

Amérique.  Kn       2lf> 

Amnistie  de  183S,  L"   04  152  182 

Années.  Le*  bonnes   (54  91 

Argent.  Sa  rareté  autrefois —    104 

Arnold,  Le  général      51  34»! 

Aulnuy,  Charles  Menou  d'   03  214 

Baptiste,  Le  flibustier     8 

•"  Bas  «le  soie"   Sf> 

Bâtis;  an.  Le  nom   274 

Beauee,  La  colonisation  de  la   32 

Beaumont.  Les  Acadiens  à   182 

Bédard.  Pierre   250 

B^dari  et  sim  rils,  Pierre   285 

Bédard,  Deux  ouvrages  de  Pierre   209 

Bégin,  Lfs  ancêtres  de  Mgr   123 

Bienville,  Saint  Antoine  de   195 

Bon-Temps.  L'ordre  du   178 

Bouchette,  L'arpenteur  général   186 

Bouchetto.  L'exploit  du  capitaine   317 

Bourget.  Mgr  Ignace   42 

Brion,  L'amiral  de   1 50 

Bureau  des  pauvres  à  Montréal,  Le   279 

-Camériers  Secret»  de  Sa  Sainteté,  Les   313 

Canada,  Le  Petit   221 

Canada,  Manière  d'apprendre  l'histoire  du   158 

•Cap  à  l'Arbre,  Le   314 

-Cap  Tourmente,  La  croix  du   f>3 

-Cari gnan.  Le  régiment  do   116 

iCartier,  La  croix  plantée  par   177 


Caughnawaga,  Saint-François- Xavier  do   131 

Champlain,  Le  testament  de   370 

Champlain,  L'OTthographe  du  mot   64 

Chanson  de  1812,  Une   237 

Chapais,  L'hon.  J.  C     368 

Chauffage  des  églises  autrefois   57    83  117 

Chouaguen,  Les  drapeaux  de   349 

Ohouard,  La  femme  de   274 

Clairon  du  lloi.  Le   216 

Com  pain,  L'abbé  Pierre- Joseph   115 

Confédération,  Les  Pères  de  la   346 

Conseil  de  Québec.  L'ancien   53 

Corrège  au  Canada,  Un  tableau  du   (il 

Corvées,  Les   216 

Coup  de  pied,  Un  royal   107 

Cox,  Sir  Kdmund  :   31 

D'Ailleboust,  Mme   43 

Deschambault,  Let*  Anglais  à   63  316 

Desjardins,  L'abbé  Jean-Louis   344 

Dorion,  J.-B.-E.   31    90  119 

Droits  beigneuriaux,  Les   136 

Durham,  L'ordonnance  de  lord   94  152  182 

Duel  sous  le  régime  français,  Le   31 

Ecossais  au  Canada,  Les   219 

"Enfant  Terrible,"  L'   31    90  119 

Epluchette,  Une   186 

Expressions,  Anciennes   144 

Familles  canadienne^  Les  premières   242 

Fénelon,  Un  ouvrage  de   240 

Fiedmont,  Jacau  de   173^ 

Formu lottes  écrites   207* 

Galiffet,  Le  marquis  de   347 

Gaspé,  Lieutenants-gouverneurs  de   146 

Gerrymander,  Le  mot   64  94 

Girouard,  La  famille   205 

Habitants  vs  Hivernants   105 

Huissiers  et  praticiens   38 

Hygiène  sous  le  régime  français,  L'   261 

Inhumations  hâtives   364 

Jésuites,  Le  Journal  des   21  52 

Jésus,  La  quête  de  l'Enfant   25 


Judicature  en  1732,  La   203 

Jurons  populaires,  Nos   359 

Kalm  au  Canada,  Le  voyageur   68 

Kiwber,  La  famille   252 

La  Boujonnier   79 

La  Jonquière,  Le  testament  de  M.  de   268 

Lauzon,  La  famille  de  M.  de   190- 

Lebrun,  Un  tableau  de   158  241» 

Legardeur  de  Saint-Pierre,  Joseph   233 

Légendes  de  nos  ancêtres,  Les   100 

Lepage,  L'abbé   32    91  841 

Lévis  et  les  drapeaux  de  ses  régiments   309 

Lévia,  Notre-Dame  de  la  Victoire  de   7 

Lieut.gonverneurs  de  Québec,  Les  armes  des...  73 

Longuuuil,  Le  dernier  rejeton  des   145 

Longueuil,  Le  nom  de   209 

Longueuil,  Les  journaux  de   22 

Loupgarou,  Le   304 

Lutin,  Le   78 

MacNab,  Sir  Allan   31    62  119 

Malartic,  Le  comte  de   109 

Marie  de  l'Incarnation,  La  Vénérable   365 

Martyrs  ou  patriotes   31  88 

Ménage,  Le  curé   362 

Ménagerie  des  pauvres   341 

Mééy,  La  mort  du  gouverneur  de   52 

Métis  ou  Bois-Brûlés   17 

Meurons,  Les   56  115 

Milice,  Les  commandants  de  notre   275 

Miliciens,  L'uniforme  de  nos   184 

Mitaine  des  puritains,  La   152 

Montcalm,  Le  monument  Wolfe  et   305 

Montmagny,  M.  de   32 

Montréal  à  Québec,  De   23£ 

Montréal  en  Espagne   32 

Morin,  Le  juge  A.-N   20  267 

Navières,  Joseph   366 

Noya  ux,  Les   81 

Ordres  du  Roi,  Les   126 

Papiers,  Les  vieux   202 

Papin  eau,  Joseph   253 


—  382  — 


Patriote-*  ou  martyrs     3)  S3 

Perrault,  Joseph- Francois   175 

Piehon,  Thomas  ,   32  92 

Plessis'ei  do  Maistre,  Mgr   241 

Plessis  et  le  tableau  de  Saint-Michel,  Mgr   32  27*i 

Poêles  dan*  les  égli»es,  Le-   57    S3  117 

Point-y.  Philippe  de  Lonvilliers  de   212 

Pointe  à  la  Garde.  l,e  combat  do  la   2S2 

Port  Daniel,  Saint-Georges  de...   323 

Port  neuf,  Lo  cm?   31  213 

Prélats  domestiques  de  Sa  .Sainteté,  Les   211» 

Prêtiv  méiic  in,  l"n   115 

Prêtres,  Cinq  frètes   273 

Prêtres  français  réfugiés  au  Canada   1S8 

PrÎHon  à  Qui- bee  t-ous  le  régime  français   64 

Propri -ti  s.  Le  morcellement  des   72 

Prot  motaires  apostoliques  canadiens,  Les  1S4  252  285 

Québec,  Lo  bureau  de  poste  de   153  247 

QuéWc;  de  1U20  à  lt>32   292  324 

Ramezay.  M.  île   59 

Rasle,  Le  P.  Sébastien   223 

Réchauds.  Au  temps  des   117 

Richmond,  La  mort  du  duc  de   112 

Robi'i  val.  La  paroi- se  de   6*7 

Rœbuek,  John- Arthur   371 

Kohault,  René   28 

Rolette.  Le  canton   146 

Salaberry,  Sou  discours  de  Châteauguay   S5  117 

Saint- Antoine  de  Bienville   195 

Saint  Fabien  de  Rimouski   99 

Saint-Frédéric  do  Druinmondville   227 

Saint  Georges  do  Port-Daniel   323 

Saint  Joseph  de  Lanoraie   163 

Saint  Joseph  de  la  Pointe  de  Lévy   35 

Saint  Laurent  de  1  île  d'Orléans   259 

Saint  Laurent,  La  traversée  du   18 

Saint  Loute,  L  incendie  du  théâtre   343 

Saint-Mathia8  de  Rouville   291 

Saint- Maurice,  Les  députés  de   283 

Saint  Paul  de  Joliette   355 

SainU Régie,  La  prise  de   141 


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Saint- Val  lier,  L'orthographe  du  mot   63 

Satan,  constructeur  d'églises   245 

Shawinigan,  Le  mot   30 

Sydenham,  La  mort  de  lord   82 

Terrebonne,  Le  fondateur  de   32    91  341 

Toronto,  Le  fort  de   137 

Trois-Pistoles,  L'hermite  de   260 

Turgeoc,  Mgr   32 

VallièresdeSaint-Réal,  Le  juge   153  275 

Vaudreuil,  Le  comte  de   23 

Victoria,  L'inauguration  du  pont   181* 

Villeray,  Louis  Rouer  de   356 

Wattevilles  et  Meurons,  Les   115 

Weld,  Le  cardinal   36 

Wheelwright,  Mère  Esther     164 

Wolfe,  Le  général   208 

Wolfe,  Le  monument  Montcalm  et   305 

Wolfe,  L'épée  de   63 

Wolfe,  Les  portraits  de   63 


FIN 


- 


» 


s 

i 


■3 


Recherches  Historiques 


BULLETIN  D'ARCHÉOLOGIE,  D'HISTOIRE,  DE 
BIOGRAPHIE,  DE  BIBLIOGRAPHIE,  DE 
NUMISMATIQUE,  ETC.,  ETC., 


PUBLIÉ  PAR 


PIERRE-GEORGES  ROY 


VOLUME  SIXIÈME 


LEVIS 
1900 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

VOL.  0  JANVIER  1900  No.  1 


SAINTE-CECILE  DE  VALLEY  FIELD 

En  1845,  au  mome  nt  même  où  s'achevait  le  canal  de  Beau» 
harnois,  destiné  à  relier  le  lac  Saint- François  et  le  lac  Saint- 
Louis,  VaHeyticld  u 'existait  pas.  La  construction  du  canal, 
dont  ce  point  était  le  terminus  en  venant  de  Montréal,  avait 
fait  drvs-er  en  cet  endroit  quelques  petite»  maisons  destinées 
aux  industriels  qui  suivent  les  chantiers  de  ces  grands  tra- 
vaux. Là  encore,  il  y  avait  quelques  cabanes  de  pêcheurs  et 
de  défricheurs  ou  settlers,  tous  fort  pauvres,  et  vivant  assez 
tristement.  Ces  deux  éléments  réunis  ne  donnaient,  eu  1849, 
à  ce  hameau  pas  beaucoup  plus  do  trente  feux. 

Ce  hameau  dépendait  de  la  paroi>se  de  Saint-Timothéo. 
L'endroit  même  où  e»t  situé  aujourd'hui  Valleylicld  n'avait 
pas  alors  de  désignation.  La  poinlo  de  terre  qui  se  détache  à 
l'entréo  du  canal  actuel,  était  appelée  '*  la  pointe  aux  voleurs," 
Ainsi  nommée  parce  qu'une  barge  dedenrecs  s'y  étantéchout  e, 
les  habitants  s'en  seraient  approprié  la  cargaison,  selon  les 
uns;  et  selon  d'autres,  parce  que  ces  mêmes  habitants  fai- 
saient main  basse  sur  les  bois  flottants  que  le  vent  ramenait 
de  ce  côté,  lorsqu'ils  manquaient  le  rapide  du  Coteau. 

A  partir  de  1855,  on  trouve,dans  les  registres  parfaitement 
tenus  de  la  paroisse,  des  documents  positifs  dans  lesquels  m 
peut  avoir  toute  confiance. 

Cette  paroisse  fut  créée  on  cette  même  année  sous  le  nom 
Officiel  de  paroisse  de  Sainte  Cécile.  Voici  les  termes  mêmes 
de  l'acte  en  date  du  1er  mai  1855  constituant  cette  paroisse: 

"  Il  sera  formé  une  paroisse  dite  de  Sainte-Cécile,  et  com- 
posée d'une  étendue  de  territoire  détachée  de  Saint-Timothée, 


l 


—  6  — 

comprenant  toute  la  partie  Mid  ouest  d  uolle  appelle  Cathe- 
rinestown,  bornée  et  limitée  au  nord-est  parla  Grande  Ligne 
qui  divise  ITelenstown  de  Catherinestown  ;  au  nord-ouest 
par  le  fleuve  Saint -Laurent,  comprenant  la  grand  île  de 
Saint-Timothée,  à  partir  de  son  extrémité  supérieure  à  aller 
à  la  terre  de  Pierre  Bongie  senior  ou  ses  repré*entants,inclu- 
stvement  ;  au  sud  est  par  la  rive  nord  de  la  rivière  Saint- 
Louis  comprenant  le  quatrième  rang  de  Catherinestown,  à 
partir  du  chemin  connu  sous  le  nom  de  chemin  Larocque,  à 
aller  à  la  ligne  du  canton  de  Godmanchester  ;  au  sud-ouest 
parla  ligne  du  dit  canton  de  Godmanchestor  jusqu'au  lao 
Saint-François." 

Le  6  mai  de  la  même  année,  c'est-à-dire  cinq  jours  après 
cotte  proclamation,  los  francs-tenanciers  de  la  nouvelle 
paroisse  se  réunissaient  au  presbytère  de  Saint-Timothée, 
dont  le  curé  avait  mission  de  desservir  Sainte-Cécile. 

Il  s'agissait  de  nommer  les  membres  de  la  fabrique.  A 
l'unanimité.I'assemblée  choisit  pourpremiormarguillier  Fran- 
çois Pitre  dit  Lajambe  ;  pour  second  marguillier,  Jean  Bou- 
gie, cultivateur  à  la  granio-Ile  ;  et  enfin,  pour  troisième 
marguillier,  Antoine  Hainault.  Six  mois  plus  tard,  on  déci- 
dait l'érection  d'une  église  et  d'un  presbytère  :  les  travaux 
commençaient  en  1856,  et  étaient  achevés  en  1857. 

L'église  était  placée  là  où  s'élève  aujourd'hui  la  cathédrale 
do  Valleyfield.  Elle  était  relativement  grande,  mais  les  res- 
sources ne  permirent  pas,pendant  plusieurs  années,de  la  déco- 
rer intérieurement. 

Elle  servit  juf qu'en  1882,époque  à  laquelle  M.le  curé  Ale- 
xis Pelletier  résolut,  avec  le  conseil  do  fabrique,  la  construc- 
tion d'une  nouvelle  égliso  plus  en  rapport  avec  la  population 
croissante  et  les  besoins  de  la  ville  de  Salaberiy  de  Valleyfield 
comme  était  officiellement  uotnmée  la  nouvelle  municipalité 
formée  dans  la  paroisse  de  Sainte-Cécile,  en  date  du  25  février 
1874. 


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Cette  égli-e  apj  artient,  jour  la  nef  et  le  cbœur,  au  style 
roman  :  la  nef  a  de  très  vaste»  proportions  et  un  cachet  de 
grandeur  qui  causent  au  visiteur  une  très  belle  impression. 
Le  chœur,  élevé  de  pluciours  marches,  avec  le  maître-autel 
placé  au  fond,  a  égalera*  nt  un  magnifique  aspect.  La  con- 
sécration de»  cette  belle  église  eut  lieu  le  2  octobre  1884. 
par  Mgr  Fabre,  archevêque  do  Montréal.  Elle  sert  aujour- 
d'hui de  cathédtale  au  piemier  évêqucdu  diocèse  de  Salu berry 
de  Valleytield,  Mgr  J.-M.  Emard. 

Inscrivons  ici  les  noms  des  curés  de  Valleyfiold  qui  ont,avec 
des  succès  drver*,  mais  tou»  avec  le  même  zèle  pour  le  bien 
de  leur  paroii**e,  contiibué  à  la  création  des  institutions,  à 
l'édihYation  des  monuments  qu'on  y  voit,  depuis  M.  Amahle 
Thibault,  premier  cure  de  Suinte  Cécile,  M.  J.  T.  Laanier  qui 
lui  succéda  en  1864,  et  occu  a  ce  po*to  jusqu'en  1878,  M. 
Alexis  Pelletier,  qui  a  droit  d'être  regardé  comme  le  second 
fondateur  de  Valley  field,  M.  J.-O.  Roussin,  M.  C.-A.  Santoire 
et  M.  J.-A.  Caslonguay,  curé  actuel.  R. 

LA  MÉMOIRE)  DE  GEORGES  III 


On  ar toujours  attribué  au  roi  Georges  III  une  mémoire 
prodigieuse  des  homme-*.  Il  lui  suffi  ait,  disait  on,  de  voir 
une  personne  une  aeule  fois  (et  les  souverain*  en  voient  un 
grand  nombre),  pour  se  la  rappeler  pendant  le  reste  de  sa 
vie.  M..  Charles  do  Lanaudière,  étant  encore  au  servico  de  la 
France,  avait  accompagné  son  oncle,  le  comte  de  BoUhébert, 
chargé  d'une  mission  diplomatique  à  la  cour  d'Angleterre, 
et  fut  présenté  au  roi  Georges  II 1.  Quinze  ans  après  cette 

Sremière  entrevue  avec  le  souverain  de  la  Grande  Bretagne, 
loi  fut  présenté  de  nouveau,  main  alors  comme  sujet  bri- 
tannique. Le  roi  le  reconnut  aussitôt,  et  lui  dit  en  sj  servant 
de  la  langue  française  : 

— Vous  m'avez  été  introduit  jadis  comme  sujet  français, 
mais  je  suis  heureux  que  vous  le  soyez  aujourd'hui  comme 
un  de  mes  sujets. 

Pois  il  ajouta,  en  se  servant  de  la  langue  anglaise  :  J'ou- 
bliai h  que  vous  parlez  l'anglais  avec  aisance.  R 


—  S  — 


L'ABBE  JOS  K  P  H  -  M  AT  H  U  R I N  BOURG 

Joseph  -Math u ri n  Bourg  naquit  à  Beaubast-in.  en  Acadie, 
le  9  juin  1744.  11  était  fils  de  Michel  Bourg  et  d'Anne  Hébert. 
Il  avait  11  ans  à  la  déportation  des  Acadien*,  et  Vet  événe- 
ment mémorable  avait  laissé  dans  son  esprit  une  douloureu- 
se  impression,  qu'il  conserva  toute  sa  vie  et  qui  le  forma  dès 
l'enfance  aux  épreuves  et  aux  luttes  qu'il  eut  à  soutonirdanS 
la  suite. 

Il  est  probable  que  ses  parents  furent  déportés  en  France, 
car  nous  le  retrouvons  quelques  années  plus  tard  au  sémi- 
naire des  Missions  Etrangères^  Pari*,poursuivant  ses  études 
et  se  préparant  aux  missions  lointaine*  de  l' Acadie,  dont  le  . 
bou venir  était  si  cher  au  6ls  des  malheureux  exilés. 

Ses  études  théologiques  terminées,  il  revint  H  Québec,  et 
après  quelques  mois  passés  au  séminaire  de  cette  ville,  il  fut 
ordonné  par  Mgr  Hubert,  au  moi*  do  septembre  1773.  Mgr 
de  Québec  lui  confia  immédiatement  les  missions  difficiles  de 
la  Baie  des  Chaleurs,  delà  Gaspésie  et  de  toute  l'Acadie, 
privée  de  secours  religieux  depuis  plusieurs  années. 

Il  arriva  à  Tracadièche,  (aujourd'hui  Carleton)  dans  l'au- 
tomne 1773,  un  an  après  le  départ  de*  Pères  Etienno  et 
Ambroi8e,Recollct8de  la  mission  des  Micmacs  de  Sainte-Anno 
do  Ristigouche,  et  au  moment  où  le  P.  Bonaventure,  autre 
Recollet,  allait  quitter  la  Baie  des  Chaleurs  et  la  Gaspésie. 

Il  avait  ordre  de  se  fixer  à  Tracadièche  (Carleton)  et  de 
faire  de  cette  place  le  centre  de  ses  missions.  C'était  l'en- 
droit le  plus  commode  et  le  plus  populeux.  Il  y  avait  là, 
en  effet,  un  groupe  assez  considérable  d'Acadiens,  que  la 
cruauté  des  Anglais  avait  forcés  de  quitter  leur  patrie,pour 
chercher  ailleurs  un  lieu  plus  sûr. 

La  première  émigration,  partie  de  Beaubassin  en  1755,  se 
composait  de  sept  familles,  Ambroise  Comeau  et  François, 


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•ou  fils,  Mario,  Benjamin,  Jean-Baptiste  et  Joseph  LeBlane, 
Charles  Dugas  et  Claude  Landry,  avec  leurs  familles.  Après 
avoir  erré  ça  et  là,  sans  pouvoir  se  fixer,  par  la  crainte  des 
Anglais,  ils  gagnèreut  la  Baio  des  Chaleurs  et  vinrent  se 
fixer  dans  le  Barachois  de  Tracadièche  ;  ce  barachois  est 
formé  par  un  banc  de  sable  de  près  de  deux  milles  de  long, 
joignant  la  terre  terme  à  l'est  à  un  cap  qui  s'avance  dans  la 
mer  d'un  mille,  et  fermé  à  l'ouest  par  un  autre  bane  do 
eable  qui  court  de  la  terre  ferme  nord  et  sud  jusqu'à  plus 
d'un  mille  au  largo,  en  laissant  qu'un  goulet  étroit  et  pro- 
fond pour  la  décharge  de  co  vaste  étang  au  reflux  de  lit 
marée. 

Comme  ces  doux  bancs  qui  se  rencontrent, 'sauf  lo  goulet, 
presqu'u  angle  droit,  étaient  alors  épaissement  boisés  et 
offraient  une  retraite  sûre,  ces  malheureux  exilés  établirent 
leur  campement  sur  une  petite  ilo*  boisée  qui  se  trouve  au 
milieu  du  barachois.  Ils  y  passèrent  l'hiver  1756,  vivant  de 
chasso  et  pêche. 

Ils  furent  bientôt  rejoins  par  d'autres  de  leurs  malheu- 
reux compatriotes  que  la  terreur  des  Anglais  jelait  sur  cette 
plage. 

Ce  lieu  était  appelé  ïracadiècho  par  les  sauvages,  ce  qui 
signifierait,  d'après  l'interprétation  du  fameux  chef  Micmac 
Sam  Souk,  durant  plusieurs  années  interprète  des  mission- 
naires de  la  réserve  des  sauvages  à  Kistigouche,  endroit  où 
U  y  a  beaucoup  de  hérons,  oiseaux  aquatiques  qui  y  font  leur 
séjour. 

M.  Bourg  fut  reçu  à  Tracadièche  (Carlelon)  avec  des 
transports  de  joie  et  une  vivo  allégresse  par  ces  pauvres 
Acadiens,  privés  de  secours  religieux,  au  moins  régulière- 
ment depuis  plusieurs  années.  Il  eut  aussi  le  bonheur  d'y 
rencontrer  son  frère  Charles,  et  trois  sœurs.  Il  maria  Char- 
les à  Théotiste  Savoye,  Vietoire,à  Michel  Vincent  Areeneau  ; 

Mario-Lucie  à  Iaaïe  Bernard,  et  Marie-Madeleine  demeura 
toujours  avec  lui. 


Il  y  avait  alors  à  C'arleton  40  familles  acadiennes,  for- 
mailt  200  âmes.  Lu  pêche  et  la  chasse  faisaient  leur  princi- 
pale occupation.  Quelques-uns  rependant  so  livraient  au 
défrichement  du  col,  et  à  la  culture. 

Dès  son  arrivée  a  Carleton,  M.  Bourg  s'occupa  à  se  ména- 
ger un  logement  et  tit  allonger  la  sacristie  de  la  chapelle, 
bâtie  quelques  années  auparavant  par  lo  P.  de  la  Brc*se,  le 
célèbre  missionnaire  jésuite. 

M.  Bourg  paspa  ce  premier  hiver  a  Carleton  et  alla  faire 
une  mission  à  Bonavcnture  et  aux  sauvages  de  Kistigouche, 
dont  il  apprit  promptement  la  langue  à  fond. 

Dès  le  lion  printemps  1774,  il  partit  pour  les  lointaine» 
misions  de-  l'Acrdie.  dont  il  tardait  -le  revoir  ces  lieux  si 
'  chers  à  soi,  cd-u-  et  porter  les  secours  de  son  ministère  à  ses 
malheureux  compatriote*. 

Accompagné  de  deux  sauvages  il  pénétra  à  travers  la  forêt 
à  la  rivière  Saint-Jean  où  il  trouva  un  grand  nombre  de  sau- 
vages qu'il  évangélisa.  et  à  un  <tal>lis<e:nent  d  Aeadicns,  qui 
s'étaient  échappés  de  la  déportation,  par  un  coup  d'audace. 

Pendant  que  U-s  tran-ports  cinglaient  sur  la  Bai 0  de 
Fundy,  dit  l'abbé  ('.'airain,  un  acadien  do  Port- Royal,  du 
nom  do  Beaulieu.  am  ien  navigateur  au  long  cours,  ayant 
demandé  au  capitaine  du  navire  où  il  était  détenu,  avec  224 
autres  exilés,  en  quel  lie  i  du  monde  il  allait  les  conduire." 

Dans  la  première  î'e  déserte  que  io  reneontrerai.repondit- 
îl  insolemment.  C  est  tout  ce  que  méritent  des  papistes  fran- 
çais comme  vous  autre-. 

'  Hors  de  lui  mcm\lk«aulieu,qui  était  d'une  force  peu  ordi- 
naire,  lui  asséna  un  coup  de  poing  qui  l'étendit  sur  le  pont. 
Ce  fut  le  signal  pour  les  autres  captifs,  qui  probablement 
s'étaiont  concertés  d'avance.  Quoique  sans  armes,  ils  se  pré- 
cipitèrent  sur  leurs  gardes,  en  blessèrent  quelques  uns 
et  mirent  les  autres  hors  de  combat. 


V 


— 11  — 

"  Bcaulieu  prit  le  commandement  do  transport  et  alla 
l'échouor  dans  la  rivière  Saint-Jean,  près  do  la  mission  quo 
dirigeaient  alors  les  Pères  Germain  et  de  la  Brosse,Jé8uites. 

Ce  fut  en  cet  endroit  que  M.  Bourg  fit  sa  première  mis- 
sion en  Acadie,  et  ses  compatriotes  le  virent  avec  joie  demeu- 
rer plusieurs  jours  au  milieu  d'eux  où  il  leur  prodigua  les 
secours  de  la  religion  dont  ils  avaient  été  privés  depuis  si  long- 
temps. 

La  vie  du  missionnaire  était  alors  très  pénible  et  remplie 
de  dangers  de  tous  genres.  Il  fallait  à  chaque  station,  au 
milieu  de  chaque  petit  groupe,  quelques  fois  sous  la  cabano 
du  pêcheur,  au  bord  de  la  mer,  ou  duns  l'intérieur  des  forêts, 
drosser  un  pauvre  autel,  consacrer  les  mariages  par  les  béné- 
dictions de  l'Eglise,  mariage»  souvent  contractés  déjà  devant 
un  notable  de  la  place  ou  le  plus  âgé  du  campement,  suppléer 
les  cérémonies  du  baptême,  catéchiser  le*  enfunts,  donner  la 
première  communion,  couronner  la  mission  par  une  retraite 
de  deux  à  trois  jours,  et  confesser  tout  le  monde  ;  car  tous 
accouraient  à  la  mission,  la  suivaient  religieusement,  puis, 
après  s'être  réconciliés  avec  leur  Dieu,  s  en  retournaient  plus 
forts  dans. les  épreuves  et  consolés. 

A  la  nouvelle  de  ia  venue  du  missionnaire,  on  s'empressait 
de  se  rendre  à  l'habitation  la  plus  vaste  et  la  plus  confor- 
table ;  des  familles  entières  faisaient  cinq  à  six  lieues  à  la 
ronde  et  quelquefois  plus,  par  des  chemins  difficiles,  à  tra- 
vers la  forêt,  ou  montés  sur  des  barques  que  conduisaient 
les  bras  vigoureux  des  jeunes  gens.  On  campait  autour  de 
l'habitation  du  missionnaire,  et  l'on  y  restait  tout  le  temps 
de  son  séjour  au  milieu  d'eux,  tant  oji  était  heureux  de  sa 
présence  et  avide  de  la  parole  de  I>ieu  et  des  secours  de  la 
religion.  On  assistait  à  tous  les  offices,  qui  duraient  presque 
dos  journées  entières,  avec  la  piété  et  le  recueillement  des 
premiers  chrétiens,  comme  aux  catacombes  de  Rome,  aux 
siècles  des  persécutions. 


—  12  — 

"  Spectacles  singulièrement  émouvants,»' écrie  M. Rameau, 
que  celui  de  cette  affluence  agreste  et  enthousiaste  autour  do 
ce  visiteur  étrange,  isolé,  presque  misérable  !  Quand  il  sur- 
venait à  travers  les  bois,  accompagné  d'un  ou  deux  sauva- 
ges, sa  simplicité,  son  dénuement  même  n'étaient  pa*  sana 
grandeur.  Mais  on  comprend  difficilement  comment  un 
homme  |  ouvait  suffire  à  une  telle  besogne.  Les  stations 
étaient  plus  fatiguantes  encore  que  les  parcours  ;  il  faut 
réellement  que,  dans  ces  réunions  où  îeflétait  tant  de  puis- 
sance morale,  les  missionnuires  aient  puisé  des  joies  inté- 
rieure h  et  des  consolations  religieuses  qui,  seules,  pouvaient 
com  per  se  r  les  fatigues  et  l'épuisement  du  corps." 

Après  plusieurs  jnurs  consacré»  à  la  rivière  Saint -Jeati.M. 
lif  urg  poursuivit  le  rours  de  ses  missions  partout  où  il  y 
irvuit  un  groupe  de  catholiqurs  :  à  Pctitcodiac,  a  Momram- 
couk,  à  la  Haie  Sainte-Marie,  nouvellement  établis  parles 
prosciits  de  17.">">,  rentrés  de  nouveau  dans  lour  chère  putrie, 
et  où  i!  demeura  plusieurs»  semaines,  ce  fut  partout  avec  la 
mémo  allégresse,  le  même  empressement  auprès  du  bon  mis- 
sionnaire, qui  lit  amples  moisson»  ci  exerça  son  zèlo  avec 
avantage.  Il  y  trouva  «les  adultes  de  14  A  1C  ans  qui  n'a- 
vaient pas  encoie  reçu  la  grace  du  l  aptème. 

Puis  il  p*e  rendit  ù  Halifax,  sans  doute  peur  plaider  la 
cause  de  si's  compatriotes,  ot  revint  de  ces  parage?  en  par- 
courant tous  les  posUs  :  Cocagne,  la  Haie  Verte.  Miramithi, 
Miecou  et  Cara<(iiet  eurent  sa  visite. 

A  la  fin  du  mois  de  novembre  1774,  il  était  de  retour  à 
Oarleton,  où  il  passa  1  hiver,  pour  recommencer  au  prin- 
temps suivant  le  cours  de  ses  pénibles  missions.  Il  fit,  durant 
l'hiver,  un  rapport  à  l'évêque  de  Québec  du  succès  de  cetta 
première  mission,  qui  avait  été  si  fructueuse  pour  le  salut 
des  âmes,  et  si  pleine  de  consolation  et  de  douce  joie  pour  le 
cœur  du  missionnaire. 


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—  13  — 


Mgr  Hubert  en  fut  si  satisfait  qu'il  conféra  à  M.  Bourg 
les  titres  et  la  jurid  ction  de  grand-vicaire  pour  toute  l'A- 
cadie,  la  Baie  des  Chaleurs  et  la  Gaspésie,  et  combla  le  jeune 
et  généreux  missionnaire  d'éloges  bien  mérités  d'ailleurs. 

Voici  comment  IV véque  s'exprime,  eu  lui  conférant  cette 
nouvelle  dignité  : 

"  Le  zèle  qui  vous  rit  abandonner  l'Europe  pour  voua  sacri- 
fier au  saint  de  vos  frère»,  p  us  chers  à  voire  cœur  par  les 
sentiments  do  la  religion  que  |  ar  ceux  de  la  nature,  ne  trouve 
point  d'ubhtaeleo  insurmontables  dès  qu'il  s'agit  de  gagner 
des  à  mes  à  Jésus  Christ,  la  difficulté  de-*  ebemins,  la  mau- 
vaise humeur  des  piruplen  quo  Xous  ne  vous  avons  pas  laissé 
ignorer  et  qui  ne  vous  a  p  is  épouvanté,  l'incertitude  du 
succès,  rien  de  tout  cela  ne  ralentit  votre  zèle  ;  à  toutes  ces 
représentations  qu  •  noire  aîbct  on  autant  que  notre  devoir 
nous  obligeait  de  vmw  taire,  vous  ne  Nous  avez  donné  que 
dos  réponses  dignes  d'un  ministre  de  J.C.  "  Je  ne  suis  venu 
avez  vous  dit.  que  j  our  les  :iuies  abandonnées  do  secours," 
de  si  beaux  sentiments  ne  pouvaient  que  Nous  plaire  infini- 
ment ;  ils  ont  en  etî'ot  pénétré  iu-qu'au  plus  tendre  et  au 
plus  intime  de  notre  to  ur.    Kt  pour  entrer  dans  toutes  vos 
saintes  et  pieu.-cs  intentions,  se<  ondi  r  votre  piété  et  esprit 
apostolique,  Nous  v.  us  avons  revêtu  et  vous  revêtons  par 
les  prés.-nti's  de  tons  i  o>  pouvoirs." 

Durant  les  trois  années  qui  suivirent.  M.  IVmii;  visita  la 
(Jaspétdo  toute  entière  et  la  Haie  des  Chaleurs,  des  deux  côtés 
jusqu'à  Miscou. 

En  177H  une  mission  au.-si  délicate  que  dangereure  lui  fut 
confiée  par  l'Kvêque  de  Québec. 

I^or^qu'éclata  la  guerre  américaine,  bs  sauvages  excités 
par  des  émissaires  de  la  Nouvelle-Angleterre,  prirent  une 
Attitude  si  menuyante,  qu'on  put  craindre  un  instant  à  un 
soulèvement  général.  Cette  révolte  dans  les  circonstances 
difficiles  que  traversait  la  métropole,  eût  singulièrement  com- 


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—  14  — 

pliqué  la  situation  déjà  si  difficile  par  elle-même.  Aussi  Sir 
Richard  IIughcs,alors  lieutenant-gouverneur  de  la  Nouvelle- 
Ecosse,  écrivit-il  à  cette  époque  au  gouverneur  général, dont 
la  résidence  était  à  Québec,  le  priant  d'insister  auprès  de 
l'Evêque  catholique  de  cette  ville,  pour  qu'un  missionnaire 
se  rendit  immédiatement  parmi  les  tribus  en  pleine  efferves- 
cence. 

L'abbé  Bourg  qui  était  alors  à  Carleton  et  qui  jouissait 
d'un  grand  ascendant  sur  l'esprit  des  sauvages  dont  il  con- 
naissait la  langue  et  les  mœurs,  était  l'homme  désigné  par 
les  circonstances  pour  cette  difficile  mission.  Aussi  Mgr  do 
Québec  s'empressa-t-il  de  lui  envoyer  un  exprès  pour  l'en 
charger.  N'écoutant  que  lu  voix  du  devoir  et  le  désir  de  son 
évoque,  M.  Bourg,  accompagné  de  deux  sauvages,  partit 
aussitôt.  Il  parcourut  toutes  les  bourgades  depuis  la  rivière 
Saint-Jean  jusqu'à  la  Nouvelle-Ecosse.  Il  réunit  complè- 
tement à  pacifier  les  Micmacs,  sur  lesquels  avait  passé  un 
souffle  de  révolte,  leur  lit  renouveler  leurs  promesses  de 
fidélité  et  de  loyauté  à  la  couronne  britannique,  et  en  retour, 
eût  depuis  lors  ses  coudées  franches  à  Halifax  et  dans  les 
missions  des  provinces  maritimes,  dont  il  sut  user  largement 
au  profit  de  ses  coreligionnaires  et  pour  l'honneur  de  la  reli- 
gion. 

Sur  sou  avis,  les  familles  irlandaises  d'Halifax  présentè- 
rent en  1783,  une  pétition  à  Sir  Andrew  Snape,  qui  avait 
remplacé  Sir  Jiichard  Hughes,  en  1781,  comme  lieutenant- 
gouverneur  de  la  province,  dans  le  but  d'obtenir  des  mesu- 
res plus  libérales  et  plus  tolérantes  pour  le  libre  exercice  de 
leur  religion.  En  réponse  à  la  demande  qui  lui  était  adres- 
sée,par  l'intermédiaire  du  gouverneur,  la  législature  décréta 
abolies  les  clauses  .injurieuses  et  iniques  qui  privaient  les 
sujets  catholiques  de  Sa  Majesté,  dans  la  Nouvelle -Ecosse, 
du  droit  de  possession  et  de  la  liberté  do  pouvoir  pratiquer 
ouvertement  leurs  devoirs  religieux.    C'est  de  cotte  époque 


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—  lo- 


que commence  l'émancipation  des  catholiques  de  la  Nou- 
velle-Ecosse. 

Sir  Richard  Hughes,  voulant  témoigner  sa  reconnaissance 
à  M.  Bourg,  d'une  manière  encore  plus  sensible,  lai  fit  con- 
céder gratuitement  l'Ile  aux  Hérons  et  quatre  milles  de 
terrain  sur  les  côtes  du  Xouveau-Brunswick,  en  face  de  Car- 
leton.  En  outre  un  certain  lopin  de  terre  où  se  trouve  ac- 
tuellement les  édifice»  religieux  de  Carlcton  jusqu'à  la  pointe 
dite  des  Bourgs.  M.  Bourg  céda  une  partie  de  ce  terrain  à 
eon  départ  de  cette  paroisse.  Le  reste  appartient  encore  à 
ses  arrières  neveux. 

La  liberté  religieuse  ayant  été  rendue,  grâce  à  l'influence 
de  M.  Bourg,  les  catholiques  d'Halifax  firent  des  démarches 
pour  avoir  un  prêtre  résidant  au  milieu  d'eux,  et  faisaient 
les  plus  grandes  instances. 

Le  1(5  juillet  1784.  M.  tiravé,  vicaire  géuéral  de  Québec, 
écrivait  à  M.  Bourg  pour  l'en  informer.  Ils  s'étaient  d'abord 
adressés  à  l'évêque  de  Londres  qui  leur  avait  naturellement 
répon  tu  qu'Halifax  n'était  pas  dans  son  diocèse. 

M.  Bourg  recevait  l'injonction  de  se  transporter  à  Halifax, 
d'examiner  les  choses  par  lui  môme,  et  de  lui  en  rendre 
compte  ;  combien  il  y  avait  de  catholiques  dans  la  ville  et 
aux  environs  dans  la  Nouvelle  Ecosse  ;  Si  l'on  pouvait  y 
bâtir  librement  une  église  et  une  maison  presby téralo  ;  quels 
étaient  les  moyens  do  fairo  subsister  un  prêtre,  et  autres 
choses  semblables. 

Le  désir  de  l'évêque  de  Québec  était  que  M.  Bourg  y  fit 
sa  résidence  ;  M.  Le  Roux,  récemment  arrivé  de  France, 
devait  lui  succéder  dans  les  missions  delà  Baie  des  Chaleurs 
jusqu'à  nouvel  ordre. 

On  prévoyait  alon  qu'Halifax  deviendrait  un  des  pre- 
miers postes,  et  les  catholiques,  grace  aux  démarches  de  M. 
Bourg,  y  avaient  obtenu  du  parlement  en  faveur  de  la  reli- 
gion catholiquo,  des  avantages  que  bien  d'autres  n'auraient 


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—  16  — 


seulement  pas  osé  demander.  M.  Bourg  savait  parfaitement 
la  langue  anglaise,  était  vicaire-général  du  TEvéque  de 
Québec,  et  avait  toute  sa  confiance.  Il  était  aussi  chargé 
do  dire  à  ces  catholiques  que  l'évêquo  no  les  oubliait  pas, 
était  très  content  du  zèle  qu'ils  avaient  pour  leur  religion  ; 
qu'il  avait  en  vue  leurs  intérêt*  spirituels  et  qu'il  travaille- 
rait de  tout  son  pouvoir  à  les  secourir. 

M.  Bourg  se  rendit  donc  à  Halifax  durant  l'été  1784,  et 
fit  son  rapport  à  Mgr  de  Québec.  Mais  sa  lettre  fut  perdue. 
Do  retour  a  Carlcton,  dans  l'automne  assez  avancé,  il  écrivit 
de  nouveau  à  M.  Gravé,  V.  G. 

"  J'eus  l'honneur,  dit-il,  d'écrire  à  Mgr  l'Evèque  étant  à 
Halifax  dans  lo  courant  de  l'été  dernier,  quo  je  me  confor- 
mais au  désir  de  Sa  Grandeur,  qui  était  que  je  résidasse  à 
Halifax  ;  M.  LeKoux  devait  résider  en  la  Baie  des  Chaleurs, 
et  moi  j  étais  sur  mon  depart  d'IIaiilax  pour  chercher  mes 
effets  en  la  Baie  et  retourner  au  plus  tôt.  J'ignore  si  cette 
lettre  est  parvenue  à  Sa  Grandeur  et  c  ost  ce  qui  m'oblige  do 
vous  écrire  la  présente.  Le  trajet  d'Halifax  à  la  Baie  m'a 
pris  tiois  semaines,  et  dans  une  tempête  qui  dura  trois  jours 
sans  discontinuer,  tout  l'équipage  tut  déconcerté  excepté  le 
capitaine.  Je  lus  obligé  Oe  servir  de  matelot  pour  me  sau- 
ver la  vie,  et  à  mon  arrivée  je  tombai  malade,  tant  j'avais 
essuyé  de  fatigue  et  de  froid.  Cette  indisposition  m'a  retenu 
dans  la  Baie  ;  Si  Dieu  me  conserve,  j'espère  me  transporter 
à  Halifax  ce  printemps  pour  y  faire  ma  résidence  jusqu'à 
novivel  ordre  do  mon  évéque. 

"  Quant  à  M.  IajKoux,  qui  est  un  très  digne  prêtro,  il  est 
maintenant  d'un  âge  si  avancé  qu'il  lui  est  impossible  do 
desservir  tous  les  endroits  éloignés  et  même  les  moins  éloi- 
gnés durant  l'hiver.  Ainsi,  je  crois  qu'il  serait  à  propos,  si 
Sa  Grandeur  l'avait  pour  agréable,  que  M.  LeKoux  vint 
résider  où  je  suis,  qui  est  maintenant  l'endroit  lo  plus  consi- 
dérable do  la  Baie,  puisqu'il  y  a  78  habitants  ;  neuf  lieues 


—  17  — 


plus  haut,  est  la  mission  de  Ristigoucho,  qu'il  pourrait  en- 
core desservir,  ainsi  que  les  endroits  Pégéguit  et  Caraquet, 
où  il  peut  y  avoir  on  tout  40  habitants.  Le  second  endroit 
le  plus  considérable  est  Bonaventure,  douze  lieues  plus  bas 
que  Tracadièche  et  toujours  du  côté  nord,  où  il  y  a  environ 
60  habitants.  Quatre  lieues  plus  bas,  est  un  endroit  appelé 
Paspébiac,  où  il  pout  y  avoir  25  habitants  ;  ensuite,  Port- 
Daniel,  Pasbeau,  la  Grande  Rivière  et  Percé.  Du  côté  sud 
de  l'ouverture  de  la  Baie,  se  trouve  Miraniichi,  où  il  peut  y 
avoir  20  familles  et  quantité  de  sauvages;  plus  loin,  Cocagne 
et  Alemramcouk,  où  réside  Al.  LcRoux,  parce  qu'il  y  a  100 
habitants  au  moins.  Ne  serait-il  pas  possible  de  placer  un 
jeune  prêtre  à  Bonaventure,  pour  y  résider  dans  ie  cours  de 
l'hiver  ?  L'été,  il  parcourrait  Ich  dill'érents  endroit*  que  j'ai 
nommés.  Al.  LeUuux  pourrait  suppléer  pour  les  malades 
pendant  son  absence.  Je  buis  persuadé  que  votre  zèle  apos- 
tolique vous  excitera  à  faire  tout  ce  qui  dépendra  do  vous 
pour  favoriser  cet  arrangement. " 

L'arrivée  à  Halifax' du  P.  Jonos  dérangea  tous  les  plans 
de  M.  Bourg. 

Le  P.  Jones  était  de  l'ordre  des  Capucins,  qui  avaiont 
fourni  déjà,  sous  la  domination  française,  plusieurs  mission- 
naires en  Acadic.  C'était  un  homme  instruit  et  fort  distin- 
gué. Il  y  bâtit  une  église  et  y  exerça  le* fonctions  de  vicaire 
général,  que  lui  contéru  l'évêquo  do  Q  iébec.  11  fut  bientôt 
rejoint,  dit  l'abbé  Casgrain,  par  deux  prêtres  français,  M. 
Allain  et  M.  Lejamtcl  de  la  Bloutorie.  L'abbé  Allain  s'en 
alla  évangéliser  le  groupe  acadien  lo  plus  inaccessible  et  le 
plus  délaissé  do  tous,  celui  des  lies  do  la  Madeleine.  AI.  Lo- 
jamtcl  de  la  Blouterie  eut  on  partage  l'île  du  Cap  Breton,e  t 
se  fixa  à  Arichat,  où  vint  bientôt  lo  rojoindre  un  autre  exilé 
do  France,  l'abbé  Champion,  comme  lui  du  diocèse  d'A- 
vranches. 


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—  IN  — 


M.  Bourg  demeura  donc  en  la  Baie  des  Chaleurs  et  vit 
ainsi  se  rétrécir  le  champ  immense  de  ses  missions. 

En  17.S*»,  M.  Bourg  tongea  a  faire  bâtir  une  nouvelle  église 
à  Carleton,  pour  tous  les  établfcfements  depuis  Cascapédiao 
jusqu'à  la  Nouvelle.  Ce  qui  l'engagea  à  entreprendre  cette 
construction,  ce  fut  l'activité  que  prit  alors  le  commerce  du 
poisson  ù  cet  endroit.  Aussi,  la  population  s'était  considéra- 
blement accrue.  Mais  Its  difficultés  qu'il  rencontra  pour  le 
choix  du  site  de  lu  nouvelle  église,  qu'il  vouhâit  voir  élever 
à  peu  près  au  même  endroit  que  l'ancienne,  lui  fit  renoncer 
pour  le  moment  à  [  entreprise. 

Voyant  la  mauvaise  .volonté  dus  habitants  et  la  division 
s'accentuer  davantage,  M.  Bourg  transporta  sa  résidence  à 
Bonuvt  mure.  Ce  fut  une  rude  épreuve  pour  h- s  habitants 
de  Carht«  n  qui,  malgré  leurs  malheur* 'lises  divisions,  esti- 
maient beaucoup  leur  pasteur.  Au&m  firent-ils  des  instances 
auprès  de  l'évêqne  de  (Québec  |  our  réinstaller  M.  lïourg  au 
milieu  d'eux.  M.  Bourg  résolut  alors  de  demeureralternati- 
vement  dans  les  deux  pi;  ces. 

Cette  même  année  17So\  M.  Bourg  reçut  un  auxiliaire 
dans  la  per.-onno  de  M.  d'irouard.  autre  prêtre  acadien,  qui 
fui  chargé  des  missions  de  Bistitfouchc,  Xi|  is>iqui,  Caruquet 
et  Mirnmichi.  Il  se  fixa  X  Cnniquct.  comme  étant  le  poste 
le  plus  important.  M.  Cirouard  fonda  plus  tard  le  séminaire 
de  Saint  II vai  int be.  P.  Q. 

Kn  17W»,Mgr  Hubert  ayant  réiflé  le  différend  et  fait  cesser 
I  es  divisions  à  ]>Topos  de  la  construction  do  la  nouvelle  église, 
ordonna  de  bâtir  ù  l'endroit  désigné  par  M.  Bourg.  On  com- 
mença incessamment  les  travaux. 

Le  1er  octobre  1787.  M.  Bourg  haptisùt,  à  Carleton,  un 
enfant  dont  il  fut  (  n  même  temps  le  parrain,  qui  devait  jouer 
un  grand  rôle  dans  le  momie  politique  du  temps,  et  qui  est 
une  des  plus  belles  gloires  de  Carleton  ;  la  marraine  fut 
sa  ftt'iir,   Mu  rie  Madeleine  Bourg  :    C'était   Joseph- René 


—  19  — 

Vallières  de  Saint-Itéal  qui,  grâce  à  la  haute  protection  de 
Mgr  Plessis,  évêque  de  Quebec,  fit  un  cours  d'études,  devint 
le  premier  avocat  de  son  temps,  député  du  comté  de  Cham- 
plain,  et  enfin  juge. 

En  1791,  M.  Bourg  visita  tous  les  pontes  soumis  à  sa  juri- 
diction et  en  rendit  compte  à  l'évêque  de  Québec,  de  retour 
à  Percé. 

"  J'informe  Votre  Grandeur,  dit-il,  que  grâce  au  Seigneur, 
jouissant  d  une  bonne  santé,  j'ai  fini  do  parcourir  nord  et 
sud,  toutes  me»  missions,  de  sorte  qu  en  trois  ou  quatre  jours 
je  partirai  de  Percé,  où  je  suis  depuis  quelque  temps,  pour 
retourner  à  la  Jiaie  et  l'aire  une  mission  à  Caraquet.  J'y  suis 
allé  ce  printemps,  mai»  ces  pauvres  gens  ne  pouvaient  avoir 
recours  à  moi  dans  le  cours  do  l'hiver.  J'ai  reçu  les  Saintes 
Huiles,  pour  lesquelles  je  vous  remercie,  et  le  mandement  à 
l'égard  de  la  suppression  de  quelques  tetes.  J'ai  lu  ce  man- 
dement en  chaque  lieu  et  m'y  conformerai,  ainsi  que  tous  les 
habitants. 

On  ne  voit  que  misère  en  la  Baie,  cette  année,  attendu  que 
la  pêche  au  saumon  et  la  chasse  ont  presque  entièrement 
manqué  ;  la  pèche  à  la  morue  est  fort  médiocre,  mais  la 
récolte  est  assez  bonne.  C'est  un  malheur  qu'on  no  soit  pas 
plus  porté  à  cultiver  avec  soin.  Quelques  habitants  de  ma 
paroisse  (Carleton)  recueillent  déjà  depuis  quelques  années 
plus  qu'ils  ne  dépensent. 

J'espère  que  cet  exemple  inspirera  aux  autres,  qui  vivent 
très~mal  dans  le  cours  de  1  hiver,  le  désir  de  les  imiter." 

Jusqu'en  171»  1,  M.  Bourg  avait  plus  do  4U0  lieues  de  mis- 
sion. Il  fut  déchargé,  à  cette  époque,  de  tout  le  territoire 
situé  au-delà  de  la  rivière  Miramichi.  Tout  le  reste  de  l'A- 
cadie  était  confié  au  P.  Jones  et  à  ses  confrères  français.  31. 
leKoux  ayant  fixé  t»a  résidenco  à  Memramcouk,  en  1784, 
fut  aussi  chargé  des  missions  de  Cocagne  et  de  Kichibouc- 
tou,  qui  venait  de  se  coloniser. 


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—  20  — 

En  1794,  M.  Bourg,  qui  jusqu'alors  avait  joui  d'une  forte 
santé,  commença  à  se  s-entir  épuisé,  et  étant  devenu  incapa- 
ble de  î emplir  les  fonctions  si  difficiles  de  missionnaire,  de- 
manda ton  rappel.  Mgr  de  Québec,  qui  avait  en  haute 
estime  M.  Bourg,  le  transféra  à  l'importante  cure  de  Saint- 
Laurent,  près  Montréal,  à.  l'automne  1795,  dans  l'espoir  que 
le  repos  bien  mérité  par  20  longues  années  d'un  pénible 
ministèle  rétablit ait  sa  précieuse  santé.  Mais  il  ne  fit  que 
languir  et  s'éteignit  pieusement  dans  le  Seigneur,  après  avoir 
reçu  tous  les  recours  de  la  religion  des  mains  du  grand 
vicaire  Poux,  de  Montréal,  le  20  août  1797,  à  l'âge  de  53 
an»,  2  mois  et  11  jours.  Le  lendemain,  eurent  lieu  sos  funé- 
railles, au  milieu  d'un  grand  concours  de  peuple  et  de  tout 
le  clergé  de  Montréal.  Ses  restes  funèbres  forent  déposés 
sous  les  dalKs  de  l'église  Saint  Laurent,  oh  ils  reposent  de- 
puis plus  d'un  siècle  ;  mais  sa  mémoire  et  bon  souvenir  ont 

traversé  les  ages  et  demeurent  encore  vivaces  parmi  les 
peuples  qu'il  a  evangelic' s. 

L'abbé  E.P.  Chouixard 

NOIîLESSE  OBLKJE 

La  noblesse  do  sung  remonte  à  un  millier  d'années,  mais 
il  ne  faut  pan  eroire  que  noblesse  ob'iirc  ait  été  dit  à  l'époque 
de  Charlemagne.  <  Ys  deux  mots  qui  ont  retenti  duns  l'u- 
nivers civilisé  no  datent  que  de  17*8  ;  ils  ont  élé  prononcés 
aux  Etats  (ténéraux  par  < Ja^ton  Pierre-Mare  de  Lévis,  fils 
du  général  qui  succéda  h  Montcalm  daus  le  commandement 
des  troup<  s  du  CYnadn.  T/i  noblesse  mourante  trouvaeotte 
expression  qui  la  définissait  elle  même  dans  son  sens  le 
plus  radieux. 

Vers  1803.  M.  de  Lévis  publia  un  ouvrage  d'ingénieur 
dans  lequel  il  expliquait  la  possibilité  de  creuser  un  tunnel 
sous  la  Manche  et  de  cette  manière  communiquer  de  France 
en  Angleterre.  Bknjamin  Sultb 


REPONSES 


Jean  Martel,  (II,  XII,  260.)— "Joan  Martel,  écrit  M. 
Auguste  Richard  (Recherches  Historiques,  vol.  IV,  p.  243), 
eut  vingt-neuf  enfants  de  ses  qtialre  femme»,  dont  il  a  épousé 
la  dernière  on  1743." 

Pour  l'amour  de  ta  vérité,  nous  croyons  devoir  lui  enlever 
trois  des  dites  femmes  et  vingt  un  de*  dits  enfants.  Les  rai- 
sons sont  qu'uu  commencement  de  1745,  M.  .Iticrau,  curé  de 
Québic,  trouva,  en  faisant  le  recensement  dosa  paroisse. rue 
Saint  Nicolas,  près  du  Palais,  Marie-Anne  Robincau-Rou- 
ville,  â<;éc  de  64  ans.  veuve  de  .lean  Martel,  et  que.  dès  1732, 
au  mariage  de  son  fils,  Jean  Martel  est  mentionné  comme 
défunt,   Murie-Anne  lïobincau  HouviHc,  d'après  Tanguay, 
vol.  5,  page  ;»2î».  était  la  première  femme  de  Jean  Martel  ; 
il  n'en  époisa  donc  pus  d'autre  t-uliséqucmmcn t.  Mais,  nous 
direa-vous,  cela  n'empêche  pas  qu'il  lui  reste  encore  neuf 
enfants,  vous  n'en  suppritm  z  que  vingt.  Attendez  :  ouvrons 
le  registre  de  Québec  au  4  juin  1717,  et  nous  voyons  que 
Lou  s  Joseph  Martel,  baptisé  à  cette  date,  est  Ills  d'un  autre 
Joan  Martel,  marié  à  Jeanne  Roulois.  le  27  juin  1712,  au 
Château  Richer.    Pone,  le  fameux  Jean  Mai  tel,  en  fin  de 
compte,  n'avait  qu'une  femme  et  huit  infants,  dont  deux 
furent  prêtres  et  can's  de  Saint  Lament,  Ile  d'O'léans  ;  le 
premier  recul  la  visite  du  général  Wolfe  en  1759  (Recher- 
ches Ilistcriques.  vol.  111,  p.  ÎM)).  Vu  fut  écrivain  et  gar- 
de magasin  du  Roy,  à  Québec  ;   un,  directeur  des  forges 
de  Saint  Maurice  ;   un  autre,  Pierre  Michel,  était  avec  sa 
mère,  en  1745  ;  deux  moururent  en  bas  âge,  et  l'aîné,  dont 
nous  n'avons  pas  d'autres  traces  que  celle  du  recencement 
de  1716  et  son  acte  de  haptérne    II  naquit  lo  4  décembre 
1703,  à  la  rivière  Saint- Jean.  Acalie,  où  habitaient  se*  père 
et  mère,  et  fut  ondoyé,  en  l'absence  du  missionnaire,  par  M. 
Charles  Datnonr  de  Louvière,  seigneur  do  la  Métapédiac.  Le8 


cérémonies  du  baptême  lui  furent  suppléées  le  4  novembre 
1705,  à  Québec.  Il  eut  le  nom  de  son  aïeul  et  parrain, Pierre 
liobineau,  seigneur  de  J3écancour,  baron  de  Portnouf  et  . 
grand  voyer,  et  pour  marraine  Jeaune-Elizabetb  Lemire, 
femme  de  Pierre  Leuumont  (Œaumont)  de  Beau  regard, 
ancien  huguenot  qui  avait  abjuré  à  Québec,  le  î'ï  novembre 
11568,  entre  le»  mains  du  grand  vicaire  Jean  Ludouyt.  En 
1716,  M.  Martel,  avec  sa  famillo,  demeurait  à  Québec,  au 
faubourg  Saint-Nicolas  ou  du  Palais,  où  nous  retrouvons  sa 
veuve,  en  174iï.  D'ailleurs,  il  était  écrivain  au  Magasin  du 
Roy,  ce  qui  faisait  mieux  sou  affaire  que  sa  seignourie  de 
Magos,  à  l'Acadie.   Le  second  tils,  Francois,  out  pour  par- 
rain, le  7  mars  1706,  Robert  Lesnoyors,  garde  magasin  du 
Roy,  et  pour  marraine,  Marie  Anne  Rivard,  femmode  Fran- 
çois Dumonstier  (Dumontier),  secrétaire  du  gouverneur- 
général.  Jacques- Urbain  Rocbert  de  la  Morandiùro  fut  par- 
rain de  Jean- Urbain,  baptisé  le  8  janvier  1708.  et  Madame 
Charles  de  Monseignai,  Madeleine-Marguerite  «le  Lesnerac 
fut  sa  marraine.  Ije  *J0  septembre  17l0,fut  baptisé  Jean-Bap- 
tiste (irég.-ire  :  parrain,Jean -Baptiste  Lemaud  (Allemand), 
marraine,  Louise  Lalemand  ( Allemand),  femme  do  Jean 
Brousse.   Le  parrain  et  la  marraine  de  Antoine-Nicolas  fu- 
rent, le  30  octobre  1713,  Robert  Antoine  Desnoyers  et  Fran- 
çoise Langlois.femme  d'Ktienne  (.iuieboti.  Francois, le  sixième 
tils,  eut  pour  parrain,  le  16  septembre  1715,  Francois  Fou- 
cault, et  pour  marraine,  Agathe  Legardeur  de  Kepentigny, 
de  Saint-Pierre. 

Le  septième  onfant,  la  fleur  de  lys,  eut  un  baptême 
remarquable.  C'était  le  2  mai  1719.  Le  jeune  tils  du  gouver- 
neur, François  Rigaud  de  Vaudreuil,  âgé  do  17  ans,  alla 
chercher  au  palais  do  l'Intendant  une  toute  petite  marraine, 
mademoiselle  Jeanne-Elisabeth  Françoise  Bégon,qui  n'avait 
pas  encore  quatre  ans,  et  l'on  se  dirigea  vers  l'église  parois- 
siale pour  le  baptême  du  nouveau-né,  qui  devait  s'appeler 


■ 


—  23  — 

Pierre-Michel.  M.  Martel  accompagnait  le  comptage  com- 
me dans  toute»  les  autres  occasions  semblables,  et  l'Inten- 
dant avait  adjoint  M.  G uiebon,  un  de  ses  fidèles  employés, 
pour  aider  la  marraine  à  tenir  l'enfant  sur  les  fonts  baptis- 
maux. La  cérémonie  terminée,  l'acte  fut  drossé  ;  il  termine 
ainsi  :  ''marraine,  Jeannc-ElUabeth-r>ançoise  liégon, fille 
dit  V  Tntc  ndant,  qui  a  déclaré 'ne  savoir  .v<jner  de  ce  requise." 
Ken  excusable,  n'est  ce  pas  ?   cette  chère  petite  marraine  ! 
"Kl  le  avait  une  dette  de  reconnaissance  à  payer  à  Monsieur 
et  Madame  Martel,  et  j  our  les  cours  bien  nés.  la  gratitude 
n'attend  pas  le  nombre  des  années.   Née  au  palais  de  Tin- 
te ndimt  a  Québec,  le  24  août  1715.  elle  y  fut,  avec  la  per- 
mission de  Monso'gmur  do  Saint  Vallicr,  ondoyée  le  même 
jour,|«ar  M:(ruulvin  Calvarin. vicaire  de  M.  Thomas  Thiboult, 
curé  do  Quélac.    M.  1  légon  aliendait  jour  les  solennité»  du 
baptême  do  son  enfant  le  consentement  d'un  jwrrain  et  d'une 
marraine  qu'il  devait  choisir  en  Frarce.   Ce  n  «st  que  le  14 
mars  1717.  «'gaiement  avec  |ei  mission  de  Monseigneur 
l'évoque. que  furent  sujqdééos.par  M.<  iautior  de  Varenncs.prê- 
tiedu  séminaire.dans  la  chapelle  du  jmlaisdo  l'TtitendantJca 
cérémonies  solenneî'es  du  bajitême  à  Jeanne  Klisaln  th  Fran- 
çaise Hi'iron.  âgée  do  lî>  moV  notre  future  j>ct i te  marraine. 
"  Le  |  an-i.in,  dit  l'acte,  a  été  Messirc  François  H'gon.  the- 
v.dier,  conseiller  du  ftoy  en  m  a  conseils,  ey-devant  grand- 
maître  des  Faux  et  Forêts  do  France  au  département  de 
Mois  et  Boni,  demeurant  iV  Marseille,  en  vertu  de  la  procu- 
ration sp/cialo.  palpée  au  sieur  .lean  Martel,  bourgeois  de 
cette  ville,  seigneur  de  Magos  à  l'Acadic.  par  Olivier  et 
Ardisson,  notaires  de  Marseille,  en  date  du  27  janvier  17 lt>, 
et  la  marraine  a  été  Dame  Marguerite -François  Pi«rnart, 
veuve  Je  défunt  Mesure  François  de  Ileanharnni*,  c-hevalier, 
seigneur  do  la  Boisehe,  demeurant  e  n  la  ville  d  Orléans,  en 
vertu  do  sa  procuration  spéciale,  jïassée  à  Orléans  le  5èrae 
mars  1710.  par  Bruèro  et  Ponllain,  notaires  en  la  dite  ville 


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—  24  — 

d'Orléans,  à  Marie- Anne  Robincau-Rouville,  épouse  du  dit 
sieur  Martel,  soussigné. 

(Signatures),    Béoon  J.  Martel 

Beauharnois  Béoon   M. -A.  Robineau 

De  Varenne. 

Mademoiselle  Bégon  fut  donc  marraine  du  fils  des  procu- 
reurs do  ses  parrain  et  marraine. 

Le  dernier  dis  de  Jean  Martel  et  Mario-Anno  Robineau 
fut  Joseph-Nicolas,  présenté  au  baptémo  le  21  avril  1721,par 
Nicolas  Lanouiilor,  trésorier  de  la  marine,  et  Catherine 
Chauniôre,  femme  de  François  Foucault,  fils.  Il  devint 
prêtre  et  succéda  à  son  frère,  François,  né  en  1706  et  mort 
curé  de  Suint-Laurent,  île  d'Orléans,  en  17b"3. 

Jean  Martel  mourut  à  Québec  subitement  après  avoir 
vécu  en  bon  chrétien  et  fut  inhumé  le  8  novombro  1729  âgé 
d'environ  b'3  ans.  Sa  femme  Marie-Anne  Robineau  Rou- 
ville  mourut  entre  1745  et  1747. 

Quant  au  Jean  Martel  à  trois  femmes  et  vingt  enfants, 
débris  de  l'échafaudage  de  M.  Béchard,  d'après  Tanguay, 
nous  laissons  volontiers  à  d'autres  le  soin  de  vérifier  son  exis- 
tence. A.  R. 

Le  pain  bénit,  (IV,  IV,  438.) — La  reddition  des 
comptes  du  marguillier  en  charge  du  Sault-au-Récolletpour 
l'année  1738  fait  mention  do  l'item  suivant  :  "  Pour  deux 
amendes  de  ceux  qui  n'ont  point  donné  le  pain  bénit,  4  livres," 
ce  qui  indique  que  le  pain  bénit  était  obligatoire  à  l'église 
paroissiale. 

Cette  pratique  séculaire  dans  l'église  perpétuait  le  souvenir 
des  agapes  primitives  et  symbolisait  la  participation  de  toute 
l'assistance  au  banquet  divin.  Klle  a  fini  par  être  mal  com- 
prise et  circonvenue  par  les  efforts  d'un  faux  zèle  :  la  vanité 
fui  a  donné  son  coup  de  mort. 

Elle  donna  lieu  aux  rivalités  parmi  les  paroissiens  et  devint 
uno  source  de  difficultés  et  de  discordes  que  la  cérémonie  do 
paix  aux  balustres  était  loin  de  faire  disparaître. 


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—  25  — 

Dès  1G45,  le  Journal  des  Jésuites  signale  ce  malheureux 
état  de  choses. 

"  Le  pain  bénit  du  dimanche  fut  transporte  au  lundy, 
jour  de  la  Circoncision.  Monsieur  le  Gouverneur  le  donna. 
Il  y  eut  quelque  parole  ensuite.  a  qui  on  le  donnerait  après 
lui,  et  il  fut  trouvé  plus*  il  propos  de  le  donner  aux  marguil-' 
lior,  M.  GilFard  et  M.  de»  Chastelet.  et  puis  commencer  par 
haut  de  la  côte  de  Saint-Geneviève  comme  par  une  rue  ;  puis 
revenir  par  en  bus,  comme  par  une  autre  rue,  et  continuer 
de  la  sorte.  Le  père  Vimont  en  dressa  un  catalogue.  " 

Cette  precantion  du  Père  Vermont  arrêta  pour  un  temps 
les  difficultés,  mais  bientôt  il  fut  question  de  la  toilette  de 
pain  bénit. 

Les  dames  se  chargèrent  naturellement  d'épinglerles  fes- 
tons. 

Citon*  le  JournaVJles  Jésuites  (164fi)  : 

"  Le  dimanche  devant  la  Soptuajjésime,  Madame  Marsolet 
devant  faire  le  pain  bénit,  désira  le  présenter  avec  le  plus 
d'appareil  qu'elle  pourrait  ;  elle  y  fit  mettre  une  toilette,  une 
couronne  de  bouillons  de  gaze  ou  do  linge,  à  l'entonr.  Elle 
désirait  y  mettre  des  cierges  et  des  quarts  d'écus  aux  cierge, 
au  lieu  d'écus  d'or,  qu'elle  eût  bien  désiré  y  mettre  ;  mais 
voyant  qu'on  ne  lui  voulait  point  permottre,  elle  no  laissa 
pas  de  le  faire  porter  avec  la  toilette  et  la  couronne  de  bouil- 
lons ;  mais  devant  que  le  bénir,  je  fis  tout  oster,  et  le  bénis 
avec  la  même  simplicité  que  j'avais  fais  les  précédents,  et 
particulièrement  celui  de  M.  le  Gouverneur,  crainte  que  ce 
changement  n'apportent  de  la  jalousie  et  de  la  vanité." 

On  le  voit,  le  pauvre  pain  bénit  courait  déjà  des  dangers 
sérieux  ;  c'est  encore  étonnant  qu'il  ait  pu  résister  à  de  si 
perpétuels  murmures. 

Bans  nos  compagnes,  on  y  allait  avec  beaucoup  plus  de 
modération  ;  les  habitants  étaient  animés  d'une  piété  réelle  à 
ce  suje  t.  La  dépense  seule  ralentit  le  zèle.  Aussi  les  curés,  sans 


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—  20  — 


vouloir  tout  do  suite  en  finir  avec  l'usage,  favorisèrent  son 
abolitipn. 

L'abbé  Cils- P.  Blai  bien 

Doll  a  rd  et  ne*  romp/tf/noiut.  (Ill,  VI,  XiO.) — 
Ces  en  lGb'O  qu'un  jeune  homme,  Dullard  des  Ormeaux, 
ee  met  à  la  tête  de  *>cize  compagnons  d'armes,  et  forme  avec 
eux  le  généreux  dessein  d'aller  à  la  rencontre  d'un  grand 
parti  d  lroquois,  qui  devait  bientôt  fondre  sur  Montréal, 
Trois  Rivières  et  Québec.  Avant  d  aller  affronter  courageu- 
sement la  mort,  tou»  ce*  jeunes  braves  s'approchent  religieu- 
sement des  sacrements,  et  en  présence  des  Saints  Autels  s'en- 
gagent par  un  serinent  solennel  à  no  demander  et  à  n'accep- 
ter aucuu  quartier,  et  à  combattre  jusqu'à  leur  dernier  souf- 
fle de  vie. 

Trois  cents  Iroquoi»  descendait  alors  la  rivière  de  Outa- 
ouais,  pour  rejoindre  un  autre  parti  de  cinq  cent*  aux  îiesdu 
Kichelieu,  et  fondre  tous  ensemble  sur  les  T  rois-Rivières  et 
sur  Québec. 

Dollard  les  rencontre  au  pied  du  Long  Sault  (aujourd'hui 
Carillon),  sur  la  rivière  des  Outaouais,  à  huit  ou  dix  lieues 
audessus  de  l'île  de  Montréal.  Il  y  cantonne  sa  petite  troupe, 
et  y  engage  le  combat  contre  ces  troiB  cents  ennemis,  forti- 
fiés par  l'arrivée  soudaine  de  cinq  cents  autres  Iroquois  du 
Richelieu.  Ainsi  assiégés  par  huit  cents ennemis^es  dix  sept 
braves  Français  se  battent  comme  des  lions,  se  défendent 
à  coup  de  pistolet  et  d'épée,  avec  une  ardeur  de  courage  et 
d'intrépidité  qui  étonne  ces  barbares. 

Il  était  cependant  impossible  qu'un  si  petit  nombre  de 
braves  pût  longtemps  résister,  et  c'était  une  nécessité  pour 
eux  de  tomber  enfin  au  milieu  d'un  si  affreux  carnage.  Après 
huit  jours  de  résistance  le  brave  Dollard  reçut  le  coup  mor- 
tel, mais  la  mort  de  ce  héros,  loin  d'ébranler  le  courage  de 
ses  compagnons,  sembla  les  avoir  rendus  plus  audacieux  et 
plus  intrépides.    Chacun  d'eux  enviait  une  mort  si  glorieuse 


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lorsque  les  Iroquois,  renversant  la  porte  du  fort,  y  entrent 
en  foule,  et  voient  fondre  sur  eux  le  petit  nombre  de  Fran- 
çais qui  restaient  encore.  L'épée  d'une  main,  le  couteau  de 
l'autre,  ces  braves  jeunes  gens  frappent  do  toutes  parts  aveo 
une  telle  ardeur  que  l'ennemi  perdit  jusqu'à  la  pensée  de 
fairo  des  prisonniers,  afin  de  se  défaire  au  plus  vite  de  ce 
petit  nombre  de  combattants  qui  en  mourant  les  menaçaient 
d'une  destruction  générale,  s'ils  ne  se  butaient  do  les  exter- 
miner. 

Effrayés  de  cette  résistance,  les  Iroquois  se  retirèrent  au 
plus  tôt,  ot  toute  la  colonie  fut  sauvée. 

Nous  avons  retrouvé,  dans  les  minutes  du  greffe  de  Mon- 
tréal, le  testament  de  la  plupart  de  ces  braves,  passé  le  16 
avril  1060.    Une  clause  entre  autres  se  lit  comme  suit  : 

"  Désirant  aller  en  parti  de  guerre  avec  le  Sieur  Dollard, 
pour  courir  sur  les  Iroquois,  et  nesacbant  comment  il  plaira 
à  Dieu  de  disposer  de  ma  personne  dans  ce  voyage,  j'insti- 
tue, en  cas  de  mort,  un  héritier  universel  de  tous  mes  biens, 
a  la  charge  de  faire  célébrer, dans  la  paroisse  de  Vil  le -Marie, 
quatre  grand'metses  et  d'autres  pour  le  repos  de  mon  ûme." 

Compagnons  de  Dollard  des  Ormeaux  :  Jacques  Brassier, 
figé  de  25  ans  ;  Jean  Tavernier  dit  La  Ilochetiére,  28  ans  ; 
Nicolas  Tillemont,  25  ans  ;  Laurent  Hébert  dit  Larivière,27 
ans  ;  Alonie  DeLestres,  SI  ans  ;.  Nicolas  Josaelin,  25  ans  ; 
Bobert  Jurée,  24  ans  ;  Jacquos  Boisseau,  23  ans  ;  Louis 
Martin,  21  ans  ;  Christophe  Augior  dit  Desjardins,  26  ans  ; 
Etienne  Robin  cZjfDesforges,  27  ans  ;  Jean  Valets,  27  ans  ; 
Etienne  Doussin, sieur  de  Ste-Cécise,  30  ans  ;  Jean  Lecompte 
26  ans  ;  Simon  Guenet,  25  ans  ;  François  Cuason  dit  Pilote, 
24  ans. 

Nicolas  Duval,Mathurin  Soulard  et  Biaise  Juillet  avaient 
péri  dès  le  début  de  l'expédition  le  19  avril  1660. 

Mgr  Cyprikn  Tanguait 


—  28  — 


La  "  ffni(/nolée".  (V,  III,  591.) — Lu  guignolêe  est 
une  ancienne  coutume  consistant  à  se  réunir  en  bande,  dans 
la  nuit  du  31  décembre,  pour  al  Ut  souhaiter  la  bonne  année 
aux  aniis  et  connaissances,  oi  faire  une  collecte  pour  les  pau- 
vres, en  chantant  la  chausou  de  la  guignolêe. 

Le  chant  de  la  guignolêe  a  déjà  eu  lu  privilège  d'occuper 
l'attentioti  de  plusieurs  écrivains  de  France  et  du  Canada. 
M.  Ampère,  entre  autres,  fait  remonter  l'origine  de  ce  re- 
frain a  l'époque  druidique,  quand  les  prêtres  de  i'antiquo 
Gaule  faisaient,  au  nouvel  un,  la  cueillette  du  gui  sur  les 
chênes  des  lorêls  sacrées,  en  jxmasant  le  cri  de  réjouiffam  e  : 
— Au  gui  l'an  neuf.  Au  reste,  en  plusieurs  localités  du  Ca- 
nada, guignolê  se  dit  nguitanleu,  et  encore  aujourd'hui,  en 
France,  suivant  les  régions,  ou  emploie  la  gui -Van  n*;u,  la 
guillannêe,  lu  gui  Cannêau. 

Comme  contrepoids  à  lu  thèse  de  M.  Ampère,  certainH  éty- 
mologistes  prétendent,  do  leur  côté,  que  la  guignolêe  vient 
des  anciens  Phéniciens  qui,  dans  la  Gaule,  avaient  conservé 
la  coutume  de  s'envoyer  réciproquement,  une  fois  l'an,  dos 
pots  de  blé  vert  en  nigno  de  consolation  et  de  réjouissances t 
en  échangeant  la  formule  connu  :  — Eghin  on  eit,  c'est-à- 
dire  le  blé  naît,  la  vie  ressuscite. 

Quoiqu'il  en  soit  do  ces  différentes  hypothèses,  une  filia- 
tion directe  paraît  exister  entre  notre  guignolêe  canadienne 
et  certaines  coutumes  du  Xouvel  An  encore  aujourd'hui 
pratiquées,  dans  les  régions  de  Franco  d'où  sont  venus  la 
plupart  de  nos  ancêtres.  Ainsi,  en  Saintonge,  la  tradition 
s'est  conservée  de  parcourir,  au  nouvel  an.  les  rues  des  vil- 
lages, en  promenant  un  "  aiguillon  do  bois  tout  neuf  "  dans 
lequel  on  embroche  lea  couennes  delard  reçues  au  passage. 
Cette  promonade  de  l'aigaillon  s'appolle  alors  VAyilonneu  ou 
la  Guilannê. 

Dans  l'ancienne  province  du  Perche,  on  ap'(>elle  los  pré- 
sents du  jour  de  l'An  :  los  êguilas,  par  allusion,  soutiennent 


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—  29  — 


les  fidèles  de  M.  Ampère,  à  la  coutume  druidique  qui  était 
de  distribuer  le  gui  de  l'an  neuf  sous  forme  d'étrennes,  au 
commeceument  de  l'année.  Kn  d'autres  régions  du  Norman- 
die, ce*  sortes  de  cadeaux  bc  nomment  encore  d*  s  aguignet- 
fes  .  Sylva  Cl  afin 

lAl  Pother ie.  (V,  Vil,  641.) — Ce  nom  rappelle  celui 
de  l'un  dee  premiers  seigneur»  qui  travaillèrent  efficacement 
à  coloniser  le  domaine  de  la  Nouvelle-France. 

J acquêt*  le  Neui  de  la  Potherie,  arrivé  en  1636,  était  por- 
teur dan  privilège  de  la  compagnie  des  Cent  Associés,  en 
date  du  i5  janvier  de  la  même  année,  lui  accordant  une 
lioue  et  demi  de  terre  le  long  du  fleuve  St-Luurent  sur  trois 
lieues  de  profondeur.  Onze  ans  après,  le  Lu*  avril  1647,  par 
le  titre  qui  lui  tut  donné,  confirmant  iu  privilège  de  1636, 
on  voit  que  M.  de  la  Potherie  avail  (de  1636  à  1647)  cultivé 
et  tait  valoir  se»  terres,  quittaient  ni  tuées  entre  '*  le  ruisseau 
de  la  Roche  et  le  cap  du  rfauit,"  rive  nord  du  fleuve  ;— c'est 
la  seigneurie,  plus  tard  baronnie,  de  Portneui.    Voilà  donc, 

entre  1636  et  1647,  un  commencement  d  habitation  en  cet 
endroit. 

Le  H  avril  1647,  le  Journal  des  Jé&uttet  dit  que  des  Algon- 
quins, qui  étaient  descendus  des  Trois  Kivieres  à  Québec 
pour  engager  le  gouverneur-géutral  a  déclarer  la  guerre 
aux  Iroquois,  s'en  retournèrent  ,mais"  n'allèrent  que  jusqu'à 
la  Potherie.''  Le  17  août  ouivant,  le  même  Journal  enrégi- 
tre  u  la  nouvelle  de  la  prise  de  6  ou  7  Aigouquins  par  les 
Iroquois  à  la  Potherie.  '  Le  M  juin  16ol,  même  source: 
«  Un  Algouquin  pris  par  les  Iroquois  vers  la  Potherie.  11 
allait  aux  Trois- Itivières." 

Ce  que  l'on  appelait  la  Potherie  était  évidemment  un  lieu 
situé  eutre  les  Trois  liivières  et  Quebec.  Or  AI.  do  la  Pothe- 
rie, gouverneur  des  Trois-Kivières,  l'uudoa  hommes  les  plus 
remuants  de  cette  époque,  possédait,  comme  on  l'a  vu,  la 
seigneurie  qui  a  pris  plus  tari  le  uom  de  Portneuf  après  le 
mariage  de  sa  tille  avec  M.  Kobineau  de  Bécancourt  lequel 


—  30  — 

fit  ériger  la  seigneurie  en  baronnie  sous  le  nom  de  Portneuf. 
On  peut,  en  toute  certitude,  prendre  ce  terme  "  la  Potbrie" 
pour  la  désignation  de*  terres  de  Portneuf,  d'autant  plue 
que  lea  concessions  faites  antérieurement  à  1647  entre  Qué- 
bec et  le*  Trois- Rivières  ne  nous  permettent  pas  de  supposer 
que  l'on  peat  d  onnrr  à  aucunes  d'elks  le  rom  de  la  Pothe- 
rie,  si  ce  n'est  à  celle  de  M.  de  la  Potherie  à  Portneuf. 
Poursuivons. 

En  1668,  à  Québec,  se  mariaient,  le  même  jour,  Michel 
Goron  avec  Marguerite  Robineau,Gilles  Masson  aver  Jeanne- 
Marie  Gaultier^  Pierre  Toasignant  avec  Marie-Madeleine 

Philippe.  Tous  trois  sont  désignés  comme  "  habitants  de 
la  Potherie." 

Marguerite  Robineau  n'est  pas  citée  comme  parente  de  M. 
Eené  Robineau  de  Bécancour  qui  avait  épousé,  en  1652, 
l'une  des  filles  de  M.  de  la  Potherie  ;  cependand  elle  était, 
comme  lui,  de  la  ville  de  Paris,  et  son  mariage  avec  un  colon 
de  "  la  Potherie  "  seizo  ans  après,  alors  que  M.  Robineau 
avait  sans  doute  des  intérêts  dans  l'administration  de  la  sei- 
gneurie de  son  beau  père,  paraît  confirmer  la  croyance  à  une 
parentée  entre  eux. 

Au  recensement  de  1681,  en  remontant  le  fleuve,  on  paese 
an  endroit  marqué  "  Portneuf,"  ensuite  rétablissement  de 
M.  de  Chavigny,  puis  on  rencontre  "  Saint-Charles  des  Ro- 
ches" qui  paraît  être  l'ancienne  place  de  la  Potherie  ou 
*•  ruisseau  de  la  Roche."  Le  deuxième  habitant  que  l'on  y 
voit  est  Gilles  Masson,  âgé  de  48  ans,  sa  femme  Marie- Jean- 
ne (Gaultier)  42  ans,  avec  trois  enfanta  dont  l'aîné  a 

12  ans.  Trois  terres  plus  haut,  il  y  a  Michel  Goron,  46  ans, 

sa  femme  Marguerite  Robineau,  40  ans,  avec  trois  enfants 
dont  l'aîné  a  11  ans. 

Entre  1647  et  1681,  il  me  semble  que  voici  assez  de  preu- 
ves pour  soutenir  que  la  Potherie  était  située  dans  le  haut 
de  la  seigneurie  de  Portneuf,  ou  au  bas  de  celle  des  Grondi 
nés.  Benjamin  Sultk 


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—  31  — 


Le  père  du  vhevatler  Tonty.  (V,  XI,  674.)— Le 
père  d'Henry  de  Tonty  était  un  banquier  napolitain,  jouis- 
sant dune  certaine  renommée  comme  financier.  Kn  juillet 
1647,  le*»  lazaroni  de  Naples  m  révoltènnl  contre  une  me- 
sure arbitraire  que  voulait  leur  imposer  le  vice  roi  espagnol 
le  duc  d'Arco*  ;  et,  le  célèbre  peintre  .Sulvator  Ro*a  ainsi 
que  Lorenzo  Tonty,  turent  du  nombre  de  ceux  qui  se  joigni- 
rent aux  pêcheurs  italiens  que  commandait  Masaniello. 
Tonty  B'empara  de  la  forteresse  de  Gacte.  près  do  lu  ville,  et 
•'y  maintint  durant  le  siège  éphémère  do  Masanillo.  Ce  der- 
nier, grisé  par  le  succès  d'abord  obtenu,  voulut  jouer  au 
despote,  mais  ses  partisans  qui  refusaient  d'acce{>ter  Us  im- 
pôt» du  duc,  ne  pouvaient  tolérer  en  lour  propre  chef  des 
caprices  tyranniques  ;  c'eût  été  tomber  de  Charybde  eu  S<yl- 
la,au*si  s'en  débarra.«sèrent  ilspromptoment,en  l'assassinant. 

A  la  suite  de  cette  affaire,  les  lazaroni  n'ayant  2>Ius  de 
guide,  et  la  zizanie  régnant  parmi  eux,  Tonty  les  abandon- 
na et  se  réfugia  à  Pari*,  où  son  concitoyen,  le  cardinal  Ma- 
zarin,  alors  premier  ministre  de  France,  exerçait  une  grande 
autorité. 

En  ce  temps-là,  les  frais  de  guerre  et  des  fonctionnaires 
malhonnêtes  avaient  mis  à  sec  le  trésor  royal. 

En  1653,  Lorenzo  Touty  suggéra  au  cardinal  un  moyen 
de  remplir  la  caisse  du  roi,  par  des  emprunts  et  de*  rentes 
viagères  dont  les  extinctions  profitent  aux  survivants  :  on 
les  appela  Tontines.  Le  premier  essai  n'eut  point  de  réussite. 

L©  gentilhomme  napolitain,  après  l'échec  subi  dans  son 
projet  soumis  à  Mazarin,  fut  en  défaveur  et  vit  s'évanouir 
ses  chances  d'avancement,  et  pendant  quinze  années  végéta 
tristement. 

En  1661»,  Lorenzo  Tonty,  pour  un  motif  resté  inconnu,  fut 
incarcéré  à  la  Bastille,  d'où  il  ne  sortit  que  huit  ans  plus 
tard,  pour  mourir  misérablement,  pendant  que  le  gouver- 
nement de  Louis  XIV  battait  monnaie  avec  son  invention. 

Réois  Roy 


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—  32  — 
QUESTIONS 

690.  —  JL  l'abbé  Desjardins  dirait  à  notre  peintre  Plamon- 
don  en  182G  :  4i  Toutes  nos  églises  (de  France)  avaient  été* 
pillée*,  du  temps  de  Robespierre, en  17«J3,par  des  millions  de 
fripon*.  Des  spéculateurs  avaient  collectionné  un  nombre 
infini  de  tableaux  volfs.  Un  de  ces  hommes  fit  banqueroute  ; 
sa  collection  fut  vendue,  par  autorité  de  justice.  Je  me  ren- 
dis à  l'encan,  les  tableaux  étaient  en  piles  dans  une  cour  à 
Paris  ;  c'était  une  montagne  de  tableaux.  Cette  montagne 
me  fut  adjugée  en  bloc  pour  presque  rien,  comparativement 
à  sa  valeur  réelle.  Quelques  jours  plus  tard,  le  cardinal  Fesch, 
archevêque  de  Lyon,  grand  connaisseur,  m'ordonne  de  faire 
transporter,  chez  lui,  ma  collection.  Il  en  achète  quelques- 
uns  et  me  remet  le  reste  ;  c'est  ce  que  vous  avez  reçu  en 
Canada." 

Par  qui  furent  achetés  tous  ces  tableaux  ?  Croyez-vous 
qu'ils  existent  oncore  ?  Pinx 

691.  — Pouvez- vous  me  donner  la  date  exacte  de  la  cons- 
truction de  l'ancien  fort  Jacques-Cartier?  Est-ce  avant  ou 
après  la  chute  de  Québec  que  ce  fort  fut  élevé  ? 

Sold 

692.  — On  lit  au  Journal  des  Jésuites,  à  la  date  du  20  mars 
1649  :  "  Le  jour  de  Saint  Joachim  se  fît  la  vesture  de  la  sœur 
de  bologne  dite  de  Saint-Dominique  aux  Ursulines." 

Quelle  était  cette  sœur  de  Bologne  ou  plutôt  de  Boulo- 
gne ?  B.EBD. 

693.  — Pourquoi  donne-t-on  le  nom  de  Foulons  aux  anses 
que  fait  le  fleuve  Saint-Laurent  à  Québec  et  i  Sillery  ? 

X 

694.  — Les  Hurons  ont-ils  réaidé  à  l'Anse  Saint-Michel  ou 
au  chantier  actuel  de  Dobell  à  Sillery  où  l'on  voit  encore  l'an- 
cienne résidence  des  Jésuites  ?  Con. 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 


VOL.  6  FÉVRIER  1900  No.  2 


SAINT-ALPHONSE  DU  SAGITENAY 

Sur  la  rivière  géante  du  Saguenay,  à  vingt  lieues  de  son 
embouchure,  s'ouvre  une  baie  qui  paraît  être  plutôt  le  bras 
principal  de  la  rivière.  Elle  s'avance  à  trois  lieues  dans  les 
terres,  sur  une  largeur  de  trois  railles,  et  avec  une  profon- 
deur moyenne  de  trente  brasses. 

C'est  tout  au  fond  de  cette  baie  que  se  firent  les  premiers 
défrichements  du  Sagucnay,  par  une  société  formée  à  la 
Malbaie,  en  1837,  dite  "  La  société  des  vingt  et  un."  L'âme 
de  l'entreprise  se  nommait  Alexis  Tremblay  dit  Picoté.  De 
son  nom,  la  première  paroisse  s'appela  Saint- Alexis.  L'année 
suivante,  un  nommé  Mars  Simard,  de  la  Baio  Saint-Paul, 
alla  s'établir  un  peu  plus  au  nord,  toujours  sur  le  littoral  de 
la  Baie  des  Ha  !  Ha  !  On  allait  chez  Mars  ;  la  rivière  qui 
sépare  les  deux  paroisses  de  Saint-Alphonse  et  de  Saint- 
Alexis  s'appelle  la  rivière  à  Mars. 

Il  y  avait  250  communiants,  en  1839,  lorpquo  les  curés 
Lévesque,  de  la  Malbaie,  et  Decoigne,  delà  Baie  Saint- Paul, 
vinrent  en  chaloupe  donner  une  première  mission  à  leurs 
anciens  paroissiens.  En  1841,  M.  Bourret,  curé  de  la  Mal- 
baie, y  trouva  600  communiante.  Le  premier  curé  résident 
fut  M.  Chs  Pouliot,  ci-devant  vicaire  de  la  Malbaie.  Il  y 
passa  deux  ans  et  fut  remplacé,  en  1844,  par  les  RR.  PPa 
0blat8,  qui  desservirent  Saint- Alexis  et  les  postes  environ- 
nants jusqu'en  1853.  A  cette  époque,  M.  L.  Gill,  vicaire 
a  la  cathédrale  de  Québec,  devint  curé  de  la  Grande-Baie.  Il 

se  fixa  d'abord  à  Saint-Alexis,  puis,  l'année  suivante,  à  Saint* 
Alphonse. 


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—  36  — 


M.  L.  Otis  le  remplaça,  en  1856  :  sous  M.  P.  Boucher,  qui 
lai  succéda  en  1858,  fat  terminée  l'église  de  Saict-Alphc-nse, 
la  première  en  pierre  bâtie  au  Saguenay. 

Puis  vinrent  MM.  E.  Morin,  frère  de  l  bon.  juge  Morin. 
(1864  67;.  X.  «iauvin  (1867-6*).  Geo.  Potvin  (1863  71),  P.- 
A.  Beaudet  (1871  80).  Jos.  Sirois  (1880  98),  qui  termina 
l'intérieur  de  l'église,  et  Henri  Ci  mon,  le  curé  actuel. 

La  baie  des  Ha  !  Ha  !  e»t  le  terminus  naturel  de  la  navi. 
gation  saguenéenne  et  du  chemin  de  fer  du  Lac  Saint-Jean. 

"  Que  la  locomotive  vienne  réveiller  les  échos  de  la  Biie 
des  Ha  !  Ha  !  et  on  verra  les  deux  villatfes  de  Saint- 
Alphonse  et  de  Saiot-AîexU  («agrandir  et  se  rapprocher  l'un 
de  l'autre  ;  et  il  y  aura  bientôt  li  une  des  plus  jolies  villes 
de  l'Amérique."  H.  C. 


LA  JUSTICE  A  LA  FIX  DU  17IEME  SIÈCLE 

Dans  un  mémoire  écrit  en  1689  sur  l'administration  de  la 
justice  au  Canada. on  lit  qu'il  n'y  a  que  les  ordonnances  enre- 
gistrées au  Conseil  Supérieur  qui  «soient  suivies.  (Archives 
du  Canada,  Cor.  gén.  vol.  10,  pp.  593,  594). 

Le  10  mai  1691,  M.  de  Champigny  écrit  au  ministre  : 
La  justice  hc  read  avec  toute  l'équité  pos-ible,  tant  pour 
le  civil  que  pour  le  criminel,  sans  longueur,  ny  procédures 
que  le  mo'.n*  qu'on  peut  et  bien  souvent  le  Conseil  lient  l'a- 
près  midy  ou  des  jours  extraordinaires  pour  sortir  les  parties 
d'affaire.  "  (Id,  vol  II,  p.  465). 

D.  CtlROUARD 


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LE  MOULIN  A  VENT  ET  LA  MAISON  DE  BORGIA 
LORS  DE  LA  BATAILLE  DES  PLAINES 
D'ABRAHAM 


Où  était  co  moulin  à  vent  ut  cette  maison  Borgia  dont  par- 
le le  chevalier  Johnstono,  p.  43.  •*  Tho  wind-mill  and  Bor- 
gia's House,  upon  the  edge  of  tho  hill  the  Canadians 

having  sot  fire  to  that  house  and  chafed  you  from  it  you 
retook  your  former  position." 

On  trouve  dans  ce  temps  là  plusieurs  de  ces  moulins  à  vent 
dans  la  ville  et  ses  environs.  On  pourrait  croire  de  prime- 
abord  qu  il  s'agit  du  mouhn  de  M.  d  Artigny,  en  face  de 
Wolfe,  sur  le  bord  de  la  Butio-à-Neveu,  situé  précisément 
devant  son  aile  droite  au  haut  de  la  côte,  sur  l'emplacement 
de  ia  tour  Martello  No.  2,  et  à  cent  vorges  de  distance  d'un 
Borgia  (Augustin- Borgia  Levasseur),  sur  la  Côte  à  Per- 
rault, maintenant  représenté  par  M.  Guilmartin.  Cependant 
il  n'en  est  rien  (l).  Ce  Borgia  n  est  devenu  propriétaire  là 
qo'en  mai  1790,  et  le  moulin  dont  il  s'agit  était,  ouivant 
Johnstone,  vis-à  vis  l'aile  gauche  de  Wolfe,  déployée  sur  le 
coteau  Sainte  Geneviève,  et  laquelle  paraissait  tenter  une 
descente  vers  le  pont  de  bateaux  sur  la  rivière  Saint-Char- 
les, par  l'ancien  chemin  qui  y  descendait  de  ce  moulin. 

En  effet,  ce  moulin  se  trouve  indiqué  sur  plusieurs  cartes 
«t  plans,  entre  autres  par  Villeneuve,  ltJ85,  par  LévU,  1760, 
Holland,  1785,  par  le  plan  gravédo  1775  sans  nom  d'auteur, 
et  par  lo  plan  de  Perrault,  aux  Ursulines,  jusqu'en  1700. 

(1)  En  prévision  du  siège  par  Levis,  Murray  fit  sauter  ce  moulin  le  22 
janvier  1760,  pour  y  ériger  une  redoute,  block-house.  C'était  son  ouvrage 
le  plus  avancé  et  la  plus  grande  des  cinq  redoutes  devant  la  ville  de  ce 
CÔté  et  dominant  comme  au  niveau  de  la  citadelle.  Kl  le  était  garnie  de 
deux  canons  et  considérée  comme  hors  d'insulte.  Lévis  en  arrivant  la  Ixini- 
barda.  Un  accident  mit  le  feu  aux  poudres  ;  le  toit  fut  emporté  et  un  capi- 
taine et  une  vingtaine  d'hommes  furent  blessés.  Elle  brûla  jusqu'à  terre. 
{Murray  p.  33.  Kiwx  11  p.  398). 


—  îkS  — 


Noua  croyons  qu'il  remonte  à  Jean  Bourdon  qiy  avait  ob- 
tenu une  concession  de  lerre.  hcl  Saint-Jean,  avec  ptrmission 
u  if  fnitirtiu  moulin  à  cent  faimmt  ou  LU  et  farine,  suivant  les 
titres  primitifs  énumt'n's  dans  un  acte  consenti  parson  fiU, 
Jean-François,  à  Charles  Bu /.ire  devant  Mtre  Beequet.  no- 
taire royal, !e  28  août  lfiTT,  et  porté  au  labier  de  l'Intendance 
du  domaine  de  Sa  Majesté,  représenté  par  la  compagnie  de 
la  .Nouvelle  France.  Jean  Bourdon  avait  obtenu  de  la  com- 
pagnie, le  11»  mars  1G»J1,  l'érection  en  fief  de  sa  maison  apje» 
k'e  Saint-Jean,  dans  la  banlieue  de  Québec.  Les  bornes  de 
son  terrain  lui  avaient  été  assignées  le  23  mai  1C37.  Cf.  acte 
de  foi  et  hommane,  col.  Il,  p.  474,  A.  D.  172C. 

Ce  moulin  parait  avoir  été  situé  à  l'endroit  de  la  remise, 
des  Chars  Crbains,  sur  la  courbe  du  chemin  Saint-Jean,  à 
son  entrée  dans  la  rue  d'Aiguillon  actuelle,  lequel  continuait 
alors  de  là  par  divers  détours,  suivant  les  accidents  du  sol, 
jusqu'à  la  porte  Saint-Jean.  Cf.  Plan  de  1775.  Co  ne  fut  que 
plus  tard  que  la  rue  Saint-Jean  qui  se  continuait  tout  droit 
dans  la  rue  Saint  Joachim,  fut  alignée  et  nivelée,  telle  qu'on 
la  voit  aujourd'hui,  pour  reprendre  la  courbe.  Bourdon 
avait  donné  à  un  rocher  en  cet  endroit  le  nom  do  La  Roche 
Bernard,  en  souvenir  d'un  rocher  semblable  près  de  Notre- 
Dame  d'Auray,  en  Bretagne.  C'est  au  pied  de  ce  même 
rocher  que  se  faisaient  les  exécutions  militaires,  sous  le  régi- 
me anglais,  comme  n'offrant  aucun  danger  pour  fusiller  les 
soldats. 

Ce  même  fief  Saint-Jean  devint  la  propriété  de  Michel 
Surro/.in,  médecin  du  roi.  et  conseiller  au  Conseil  Supérieur 
de  Québec,  comme  adjudicataire,  le  22  octobre  1709,  entre 
autres,  de  divers  immeubles  vendus  par  autorité  de  justice 
sur  M.  de  la  Chesnaye.  Co  fief  passa  en  diverses  mains  pour 
tomber  en  partie  dans  celles  des  Dames  Ursuli nés  de  Québec 
et  aussi  de  l'Hôtel- Dieu. 

Suivant  ces  plans  le  moulin  aurait  été  titué  à  l'ouest  d'un 


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chemin  montant  de  la  vallée  Saint-Charles,  tandis  qu'au- 
jourd'hui il  ne  trouverait  à  l'est  do  la  Côte-à-Sauvageau. 

Cependant  on  découvre  dans  un  autre  plan  imparfait  à 
l'Hôtel- Dieu  de  Québec,  un  chemin  de  convention  entre  ces 
Dames  Religieuses  et  les  Ursulince  qui  servait  à  monter  le 
coteau  et  qui  concorderait  un  peu  avec  le  tracé  sur  les  plans 
ci-dessus  cités.  11  semblerait  descendre  dans  la  vallée  par 
la  oôte  de  la  Négresse  pour  atteindre  la  rivière  Saint-Char- 
les. 

Maintenant  quel  était  ce  Borgia  et  où  était  sa  maison, 
dont  les  Anglais  «étaient  emparé  à  bonne  heure,  qui  fut  re 
prise  et  brûlée  par  les  Canadiens  ? 

C'est  dans  le  recensement  de  Québec  en  1716,  publié  par 
l'abbé  Beaudet  en  1887,  que  se  présente  pour  la  première 
sois  en  ce  pays  le  nom  Borgia,  nom  espagnol. 

Il  fut  donné  au  baptême,  à  Québec,  lo  4  avril  1707,  à 
François-Louis  de  Borgia,  porté  au  recensement  bous  le  nom 
de  François  de  Borgia,  âgé  de  10  ans,  fils  de  Fierro  Le  Vas- 
geur,  menui&ier,  âgé  do  55  ans,  et  de  sa  seconde  femme.  Anne 
Ménage,  âgée  do  40  ans,  demeurant  rue  qui  est  le  long  du 
jardin  du  Fort  (des  Carrières).  Ce  nom  fut  donné  â  l'enfant 
en  l'honneur  et  sous  le  patronage  de  saint  François  de  Bor- 
gia, canonisé  dopuis  pou  (1671). 

Le  Dictionnaire  généalogique  de  Mgr  Tanguay  ne  mention; 
ne  pas  plusieurs  des  onzo  enfants  alors  vivants  de  ce  couple 

Vol.  V.  p.  387. 

Il  omet  entre  autres  celui-ci  né  entre  Barthélémy  baptisé 
le  16  janvier  1705,  dit  âgé  de  12  ans,  et  François -Ignace,  dit 
âgé  de  9  ans,  baptisé  le  4  septembre  1708. 

Ce  même  François-Louis  Borgia  Le  Vasseur  épousa  en 
premières  noces,  2  mai  1730,  à  Québec,  Hélène  Moreau,  et 
en  secondes  noces,  27  août  1744,  Marie- Joseph  Catien.  Kn 
1759  il  était  donc  âgé  de  52  ans.  Il  portait  simplement  alors 
le  nom  de  Borgia,  que  portent  aujourd'hui  ses  descendants, 


—  40  — 


«t  fut  l'ancêtre  de  Joseph  Le  Valeur  Borgia,  avocat  célè- 
bre dans  sa  profession,  destitué  par  le  gouverneur  Craig  en 
1810  et  élu  député  à  l'Assemble  Législative  de  1800  à  1829. 

Dans  tes  Mémoirea,  M.  de  (îuspé  (p.  301)  raconte  qu'a- 
près avoir  commencé  s*  s  études  de  droit  ehez'e  juge  en  chef 
Sewell,  il  entra  pour  les  continuer  t  lioz  M.  Borgta.  Il  faut 
en  rabattre  un  peu  du  langage  qu'il  prôte  à  son  deuxième 
patron  sur  le  peu  d'importance  et  d'utilité  de  la  science 
légale  ;  à  moins  de  prendre  ce  passage  pour  une  boutade  d'é- 
tudiant, ou  un  trait  satiiiquc  qu'on  s'est  plu  de  tout  temps 
à  lancer  contre  les  gen*  de  loi,  mais  qui  ne  peut  atteindre 
l'avocat  Borgia. 

Pour  en  revenir  à  ce  Francois  Louis  de  Borgia, lo  proprié- 
taire de  la  maison  qui  nous  occupe,  nous  le  retrouvons  voisin 
du  nord-est  de  l'habitation  du  même  Dr  Sarrazin,  et  de 
l'autre  côté  borné  aux  Dames  Uraulines. 

Le  28  décembre  1758,  sous  le  nom  de  François- Louis 
Borgia  Levasseur,  bourgeois,  de  Québec,  il  présente  au 
greffier  du  domaine  du  roi  un  contrat  do  vente  à  lui  faite 
par  Simon  Chamborland  pardevant  BItre  Boucault,  notaire 
royal,  lo  26  novembre  1742,  "  d'uno  terre  en  la  censive  de 
Sa  Majesté,  située  au  dit  lieu  do  la  côte  Sainte-Geneviève 
(dite  sise  côte  Saint-Jean  au  régistro)  de  3  arpens  do  front 
sur  toute  la  profondeur  (sur  2u  arpens  de  profondeur,  dit 
aux  régi"trc)  à  prendre  depuis  le  chemin  du  Roi,  vis  à  vis 
le  terrain  appartenant  ci  devant  au  Sr.  Perthuis,  jusqu'au 
chemin  du  Roy  de  la  Grande-Allée,  tenant  au  sud-ouest  à 
l'habitation  do  M.  Sarrazin  ot  à  présent  6es  héritiers,  et  d'un 
côté  du  nord  est,  aux  terres  ci-devant  appartenant  à  M. 
(Rouer)  D'Artigny  et  à  présent  aux  Dames  Ursulines  " 

Lo  titre  du  vendeur  Chamborland  provenait  des  héritiers 
Pinguet,  suivant  contrat  passé  devant  Mtre  Rageot,  notaire 
,royal,  le  25  septembre  1723. 


—  41  - 


Il  est  naturel  de  croire  que  ce  Borgia,  bourgeois,  ait  d(k 
e  bûtir  une  maison  sur  une  propriété*  d'une  soixantaine 
d'arpents  d'étendue  aux  portes  de  la  ville,  dont  il  jouissait 
depuis  une  quinzaine  d'années.  Comme  cette  maison  a  été 
incendiée,  il  est  presqu'impossibîo  aujourd'hui  d'en  déter- 
miner précisément  le  site,  sinon  qu'elle  était  près  et  dans  la 
direction  du  moulin  à  vent,  suivant  le  chevalier  Johnstone, 
et  construite  au  sud-est  do  la  courbe  de  l'ancien  chemin 
Saint  Jean.  Le  plan  de  bataille  dans  Jofferys,  p.  131,  indi- 
que doux  maisons  à  peu  près  vers  cet  endroit,  sur  le  bord  du 
chemin. 

P.-B.  Casorain 


INHUMATIONS  HATIVES 

On  cite  l'inhumation  de  M.  le  chevalier  Louis  d'Aillebout 
et  do  quelques  autres  personnages  do  cette  époque,  le  lende- 
main de  leurs  dc'cès,  comme  des  faits  particuliers.  Or,  il  sem- 
ble que  c'était  alors  In  coutume,  et  à  la  fin  du  siècle  dernier, 
nous  voyons  cotte  pratique  encore  en  usage  dans  l'Eglise. 

C'oj-t  ainsi  quo  l'abbé  Bourg,  curé  a  Saint-Laurent  près 
Montréal  et  ancien  missionnaire  en  Acodio  et  à  la  Baie  des 
Chaleurs,  ancien  vicaire  général  de  l'évêquo  de  Québec  en 
ces  lieux,  fut  inhumé  dans  Kéglite  Saint  Laurent,  le  lende- 
main do  eon  décès. 

Voici  l'extrait  de  l'acte  de  sépulture. 

u  Le  vingt-un  Août  mil  sept  cent  quatre  vingt  dix-sept,par 
nous  Vicaire-(iénéral,a  été  inhumé  dans  le  Sanctuaire  do  cette 
Eglise,  le  corps  de  Meosire  Joseph  Malhurin  Bourg,  curé  de 
cette  paroisse,  décédé  hier  matin,  âgé  de  cinquante  trois  ans, 
deux  mois  et  onze  jours,  muni  des  sacrements  de  l'Eglise. 
Etaient  présents  Messiree  Lemaire,  Rivière,  Houdet,  Peri- 
nault,  Désgarest,  Orfroy,  Prévôt  et  Chenet,  t«>us  prêtres  qui 
ont  signé  avec  nous.  iioux,  Vic.-Gén." 

Suivent  les  signatures  des  prêtres  présents. 

L'abbé  E.-P.  Chouinard 


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—  42  — 


LE  R.  P.  FRANÇOIS  VAILLANT  ET  LE  TESTA- 
MENT DE  CLAUDE  OMAR 

Je  viens  vous  faire  part  d'un  document  datant  de  1695, 
conservé  dans  les  archives  du  gouvernement  de  Québec-  et 
que  j'ai  eu  l'occasion  d'exhumer  en  ces  derniers  temps. 

Ce  document,  fort  intéressant,  est  intitulé  Réponse  du  P. 
François  Vaillant,  de  la  compagnie  de  Jésus,  comme  faisant 
les  affaires  des  Seigneurs  de  la  Prairie  de  la  Magdeleine,  aux 
demandes  des  marguillers  de  la  paroisse  de  la  dite  seigneurie^ 
sur  le  testament  de  feu  Claude  Omar. 

Le  cas  soumis  au  R.  P.  Vaillant  qui  fut  missionnaire  chez 
les  Tsonnontouans.  était  celui-ci  : 

Un  nommé  Claude  Omar,  cultivateur,  selon  toute  proba- 
bilité, do  la  Pruirie  de  la  Magdeleino.  fut  pris  un  jour  par 
les  Iroquois,  pendant  qu'il  travaillait  à  ses  récoltes.  Ceux-ci 
l'amenèrent  à,  la  mission  d  Onneiout,  l'attachèrent  à  un  po- 
teau et  le  tirent  brûler. 

Au  lieu  du  supplice,  Claude  Omar,  sentant  qu'il  ne  pou- 
vait sortir  vivant  de  la  main  de  ses  atroces  bourrcaux,légua 
verbalement  ses  biens  au  R.  P.  Milet,  qui  l'assistait  à  sesder« 
niera  moments. 

Le  R.P.  Pierre  Milet,  jésuite,  était  arrivé  au  pays,  d'après 
Mgr  Tanguay,  le  5  août  ltiGT,  et  avait  été  envoyé  en  mi«- 
sion,  en  ltîlH,  chez  les  nations  iroquoit-es.  Il  mourut  le  17 
janvier  1711. 

Chargé  de  se  prononcer  sur  la  valeur  de  ce  testament  qui 
faisait  le  R.P.  Milet,  légataire  universel  des  biens  de  Claude 
Omar,  le  R.  P.  Vaillant  examine  la  question  au  point  de  vue 
de  la  jurisprudence  de  l'époque,  et  conclut,  après  avoir  narré 
tous  les  faita,  a  la  nullité  du  testament. 

EUOÈNK  ROUILLARD 


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—  43  — 

Réponse  du  P.  François  Vaillant  de  la  compagnie  de  Jésus 
comme  faisant  les  affaires  des  seigneurs  de  la  prairie  de 
la  Magdeleine  aux  demandes  desmarguillers  delà  parois- 
se de  la  dite  seigneurie  sur  le  testament  de  feu  Claude 
Omar. 

Avant  que  les  marguillere  do  la  paroisse  do  la  Prairie  do 
la  Magdeleino  viennent  en  partage  sur  les  biens  de  feu  Clau- 
de Omar,  comme  ils  le  prétendent,  il  s'agit  de  décider  si  le 
testament  du  dit  Omar  est  bon  et  recovablo,  or  je  maintiens 
qu'il  est  nul  autant  que  le  peut  être  un  testament. 

Tous  les  jurisconsultes  distinguent  trois  sortes  do  testa- 
ments bons  et  valables. 

Le  lor  est  le  tostamont  olographe  qui  doit  être  tout  oscrit 
signé  et  cacheté  do  la  main  du  testateur  ;  ecluy  de  fou  Cl. 
Omar  ne  peut  pas  passer  pour  tel,  puisqu'il  no  paraist  icy 
aucun  escrit  pas  mesme  signé  de  sa  main. 

Le  2c  est  le  testament  solennel  passé  par  main  de  notai- 
re ot  signé  de  deux  témoins  et  du  notaire  ou  bion  de  deux 
notaires  tigné  avant  la  mort  du  Testateur,  je  no  crois  pas 
encoro  quo  les  dits  marguillers  veullont  faire  passer  ccluyci 
pour  testament  solennel. 

Le  3o  est  lo  testament  fait  en  présence  du  curé  ou  du  vi- 
caire ayant  lettres  do  vicaire  et  en  présence  de  trois  témoins 
soussignés.  Le  P.  Millet  sur  la  déclaration  duquel  sont 
uniquemeut  fondés  mes  parties  no  peut  passer  icy  ny  pour 
curé  ny  pour  vicaire,  n'ayant  aucune  lettre  pour  cola  et  n'a- 
yant paru  à  Onnéout  en  ce  temps  là  que  comme  concaptif  du 
testateur,  autrement  quelque  prestre  que  ce  serait  qui  se 
trouveroit  par  occasion  à  la  mort  do  quelqu'un  passerait  pour 
curé  ou  vicaire,  mais  encoro  mi  sont  les  témoin-»  requis  en 
pareil  cas  ? 

Il  reste  le  testament  militaire  auquel  il  semble  que  mes 
parties  veullont  réduire  celuy  dont  il  s'agit  icy,raais  il  cons- 
to  que  feu  Claude  Omar  n'estoit  puinl  soldat  et  ne  l'a  jamais 


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—  44  — 

eaté,quil  n'a  point  esté  pris  en  se  battant,  ny  allant  en  guer- 
re, mais  bien  en  faisant  ses  récoltes  et  dans  son  cbamp,  qu'il 
n'avoît  pour  lors  ny  épée  ny  baston  ny  fusil  et  que  par  con- 
séquent, il  n'a  paB  plus  eu  de  droit  de  faire  un  testament 
militaire  qu'une  femme  qui  serait  prise  en  faisant  son  ménage 
ou  au  coin  de  son  feu,à  moins  que  mes  parties  ne  disent  avec 
S.  Ckrisostotne  que  "ojnnis  Christianus  naturalitcr  est  miles," 
mais  il  ne  s'agit  pas  icy  de  la  milice  spirituelle  contre  les 
démons,  le  monde  ou  nos  passions.  On  doute  me*me  si  un 
soldat  de  profession  prisonnier  de  gnerro  peut  tester,  au 
moins  ces  sorte»  do  testaments  nestoient  pas  reyns  autrefois 
outre  qu'un  soldat  morne  en  guerre  ne  peut  tester  qu'il  n'y 
ait  au  moins  deux  tomoins,  et  icy  il  n'y  a  que  lo  seul  P. 
Millet  qui  nous  fu^c  une  déclaration  en  deux  mots  que  Cl. 
Omar  en  mourant  a  laifsé  la  moitié  de  son  bien  à  la  paroisse 
de  la  Prairio  et  l'autre  moitié  aux  missions  Iroquoises. 

Je  eçay  que  le  P.  Millet  estant  un  homme  de  probité  ne 
voudroit  pas  mentir  ny  engager  sa  conscience  pour  rendre 
témoignage  d'une  chose  fausse,  mais  je  scay  aussi  que  les 
ordonnances  n'ont  jamais  dit  quo  le  témoignage  d'un  seule 
personno  tant  do  probité  soit-ello,  puisse  suffire  pour  la  vali- 
dité  d'un  testament,  surtout  cette  déclaration  ne  nous  ayant 
été  donnée  et  n'ayant  esté  écrite  que  4  on»  et  demi  après  la 
mort  du  tci-tatcur.  Car  enfin  qui  nous  a  assuré  que  depuis 
un  si  long  temps,  le  dit  Père  n'a  pas  oublié  icy  bien  des  cir- 
constances que  luy  déclara  pour  lors  le  déffunt  et  qui  chan- 
gent peut  estre  ses  intentions. 

Nous  avons  un  exemple  devant  les  yeux  qui  prouve  com- 
bien il  est  facile  de  s'onblier  en  fort  peu  de  temps.  Mes 
parties  dans  leur  requêto  présentée  à  Mons.  lo  lieutenant 
*  gouverneur  général  assurent  que  C.  Omar  a  fait  son  testa- 

ment avant  que  destre  conduit  au  lieu  de  son  supplice  et 
attaché  au  p:cquet  ;  ot  dans  la  lettre  qu'ils  écrivirent  au  R. 
P,  Bruyas  du  29  octobre  dernier  et  que  nous  avons  entre 


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les  mains,  ils  parlent  ainsy  "  Cl.  Omar  estent  au  poteau  pour 
être  brûlé,  déclara  au  dit  Pére  qu'il  donnoit  etc.,  etc."  et 
cependant  et  la  lettre  et  la  requeste  sont  écrites  de  la  mesmo 
main  do  Mon».  Geoffroy  leur  curé  et  très  probablement  com- 
posées par  le  mesme.  Ainsy  si  dans  l'espace  de  cinq  mois, 
le  dit  curé  s'est  oublié,  d'vne  circonstance  si  considérable, 
que  ne  peut  pas  avoir  fait  le  Père  Millet  dans  l'espace  de 
quatre  uns  demi. 

Au  moins  il  conste  qu'il  en  a  oublié  une  bien  essentielle 
dans  sa  déclaration  car  il  ny  a  pas  mis  que  Cl.  Omar  don- 
noit une  partie  de  son  bien  aux  missions  Iroquoiscs  et  nom* 
memont  a  celle  d'Onneiout  où  on  le  faisait  mourir,  et  cepen- 
dant je  maintiens  qu'au  rapport  mesmo  du  dit  Pèro  ce  fut 
l'intention  du  testateur,  comme  je  le  prouveray  quand  on  le 
voudra  et  comme  mes  parties  l'insinuent  mesme  dans  leur 
requête.  Il  a  donné  ot  laissé  la  moitié  de  8es  biens  pour 
être  emploiés  à  la  conversion  des  eauvagfts,  c'est-à-dire  pour 
la  conversion  des  bourreaux  qui  le  devaient  brûler  et  mettre 
à  mort,  comme  ils  l'ont  fait.  Ce  sont  leurs  propres  tortnos. 

Or  je  die  que  cette  circonstance  est  essentielle  parcequ'elle 
est  une  autre  preuve  de  la  nullité  du  Testament  vu  qu'elle 
fait  le  Pèro  Millet  légataire  ce  qui  ne  peut  s'accorder  avec  la 
qualité  des  tesmoins  ny  de  curé  ny  de  notaire.  La  mission 
d'Onneiout,  où  Cl.  Omar  a  été  brûlé  est  toujo  ira  la  mission 
du  P.  Millet,  il  ne  l'a  quittée  quo  par  force  majeure  après  y 
avoir  demouré  près  de  20  ans  et  est  encore  dans  l'eBpérance 
et  la  certitude  dy  retourner  Dieu  aidant  aussi  tost  que  la 
paix  sera  fuit  ;  estant  donc  légataire  peut-il  recevoir  luy 
seul  ce  testament  et  cette  seule  circonstance  n'ebt-elle  pas 
plus  que  suffisante  pour  le  casser  et  l'annuler. 

Je  sçai  ce  que  l'on  ne  pouvait  pas  faire  autrement,  mais  je 
ripondrai  que  cette  impossibilité  prétendue  est  bonne  à  dire 
aux  personnes  qui  ne  savent  pas  ce  qui  se  passe  aux  Iroquois 
en  pareillo  occasion,  et  que  respondront  mes  parties  si  je  leur 


—  46  — 


dis  ce  qui  est  véritable  que  j'étois  aux  Iroquois  jay  mené 
xnoymesme  des  esclave»  pris  depuis  un  an  ou  deux  pour  mo 
servir  d'interprètes  auprès  de  leurs  compatriotes  affin  de  les 
baptiser  avant  que  d'être  brûlés,  qui  empeschoit  donc  que 
tant  de  françois  qui  estoient  à  Onneiout  ne  fussent  appellés 
pour  servir  de  témoins,  mais  en  second  lieu  quand  cette 
imposeibilité  ne  serait  pas  supposée  elle  ne  rondroitpas  pour 
cela  le  testament  plus  valide. 

Tout  cecy  considéré,  Monsieur,  je  vous  prie  humblement 
de  vouloir  déclarer  le  dit  testament  nul  ot  comme  nayant 
jamais  été  fait,  et  les  marguillers  déboutés  de  leurs  deman- 
des et  leurs  prétentions  nulles  avec  dépens. 

A  Villomaric  ce  22  mars  1605. 

(signé),  France  Vaillant  J 


SIR  CHARLES  SAUNDERS 


Sir  Charles  Saunders,  qui  avait  été  lieutenant  du  Centu- 
rion et  commandant  du  Tryal  dans  l'expédition  do  Amon, 
devint  contre-amiral,  en  1758.  Il  lut  rappelé  do  la  Méditer- 
rannée  pour  prendre  lo  commandement  en  chef  de  la  flotte 
américaine,  en  février  1750,  et  hissa  son  pavillon  à  bord  du 
Neptune  comme  vice-amiral.  En  1761,  il  reçut  l'ordre  du 
Bain,  et  mourut  en  1775.  Ses  restes  furent  privément  inhu- 
més dans  l'abbaye  de  Westminster,  près  du  monument  de 
Wolfe. 

D'intércesamcs  anecdotes  sur  ce  galant,  habile  et  aimable 
officier  6ont  publiés  dans  le  Annual  liegisterde  1755  et  1759, 
et  dans  le  European  Magazine  de  1796. 

P..G.  R. 


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LES  VICTIMES  DU  MASSACRE  DE  LACHINE 


M.  l'abbé  de  Belmont,  prêtre  de  SaintSulpice  de  Montréal 
de  1681  à  1732,  et  eon  supérieur  pendant  plusieurs  années, 
donne  une  liste  des  victimes  du  massacre  de  Lachine  de 
1689  dans  son  Histoire  dn  Canada,  dont  le  manuscrit  fut 
déposé  aux  archives  coloniales  à  Paris.    La  Société  Histori- 
que de  Québec  en  fit  faire  une  copie  qu'elle  publia  en  1840  ; 
mais  la  liste  des  victimes  fut  omisa,  le  copiste  l'ayant  trou- 
vée indéchiffrable  ;  il  ho  contenta  d'écrire  :  "  Suit  une  liste 
de  noms,  la  plupart  indéchiffrables.  "  J'ai  profité  do  la  pré- 
sence de  M.  Kdouard  Richard  à  Paris,  où  il  continue  ses 
recherches  historiques,  pour  lui  demander  de  voir  le  manus- 
crit et  do  le  transcrire  aussi  fidèlement  quo  possible,  ce  qu'il 
eut  la  complaisance  de  faire  en  novembre  dernier.    Il  le 
trouva  à  la  Bibliothèque  Nationa!e.au  volume.  13,516  (1265). 
"  Le  résultat  do  mes  rejhjrchc*,  m'é jrit-il,  ne  vous  donnera 
probablement  pas  la  satisfaction  quo  vous  en  attendez,  d'a- 
bord pareeque  cette  partie  du  manuscrit,  écrite  d'une  antre 
main  que  le  manuscrit,  est  à  peu  près  indéchiflfrablo,on8uite, 
parcoque  la  listedes  noms  est  loin  d'être  complète.    Avec  un 
fac-similé  de  cetto  liste,  il  vous  sera  peut-être  possible  de 
tout  reconstituer." 

C'est  en  effet  ce  que  je  réussis  à  faire,  sans  trop  de  diffi- 
culté, à  l'aide  du  fac  simile  a  la  main  qu'il  m'onvoya,et  grâce 
à  lu  pleine  connaissance  que  j'avais  acquise  de  la  population 
de  Lachine  à  cette  époque.  La  plupart  des  noms  sont  claire- 
ment lisibles  ;  d'autres  sont  plus  ou  moins  complets  ou  obs- 
curs, suivis  dans  quelques  cas  de  mots  abrégés  ou  de  mau- 
vaise orthographe  ;  d'autres  enfin,  au  nombre  seulement  de 
deux  ou  trois,  sont  absolument  incompréhensibles.  Sur 
vingt  sept  lignes  do  cette  feuille,  j'ai  pu  en  mettre  vingt- 
trois  au  clair.  Voici  donc  comment  je  lis  cette  liste.  Elle 
commence  par  la  note  suivante,  qui  est  très  lisible  :  "Le  8 


J 


—  48  — 

août,  enfin  au  milieu  de  la  nuit,  les  1600  Iroquois  passèrent 
le  lac  Saint-Louis  d'un  temps  de  tempeete,  de  grelle  et  pluye; 
ils  se  placèrent  par  pelotons  en  corps  de  garde  à,  toutes  les 
maisons  durant  7  lieues,  et  commencent  un  massacre  général 
d'hommes,  de  bêtes  et  de  maisons."  Cette  note  se  trouve  au 
texte  imprimé,  mais  la  date  du  massacre  est  du  24  août. 
Puis,  viennent  les  noms,  un  par  ligne,  et  dans  l'ordre  sui- 
vant : 

1.  "Jean  Paré,  son  enfant  de  3 ans,"  très  lisible. 

2.  "Gaudin,  sa  tille  de  2  ans  ",  lisible. 

3.  Une  ligne  contenant  quelques  lettres  et  syllabes  illisi- 
bles, au  bout  desquelles  on  découvro  le  nom  de  "  Pérusse." 

4.  "  Jean  Fournier,"  clair,  suivi  d'un  mot  non  intelligi- 
ble. 

5.  "  Jean  Fagueret,  massacré,"  très  libible. 

6.  "  Jean  Michau,  sa  femme  et  enfant»,"  assez  confus. 

7.  "  Noel  Plessis,  brûlé,"  très  lisible. 

8.  Noël  (nom  de  famille  omis)  sa  femme,"  le  reste  indé- 
chiffrable. 

9.  "  Canaple,  ea  femme  tête  coupée,"  très  lisible. 

10.  "  Pierre  "  nom  de  famille  incertain,  probablement 
"  Barbarin,"  puis  "  sa  femme  et  enfans." 

11.  Nom  incertain,  probablement  Jean  Michel,  "  sa  fem- 
me, une  fille,  8  enfans,"  lisible. 

12.  "  Simon  Davo,  ea  femme,  les  mamelles  onlevées  3 
enfans,"  assez  clair. 

13.  "  Vincent  Alix,  sa  fomme.deux  enfans,"  très  lisible. 

14.  Michel  Presso,  la  femme  enceinte  éventrée,"  très  lisi- 
ble. 

15.  Ligne  obscure,  au  milieu  de  laquelle  on  lit  le  nom 
"Iluquet,  fille  de,"  probablement,  "  trois  ans." 

16.  "  Mathiaa  Chatauto,  sa  femme,  2  enfants,"  très  lisi- 
ble. 


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—  49  — 


17.  "  René  Chartier,  tête  coupée,  la  femme,  fils  et  tille 
brûlé,"  très  lisible. 

18.  "  Jean  Rerao,"  très  lisible. 

19.  "  Alexandre,"  tout  court,  mais  très  lisible. 

Suit  au  bas  de  la  fcuillo  la  note  suivante,  nettement  écrite  : 

44  80  personnes  30  maisons  toutes  les  bêtes."  Ce  chiffre  de 
"  80  personnes  "  diffère  de  celui  du  texto  où  M.  de  Belmont 
fixe  lo  nombre  total  des  prisonniers  enlevas  à  90,  eans  parler 
des  morts  sur  la  place. 

Cette  liste,  écrite  d'une  main  étrangère,  a  dû  être  faite 
Tannée  mémo  du  massacre,  et  longtemps  avant  la  composi- 
tion do  l'Histoire  du  Canada,  vers  1713,  par  M.  de  Belmont, 
car  j'y  trouve  les  noms  de  personnes  qui  figuraient  a  Lachi- 
no  dès  l'année  1690.  Ainsi,  nous  voyons  Jean  Fournier  plai- 
der à  Villeraarie.  en  1690  et  1G91,  contre  Jean  Millot,  pro- 
prétairo  du  fort  Kémy  (3  Jug.  ot  Dél.  529  et  1024).  En  1690 
et  après,  Jean  Paré,  Mat  bias  Cbatauto  et  Gaudin  portaient 
des  nouveaux  nés  aux  tonds  baptismaux  de  Lachine. 

Cette  liste  comprend  donc  non  seulement  les  morts,  mais 
aussi  les  prisonniers  délivrés  ou  massacrés.  Elle  est  d'ailleurs 
conforme,  à  bien  dos  égards,  à  celle  que  les  registres  de  La- 
chine nous  a  transmise  et  que  j'ai  reproduite  au  Lake  SU 
Louis,  p ago  126.  J'y  retrouve  ausbi  les  noms  de  plusieurs 
prisonniers  massacrés,  que  j'ai  indiqués  à  la  page  134,  et 
même  quelques  noms  nouveaux  que  je  signalerai  dans  la 
deuxième  édition  de  mon  livre  maintenant  en  voie  de  prépa- 
ration. 

D.  Cirouard 


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—  50  — 

LA  CHANSON  DANS  LA  NOUVELLE-FRANCE 


C'ett  Beaumarchais,  je  ci  ois,  qui  a  dit  qu'en  France  tout 
finit  par  des  chantons.  Il  n'en  était  pas  autrement  dans  la 
Nouvelle- France  même  au  temps  des  plus  cruelles  épreuves. 
Au  lendemain  de  la  bataille  de  Carillon,  Montcalm  envoyait 
à  ta  mère  deux  (  haneens  composées  sous  la  tente,  après  la 
victoire.  L  une  d'elle*,  "  en  style  des  poissardes  de  Paris" 
eut  fort  curieuse.    En  voici  deux  couplets  : 

Soldats,  officiers,  généraux, 
Chac  un  en  ce  jour  fut  héros  ; 
Aisément  cela  sc  peut  croire. 
Montcalm  conim*  défunt  Annilwil, 
S'm  outrait  soldat  et  général. 

<  Par  i.K    Safr^uS,  s  il  y  avait  tjuchju'un  qui  w  î  aimes  point  ! 

Je  veux  être  chien. 

A  coup  H 'pieds  à  coup  d'poings. 

J'Iui  cnss'rais  la  gueule  et  la  mâchoire  ! 

1 

X  »  m  !  il  i  ■  i  n  s  pas  monsieur  d'Lévis, 
Oui  s'trcmoussait  comme  un'  furie  ; 
Aisément  cel.".  se  peut  croire. 
Dame  !  on  n'manquit  d'valeur. 
Dans  la  famille  de  Not 'Seigneur  ! 

(Par  1  f  :  ,SV/;rf//r,  .vmwe  nui,  sa  ïawine  j 'et ion? Jlambi  '  

Ces  doubles  chiens, 

A  coups  d'pieds,  à  coups  d'poings. 

Nous  auraient  cassé  la  gueule  et  la  mâchoire  ! 

On  fait  évidemment  allusion,  dans  ce  dernier  couplet,  à  la 
tradition  d'après  laquelle  la  famille  du  chevalier  de  Lévia 
remontait  à  la  tribu  do  Lévis.  "  Uu  auteur  nous  montre  un 
membre  de  la  famille  do  Lévis,  ee  faisant  peindre,  rendant, 
le  chapeau  à  la  main,  visite  à  la  sainte  Vierge,  qui  lui  dit  : 
Mon  cousin,  couvre; -vous." 

D'après  une  version  que  j'ai  lue  quelque  part,  l'inscription 
se  lisait  comme  suit  : 

♦ 

" — Couvrez-vous,  mon  cousin. 

"—C'est  pour  ma  commodité,  ma  cousine." 

Er.vest  Gaomox 


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—  51  — 
RÉPONSES 

La  Chanse  galerie.  (V,  III,  506).— H  n'est  pas  un  de 
nos  campagnards  canadiens  qui  n'ait  connu,  dès  sa  tendre 
enfanco,  la  tradition  vulgairement  appelée  chasse  galerie. 
C'est  un  de  leurs  plus  doux  souvenirs  que  celui  de  ces  lon- 
gues soirées  d'hiver,  quand,  marmots  encore,  leur  grand' 
mère  les  accueillait  sur  ses  genoux  pour  faire  passer  devant 
leur  imagination  ardente,  à  lu  lueur  fauve  do  l'âtre  pétillant, 
les  tableaux  do  l'âge  merveilleux  du  Canada.  Et  quels  ta- 
bleaux !  Tantôt  une  voiture  qui,  s  acheminant  vers  le  mou- 
lin, prenait  à  t'improviste  un  élan  vertigicux  et  allait  tour- 
billonner dans  la  rue  pour  revenir  sans  encombre  àson  point 
de  départ.  Tantôt  uno  vieille  rechigneuse  et  touto  cassée, 
s'élançait,  malgré  la  pesanteur  de  ses  quatre  vingt-dix- neuf 
ans,  et  courait  claquer  lo  pas  sur  la  rafule  ou  danser  une  de 
ces  bacchanales  quo  le  violon  de  Paganini  ou  du  bonhomme 
X         do  ia  côte  X  ,  avait  bouI  lo  secret  de  cadencer. 

L'air  était  rempli  de  lugubres  hurlements  sinistres  et  de 
plaintives  lamentations  Los  visions  de  loups-garous,do  reve- 
nants de  fufardets  et  do  lutins  étaient  à  la  modo  du  jour.  On 
voyait  parfois  passer  à  la  tête  dis  grands  pins  de  la  forêt, 
des  canots  pleins  de  mauvaises  gens  à  l'aspect  d'enfer,  qui 
chanlaiont  et  festoyaient  pendant  que  les  environs  battaient 
l'air  en  cadence.  O  horreur  !  lo  voisinage,  depuis  quelquos 
soirs  avait  signalé,  la  cho*e  était  certaine,  la  presence  d'un 
homme  sans  tête,  qui  errait  autour  des  habitations. 

Les  grand'mères  d'aujourd'hui  se  font  un  scrupule  dépas- 
ser, à  la  génération  nouvelle,  le  précieux  dépôt  do  cotto  tra- 
dition qu'elles  ont  elles-mêmes  recueillie  de  leurs  aïeux.  Elles 
sont  même  assez  honnêtes  pourremottre  à^leurs  neveux  tous 
les  intérêts  composés  dont  ce  dépôt  s'est  grossi  entre  leurs 
mains.  Mais  l'onfant  so  faisant  homme,  à  mesure  qu'il  so 
dégage  des  liens  do  son  imagination,  éprouve  une  tendance 


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—  52  — 


à  devenir  assez  incrédule  pour  reléguer  cette  tradition  au 
nombre  des  contes  de  fées.  Cependant,  ces  récits  dépouillés 
des  ornements  que  la  suite  des  grand'mères  est  venu  leur 
ajuster,  laissent  un  fond  de  vérité  qu'il  importe  aux  Cana- 
diens de  connaître,  parce  qu'il  en  ressort  une  leçon  impor- 
tante sur  l'histoire  de  notre  sol  natal. 

Il  n'y  a  aucun  doute  que  la  chasse  galerie  à  son  origine, 
dans  le  tremblement  de  terre  de  1G63.  Ce  fat  une  des  plus 
fortes  commotions  que  la  croûte  du  globe  ait  éprouvées.  Les 
mémoires  de  l'époque  nous  apprennent  qu'il  y  a  eu  de  tels 
bouleversements  en  certains  endroits  que  la  nature  n'était 
plus  reconnais-able,  des  montagnes  jaillissant  en  un  clin 
dVi'il  du  profond  des  vallons  ;  dos  rivières  changeant  subite- 
ment leur  cours  ;  dos  forêts  entières  déracinées  et  culbutées 
avec  fracas  dans  les  crevasses  béantes  du  sol  ;  des  habitations 
bondissant  dans  l'espace  et  volant  en  éclata  :  voilà  la  scène 
qu'éclairait  la  lueur  rougeâtre  d'un  soleil  à  demi  voilé  et  la 
clarté  blafarde  do  mille  météores  parcourant  l'atmosphère 
en  tous  sens  en  revêtant  les  forme*  les  plus  bizarres  et  les 
plus  effrayantes. 

Ces  détails  marquent  trop  bien  le  thème  de  celte  tradition 
do  la  chasse-galerie  pour  qu'on  s'y  méprenne.  Qu'on  se  repré- 
sente maintenant  l'état  du  Canada  à  cette  époque  :  une  po« 
pulation  tout  au  plus  de  4000  habitants,  quelques  rares  dé- 
frichements autour  des  forts  de  Montréal,  Québec  et  Trois- 
liivières  ;  la  hache  des  Iroquois  et  la  disette,  encore  plus 
dangereuse,  toujours  prêtes  à  fondre  sur  la  cabane  du  colon  ; 
et  l'on  se  demandera  s'il  n'y  avait  pas  que  la  Providence 
capable  de  disputer  l'existence  de  la  colonie  naissante  aux  élé- 
ments conjurés. 

Elle  le  tit,  puisque  le  Canada  existe  encore  et  plus  pro- 
phère  que  jamais,  mais  la  preuve  éclatante  de  ce  secours  de 
la  Providence  est  que  durant  tont  l'espace  de  temps  que  du- 
ra ce  tremblement  de  terre  mémorable,  il  n'y  eut  pas  une 


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perte  de  vie  à  déplorer  en  Canada.  Mais  en  retour  le  peu 
qu'il  y  avait  do  pécheurs  endurcie  rentra  dans  le  devoir,  et 
la  foi  devint  assez  ardente  pour  rappeler  le  temps  des  pre- 
miers chrétiens. 

Jetons  de  temps  à  autre  un  coup-d'œil  sur  notre  histoire 
et  nos  traditions. 

J.  Grionon 

Ia'h  ait  vienne*  prinonn  de  Québec.  (V,  II,  582). — 
D'après  les  nrchives  officielles,  la  plus  ancienne  prison  érigée 
à  Québec,  comme  édifice  distinct,  sous  le  régime  français 
(en  dehors  de  l'enceinte  de  l'habitation  ou  duchâteau),était 
située  «sur  un  terrain  appartenant  à  la  famille  de  Pécancour, 
près  du  fort  Saint-Louis.  Ce  bâtiment  occupait  le  terrain 
formant  aujourd'hui  l'encoignure  des  rues  Saint  Louis  et  des 
Carrières,  presque  en  face  de  l'entrée  principale  de  la  cour 
du  Château  Frontenac.  (Voir  projet  de  nuns  d'enceinte  du 
Château  Saint- Louis,  dresté  par  l'ingénieur  Villeneuve,  en 
1G85.  Voir  aussi  le  plan  de  Québec  "envoyé  avec  la  lettre  de 
MM.  de  Callièrcs  et  Champigny,  du  G  octobre  1700."  Sur  ce 
dernier  plan,  un  bâtiuunt  indiqué  en  face  du  bastion  sud- 
œuost  du  fort  Saint  Louis,  porte  la  légende  suivante  :  "  P. — 
Maison  au  Koy,  qui  servait  autrefois  depriton,  dont  le  fond 
appartient  aux  héritiers  de  Mr.  di)  Boscancourt." 

Duns  les  dernières  années  du  régime  français,  la  prison 
publique  était  située  en  arrière  du  Palais  de  l'Intendant,  non 
loin  do  la  rivière  Saint-Charles,  sur  l'om placement  appelé 
depuis    le  parc  au  bois." 

En  1784,  des  pièces  vacantes  du  couvent  des  Récollets  ser- 
virent de  prison  temporaire.  Après  l'incendie  du  couvent 
(G  septembre  1796),  la  prison  fut  tenue  dans  les  construc- 
tions voisines  des  Casernes  do  l'Artillerie,  près  de  la  côte  du 
Palais. 

En  1810,  on  commença,  au  centre  même  de  la  ville,  sur 


—  54  — 

l'emplacement  situé  entre  les  rues  Saint-Stanislas.Saint-Anne, 
Dauphine  et  Sainte- Angèlo,  l'érection  d'une  prison  qui  fut 
inaugurée  en  1814,  et  dont  on  se  servit  pour  les  fins  de  sa 
construction  jusqu'en  1867. 

La  porte  d'entrée  principale  do  l'ancienne  prison  do  la  rue 
Saint  Stanislas  (aujourd'hui  le  college  Morrin).  à  laquelle  se* 
rattachait  le  lugubre  souvenir  de  plusieurs  exécutions  capi- 
tales, a  été  enlevée  et  rômplacéepar  une  nouvelle.  Elle  était 
surmontée  de  l'inscription  suivanto  : 

A.  P. 
M  DCCCX. 
L.  A.  Reg.  Georgio  III 
Trov.  Gud.  D.  D.  J.  H.  Craig,  Hi.  Egte., 
Career  isto  bonos  a  pravis, 
Vindicare  possit. 
(L'an  du  Seigneur  1810,  duns  la  cinquantième  année  du 
règne  de  George  III,  le  Puissant  Seigneur  Jamee  Henry 
Craig,  chevalier  du  Baiu,  étant  le  Gouverneur  de  le  Province. 
Puisse  cette  prison  venger  les  bons  de  lu  perversité  des 
méchants). 

Quant  à  la  prison  actuelle  de  Québec,  sur  la  Grande  Allée 
la  première  pierre  en  fut  poste  le  4  septembre  1861.  Les  tra- 
vaux commencèrent  la  mémo  année  et  furent  continuées  jus- 
qu'au 1er  janvier  18G4  ;  interrompus  à  cette  époque,  ils 
furent  repris  au  mois  d'avril  suivant  et  continués  jusqu'à 
achèvement  le  1er  juin  1867. 

Kiinest  Gaonon 

Justin  Winaor.  (V,  IX,  654.)-Justin  Winsor  est  un 
écrivain  publiciste  très  moderne,  mais  il  peut  être  cité  sou- 
vent en  parlant  de  l'histoire  ancienne  do  l'Amérique  ot  du 
Canada,  parce  qu'il  puise  abondamment  lui-même  aux  sour- 
ces originales  qu'on  ne  trouve  plus  aisémont  en  dehors  dee 
grandes  institutions  d'enseignoment. 


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—  So- 


il dit  lui-même  un  peu  ce  qu'il  est,  dans  la  dédicace  de  son 
grand  ouvrage  en  8  forts  volumes  richement  illustrée  de 
portraits,  plans,  cartes,  etc  (1899),  iutitulé  :  Narrative  and 
Critical  History  of  America. 
"  Cher  Eliot, 

"  Il  y  a  quarante  ans,  vous  et  moi,  nous  étant  préparés 
ensemble,  nous  entrions  au  collège  lo  même  jour.  Plus  tard, 
dans  le  monde,  nous  embrassions  des  carrières  différentes  ; 
et  vous,  vous  f  ies  revenu  à  Cambridge  au  temps  voulu  pour 
y  occuper  votre  haute  position.  Il  y  a  douze  ans,  à  votre 
désir,  jo  suis  aussi  venu  pour  remplir  un  devoir  sous  vos 
ordres. 

il  Vous  m'avez  tiré  de  mes  nombreux  soucis  et  transféré 
dans  cette  université,  pour  y  faire  un  service  plus  conforme 
à  me*  goûts.  Ce  changement  a  contribué  au  progrès  deB 
études  auxquelles  jo  ne  me  souviens  paH  d'avoir  pour  un  ins- 
tant cessé  de  m'intéretser.  Ainsi,  jo  vous  dois  beaucoup,  et 
jo  ne  pense  pas  qu'on  trouve  surprenant  que  je  désire  unir 
dans  cet  ouvrago  votre  nom  à  celui  de  votre  ami  bien  obligé. 

"  Cambridge,  18S9. 

(Signé),         Justin  Winsor." 

M.  Eliot  est  président  de  l'université  de  Harvard,  et  M. 
Justin  Winsor  est  le  bibliothécaire  de  cette  même  institution 
et  secrétaire  correspondant  do  la  Société  Historique  du  Mas- 
sachusetts. Entré  au  collège  en  1849,  M.  Justin  Winsor 
doit  dépasser  quelque  peu  la  soixantaino  maintenant. 

Sa  grande  Histoire  de  l'Amérique,  publiée  à  Boston  et 
New- York,  en  1889,1e  place  au  nombre  des  écrivains  améri- 
cains qui  ont  lo  plus  étudié  les  origines  de  notre  histoire 
canadienne.  Il  cite  amplement  les  auteurs  anciens  et  mo- 
dernes, français  et  anglais,  qui  ont  écrit  sur  le  Canada,  et,  à 
ce  titre,  il  a  droit  d'être  souvent  cité  lui-même  par  nos  écri- 
vains qui  se  servent  de  connaissances  tirées  de  son  ouvrage»  # 

R  Bellemare 


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—  56  — 

Les  tableaux  de  M.  l'abbé  Detyardins.  (VI,  I, 
690.)— Voici  deux  extraite  des  lettres  de  Mgr  Plessisà  AL 
Baimbault,  curé  de  Nicolet,  qui  font  connaitro  au  moins  en 
en  partie  la  distribution  des  tableaux  achetés  en  France  par 
M.  l'abbé  Philippe-Jean-Louis  Desjardins,  vicaire-général  de 
Paris,  et  envoyés  au  Canada,  à  son  frère  Louis-Joseph,  cha- 
pelain de  l'Hôtel-Dieu  de  Québec,  pour  y  être  vendus  : 

"  Il  n'est  plus  mention  ici  que  des  tableaux  do  M.  Desjar- 
dins, généralement  beaucoup  plus  graude  que  no  portait 
la  facture.  lia  sont  exposés  dans  l'église,  le  sanctuaire,  la 
sacristie,  l'avant  sacristio  ot  le  dessus  du  chœur  do  l'Hôtol- 
Dieu.  Chacun  veut  les  voir.  J'y  accompagnai  lundi  le 
général  Sherbrooke.  La  collection  est  superbe.  Peu  de 
morceaux  qui  ne  soient  au-dessus  du  commun.  L'égliso 
de  Boucherville  en  prend  trois,  Vorehères  quatre,  Varen- 
nes  cinq,  ;St  Antoine  do  Tilly  deux,  StMichel  deux,  le 
séminaire  de  Québec  dix.  A  40,  à  50,  à  GO  louis,  ils  ne 
portent  pas  à  terre.  J'ai  pris  le  magninquo  portrait  de 
Pie  VI  en  grand.  M.  Rabby  a  pris  un  crucifix  aux  pieds 
duquel  est  représentée  Madame  de  la  Vallière.  Il  est  haut 
de  trois  pieds.  Aussi  ne  le  paye  t-il  que  vingt  louis.  M. 
Berthelot  a  pris  uo  saint  Charles  et  le  portrait  do  Pie  VII, 
qui  ressemble  aux  "Côté  '  do  l'Ango  (jlardicn.  L'opulonto 
fabrique  do  Nicolet  et  celle  de  La  Baie  laisseront  elles  par- 
tir tant  de  beaux  morceaux  sans  on  prendre  leur  part? 
Il  y  a  apparence  que  la  cathédrale  en  va  aussi  avoir  une 
dizaine  "    

Québec,  22  mars  1817. 


"  J'espère  que  M.  Desjardins  fera  3,000  louis  de  ses 
tableaux.  Il  passe  déjà  2,000,  ot  il  lui  on  reste  plus  de  la 
moitié  à  vendre.  11  est  vrai  que  les  plus  beaux  sont  partis. 
Entre  nous,  il  se  soucie  guères  quo  l'on  connaisse  ce  gros 


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profit,  auquel  il  ne  s'attache  que  d&ns  l'espérance  de  rele- 
ver lest  a  flaires  en  détresse  de  son  frère  Jacques.  C'est, 
comme  voua  voyez,  un  petit  secret  de  famille." 
Mardi  Saint,  1817. 

M.  Eaimbault  acheta  a.  ees  frais  quelques-uns  do  ces 
tableaux  (6ix),  qu'il  plaça  dans  l'église  de  Nicolet,à  laquelle 
il  les  kgua  par  son  testament.  Ils  y  font  encore.  Lo  meil- 
leur tst  une  copie  par  Stella  de  la  Sainte  Famille  do  Raphaël, 
dont  l'original  est  au  Louvre.  Les  autres  sont  aussi  de  bons 
tableaux.  M.  Fournier,  curé  de  la  Baie  du  Febvre,  acheta 
de  même  quelques  uns  des  tableaux  de  M.  Dosjardins,  cinq 
ou  six.   IU  sont  encore  dans  l'église  du  lieu.  D. 

L'emprisonnement  de  Pierre  Jfédard.  (V, 
VII,  638.) — L'année  181Î)  devait  être  fertile  en  événements 
tragiques.  Avec  elle  s'ouvrit  une  ère  de  malaise,  qui  allait 
dégénérer  bientôt  en  des  troubles  sérieux.  Le  parti  anglais, 
à  la  tête  duquel  se  trouvaient  le  juge  Monk,  le  juge  Scwoll, 
avec  le  Mercury  pour  organe,  crut  qu'il  valait  mieux  en  finir 
avec  l'élément  français,  devenu  trop  \ uissant  à  la  chambre. 
Les  critiques  du  journal  francophobe  devinrent  de  plus  en 
plus  acerbes  ;  les  conseillers  in  petto  de  sir  James  Craig, 
réussirent  à  soulever  l'esprit  de  ce  dernier,  au  point  de  lui 
fairo  croire  que  les  Canadiens  français  complotaient  dans 
l'ombre  des  projets  de  rébellion.  Or,  c'était  de  la  plus  évidente 
fausseté,  car  les  sommités  canadiennes,  parmi  lesquelles  se 
dressait  de  toute  sa  hauteur  la  tête  de  Mgr  Flessis,  rêvaient 
bien  autre  chose  que  la  révolte  contre  l'autorité  constituée . 
Les  mauvais  ferments  germaient  ailleurs  qu'à  l'évêché  de 
Québec  et  dans  les  bureaux  du  Canadien.  Lesalliésde  la  bureau- 
cratie voulaient  un  coup  d'Etat,  et  ils  l'obtinrent  &  leur  aise. 
Ce  fut  le  Canadien  qui  fut  frappé  parce  qu'on  ne  pouvait 
sévir  autrement  et  d'uno  façon  plus  propre  à  attirer  l'atten- 
tion publique. 


—  58  — 


Le  17  mars,  un  petit  peloton  de  soldats  armés.  précédé 
d'un  magistrat  et  de  deux  constables,  fît  soudainement  irrup- 
tion dans  l'atelier  du  journal  français,  et  s'empara  forcément 
de  la  presse  et  des  papiers  épura  dans  les  bureaux  de  la  ré- 
daction. M.  Lefrançois,  imprimeur,  fut  appréhendé  au  corps 
et  jeté  on  prison  ainsi  que  le  plus  vulgaire  malfuiteur.  Une 
patrouille,  organisée  sur  un  bon  pied,  se  mit  ensuite  à  circu- 
ler dans  les  rues,  comme  s'il  y  avait  eu,  en  réalité,  des  cons- 
pirateurs dans  tous  les  coins  delà  ville.  C'en  était  assez  pour 
jeter  l'alarme  dans  les  familles,  sinon  la  consternation. 

Deux  jours  après,  c'est-à-dire  le  19,  MM.  Bédard,  Tasche- 
reau  et  Blanchet,  trois  propriétaires  du  Canadien,  furent  à 
leur  tour  arrêtés  et  incarcérés.  A  Montréal,  des  constables 
s'emparèrent  également  de  Pierre  Laforce,  de  Pierre  Papi- 
neau  (deChambly),  ainsi  quo  de  Prançois  Corbeil  (do  l'île 
Jésus),  accusés,  eux  aussi,  do  menées  traîtresses  {treasonable 
practices).  On  n'a  jamais  pu  savoir  pourquoi  tous  ces  per- 
sonnages, surtout  ces  troi*  derniers,  furent  arrêtés.  Le  mot 
trahison  était  bien  lâché,  mais  on  eût  été  empêché  de  dire 
en  quoi  et  comment  ils  avaient  trahi  le  drapeau  britannique. 
Los  vrais  traîtres  n'étaient-ils  pas  plutôt  ceux-là  même  qui 
ne  faisaient  que  compromettre  le  représentant  de  Sa  Majei-të 
en  asservissant  son  autorité  à  des  fins  plus  ou  moins  avoua- 
bles ?  On  oncoro  ceux  qui,  au  lendomain  do  la  suppression 
du  Canadien,  écrivaient  :  "  Le  coup  est  porté.  Le  Canadien 
a  reçu  le  coup  mortel.  Le  plus  grand  malheur  qui  puisse 
arriver  à  la  presse,  c'est  qu'elle  tombe  entre  des  mains  invi- 
sibles et  licencieuses,  Nous  n'en  «lisons  pas  plus  long,  car 
nous  ne  guenons  pas  contre  des  morts." 

Les  autorités  civiles  tirent  de  minutieuses  recherches  à 
travers  les  papiers  saisis  dans  l'atelier  du  Canadien,  mais  elles 
revinrent  bredouille  :  aucune  trace  do  conspiration,  aucune 
trame  suspecte.  Pendant  ce  temps  là  le  public  attendait  avec 
la  plus  grande  anxiété  qn'on  lui  fit  connaître  les  crimes  des 


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inculpée.  "  Que  l'on  juge  maintenant,  dit  Christie,  si  le  pro- 
cédures auxquelles  on  avait  eu  recours  à  cette  occa.Mon,résul- 
taient  d'une  appréhension  bien  fondée  de  troubles  ou  d'un 
exercice  abusif  du  pouvoir." 

M.  de  Gaspé,  dans  *os  Mémoires,  nous  apporte  des  détails 
intéressants  et  nouveaux  sur  cet  épisode  de  l'incarcération 
de  Bédard  et  de*  autres  Canadiens.  Nous  avons  11  le  récit 
d'un  témoin  oculaire  véridique. 

"  Ce  serait  une  étude  curieuse  à  faire  aujourd'hui  que  de 
rechercher  les  causes  qui  ont  induit  le  gouvernement  d'alors 
à  persécuter  ces  citoyens  si  respectables  à  tous  égards.  Per- 
sonne n'ignore  que  les  griefs  qui  motivèrent  les  actes  de 
rigueur  de  l'oligarchie,  prenaient  leur  .source  dans  le  journal 
le  Canadien  que  les  patriotes  du  temps  publièrent  pour  se 
défendre  des  attaques  envenimées  et  gross-ières  que  débi- 
taient contre  eux  les  gazettes  anglaises.  La  presse,  les  carac- 
tères, etc,  qui  servaient  à  l'impression  do  ce  journal  f  urent 
saisis  par  un  piquet  de  soldats  commandés  par  un  juge  de 
paix  ;  ma  foi,  il  faut  l'avouer," par  mon  beau-père  le  capi- 
taine Thomas  Allison,  du  5e  régiment,  mais  retiré  alors  du 
service,  et  furent  déposés  dans  les  voûtes  du  palais  de  jus- 
tice. Ce  serait  certainement  aujourd'hui  une  lecture  pleine 
d'intérêt  et  des  plus  curieuses  que  celle  de  l'ancien  journal 
le  Canadien,  depuis  le  premiers  numéro  jusqu'au  17  mars 
1810,  qu'il  fut  saisi  par  le  gouvernement.  On  prétendait 
alors  que  plusieurs  articles  de  ce  journal  tendaient  à  soule- 
ver le  peuple,  ce  qui  fut  cause  que  les  éditeurs-propriétaires 
et  les  correspondants  accusés  de  pratiques  séditieuses  furent 
incarcérés.  Les  moins  coupables  aux  ycox  des  autorités, 
soit  officiers  dans  la  milice,  ou  exerçant  quelques  fonctions 
sous  le  gouvernement,  furent  congédiés.  Oh  !  oui,  ce  serait 
une  étude  très  curieuso  que  de  chercher  à  découvrir  les  cri- 
mes qu'avaient  commis  tant  de  loyaux  et  respectables  ci- 
toyens d'origine  française,  qui  leur  valurent  une  persécution 


—  60  — 


si  cruelle  de  la  part  du  gouvernement  britannique.  Je  jette 
aujourd'hui  le  gant  au  tory  lo  plus  farouche,  pourvu  qu'il 
ait  quoique  teinture  de  la  constitution  anglaise,  et  jo  veux 
passer  pour  le  plus  sot  iudiviJu  du  Canada,  s'il  peut  me 
montrer  une  phrase,  une  seule  phrase  duns  co  journal  qui 
pût  motiver  les  rigueurs  de  l'oligarchie  sous  l'adminietra- 
tion  Craig." 

Dans  le  cours  du  mois  d'avril,  des  amis  do  Bédard  tontè- 
ront  mais  vainement,  do  faire  émettre  un  writ  habeas 
corpus  en  faveur  du  prisonnier  ot  de  ses  compagnons  d'in- 
fortune. Le  gouverneur  se  montra  impitoyable  ;  les  portes 
de  la  prison  restèrent  formées  sur  bs  victim  :s  d'un  despo- 
tisme sans  frein.  Co  ne  fut  qu'en  juillet  qu'un  des  prison- 
niers, malade,  fut  reluxé. 

Quelques  semaines  plus  tard,  un  autre  obtint  son  élargis- 
sement pour  la  môme  raison  do  smté. 

Lefrançois  sortit  de  sa  prison  au  mois  d'août. 

Il  ne  resta  plus  bientôt  que  Bédard,  qui  demandait,  comme 
faveur,  qu'on  lui  fit  son  procès.  On  le  lui  refusa  porsévé- 
ramment,  car  on  savait  bien  quo  devant  un  jury,  même  le 
plus  mal  disposé,  aucune  preuve  ne  pourrait  établir  la  cul- 
pabilité du  rédacteur  du  Canadien.  Ijq  gouverneur  voulait 
qu'il  demandât  pardon,  afin,  sans  doute,  de  laisser  croire  au 
public  que  son  prisonnier  était  coupable.  Mais  au  chfttoau 
l'on  ne  connaissait  pas  Bédard,  ou  on  le  connaissait  ma).  Il 
eut  préféré  la  mort  plutôt  que  do  prononcer  l'aveu  d'une 
faute  dont  il  était  innocent.  Bédard  attendit  donc  patiem- 
ment dans  sa  prison  le  procès  auquol  il  avait  droit,  au  grand 
mécontentement  de  la  faction  Sewell,  qui  out  désiré  donner 
aux  événements  une  autro  tournure. 

M.  do  Gaspé  nous  donne  de  nouveaux  détails  sur  le  sort 
de  Bédard,  durant  toute  la  période  de  son  emprisonnement  : 

"  De  toutes  les  victimes  de  la  tyrannio  du  gouvernement 
do  cette  époquo,  monsieur  le  juge  Bédard,  avocat  alors,  fut 


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—  CI  — 

celui  qui  endura  sa  captivité  avec  le  plue  de  pationce.  Ce 
disciple  de  Zénon,  toujours  occupé  d'études  profondes,  pou- 
vait se  livrer  à  ses  goûts  sans  être  exposé  aux  distractions 
dans  la  chambre  solitaire  qu'il  habitait.  Homme  pratique 
connaissant  À  fond  la  constitution  anglaise,  il  ne  communi- 
quait avec  les  autorités  que  pour  leur  demander  de  quel 
crime  on  l'accusait  ;  et  pour  les  prier  de  le  mettre  en  juge- 
ment, s'il  y  avait  matière  à  indictment  au  criminel.  On  se 
donnait  bien  garde  d'instruire  son  procès  :  il  était  à  peu  près 
ausH  coupable  de  trahison  ou  de  pratique  séditieuse,  que  je 
le  suis  de  vouloir  m 'emparer  de  lu  tiare  de  notre  saint  père 
lo  pape.  On  lui  signifia,  après  une  année  de  détention,  je 
crois,  qu'il  était  libre. 

"  Je  ne  sortirai  d'ici,  répliqua  M.  Bédard,  que  lorsqu'un 
corps  de  jurés  aura  bien  et  dûment  déclaré  mon  innocence. 

"  On  lo  laissa  tranquille  pendant  une  dizaine  de  jours, 
espérant  lasser  sa  constance,  mais  &  l'expiration  de  ce  terme 
le  geôlier  lui  signifia  que  s'il  nu  sortait  pas  le  lendemain  do 
bon  gré,  il  avjiit  reçu  ordre  de  le  mettre  à  la  porte.  M 
Bédard  haussa  les  épaule»  et  continua  ses  calculs  algébri- 
ques. Comme  plusieurs  membres  de  sa  famille,  M.  Bédard 
était  un  profond  mathématicien. 

♦{  Le  geôlier  patienta  le  lendemain  jusqu'à  une  heure  de 
yolevé,  maÎB  voyant  alors  que  son  prisonnier  ne  faisait  aucun 
préparatif  de  départ,  il  lut  déclara  que  s'il  n'évacuait  pas 
les  lieux  de  bonne  volonté,  il  allait  avec  l'aide  de  ses  porte- 
clofs,  le  mettre  à  la  porte.  M.  Bédard  voyant  que  I  on  prenait 
les  choses  au  sérieux,  et  que  contre  la  force  il  n'y  a  pas  de 
résistanco,  dit  au  gurdien  :  "  Au  moins,  monsieur,  laissez  - 
moi  terminer  mon  problème.'*  Celte  demande  parût  si 
juste  au  sieur  Keid,  le  geôlier,  qu'elle  fût  accordée  d'assez 
bonne  grâce.  Monsieur  Bédard  satisfait,  à  l'expiration  d'une 
heure,  de  la  solution  de  son  problème  géométrique,  s'aeho- 
mina  à  pas  lents  vers  sa  demeure."         N.-E.  Dionxk 


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I 


—  02  — 

L'honorable  J£lie  Thibaudeau.  (Y,  XI,  672.)— 
Le  5  janvier  I  >7>.  U  |  aroicse  du  Cap-Santé  perdit  un  ci- 
toyen qui  avait  joué  un  rôie  asc?ez  marquant,  1  honorable 
Elie  Tbibaudeau.  Négociant  de  profession,  il  ne  fut  pas 
longtemps  sans  fermer  son  comptoir  pour  se  livrer  à  la  poli- 
tique,  dont  il  n'eut  pas  trop  à  se  plaindre.  Il  représenta  le 
comté  de  Portneuf  à  plusieurs  repliées,  fit  partie  du  minis- 
tère Brown  Dorion,  qui  ne  vécut  que  quarante  buit  heures  ; 
puis,  en  1863,  il  fut  nommé  à  la  position  de  régistrateur  du 
comté  de  Portneuf,  devenue  vacante  par  la  mort  de  M. 
Lelièvre. 

M.  Elie  Tbibaudeau  ne  fut  pas  le  seul  des  enfants  du  Cap- 
Santé  qui  se  jeta  dans  la  fournaise  politique.  On  compte 
encore  :  M.  leidoro  Thibaudeau,  qui  a  représenté  successi- 
vement Québec-Centre  et  Québec- Est  ;  M.  Pierre  Garneau, 
ancien  député  du  comté  de  Québec,  actuellement  membre 
du  Conseil  législatif,  et  ancien  membre  du  cabinet  De  Bou- 
cherville- Angers,  ainsi  que  du  cabinet  Mercier  ;  M.  Alfred 
De  Saint-Georges,  député  de  Portneuf  presque  sans  inter- 
ruption de  1872  à  1890  ;  M.  Côme  Einfret,  tout  récemment 
encore  député  de  Lotbinière  ;  M.  Rosaire  Thibaudeau, séna- 
teur, et  M.  Marcotte,  ancien  député  du  Lac  Saint-Jean. 

L'abbé  David  Gossemn 

La  Nouvelle- Angleterre.  (V,  XII,  687.)— On  dési- 
gnait autrefois  sous  le  nom  de  Nouvelle  Angleterre  cette 
partie  nord-est  des  Etats-Unis  qui  comprend  aujourd'hui  lea 
Etats  du  Maine,  du  New-Hampshire,  du  Vermont,  du  Mas* 
sachusetts,  du  Rhode-Island  et  du  Connecticut,  depuis  enfin 
le  41°  au  48°  latitude  nord  et  du  71°  au  74°  longitude  ouest» 
La  Nouvelle- Angleterre  fut  donnée  par  Jacques  1er,  en  1606, 
à  la  compagnie  de  Plymouth,  sous  le  nom  de  Virginie,  et 
c'est  le  capitaine  J.  Smith  qui  lui  donna  le  nom  de  Nouvelle* 


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—  03  — 


Angleterre,  en  1614,  lorsqu'il  en  explora  les  côtes  ot  en  dressa 
une  carte. 

L'abbé  L.-E.  Bois 

Catholiques  et  protestants  dans  fa  même 
église,  (V,  XII,  682.)— Les  Ursulines  de  Québec  (livre  5e, 
chap  I  ),  répondent,  je  crois,  à  l'une  des  questions  des  Recher- 
ches Historiques  : 

"  Dès  le  24  septembre  1759,  notro  église,  réparée  par  la 
libéralité  du  général  Murray,  commença  à  tenir  lieu  d'église 
paroissiale.  Le  parloir  de  la  Sainte  Famille  eut  aussi  alors 
l'honneur  de  servir  de  presbytère.  "  Au  commencement  de 
l'ouverture  qui  se  fit  de  la  cure  dans  notre  église,  dit  le 
Kécit.  M.  Récher,  curé  de  Québec,  avait  la  peine  de  venir 
tous  les  jours  pour  dire  la  sainte  messe.  Il  était  demeuré 
au  séminaire  pour  le  conserver  ;  mais  il  ne  fut  pas  longtemps 
sans  être  obligé  d'en  sortir,  ayant  été  dangereusement  blessé 
par  un  soldat  anglais.  Nous  le  reçûmes  dans  notre  maison. 
Il  y  est  entré  le  8  de  novembre  1759,  et  loge  avec  M.Resche, 
chanoine  de  la  cathédrale  et  notre  confesseur.  Ces  deux 
messieurs  remplissent  tour  à  tour  toutes  les  fonctions  du 
service  divin,  tant  la  semaine  que  les  fêtes  et  les  dimanches. 

Nous  savons  par  les  traditions  du  cloître  quo  le  service 
selon  le  rit  anglican  te  fit  aussi  tous  les  dimanches  dans 
notre  église,  tout  lo  temps  que  les  blessas  anglais  s 'journè- 
rent  au  monastère  :  c'était  l'ordre  du  vainqueur. 

Ce  fait  nous  rappelle  quelque  chos3  d'assez  analogue  : 
c'est  que  vers  1813,  à  Kingston,  II.  C,  l'église  catholique 
ayant  été  changée  en  hôpital  pour  les  soldats  blessés,  les 
catholiques  célébrèrent  l'office  divin  dans  l'église  protestante 
de  cette  ville.  Le  regretté  historien  du  Canada,  M.  l'abbé 
Ferland,  nous  a  dit  qu'il  y  avait  souvent  servi  la  messe  dans 
eon  enfance." 

L'abbé  J.-B.  C.  Dupuis 


—  64  — 

QUESTIONS 

695.  —  Le  génCmi  de  Caulincourt,  ou  plutôt  l'un  des  géné- 
raux de  Caulincourt,  s'est  réfugié,  après  Waterloo,  au  Cana- 
da, où  il  est  resté  jusqu'à  la  mort  de  Louis  XVIII.  11  habi- 
tait à  la  Baie  du  Febvre.  Sous  quel  nom  ? 

Ii.  F. 

696.  — De  quelle  partie  de  la  France  était  Louis  llébert,  le 
premier  colon  de  Québec  ?  Rio 

697.  — A  quel  sujet  se  rapportait  la  motion  mise  de  côté  en 
1845  par  sir  Allan  MacXab,  parce  qu'elle  était  rédigée  en 
français  ?  Par  qui  fut  présentée  cette  motion  ? 

P.  O. 

698.  — Pour  quelle  raison  feu  Gérin  Lajoie  administra-t  il 
une  raclée  a  J.-B.-Eric  Dorion,  Y  Enfant  Terrible,  dans  la  bi- 
bliothèque de  la  Chambre,  en  juillet  1866  ? 

Dept. 


699.  — Sous  le  régime  français  au  Canada,  le  droit  de  patro» 
naye  a  t-il  été  réclamé  par  des  seigneurs  ?  Les  évèques  de 
Québec  ont  ils  accordé  ce  privilège  à  des  seigneurs  ? 

Eub. 

700.  — Qu'est-ce  que  Craig's  Road  ?  En  quelle  année  fut 
commencée  cette  route,  et  quand  fut-elle  terminée  ?  Quelles 
sont  les  paroisses  qu'elle  traverse  ?  Dans  quel  but  fut-elle 
ouverte  ?  Iax. 

701.  — D'où  vient  le  nom  de  Côte  à  Piaeau  donnée  à  la  côte 
située  en  face  de  l'église  de  Sillery  ? 

702.  — Quelqu'un  peut-il  donner  les  noms  des  grands  chefs 
de  la  tribu  huronne,  avec  les  dates  de  leur  élection  et  de 
leur  décès  ? 

Inquis 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

VOL.  G  MARS  1900  No.  3 


NOTRE-DAME  DE  SAINTE- FOYE 

Le  promontoire  où  ost  assis  le  vieux  Québec  n'est  que  la 
pointe  oricntalo  d'un  plateau  élevé,  long  de  trois  lieue*,largo, 
vers  le  contre,  de  deux  milles  environ,  et  terminé  à  l'ouest 
par  lo  Cap- Rouge. 

Sainte  Foye  a,  pendant  deux  siècles,  partagé  soûle  (1) 
avec  la  ville  de  Champlain  ce  site  à  la  fois  magnifique  et 
glorieux,  d'où  l'œil  ombrasse  un  dos  plus  beaux  panoramas 
du  monde  et  où  l'on  rencontre  à  chaque  pas  les  vestiges 
d'une  histoire. 

Les  édits  et  ordonnances  do  1721  (2)  donnent  pour  limi- 
tes à  la  paroisse  "  une  lieue  et  demie  tant  sur  le  fleuve  Saint- 
Laurent  que  sur  la  route  de  Saint-Michel  dite  de  Saint  - 
Jean,  à  prendre  sur  le  fleuvo  depuis  les  terres  de  Saint- 
Michel  et  sur  la  dite  route  depuis  le  ruisseau  Prévost 
jusqu'à  la  rivière  du  Cap-Rouge,  et  les  profondeurs  de  la 
paroisse  qui  n'étaient  que  d'euviron  soixante  dix  arpents 
du  côté  du  nord-est,  à  prendre  du  bord  du  fleuve,  seront 
augmentées  des  terres  de  Pierre  et  André  Hamel,  etc." 

(t)  Depuis  le  milieu  de  ce  siècle,  la  paroisse  de  Saint-Colomb  de  Sillery 
«'y  est  taillé  un  beau  domaine  (Voir  Edits  et  ordonnâmes  de  1856).  Un 
peu  plus  tard  Saint-Félix  du  Cap  Rougcen  a  pris  une  bouchée  (Voir  Edits 
et  ordonnâmes  de  1872.  En  réalité  le  décret  remontait  à  i860  mais  n'a 
été  publié  qu'en  1872). 

(2)  Voir  Liste  des  municipalités  dans  la  provime  de  Qu3ec,  compilée 
par  C.  -  E.  Deschamps,  1886,  p.  403.  Dans  le  Dictionnaire  de  faïuien 
droit  canadien  de  Justin  McCarthy,  ces  bornes  sont  reproduites  avec 
quelques  modifications,  postérieures  à  172t.  Une  copie  de  l'ordonnance 
nous  a  été  fournie  par  M.  G.-M.  Fairchild. 


—  68  — 

Par  ies  terres  de  Saint-Michel  il  faut  entendre  l'anse  qui 
porte  encore  aujourd'hui  ce  nom,  située  au  nord-et>t  de  la 
Pointe-à-Puiseaux,où  s'élève  l'élégante  église  de  Saint-Colomb 
de  Sillery.  Quant  au  ruisseau  Prévost,  aucune  carte  ne  l'in- 
dique. C'est  sans  doute  ce  mince  filet  d'eau  qui  coule  aux 
confins  actuels  de  SainteFoye  et  de  la  banlieue  de  Québec. 

Le  chemin  Saint  Michel  dit  de  Saint- Jean  est  notre  che 
min  Sainte  Foye. 

Ainsi  le  Cap-Rouge,  le  Charlesbourg  Royal  do  Cartier  en 
1541,  le  France-Roy  (1)  de  Roberval  en  1542,  était  dans  les 
anciennes  limites  de  lu  paroisse.  De  même  aussi  la  célèbre 
mission  algonquine  et  montagnaise  de  Saint-Joseph,  établie 
en  16*38  dans  l'anse  de  Sillory,  un  mille  environ  à  l'ouest  de 
la  Pointe  à  Puiseaux.  C'est  là  que  fut  bâtie,  sous  le  vocable 
de  Saint-Michel,  la  première  église  qu'il  y  ait  eu  sur  notre 
territoire.  "  Ce  petit  bâtiment,  dit  la  Relation  de  1647, 
fait  tout  exprès  pour  les  sauvages,  n'a  pas  à  la  vérité 
la  magnificence  de  ces  grands  miraules  d'Europe  ;  mais  il 
a  quelques  paroissiens  dont  la  candeur  et  la  bonté  est  au- 
tant et  plus  agréable  i  Dieu  que  l'or  et  l'azur  de  ces  grands 
édifices.  " 

Cette  église  avec  la  résidence  des  Pères  Jésuites  fut  détrui- 
te par  un  incendie  en  1657.  En  1659,on  parle  de  la  rebâtir  (2). 
On  dut  le  faire  vers  cette  époque  car  on  voit  en  1673  les 
Hurons  s'y  rendre  en  pèlerinage  avant  de  quitter  Sainte- 
Foye pour  s'établir  à  Lorette,  (3)  et  les  Pèrjs  qui  desser- 
vaient Sainte  Foye  demeuraient  à  Sillery  (4). 

(1)  M.  N.-E.  Dionne  veut  qu'on  écrive  François- Roi. --Voir  I.a  Xou- 
vel/e- Frame,  de  Cartier  .)  Champlain  (1891),  p.  36,  note. 

(2)  Voir  Relation  de  1657,  c  IX,  et  le  Journal  des  Jésuites,  13  juin 
1657  et  12  septembre  1659,  page  265.  Nous  devons  ce  renseignement  avec 
beaucoup  d'autres,  à  M.  l'abbé  Ainédée  Gosselin,  préfet  des  études,  pro- 
fesseur d'histoire  du  Canada  et  assistant  archiviste  au  séminaire  de  Québec. 

{3)  Voir  Relation  de  1673-1674,  art.  III,  éditée  par  le  P.  Martin  chez 
Douniol  en  1861,  tome  I.  p.  305. 
(4)  Ibid.  art.  II,  p.  299. 


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La  maison  dos  Pères  existe  encore.  Pour  l'église  elle  est 
détruite  depuis  assez  longtemps.  Cependant,  il  n'y  a  qu'un 
demi  siècle  u  peinv,  on  en  pouvait  encore  voir  les  ruines. 
Des  fouilles  dirigée»  par  les  abbés  Laverdière  et  Casgrain 
ont  fait  trouver  dans  l'enceinte  le  corps  du  P.  Ennemond 
Massé  qui  y  avait  été  inhumé  en  164b*.  Un  joli  monument 
inauguré  le  26  join  1870,  consacre  la  mémoire  de  ce  premier 
missionnaire  du  Canada  (1). 

Mais,  bien  que  située  dans  les  limite»  de  Sainto-Foye,  ce 
n'e6t  pas  cetto  mission  abandonnée  vers  le  commencement 
du  XVIII  siècle  (2)  qui  a  donne  naissance  à  la  paroisse. 

La  première  chapelle  qui  a  porté  le  nom  de  Notre-Dame- 
de-Foy  a  été  bâtie  en  1669  pour  la  mission  huronne  établie 
en  1668  à  la  Coste  Saint-Michel,  à  une  lieue  ou  une  lieue  et 
demie  do  la  ville  (3). 

D'après  une  ancienne  carte  manuscrite,  conservée  à  l'Uni- 
versité  Laval,  les  côteaux  qui  relient  le  plateau  de  Québec  à 
la  plaine,  au  nord,  portaient  près  de  la  ville  le  nom  de  Coste 
Saint-Jean  ;  un  peu  plus  à  l'oueat  de  Coste  Sainte  Geneviè- 
ve, et  a  une  lieuo  environ,  de  Coste  Saint  Michel  (4). 

"  On  plaça  les  Hurons  en  ce  lieu  déjà  fort  peuplé  de  Fran 
gais,  dit  la  Relation  do  1671,  pour  profiter  do  leurs  bons 


(i)  Voir  Journal  de  Québec,  27  juin  1870,  le  récit  de  la  fête.  Rochemon- 
teix,  Les  Jésuitts^otat  I,  473  doc.  V.    On  pcul  lire  aussi  un  article  de  M 
Fer  land,  dans  le  mime  journal,  27  oct.  1855,  reproduit  à  la  fin  d'une  pe- 
tite brochure  anonyme  sur  le  commandeur  Brulard  Je  Sillcry. 

(3)  Ferland,  brochure  citée,  p.  25  s. 

(3)  Le  P.  Chaumonot,  dit  une  lieue  (Autobiographie,  éd.  Shea,  1858,  p. 
87).  De  même  la  Relation  de  1671,  titre  du  ch.  4.  La  Relation  de  1669 
dit  une  lieue  et  demie.  Aussi  la  petite  notice  sur  le  F.  Chaumonot  jointe  à 
•on  autobiographie  (éd.  citée,  p.  17). 

(4)  Nous  devons  à  la  bienveillante  permission  de  Mgr  Harocl, bibliothé- 
caire de  l'Université  Laval,  et  à  l'obligeance  de  M.  l'abbé  Amédée  Gosse- 
Un,  d'avoir  étudié  cette  carte. 


—  70  — 


exemples  et  réciproquement  pour  les  édifier  par  leur  piété 
et  leur  dévotion."  (1) 

La  mission  porta  d'abord  le  nom  de  l'Annonciation  de 
Notre-Dame,  et  n'eut  pour  chapelle  qu'une  cabane  d'écor- 
ce  (2)  Le  Père  Chaumonot,  qui  la  desservait,  oblint  la  per- 
mission de  dire  deux  mct-sesafin  que  tous,  français  et  sauva* 
if  es,  purent  satisfaire  au  précepte. 

Voici  à  quelle  occasion  ce  village  prit  le  nom  de  Notre- 
Dame  de  Foy. 

Une  statue  miraculeuse  avait  été  trouvée  dan*  le  tronc 
d'un  chêne  au  bourg  de  Foy,  près  Dinant  en  Belgique.  Foy 
devint  bientôt  un  lieu  de  pèlerinage  renommé  où  la  Sainte 
Vierge,  sous  le  vocable  de  Notre  Dame  de  Foy,  se  plut  à 
multiplier  les  prodiges  (3).  Foy  Notre  Dame,  comme  on 
écrit  là-bas,  est  encore  un  sanctuaire  très  fréquenté. 

Du  chêne  où  l'on  avait  trouvé  la  statue,  et  d'un  autre  où 
elle  fut  placée  pendant  quelque  temps,  on  fit  des  statuettes 
semblables  à  la  première  et  l'on  en  fit  don  à  diverses  cités. 

Le  P.  de  Véroncourt  (4)  S.  J.,  en  envoya  une  au  P.  Chau- 
monot en  1CG9.  Elle  était  accompagnée  de  cette  authenti- 
que qui  n'a  jamais  été  publiée,  que  nous  sachions.  Nous  som- 
mes heureux  tie  l'offrir  aux  lecteurs  des  Recherches  Jfisto- 


(1)  Voir  aussi  Relation  de  1672,  art.  •. 

(2)  Autohiographiedu  P.  Chaumonot,  p.  87.  Relation  de  1669,  c.  8  ;  de 
1670,  c.  4. 

(})  Voir  Ifist.  Je  X.-D.deFoy,  par  le  P.  Banncux  S.  J.  Namur,  Vve 
JJouxfds,  ch.  1879.  Aussi  une  petite  brochure,  du  même  titre,  (1893 
Dtnanu,  (iirard),  qui  n'en  est  qu'un  résumé. 

A  consulter,  l'article  de  M.  Ernest  Myrand,  un  de  nos  érudits  lesmieu 
renseignés  dans  le  Moniteur  de  Lévis,  no.  8,  22  juin,   1895,  lors  de  la 
visite  du  marquis  «le  Lévis. 

<4)  C'est  ainsi  qu  il  faut  écrire,  avec  un  0  et  non  un  a,  comme  nous  allons 
voir. 


—  71  — 

rigueset  d'ompccher,  en  multipliant  les  copiée,  que  ce  pré- 
eieux  document  (1)  ne  soit  perdu  : 

"  Je  soubsigné,  Claude  de  Véroncourt,  religieux  et  pres- 
tre  de  la  Compagnie  de  Jésus,  au  college  de  la  même  Com- 
pagnie a  Nancy,  certifie  a  tous  qu'il  appartiendra,  on  pré- 
sence des  Sieurs  llonry  Huyllaume  et  Jean  Perrin,notairee 
et  tabellions  généraux  au  Duché  de  Lorraine,  résidants  a 
Nancy  :  Que  la  Nostre-Dame,  faicte  de  bois,  cy  jointe, 
tenante,  sur  son  bras  droict,  son  petit  Enfant  Jésus,  et 
enolose  dans  une  layette,  peinte  de  bleu  au  dedans,  avec  de 
petites  estoites  d'or  :  Est  entièrement  du  vray  bois  du  pre- 
mier chosne,  dans  lequel  fut  trouvée  (Il  y  a  plusieurs 
années)  l'imago  miraculeuse  de  Nostre-Dame  de  Foy,  dis- 
tante environ  d'une  lieue  de  la  ville  de  Dînant,  au  pays  de 
Liège,  auquel  lieu  la  Saincte  Vierge,  mère  de  Dieu,  fart  de 
grands   miracles.    Et  cette  image  présente,  dont  je  fais 
oette  attestation  au  certificat,  a  esté  faicte  par  Nicolas  du 
Rieu,  maistre  sculpteur  résidant  en  la  dite  ville  de  Dinant, 
aux  frais  do  Damoisclle  Mario  Bastion,  laquelle  et  le  P. 
Noel  Noberti  do  la  Compagnie  de  Jésus,  résidants  présen- 
tement au  dit  lieu,  l'ont  donné  au  Père  Claude  de  Veron- 
oourt,  soubsigné,  pour  l'envoyer  en  Canada  ;  pour  y  estre 
honorée  et  invoquée  ;  pour  la  conversion  des  pauvres  sau- 
vages et  Canadois,  a  la  foy  de  Jésus  Christ,    En  foy  de 
quoi  j'ay  escri  et  signé  les  présentes  do  ma  main  et  prié  les 
deux  notaires  susdits  d'adtouter  leurs  seings  manuels  au 


(I)  Précieux  pour  notre  histoire  locale,  cela  s'entend.  L'original  est  la 
ropriété  du  colonel  Ncilson,  chef  du  déparlement  medical  de  l'armée  cana- 
dienne, lequel  a  eu  l'obligeance  de  le  chercher  et  de  nous  le  communiquer. 

La  Relation  de  1671  en  fait  mention, ch.  4.  Nous  avons  collationné  notre 
copie  avec  grand  soin  et  nous  citons  le  texte  tel  qu'il  est,  sans  y  rien  chan- 
ger. L'écriture  est  fort  belle,  et  il  n'y  a  pas  a  se  méprendre  sur  les  noms. 


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—  72  — 

mien  pour  plus  grande  authority  Fait  a  Nancy  le  cin- 
quième febvriur  mil  six  coats  soixante  neuf." 

ChAl'DK  DE  VeRONCOURT 

De  la  compagnie  de  Jésus. 
IIun.LAUMK-J.  Perrix 

L'arrivée  de  cette  statue  causa  grande  joie  dans  la  bour- 
gade et  le  zèle  de  la  dévotion  des  r-auvages  envers  la  Sainte- 
Vierge  lour  fit  entreprendre  aussitôt  et  hâter  la  construction 
d'une  chapelle  en  bois  sous  le  vocable  de  Notre- Dame  de  Foy. 
Les  Français  leur  prêtèrent  main  forte. 

Le  P.  Chaumonot  écrit  Notre  Dame  de  Foyo,  de  même 
que  les  Relations  de  1672-1673-1674  (1).  Mais  en  général 
dans  les  Relations  on  lit  Notre  Damo  do  Foy.  Coat  l'ortho- 
graphe suivie  par  nos  anciens  registres  qui  remontent  à 
1699.  De  très  bonne  heure  on  a  commencé  à.  dire  Notre 
Damo  de  Sainte-Foy.  C'est  ainsi  qu'écrit  M.  Buisson  de 
Saint  Co^me,  qui  a  desservi  la  paroisse  de  1711  à  1712.  Ainsi 
encore  le  reçu  du  régistro  de  1705,  signé  Delacetiorre,  com- 
mis greff.  Cependant  Claude  do  Bermen,  qui  authentique  le 
régistre  de  1706,  revient  à  la  forme  N.  D.de  Foy.  M.  Charles- 
Amador  Martin,  premier  curé  résidant  (1698-1711),  fait  de 
même.  Mais  l'usage  a  bientôt  prévalu  de  dire  Notre  Dame 
da  Sainte  Foy,  puis  Sainte  Foy  tout  court.  L'orthographe 
fautive  Sainte- Foye  n  apparaît  qu'assez  tard.  II  n'est  guère 
possible  de  changer  aujourd'hui,  même  légèrement,  la  forme 
de  ce  nom,  l'un  des  plus  glorieux  do  nos  annales. 

La  statue  envoyée  au  P.  Chaumonot,  et  qui  opéra  des 
miracles,  disparut  dès  les  premières  années.  Lee  Hurons 
remportèrent-ils  à  Lorette,  où  ils  émigrèrent  en  décembre 
1673  ?  On  l'ignore.  Toujours  est-il  qu'ils  ne  l'ont  plus.  Dans 
l'église  de  leur  village,  à  la  Jeune  Lorette,  où  ils  sont  depuis 

(i)  Edition  Martin.  Le  V.  Rochemonteix  reproche  aux  éditeurs  d'avoir 
remanié  le  style.  De  sorte  que  cette  orthographe  pourrait  bien  être  leur  fait 
Les  Jésuites.  Introduction,  p  XX Vil.  s.  note  3. 


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—  73  — 


le  commencement  du  XVIII  siècle,  ils  en  possèdent  une 
autre  en  urgent,  d'un  admirable  travail.  EHo  mesure  envi- 
ron quatorze  pouces,  sous  le  socle.  La  pose  do  la  Vierge, 
pleine  d'aisance  et  do  grâce,  et  les  draperies,  d'une  variété"  et 
d'une  souplesse  qu'on  no  saurait  surpasser,  font  de  cette 
statuette  une  œuvre  d'art  de  grande  valeur  (1).  C'est  san* 
doute  un  don  royal  de  môme  qu'une  petite  statuo  de  Saint- 
Joseph  de  même  métal  et  d'un  aussi  beau  travail. 

A  Sainte -Foyc,  pour  remplacer  la  madone  perdue,  M.  Le 
Prévost,  curé  do  la  paroisse  pendant  quaranto-deux  ans 
(1714  1756),  en  sculpta  une  en  bois  de  chêne  dont  la  beauté 
fait  honneur  à  ses  talents  d'artisto.  Klle  mesure  trois  pieds 
de  hauteur  avec  le  socle  ;  la  statue  originale  n'avait  qu'un 
empan,  c'est-à-dire  environ  huit  pouces.  Sans  avoir  le  méri- 
te de  la  statue  de  la  Jeunc-Lorette,  clic  ne  manquo  de  grâce 
ni  dans  la  pose  ni  dans  les  formes.  Les  traits  de  la  Vierge 
surtout  sont  très  beaux  (2). 

Le  couvercle  d'une  petite  niche  carré,  percée  au  bas  de 
la  statuo,  en  arrière,  porte  en  dedans  les  initiales  L.  P.  S.  et 
la  date  1716  :  Le  Prévost  sculpt.,  1716.  M.  l'abbé  Sasseville, 
très  curieux  d'antiquités  et  très  bien  au  courant  des  vieilles 
histoiros,  a  ouvert  cette  niche  en  1882  et  y  a  placé,  entre 
autres  documents,  uno  liste  du  clergé  des  environs  de  Qué- 
bec et  des  curés  do  Sainte-Foye,  avec  un  état  de  la  parois© 
à  cette  date. 


(1)  Sur  le  socle  noir  haut  de  six  pouces  environ,  un  c-cusson  circulaire  en 
bosse,  entouré  d'une  couronne  et  surmonté  de  draperies  en  festons,  porte 
les  monogrammes  entrelacés  de  Notre  Seigneur  et  de  la  sainte  Vierge. 

(2)  Notre  statue,  de  même  que  celle  de  la  Jcune-Lorette,  diffère  légère- 
ment de  la  statue  originale,  mais  elles  ont  toutes  la  caractéristique  de  N.-D. 
de  Foy  :  L'Enfant-Jésus  est  sur  le  bras  droit  de  la  Vierge,  qui  tient  un  de 
ses  petits  pieds  de  la  main  gauche.  Dans  la  statue  originale,  c'est  le  pied 
droit  ;  dans  les  deux  autres,  le  pied  gauche.  Dans  la  statue  originale, 
l'Enfant -Jésus  tient  un  globe  sur  la  main  droite  ;  dans  la  nôtre,  la  main  à 
demi  fermée  est  ramenée  près  du  côté  ;  dans  celle  de  la  Jeune- Lorette,  la 
main  est  levée  pour  bénir. 


—  74  — 

Par  un  concoure  de  circonstances,  qu'il  n'est  pas  nécessai- 
re de  raconter,  la  précieuse  statue  faillit,  elle  aussi,  être  per- 
due. Elle  a  fait  un  séjour  de  trois  ans  au  noviciat  du  Bon- 
Pasteur  de  Québec  où  le  curé  actuel  l'a  retrouvée  en  1895. 
Elle  occupe  aujourd'hui  une  place  d'honneur  dans  le  sanc- 
tuaire de  notre  église  et  les  paroissiens,  qui  en  connaissent 
l'histoire,  se  laisseraient  plutôt  arracher  les  yeux  que  leur 
vieille  Madone. 

La  chapelle  bâtie  parle  P.  Chaumonot  en  1669  fut  détrui- 
te par  un  incendie  à  la  fin  du  XVII  siècle. 

En  16'Jλ,  M.  Charles- Amador  Martin  commença  laçons- 
tiuction  de  l'ancieni  e  églit-e  qui  fut  terminée  en  1723  eous 
l'administration  de  M.  Le  Prévost.  Cotte  église  est  restée 
célèbre  dans  notre  histoire  parce  que.  en  1760,Ies  Anglais  la 
firent  waiter  pour  empêcher  que  le  chevalier  do  Lévis  ne 
s'emparât  du  matériel  de  guerre  qu'ils  y  avaient  entassé  (1). 

Elle  fut  rebâtie  de  1762  â  1761). 

Un  fait  inédit  et  qui  honore  la  mémoire  déjà  sympathi- 
que du  général  Murray,  c'est  qu'il  donna  vingt-cinq  louis 
sterling  pour  aider  à  la  reconstruction.  Nous  devons  la  con- 
naissance de  cette  libéralité  à  M.  l'abbé  Verreau,  le  distingué 
principal  de  l'école  normale  Jacques  Cartier  à  Montréal, 
qui  l'a  trouvé  consignée  dans  les  dépêches  du  général  et  l'a 
communiquée  <\  l'abbé  Sasseville.  Voici  sa  note  telle  qu'an- 
nexée à  nos  régistres  par  ce  dernier  : 

"  17  juin  17t»2. 

Payé  à  M.  Iîorel  C25  église  blown  up,  le  27  avril  1760 
towards  repairs." 

La  vieille  église  n'a  été  démolio  qu'en  1878.  Elle  n'avait 
que  quatre-vingt  pieds  de  longueur  sur  une  largeur  de 
trente. 


(l)  Voir  (iarneau,  4c  cd.  II.  360. 
Ferlant!,  U,  594- 


La  nouvello  église  bsitio  sur  le  mémo  sito-les  mars  envelop- 
pent entièrement  les  antiennes  fondations— mosuro  au  dehors 
cent  trente-un  piods  sur  soixante-un.  Elle  a  été  commencée 
en  1876,  bénite  en  1878,  torminée  à  l'intérieur  en  1890-1891, 

Voici  les  noms  dos  missionnaires  et  des  curés  qui  ont  des- 
servi la  paroisse  dopuis  le  commencement  : 

Pierre-Marie  Joseph  Chautnonot,  S.  J.,  1668-1673  ;  mis- 
sionnaires jésuites  inconnus,  1673  1711  ;  Florentin  Favre  de 
Belleroche,  récollet,  1711  ;  Charles-Amador  Martin,  second 
prêtro  canadien,  1608-1711  ;  Michel  Buisson  de  Saint-Cosino, 
1711  1712  ;  François  Le  Bran,  S.  J.,  1712  ;  (Jorvais  Lcfob- 
vre,  1712-1714  ;   Pierre  Gabriel  Le  Prévost,  1714  1756  ; 
François  Borcl,  1736  1774  et  1786  1701  ;  Ignace  Desroches, 
curé  de  Lorette  et  desservant  de  Sainto-Foyo,  1774-1777  ; 
Louis- Eus  tac  he  Chartior  de  Lotbinièrc,  1777-1782  ;  Charies- 
Joseph  Brassard  De*chonaux,  curé  de  Lorette,  dessorvant  de 
Sainte  Foye  a  plusieurs  reprises,  1782-1786, 1701-170."»,  1800- 
1802,1810-1811;  Jean-Mario  Fortin,  1703-1800  ;  François 
Vézina,  1802,  1804,  180.">,  1810  ;  Alexis  Dorval,  1801 -1S05  ; 
Louis  Brodeur,  1812;  Barthélemi  Fortin,  1812  1S14;  Jean- 
Denis  Duulé,  chapelain  dos  Ursulines,  romplaco  M.  Tabeau, 
octobre  1813  et  mai  sept.  1816  ;  Antoino  Tabeau,  choisi  pour 
coadjuteurdo  Mgr  Lartigue,  1815-1817;  Jacques  Odelin, 
1817  1810;   Michel  Dufresiie,  1810-1822;  Jean  Zéphirin 
Carron,  1822-1825  ;   Louis  tringras,  1825-1826  ;  Philippe- 
Auger,  1826-1831  ;  Michel  Masse,  1831-1836  ;  Jear.-Baptisto- 
Antoino  Ferland  (l'historien),  1836-1 837  ;   Pierre  lluot, 
1837-1868;  Jérôme  Sassoville,  1868  1803;  Henri-Arthur 
Scott,  1803. 

L'ahiié  H.-A.  Scott 


* 


—  76  — 

LE  CHATEAU  DE  LONGUEUIL 

Charles  Le  Moyne,  deuxième  seigneur  et  premier  baron 
do  Longueuil,  voyant  l'augmentation  prodigieuse  de  la  colo- 
nie que  son  père  avait  fondée  et  le  défrichement  rapide  des 
terres,  fut  pour  ainsi  dire  forcé  de  faire  construire  a  grands 
frais  un  immense  fort,  que  la  famille  appela  avec  raison 
château  de  Longueuil.  et  ce,  tant  pour  sa  propre  protection 
que  pour  encourager  et  protéger  les  colons  (  ses  censitaires) 
contre  les  invasions  si  fréquentes  des  sauvages  a  cette 
époque. 


M  U  1 


LE  CHATEAU   1>K  LONULEUIL 

Ce  fort  fut  bâti  pendant  le*  années  de  ltî«5  à  1090. 
Nous  n'avons  pîis  do  données  exactes  sur  les  dimensions 
qu'avait  le  château  ou  fort  deLongucuil  ;  nous  avons  cepen- 
dant pu  les  déterminer  approximativement  d'après  un  petit 
plan  du  domaine,  fait  et  nigné  le  13  janvier  1810,  par  Wm 
Sax,  arpenteur.  D'après  les  données  do  ce  plan,  nous  croyons 
pouvoir  dire  en  chift'rcs  ronds  que  le  fort  était  d'une  forme 
rectangulaire,  mesurant  à  peu  près  210  pieds  français  de 
front,  faisant  face  au  fleuvo  Saint-Laurent,  sur  170  pieds  de 
rofondeur,  en  suivant  le  côté  sud  ouest  du  chemin  de  Cham* 


pro 
bly 


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Quant  à  sa  position  exacte,  voici  ce  que  nous  lisons  dans 
un  procès- verbal  de  mesurage  du  même  arpenteur,  en  date 
du  9  août  1809,  alors  qu'il  s'agissait  de  délimiter  le  terrain 
qui  fut  vendu  à  la  fabrique  pour  y  construire  l'église  :  "J'ai 
mesuré  le  long  du  dit  chemin  (Chamblv),  côté  sud-ouest, 
dans  l'alignement  des  murs  du  vieux  fort,  etc."  ;  l'un  des 
murs  longeait  donc  le  côté  sud-ouest  du  chemin  de  Chambly. 
Un  des  plus  vieux  citoyens  de  Longueuil  nous  a  répété  la 
même  chose  ot  se  rappelle  qu'il  y  avait  une  yrande  porte  dans 
le  mur  qui  donnait  sur  le  chemin  de  Chambly.  Le  mur  fai- 
sait face  au  fleuve,  était  à  environ  dix  ou  quinze  pieds  au 
nord -ouest  de  la  rue  .Saint-Charles.  Nous  pourrions  trouver 
facilement  des  restes  de  ces  fondations  en  creusant  un  peu 
sur  le  terrain  de  la  fabrique  ;  nous  voyons  aujourd'hui  un 
gros  orme  près  (le  la  maison  de  la  fabrique,  qui  repose  exac- 
tement sur  le  mur  du  vieux  fort  ;  il  est  très  aisé  de  s'en  con- 
vaincre on  examinant  les  racines  de  cet  arbre. 

Sur  le  plan  de  M.  Sax,  on  voit  que  la  continuation  de  la 
rue  Saint  Charles  est  tracée  à  travers  le  fort,  mais  qu'elle 
est  sans  it*t>ue.  Ce  qui  indique  que  cette  rue  n'était  quo  pro- 
jetée. Elle  n'a  été  ouverte  qu'après  1811,  c'ost  à  dire  après 
la  construction  de  l'église  commencée  en  1810.  A  cotte  épo- 
que, et  même  plusieurs  années  après,  le  chemin  public  suivait 
le  bord  du  fleuve. 

Nous  avons  aussi  pu  constater,  en  observant  les  travaux 
de  creusement  qui  furent  faits  pour  la  construction  du  per- 
ron do  la  nouvelle  église  (1885),  l'existence  d'un  mur  qui 
avait  sans  doute  appartenu  au  vieux  fort  :  ceraur,d'environ 
50  pieds  de  longueur,  était  parallèle  à  la  rue  Saint  Charles 
et  se  trouvait  exactement  sous  la  seconde  marche  du  perron 
actuel  de  l'église.  Ce  sont  là  les  seules  données  que  nous 
ayions  pu  avoir  relativement  à  la  position  et  a  la  grandeur 
du  fort  do  Longueuil. 


—  78  — 

Voici  co  qu'en  disait  Louis  XIV  dans  la  lettre  de  noblesse 
qui  élevait  Le  Moyne  au  titre  do  baron  de  Longueuil  :  "  Il 
(LeMoyne)  a  fait  bastir  à  ses  frais,  un  fort  flanqué  de  quatre 
bonnes  tours,  le  tout  de  pierre  et  maçonnerie,  avec  un  corps 
de  garde,  plusieurs  grands  corps  de  logis,  et  une  très  belle 
église,  le  tout  décoré  de  toutes  les  marques  de  noblesse,avee 
une  belle  basse  cour,  dans  laquelle  il  y  a  grange,  étable, 
bergerie,  colombier  et  autres  bâtiments,  tous  de  maçonnerie, 
enfermés  dans  lo  dit  fort." 

Le  tort  était  à  deux  étagos,  et  ses  tours  étaient  rondes. 

Ce  fort,  si  spacieux  et  si  solide,  servait  à  abriter  les  colons 
pendant  les  attaques  des  Iroquois,  qui  devenaient  de  plus  en 
plus  fréquentes,  dans  les  commencements  de  rétablissement 
de  cette  paroisse. 

Il  exista  plus  d'un  sièelo  et  fut  incendié,  en  1792. 

Il  avait  coûté  à  M.  de  Longueuil  la  somme  de  60,000  livres 
(à  peu  près  810,000),  somme  considérable,  si  l'on  considère 
le  bun  marché  des  matériaux  de  construction  et  de  la  main 
d'œuvro  à  celte  époque. 

Les  Américains  l'occupèrent  pendant  la  guerre  do  1775  ; 
en  17'J2,  lorsqu'il  brûla  en  partie,  les  Anglais  y  tenaient 
encore  garnUon.  Kn  1810,  voyant  que  les  murs  menaçaient 
ruine,  on  résolut  de  le  démolir  :  on  se  sot  vit  des  pierres  de 
son  enceinte  pour  les  murs  do  l'église  alors  en  construction. 

M.  de  Longueuil  construisit  en  outre  un  moulin  à  farine  et 
une  brasserie,  tous  deux  on  maçonnerie  et  près  du  fort.  Il 
employait  en  même  temps  au-delà  de  trente  personnes  à 
défricher  et  cultiver  ses  terres  et  à  d'autres  travaux. 

Louis  XIV,  dans  sa  lettre,  lui  fait  ce  compliment,  qu'à 
cette  époque  (  1 700)  la  seigneurie  de  Longueuil  était  la  seule 
bâtie  et  fortifiée  de  cette  manière,  et  qu'elle  avait  puissam- 
ment contribué  à  la  conservation  des  habitants  dos  seigneu- 
ries voisines. 

Alex.  Jodoix 


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ETAT  DES  SERVICES  DE  PHILIPPE  IGNACE  AU- 
BERT  DE  GASPÉ.  GRAND-PÈRE  DE  L'AUTEUR 
DES  ANCIENS  CANADIENS 

En  1727,  il  est  entré  cadet  dans  les  troupes  et  a  fait  exac- 
tement le  service  dans  les  garnisons  jusqu'en  1735,  qu'il  fit 
la  campagne  contre  les  sauvages  (Renards),  sons  les  ordres 
do  M.  de  Xoyolle. 

En  1730,  il  fut  fait  enseigne  en  second  et  fit  la  campagne 
sous  les  ordres  de  M.  le  baron  do  Longaeuil,  pour  aller  ré- 
duire les  sauvages  Natchez  et  Chikakas.  * 

En  1742,  il  fut  détaché  pour  aller  tenir  garnison  à  ilichil- 
limakinac,  et  y  a  servi  trois  ans  sous  les  ordres  de  M.  do 
Verchèros. 

En  1745,  il  a  été  fait  enseigne  do  l'Acadie.en  cette  qualité, 
sous  le  commandement  do  M.  do  Ramozay.  Il  y  resta  pen- 
dant l'été.  L'hiver  .suivant,  il  fut  détaché,  avec  M.  de  Cou- 
lomhier  de  Villiers.  aux  mine-»,  d'où  ils  chassèrent  les 
Anglais.  En  1750,  il  fut  détaché  pour  aller  faire  bâtir  un 
fort  à  la  rivière  Saint- Jean  où  il  a  commandé  pendant  deux 
années  et  demie. 

En  1753,  il  a  monté,  dans  l'hiver,  à  la  Belle  Rivière,  pour 
l'établissement  qu'on  y  avait,  et  il  était  avec  M.  de  Villiers, 
pour  prendre  le  fort  Necessity  sur  les  Anglais. 

En  1755,  il  fut  détaché,  cinq  mois,  avec  M.  de  Villiew, 
pour  couvrir  le  fort  Niagara  et  empêcher  les  incursions  des 
Anglais  sur  ce  fort. 

En  1759,  il  fut  fait  capitaine,  et  pas-a  l'espace  de  six  mois 
au  portage  de  Carillon,  sous  les  ordros  do  M.  do  La  Corne, 
et  l'hiver  suivant  i'  fut  commander  au  fort  Saint-Frédéric, 
où  il  a  été  jusqu'au  printemps  de  1757,  où  on  lui  donna 
l'ordre  de  se  rendre  au  portage  de  Carillon,  pour  y  comman- 
der, et  de  là  il  a  fait  la  campagne,  sous  les  ordres  de  M.  de 
Montcalm,  pour  la  prise  du  fort  Goorgo. 


En  1758,  il  a  eu  ordre  de  se  rendre  à  Carillon,  où  il  a  resté 
pendant  l'été,  sous  lea  ordres  de  M.  de  Montcalm;  et  s'est 
trouvé  à  l'affaire  du  8  juillet,  où  les  ennemis  furent  repous- 
avec  grandes  pertes. 

En  1759,  il  eut  ordre,  dès  le  printemps,  de  se  rendre  à 
Carillon,  jusquà  l'évacuation  qu'on  a  faite  de  ce  fort,  pour  y 
commander  deux  piquets  des  troupes  de  la  marine  ;  et  de  là 
il  s'est  rendu  a  l'Ile-aux-Xoix,  où  il  est  resté  jusqu'à  la  der- 
nière saison. 

En  1760,il  se  trouvait  à  la  bataille  gagnée  sur  les  Anglais, 
le  28  avril,  après  laquelle,  ayant  accepté  la  place  de  capitai- 
ne des  grenadiers  que  l'on  avait  formés  des  troupes  de  la 
colon  io,  au  lieu  do  M.  de  La  Ronde  Denis,  qui  avait  été  tué 
dans  l'affaire  ;  il  a  commandé  cette  compagnie  pendant  le 
siège  et  à  la  tranchée,  qui  a  été  ouverte,  l'espace  de  dix  huit 
jours  après  la  levée  du  siège. 

Il  eut  revenu  à  Deschambault  continuer  sos  services  avec 
la  compagnie  des  gronadiers,  sous  les  ordres  do  M.  Dumas. 

D'après  les  certificats  de  MM.  de  Iîamezay  et  de  Noyelle, 
il  s'est  acquitté  do  ses  devoirs  avec  valeur,  zèlo  et  distinc- 
tion. 


LA  COUETTE  DE  NOS  ANCETRES 

On  sait  que  nos  pères  portaient  la  couette,  c'est-à-dire 
qu'ils  tenaient  leurs  cheveux  noués  en  couette  par  derrière. 

Le  naturaliste  suédois  Kalra  qui  visita  la  Nouvelle-France 
en  1749  trouva  cette  coutume  tellement  belle  qu'il  l'adopta. 
Il  retourna  en  Europe  par  la  Nouvelle  Angleterre.  Nos  voi- 
sins, eux,  portaient  les  cheveux  très  courts.  Aussi  quand 
Kalm  passa  à  Albany,  les  gamins  coururent  après  lui  en  l'ap- 
pelant Français.  Les  plus  hardis  même  voulurent  lui  tirer 
la  couette. 

P.  G.  R 


UNE  CHANSON  SUR  L'EXPÉDITION  DE 
WALKER,  EN  1711 


Noel  Juchereau  de  Maure,  l'auteur  de  la  chanson  suivante, 
était  le  frère  de  la  célèbre  hospitalière  historien  Juchereau 
de  Saint  Ignace,  et  neveu  du  vieux  seigneur  de  Beauport,  le 
vaillant  Nicolas  Juchereau  de  Saint-Denis,  qui  eut  l'hon- 
neur d'être  blessé,  en  161)0,  au  premier  engagement  de  la 
Canardière. 

Détail  comique,  j'ai  copié  cette  chanson  dans  un  vieux  livre 
de  prières.  Quelque  enthousiaste  religieuse  do  l'époque  l'aura 
sans  doute  trouvée  si  belle  qu'elle  l'aura  prise  pour  un  can- 
tique. 

(Sur  l'air  :  Oh  !  que  de  besogne  à  leur  fusée  !    Elle  est  mêlée,  et,.  ) 


Ouacrc,  Viclie  et  Neglesson  (i) 

Par  une  matinee, 

Prirent  résolution 

De  lever  deux  armées. 

Oh  !  que  de  besogne,  etc. 

Prirent  résolution 
De  lever  deux  armées  ; 
L'une,  partie  de  Boston, 
Sar  cent  vaisseaux  portée. 
Oh  !  que  de  besogne,  etc. 

L'une,  partie  de  Boston, 

Sur  cent  vaisseaux  portée  ; 

Les  plus  beaux  ont  fait  le  plongeon 

Dedans  la  mer  salée. 

Oh  !  que  de  besogne,  etc. 

Les  plus  beaux  ont  fait  le  plongeon 
Dedans  la  mer  salée  ! 

La  plus  belle,  Neglesson  , 
Ne  l'a  pas  amenée. 

Oh  !  que  de  besogne,  etc. 
La  plus  belle,  Neglesson 


Elle  avait  mal  aux  yeux,  dit-on, 
Craignant  trop  la  fumée  ! 
Oh  !  que  de  besogm,  etc. 


(1)  Walker,  Vetch  et  Nicholson. 


Kile  ava:t  mal  aux  yeux,  dit -on, 
Craignant  trop  la  fumée 
Des  mousquets  et  du  canon, 
De  la  mcche  allumée  ! 

Oh  !  que  de  besogne,  etc. 

Des  mousquets  et  du  canon, 
De  la  mèche  allumée  ! 
— "  Ils  reviendront,  dit  Pigeon, 
Dt-s  la  prochaine  année  !  " 
Oh  !  ,pte  de  httopie,  el<. 

Ernest  Myrand 


LES  ÉLECTIONS  SOUS  L'UNION 


La  loi  des  élections  était  alors  bien  imparfaite  et  bien  sin- 
gulière. Dans  la  plupart  des  comtés  il  n'y  avait  qu'un  endroit 
fixé  pour  la  tenue  do  l'élection.  Au  jour  désigné  par  les 
writs  et  annoncé  par  des  avis  public-*,  l'offieier-rapnorteur 
se  rendait  à  cet  endroit,  où  il  avait  fait  d'avance  ériger  un 
busting  aux  frais  dos  candidats,  et  il  lisait  la  proclamation. 
Puis  il  demandait  aux  électeurs  présents  de  nommer  leur 
représentant.  S'il  n'y  avait  qu'un  candidat  de  nommé  par 
la  foule,  alor*  ce  candidat  était  pro  lamé  élu.  Mais,  s'il  y 
en  avait  plusieurs,  et  que  le*  candidats,  on  leurs  représen- 
tant'», ou  trois  électeurs  demandassent  un  roll,  alors  l'officier 
rapporteur  se  rendait  à  une  maison  choisie  par  lui,  procé- 
dait K  la  réception  et  à  l'enregistrement  des  votes.  Le  poil 
devait  durer  aussi  longtemps  qu'il  y  avait  des  votes  d'of- 
ferts. Si  le  vote  se  ralentissait,  l'officier-rapporteur  pouvait 
annoncer  qu'il  fermerait  le  poil  après  une  heure  écoulée 
sans  inscription  de  vote.  Lldeesus,  lo*  candidats  ou  leurs 
représentants  pouvaient  demander  l'ajournement  du  poil  au 
lendemain.  Et  le  lendemain,  si  une  heure  s'écoulait  sans 
qu'aucun  vote  ne  fût  enregistré,  le  poil  était  déclaré  clos  et 
l'élection  était  terminée.  Le  poil  devait  se  tenir  de  huit 
heures  du  matin  à  cinq  heures  du  soir.  Avec  un  pareil  sys- 
tème, une  élection  pouvait  durer  indéfiniment.  Celle  de 
Montréal,  en  1832,  dura  24  jours  ! 

Ionottjs 


RÉPONSES 


Jean-Baptiste  Cadeau.  (V,  XI,  675.)— Une  lettre 
m 'arrive  demandant  de  produira  les  pièces  authentiques  con- 
cernant  "  lo  fameux  Cadot  qui  résista  aux  troupes  anglaises 
dans  la  défense  du  fort  du  Sault  Sainte-Marie,  vers  1763." 
Nous  voici  en  présence  d'une  légende  dont  l'explication  n'exi- 
ge pas  des  volumes  ni  un  long  examen.  Donnonslà  d'abord 
tello  que  mon  correspondant  la  rapporte  : 

"  Montcalm  avait  envoyé  l'ordre  à  Cadot  de  garder  le  fort 
sauvage,  ce  qu'a  fait  ce  valeureux  soldat,  qui  a  préféré  mou- 
rir que  de  so  rendre.  On  trouva  ce  brave  mort,  enveloppé 
dans  le  drapeau  de  la  France.  Nul  n'aurait  su  qui  il  était,  si 
l'on  n'avait  découvert  dans  l'une  de  ses  poches  une  commis- 
sion au  nom  de  Cadot,  bas-officier  au  régiment  de  Normandie, 
natif  de  la  .seigneurie  do  L'Aigle,  aujourd'hui  département 
do  l'Orne,  France." 

Autant  de  mots,  autant  d  incorrections  dans  ce  passage. 

Voyons  les  faits  :  Mathurin  Cadot  (écrit  parfois  Cadau) 
dit  le  Poitevin,  paraît  s'être  établi  à  Bécancour,  dans  le  dis- 
trict des  Trois-Biviêrvs,  vers  16S2.  Le  31  juillet  1688,  il 
épousait  Marie  Durand,  élève  des  Ursulincs  de  Québec.  File 
était  fille  d'un  .Saintongeois  et  d'une  lluronne.  Cadot  et  sa 
femme  ont  vécu  à  Bécancour  et  y  sont  morts  tous  doux 
vers  1730. 

Un  de  leurs  fits,  Jean,  né  en  1693,  so  maria  avec  Mario- 
Josephte  Proteau,  de  Sainte-Anne  de  la  Pérade,  et  eut  plu- 
sieurs enfants,  parmi  lesquels  Augustin,  Michel  et  Jean- 
Baptiste,  celui  ci  né  le  5  décembre  1723. 

Bécancour,  le  Cap  de  la  Madeleine,  Champlain  et  Batiscan, 
ont  fourni  la  bonne  moitié  des  coureurs  do  bois  et  des  voya- 
geurs de  l'ouest  jusqu'à  1753,  et  plus  tard.  Jean  Baptiste 
Cadot  fut  du  nombre,  à  partir  de  1750  ou  même  auparavant. 

Deux  Canadiens.les  sieurs  de  Bonne  de  Miselle  et  Le  (xar- 


« 


—  84  — 

dear  de  Repenti guy,  commerçante  de  fournir»,  se  firent 
accorder,  en  1750,  un  grand  morceau  de  terre  au  Sault 
Sainte-Marie,  pour  y  établir  un  poste  de  traite,  qu'ils  entou- 
rèrent de  palissades,  selon  I  usage.  C'est  ce  que  Ton  appe- 
lait un  fort— mais  l'administration  n'eut  aucunement  à  e'en 
occuper,  pas  plus  que  si,  ayant  à  défendre  Toulon  ou  Mar- 
seille, je  m'amusais  à  donner  des  ordres  à  la  Pologne. 

Cadot  se  fit  interprète,  au  service  de  de  lionne,  et  acquit 
un  lopin  de  terre  sur  lequel  il  érigea  une  maison  conforta- 
ble. En  octobre  1756,  il  épousa  Anastasie,  fille  d  un  chef 
Sauteuz  renommé.  Le  l'ère  M.  L.  Lefranc,  de  la  compa- 
gnie de  Jésus,  bénit  ce  mariage. 

Lorsqu'arriva  la  cession  des  territoires  français  à  1*  Angle- 
terre, la  société  de  lionne  Repentigny  croula,  mais  Cadot  se 
maintint  sur  sa  terre.  Le  furt  lui  restait  et  il  continua  le 
commerce  despelleteriea.Piusieurs  per.-onnes  qui  l'ont  connu 
alors  et  par  la  suite,  disent  que  c'était  un  homme  de  talent, 
rempli  d'initiative,  il  vivait  largement,  pouvait  compter 
sur  l'amitié  des  sauvages,  savait  plaire,  attirer  et  comman- 
der. 

L'été  de  17«2,  le  lieutenant  Jamet.  de  l'armée  anglaise, 
fut  envoyé  au  Sault  Sainte-Marie  avec  un  petit  détachement. 
Cadot  le  reçut  très  bien.  Le  drapeau  blanc  flottait  toujours 
sur  la  résidence  du  traiteur,  et  je  ne  sjche  pas  qu'on  l'ait 
molesté  à  ce  sujet.  Par  malheur,  vers  le  mois  de  janvier 
suivant,  le  feu  prit  au  fort  et  tous  les  bâtiments  furent  con- 
sumés, à  la  réserve  de  la  maison  do  Cadot.  Les  provisions 
de  bouche  étant  bridées,  les  soldats  et  Cadot  se  réfugièrent 
à  Michilimakinac. 

En  176*4,  durant  la  guerre  de  Pontiac,  Mme  Cadot  sauva 
la  vie  à  Alexandre  Ilcnry,  un  marchand  anglais,  qui  nous  a 
laissé  des  mémoires  sur  Cadot.  Il  n'est  pas  le  seul, d'ailleurs  ; 
les  documents  qui  concernent  notre  héros  rendent  son  his- 
toire parfaitement  intelligible. 


Dig 


—  85  — 


Henry  et  Cadot  formèrent,  en  1765,  une  société  pour  l'ex- 
ploitation du  commerce  des  fourrures.  Ils  étendirent  leurs 
courses  au-delà  des  bouches  de  la  Saskatchewan  en  1776. 

Anastasie  mourut  en  1767,  au  Sault  Sainte-Marie.  Elle 
laissait  quatre  enfants  :  René,  1757  ;  Charlotte,  1759  ;  Jean- 
Baptiste,  1761  ;  Michel,  1764. 

Cadot  se  remaria  avec  Mario  Mouët  de  Moras  do  Langlade, 
d'une  famille  de  Nicolet,  établie  à  la  Baie  Verte  du  lao 
Michigan. 

lin  179G,  Cadot,  âgé  do  73  ana,  so  donna  à  ses  fils  Jean- 
Baptiste  et  Michel,  deux  hommes  actifs  et  très  influents  dans 
la  contrée.  On  peut  dire  qu  ils  étaient  riches,  rois  du  pays, 
aimés  de  tous. 

En  1812,  les  Cadot  se  conduisirent  avec  bravoure  sur  dif- 
férents points  de  l'ouest,  dans  l'intérêt  de  la  caube  anglo- 
canadienne. 

Jean-Baptiste  disparaît  après  cette  date.  Il  a  donc  atteint 
l'âge  de  quatre-vingt-dix  ans,  ce  qui  le  fait  rester  un  bon 
demi  Bièclo  enveloppé  dans  le  Ûrapeau  do  la  légende. 

Sa  descendance  a  tenu  dans  l'ouest  une  place  marquée. 
Los  Cadot  gagnaient  beaucoup  d'argont  et  savaient  en  jouir. 

En  1818  il  y  avait  à  la  Rivière  Rouge,un  nommé  Augustin 
Cadot  qui  y  demeurait  dopuis  1780.  Je  crois  qu'il  était  frère 
de  Jean-Baptiste. 

Los  Cadot  actuels  des  districts  des  Trois  Riviôros  et  de 
Montréal  sont  de  la  même  touche  étant  issus  de  Mathurin 
Cadot  le  Toitevin  marié  on  1688,  comme  il  a  été  dit  en  com- 
mençant. 

Le  prétendu  défenseur  de  la  fortoresse  du  Sault  Sainte- 
Marie,  mourant  enveloppé  dans  les  plis  de  son  drapeau  ost 
une  bonne  farce,  comme  celle  du  vieux  soldat  qui  s'enroule 
dans  un  pavillon  de  navire,  sur  le  champ  de  bataille  de 
Carillon  et  se  laUse  geler  à  mort.  L'un  de  ces  jours,  on 
inventera  le  drapeau  de  Cadot,  pour  faire  pendant  à  celui  de 

M' , 

« 


—  86- 

Carillon,  une  autro  blague,  celle-là,  que  nous  avons  gobée 
avec  enthousiasme. 

Cadot,  sous-officier  au  régiment  de  Xormandie  !  C'était  un 
garçon  des  Trois-Rivières  luisant  le  commerce  des  peaux  de 
castor. 

Cadot  abominaut  les  anglais  !  Il  n'a  pas  eu  de  meilleurs 
amis,  leur  a  été  seeourable  on  tout  temps  et  a  fait  sa  fortune 
avec  eux. 

Cadot  s'inspirant  du  "  patriotago  "  do  nos  jours  !  C'est 
trop  fort  !  (Tela  ressemble  au  voyageur  Cadicux  écrivant,  U 
y  a  plus  de  deux  cents  ans,  une  chanson  dams  le  langage  et 
le  goût  qui  règne  depuis  IS30  !  U  légendes,  qu'il  faut  être 
naïf  pour  vous  croire  ! 

Benjamin  Sclte 

L'abbé  Paul  Cas*t>i/rahi.  (V,  VII,  635.)— Ku  1S67, 
en  traversant  les  Alpes  par  Chamounix,  je  lis  la  rencontre 
dans  la  diligence  d'un  capucin,  le  père  Laurent,  supérieur 
d'une  maison  de  religieux  à  Paris,  homme  fort  instruit,  très 
spirituel,  et  de  bonne  compagnie.  Il  connaissait  tout,  à  la 
ville  et  à  la  cour.  V.n  causant,  il  me  mentionna  un  prêtre  du 
nom  de  Cassegrain,  curé  vers  le  milieu  du  dernier  siècle 
d'une  petite  paroisse  près  de  Paris,  aux  environs  de  Ver- 
sailles, qu'il  me  nomma,  mais  dont  j'ai  oublié  le  nom.  C'é- 
tait, me  dit-il,  un  saint  à  canoniser  et  dont  on  se  rappelle 
encore  les  vertus.  Le  cardinal  Fleury  l'avait  choisi  pour  son 
confesseur. 

Mgr  Pie,  alors  évêque  de  Poilicrs,  depuis  cardinal,  avec 
lequel  j'eus  l'honneur  de  m'entrotenir  longuement  en  route 
sur  le  vapeur,  d'Ostio  à  Marscillo,  à  mon  retour  de  Rome, 
un  mois  après,  me  confirma  co  que  je  lui  dis  tenir  du  père 
Laurent.  Il  eut  occasion  d'en  causer  ensuite  avec  mon  frère, 
l'abbé  Raymond,  à  Poitiors,  et  l'informa  qu'une  vie  du  digne 
curé  avait  été  écrite  et  avait  dû  être  publiée  en  Franco.  J'ai 


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—  87  — 

chargé  mon  frère  dans  son  voyage  annuel  a  Paris,  1887-8, 
d'en  faire  la  rechercho,  mais  il  n'a  pu  trouver  cette  biogra- 
phie. 

Le  personnage  mentionné  par  le  père  Laurent  et  le  cardi- 
nal Pie  doit  être  Paul  Cassegrain,  né  à  Augerville,  en  1693, 
vicaire  à  Dangcau  ;  en  1718,  chapelain  de  Notre-Dame  de 
Lorette,  au  château  d'Arbouvilie,  et  vicaire  de  Rouvray 
Suint-Denis,  appelé  de  1790  à  1704  Rouvray-les-Chaumes  ; 
en  1722,  chapelain  do  Sainvillc  et  vicaire  de  Sainville;  1729, 
chapelain  do  Louvillu  ;  1729,  chapelain  du  marquis  d'Allon- 
ville  ;  1732,  curé  de  Bouglainval  ;  1734,  fondateur  et  direc- 
teur do  lu  communauté  dos  sœurs  do  Saint  Rémy  d'Auveau, 
aujourd'hui  connue  nous  le  nom  do  Bon  Secours  de  Char- 
tres ;  1734,  chapelain  du  prieuré  de  Saint-Nicolosd'Anveau 
(fondé  en  1100)  ;  1745,  vicaire  d'Anveau. 

Ce  prêtre  pieux  refupa  lVvêehé  do  Québec  que  voulait  lui 
faire  accepter  le  cardinal  KIcury.  lequel  l'avait  choisi  en  1742 
pour  chapelain  et  pour  confesseur.  L'abbé  Cassegrain  devint 
chanoine  de  Chartres  en  1719.  puis  résigna  son  canonicaten 
faveur  do  «on  neveu  Paul- Antoine.  Il  mourut  â  Anvcau,  en 
1771,  à  l'âge  de  7S  ans.  l'ar  son  testament,  il  légua  cent 
pistoles  à  sa  communauté  pour  célébrer  chaque  année  la  fêto 
du  Sacré-Cœur;  et  disposa  d'une  somme  de  deux  mille  livres 
en  faveur  des  pauvres.  Sa  vie  a  été  écrite  par  son  neveu 
Paul  Antoine. 

P.-B.  Casorain 

La  Non  relie-  Eeostte.  (  V,  XI  T,  G81.)  —  "  Le  pays  de 
l'Acadie,  en  y  comprenant  la  grande  Baye  du  fleuve  Saint- 
Laurent,  est  une  estendue  de  terre  d'environ  cent  lieues  en 
droite  ligne,  depuis  le  Cap  do  Rosier  jusqu'au  fort  de  Penta- 
goët  ;  et  par  mer,  en  faisant  le  tour  de  cet  espace,  on  compte 
trois  cents  lieues  de  circuit,  dont  six  vingt  qui  sont  entre  le 
cap  do  Rosiers  et  Canseaux,  avaient  esté  concédées  autrefois 
à  AI.  Denis,  et  c'est  ce  qu'on  appelle  la  grande  Baye  de  Saint- 


—  88  — 

Laurent,  ot  le  reste  depuis  Canseaux  jusqu'à  Pentagouct  est 
proprement  le  pais  de  l'Acadie,  dont  le  Port-Royal,  étant  la- 
place  principale,  en  est  aussi  comme  lo  centre."  (Mgr  de 
Saint  Vallier). 

Dès  1621 ,  Jacques  I  d'AngIeierrc,dans  ea  charte  en  faveur 
do  Guillaume  Alexander,  donne  à  l'Acadie,  ainsi  qu'àl'îledu 
Cap  Breton  et  une  partie  du  continent  voisin,  le  nom  de 
Nouvel  le- Ecosse.  R. 

I 

JjOulu  Hébert.  (VI,  II,  6%'.) — Le  premier  colon  fran- 
çais qui  s'établit  à  Québec  (1617)  fut  Louis  Hébert,  apothi- 
caire, que  dos  goût»  particuliers,  développés  à  Port-Royal 
quelques  années  auparavant,  portaient  vers  la  culture  du  sol 
dans  le  nouveau  monde.  Si  Hébert  eût  eu  plus  d'imitateurs, 
c'est-à-dire  un  plus  grand  nombre  do  bons  laboureurs,  et 
moins  de  marchands  au  cœur  sordide  et  aux  vues  étroites, 
la  Nouvelle-France  n'aurait  pas  eu  à  subir  les  atteintes  do 
la  cruelle  famine  qui  fut  une  des  grandes  causes  de  la  capi- 
tulation do  Québec,  en  1629. 

Doué  d'une  persévérance  et  d'une  énergie  extraordinaires, 
Hébert  fut,  à  proprement  parler,  le  bras  droit  du  fondateur 
de  Québec,  qui  lui-même  comprenait  que,  pour  rendre  une 
colonie  stable,  il  fallait  exploiter  les  ressources  du  soi,  plutôt 
que  faire  lo  commerce.  Lo  chef  do  la  première  famille  fran- 
çaise qui  ait  habité  le  Canada  commença  à  ensemencer  la 
terre,  à  la  Haute- Villo  do  Québec,  dès  le  printemps  qui  suivit 
son  arrivée  (1618),  et  il  continua  jusqu'à  ea  mort  (1621)  à 
défricher  et  à  cultiver  avec  intelligence  uno  portion  de  la 
terre  qui  lui  avait  été  concédéo  par  le  roi  de  France.  "  Ça 
été,  dit  Champlain,  le  premier  chef  de  famille  résidant  au 
pays,  qui  vivait  de  co  qu'il  cultivait."  A  sa  mort,  ses  champs 
fournissaiont  largement  à  la  subsistance  de  sa  famille. 

Son  corps  fut  enterré  solennellement  au  cimetière  dos 
Récollets,  sur  l'emplacement  de  l'Hôpital-lîénéral.  En  1678, 
lo  père  Valentin  Le  Roux,  supérieur  des  Récollets,  fit  trans- 


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- 


■ 


—  89  — 

porter  ses  ossements  dans  les  caveaux  de  l'église  de  son  ordre, 
à  la  Haute- Ville. 

Louis  Hébert  eut  de  sa  femme,  Marie  Rollet,  trois  enfants  : 
Anne,  Guillemette  et  Guillaume.  Anne  épousa  Etienne  Jon- 
quest,  en  1618  ;  ce  fut  le  premier  mariage  célébré  à  Québec  ; 
mai»  la  première  inscription  sur  le  registre  do  Notre-Dame 
de  Québec  est  celle  du  mariage  de  Guillemette  avec  Guil- 
laume Couillard,  en  1621.  Guillaume  Hébert  épousa  Hélène 
Desportes. 

11  est  peu  de  familles  un  peu  anciennes  au  Canada  qui  ne 
puissent  remonter  par  quelques-uns  de  leurs  ancêtres  jusqu'à 
celle  de  Louis  Hébert. 

N.  E.  DlONNB 

Les  Gttgyau  Can  afin.  (V,X,669.)— La  famille  Gugy 
a  laissé  trop  de  souvenirs  dans  le  pays  pour  que  nous  puis- 
sions la  passer  sous  silenco. 

Conrad  Gugy  était  né  à  la  Hague,  d'un  officier  suisse  au 
service  do  la  Hollande.  Devenu  grand,  il  so  mit  au  service 
du  roi  d'Angleterre,  et  obtint  un  grade  dans  un  régiment 
qui  vint  prendre  part  à  la  conquête  du  Canada.  A  la  fin  de 
la  guerre  il  se  trouva  à  disposer  de  sa  commission,  et  con- 
sentit à  s'établir  dans  le  pays  aux  instances  des  autorités 
d'alors. 

Connaissant  parfaitement  la  langue  française  et  la  langue 
anglaise,  il  fut  d'un  grand  secours  dans  les  temps  difficiles 
qui  suivirent  la  conquête.  C'était  un  gentilhomme  dans  la 
force  du  terme,  franc  et  sans  dol,  très  fort  sur  le  point 
d'honneur,  comme  nous  verrons  bientôt,  et  très  respecté  par 
la  population.  Les  Anglais  l'estimaient  beaucoup  à  cause 
des  services  qu'il  leur  rendait  tous  les  jours,  et  surtout  à 
cause  de  sa  fidélité  au  drapeau  britannique.  11  professait, 
en  effet,  un  vrai  culte  pour  les  institutions  d'Angleterre,  et 
il  ne  désirait  rien  tant  que  de  les  voir  s'introduire  dans  notre 
pays.  Les  Anglais  le  récompensèrent  de  son  dévouement  à 


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—  90  — 

leur  cause  en  le  nommant  secrétaire  du  gouvernement  et 
conseiller  législatif.  Il  fut  aussi  membre  du  Conseil  exécu- 
tif. 

En  1785,  lorsqu'il  s'agit  d'établir  le  jury  pour  certaines 
causes  purement  civiles,  il  franchit  un  espace  considérable 
pour  aller  donner  son  vote  en  faveur  de  cette  mesure.  Il  ne 
prévoyait  pas  alors  qu'il  serait  victime  de  cette  institution. 

Le  gouvernement  ayaut  besoin  de  bois  pour  lu  construc- 
tion dos^easernes,  le  capitaine  Twiss  s'engagea  à  on  descendre 
une  grande  quantité  par  la  rivière  Machiche.  Mais  la  digue 
construite  au  moulin  de  la  Grande  Iticicrc  empêchait  la  dos* 
oente  du  bois.    Conrad  Gugy  s'étant  transporté  sur  les 
lieux,  trouva  un  moyen  de  franchir  l'obstacle  et  le  bois  so 
rendit  a  sa  destination.  Le  capitaine  Twiss,  copcudant,quitla 
le  pays  suns  avoir  payé  aucun  dommage  ;  Conrad  Gugy 
restait,  il  fut  actionné,  et  l'on  nomma  un  jury  pour  cette 
cause.    Le  jury  trouva  Conrad  Gugy  coupable  d'avoir  indi- 
qué l'endroit  où  l'on  pouvait  passer  le  bois,  et  le  chargea 
des  frais  et  dommages  qui  s'élevèrent  à  un  montant  ruineux. 
Quelque  temps  après,  ou  réforma  ce  jugement,  mais  il  était 
déjà  trop  tard.  Conrad  Gugy  reçut  cette  sentence  sans  dire 
un  mot  de  plainte  ni  de  réplique  ;  revint  à  son  manoir,  à 
Yamaehiche,  et  s'enferma  dans  sa  chambre.    Le  londemain 
on  le  trouva  appuyé  sur  le  bras  d'un  sofa,  froid  comme  le 
marbre.    Orgueilleux  et  sensible,  le  verdict  rendu  contre  lui 
l'avait  littéralement  tué. 

Il  laissa  son  héritage  à  Barthélomi  Gugy,  sou  frère  cadet, 
qui  s'était  mis  au  service  du  roi  de  Franco.    Un  seul  exem- 
ple pourra  donner  nne  idée  du  caractère  noble  et  loyal  de 
ce  dernier. 

Lui  et  son  fils,  Louis  Gugy, reçurent  des  offres  avantageu- 
ses pour  les  engager  à  entrer  dans  l'armée  révolutionnaire, 
mais  ils  refusèrent  généreusement,  ot  le  colonel  parvint  A 
traverser  la  France  avec  son  régiment  sans  perdre  un  seul 


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homme.  Arrivé  sur  la  frontière  de  la  Suisse,  il  oft'rit  ses 
chevaux  en  vente,  et  il  arriva  que  Jérôme,  celui-là  même  qui 
avait  reconnu  et  livré  Louis  XVI.  se  présenta  comme  ache 
teur.  Il  n'aura  pas  mon  cheval,  s'écria  le  noble  et  loyal 
colonel,  et  il  s'empressa  de  le  tuer  afin  d'etre  bien  sûr  qu'il 
no  tomberait  pas  entre  les  mains  du  traître. 

Le  colonel  Ti.  <iugy  servait  dans  le  régiment  des  Cardes- 
Suisses.  Il  vint  au  Canada  dès  qu'il  eut  quitté  le  service 
de  la  France. 

Son  fils,  Louis  Cugy,  lui  succéda.  C'est  celui  ci  qui  a 
laissé  le  plus  de  souvenirs  à  Yamachiche.  Il  était  né  à  Paris 
et  avait  toute  l'exquise  politesse  française  ;  il  était,  d'ailleurs 
naturellement  doux,  hospitalier  et  affable. 

Lorsque  le  gouvernement  imposait  de  lourdes  corvées 
aux  cultivateurs,  lorsqu'il  les  obligeait,  pendant  un  hiver  à 
loger  et  nourrir  les  troupes  anglaises,  c'est  le  seigneur  Cugy 
qui  devait  répartir  les  charges  parmi  ses  censitaires.  Les 
bons  habitants  ne  savaient  rien  refuser  à  leur  seigneur,  et 
ils  supportaient  sans  trop  de  murmures  ce  joug  insuppor- 
table. 

Louis  Cugy  occupa  pendant  quelque  temps  la  charge  de 
shérif  des  Trois -Rivières  ;  mais,  en  1812,  le  pays  ayant 
besoin  de  ses  services,  il  ceignit  do  nouveau  les  armes,  et 
commanda  le  troisième  bataillon  de  la  milice  incorporée. 
C'était  un  officier  fort  respecté  et  fort  aimé  de  ceux  qui  se 
trouvaient  sous  son  commandement.  Au  retour  de  la  paix 
il  obtint  un  siège  dans  la  chambre  d'assemblée  et  devint 
aussi  membre  du  Consoil  Législatif.  Quelque  années  plus 
tard,  il  était  &hérif  de  Montréal. 

Louis  Gugy  n'a  laissé  que  d'heureux  souvenirs  parmi  ses 
censitaires  d'Yamachiche.  A  Montréal,  le  parti  canadien- 
français  ne  lui  a  jamais  pardonné  d'avoir  pris  fait  et  cause 
pour  les  Anglais,  surtout  dans  les  circonstances  graves  de 
l'élection  do  1832. 

Il  mourut  en  juillet  1840. 


-92- 

Ce  fut  son  file,  B.  C.  A.  Gugy,  qui  lui  succéda  dan»  la  pos- 
session do  la  seigneurie  de  Grand- Pré  et  de  cello  de  Gros- 
Bois.  L'histoire  s'est  déjà  chargée  de  faire  connaître  le  nom 
de  ce  dernier  qui  a  certes  bien  eu  son  temps  de  gloire. 

L'abbé  Napoléon  Carox 

L'histoire  du  Canada  avant  1672.  (V,  VI, 
628.)  Jean  Cabot  prétendait  avoir  vu  les  terres  du  Labra- 
dor, de  Torreneuve  ou  du  Cap-Breton  en  «4î>7.  Ce  fut  la 
première  notion  que  l'on  eut  en  Europe  de  l'existence  de  ces 
côtes  que  Ton  prenait  pour  des  îles  perdues  dans  le  voisina- 
ge du  Japon. 

En  1500,  Cortoreal  se  rendit  au  Cap- Breton  et  fit  connaî- 
tre la  position  géographique  de  cette  terre,  de  manière  à  y 
attirer  les  navigateurs  et  Iob  pécheurs  de  morues. 

Jean  Denis,  do  Honneur,  dressa  en  !506  une  carte  du 
golfe  Saint-Laurent  qui  s'avance  presque  jusqu'à  l'île  Anti- 
oosti.  Elle  répandit  chez  les  marins  de  la  Normandio  la 
connaissance  de  ces  lieux  do  pêche  et  de  eh  anse. 

Thomas  Aubert,  de  Dieppe,  visita  le  golfe  en  1508,  ayant 
à  son  bord  lo  jeune  Jean  Verrazano.  De  tout  cela,  on  ne  fit 
aucun  mystère,  non  plus  que  du  voyage  de  Jean  de  Léry 
sur  les  côtes  de  la  Nouvelle-Ecosse  en  15:8. 

Verrazano  partit  de  France  l'automne  do  1523,  revint  en 
juillet  1524,  après  avoir  examiné  les  côtes  depuis  lo  Cap- 
Breton  jusqu'à  la  Floride,  et  nommé  ces  vastes  pays  "  La 
Nouvelle-France,"  nom  qui  fut  bientôt  adopté  par  toute 
l'Buropo  pour  désigner  ces  terres  inconnues  la  veille.  Le 
rapport  de  Vorrazano,  quoique  mis  en  circulation  sous  forme 
de  copies,  ne  fut  imprimé  qu'en  1582  pour  la  première  fois  ; 
du  moins  c'est  la  date  la  plus  ancienne  que  l'on  connaisse. 

Jean  Parmentier,  en  1 529,  parle  des  découvertes,  des  Sau- 
vages, de  la  pêche  de  l'Amérique  du  Nord.  On  pensait  alors 
que  ces  terres  n'étaient  pas  profondes  et  quo  l'océan  Pacifi- 
que devait  se  trouver  où  son  nos  grands  lacs. 


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—  93  — 


Cartier  tenait  de  tous  ces  devanciers  un  certain  nombre  do 
renseignements,  et  il  fit  le  voyage  de  1535  pour  chercher  un 
fleuve,  afin  de  le  remonter  de  manière  à  savoir  la  distance 
qui  sépare  l'Atlantique  du  Pacifique.  Kendu  à  Montréal,  il 
comprit  qu'il  était  au  centre  d'un  continent.  Cotte  décou- 
verte fut  ensuite  ébruité  en  Europe.  Bien  plus,  Jean-Al- 
phonse Fonteneau,  pilote  de  Carlier  et  Roberval,  publia  son 
Boulier  qui  plaça  en  pleine  lumiôro  la  question  de  l'Amé- 
rique du  Xord. 

La  bibliothèque  du  Canada  te  formait  ainsi,  à  mesure  que 
cette  contrée  sortait  des  limbes  du  pansé.  Les  livres,  les  bro- 
chures, les  cartes,  les  globes,  los  portulans  ne  manquaient 
pas  pour  éclairer  ceux  qui  désiraient  s'instruire  à  ce  sujet. 

Les  livres  d'André  Thevet,  de  1555  à  1575,  contribuèrent 
encore  à  agrandir  la  science  de  ce  côté. 

La  Fopelinière,  dans  son  Histoire  des  Trois- Mondes,  en 
1582,  donne  sur  la  région  du  Canada  à  pou  près  lout  ce  qu'il 
importait  de  savoir  pour  lo  lecteur  en  général. 

La  Floride  de  fiasanier,  en  1586,  renferme  aussi  des  notes 
à  consulter  sur  la  contrée  nord. 

Richard  Hakluyt  produisit  en  1000  le  résultat  de  ses  étu- 
des dans  cette  direction  et  réveilla  l'attention  de  l'Europe 
sur  les  terres  nouvelles. 

RamuMO  fit  de  même  en  1000. 

Marc  Lescarbot  a  laissé  sur  l'Acadie,  de  IGOi  à  1 613,  nom- 
bre d'ouvrages  très  remarquables. 

Les  œuvres  de  Samuel  Cbamplain  vont  do  1608  à  1629  et 
forment  à  présent  quatre  gros  volumes  ;  mais  ces  écrits 
furent  publiés  tout  d'abord  en  brochures,  du  vivant  de  i'au- 
teur,  comme  c'était  le  cas  pour  Lescarbot. 

La  lettre  du  Père  Biard,  sur  l'Acadie  (161 1),  est  une  lon- 
gue explication  de  tout  ce  qui  concerno  les  côtes  du  Maine 
en  remontant  au  nord  jusqu'au  Cap  Breton,  sans  oublier  le 
Saint-Laurent  et  le  Bas-Canada. 


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Remarquez  que  :e*  Français  n'avaient  que  de  tout  petite 
établissements  dans  ces  parages,  et  pourtant  venez  voir  dans 
ma  bibliothèque  les  nombreux  écrits  dont  on  pouvait  se  ser- 
vir dès  lors  pour  connaître  le  Canada  ! 

Le  frère  Gabriel  Sagard,  dans  son  Voyage  au  pays  des 
Hurons  et  dans  son  Histoire  du  Canada,  qui  furent  publiés 
en  1 63tf,  abonde  en  renseignements  sur  Ie8  grands  lace  et 
les  territoires  arrosés  par  le  Saint  Laurent. 

Les  Relations  des  Jésuites  formaient  un  volume  annuel, 

de  1625  jusqu'à  1673,  de  ce  qui  se  passait  au  Canada. 

La  Société  de  Montréal, à  partir  de  1641,  publia  aussi  des 
broehura*. 

La  Mère  de  l'Incarnation  écrivait,  de  1639  *  1670,  d'in- 
nombrables lettres  pour  faire  connaître  le  Canada. 

Ducrcux  publia  en  1664  une  Histoire  du  Canada  qui  com- 
mence en  1500  et  s'arrête  en  1656. 

Pierre  Boucher  donna,  en  1664,  une  Histoire  Ifattirelle 
du  Canada,  où  il  démontre  que  c'est  un  pays  plein  de  res- 
sources mais  dont  personne  n'a  encore  su  rien  tirer  excepté 
des  peaux  de  castor. 

Cette  longue  liste  de  livres  doit  suffira  à  nous  con- 
vaincre de  l'existence  d'une  histoire  du  Canada,  écrite,  com- 
plète, imprimée,  mise  en  circulation  depuis  longtemps,  lors- 
qu'il a  plu  à  Nicolas  Donys,  en  1672,  de  publier  ses  deux 
.  volumes,  qui  ne  traitent  que  des  côtes  de  la  mer  et  de  la. 
pêche  de  la  morue,  et  qui  n'est  aucunement  une  "Histoire 
du  Canada."  De  fait,  il  l'intitule  :  Description  Géographi- 
que et  Historique  des  côtes  de  l'Amérique  septentrionale,  avec 
Vhistoire  naturelle  du  pays. 

Or,  tout  récemment,  j'ai  lu  dans  les  journaux  : 

"  Nicolas  Denys  remplissait  des  fonctions  importantes 
dans  le  gouvernement  de  la  Nouvelle-France,  quand  le  Maine 
ne  faisait  pas  encore  partie  des  Etats-Unis.  Il  est  question 
à  Lowiston  d'ériger  un  monument  à  ce  premier  historien  de 
l'Amérique  du  Nord." 


—  95  — 

Ses  fonctions  consistaient  à  faire  la  pêche  pour  son  compte 
personnel,  au  Cap-Breton,  où  il  n'a  créé  aucune  colonie.  Il 
De  s'est  pas  mémo  occupé  des  établissements  des  Français  on 
Acadie  ou  Nouvelle- Ecosse.  Son  livre  a  de  la  valeur  en  ce 
qui  regarde  les  affaires  de  la  pêche  de  la  moruo  et  la  navi- 
gation des  bords  de  la  mer,  depuis  Terreneûvo  au  Maine. 

DeDys  ne  pouvait  pas  être  un  fonctionnaire  do  l'Etat,  car 
il  n'y  avait  point  de  population  blanche  dans  l'étendue  de  ses 
domaines  do  pêche.  Il  n'a  pas  connu  le  Canada  et  n'en  a  pas 
écrit  l'histoire.  Son  livre  est  plutôt  lo  dernier  que  le  premier 
paru  concernant  les  provinces  maritimes. 

Vous  voyes  ce  qui  en  e^t  de  la  note  des  journaux. 

Bbnjamin  Sulte 

Z/'orthog  raphe  dit  nom  de  Saint- Val  lier,  (V, 
II,  576.) — L'usage  assez  général  au  Canada  est  d'écrire 
Saint-  Valier.  On  trouve  cette  orthographe  en  tête  de  l'édi- 
tion du  Rituel,  dans  les  mémoires  de  l'abbé  de  la  Tour  et 
dans  maiuts  autres  ouvrage*.  Nous  croyons  cependant  qu'il 
faut  écrire  ce  nom  avec  deux  l.  On  le  trouve  orthographié 
ainsi  :  1°  Dans  les  contrats  de  fondation  de  l'hôpital  géné- 
ral de  Québoc  et  danH  d'autres  actes  notariés  paesés  eoit  en 
France,  eoit  au  Canada  ;  2°  Dans  les  annales  du  même  mo- 
nastère, notamment  dans  la  partie  écrite  du  vivant  de  son 
fondateur  ;  3°  Dans  divers  écrits  reçus  de  France  on  divers 
temps  et  venant  de  sources  différentes  ;  4°  Dans  les  mémoires 
du  duc  de  Saint-Simon  ;  5°  Dans  plusieurs  dictionnaires 
historiques,  biographiques  ot  héraldiques  ;  6°  Dans  les  œu- 
vres des  abbés  Faillon  et  Casgrain,  aussi  bien  quedans  celles 
de  Parkman,  etc.,  etc.  Une  raison ,  du  reste,  qui  prime  tou- 
tes les  autros,  c'est  que  la  famille  même  de  Mgr  de  Saint- 
Vallier  écrit  son  nom  avec  deux  L 

K. 


—  06  — 
QUESTIONS 


703.  — Be  né  Doumic,  dans  une  étude  qu'il  vient  de  publier 
dans  la  Revue  des  Deux  Mondes,  sur  le  livre  que  M.  Paul 
Stepper  vient  de  consacrer  à  la  famille  et  aux  amis  de  Mon- 
taigne, dit,  en  parlant  de  ce  dernier  : 

"  Il  s'est  adressé  à  tous  ceux  qui  pouvaient  lui  apporter 
quelques  renseignements  utiles,  il  a  marié  et  multiplié  l'infor- 
mation.  Il  interroge  ceux  que  le  hasard  met  sur  sa  route 
et  fait  parler  ceux  qui  passent  près  de  son  château.  11  a  chee 
lui  un  homme  qui  a  demeuré  dans  la  France  antartique,  et 
par  un  intermédiaire  il  lie  conversation  avec  plusieurs  mate- 
lots et  marchands  qui  l'avaient  accompagné  dans  ce  voyage. 
Ce  lui  est  un  moyen  de  s'enquérir  des  coutumes  des  pays  que 
nous  tenons  pour  barbares  et  de  les  comparer  avec  les 
nôtres." 

Où  était  située  cette  France  antartique  qui  intéressait  tant 
Montaigne,  et  par  quels  paya  est-elle  représentée  aujour- 
d'hui ?  Auo. 

704.  — Où  pourrais-je  me  procurer  des  renseignements  sur 
la  "  Société  du  feu  "  qui  existait  au  commencement  du  siècle 
dans  la  cité  de  Québec  ?  Pomp. 

705.  — Le  colonel  Le  Compte  Dupré,  dont  il  est  souvent 
question  dans  les  récits  du  siège  de  Québec  par  les  Améri- 
cains, en  1775,  appartenait-il  à  l'armée  régulière  ou  à  la  milice 
canadienne  ?  Soi. p. 

706.  — On  m'affirme  qu'il  n'y  a  pas,  à  Caughnawaga,  une 
seule  famille  purement  iroquoise,  que  toutes  ont  fait  des 
alliances  avec  des  blancs.  Qui  peut  me  renseigner  justement 
là-dessus  ?  Rio 

707.  — Pouvea-vous  me  dire  où  sont  établis  les  restes  des 
différentes  tribus  sauvages,tellee  que  les  Iroquois,  les  Hurons, 
les  Abénaquis,  etc.,  etc.,  qui  se  partageaient  autrefois  le  ter- 
ritoire du  Canada  ?  Sauv. 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

VOL.  6  AVRIL  1900  ~So.  4 


SAINT-CLET  DE  SOU  LANGES 

Le  24  septembre  1849,  Monseigneur  Ignace  Bourget,  évo- 
que de  Montréal,  lançait  un  décret  pour  l'érection  d'une 
paroisse  dans  le  comté  de  Vaudreuil,  seigneurie  de  Sou- 
langes — le  comté  do  Soulanges  n'a  existé  qu'en  1853. 

Cette  paroisse,  qui  comprenait  les  concessions  de  Sainte- 
Anne  ou  Côte  Rouge,  do  Saint- Jacques,  de  Saint-Emmanuel 
et  du  Ruisseau  Saint- Hyacinthe,  fut  placée  bous  le  vocable 
de  saint  Clet,  pape  et  martyr.  Une  proclamation  du  gou- 
verneur, lord  Elgin,  reconnut  ectto  paroisse  canonique  et  lui 
donna  l'existence  civile,  le  14  mars  suivant. 

Tout  ce  territoire,  auquel  on  a  ajouté  quelques  terres  par 
un  décret  en  date  du  24  février  1871,  faisait  partie  de  la 
paroisse  de  Saint-Ignace  du  Côteau  du-Lac.  Meesire  Théo- 
philo Brassard,  alors  curé  de  cotte  dernière  paroisse,  fit,  en 
1849,  l'élection  des  syndics  qui  devaient  acheter  un  terrain, 
procéder  à  la  répartition  légale,  puis  bâtir  église,  presbytère 
et  dépendances  curiales.  Le  site  de  la  nouvelle  église  fut 
marqué  à  l'endroit  où  elle  se  trouve  maintenant,  par  Mess  ire 
Panl-Loup  Archambault,  archiprêtre,  chanoine  honoraire 
de  la  cathédrale  de  Montréal,  vicaire-général  de  Mgr  Bour- 
get et  curé  de  Vaudreuil. 

Ainsi  s'évanouirent  à  jamais  les  espérances  des  habitants 
du  Ruisseau,  nord  et  sud,  qui,  depuis  vingt  ans,  avaient  dé- 
pensé beaucoup  d'argent  en  voyages,  en  démarches  auprès 
des  évêques  do  Québoc,et  même  on  bâtisse^puisqu'ils  avaient 
construit  une  chapelle  et  un  presbytère  au  village  du  Ruis- 
seau, aujourd'hui  Pont-Château. 


—  100  — 

En  principe,  ils  étaient  opposés  au  site  de  la  nouvelle 
église,  mais  voyant  le  terrain  leur  échapper  et  ne  voulant 
pas  perdre  toute  la  partie,  en  allant  au  Coteau  du-Lac, ilsee 
rallièrent  aux  citoyens  du  haut  de  la  paroisse,  pour  bâtir 
avec  eux  sur  le  rang  de  Saint- Jacques. 

Tout  alla  si  bien  qu'au  bout  d'une  année  et  quelques  mois, 
toutes  les  bâtisses  furent  à  peu  près  achevées.  Cependant, 
daDS  le  but  d'agrandir  plus  tard  l'église,  on  ne  fit  qu'une 
façade  provisoire  en  bois.  La  façade  actuelle,  en  pierre  de 
taille  et  le  colossal  clocher  ne  furent  ajoutés  qu'en  1871. 

La  première  messe  à  Suint-Clet  a  été  célébrée  dans  la  sacris- 
tie, par  MessireC.-E.  AIarsolais,le  5  mars  1851,jourqui  coïn- 
cidait avec  le  mercredi  des  Cendres. 

Au  mois  de  septembre  de  la  même  année,  le  25,  eut  lieu  la 
bénédiction  de  l'église  et  de  la  cloche  qui  sonne  encore,  par 
Mcssire  F.  Cholette,  curé  de  Saint-Polycarpe. 

Celte  cloche,  du  poids  de  535  livres,  fut  nommée  Marie- 
Louise,  Eugène,  Rose  et  Justine.  Pour  n'avoir  pas  un  seul 
nom  à  la  mode  d'aujourd'hui,  elle  s'en  trouve  aushi  bien  et 
n'en  sonne  que  mieux. 

Le  presbytère  actuel  a  été  construit  par  M.  Chagnon.  en 
1886. 

M.  Marsolai*,  premier  curé,  prit  possession  de  sa  cure  le 
4  mars,  et  le  lendemain,  il  ouvrit  les  registres  en  y  inscrivant 
le  premier  baptême  fait  dans  cette  paroisse.  Un  desservant 
et  six  curés  ont  exercé  le  ministère  à  Saint  Clet.  Ce  sont: 

MM.  Th.  Brassard,  desservant,  de  1849-1851  ;  C  E.  Mar- 
solais,  1er  curé,  de  1851- 18G6  ;  Henri  Morin,  de  18G6-1867  ; 
M.  Théop.  Thibaudeau,  de  1867-1869  ;  M.  Théop.  Chagnon, 
de  1869-1890  ;  M.  Gaspard  Bérard.  de  1890.95,  et  A.-Chs. 
Dugas,  de  1895  1900. 


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PRETRES  FRANÇAIS  PRISONNIERS  DANS  LE 
PORT  DE  QUÉBEC  EN  1801 


DanB  un  remarquable  travail  lu  en  1885  devant  la  Société 
Royale,  M.  l'abbé  Bois  parlo  au  long  dee  prêtres  français  qui, 
ohassésde  leur  pays  par  la  révolution,  allèrent,  en  1792  et  les 
années  suivante*,  chercher  un  refuge  en  Angleterre.  Ils  s'y 
trouvèrent  réunis  jusqu'au  nombre  de  huit  mille  et  reçurent 
avec  les  émigrés  laïques  l'accueil  h)  plue  sympathique  de  la 
part  tant  du  gouvernement  que  des  familles  nobles  du  pays. 
On  calcule  qu'il  fut  donné  au-delà  de  $9,000,000  pour  le  sou- 
tien de  ces  pauvres  exilés. 

"  Tandis  que  la  France,  dit  lo  cardinal  de  la  Luzerne,  jus- 
que-là si  catholique  et  prétendant  l'être  encore,  persécutait 
avec  fureur  les  pasteurs  catholiques,  l'Angleterre,  livrée 
depuis  doux  siècles  au  schisme  et  à  rhcré*ic,1esaccucillait  avec 
humanité,  se  faisait  le  modèle  du  monde  entier  par  sa  géné- 
rosité, comme  elle  en  était  le  soutien  pas  sa  puissance.  Quel 
touchant  spectacle,  quel  admirable  exemple  a  donné  aux 
autres  nations  cette  nation  hospitalière,  quand  on  l'a  vue 
tout  entière,  clergé  et  laïques,  roi  et  sujets,  grands  et  petit», 
accourir  au-devant  des  confesseurs  d'une  religion  qui  n'était 
pas  la  sienne,  B'empresser  de  les  accueillir,  de  soulager  leurs 
douleurs,  do  subvenir  à  leurs  besoins,  d'en  adoucir  les  maux  ! 
Daigne  Celui  qui  seul  a  dans  sa  main  le  digne  prix  de  tant 
de  bienfaits,  lui  en  accorder  les  récompenses  les  plus  abon- 
dantes, et  surtout  celle  qui  est  la  plus  précieuse  et  la  plus 
désirable  !  Puissent  les  aumônes  de  ce  peuple  bienfaisant 
monter,  comme  celles  de  Corneille,  jusqu'au  trône  céleste,  et 
•n  faire  descendre  sur  lui  lo  don  inestimable  do  la  foi  !  " 

On  sait  que  ce  vœu  a  été  exaucé,  en  partie  du  moins,  et 
que  le  séjour  en  Angleterre  de  tant  de  dignes  et  pieux  ecclé- 
siastiques français  a  fait  disparaître  bien  des  préjugés, 
amené  la  fin  de  bien  des  injustices  et  provoqué  ce9  conver- 


—  102  — 


sions  extraordinaires  dont  !e  courant  n'u  plu-*  crsuite  été" 
interrompu. 

Pour  quo  les  secours  aux  exilés  fussent  distribués  avec 
intelligence  et  régularité,  on  avait  nommé  un  bureau  spécial 
présidé  par  il.  Wilmot.  et  c'était  Mgr  do  la  Marche,  évêque 
de  Saint  Pol  de-Léon,  qui  avait  la  gestion  des  sommes  affec- 
tées au  clergé.  Cost  avec  ce  dernier  que  l'évéquo  de  Québec 
entretenait  une  correspondance  suivie,  et  ce  fut  en  partie 
pardon  entromise  que  quarante  et  un  prêtres  français  pu- 
rent venir  en  Canada  et  s'y  dévouer  dans  l'exercice  du  saint 
ministère.  Jusque  lu,  le  gouvernement  britanuique  avait  été 
Hourd  aux  demandes  réitérées  do  î'évêquo  de  Québec.ct  il  fui- 
lut  la  révolution  française  et  les  persécutions  qui  en  furent 
la  suite  pour  changer  ses  dispositions  hostiles  et  amener  ici 
des  ecclésiastiques  très  distingués  pour  la  plupart  et  qui  ren- 
dirent les  plus  grands  services  dans  les  ditféronts  postes  qui 
leur  furent  confiés. 

M.  Bois  donne  la  liste  de  quarante  deux  prêtres  français 
qui  vinrent  au  Canada  do  I7f>l  à  1806.  Lo  dernier  fut  II. 
Nicolas-Aubin  Thorel  ;  mais  M.  Bois  so  trompe  en  donnant 
1806  pour  la  date  de  son  arrivée.  Ce  monsieur  débarqua  à 
Québec  le  six  octobre  1801  et  mourut  à  l'Hôpital-Général  le 
22  janvier  1S02  (l).  Do  plus,  il  n'était  pas  venu  précisément 
pjur  offrir  ses  services  a  I'évêquo  de  Québec,  mais  était  pri- 
sonnier avec  dix  autres  abbés  français  à  bord  de  la  frégate 
anglaise  La  lUsistancetet  ne  put  descendre  à  terre  que  parce 
qu'il  était  dangereusement  malade.  Les  autres  furent  obligés 
de  rester  ù  bord,  et  ce  durant  tout  le  mois  d'octobre. 


(i)  Mgr  Tanguay,  dans  son  Répertoire  </u  ttergé  eamuiien,  a  deux  Nico- 
las-Aubin Thorel,  dont  l'un  arrive  en  1780  et  l'autre  en  1801,  mais  tous 
deux  meurent  le  même  jour,  après  entente  préalable  sans  doute  !  Inutile  de 
«lire  qu'il  n'y  eut  qu'un  Thorel,  et  que  si  l'auteur  en  a  vu  deux,  c'est  proba- 
blement pour  remplacer  les  centaines  de  noms  qui  manquent  dans  cet  éton* 
nant  ouvrage. 


Partie  de  Portsmouth  au  commencement  d'août,7wi  Résis- 
tance, capitaine  H.  Digby,  qui  servait  d'escorte  à  quatre  vais- 
seaux  raarehands,avait  rencontre"  sur  sa  route  un  navire  fran- 
çais dont  j'ignore  le  nom,  s'en  était  emparé,  et  avait  fait  pri- 
sonniers ces  on  ses  prêtres  français  qui  se  trouvaient  au  nom- 
bre des  passagers.  Continuant  sa  route,  la  frégate  arriva  à 
Québec  vers  le  1er  octobre,  pour  en  repartir  le  30.  D'après 
les  archives  de  l'Hôpital  Général,  elle  était  infectée  d'une 
maladie  contagieuso,  et  ce  fut  celte  raison  qui  empêcha  les 
passagers  de  débarquer  ;  mais  comme  ils  étaient  prisonniers 
de  guerre,  il  n'est  pas  étonnant  qu'on  ait  tenu  à  les  garder 
4  bord,  d'autant  plus  qu'à  cette  éjoque  les  dispositions  bien- 
veillantes du  gouvernement  britannique  s'étaient  déjl  singu- 
lièrement modifiées. 

Quoiqu'il  en  soit,  les  on 20  abbés  français  se  trouvaient 
dans  un  état  de  pauvreté  et  de  malpropreté  impossible  à 
décrire  ot  quand  M  Thorol  arriva  à  r Hôpital -Général,  il  se 
mourait  do  misère  et  do  privations.  Il  était  né  à  Ecouis  et 
n'avait  que  quarante  sept  ans.  L'annaliste  ajoute  :  "  ÎSi  cette 
miBère  fut  un  sujet  de  peine  pour  nous,  elle  n'en  fut  pas 
moins  uu  sujet  de  grande  édification,  en  voyant  la  constance 
et  la  résignation  avec  lesquelles  ce  vertueux  ecclésiastique 
supportait  ses  maux,  rendant  ainsi  hommage  à  notre  sainto 
religion." 

Voici,  d'après  des  notes  écrites  pur  Mgr  Plessis,  les  noms 
de  ces  malheureux  prisonniers  : 

Ténèbre,  curé  do  Croix-de-vie,  département  de  la  Vendée, 
diocèse  do  Luçon,  sexagénaire. 

Porte,  curé  des  Mollettes,  département  et  diocèse  de  Cham- 
berry. 

Brvs,  curé  au  département  do  Tarn,  diocèse  de  Lavaur. 
De  Jumilhac,  chanoine  du  chapitre  noble  de  la  cathédrale 
de  Toul. 


—  104  — 

Thevenei,  chanoine  de  Lui?oaux,  département  de  Saône  et 
Loire,  diocèse  do  Saint-Claude. 

Plombât,  curé  de  Sulvuubac,  dioeî^o  de  liodeis. 

Jean  Rayneau,  religieux  capucin,  prêtre. 

Al.  Huysens,  curé  do  Détrier,  dioeèce  de  Cbambcrry. 

Colloquin,  vicaire  du  diocèso  de  Rhcima. 

Trollé,  de^ervant  de  Xancray,  diocèse  de  Sens. 

Tfiorel  (ou  Thorel),  prêtre  du  diocèse  de  Rouen. 

A  la  suite  de  cette  liste  écrite  de  lu  main  de  Mgr  l*le>8ia, 
je  trouve  la  note  suivante  : 

"  N.  B.  Ce  dernier  (M.Thorel)  descendit  de  la  frégate  où 
il  était  prisonnier  et  mourut  à  l'Jlôpiiai-Général  où  il  fut 
enterré.  Ce  fut  avec  beaucoup  de  |>cine  que  le  coudjuteur 
de  Québec,  Mgr  Plessis,  réusnl  à  avoir  la  permission  du  gou- 
verneur do  faire  mettre  à  terre  M.  Tborel  alors  dangereu- 
sement malade.  Quant  aux  autres  messieurs,  la  charité  du 
clergé  et  des  fidèles  de  la  ville  de  Québec  leur  fit  prodiguer 
tous  les  secours  dont  ils  étaient  capables  pour  rendre  leur 
captivité  plus  supportable." 

On  peut  facilement  se  représenter  leur  déplorable  condi- 
tion :  exilés  de  France,  prisonniers  de  l'Angleterre,  entassés 
sur  une  frégate  déjà  encombrée,  entourée  do  marins  protec- 
tants, ayant  eu  à  souffrir  do  la  faim  et  privés  même  de 
vêtements  convenable*,  les  voici  enfin  après  une  longue  et 
pénible  traversée,  arrivas  dans  un  port  ami  où  ils  ont  l'espoir 
de  débarquer  pour  se  reposer  de  leurs  fatigues  et  de  leurs 
privations.  Mats  non,  cette  consolation  leur  sera  refusée,  et 
ilurant  un  mois,  en  face  de  cette  ville  catholique  qui  ne  de- 
manderait qu'à  les  recevoir  et  même  à  les  garder,  ils  reste- 
ront prisonniers  sur  le  bateau  et  ne  pourront  descendre  sur 
la  rive  du  repos  et  de  la  liberté.    Du  moins  reçurent  ils  des 
marques  de  la  plus  vive  sympathie  et  les  deux  lettres  sui- 
vantes en  sont  la  preuve  éloquente,  do  même  qu'elles  mon- 
trent quel  effet  produisait  sur  tous  les  étrangers  l'imposante 


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—  105  — 


et  eympathiquo  figure  do  monseigneur  Plessis  et  aussi  comme 
le  clergé  ot  le  peuple  d'alors  savaient  pratiquer  la  charité. 
Disons  qu'il  en  est  do  même  aujourd'hui  et  que  nos  pères 
sous  ce  rapport  du  moins  n'auraieut  pas  à  rougir  de  leurs 
enfants.  Voici  ces  deux  lettres  signés  par  tous  les  prêtres 
français  dont  je  vieua  de  parler;  elles  font  autant  d'honneur 
à  celui  qui  les  a  reçues  qu'à  ceux  qui  les  ont  écrites  et  elles 
m'ont  paru  assez  intéressantes  pour  mériter  de  figurer  dans 
les  Recherches  Historiques. 

A  Monseigneur  le  Coadjuteur  de  Québec, 
A  Québec. 

Monseigneur, 

Nous  quittons  la  rude  de  Québec  comblés  de  vos  bienfaits  ; 
daignez  agréer  l'hommage  pur  et  sincère  de  notre  recon- 
naissance :  vêtus,  nourri»,  secourus  dans  tous  nos  besoins 
spirituels  et  temporels,  votre  conduite  à  notre  égard  nous 
rappelle  vivement  celle  des  évêques  de  la  primitive  Eglise. 
Crainte  de  porter  atteinte  à  votre  modestie,  nous  garderons 
un  silence  profond  sur  tant  de  vertus  dont  l'éclat  a  fait  sur 
nous  une  impression  durable  ;  nous  no  dirons  rien  de  co  dis- 
cernement des  esprits  qui  vous  rend  si  judicieux  à  connaî- 
tre les  homines,  de  cette  noble  simplicité  qui  vous  familiarise 
à  tous,  sans  qu'aucun  manque  au  respect  qu'on  doit  a  votre 
place  et  pius  oncore  à  votre  mérite  personnel  ;  enfin  de  cette 
charité  offective,  compatisMaute,  qui  vous  gagne  tous  les 
cœurs  en  les  élovant  à  Dieu.  Jouissez  longtemps  do  ces 
faveurs  que  vous  avez  reçues  du  ciel  ;  vous  ne  lo  ferez  jamais 
que  pour  la  gloire  do  Dieu  et  le~«*lut  des  âmes.  Pour  nous, 
il  nous  restera  le  doux  plaisir  de  publior  vos  vertus  et  vos 
bienfaits  partout  où  la  Providence  dirigera  nos  pas  ;  nous 
osons  y  ajouter  le  regret  sincère  do  nous  voir  éloigné  d'un 
prélat  qui  nous  laisse  tant  à  admirer  en  lui.  Il  faut  au 
reste,  Monseigneur,  que  Dieu  soit  bien  mécontent  de  nous, 
puisqu'il  n'a  pas  trouvé  à  propos  de  nous  ménager  los  moyens 


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♦ 


—  106  — 

de  demeurer  auprès  de  voue  et  dans  cette  terre  heureuse  de 
Gessen  où  lea  vrais  israélites  jouissent  de  l'heureuse  liberté 
des  enfants  de  Dieu,  tandis  qu'il  nous  faut  revenir  dans  cette 
malheureuse  Egypte,  notre  patrie,  frappée  peut  être  encore 
des  ténèbres  de  l'erreur.  Oh  !  si  jamais  nous  pouvions  obte- 
nir de  Mgr  l'évêque  de  Suint-Pol  et  du  gouvernement  anglais 
l'agrément  de  revenir  à  Québec,  nous  volerions  vers  vous, 
Monseigneur,  comme  vers  un  bon  père,  pour  jouir  du  spec- 
tacle touchant  do  vos  exemples  et  de  vos  vertus.  C'est  dans 
ces  sentiments  et  avec  ceux  d'un  profond  respect  que  nous 
avons  l'honneur  d  être, 

Monseigneur, 

De  Votre  Grandeur 
Les  très  humbles  et  très  obéissants  serviteurs, 

Brus,  Curé,  Al.  Huysenb,  Curé, 

Jean  Paoneau,  prêtre,      Plombât,  Pire.  curé. 

P.  S.  Nous  osons  vous  prier  de  faire  ngr.'er  nos  très  hum- 
bles remerciements  à  fous  vos  dignes  coopérateurs  et  aux 
dignes  épouses  de  J.  C.  qui  ont  contribué  à  nous  secourir, 
ainsi  qu'à  tous  les  fidèles,  sans  oublier  ceux  que  l'humanité 
a  rendus  sont-iblcs  a  nos  malheurs. 

A  bord  do  la  frégate  La  Résistance,  ce  21)  octobre  1801. 

A  Monseigneur  le  Coadjuteur  de  Québec, 
A  Québec. 

Monseigneur, 

L'accueil  gracieux  qu'a  bien  voulu  nous  faire  Votre  Gran- 
deur nous  a  pénétrés  de  la  plus  vive  sensibilité  et  a  adouci 
les  rigueurs  inséparables  de  notre  déportation  ;  il  nous  a 
d'autant  plus  flattés  quo  nous  le  regardons  comme  un  pré- 
lude et  un  heureux  présage  de  celui  que  noua  espérons  avoir 
en  France. 

Nous  avons  été  douloureusement  affectés  quand,  après 
notre  capture,  nous  avons  su  que  nous  allions  être  conduite 


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au  Canada.   Aujourd'hui  noua  regardons  co  voyage  comme 
un  bienfait  de  la  Providence  qui  nous  y  menait  comme  par 
la  main,  pour  notre  instruction  et  notre  édification.  Un  pré- 
lat doué  d'éminentes  vertu»,  qui  à  une  vraie  modestie  réunit 
une  noble  et  touchante  simplicité,  un  père  dont  l'âme  géné- 
reuse et  compatissante  a  été  vivement  émue  à  la  vue  de  notre 
misère  et  de  nos  souffrances,  et  qui  par  une  tondre  et  vigi- 
lante solicitude  nous  a  prodigué  audelàde  nos  souhaita  tous 
les  secours  qui  nous  étaient  nécessaires  ;  un  clergé  édifiant 
en  qui  nous  avons  trouvé  des  frères  et  des  amis  et  des  fidèles 
imitateurs  de  leur  respectable  modèle  ;  enfin  un  peuple  de 
mœurs  patriarcales  ;  tel  est  le  spectacle  ravissant  qui  noua 
attendait  en  Canada,  et  que  nous  avons  vu  avec  admiration. 
Mais  ce  qui  l'avait  causée,  Monseigneur,  cette  admiration, 
va  devenir  le  sujet  de  nos  vils  regrets.    Nous  aurions  bien 
désiré  ne  point  nous  séparer  de  Voire  Grandeur,  rixer  notre 
séjour  dans  votre  diocèse,  y  respirer  en  paix,  à  l'ombre  d'un 
gouvernement  pacifique  et  protecteur,  et  consacrer  nos  veil- 
les et  nos  faibles  talents  à  coopérer  au  salut  d  une  partie  du 
troupeau  confié  à  vos  soins.    Mais  cela  n'entre  pas  dans  les 
vues  do  Dieu  ;  nous  ne  sommes  point  assez  purs,  nous  n'avons 
point  encore  été  assez  éprouvés  dans  le  creuset  des  tribula- 
tions pour  avoir  l'honneur  d'être  agrégés  de  mœurs  et  de 
vertus  angéliques.  Semblables  aux  israélites  murmurateurs, 
nous  aurons  parcouru  des  yeux,  à  loisir,  les  coteaux  riants 
et  fertiles  du  Saint-Laurent  ;  nous  aurons  vu  la  terre  d'a- 
bondance, la  terre  désirée,  mais  il  ne  nous  aura  pas  été  do»- 
né  d'y  poser  les  pieds.  Terrain  lacté  et  mclle  tiucntem. 

Nous  partons,  Monseigncur,couverts  de  vos  bienfaita,nous 
sommes  pénétrés  de  la  plus  vive  reconnaissance  envers  Votre 
Grandeur  ;  nous  en  sentons  toute  l'étendue,  mais  les  expres- 
sions nous  manquent  pour  la  rendre. 

Daignez  agréer,  Monseigneur,  nos  respectueux  et  sincères 
adieux  ;  nous  prions  le  Très-Iluut  de  vous  conserver  à  ce 


—  108  — 


vast*  diocèse  poor  son  bonheur  et  son  saint,  soils  les  auspi- 
ces d'une  paix  profonde,  à  l'abri  des  orages  et  des  tempêtes 
ré  volution  oai  res. 

Nous  tous  laissons  à  regret  l'infortuné  Thorel,  mais  nous 
non»  consolons  sur  son  sort,  le  sachant  en  si  bonnes  mains  ; 
et  le  recommander  à  votre  sollicitude  serait  déjà  avoir  oublié 
combien  vous  êtes  compatissant  et  généreux. 

Nous  avons  l'honneur  d'etre, 

De  Votre  Grandeur, 

Monseigneur, 
Les  très  humbles,  très  obéissants 

et  très  respectueux  serviteurs, 

Los  prêtres  français, 
Ténèbre,      De  Jrxi l lac, 

ThEVENET,  CoLLOQUIN, 

Tbollé,  Porte. 
A  bord  de  La  Résistance,  30  octobre  1801. 

C'est  en  vain  que  j'ai  cherché  d'autres  documents  sur  ce 
touchant  épisode.  Que  «ont  devenus  ces  abbés  ?  Co  qui  est 
certain,  c'est  qu'ils  ne  sont  point  revenus  en  Canada,  et  s'il! 
ont  écrit,  leurs  lettres  n'ont  pas  été  conservées. 

Comme  bien  d'autres  do  leurs  compatriotes,  après  avoir 
séjourné  quelque  temps  en  Angleterre,  ils  seront  retournés 
dans  leur  patrie,  emportant  dans  leur  cœur  le  souvenir 
impérissable  de  la  charité  britannique  et  de  leur  pénible 
mais  consolant  voyage  au  Canada. 

Mgr  H.  TÊTtr 


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—  109 


JEAN  BISSOT  DE  VINCENNES 


Voici  quelques  notes  supplémentaires  à  celles  déjà  publiées 
par  notre  ami  Edmond  Mallet,  de  Washington,  sur  ce  voya- 
geur et  explorateur  canadien,  qui  a,  dit-on,  donné  son  nom 
à  la  capitale  de  l'indiaoa  : 

1068, — "  Le  vingt-unième  du  mois  de  janvier  mil  six 
cent  soixante- huit,  a  été  baptisé  par  moy,  henry  de  ber- 
nières,  curé  de  cette  paroiœe,  Jean-Eapt  Byasot,  fils  de 
François  Byssot  et  de  Marie  Couillard,  ea  femme,  né  le  dix- 
neuf  du  même  mois  et  bd.  Le  parai n  a  été  M.  Jean  Talon, 
intendant  pour  le  roy  en  ce  paù»,  et  la  marainc  Guilleraotte- 
Marie  Hébert,  femme  de  feu  Guillaume  Couillard,  de  cette 
paroisse.  H.  de  Bernières." 

*  * 

1087.—  Le  20  octobre  1687,  Jean  Bissot  de  Vincennes, 
fils  de  défunt  François  His>sot  et  de  Mario  Couillard,  présente 
une  requête  au  Conseil  Souverain,  représentant  qu'ayant 
atteint  l'âge  de  vingt  ans  ou  environ  et  étant  sur  le  point  de 
passer  en  France  pour  un  employ,  il  lui  soit  accordé  des 
lettres  de  bénéfice  d'âge  qui  lui  facilitent  le  maniement  de 
son  bien.  {Jugements  et  Délibérations,  vol.  III,  p.  189). 

*** 

1094,— Le  25  octobre  1694  (greffe  de  Cbambalon),Jean 
Bissot,  sieur  de  Vincennes,  demeurant  à  Québec,  vend  à  Louis 
Marchand,  aussi  de  Québec,  tous  les  droits  qu'il  peut  avoir 
et  prétendre  en  la  seigneurie  de  Mingan,  et  la  moitié  franohe 
d'une  terre  en  la  seignourio  de  Lauzon,  voisino  de  Beaumont, 
pour  la  somme  de  2,500  livres.  Cette  terre  lui  avait  été  con- 
cédée, conjointement  avec  son  frère  Charles,  par  son  par- 
rain, l'intendant  Talon.  Il  signe  alors  comme  suit  : 


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110  — 


1709.— Le  10  juillet  1709  (greffe  Le  Pallieur), Jean- Bap- 
tiste Bissot,  sieur  de  Vinconncs,  demeurant  à  Québec,  est  à 
Montréal  et  vend  pour  une  seconde  fois  sa  part  en  la  seigneu- 
rie de  Mingan,  à  François  Brissonnet,  marchand  perruquier 
de  Montréal. 

*** 

11116. — Extraits  d'une  lettre  do  Toussaint  Loizel,  trou- 
vée dans  le  greffe  du  Comparet,  notaire  à  Montréal  : 

"  La  portuite," 

"  Mon  cher  frôre, 
ii 

Je  ne  puis  avant  quo  de  finir  me  dispenser  do  vous  marquer 
un  mot  au  sujet  de  la  guerre  que  l'on  a  fait  sur  les  Chîska- 
chan,  où  nous  avons  perdu  40  Français.  M.  D'Artaguette, 
commandant  du  dit  poste,  a  été  tué  avec  sept  aulti  tiers 
des  troupes,  quatre  de  milice,  tous  les  personnes  du  famille 
ont  pars  dan»  ee  malheureux  coup.  S'est  une  désolation  mor- 
telle dans  nos  pauvres  Illinois  de  te  voir  privé  de  tant  de 
braves  gens.  Je  finis  mon  cher  frère  en  vous  assurant  que 
personne  n'est  avec  plus  d'attachement  et  d'araittié, 

Vostre  chère  frère, 

TorssiN  Loizel." 

•<  A  Ste-Anno,  le  13  avril  173(1." 

«  A  l'égard  des  personnes  qui  ont  péris  dans  cette  malheu- 
reuse guerre,  sont  Mrs.  De  S t  Ange,  fils,  Coulonge,  Levillié, 
le  jeune  Duclaude,  Vincenno,  la  Gravière  avec  M.  Belcoue 
et  un  autre  de  ses  frères,  et  lo  quatrième  avec  une  épaule 
cassée.  M.  de  Tonty,  D'Esgly  et  le  vieux  Lalonde  et  Antoine 
Carrière,  Louis  Langlois,  M.  Dutilly,  fils.  Les  autres  sont 
Français  ou  de  Québec,  nous  ne  les  connaissons  pas." 


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1 


—   HI  — 

*** 

I74(ié — Le  24  janvier  1656,  la  fabrique  de  la  paroisse  de 
Notre-Dame  de  Québec  concede  à  François  Bissot,  sieur  de 
la  Rivière,  un  banc  de  six  pieds  de  largeur  sur  trois  pieds  et 
demi  de  profondeur  dans  la  dite  église,  pour  en  jouir  par  lui 
et  ses  hoirs  à  perpétuité,  moyennant  cent  livres  une  fois 
payées  et  les  droits  ordinaires  payables  à  la  dite  paroisse,  à 
chaque  mutation.  A  l'origine,  ce  banc  était  au  dessous  des 
balustres  et  sièges  du  lutrin  ;  en  1729,  il  se  trouvait  le 
deuxième  du  rang  du  milieu,  du  côté  de  l'Evangile. 

A  la  mort  do  Bissot,  en  1678,  Louia  Jolliet,  gendre  de  Bis- 
sot,  par  rapport  à  sa  femme  Claire-Françoise  Bissot,  et  aussi, 
allègue  t  on,  par  rapport  aux  services  rendus  comme  orga- 
niste de  la  paroisse  de  Québec,  eut  la  jouissance  de  ce  bano 
jusqu'à  sou  décès,  en  1700  ;  et  ensuite  sa  femme,  Claire  Bis- 
sot,  aussi  jusqu'à  son  décès  en  1710. 

Alors  «uccètle  à  la  femme  de  Jolliet  comme  occupant  du 
banc  do  Biwot,  sa  fillo  Claire  Jolliot,  qui  avait  épousé  Joseph 
DeFleury,  sieur  de  la  G-orgcndièro,  seignour  D'Eschambault. 
Le  13  mars  1720,  la  fabrique  de  Québec  accorde  régulière- 
ment la  jouissance  du  banc  de  Bissot  au  sieur  do  la  Gorgen- 
dière  susdit. 

fvo  8  avril  1729,  François  Bissot  le  fils,  bourgeois  de  Qué- 
bec, par  le  ministère  de  Jacques  Delafontaine  Belcour,  son 
gendre,  met  en  cause  la  fabrique  de  Québec,  pour  se  faire 
mettre  en  jouissance  du  banc  de  son  père,  occupé  par  le  sieur 
de  la  Gorgendière,  offrant  de  payer  tous  les  frais  de  muta- 
tion. 

La  fabrique  répond  n'avoir  pu  se  dispenser  de  concéder 
le  banc  en  question,  au  f-ieur  Lagorgendière,  comme  ayant 
épousé  Claire  Jolliet,  petite  fille  de  Bissot  ;  ne  s'étant  alors 
présenté  d'autres  personnes  agissant  comme  héritiers  du  feu 
sieur  Bissot. 


—  112  — 

François  Bissot,  qui  no  prend  jamais  le  litre  "  De  Vincon- 
nes," dans  cette  procédure  réplique  que  s'il  n'a  pas  réclamé 
dans  le  temps  la  possession  du  banc  de  son  père,  c'est  qu'il 
ne  venait  en  cette  ville  qu'une  fois  par  année  et  qu'il  n'a 
point  été  appelé  à  la  délibération  faite  par  la  fabriquo,  par- 
ce qu'il  s'y  serait  opposé  ;  mais  que  cola  ne  lui  a  pas  ôté  le 
droit  qui  lui  est  acquis  par  le  titre  de  concession  au  dit  défunt 
sieur  Bissot,  son  père.  La  fabriquo  renvoie  l'affaire  devant 
la  Prévosté  et  le  3  mai  suivant  jugement  fut  rendu  en  fa- 
veur de  François  BisBot,  qui  en  a  joui  jusqu'à  sa  mort,  ainsi 
que  sa  femme  aussi  jusqu'à  son  décès,  en  1745. 

En  174G,  s'élève  encore  uno  autre  contestation  à  propos  de 
la  jouissance  de  ce  banc.  Nicolas  Boisseau.  Conseiller  Secré- 
taire du  roi  et  greffier  en  chef  du  Conseil,  en  sa  qualité  d'é- 
poux de  Louise  Bissot  et  de  représentant  de  Marguerite 
Forestier,  veuve  de  Jean  Bissot  do  Vincennes  sa  b -lie-mère, 
réclame  la  possession  du  dit  banc  contre  Jacques  Do  la  Fon- 
taine, conseiller,  qui  avait  épousé  Charlotte  Bissot,  tille  et 
héritière  de  François  Bissot,  le  tils,  qui  avait  continué  do  jouir 
de  ce  banc,  depuis  la  mort  de  sa  belie  mère. 

Los  héritiers  de  François  BUsot,  représentent  entro  autres 
choses,  que  le  sieur  François  Bissot,  le  tils,  s'était  mis  en  pos- 
session du  banc  do  son  père,  qu'on  1729,  c'est-à-dire  après  la 
mort  de  son  frère  aine,  le  sieur  do  Vinconnes,  et  quo  s'il  y 
avait  quoique  droit  d'aînesse  sur  cet  objet,  il  n'appartenait 
pas  au  sieur  de  Vinconnes,  qui  n'en  avait  jamais  pris  pos- 
session ;  d'ailleurs,  l'épouse  du  Sieur  Boisseau  sait  bien  que 
les  souches  qui  auraient  pu  se  disputer  ce  droit  sont  éteintes 
et  qu'elle  no  doit  pas  ignorer  qu'elle  a  un  frèro  marié  en  face 
d'église  avec  une  illinoiseou  miamiae  qui  a  laissé  dos  enfants 
mâles  auxquels  le  droit  d'aînesse  appartiendrait  de  préfé- 
rence à  elle. 

Le  plaidoyer  de  Boisseau,  représentant  la  veuve  Bissot  de 
Vinconnes,  ne  so  trouvait  pas  au  dossier  qui  nous  a  passé  par 


—  113  — 

les  mains  ;  mais  on  peut  voir  par  la  réponse  de  la  partie 
ftdverao,  que  l'argument  principal  de  son  plaidoyer  fut  le 
droit  qu'avait  Jean-Baptiste  Bissotde  Yincennes,  comme  fils 
aîné,  à  succéder  à  son  père,  en  la  jouissance  de  son  banc.  On 
voit  qu'en  réponse  au  plaidoyer  de  Delafontaine,  Boisseau 
déclara  "  qu'il  est  constant  que  le  feu  sieur  du  Yincennes, 
fils,  dont  parle,  le  dit  Delafontaino  par  son  écrit,  n'a  laissé 
aucun  entant  mille."  Il  fut  enfin  ordonné,  que  la  veuve  du 
fuu  sieur  Jean  Baptiste  Bissot  do  Vineonnes,  ainsi  que  les 
sieurs  Delafontaine  et  Boisseau,  èsnoms,  jouiraient  en  com- 
mun de  chacun  un  lier*  du  banc  en  question,  ot  qu'après  le 
décès  de  la  dame  vouvo  Vineonnes,  Boisseau  et  Delafontaine 
en  jouiraient  tous  deux  par  parts  égales.  A  l'occasion  de  cette 
procédure,  jo  vois  la  femme  du  feu  Jean  Bisaot  do  Vincen- 
nes,  signer  son  nom  comme  suit  :  Marguerite  forrestier, 
vouve  Vencene." 

* 

si:  * 

De  tout  cela,il  résulte  que  Jean- Baptiste  Bisaot  de  Yincen- 
nes, qui  donua  son  nom  à  la  capitale  del' Indiana,  eut  pour 
parrain  le  célèbre  intendant  Talon  ;  qu'en  ltiST  il  était  sur 
son  dépari  pour  la  France  et  enfin  qu'on  1GU4,  il  signait  : 
"  Bissot  Vensonne." 

II  paraît  auesi  clairement  établi  quo  Jean  Bissot  do  Yin- 
cennes était  déjà  déeédé  en  1 72U  et  par  conséquent  que  ce  fut 
son  fils  qui  lut  brûlé  par  les  chikaehas,  en  173G  :  Que  ce  fils 
était  marié  à  une  sauvagesae  ;  qu'il  n'avait  pas  d'enfant  mâle 
et  qu'il  était  lui-même  décédé,  en  1746,  lors  des  dernières 
contestations  pour  le  banc  de  son  ancêtre. 

La  lettre  de  Toussaint  Loizel  semblerait  contredire  les 
écrivains  qui  ont  parlé  do  cette  fameuse  bataille  avec  les 
chiskachas,  en  173G,  quand  ils  pruteudent  qu'elle  eut  liou  en 
mai,  tandis  qu'elle  ne  peutavoir  eu  liou  qu'avant  le  14  avril, 
date  4  laquelle  écrit  Loizel,  qui  on  fournit  une  description 
assez  détaillée  pour  ne  pas  s'y  méprendre. 


La  signature  reproduite  de  l'ouvrage  de  Daniel  par  Edmond 
Mallet  (Indiana  Historical  Society  Publications,  vol.  Ill,  no. 
II)  est  certainement  celle  de  Jean-Baptiste  Bissot  de  Vin- 
cennes  et  celle  reproduite  de  "  Kaskaskia  and  its  Parish 
Records  "  par  Mason,  est  bien  probablement  celle  de  Fran- 
yois  BisM>t,  son  fils,  né  à  Montréal  en  1700. 

Ce  fameux  "  Morgan  de  Vincenne  "  qui  a  intrigué  tant 
de  gtns.  ne  serait  il  \  as  François  Marie  do  Vincennes,  fils  de 
Jean  -  Baptiste  ?  Il  a  pu  signer  "  François  Maryo  de  Vin- 
tonne  "  d'une  manière  plus  ou  moins  lisible  et  alors  des  per- 
socines  peu  au  fait  de  l'ancienne  écriture  française,  auraient 
fait  avec  cela  "  François  Morgan  de  Vinscnne."  Il  n'y  aurait 
la  rien  de  surprenant. 

A  cotte  époque  on  écrivait  souvent  "  Marye  "  au  lieu  de 
"  Marie  "  et,  il  y  a  certainement  moyen  de  faire  "  Morgan  " 
avec  "  Maryo  ",  surtout  t-i  ce  sont  des  Anglais  qui  déchif- 
frent ces  écritims  des  anciens  voyageurs  do  ce  temps. 

FrançoU  Marie  de  Vincennes  a  bL-n  pu  aussi  signer  son 
nom  de  différentes  manières  quelquefois  "  François  Vinscnne" 
et  d'autres  fois  "  François  Marye  (1)  de  Vensennc  "  ;  car 
à  ceito  époque  la  chose  arrivait  souvent.  La  grande  liberté" 
quo  l'on  mo  donnait  en  écrivant  d'une  manière  générale,  s'é- 
tendait aussi  aux  nom»  propres.  On  voyait  journellement 
des  personnes  d'une  même  famille,  d'une  môme  maison, 
écrire  différemment  un  même  nom  de  famille.  On  en  a  un 
exemplo  frappant  dans  la  famille  môme  des  Bissot.  En  effet, 
François  Bissot,  sionr  de  la  Rivière,  père  de  Jean  Baptiste, 
signait  "  F.  Byt-sot  "  quand  tous  ses  enfants,  môme  de  son 
vivant,  écrivaient  "  Bissot." 

Puilbas  Gaoxos 


(i)  Noms  qu'il  reçut  au  hapu-me. 


RÉPONSES 


Guillaume  Couillard.  (VI,  II,  696.)-Guillaume 
Couillard,  le  gendre  do  Louis  Hébert,  prit  une  large  part  à 
rétablissement  de  la  Nouvelle  Franco.  Comme  Hébert,  il 
avait  compris  que  l'agriculture  est  le  seul  moyen  d'attacher 
le  colop  au  sol,  en  subvenant  aux  premières  nécessités  de  la 
vie. 

Pendant  que  d'autres  perdaient  leur  temps  i  faire  la  traite 
avec  les  sauvages,  Couillard  développait  les  sources  do  riches- 
se de  sa  terre  par  un  travail  habilement  dirigé. 

Il  fut  un  des  rares  chefs  do  famille  qui,  lors  do  l'invasion 
de*  Kcrtk  (1629),  restèrent  à  Québec,  attendant,  pendant 
trois  longuos  années,  que  la  mère  patrie  vint  les  délivrer  de 
l'état  d'eselavago  où  lu  sort  fatal  des  armes  l'avait  placé,  lui 
et  sa  jeune  famille. 

Honneur  donc  à  Couillard,  à  Pivert,  à  Martin,  à  Desportes 
qui,  par  leur  persihtance  à  séjourner  au  Canada,  quand  il 
n'y  avait  plus  aucun  lieu,  aucun  attrait  pour  les  y  attacher 
sauvèrent  de  l'oubli  la  jeune  colonio  française. 

Couillard  est  le  père  d'une  nombreuse  postérité.  Moins 
d'un  f-ièele  h  près  sa  mort,  le  P.  Leclercq  faisait  remarquer 
qu'elle  comptait  plus  do  250  membres,  et  que  plus  do  900 
personnes  étaient  alliées  à  sa  famille.  Plusieurs  de  ses  des- 
cendants ont  rendu  des  services  signalés,  tant  dans  la  nou- 
velle que  duns  l'ancioùue  France.  Un  de  ses  petits  His  obtint 
des  lottros  de  noblosse  pour  lui  et  pour  ses  descendants. 

Guillaume  Couillard  eut  dix  enfants  de  son  mariage  avec 
Guillemette  Hébert.  Il  fut  inhumé  le  4  mars  1663,  dans 
l'église  de  l'Hôtel  Dieu. 

X.-E.  Dionne 

Bord-à~PloHfte.  (V,  XII,  689.)-En  1801,  François 
Plouffe  établit  un  bateau  traversier  entre  les  deux  rives  du 
fleuvo,  en  société  avec  un  nommé  Deslauriers.  Plouffe  demeu- 


—  116  — 

rait  sur  la  rive  nord— d'où  bord  à  Plouffe—et  Dealauriers  sur 
la  rive  sud  dans  la  paroisse  de  Saint -Laurent. 

11  y  a  quelques  années  on  tenta  de  changer  le  nom  de 
Bord-à-Plouffe  en  celui  de  Lemayville.  Cet  estai  fut  infruc- 
tueux. P.-G.  R 

Les  Iroquois  de  Caughnawaga,  (VI,  III,  706.) 
— Outre  les  chrétiens  iroquois  des  divers  cantons  qui  se 
sont  fixés  à  Caughnawaga  à  différentes  époques,  la  popula- 
tion de  ce  village  s'est  accrue  d'un  certain  nombre  de  prison- 
niers de  guerre  faits,  eoit  dans  de?  expéditions  particulières 
des  Iroquois  do  Caughnawaga  contre  des  tribus  sauvages, 
toiles  que  les  Renards  en  1728,  les  Cbicachias  en  1739,  soit 
dans  des  expéditions  auxquelles  les  gouvorneurs  français  les 
conviaient,  telle  que  celle  de  Deerfield  on  1704.  Les  vieux 
registres  de  la  mission  de  Caughnawaga  mentionnent  plu- 
sieurs baptCmcH  de  sauvages  étrangers,  avec  la  note  "  pris  à 
la  guerre  "  et  de  blancs  étrangers,  baptisés  sous  condition, 
avec  la  note"  autrefois  baptisé  parles  anglais."  Dans  le 
dernier  cas,  malheureusement,  les  noms  de  famille  de  ces 
blancs  ét  rangers  ne  Font  pas  donnés.  Cependant,  je  suis  par- 
venu à  trouver  avec  certitude  plusieurs  de  ces  noms  de  fa- 
mille, par  l'étude  comparée  des  registres  et  de  tout  ce  que 
j'ai  pu  recueillir  de  traditions  de  famille.  C'ett  à  l'introduc- 
tion du  sang  blanc  de  captifs  de  la  Nouvel  te- Angleterre  que 
les  Iroquois  de  Caughnawaga  doivent  plusieurs  des  noms 
anglais  qu'ils  se  donnent,  comme  les  noms  do  Tarbell,  Rice, 
Williams,  Jacobs,  Hill,  Stacey,  McGregor,  etc. 

Tous  ces  captifs,  sauvages  et  blancs,  subissaient  l'influence 
du  milieu  où  ils  étaient,  quant  à  la  nligion,  la  langue  et  les 
coutumes  :  ils  devenaient  catholiques  et  iroquois,  et  mis  à 
même  do  retourner  dans  leur  famille,  lorsque  leurs  parents 
voulaient  les  réclamer,  la  plupart  continuèrent  le  genre  de 
vie  auquel  ils  s'étaient  habitués  plutôt  que  de  suivre  leurs 


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parents  ;  la  foi  catholique  qu'il  avaientembrassée  n'était  pas 
non  plus  la  moindre  des  raisons  qui  les  tenaient  fixés  au  eol 
de  Gaughnawaga.  D'ailleurs  ces  étrangers  une  fois  adop- 
tés étaient  considérés  comme  faisant  vraiment  partie  do  la 
tribu,  ils  étaient  traités  avec  égard,  le  plus  souvent  ils  fai- 
saient partie  do  familles  de  chefs,  et  plusieurs  d'entre  eux 
furent  clus  comme  chefs  par  la  bande. 

Aujourd'hui,  à  cause  de  ces  mélanges,  il  n'y  a  pas  une 
seule  famille  purement  iroquoise  à  Caughnawaga,  bien  que 
chez  presque  toutes  on  ne  parle  guère  qu'iroquois  ;  il  n'y  a 
qu'une  couple  d'individus  qui  so  réclament  iroquois  sans  mé- 
lange de  sang  blanc. 

L'abbé  G.  Forbes 

I^e  comte  tie  Cauthuourt.  (VI,  II,  695.)-^Sur  la 
route  de  Nicolet  à  la  Baie  du  Fcbvre,  à  mi-chemin  entre 
monsieur  Raimbault  et  monsieur  Fournier,  était  venu  s'a- 
battre, vers  1810,  un  personnage  mystérieux. 

Ayant  fait  l'acquisition  d  une  forme,  il  y  bâtit  une  maison 
qui  n'avait  do  particulier  que  les  divisions  intérieures. 

Son  voisin,  Louis  Beaulac,  riche  cultivateur,  fameux  gars 
de  six  pieds,  et  qui  avait  servi  dans  les  milices  do  1812,  a  eu 
l'avantage  de  connaître  et  de  fréquenter  habituellement  ce 
personnage,  et  d'admirer  la  science  militaire  de  41  monsieur 
le  comte." 

A  son  dire,  "monsieur  le  comte"  avait  toute  une  chambre 
remplie  de  cartos  militaires  et  d'armes  de  toutes  espèces  et 
d'une  grande  valeur. 

A  ses  heures,  "  monsieur  le  comto  "  déployait  pes  cartes 
sous  les  grands  ormes,  près  de  sa  maison,  et  là,  à  quatre  pat- 
tes sur  ses  plans,  il  suivait  et  traçait  des  lignes,  causant,  dis- 
cutant et  interpelant,  tout  haut,  il  s'animait  comme  au  mi- 
lieu de  contradicteurs  probablement  des  ombres  de 

Waterloo. 


—  118  — 

Sa  maison  était  le  rendez-vous  de  messieurs  les  curés  d'Ya- 
maska,  la  Bai»,  Nicolet,  St  Grégoire,  Trois-Rivières,  etc., 
régions  que  l'on  nommait  alors  "  la  petite  France,"  à  cause 
de  ces  messieurs  qui  étaient  dos  prêtres  émigrés  do  la 
France. 

Un  beau  matin,  dit  Beaulac,  la  maison  fut  trouvée  vido  : 
monsieur  le  comte  était  parti  armes  et  bagages,  sans  tam- 
bour ni  trompette. 

A  cette  époque,  le  vent  politique  était  à  la  tempête,  et  le 
comte  Dalhou»io  débarquait  sur  nos  borde  comme  gouver- 
neur de  la  province. 

Cette  arrivée  et  ce  départ  subits  n'évoqucnt-ils  pas  les 
démêlées  do  ces  deux  personnages  dans  la  politique  et  les 
guerres  de  l'empire  ? 

Beaulac  n'a  jamais  connu  son  singulier  voi.-in  eous  un  autre 
nom  que  celui  de  "  monsieur  le  comte." 

Mais,  me  dit-il  un  jour,  vous  pouvez  trouver  ton  nom  au 
presbytère,  car  il  a  tait  baptiser  là  un  enfant. 

En  etiVt,  j'ai  trouvé  te  nom",  et  voici  cet  net©  tel  que  cou- 
ché au  registre  de  la  Baie  du  Febvre  : 

"  Le  tivntc  et  uu  mars  mil  huit  cent  dix-huit,  fait  par  nous 
prêtre  soussigné,  a  été  baptisé  Charles-François-Joseph,  né 
de  ce  jour  du  légitime  mariage  de  monsieur  François- Benoit- 
Auguste,  comte  d'Ancourt,  el  do  dame  Adélaïde  Antoinettc- 
Augustino.  comtesse  de  Galifait.  Le  parrain  a  été  Louis 
Lefebvro  dit  Beaulac,  et  la  marraine  Monique  Kobidas, 
épouse  du  parrain.  Le  père  a  signé  avec  nous,  le  parrain 
et  la  marraine  ont  déclaré  ne  le  savoir. 

Le  comte  d'Ancourt 
FoiTKMER,  Ptre." 

Est-ce  le  comte  do  Caulincourt  ? 

L.-M.  Blondis 


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—  119  — 


L'encktvaye  au  Canada.  (I,  VII,  60).— Quelqi 
notes  sur  les  esclaves  du  baron  de  Longueuil,  glanées  dans 
l'histoire  de  Longueuil  et  de  la  famillo  de  Longueuil  : 

Esclaves  du  premier  baron. — Charles  LeMoyne  possédait 
un  couple  d'esclaves,  un  nègre  du  nom  de  Charles  et  sa 
femme,  nommée  Elizabeth  ou  Charlotte  Tibé.  De  ce  mariage 
naquirent  cinq  enfants,  dont  qnatro  furent  baptisés  à  Lon- 
gueuil :  un  garçon  appelé  François,  baptisé  le  2  août  1723 
et  inhumé  à  I<ongueuil,  le  6  févrior  1730  ;  uno  fille,  Marie- 
Elizabeth,  baptise  le  2  août  1724  et  mariée  en  17G3,  a  Jac- 
ques César,  nègre  du  sieur  Ignace  Gamelin  ;  une  autre  fille, 
Marie-Charlotte,  baptisée  le  10  mai  1726  ;  enfin,  un  garçon, 
Joseph,  baptisé  le  7  mars  1728.  On  voit  par  l'acte  do  par- 
tage plus  loin  cité  quo  ces  esclaves  eurent  un  autro  enfant 
du  nom  de  Charles,  mais  son  acte  do  naissance  ne  se  trouve 
pjint  dans  les  archives  de  Longueuil. 

Lear  partage. — Clause  de  l'acte  de  partage  des  ustensiles 
et  meubles  de  Charles  LeMoyno,barondc  Longueuil  (18  juin 
1729.  Adhémar,  notaire),  entre  s.-s  fils  : 

"  Les  dites  parties  ont  partagé  ensemble  sopt  nègres,  y 
compris  le  père  et  la  mère,  auquel  partage  est  eschu  à  mon 
d.  sieur  le  baron  do  Longuouil,  un  garçon  nommé  François, 
une  petite  fille  nommée  Mari  ',  et  à  mon  d.  sieur  chevalier 
de  Longueuil,  un  petit  garçon  nommé  Charles  et  uno  petite 
fille  nommée  Charlotte,  ensorablo  le  père  et  la  mère  et  un 
enfant  à  la  mamel  nommé  Joseph,  et  pour  rendre  mon  dit 
sieur  de  Longueuil  égal,le  dit  sieur  chevalier  do  Longueuil  a 
cédé  une  panyse  nommée  Marie-Joseph,  et  un  pany  nommé 
Gabriel,  au  dit  baron  de  Longuouil,  du  partage  les  dites 
parties  ont  dit  ôtro  contentes." 

Les  auteurs  de  l'histoire  de  la  fami'lo  de  Longuouil  ajou- 
tent que  tous  ces  esclaves  n'étaient  point  attachés  aux  tra- 
vaux dos  champs  et  que  leurs  devoirs  consistaient  en  soins 
domestiques. 


4 


izedt 


—  120  — 


Mariages  it esclaves. — Le  5  janvier  1 763,  Marie,  esclave  de 
la  secondo  baronuede  Longueuil,  est  mariée  à  Jacques  César, 
esclave  de  M.  Gatnelin.  Voici  les  actes  de  mariage  et  de 
Consentement  : 

Acte  de  mariage  : — 

"  L'an  de  N.  S.  mil  sept  cent  soixante  et  trois  et  le  cinq 
janvier,  vu  un  écrit  de  la  main  de  M.  Ignace  Gatnelin  et 
signé  de  lui,  par  lequel  il  permet  à  Jacques  César,  sun  nègre, 
de  se  marier  avec  Mario,  négresse  de  madame  la  baronne 
douairière  de  Longuouil,  en  date  du  vingt  un  janvier  mil 
sept  cent  soixante  et  un,  et  ce,  en  considération  dee  services 
que  ie  dit  César  a  rendus  au  dit  sieur  Gamelin  depuis  plus 
de  trente  ans,  vu  aussi  la  permission  de  madame  la  baronne 
douairière  de  Longuouil,  qui  permet  à  la  diie  Mûrie,  sa  né- 
gresse, de  se  marier  au  dit  Cesar  aux  mdmes  conditions  et 
en  considération  des  services  que  la  ditto  Marie  lui  a  rendus 
et  toutte  la  famille  de  feu  M.  le  barou  de  Longueuil,  depuis 
qu'elle  a  été  on  âge  de  rendre  service. 

"  Je,  soussigné,  avec  la  permission  de  M.  Isambert,  prêtre, 
curé  de  Longuouil,  ai  reçu  leur  mutuel  consentement  par 
parole  do  présent  et  leur  ai  donné  la  bénédiction  nuptiale,en 
présence,  du  côté  do  l'époux,  du  dit  sieur  Gamelin,  du  sieur 
Christopbe  Gamelin  Lagomeraye,  du  côté  de  1  épouse,  de 
madame  Mai  ie  Catherine  Dcschambault,  baronne  douairière 
de  Longueuil,  de  M.  Joseph  Flcury  Descbambault,  agent  de 
la  compagnie,  soussigné. 

Deschambailt,  Longueuil, 
"  Ignack  Gamelin,   J.  Isambekt,  Pire,  C.  L. 

.  "  Ignace  Gamelin,  Ptre." 

Actes  de  consentement  : — 

"  Jo,  soussigné,  consent  et  permet  à  Jacques  César,  mon 
nègre,  d'épouser  Mario,  négresse  de  madame  de  Longueuil, 
à  la  charge  par  madame  de  Longueuil  de  mettre  en  liberté 
et  hors  d'esclavage  sa  susdite  négresse,  comme  je  la  donne  à 


Dig 


César,  sans  qu'il  puisse  prétendre  ni  ontendro  quo  je  lui  donno 
sa  liberté  à  d'autres  concilions,  ni  pour  autre  mariage  ;  fait 
en  double  à  Montréal,  co  vingt-un  janvier  mil  s^pteent 
soixante  et  un."  lus ace  Gamemn 

"  Je,  soussigné,  permet  à  Marie,  ma  n'gresee,  qui,  depuis 

trois  ans,  me  sollicite  de  lui  accorder  la  permis* ion  d'épouser 

César,  nègre  de  M.  (iaraelin,  à  qui  il  donne  t>a  liberté  eous 

ces  conditions,  constns  au  prétendu  mariage,  lui  accordant 

pareillement  ea  liberté,  ainti  que  M.  Gamelin  le  fait  au  dit 

César,  aux  clauses  cependant  qu'ils  resterons  à  mon  service 

l'espace  de  trois  ans,  en  leur  payant  deux  cents  livres  par 

chaque  année,  leur  promettant  d'augmenter  les  dits  gages, 

s'ils  le  méritent  ;  à  Montréal,  le  26  janvier  mil  sept  cent 
soixante  et  trois. 

"  Debchambault, 

"  LoNQUEUIL,  NÉE  DeSCH AMBAULT. 

"  Collationné  aux  registres  par  moi,  soussigné,  ce  six 
février  1763. 

J.  Isambkrt,  Ftre, 

Curé  de  Longueuil." 

Il  y  avait  donc  deux  ans  que  M.  Gamelin  avait  consenti 
à  ce  mariage  que  madame  la  baronne  de  Longueuil  retardait, 
en  refusant  son  consentement. 

Il  doit  y  avoir  une  erreur  de  copiste  dans  l'acte  de  mariage 
daté  du  5  janvier  1763.  Le  consentement  de  madame  la 
baronne,  daté  du  26  janvier  1763,  serait  postérieur  au 
mariage.  Le  fait  que  M.  Isambert  collationné  les  actes  de 
consentement  le  6  février  me  porte  à  croire  que  ce  mariage 
doit  avoir  eu  lieu  la  veille,  le  5  février  et  non  le  5  janvier. 

MatthieuA.  Bernard 

Le  capitaine  Baptiste.  (Ill,  VII,  338.)— l>ans  le 
premier  numéro  du  volume  Y.  des  Recherches  Historiques, 
j'ai  donné  quelques  notes  sur  le  capitaine  Baptiste,  que  je 
puis,  je  ne  dirai  pas  compléter,  mais  augmenter. 


—  122  — 


J'avais  mentionné  un  Baptiste  trouvé  dans  lo  Dictionnaire 
de  Mgr  Tanguay,  mais  je  me  suis  assuré  depuis  que  cet 
homme  n'est  pas  le  même  que  le  fameux  corsaire  acadien. 

M.  Rameau,  à  la  page  217  de  sa  Colonie  Féodale,  dit 
au  sujet  du  capitaine  :  "  Lo  commerce  de  Boston  etdoscokr 
nies  voisines  éprouva  de  tels  préjudices  aux  mains  de  ces 
oorsaires  qu'on  y  organisa  en  1696  une  expédition  maritime 
pour  leur  onlover  leur  port  de  refuge,  eu  détruisant  le  fort 
de  Villebon.  Le  commandement  fut  donné  au  colonel 
Church,  qui  arriva  le  18  octobre,  1096,  devant  Jenisck  et  y 
débarqua,  environ  hix  cents  hommes. 

Mais  Yillebon  veillait  et  rveut  très  chaudement  l'attuqno 
des  Anglais,  qui  durent  rembarquer  le  20  octobre,  ayant  eu 
huit  tués  et  dix-sept  blessés,  dont  cinq  officiers.  Cette  défen- 
se avait  été  secondée  pur  le  capitaine  Baptiste,  ero  bosse  sous 
le  canon  de  Jemsek,  lequel,  aussitôt  l'ennemi  parti,  alla  à 
Port  Royal,  afin  de  renouveler  les  approvisionnements  du 
fort. 

"  Baptiste  était  le  plus  redoutable  des  corsaires  que  Ville- 
bon  avait  attiré  à  .Jemsek.  dans  la  rivière  Saint-Jean.  Le 
véritable  nom  de  Baptiste  était  Pierre  Maisonnat,  natif  de 
Bergerac.  Il  finit  par  se  fixer  à  Boaubassin,  où  il  vivait  en- 
core en  1704." 

Jo  dois  à  l'obligeance  demon  ami  M.  P.  Caudet  les  notei 
suivantes.  Comme  chacun  le  sait  (J'entends  les  historiens 
contemporains  qui  s'occupent  do  l'histoire  de  l'Acadie) — 
M.  Gaudet  est  un  savant  historien  du  pays  chanté  par  Long- 
fellow. 

Le  1 9  octobre,  17»:i,  mourut  à,  Port  Royal,  madame  J  udith 
Baptiste,  née  Soubiran,  épouse  du  sieur  capitaine  Baptiste. 
Son  corps  fut  inhumé  dans  le  cimetière  de  la  paroisso  Saint- 
Jean  Baptiste. 

Lo  22  octobre  1704,  à  Port  Royal,  eut  lieu  le  mariage  de 
Christophe  Cahouët,  "  fils  de  Christophe  Cahouct  ot  de 


demoiselle  Anne  Masure",  do  la  paroisnede  Saint  Michel, bour- 
geois do  la  ville  d'Orléans."  a  damoiselle  Mario- Anno  Mai- 
sonnat,  "  ti  le  du  sieur  Pierre  Maisonnat  et  de  feuo  Judith 
Soubiran,  do  la  paroUse  do  Suint  Jacques,  do  la  ville  do 
Bergerac,  diocèro  de  Périgueux,"  avec  lo  consentement  de 
M.  de  Falaiso,  major  de  la  province  do  l'Acadio,  curateur 
de  la  dite  mineure. 

Le  24  juillet  1.705,  Anne  Judith  Maisonnat,  fommo  du 
siour  Cahonët  est  marraine  à  Anno  Judith  Comoau.  {La 
marraine  n'a  pas  s:gné). 

Ceci  e*t  à  Port  lîoyal.  A  la  même  place,  le  27  janvier  sui- 
vant, Anne  Maisonnat,  femme  du  Sieur  Cahouët,  est  cette 
fois  marraine  à  Magdelaino  Samson,  et  signe  :  Anne  Bap- 
tiste. 

Enfin  nous  avons  :  "  a  Port  Royal,  .le  12  janvier,  1707,  le 
mariage  du  sieur  Pierre  Maisonnat,  habitant  de  Port  Royal, 
fils  do  Ilélie  Maisonnat  et  de  Jeanne  Ségure,"  à  Marguerite 
Bourgeois,  veuve,  t;  fille  do  Jacques  Bourgoois  et  de  Joanno 
Trahan."    L'époux  a  signé  :  Pierre  Maisonnat. 

Marguerite  Bourgeois  naquit  à  Port  Royal  en  1057.  Elle 
s'était  mariée  1°  à  Jean  Boudrot  ;  2°  à  Manuol  Mirande.et 
3'  à  Pierre  Maisonnat,  mieux  connu  sous  le  nom  de  capi- 
taine Baptiste. 

Le  reeeneementdu  28  août  1714,  nous  apprend  qu'à  date  : 
"  le  sieur  Maisonnat  et  Marguerite  Bourgeois  avec  leurs 
enfants  :  Louis,  Alexis,  Judith,  Marie  et  Marianne,  étaient 
établis  a  Beaubassin."  Evidemment  ces  enfants  sont  issus  do 
Manuel  Mirando  et  do  Marguerite  Bourgeois. 

Iîéois  Roy 

Dollard  et  nés  compati noua.  (Ill,  VI,  330.)-On  a 
écrit  tant  do  choses  plus  ou  moins  inexactes  au  sujet  de  leur 
fait  d'armcs,qu'il  est  temps  de  reproduire  l'extrait  mortuaire 
de  ces  bravos.  Il  établit  que  le  combat  eut  lieu  au  pied  du 
Long  Saut,  vers  le  25  mai  1660,  entre  800  Iroquois  et  1 7 


—  124  — 


Français  de  Montréal,  accompagnes  de  4  Algonquins  et  d'en- 
viron 40  Hurons.  Treize  Français  furent  tués  sur  la  place 
et  quatre  faits  prisonniers,  en  sus  des  sauvages  allies,  tant 
tués  que  prisonniers,  dont  le  nombre  n'est  pas  donné. 

"  Le  3éme  de  juin  1660. 
*«  Nous  avons  reçu  nouvelles  par  un  huron  qui  s'estoit 
sauvé  d'entre  les  mainB  des  Iroquois  qui  l'avoient  pris  prison- 
nier au  combat  qui  s'estoit  fait  8  jours  auparavant  entre  les 
Iroquois,  qui  estoicnt  au  nombre  de  huit  cent,  et  dix  sept 
François  de  cette  habitation  et  quatre  Algonkins  et  environ 
quarante  llurons  au  pied  du  Long  Saut,  que  treize  de  nos 
François  avoient  esté  lues  sur  la  place  et  quatre  emmenés 
prisonniers,  lesquels  dits  depuis  nous  avons  appris  par  quatre 
Hurons  qui  se  sont  sauvés,  avoir  été  cruellement  bruslés  par 
les  Iroquois  en  leur  pays.  Or,  les  noms  des  François  morts 
estaient  : 

Adam  Daulat,  commandant,  âgé  de  24  ans. 
Jacques  Brasier,  29  ans. 

Jean  Tavernier  dit  La  Kochctière,  armurier,  28  ans. 
Nicolas  Tillemont,  serturier,  29  ans. 
Laurent  Hébert  dit  la  Rivière,  27  ans. 
Alouïs  do  l'Estre,  chaufournier,  31  ans. 
Nicolas  Gosselin,  29  ans. 

Robert  Jurée,  24  ans.  Nous  avons  appris  qu'il  s'est  sauvé 
par  les  Hollandais  et  retourné  en  France. 
Jacques  Boisseau,  23  ans. 
Louys  Martin,  21  ans. 
Christophe  Augier  dit  des  Jardins,  26  ans. 
Eetienne  Robin  dit  des  Forges,  27  ans. 
Jean  Valet,  27  ans. 
René  Doussin,  30  ans. 
Jean  Le  Compte,  26  ans. 
Simon  Guenet,  29  ans. 

François  Crusson  dit  Piloté,  24  ans."  D.  G. 


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La  chute  Niagara.  (IV,  IV,  444.)— L'aspect  de 
cette  merveille  do  la  nalure.ce  tonnerre  inouï,  cette  colonne 
d'eau  du  déluge,  n'impressionne  pas  toujours  les  visiteurs, 
au  premier  coup  d'oeil.  Les  proportions  nous  échappent 
devant  une.  telle  masse  liquide,  de  même  que  la  basilique  de 
Saint-Pierre  de  Homo  désappointe  celui  qui  la  regarde  tout 
d'abord  sans  prendre  un  terme  de  comparaison  ou  sans  faire 
de  calcul. 

Par  conséquent,  si  vous  voulez  voir  la  chute  de  Niagara 
pour  la  première  fois... il  faut  l'avoir  déjà  vue  ! 

lu  s  Français  qui,  de  1640  à  1647,  se  eont  trouvés  en  pré- 
sence du  phénomène  n'ont  pas  daigné  en  faire  mention  dans 
leurs  écrits.  Il  est  vrai  que  de  leur  temps  personne  ne 
•'avisait  do  penser  aux  forêts,  aux  montagnes  et  aux  fleu- 
ves, pas  pius  que  l'on  nu  faisait  cas  des  oiseaux,  de*  fleurs 
ou  des  papillons,  et  l'on  eut  pris  pour  de  l'extravagance  un 
propos  roulant  sur  la  lune,  le»  étoiles  et  les  aurores  boréa- 
les. La  littérature  du  grand  siècle  est  singulièrement  dépour- 
vue des  ressources  que  nous  offrent  les  attraits  de  la  végé- 
tation de  la  vio  animale,  de  môme  que  lespoctacle  du  firma- 
ment. 

Les  fleurs  et  les  oiseaux  ont  été  découverts  par  Bernar- 
din de  Saint- Pierre,  à  l  île  Maurice,  dans  le  Grand  Ooéan,  il 
y  a  un  peu  plus  d'un  siècle.  Vers  la  même  date  Chateau- 
briand s'apercevait  de  leur  existence  en  visitant  l'Amérique. 

Les  bêtes  et  les  plantes,  ces  chefs  d  œuvres  du  Créateur 
n'ont  pas  été  remarquées  par  l'homme  durant  six  mille 
ans. 

C'est  à  peine  si  Racine  n'est  décidé  à  dire  :  Le  flot  qui 
l'apporta  recule  épouvanté. 

Corneille  a  mis  toutes  ses  étudos  de  la  nature  dans  :  Cette 
obscure  clarté  qui  tombe  des  étoiles. 

Tous  deux  eussent  considéré  comme  une  chute  pitoyable 
la  moindre  mention  d'une  cascade  autre  que  celles  de  Tivoli. 


—  126  — 


Durant  plus  dun  nèclo,  I03  Mille  Iles  ont  été  traversées 
par  des  hommes  instruits  mais  indifférents  aux  beautés 
qu'elles  présentent. 

Cartier  n'a  pas  observé  les  colorations  des  forêts  cana- 
diennes en  octobre,  pourtant  il  les  a  vues  au  nioins.durant 
deux  automnes. 

Champlain  parlera  de  la  Chaudière,  parceque  elle  inter- 
rompt la  navigation  et  ausei  à  cause  de  la  cérémonie  prati- 
quée en  cet  endroit  par  les  Sauvages  pour  s'attirer  les 
bonnes  grâces  du  manitou  de  l'abîme. 

La  première  mention  du  Niagara  est  écrite  par  Champlain 
en  1603  sur  la  narration  d'un  sauvage  qui  se  contente  de 
dire  que  le  lac  (Erié)  se  décharge  dans  une  autre  grande 
chute  où  l'on  fait  portage. 

Le  Père  Louis  Hennepin,  récollet,  qui  la  vit  en  1678,passe 
pour  avoir  été  le  premier  Européen  favorisé  de  ce  specta- 
cle ;  cependant  plus  de  cent  Français  y  étaient  allés  avant 
lui,  mais  bans  en  parler,  comme  le  voulait  l'esprit  du  temps. 
Une  carte  publiée  à  Paris  en  1657  par  Sanson  montre  la 
cataracte  et  lui  donne  le  nom  de  Ongiara. 

Hennepin  a  décrit  avec  admiration  cette  prodigieuse  des- 
cente des  eaux  et,  comme  le  brave  Père  ne  manquait  pas 
d'enthouhiasmo,  il  tient  la  plume  avec  l'ardeur  de  notre  école 
descriptive  actuelle.  Il  est  verbeux,  exubérant,  s'exprime 
par  images  et  fait  des  comparaisons  qui  grandissent,  s'élon- 
gent,  s'étirent,  enflent  son  sujet. 

Il  finit  par  déclarer  qu'on  entend  mugir  ce  monstre  à  quin- 
ze lieues  lorsque  le  vent  souffle  du  sud.  Quant  à  la  hauteur 
il  va  bravement  au  chiffre  de  six  cents  pieds. 

Hennepin  dit  ailleurs  que  les  bons  canots  d'écorco  font 
cinquante  lieues  par  jour  ! 

Cavelierde  la  Salle,  qui  connaissait  la  localité  depuis  1669, 
écrivait  vingt  ans  plus  tard,  en  y  repassant,  que  l'eau  torn- 


—  127  — 

• 

bait  de  plue  do  cent  vingt  toises,  par  conséquent  au  delà  de 
sept  cents  pieJs.    Enfoncé  Hennopin. 

La  chute  mesure  cent  soixante  et  sept  pieds  du  côté  amé- 
ricain et  cent  cinquante  huit  du  côté  du  Canada. 

D'une  rive  à  l'antre,  elle  donne  quatre  mille  et  soixante 
dix  pieds  parce  qu'elle  forme  une  courbe  très  forte  appelée 
le  Fer  à  Cheval.  Elle  débite  quinze  millions  de  pieds  eubrs 
d'eau  par  minute. 

Le  fond  de  la  rivière,  au-dessus  de  'a  chute,  en  arrivant 
au  précipice,  est  beaucoup  plus  creux  du  côté  canadien, 
aubsi  les  neuf  dixièmes  du  courant  so  portent  vers  le  Fer  à 
Cheval. 

J'ai  vu  un  homme  qui  avait  vu  la  chute  à  sec,  ou  si  vous 
aimez  mieux  ne  coulant  plus.  Il  me  conta  le  fait  en  1865, 
disant  que  cola  remontait  à  1820,  à  peu  près.  Un  vent  qui 
dura  deux  jours  refoulait  le  courant  vers  le  lac  Erié,  si  bien 
qu'il  ne  restait  plus  qu'une  mince  couche  d'eau  dans  l'es- 
pace des  douze  ou  treize  milles  immédiatement  au-dessus  de 
la  chute  ;  l'eau  avait  beaucoup  baissé  également  dans  les 
dix  autres  milles  qui  s' étendent  jusqu'au  lac  Erié.  De  ce  lac 
a  la  chute  il  y  a  vingt-deux  milles. 

Lorsque  le  vent  tomba,  le  flot  revint  d'une  allure  effra- 
yante, à  la  façon  de  la  mer  Rouge  engloutissant  l'armée 
de  Pharaon. 

Nulle  part,  daus  les  doux  Amériques  on  ne  rencontre 
autant  de  nouveaux  mariés  faisant  leur  voyage  de  noces  et 
rien  n'est  plus  facile  que  de  les  reconnaître,  parce  que  ces 
jeunes  couples  ne  sont  jamais  comme  les  autres.  Après  en 
avoir  passé  une  centaine  &  l'inspection,  jo  résume  le  "  Nia- 
gara de  mes  pensée*  "  sur  ce  sujet  ou  disant  : 

•«  Se  marier,  voir  Niagara,  et  vivre  très  vieux,  sans  rhu- 
matisme !  " 

Benjamin  Sclte 


L 


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—  128  — 
QUESTIONS 

708.  — D'où  est  venu  à  l'A<adie,  comté  do  Saint- Jean,  le 
surnom  de  Blairfindie  ?  S.  A.  M. 

709.  — La  ville  de  Durban,  dans  le  sud  de  l'Afrique,  dont 
il  est  que  stion  duns  les  journaux  depuis  le  commencement  de 
la  guerre  entre  l'Angleterre  et  le  Transvaal,  n'a  t  elle  pas 
été  nommée  ainsi  en  1  honneur  du  général  Durban  qui  fut 
commandant  des  forces  à  Québec,  au  eommencemont  du 
siècle  ?  Il  me  semble  qu'en  partant  de  Québec,  Durban  fut 
envoyé  en  Afrique.  Sold. 

710.  — Qui  pourra  nous  donner  les  noms  des  juges  qui  ont 
eiégéàlaCour  Supérieure  du  district  des  Trois-Rivières  depuis 
la  cession  du  Canada  ?  T.  R. 

711.  — Parlant  de  la  cathédrale  de  Québec,  Garneau  dit 
que  :  "  Il  fut  question  de  créer  une  grande  loterie  de  dix 
mille  billets  d'une  valeur  totale  de  vingt  mille  livres  sterling, 
pour  rebâtir  la  cathédrale,  incendiée  durant  le  siège.  Afin 
d'intéresser  dans  cette  entreprise  les  lords  de  la  trésorerie! 
l'archevêque  de  Cantorbery,  l'évêque  de  Londres  et  la  So- 
ciété biblique,  on  leur  envoya  un  projet  qui  annonçait  assez 
clairement  le  dessein  de  s'emparer  des  biens  religieux  des 
Canadiens." 

M.  l'abbé  Casgrain,  cité  par  M.  P.-A.  de  Gaspé,  dit,de  eon 
côté,  que  la  cathédrale  fut  reconstruite  pendant  les  années 
1768-69-70-71,  et  que  l'inauguration  de  cette  église  eut  lieu 
le  14  avril  1771. 

D'après  cette  dernière  note,  il  paraîtrait  que  le  projet  du 
Conseil  exécutif  de  la  province  de  s'emparer  de  la  cathédrale 
afin  de  la  faire  servir  au  culte  protestant,  tel  qu'énoncé  par 
Garneau,  ne  fut  pas  mis  à  exécution. 

Connaît-on  les  motifs  qui  firent  reculer  le  gouvernement 
et  l'empêchèrent  de  consommer  cette  iniquité  ? 

F.-J.  A. 


BULLETIN 

?  DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

VOL.  6  MAI  1900  No.  6 


SAINT-PHILIPPE  ET  SAINT-JACQUES 
DE  S  AI  NT- V  ALLIER 

Le  29  octobre  1672,  Talon  concédait  à  O.  Morel  de  la  Du- 
rantaye,une  étendue  de  terre  à  prendre  sur  le  fleuve  Saint- 
Laurent  *'  d'un  co«té  à  un  demi  arpent  au  delàdusault  qui 
ostsur  la  terre  du  bieur  des  Islets  (Beaumont),  et  de  l'autre 
le  canal  Bellecha*8e.1' 

Le  1er  mai  1693,  Morel  de  la  Duruntaye  obtint  une  nou- 
velle concession.  Son  dorauine  se  trouva  borné  d'un  côté  à 
Beaumont  et  de  l'autre  à  Bertbiur. 

Mgr  de  Saint-Vallier  acheta,  pour  la  somme  de  30000 
livres,  de  L.-J.  Morel  de  la  Durautaye,  la  moitié  du  fief  con- 
cédé à  son  père.  C'e*l  à  cette  époque  que  ce  domaine,  donné 
à  l'Hôpital-Général  do  Québec,  prit  le  nom  de  Saint  ValKer. 

Ver»  1713,  la  première  chapelle  do  Saint-Vallier,  petite 
construction  en  bois  fut  élevée  an  milieu  de  la  terre  qui  sépare 
Saint-Michel  de  Saint  Vallier.  Elle  tervit  pendant  quelques 
années  pour  tous  les  habitants  établis  entre  Beaumont  et 
Berthier. 

Le  3  mai  1722,  Saint-Vallier  fut  érigée  en  paroisse  sons  le 
patronage  de  Saint  Philippe  et  de  Saint-Jacques. 

C'est  vers  la  fin  du  dix-huitième  siècle  que  l'église  actuelle 
do  Saint-Vallier  fut  «-onhtruite. 

Les  curé»  de  Saint-Vallier  ont  été  MM.  Michel  Clau  le  Pou- 
lin  de  Courval,  1713  ;  Joseph  Voyer  (desservant),  1716; 
Pierre  Leclair,  1722  ;  Thomas  Blondeau,  1762  ;  Charles 
GaraultSaint-Onge,1770  ;  Jean  Marie  Vézina,1794  ;  Urbain 
Orfroy,  1819  ;  Jean-Baptiste  Perras  (desservant),  1846  ; 
François  Morin,  1847  ;  Prisque  Gariépy,  1848  ;  Narcisse 
Beaubien,  1849  ;  Louis  Antoine  Proulx,  1854  ;  J.-A.  Hain- 
ville,  1854  1899  ;  Arthur  Gouin,  curé  actuel. 

P.  G.  II. 


—  132  — 


< 


L'INVASION  DE  1775-70  A 

M.  P.-A.  Porlier  était  né  à  Montrai,  le  19  mai  1725.  A 
vingt-trois  ans  il  recevait  l'onction  sacerdotal©  ;  c'était  en 
juin  1748.  L'année  suivante,  il  arrivait  à  Sainte  Anne  do  La 
Pocatière  comme  curé. 

Ce  jeune  prêtre  était  bien  doué  sous  tou*  Un  rapporta.  Sa 
correspondance  avec  l'évêque  dénote  un  grand  ziMo  pour  le 
bien  des  Ames  ;  le  laisser-aller  qui  y  règne  prouve  qu'il 
était  sur  un  bon  pied  d'amitié  avec  Its  autorités  ecclésias- 
tiques  de  son  temps.  Mgr  Briand.entre  autre*,  semblait  jouir 
de  son  entière  contiance,car  il  le  consultait  souvent,  s'en  rap- 
portant surtout  à  lui,  qu'il  fût  grand  vicaire  ou  évêquo,  »oit 
pour  élucider  des  points  de  morale  théologique,  soit  pour  la 
gouverne  de  sa  paroisse  dans  des  circonstance*»  difficiles.  Il 
en  rencontra  mémo  do  pénibles,  lors  de  la  guerre  des  Etats- 
Unis  contre  le  Canada,  en  1775  et  1776,  guerre  dont  le  con- 
tre-coup se  fit  sentir  jusque  datw  nos  campagnes  du  bas  du 
fleuvo. 

M.  Porlier  joua  un  certain  rôle  au  milieu  des  siens.  lia 
laissé  le  récit  de  ces  événements  dans  un  mémoire  que  l'on 
retrouve  dans  les  archives  de  l'archevêché  de  Québec. 

Pour  l'intelligence  plus  complète  de  la  question,  qu'il  suf- 
fise de  rappeler  qu'après  la  déroute  de  Montgomery  et  d'Ar- 
nold, les  Yankees  ne  ee  tinrent  pus  pour  battuB,  et  dans  leur 
plan  de  revanche  ils  se  fortifièrent  à  Saint- Roch,sur  les  buttes 
à  Nepveu  et  à  Levis.  Wooster,  leur  général,  s'efforça  d'en- 
régimenter des  Canadiens  français  et  il  réussit  dans  une  cer- 
taine mosure  à  convaincre  plusieurs  habitants  des  campa- 
gnes de  la  rive  sud  qu'il  y  allait  de  leur  intérêt  d'épouser  la 
cause  américaine.  M.  de  Beaujeu,  seigneur  de  l'Ile-aux-Grues 
et  capitaine  de  milice,  se  mit  eu  frais  de  vouloir  déloger  l'en- 
nemi, et  dans  ce  dessein  il  fit  une  levée  do  troupes  des  roya- 
listes dans  ces  mêmes  campagnes  de  Saint-Thomas  jusqu'à  la 


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—  133  — 


Eivière  du-Loup.  Il  recruta  ainsi  350  soldats.  Mairies  Amé- 
ricaine, avertia  de  ce  qui  se  tramait  contre  eux,  n'attendi- 
rent qu'on  vint  les  attaquer  à  Levis  ;  ils  coururent  au 
devant  de  l'avant  garde  de  M.  de  Beaujeu,  composée  de  soi- 
xante hommes.  La  rencontre  eut  litu  à  Saint-Thomas.  Cette 
poignée  de  Canadiens  fut  mise  en  pleiue  déroute  par  les  Bos- 
tonais,  beaucoup  plus  nombreux  et  mieux  armés.  Cinq  sol- 
dats canadiens  fuient  tués  et  dix  blessés,  et  parmi  ses  der- 
niers se  trouvait  l'aumônier,  M.  Bailly.  On  dit  que  dans  cet  te 
rencontre  des  enfants  combattirent  contre  leur  père,  des 
frères  contre  leurs  frères.  M.  Porlier  ne  put  rcussir  à 
empêcher  quelques  uns  de  ses  paroissiens  de  prendre  fait 
et  cause  pou  ries  Yankees. 

Son  Mémoire  est  quelque  peu  diffus.'  Il  en  ressort  que  les 
Bostonais  avaient  envoyé  des  émisaires  à  Sainte- Anne  de  la 
Focatière  et  dans  le  voisinage  pour  y  faire  des  enrôlements 
d'hommes  et  des  achats  do  provi>ions.  Il  arriva  un  jour  à 
Sainte- Anne  un  nommé  Pierre  Aiot  ou  Hayot,  porteur  de 
proclamations  à  l'effet  de  séduire  les  gens.  Un  habitant  des 
plus  aisés,  du  nom  de  Germain  Dionne,  et  son  gendre  Clé- 
ment Gosselin,  se  mirent  à  la  disposition  du  traître  Hayot  et 
ils  réussirent  a  enrôler,  malgré  le  curé,  un  certain  nombre 
de  imurts  de  faim.  Il  y  eut  à  ce  propos  plusieurs  réunions  de 
rebelles  à  la  couronne  britannique.  Ce  mouvement  déloyal 
fut  bientôt  réprimé,  et  M.  de  Beaujeu  recruta  i  Sainte- Anne 
même  plusieurs  soldats' qui  devaient  l'aider  a  chasser  les 
Américains. 

M.  Porlier  se  montra  dans  cette  circonstance  à  la  hauteur 
de  sa  position,  et  l'on  constate  qu'il  jouissait  de  la  confiance 
du  lieutenant  gouverneur  Carleton  et  de  M.  H.  Cramahé, 
ancien  administrateur  de  la  Province. 

M.  Porlier  quitta  Sainte-Anne  en  1778.  Il  obtint  la  cure 
de  Saint- Ours  oit  il  mourut  en  1900. 

N.-E.  Dionne 


—  134  — 


Mémoire  d'obeervations  sur  la  conduite  des  habitants  des 
deux  paroisses  Sainte- An  ne  et  Saint»  Koch  au  sujet  de 
l'invasion  des  Bostonois  rebels  etde  l'exécution  desordres 
de  Son  excellence  Mon»,  de  Carleten  Pour  les  repous- 
ser de  la  Pointe  Lévy  sous  les  ordres  de  M.  de  Beau- 


Son  Excellence  Monsr.  de  Carleton  (l)  me  dit  à  la  fin 
d  'aoust  de  Tanné  dernière  qu'il  plaignoit  plus  l'habitant  cana- 
dien qu'il  ne  le  eondamnoit,  parce  qu'il  avoit  connoissance 
que  c'étaient  les  marchands  des  villes  quiles  séduisaient  ;  cela 
me  donna  lieu,  de  retour  chez  moi,  d'observer  ce  que  disaient 
les  Uaboteurs  (sic)  de  nos  cantons.  Je  n'ai  qu'un  trait  pour 
faire  voir  que  Son  Excellence  ne  se  trorapoit  point. 

Comme  j'étais  à  sermonner  un  jeune  homme  nommé  Benoit 
Déchaîne,  comendé  en  Vertu  des  ordres  qu'avait  apporté 
Mr  Dunier  (et  puisqu'il  a  été  chefdu  party  bostonois  depuis), 
un  habitant  dit  pour  le  détourner  de  suivre  mes  avis  :  Va 
demander  à  un  tel  qui  vient  de  Québec,  tu  connoîtras  s'il 
l'ait  bon  pour  toy  de  marcher.  Ce  tel  avait  des  lettres  du 
congrès  qu'il  lisoit  dans  son  canton. 

J'espèroH  quo  l'éloignemcnt  nous  garanti roit  de  la  séduc- 
tion, nous  estions  assez  tranquils,  occupés  les  cap  nés  Lau- 
sier  (2)  et  Duchouquet,  etc,  &  attendre  des  ordres  du  gou- 
vernement pour  agir  suivant  que  M.  Cramahé  (3)  en  avait 
prévenu  ces  deux  Me  rieurs  lorsque  les  renvoyant  dans  l'ar- 
rière saison  il  leur  dit  qu'ils  seroient  avertis  à  temsdes  mou- 
vements qu'ils  auraient  à  faire. 


(1)  Sir  Guy  Carleton  en  1775,  lieutenant-gouverneur  et  commandant 
en  chef  île  l'armée. 

(2)  Augustin  Roy-Lausicr,  mort  le  12  avril  1 790  âgé  de  88  ans  et  sept 


(3)  Hector  Cramahé  avait  administré  la  province  de  177031774,  en 
l'absence  de  sir  Guy  Carleton. 


jeu. 


mois. 


Cependant  arrive  du  camp  Bostonois  Pierre  Aiot  chargé 
do  proclumationb  de  Mr  Wooeter  ;  (1)  elles  portaient  peino 
de  mort  ou  d'exil  contre  ceux  qui  nuiroient  même  de  paroles 
au  congrès.  J'étois  chez  la  Sr  Lausier  ;  il  voulut  les  lui  faire 
prendre.  Il  y  eut  de  l'altercation,  je  coupai  court  en  disant 
à  Aiot  que  cela  (2)  no  regardent  point  Lausier  fils  lieutenant, 
l'adresse  étant  au  capitaine  ;  il  s'en  fut,  mais  il  se  donna 
de  garde  d'arrêter  chez  Lauzier  père  capitaine.  Il  fut  droit 
chez  Germain  Dion  ne  qui  le  lendemain  fit  com  mender  toute 
la  paroisse  pour  se  reudre  chez  lui,  j'étois  à  un  malade  ce 
jour  là,  on  m'y  demanda  s'il  fallait  uller  chez  Germain  Dion- 
ne  ;  —  non,  dis  je,  il  n'est  pas  capitaine,  c'est  une  assemblée 
illicite  pour  nous  séduire,  restez  chez  vous,  quand  le  capi- 
taine vous  l'ordonnera,  vous  irez  chez  lui.— Quelques  uns 
m' écoulèrent,  d'autres  méprisèrent  mon  avis. 

Comme  je  connaissois  le  génie  séduiront  de  ce  Germain 
Dion  ne,  l'ascendant  qu'il  avoit  sur  les  esprits  parce  qu'il  sor- 
toit  d'être  premier  Baillif,  qu'il  étoit  riche,  je  vis  que  tout 
étoit  perdu,  je  pris  le  party  de  luy  écrire  la  lettre  la  plus 
tendre  pour  le  détourner  de  son  dessein.  Le  capitaine  Lau- 
zier y  fut  luy  même.  On  rit  de  ma  lettre,  ou  n'écouta  point 
le  capitaine. 

Clément  Gosselin  gendre  de  Germain  Dion  ne  enrôlait. 
Germain  Dionne  fournissoit  les  besoins  de  vivres,  souliers, 
etc.  On  écrivit  rebel  au  Congrès  celuy  qui  refusoit.  Par 
mes  soins  il  ne  séduisit  que  quelques  vagabonds,  mais 
malgré  tout,  ne  pouvant  être  partout  et  en  tous  tems  je  tentai 
d'arrêter  ces  assemblées  séditieuses  par  ceux  même  pour  les- 
quels elles  sefaisoient.  J'en  avois  parlé  à  Mr  Mercier,  mou- 
che qui  me  parut  Bostonoise  et  qui  se  promenait  dans  nos 


(1)  Wooster  était  général  des  troupe»  américaines  après  la  retraite  d'Ar- 
nold et  la  mort  de  Montgomery. 

(2)  Augustin  Roy- Lausier  était  aussi  marchand  a  Sainte-Anne. 


—  136  — 


cantons.  Il  me  fit  entendre  que  Mr  Wooster,  qu'il  me  dit 
commander  alors  au  camp  de  Québec,  an  èleroit  Germain 
Dionne,  si  je  luy  en  écrivois,  je  le  fia,  maie  ce  mon*r.  étoit 
à  Montréal,  et  n'est  venu  au  camp  qu'a  commencement  de 
mars.  Nous  étions  alors  i  la  roi  janvier.  Aiot,  Goeselin  et 
Germain  Dionne  firent  ce  qu'ils  voulurent,  ils  n'engagèrent 
cependant  que  des  meurs  de  faim. 

Au  commencement  de  février,  parut  dans  dos  cantons  le 
Sr  Feré  avec  le  titre  de  commissaire  du  congrès  pour  des 
vivres.  Il  fit  transporter  le  bled  de  Mr  Ducbcnai,  seigneur 
de  Saint- Rock  ;  il  dit  qu'on  devait  le  païer  à  la  nouvelle 
York  (1)  où  il  étoit. 

Cet  homme  sur  bien  des  raisons  que  je  luy  alléguais  pour 
soutenir  l'authorité  roiale,  se  rendit  et  me  devoilà  son  âme. 
Il  me  dit  ce  que  j'avais  jusqu'alors  ignoré,  la  faiblesse  des 
rebels  depuis  le  coup  du  31  décembre.et  que  les  secours  promis 
ne  leur  venoient  point.qu'il  ne  voudroit  que  50  hommes  qu'il 
sechargeroit  de  débutquer  la  garde  de  la  Pointe  Lévy-Dis- 
simulé,  lui  dis  je,  il  n'est  pas  encore  tems,  les  cinquante  éclo- 
ront  bientôt.  Il  resta  dans  nos  canton*  à  flâner,sous  prétexte 
de  faire  des  recrues.  Il  envois  cependant  le  nommé  Blondin 
pour  tenter  de  pénétrer  à  Québec  afin  d'avoir  l'approbation 
de  Son  Excellence.  Blondin  ne  put  réussir.  Il  y  avoit  bien 
du  tems  que  le  Sr  Lausier  et  Duohouquot  vouloiect  éclater, 
je  les  arretois.  Le  Sr  Riverin  vint  pour  avoir  M.  Danglade 
chirurgien  de  ma  paroisse  ;  il  me  parla  de  la  possibilité  do 
chaoser  la  garde  de  la  Pointe  Lévy  ;  il  me  fit  sentir  qu'il 
alloit  hazarder  d'aller  &  Québec. 

M.  Bailly  (2),  prêtre  du  séminaire,  voiageoit  chez  nous  ; 
il  excitoit,  encourageoit  les  roialistes  ;  mais  avant  de  nous 
déclarer,  on  conclut,  sous  prétexte  d'aller  achepter  du  bled 


(1)  New- York. 

(2)  Devenu  plus  tard  coadjuteur,  sous  le  tilre  d'évçque  de  Capse. 


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de  semence,  de  faire  un  voiage  à  la  Rivière  du  Sud,  pour 
conoître  le  nombre  des  roialistes.  Nous  fûmes  surpris  qu'il 
fut  si  petit.  J'y  vis  M.  Désilets-Couillard,  qui  me  dit  que  M. 
Cramahé  l'avait  renvoié  dans  l'arrière  eaison,  en  luy  disant 
les  mêmes  choses  qu'il  avoit  dites  au  Sr.  Lausier. 

Le  20  ma»,  M.  Ri  vérin  arriva  à  Sainte- Anne,  après  avoir 
fait  passer  les  ordres  de  Son  Excellence  à  M.  de  Beaujeu.  On 
fut  quelque  tems  en  balance  si  on  se  déclarerait,  vu  l'opposi- 
tion des  paroisses  d'en  haut.  Quelqu'un  dit,  et  sou  avis  fut 
suivi  :  Quand  il  en  devrait  coûter  la  vie,  obéissons,  nous 
serons  peut  être  arrêtés,  mais  nous  sauverons  nos  paroisses 
de  la  tache  de  rébellion. 

Dans  la  même  nuit,  on  éclata,  les  capitaines  et  autres  offi- 
ciers donnèrent  par  leurs  mouvemens  des  preuves  d'un  zèle 
des  plus  vifs,  on  se  dispersa  pour  annoncer  les  ordres  jusqu'à. 
Camourasca,  et  pour  avoir  des  hommes,  l'étendart  roial  fut 
planté  entre  la  maison  du  Sr.  Lausier,  lieutenant,  et  le  pres- 
bitùre.  M.  de  Beaujeu  arriva  le  21,  à  midi  ;  on  vint  le  cher- 
cher comme  il  dînait,  lo  même  jour,  de  la  Rivière  Ouelle,  les 
habitans  de  cette  paroisse  voulant  le  vuir,  s'assurer  qu'il  exis- 
tait et  qu'il  étoit  porteur  d'ordres  de  Son  Excellence.  Il  par- 
tit tout  de  suite. 

Cependant,  M.  Builly  envoia  un  courrier  de  la  Pointe  à  la 
Caille  (1)  pour  presser  il.  do  Beaujeu  do  se  rendre.  Il  eut 
connoissance  que  les  paroisses  d'en  hautétoient  averties  et 
remuaient  pour  s'opposer,  mais  les  milices  d'en  bas  n'étoient 
pas  encore  prêtes.  J'écrivis  pour  luy  suivant  les  pouvoirs 
qu'il  en  avoit  l'amnistie  pour  tous  ceux  qui  marcheraient 
avec  luy  :  le  pardon  fut  dutté  du  quartier  général  des  roia- 
listes  à  Suinte- Anne,  signé  Beaujeu,  et  contresigné  Porlier, 
prêtre.  Il  fut  envoié  à  M.  Builly,  à  la  Pointe  à  la  Caille.  M. 
de  Beaujeu  donna  une  amnistie  particulière  a  Feré. 


(I)  Saint -Thomas  de  Montmagny. 


—  138  — 

Bans  cet  intervalle  arriva  H.  Fortin  (1),  diacre,  qui  voia- 
geoit  pour  une  quête  de  bled.  Il  fut  surpris  de  voir  l'éten- 
dart  du  roy  planté  comme  je  l'ai  dis.  Est-il  possible  que  dans 
le  nord  on  dorme  pour  la  bonne  cause  ? — Voue  pouvez  vous 
éveiller,  luy  dis-je,  laissez  voire  quête  pour  un  autre  temps, 
allez  annoncer  co  quo  vous  voiez,  et  fuites  remuer,  ce  sera 
une  diversion,  qui  ne  pourra  que  nous  faire  réussir. — On  ne 
me  croira  pas,  reprit  il. — Eh  bien,  je  vais  écrire  à  Mgr  de 
Doryle  (2)  ce  qui  se  passe.  Il  se  chargea  de  ma  lettre  et 
partit.  Il  m'a  dit  depuis  que  si  l'échec  n'étoit  pas  arrivé  ai 
tost  a  St  Piorre  (3),  lo  nord  fournissoit  un  party  considéra- 
ble et  se  mettoit  en  marche. 

Le  23  au  matin,  cinquante  miliciens  de  Camourasca,  qua- 
tre de  la  Rivière-Ouelle,  vingt-sept  de  Sainte-Anne,  vingt- 
cinq  de  Saint-Roch,  partirent  avec  M.  de  Beaujeu.  Le  tems 
devint  si  affreux  que,  croianta  se  rendre  à  la  Pointe  à  la 
Caille,  ils  ne  purent  passer  les  uns  Saint-Jean  les  autres  l'Is- 
let.  Ils  trouvèrent  les  paroissos  la  pluspart  neutres,  qui  ne 
chorchoieut  qu'à  les  décourager.  Cela  n'empêcha  pas  de  t>e 
rendre  la  nuit  du  24  au  2e  quarlier-général  à  Saint-Thomas. 
On  disposa  une  partie  pour  faire  des  recrues  d'armes  et 
d  hommes. 

Je  reçus  un  courrier  de  M.  de  Beaujeu  pour  faire  marcher 
l'arrière  garde.  11  m'avait  prévenu,  lorsqu'il  partit,  de  la 
tenir  prête  au  besoin.  Le  capitaine  Lausier  et  son  (ils  Louis 
étaient  restés  exprès  avec  plusieurs  chefs  de  famille.  M.  de 
Beaujeu  voulolt  intimider  en  montant  ceux  qui  s'oppose- 
roient,  en  annonçant  autant  de  monde  par  derrière  qu'il  en 


(1)  Jean-Marie  Fortin,  qui  fut  curé  de  Saint-Jean,  I.  O.,  de  1800  à 
l822,  décide  en  1829. 

(2)  Mgr  D'Esglis,  à  cette  date,  était  coadjuteur  de  Mgr  Briand  et  por- 
tait le  titre  d'évèque  de  Dorylée. 

(j)  C'est  à  Saint-Thomas  que  les  royalistes  furent  battus  par  les  Bosto- 
nais. 


avait  avec  luy.  J'envoiai  avertir  jusqu'à  Camourasca.  Plu- 
sieurs de  Saint-Roch  partirent  le  même  soir,  à  leur  tète  le 
capitaine  François  Pelletier  et  le  lieutenant  Jaques  Pelle- 
tier, dont  les  enfans  étoient  partis  la  veille  avec  M.  de  Beau- 
jeu. 

Le  25,  le  corps  de  l'arrière-garde  s'arrangea  pour  partir. 
Le  lendemain,  26,  à  4  heures  du  matin,  les  voitures  en  effet 
arrivèrent  chez  moy,  lorsque  le  Sr.  Feré  parut  tout  à  coup. 
Tout  est  perdu,  s'écria  t  il  en  entrant,  nos  gens  sont  massa- 
crés. M.  Bailly  est  du  nombre,  d'autres  ont  été  faits  prison- 
niers. Le  corps  do  party  a  pris  l'allarme  à  la  Pointe  à  la 
Caille,  tout  est  dispersé,  sauvezmoy,  sauvez  vous.  Accablé 
par  cette  triste  nouvolle,  je  demeurai  interdit  quelque  teins. 
Revenu  de  mon  paisiblement,  je  m'addrestai  à  ceux  qui  étoient 
pour  partir  :  Retournez,  raoa  amis,  leur  dis-jo,  votre  zèle 
dovient  inutile,  il  fait  encore  nuit,  moins  vou9  paroitrez, 
mieux  ce  sera  pour  vous.  Je  dis  à  Fort  :  Puisqu'il  fautquo 
je  travaille  à  me  sauver,  vous  m'embarrasseriez  fort,  partez 
d:ins  cette  voiture  que  voilà  du  bas  de  la  paroisse  et  gagnez 
Rimousky. 

La  déroute  fut  bientôt  sceu.  11  me  fallut  ossuyor  les  repro- 
che» des  pèns  et  des  mères  qui  me  redemandoient  leurs 
enfans  :  Voilà  ce  que  c'est  vous  autres  yens  d'Eglise  de  vous 
mêler  de  ce  qui  ne  vous  regarde  point.  Nous  le  voions  bien 
que  ce  M.  Bailly  ne  rodvit  ici  que  pour  nous  séduire.  Qu'al- 
lons nous  devenir  ?  et  vous,  monsieur,  nous  allons  vous  perdre, 
etc.  H  me  fallut  plier  le  dos  ;  mais  ce  n'était  pas  le  plus 
dur  à  supporter,  j'appris  quo  les  ordres  étoient  do  nous  piller 
et  brûler  ensuite.  Ces  nouvelles  m'accablèrent  quand  je 
pensois  à  la  quantité  de  femmes  et  d  enfans  jettes  sur  la 
neige  pendant  un  froid  'des  plus  rigoureux,  et  j'en  étois  une 
des  principales  causes.  Je  pris  le  party  de  souffrir  toute 
espèce  d'humiliations  pour  appaiser.  Aiot,  qui  conduisoit 
tout,  avoit  de  l'humanité.   Il  étoit  aussi  un  peu  politique  ; 


—  140  — 


il  fit  croire  aux  officiera  Bostonois  qu'on  mineroit  leur  party 
ai  on  pouaaoit  les  chose-*  à  l'extrém  té,  surtout  si  on  enlevoit 
les  prvtres. 

Une  troupe  de  40  à  50  vinrent  chez  moy.  Germain  Dionne 
arriva  le  premier,  qui  me  dit  :  Monsieur,  ne  craignez  rien» 
votre  vie  est  entre  nos  mains,  mai-»  Aiot  est  bon,  il  vous  »*au- 
vera.  Je  reçus  avec  politesse  les  offi  -iers,  je  soutins  leurs 
reproches  par  les  mots  de  devoir  et  d 'obligation  de  cons- 
cience qui  nous  contraigooit  d'engager  nos  peuple*  d'être 
soumis  aux  ordres  de  leurs  supérieurs,  que  M.  de  Carleton 
étoit  toujours  reconnu  com  men  1er  dans  nos  cantons,  n'y 
ayant  rien  qui  put  nous  avoir  sou-trait  à  sa  domination, etc. 
M.  Dubois,  homme  qui  me  parut  éduqu  î  et  rempli  de  dou- 
ceur, dit  qu'on  pensoit  que  e'éloit  une  sédition  d'habitans 
sans  ordre,  qu'il  voudroit  bien  voir  M.  de  Beaujeu,  qu'il  avoit 
la  commission  de  M.  Gaspé,  mais  que  cela  ne  suffisoit  pas, 
qu'il  doutoit  même  de  l'éYriture  et  de  la  signature.  Je  fus 
luy  en  chercher  de  semblable.  Je  I'assnrai  avoir  vu  la  com- 
mission de  31.  de  Beaujeu.  une  lettre  circulaire  addressee  aux 
curén,  un  ordre  aux  capitaine*.  Il  me  pria  de  l'écrire  au 
camp  pour  *a  décharge.  Je  le  fis,  mais  une  partie  p  ir  une 
treille  qu'avoit  fuit  M.  Mercier  «tait  envoie  à  Montréal.  Lors- 
que ces  Bostonois  étoient  chez  moy,  ils  envoyèrent  chercher 
William  Ross,  qui  lour  montra  pour  su  justification  ua  écrit 
que  Feré  avoit  donné  à  Camouranca  et  signé,  par  lequel  il 
affirmoit  qu'il  n'a  voit  presque  point  de  provUions  au  camp, 
peu  de  munitions  de  guerre,  que  depuis  l'affaire  du  S  \  décem- 
bre, ils  n'avoient  reçu  aucun  secours.  Cet  écrit  avoit  été 
donné  pour  oncourager  les  miliciens  à  marcher.  Quand  M. 
Dubois  le  lut,  il  dit  que  cet  homme  méritait  punition,  il  mit 
sa  tête  à  prix.  Aiot  reçut  l'ordre  de  le  chercher.  M.  Dubois 
parla  beaucoup  avec  Ross  des  provisions  qu'il  avoit  (sans 
doute  que  M.  Mercier  qui  les  avait  vû  en  avoit  donné  con- 
noissanec).  Ross  dit  que  c'était  pourson  commerce.  On  luy 
expliqua  qu'il  en  falloit  et  qu'on  lui  pairoit. 


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UNE  MÉSAVENTURE 


En  1874,  intervint  entre  les  délégués  des  catholiques  et  le 
pouvoir  exécutif  du  Nouveau-Brunswick,  un  compromis  qui, 
bien  que  non  sanctionné  par  une  loi,  fut  cependant  appliqué 
dans  tout  le  pays. 

En  vertu  de  cotte  transaction,  les  écoles  publiques  furent, 
il  est  vrai,  seules  maintenues,  mais  le  clergé  catholique  eut 
le  droit  d'y  aller,  en  dehors  des  heures  de  classe,  instruire 
les  enfants  des  préceptes  do  la  religion.  Une  certaine  part 
fut  môme  laite,  dans  ces  écoles,  à  l'enseignement  du  français 
et,  de  plus,  les  congréganistes  munis  du  diplôme  réglemen- 
taire furent  admis  à  concourir  pour  l'emploi  d'instituteur. 

Au  Jî.  P.  Lefebvre,  qui,  ferme  ot  conciliant  tout  à  la  fois, 
servit  de  principal  intermédiaire  entre  protestants  et  catho- 
liques, revient  en  majeure  partie  le  mérite  d'avoir  amené  cet 
houroux  résultat.  Dans  ces  circonstances  mémorables,  il 
réussit  à  rendre  à  la  cause  de  ses  compatriotes  un  service 
dont  ceux-ci  ne  perdront  jamais  ie  souvenir. 

Ce  compromis  ne  fut  pourtant  pas  accepté  sans  avoir  sou- 
levé l'opposition  furieuse  de  certains  fanatiques  protestants, 
dont  les  plus  en  vue  étaient  MM.  Elder  ot  Willis,  deux  publi- 
cistes  influents  députés  à  la  législature  du  Nouveau  Bruns- 
wick. Ils  commencèrent  par  engager  une  abominable  cam- 
pagne de  diffamation  contre  le  clergé  catholique  en  général, 
et  en  particulier  contre  les  prôtres  français,  qu'ils  représen- 
taient, dans  leurs  journaux,  comme  dos  êtres  immoraux  et 
de  dangereux  conspirateurs.  Ensuite,  M.  Willis  se  chargea 
de  se  faire,  à  la  tribuno  de  la  Chambre,  l'écho  des  calomnies 
que  lui  et  ses  amis  avaient  imaginées  et  de  demander  au  par- 
lement de  s'opposer  à  l'application  du  compromis  scolaire. 

Une  mésaventure  grotesque  survenue  à  cet  odieux  person- 
nage, vint  subitement  mettre  un  terme  à  ses  coupables  agis- 
sements, tant  il  est  vrai  que,  partout  dans  lo  monde,  le  ridi- 
cule peut  tuer  aussi  sûrement  que  le  poignard. 


—  142  — 


Le  jour  où  il  monta  à  la  tribune,  M.  Willi*  s'écria  d'an  ton 
solennel,  en  désignant  le  pupitre  installé  devant  lui  :  "  Oui, 
measieurs.j'ai  là  les  preuves  de  l'infamie  des  prêtres  de  Rome  ; 
j'ai  là  des  pièces  démontrant  le  bien-fondé  des  accusations  si 
graves  que  j'ai  portées  contre  eux  !"  En  même  temps,il  ouvrit 
le  pupitre  en  question.  Aussitôt,  un  gros  oiseau  noir  en  sor-* 
tit  avec  un  bruit  alourdissant,  effleura  le  visage  de  M.  Wil- 
lis, et  prit  son  vol  jusque  dans  les  tribunes. 

C'était  un  coq  qu'une  main  facétieuse  avait  enfermé  dans 
le  bureau  do  l'orateur,  dont  la  frayeur  fut  telle  qu'il  resta 
un  certain  temps,  avant  de  reprendre  possession  de  lui-même. 
Quand  enfin  il  put  parler,  il  s'embrouilla  dans  son  discours 
et  fut  impuissant  à  déguiser,  sous  des  artifices  de  langage, 
la  faiblesse  manifeste  do  eon  augumentation. 

Les  rieurs  ne  furent  pas  de  son  côté,  et  la  Chambre,  en 
majorité  ucqui.se  aux  idées  d'apaisement,  résolut  de  ne  pas 
s'opposer  à  l'application  du  compromis. 

Depuis  cette  époque,  la  paix  religieuse  n'a  plus  été  trou- 
blée dans  lo  Nouveau-Brunswick,  et  tout  porte  à  croire  que, 
d'ici  longtemps,  on  n'y  persécutera  plus  les  catholiques. 

Camille  Dkroi  et 


BIBLIOTHÈQUE  CIRCULANTE 

En  170-4,  le  siour  Germain  Langlois,  demeurant  sur  ta 
place  du  marché,^  la  haute  ville  de  Québec, fonda  une  biblio- 
thèque circulante. 

S  il  faut  en  croire  le  prospectus  que  publia  alors  Langlois 
sa  bibliothèque  consistait  en  plusieurs  centaines  de  volumes 
bien  choisi»,  tant  en  anglais  qu'en  français,  écrits  par  les 
meilleurs  auteurs  sur  des  sujets  intéressants  et  amusants. 

Voici  quelles  étaient  les  conditions  de  Langlois  pour  pou- 
voir s'abonner  à  sa  bibliothèque  : 

Payer  six  sols  par  semaine  d'argent  courant  d'Halifax  ;  Ne 
prendre  qu'un  seul  livre  à  la  fois  ;  Ne  pas  le  garder  plus 
d'une  semaine  ;  Payer  tout  dommage  fait  au  livre. 

P.-G.  R. 


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—  143  — 


UNE  LETTRE  DE  SAINT  VINCENT  DE  PAUL 

Lee  Hospitalières  de  l'Hôtel-Dieu  do  Québec  conservent 
avec  grand  soin  une  précieuse  relique  de  saint  Vincent  de 
Paul.  C'est  une  lettre  autographe  que  le  saint  écrivit  à  la 
mère  Saint-Joseph  et  dans  laquelle  il  rend  un  glorieux  témoi- 
gnage au  dévouement  des  premières  Hospitalières  do  Qué- 
bec. Nous  la  transcrivons}  en  respectant  scrupuleusement 
l'orthographe  : 

"  De  Paris,  ce  20  avril  1602. 

Ma  révérende  mère, 

La  grâce  de  Notro-Seigneur  soit  avec  vous  pour  jamais. 

Il  est  vrai  que  ceux  qui  m'ont  fait  l'honneur  de  vous  rap- 
porter l'estime  que  je  fais  des  missions  du  Canada  ont  eu 
sujet  do  le  faire  ;  car,  en  effet,  je  regarde  cot  œuvre  comme 
l'un  des  plus  grands  qui  se  soient  faits  depuis  quinze  cents 
ans,  et  ces  saintes  âmes  qui  ont  le  bonheur  d'y  travailler, 
comme  des  âmes  vraiment  apostoliques  qui  méritent  l'appro- 
bation et  le  secoursdo  l'Eglise,  particulièrement  vouset  votre 
communauté  qui  contribuez  à  l'assistancj  spirituelle  et  cor- 
porelle  des  pauvres  et  de*  malades,  qui  est  le  comble  de  la 
charité  chrétienne,  oteu  quoy  je  tieudray  à  singulière  béné- 
diction de  vous  aider,  s'il  plaît  au  bon  Dieu  de  m'en  faire  la 
grâce  quelque  jour.  Quant  à  présent,  ma  chère  mère,  cela 
m'est  du  tout  impossible,  à  eau-»  des  misères  de  ce  pays  icy 
provenants  des  guerres  passées,  et  des  divisions  présentes  de 
ce  royaume  qui  réduisent  les  provinces  dans  une  entière 
désolation,  à  quoy  plusieurs  personnes  charitables  de  Paris 
tachent  d'apporter  quelque  remède  contribuant  do  leurs  soins 
et  de  leurs  aumônes  p.»ur  empêcher  que  le  monde  périsse  de 
pauvreté  ,  mais  ces  aumônes  ne  pouvant  suffire  ;  il  servi- 
rait de  peu  de  leur  parler  des  besoins  du  Canada.  Je  ne 
doute  pas,  ma  chère  mère,  que  ceux  de  votre  hôpital  ne 
soient  grands,  aprè*  les  pertes  que  les  Iroquois  vous  ont  fait 


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—  144  — 


souffrir  de  delà  et  la  diminution  notable  du  revenu  que  vous 
avez  icy  sur  les  coches,  dont  je  suis  bon  témoin,  pour  ce  que 
plusieurs  de  nos  maisons  y  ayant  leur  petite  subsistance  ,ont 
peine  d'en  tirer  la  moitié  de  ce  qu'elles  en  tiraient  ci-devant, 
je  prie  Nbtre-Seigneur,  ma  révérende  mère,  qu'il  suscite 
quelques  bonnes  personnes  qui  vous  donnent  moyen  de  lui 
continuer  vos  services  en  ses  pauvres  membres,  et  c'est  ce 
que  j'ose  espérer  de  sa  paternelle  providence  qui  est  adorable 
partout  J'ai  une  particulière  confiance  en  vos  prières  ;  bien 
que  je  sois  indigne  d'y  participer,  je  vous  les  demande  néan- 
moins avec  toute  l'humilité  que  je  le  puis,  et  avec  désir  qu'il 
plaise  à  Dieu  me  faire  la  grâce  de  vous  servir  qui  sais  en  son 
amour, 

Ma  révérende  mèro, 

Votre  très  humble 
et  obéissant  serviteur, 
Vincent  de  Paul,  Ptre, 
De  la  Mission. 

A  ma  Rde  Mère, 

La  Mère  .Supérieure  des  Religieuses  de  la  Miséricorde  de 
J'JIôtel-Dieu  de  Kébec, 

A  Kébec.   

UNE  EPITAPHE 

Epitaphe  de  Monsieur  lîicber"  Curé  de  Québec,  décédé  en 
cotte  ville  et  enterré  dans  le  caveau  de  la  chapelle  du  Sémi- 
naire, servant  d'Eglise  Paroissial  le  et  même  de  Cathédrale. 

Ci-git,  juftement  regretté, 
Un  digne  Prêtre  et  Curé  ; 
Des  vers  fon  corps  eft  la  pâture, 
Mais  fon  âme  prend  nourriture 
Dans  le  féjonr  bienheureux, 

Où  il  et't  entré  glorieux, 
De  fes  Paroiffiens  le  Pafteur, 
Il  n'a  cherché  que  leur  bonheur  ; 

Et  pourfoulager  les  pauvres 
Il  s'eft  rendu  lui-même  pauvre. 
De  fes  vertus  admirateurs, 
Soyons-en  les  imitateurs. 

(Gazette  de  Québec,  7  avril  1768) 


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ETATS  DE  SERVICES  DU  COLONEL  DE 
SALABERRY,  PÈRE  DU  HÉROS  DE 
CHATEAUGUAY 

1°  Blessé  deux  fois  en  !775,dontune  fois  très  sévèrement  ; 
infirmités  résultantes,  dont  je  me  ressens  encore  aprèa  qua- 
rante-cinq ans.  Cette  première  campagne  et  la  suivante,  je 
les  ai  fuites  à  mes  propres  frais  et  dépens,  volontaire  sans 
aucune  payo.  Lo  resto  de  la  guerre  révolutionnaire  d'Amé- 
rique, en  paye  ;— à  la  paie  demi-paye,  interrompue,  quand 
Surintendant  des  Sauvages  en  1799. — En  179b',  Major  1er 
Batt  du  Régiment  Royul-Volontaires- Canadiens. 

Régiment  réformé  en  1802.  Ensuite  Commandant  du  pre- 
mier Régiment  de  La  Milice  d'Elite  incorporée,  levée  en  1812 
pour  cette  dernière  guerre  d'Amériquo  ;  âgé  alors  de  plus 
de  soixanto  ans,  à  prêtent  dans  ma  soixante-neuvième,  et  ma 
santé  ruinée  par  mes  anciens  services  et  blessures  ;  et  les 
chagrins  pour  la  perte  do  mes  chore  enfants. 

2°  Aucun  sujet  Canadion  n'a  fait  pour  t-on  Roi  de  sacri- 
fices aussi  sensibles,  car,  de  quatre  fils,  j'en  ai  perdu  trois 
dans  l'Armée  :  proportion  certainement  bien  cruelle  I  et 
objet  d'une  douleur  ineffaçable  1  Le  seul  de  mes  fils  qui  me 
reste  a  toujours  servi  honorablement  dans  l'armée,en  diverses 
parties  du  monde,  depuis  l'âge  de  quatorze  ans,  entr'autres 
à  la  glorieuse  affaire  de  Châteauguay,  pour  laquelle  il  a 
reçu  de  Sa  Maje&té  des  marques  de  distinction,  et  une  place 
au  Conseil  Législatif,  contre  la  règle  de  n'y  point  introduire 
en  même  temps,  et  le  Père,  et  le  Fils  :  mais  j  espère  quo  tous 
deux,  nous  serons  toujours  les  plus  fermes  appuis  du  Gou- 
vernement soit  au  Conseil,  soit  l'épée  a  la  main,  malgré  mon 
figo  avancé. 

3°  J'ai  perdu  en  France  près  de  deux  mille  louis,  étant 
sujet  Anglais,  co  qui  dans  la  guerre  révolutionnaire  m'a 


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privé  de  l'avantage  de  pouvoir  retirer  cette  somme,  perduë 
a  présent  sans  ressource  par  ce  que  les  Lois  de  ce  pays-là 
appellent  prescription  :  perte  considérable  pour  ma  famille. 
Dca  Gentilshommes  qui  s'offrirent  à  servir  Volontaires  en 
1775,  nous  ne  restons  plus  que  trois,  mois  seul  à  Québec. 


JOSEPH  LEVASSEUR  BORGIA 

Le  matériel  du  Canadien,  dont  le  premier  numéro  parut 
le  22  novembre  1806,  fut  acheté  par  MM.  Borgia,  Bédard, 
Taschereau,  Blanchet,  Bourdage  et  Planté. 

En  1808,  M.  Borgia  fut  destitué  de  sa  position  dans  la 
milice. 

Le  17  mars  1810,  Borgia  fut  arrêté  sur  l'ordre  de  Craig 
avec  Bédard,  Blanchet  et  Taschereau.  En  juillet  de  la  même 
année,  Borgia  fut  relâché  pour  cause  de  maladie. 

M.  Borgia  fit  de  nombreuses  tentatives  pour  introduire  en 
Canada  le  droit  civil  anglais,  mais  il  ne  réussit  pas. 

Le  député  Borgia  avait  un  tempérament  assez  excitable. 
Pendant  la  session  do  1819,  il  fut  mis  &ous  la  garde  du  ser- 
gent d'armes,  pour  avoir  fait  des  gestes  insultants  à  Sher- 
wood et  l'avoir  traité  d'imbécile. 


I 


—  147  — 
RÉPONSES 


La  mission  d'Oka  et  ne»  missionnaire».  (VI, 
III,  707.) — Avnnt  l'établissement  définitif  do  la  Mission  du 
Lac  des  Deux  Montagnes  à  Oka,  en  1721,  les  MM.  de  Saint- 
Sulpice  avaient  dirigé  : 

1°  La  mission  de  la  Montagne  de  Montréal,  fondée  en 
1676,  confiée  à  MM.  Trouvé,  Mariet  et  de  Belmont  ; 

2°  En  mdmo  temps  que  la  mission  de  la  Montagne,  celle 
dn  Sault  au-Récollot,  fondée  en  1606,  administrée  par  MM. 
Robert  Gay  et  Maurice  Quéré  de  Tréguron  ; 

3'  En  1704,  les  sauvages  non  iroquois  des  deux  missions 
ci  dessus  furent  réunis  les  uns,  Algonquins,  à  Sainte- Anne 
du  bout  do  l'Ile,  par  M.  Laecaris  d'Urfé,  les  autres,  Nipis- 
sings,  à  l'Ile  aux  Tourtes,  au  pied  du  Lac  des  Deux-Monta- 
gnes, par  M.  C.  René  de  Breslay. 

En  1721,  toutes  ces  mission»  cessent  d'exister  pour  donner 
naissance  à  la  Mission  du  Lac  des  Deux  Montagnes  (Oka), 
qui  devait  durer  jusqu'à  no»  jours.  Voici  les  noms  des  mis- 
sionnaires : 

MM.  Hamon  «non  ;  Klio  Dépéret  ;  Frs.  Pi<  quot  ;  Jean- 
Claude  Mathovet  ;  J.  P.  Davaux  Bcsson  de  la  Garde  ;  J.-B. 
Reverchon  ;  F.- A.  Magon  de  Terlaie  ;  P. -P.- F.  Delagarde  ; 
Jean  do-Dieu  Frs.  Robert  ;  Y. -F.  Guichard  de  Kersident  ; 
G.-J.  BraSfier  :  M. -F.  Leclerc-,  né  à  Cauglmawaga  ;  J.-L. 
M.  Sauvage  de  Ch&tillonct  ;  A.  Malard  ;  J.-B  Thavenet  ; 
J.-B.  Roupe,  venant  de  Saint  Régis  ;  .T.-C.  Léonard  Baveux; 
ChB.-L.-Fn.  de  Kelkfeuille  ;  Flavkn  Durocher  ;  P.  Richard; 
Jos.  Aoustin  ;  Xic.  Dufresne  ;  André  Cuoq.  qui  a  le  plus 
contribué  à  fairé  connaître  au  monde  savant  les  richesses 
des  langues  américaines,  mort  en  1S1>8  ;  M.  U.  Lafontaine. 

L'abbé  G.  Forbes 

Le  royaye  de  Guillaume  IV  au  Canada.  (I, 
III,  20.)— Le  prince  William-Henry,  troisième  fils  du  roi 


—  148  — 

George  III,  était  né  en  1765  ;  il  n'avait  conséquemmentque 
22  ans,  lorsqu'on  1787,  il  vint  en  Canada.  11  était  alors  capi- 
taine de  la  frégate  Pégasus,  après  avoir  débuté  par  être 

simple  aspirant  en  marine  (midshipman)  ot  avoir  passé  par 
tous  les  autres  grades. 

Parti  de  la  Jamaïque,  il  arriva  en  quinze  jours  de  passage 
à  Halifax,  le  28  juin. 

L'arrivée  du  Prince  à  Québec  fut  précédée  par  celle  d'une 
partie  de  l'escadre  du  commodore  Sawyer,  qui  montait  lui- 
même  le  Leander,  vaisseau  de  50  canons.  II  était  accompa- 
gné du  Ressource  et  de  Y  Ariadne.  11  y  avait  de  plus  dans  le 
port  de  Québec  le  Thisbé,  venant  d'une  croisière,  et  quatre 
vaisseaux  qui  avaient  été  nolisés  comme  transports  pour 
amener  à  Québec  partie  des  5e,  2Go  ot  54e  régiments.  Un 
de  ces  navires  avait  nom  le  Lord  Mulgrave, 

Le  mardi,  14  août,  de  grand  matin,  le  Pégasus  mouilla 
devant  Québec.  Le  major  Beckcwith  et  le  capitaine  de  Saint- 
Ours,  deux  des  aides  de  camp  du  gouvornour,  allèrent  à  bord 
savoir  le  plui.-ir  du  Prince  au  sujet  de  son  débarquement.  Le 
lendemain,  à  onzi  heures,  le  Prince  se  rendit  de  son  vais- 
seau au  Leander  qui  portait  le  pavillon  du  commodore  ;  on 
déploya  à  bord  de  ce  vaUscau  l'étendard  royal  ot  on  tira  une 
salvo  do  21  coups  de  canon.  Peu  après,  cinq  berges,  cello  du 
Prince,  précédant  los  autres  et  ayant  l'étendard  royal,  celle 
du  commodore  portant  la  grande  flamme,  et  celles  des  capi- 
taines des  trois  autres  navires,  portant  los  leurs,  partirent 
en  procession  du  Leander,  qui  réitéra  une  suive  royal.  Le 
Prince,  en  passant  le  long  de  la  ligne  des  quatre  autres 
navires,  fut  salué  de  21  coups  de  canon. 

En  débarquant  sur  la  grève,  près  du  marché  de  la  basse- 
ville,  le  Piince  fut  reçu  par  le  brigadier  général  Hope,  lieu- 
tenant-gouverneur de  la  province,  les  membres  du  conseil, 
les  divers  corps  du  clergé,  do  la  justiee  et  de  la  noblesse  ; 

et,  dès  qu'il  eût  mû  pied  à  terre,  on  le  salua  de  21  coups 
de  canon. 


—  149  — 

Lorsque  le  Prince  entra  dans  la  cour  du  château  Saint- 
Louis,  il  fut  rencontré  par  lord  Dorchester,  qui  le  conduisit 
dans  la  maison  du  roi.  Là,  ie  lieutenant-gouverneur  lui  pré- 
senta une  adresso  au  nom  du  Conseil  de  Sa  Majesté. 

Le  soir,  un  grand  feu  de  joie  fut  tirée  par  les  troupes,  la 
milice  et  les  citoyens. 

A  l'occasion  de  la  visite  du  Prince,  le  gouverneur  fit  met- 
tre eu  liberté  tous  les  prisonniers  civils  et  militaires,  à  part 
toutefois  ceux  qui  étaient  accusés  de  meurtre. 

Le  21  août,  anniversaire  de  la  naissance  du  Prince,  le  clergé 
catholique  lui  présenta  une  ad  res -je.  Dans  sa  réponse,  le 
Prince  le  remercia  de  sa  loyauté. 

Pondant  son  séjour  ici,  le  Prince  visita  Montréal,  Charably 
et  Sorel.  Les  habitants  de  ce  dernier  endroit  furent  ei  heu- 
reux de  la  visite  du  Prince,  qu'ils  changèrent  l'ancien  nom 
de. leur  bourg  en  celui  de  William-Henry  (1). 

Le  Prince  quitta  Québec  le  10  octobre  à  bord  du  Pigasus, 
lequel  fut  suivi  par  le  Leander  et  le  Risolute.  Quelques  jours 
avant  on  avait  fait,sur  le  cap  Diamant,  des  feux  d'artifices  en 
son  honneur. 

Ce  ne  fut  qu'en  1818  que  le  prince  William  Henry  se  maria 
à  la  fille  du  duc  de  Saxc-Meningen  dont#il  eut  deux  filles 
qui  moururent  au  berceau.  Il  ne  monta  sur  lo  trône  que  le  8 
septembre  1831  ot  mourut  le  20  juin  1837,  n'ayant  rogné 
que  eix  ans,  quoiqu  âgé  de  72  ans. 

Il  consorva,assuro-t-on,  à  la  cour  et  sur  lo  trône,  un  excel- 
lent Bouvonir  de  son  voyage  d'Amérique  et  montra  à  l'égard 
des  habitants  de  ce  pays  qui  lui  fûr^nt  présentés  en  Angle- 
gletorre  une  bienveillance  toute  particulière.  S^n  règno.bien 
court,  fut  cependant  marqué  par  d'important*  événements  : 
entre  autres,  la  passation  du  fameux  bill  de  réforme. 

P.  J.  0. 


(l(  Voir  Ru  lurches  Historiques,  v.  I,  p,  59 


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—  150  — 


La  croix  du  Saut  au  Matelot.  (Ill,  II,  294.)— 
C'est  l'année  même  de  son  arrivée  dans  la  Nouvelle  franco 
que  M.  de  Traey  fit  planter  sur  le  terrain  du  Bém  inaire  de 
Québec  une  croix  de  soixante  cinq  pieds  de  hauteur.  On  ne 
connaît  pas  exactement  l'endroit  où  elle  s'élevait.  Ce  ne  devait 
pas  être  très  loin  de  la  cime  du  cap  puisqu'on  appelait  cette 
c  roix  "  la  croix  du  Saut- au-Matelot."  Son  siteétaitsi  délicieux 
que  Mgr  do  Saint  Vallier  aurait  voulu  l'acquérir  du  sémi- 
naire de  Québec.  Celui-ci  ne  voulut  pas  consentir  à  s'en  dépos- 
séder. R. 

La  peinture  au  Canada  noutt  le  réaime  fran- 
çais. (IV,  VII.  4H0.)— Saviez-vous  quo  lea  féroces  Iro- 
q  uois  qui  donnèrent  tant  de  fil  à  retordre  à  nos  pères  étaient 
des  amateure  do  peinture  ?  C'est  la  vénérable  mère  Marie  de 
l' Incarnation  qui  nous  apprend  la  chone  dans  une  de  ses 
a  dmirables  lettres  à  son  fila.  Lui  racontant  les  succès  du  père 
jésuite  Jean  Pierron,  missionnaire  chez  les  Agniers,  elle 
écrit  : 

44  Comme  le  Père  a  divers  vice»  à  combattre,  il  a  au«si 
besoin  de  différentes  armes  pour  les  surmonter.  Il  s'en  trou- 
vait plusieurs  qui.no  voulaient  pas  écouter  la  parole  de  Dieu, 
et  qui  se  bouchait  nt  les  oreilles  lorsqu'il  voulait  les  instruire. 
Pour  vaincre  cet  obstacle,  il  s'est  avisé  d'une  invention  admi- 
rable, qui  Oist  de  faire  des  figures  pour  leur  faire  voir  dos 
yeux  ce  qu'il  leur  prêche  de  parole.  Il  instruit  le  jour,  et  la 
nuit  il  fait  des  tableaux,  car  il  est  at-sez  bon  peintre.  11  en 
a  fait  un  où  l'enfer  est  représenté  tout  rempli  de  démons  si 
torriblos,  tant  par  leur»  figures  que  par  les  châtiments  qu'il 
font  souffrir  aux  sauvages  damnés,  qu'on  no  peutlo*  voir 
sans  frémir.  Il  y  a  dépeint  une  vieille  iroquoise  qui  se  bou- 
che les  oreilles  pour  ne  point  écouter  un  jésuite  qui  la  veut 
instruire.  Elle  est  environnée  de  diables  qui  lui  jettent  du 
feu   dans  les  oreilles  et  qui  la  tourmentent  dans  les 


i 
I 


Digit 


le 


—  151  — 

autres  parties  de  son  corps.  Il  représente  les  autres 
vices  par  d'autres  figures  convenables,  avec  les  diables 
qui  président  à  cos  vices  U,  et  qui  tourmentent  ceux  qui  s'y 
laissent  aller  durant  leur  vie.II  a  aussi  fait  le  tableau  du  para- 
dis, où  les  anges  sont  représentes,  qui  emportent  dans  le  ciel 
les  âmes  de  ceux  qui  meurent  après  avoir  reçu  le  saint  bap- 
tême. Enfin  il  fait  ce  qu'il  veut  par  le  moyen  de  ses  peintures. 
Tous  les  Iroquois  de  cette  mission  en  sont  si  touchés  qu'ils 
ne  parlent  dans  leurs  consoils  que  de  ce*  matières,  et  ils  se 
donnent  bien  de  garde  de  ce  boucher  les  oreilles  quand  on 
les  instruit.  Ils  écoutent  le  Père  avec  une  avidité  admirable, 
et  le  tiennent  pour  un  homme  extraordinaire.  On  parlo  de 
ces  pointures  dans  les  autres  nations  voisines,  et  Icb  autres 
missionnaires  en  voudraient  avoir  do  senblables,  mais  tous 
ne  sont  pas  peintres  comme  lui.  " 

Le  Père  Pierron  est  lui  même  l'auteur  du  jeu  du  Pointait 
Point  qu'il  décrit  ainsi  dans  la  Relation  de  1670,  page  38  : 
"  Ce  jeu  est  composé  d'emblèmes  qui  représentent  tout  ce 
qu'un  chrétien  doit  sçavoir.  On  y  voit  les  sept  sacremeuts, 
tous  dépeints,  les  trois  vertus  théologales,  tous  les  commen- 
dements  de  Dieu  et  de  l'Eglise,  avec  les  principaux  péchés 
mortels  ;  les  péchés  même  véniels  qui  se  commettent  ordi- 
na;remont  y  sont  exprimez  dans  lour  rang,  avec  de*  mar- 
ques do  l'horreur  qu'on  en  doit  avoir.   Lo  péehi  même  ori- 
ginel y  parait  dans  un  ordre  particulier,  suivi  de  tous  les 
maux  qu'il  a  causez.  J'y  ai  représenté  les  quatre  fins  de  l'hom- 
me, la  crainte  de  Dieu,  les  indulgence-»  En  un  mot, 

tout  ce  qu'un  chrestien  est  obligé  de  sçavoir  s'y  trouve 
exprimé  par  des  emblèmes  qui  font  le  portrait  de  chieune 
de  ces  choses  Ce  jeu  s'appelle  du  Point  au  Point,  c'est- 
à-dire  du  point  de  la  naissance  au  point  de  l'éternité." 

La  mère  Marie  de  l'Incarnation  et  Jean  Bourdon  avaient 
quelques  connaissances  en  peinture.  "  La  m.  de  l'Incarnation 
Ursulioe,  lisons  nous  dans  le  Journal  des  Jésuites,  avril  1646, 


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—  152  — 


employa  presque  tout  le  careeme  à  peindre  deux  pièoes 
d'architecture  pour  accompagner  le  Tabernacle  de  la  pa- 
roisse :  MoDsr  Bourdon  peignit  quelques  marches/' 

Après  le  Père  Pierron,  le  diacre  François-Luc  Lefrançois, 

récollet,  s'adonna  à  la  peinture.  Il  fit  plusieurs  tableaux 

pour  les  églises  de  la  Nouvelle  France,  entre  autres  une 

Assomption  pour  l'église  des  Jésuites,  et  un  EcceHomo  pour 

1*  Hotel-Dieu  de  Québec.  On  conserve  encore  deux  tableaux 
d  u  frère  Luc  dans  la  basilique  de  Sainte  Anne  de  Beaupré. 

S'il  faut  en  croire  Frontenac,  ce  serait  le  frère  Luc  qui  aurait 

d  rossé  les  plans  du  séminaire  de  Québec.    On  a  dit  du  frère 

Luc  que  son  coloris  était  mauvais,  sa  composition  médiocre, 

et  son  dessin  excellent. 

M.  Hugues  Pommier,  prêtre,  nutif  du  Vendômois,  qui 
vint  dans  la  Nouvel  le  Franco  en  1064,60  piquait  de  pointure. 
Il  faisait  beaucoup  do  tableaux,  mais  personne  no  les  goû- 
tait. M.  do  La  Tour  nous  apprend  que  c'est  cette  ruifcon 
qui  le  lit  repusser  en  Franco.  Il  espérait  quo  son  talent  y 
serait  mieux  apprécié.  Il  n'y  réussit  pas,  et  se  donna  aux 
missions  de  la  campagne,  où  il  eut  du  succès. 

Le  Père  Se  bastion  Ran  le,  le  célèbre  missionnaire  des  Abé- 
nuquis,  assassiné  à  Nanrantsouak  le  23  août  1721,  par  un 
parti  do  la  Nouvelle- Angleterre,  savait  quelque  peu  la  poin- 
ture. Sa  chapelle  do  Nanrantsouak  contenait  quelques-unes 
de  ses  peintures  lorsqu'elle  fut  incendiée. 

La  mère  Mario  de  l'Incarnation  mourut  on  1672.  En  l'ab- 
sence de  Mgr  de  Laval,  M.  de  Bemières,  son  grand  vicaire, 
présida  à  ses  funérailles.  Avant  do  déposer  les  restes  de  la 
sainte  religieuse  dans  leur  dernière  demeure,  il  permit  a  un 
artiste  envoyé  spécialement  par  le  gouverneur  do  Courcel- 
les  de  peindre  lo  portrait  de  la  défunte. 

Lo  nom  de  cet  artiste  n'a  pas  été  conservé. 

Le  père  jésuite  Pierre  Laure,  qui  arriva  dans  la  Nouvelle- 
France  en  1711,  avait  beaucoup  de  goût  pour  la  peinture. 


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—  153  — 

Aussi  cultiva  t  il  cet  art  pendant  eon  séjour  ici.  Le  F.  du 
Parc,  ministre  à  Québec  écrivait  au  P.  Général  i  Rome  que 
le  P.  Laure  consacrait  beaucoup  de  temps  à  la  peinture  : 
"  Magister  Laure,  qui  theologiae  dat  bic  operam,  picturae 
inultum  tribuit  temporis."  Aucune  peinture  du  Père  Laure 
n'a  été  conservée. 

Mais  les  pères  Pierron,  Rasle  et  Laure,  aussi  bien  que  le 
diacre  François  LucLefrançoiset  l'abbé  Paumier  était  Fran- 
çais. Le  premier  Canadien  qui  s'appliqua  à  la  peinture  fut 
l'abbé  Jean-Antoine  Aide-Créquy,  né  à  Québec  le  6  avril 
1749.  La  basilique  de*  Québec  contenait  plusieurs  de  ses 
peintures.  Le  tableau  de  la  chapelle  de  la  Sainte  Famille, 
brûlé  en  1867,  était  son  œuvre.  "L'Annonciation  du  maître- 
autel  do  l'églUe  de  l'Islet  est  aussi  de  lui. 

P.  G.  R. 

Mort  de  Charles  Frechette.  (IV,  IX,  514.)— 
Charles  Fréchette,  complice  de  David  McLean,  en  1797,  est 
décédé  à  Saint-Jean  d'Iberville,  le  15  décembre  1828,  et  y  a 
été  inhumé  le  17,parmessire  Rémi  Gaulin,curé  de  l'endroit, 
décédé  lui-même  évêque  de  Kingston,  et  en  présence  de 
Jxrais  St  Michel  et  de  Michel  Demers,  qui  n'ont  su  signer. 
Il  mourut,  dit  l'acte  de  sa  sépulture,  muni  des  sacrements,  et 
à  l'âge  de  68  ans. 

Il  a  signé  lui-même  (assez  bien)  plusieurs  actes,  à  Saint- 
Luc,  comté  de  Saint-Jean,  Charles  Fréchette.  Certains  mem- 
bres de  sa  famille  signèrent  Frichette.  Son  vénérable  frère 
le  curé  de  JBelœil,  signait  Frichette  ;  et  il  est  probable  que 
o'étail  son  vrai  nom. 

L'abbé  L.-A.  Morbau 

La  bataille  tie  RiMiffOtiche.  (V,  VI,  626.)— Ceux 
qui  ont  lu  l'histoire  de  la  gigantesque  lutte  entre  la  Franco 
et  l'Angleterre  pour  la  possession  du  Canada  et  de  l'Acadie, 
connaissent  tous  les  détails  des  grandes  batailles  qui  se 


—  154  — 


livrèrent  à  Louisbourg,  au  Furt  Beauséjour,  à  Carillon  et 
sur  les  Plaines  d'Abraham  ;  mais  combien  ont  même  enten- 
du parler  de  la  bataille  du  Ri&tigouche  ? 

Le  professeur  W.  F.  Ganong,  qui  amasse  dett  documents 
et  fait  des  recherches  pour  une  histoire  du  Nouveau  Bruns- 
.  wick  qu'il  a  l'inteniion  d'écrire,  a  mis  en  brochure  un  arti- 
cle publié  par  lui  dans  la  Educational  Review  sur  les  reliques 
les  plus  précieuses  que  nous  avons  do  la  période  française  de 
notre  histoire. 

Parmi  ces  reliques,  il  y  a  deux  canons  de  facture  françai- 
se, que  Ton  peut  voir  aujourd'hui  encore  à  l'endroit  ou  ils  ont 
été  trouvés,  à  Athol  Point. 

Athol  Point  est  une  langue  do  terre.trois  mille  en  haut  de 
Campbellton  et  qui  s'avance  dans  la  rivtère  Ristigouche  là 
où  celle-ci  se  jette  dans  la  baie  qui  donne  sur  le  fleuve. 

Sur  l'un  des  canons  sont  gravés  deux  ancres  que  le  ternes 
ni  la  rouille  n'a  pu  effacer.  Deux  fleurs  de  lis  indiquent 
suffisamment  l'origine  française  de  l'autre  canon. 

Ces  deux  pièces  d'artillerie,  suivant  M.  Ganong,  sont  les 
reliques  de  l'important  combat  naval  qui  eut  lieu  dans  la 
baie  à  l'embouchure  de  la  rivière  Ristigouche,  en  l'année 
1760. 

On  trouve  une  description  tomi-officiolle  de  cette  bataille 
dans  le  fjondon  Magazine  pour  Tan  1760. 
Nous  traduisons  : 

«'  Lonires,  le  8  septembre  1760.— Pardes  dépêches  reçues 
du  capitaine  Byron,  officier  supérieur  des  vaisseaux  de  Sa 
Majesté  Britannique  à  Louisburgh,  et  portant  la  date  du  26 
juillet,  il  appert  que  le  capitaine  B.,  ayant  appris  du  briga- 
dier-général Whitmore,  que  la  flotte  française  avait  fait  voile 
vors  lu  Baie  des  Chaleurs,  partit  à  sa  recherche  avec  la  Fame, 
le  Dorcetshire,  V Achilles,  le  Scarborough  et  le  Repuise. 
Ayant  détruit  un  vaisseau  français,  la  Catharina,  dans  la 
baie  de  Gaspé,  le  capitaine  Byron  se  dirigea  vers  une  grande 


rivière  appelée  par  loë  Sauvages  Rustigushi.  Ici,il  trouva  le 
rœte  (de  la  flotte  française),  consistant  en  les  vaisseaux  le 
Marchault,  de  32  canons,  /  Espérance  de  30,  le  Bienfaisant, 
de  32,  et  le  Marquis  de  Marlo;e,àa  18, ensemble  avec  vingt- 
deux  vaisseaux  pluB  petits.  Lorque  notre  flotte  fit  son  appa- 
rition dans  le  havre  de  Rustigushi,  l'ennemi  s'avança  vers  le 
haut  de  la  rivière  et  vint  jeter  l'ancre  au-dessus  de  deux 
batteries  montées  sur  le  côté  nord  de  la  rivière. 
Celles  ci  n'étant  que  faiblement  utilisées,  furent  vite 
réduites  au  silence,  et  les  vaisseaux,  après  une  courte 
r&istance,  furent  tous  coulés  à  fond  ou  pris.  Le  capitaine 
Byron  détruisit  ensuite  la  ville  de  Petite  Rochelle,  composée 
d'environ  deux  cents  maisons,  et  aussi  lës  deux  batteries." 

Ce  fut  la  seule  bataille  livrée  sur  les  eaux  du  Xouveau- 
Brunswîck  ;  elle  fut  aussi  la  fin  de  la  lutte  sur  mer  entre  la 
France  et  l'Angleterre  dans  l'Amérique  du  Nord. 

Peu  d'historiens  canadiens  font  mention  dans  leurs  œuvres 
d  j  la  bataille  de  Kietigouche.  M.  Hannay,  auteur  d'une  his- 
toire d'Acadie,  et  quelques  autres  en  parlent  brièvement. 
Qu'elle  ait  eu  lui,  et  quelle  ait  eu  lieu  à  l'embouchure  de  la 
rivière  Ristigouche,  il  est  difficile  d'en  douter. 

M.  Ganong  conseille  aux  citoyens  delà  ville  de  Campbell- 
ton  d'ériger  un  piédestal  et  de  placer  dessus  les  deux  cano  ns 
qui  sont  maintenant  à  Athol  Point  et  qui  ont  sans  dou  to 
pris  part  à  la  bataille  qui  fait  le  sujet  de  cet  article.  C'est  un 
conseil  qui  mérite  d'être  suivi. 

M.  Acadikn 

La  Mère  Ph  ilippe  Gertrude  île  Boulogne  de 
Ht- Dominique.  (VI,  I,  692)— "  Le  deux  décombre  1648, 
on  reçut  au  Noviciat  Mlle  Philippe  Gertrude  de  Boulogne, 
ha-ur  de  Madame  d'Aillebout  si  bien  connu  en  ce  pays.  Cette 
pieuse  demoiselle  était  venue  en  Canada  avec  sa  sœur,  femme 
du  troisième  gouverneur,  M.  Louu  d'Aillebout  do  Coulonge. 


Kile  n'eut  pas  plus  tôt  fait  connaissance  avec  nos  premières 
Mères  qu'elle  désira  se  consacrer  à  Dieu  parmi  elles;  mais 
M.  et  Madame  d'Aillebout  ne  manquèrent  pas  de  prétexte 
pour  lui  faire  différer  cou  entrée  aux  Ursulines.  Cependant 
Mlle  de  Boulogne  poursuivait  toujours  son  pieux  dessein, 
et  dès  qu'elle  eut  obtonu  la  permission  si  longtemps  désirée, 
elle  quitta  joyeusement  la  résidence  du  Gouverneur,  qui  était 
déjà  à  celte  époque  le  rendez  vous  des  belles  dames  et  des 
brillants  chevaliers  du  pay*,  et  vint  partager  avec  générosité 
les  travaux  pénibles  et  les  privations  sans  nombre  de  ses  pieu- 
ses amies  des  Craulincs. 

Notre  Mère  de  l'Incarnation,  qui  avait  alors  la  direction 
du  noviciat,  prenait  un  singulier  plaisir  à  initier  cette  fer» 
vente  novice  aux  plus  beaux  secrets  de  la  vie  spirituelle,  et 
Mlle  de  Boulogne,  qui  avait  préféré  les  austérité-?  du  cloître 
avx  plaisirs  passagers  d'un  monde  trop  séduisant,  embrassait 
avec  la  simplicité  d'un  enfant  les  plus  humbles  pratiques  de 
la  vie  religieuse." 

{Les  Ursulines  de  Québec,  tome.  I,  chap.  II,  p.  139). 

L'Abbé  J.-B.-C.D. 

La  France  antartiqne,  (VI,  III,  703.) — La  France 
antartique,  disait  Thevet  en  1555,  c'est  le  Brésil.      B.  8. 

Le  premier  trajtpittte  canadien.  (IV,XII,554.)— 
En  1806,  l'abbé  Louis-Antoine  Germai n-Langlois,  chapelain 
du  couvent  des  Ursulines  de  Québec,  laissait  le  Canada  et 
allait  s'ensevelir  au  monastère  des  TrapiBtedans  l'étatde  Ken- 
tucky Etats  Unis  C'étaitle  premier  Canadien  qui  so  faisait 
trappiste.    Le  père  Marie- Bernard— tels  sont  les  noms  qu'il 

adopta  en  religion — mourut  le  28  novembre  1810. 
Avant  de  devenir  chapelain  des  Ursulines  de  Québec,  M. 

Langlois  avait  été  curé  de  l'Ile  aux  Coudres.  Il  vécut  là  en 
véritable  taint  en  compagnie  de  eon  domestique,  François 
Leclerc. 


—  157  - 

Ud  ancien  curé  de  l'Ile-aux-Coudres  nous  apprend  le  genre 

de  vie  que  menaient  le  curé  Langlois  et  le  bon  François 
Leclerc  : 

"  M.  Langlois  a  été  curé  de  l'Ile  aux  Condres  de  1793  à 
1802.  Pendant  ce  temps,  François  Leclerc  est  demeuré  seul 
avec  lui  :  c'ttait  tout  lu  personnel  du  presbytère.  Leclerc* 
imitait  ton  maître  en  tout  ;  ils  vivaient  tous  deux  en  vérita- 
ble;» trappistes.  Ils  faisaient  maigre  et  jeûnaient  tout  l'a- 
vent  ;  ils  passèrent  plusieurs  carêmes  aux  légumes  ;  outre 
cala,  ils  jeûnaient  tous  les  vendredis  de  l'année  au  pain  et  a 
l'eau.  Le  curé  couchait  sur  un  lit  que  les  prêtres  voit- ins 
venaient  voir  par  curiosité.  C'était  une  mauvaise  couchette 
dont  les  planches  du  fond  fournissaient  toute  la  mollesse. 
Leclerc  dormait  pendant  quelques  heures  sur  deux  chaises. 
Dès  la  pointe  de  l'aurore,  ils  allaient  tous  deux  à  l'église  et 
passaient  un  temps  considérable  en  oraison  devant  le  Saint 
Sacrement.  Tous  les  dimanches,  ils  passaient  tous  deux  le 
jour  entier  à  l'église  ;  ils  se  tenaient  en  prière  devant  l'autel 
afin  do  donner  bon  exemple  à  la  paroitso.  Le  serviteur  était 
tellement  recueilli  qu'il  avertissait  ton  maître,  si  celui-ci  sem- 
blait quelquefois  distrait."  R 

L'orthayraphe  du  mot  Lont/ucuil.  (III,XI,381.) 
— Le  mot  Longueuil  doit-il  s'écrire  avec  deux  u  comme  on  le 
fait  généralement  ?  Ce  nom  était  conuen  en  France  avant 
d'être  importé  au  Canada.  Il  fut  porté  ontréautres  par  le 
célèbre  évêque  de  Coutances  qui  fut  chargé  de  reviser  le  pro- 
cès de  Jeanne  D'Arc  et  qui  rendit  pleine  justice  à  cette  sainte 
héroïne.  Ce  prélat,  né  en  1453,  mourut  en  1490.  Un  autre 
Longueil,  né  en  Belgique,  devint  chancelier  d'Anne  de  Bre- 
tagne et  mourut  en  1522.  Un  médecin  hollandais,  né  en 
1507  et  mort  en  1543,  se  nommait  également  Longueuil. 
Un  Saxon,  latiniste  célèbre,  né  en  1704  mort  en  1779,  por- 
tait également  ce  nom  illustre.  Le  marquis  deMaisons^surin- 
tendant  des  finances,  mort  en  1667,  était  aussi  un  Longueil. 
Le  magnifique  château  qu  il  fit  élever  a  Maisons-Laffite,  près 


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—  158  — 


de  Paris,  est  encore  debout.  Enfin  un  graveur,  né  en  1736, 
mort  en  1792,  portait  le  nom  de  Longueil.  Tous  cas  person- 
nages écrivaient  ce  no>n  avec  un  seul  u,  et,  quand  ils  le  lati- 
nisaient, ils  écrivaient  Longoiius.  Ce  nom  dérive  t-il  de  Lon 
gulat  qui  était  celui  d'une  ville  des  Volsque*,etdont  les  habi- 
tants se  nommaient  dos  Longulani,  ou  bien  vient-il  de  Lon 
gulus,  diminutif  de  longus,  et  dont  l'adverbe  est  lonjule  ? 
Plante,  dans  sa  comédie  de  Rudens,  fait  dire  à  un  de  sen  per- 
sonnages :  "  Illico  hinc  imus  haud  longule  ex  hoc  loco  I  " 
Quelqu'un  qui  part  d'un  lieu  pour  aller  à  une  petite  distance, 
peut  dire  qu'il  arrivera  longule.  De  longule  à  Longueil,  il  n'y 
a  qu'un  pas.  Nous  laissons  à  de  plus  savants  que  nous  de  se 
prononcer  ;  mais  nous  croyons  pouvoir  affirmer  que  Lon- 
gueil doit  s'écrire  avec  un  seul  u.  R. 

Iai  ville  de  Durban.(Vl,lV,  709.)— La  ville  de  Dur- 
ban, dans  Natal,  qui  a  beaucoup  fait  parler  d'elle  depuis  le 
commencement  de  la  guerre  entre  l'Angleterre  et  les  rép  u- 
bliquoe  du  sud  de  l'Afrique,  doit  son  nom  à  un  ancien  gou- 
verneur de  la  colonie  du  cap,  Sir  Benjamin  D  irban. 

Détail  qui  ne  manquera  pas  d'intérêt  pmr  plusieurs  :  Sir 
Benjamin  Durban  était  commandant  des  troupes  anglaises 
de  garmson  au  Canada  on  1849.  Son  nom  est  même  inscrit 
sur  la  colonne  élevée  par  les  troupes  anglaises  sur  les  Plaines 
cette  même  année.  Qu'on  lise  plutôt  :  "  This  pillar  was  erec- 
ted by  the  Briish  Army  in  Canada,  A.  D.  1849.  His  Excel- 
lency, Liéutenant  General  Sir  Benjamin  D'Urban  being 
Commander  of  the  Forces,  "  P.-G.  R. 

Leu  croix  du  cup  Tourmente.  (V,  II,  575.)— Cost 
vers  1817  ou  18l7que  fut  planté  la  première  croix  sur  le  cap 
Tourmente.  On  ignore  où  elle  fut  placée.  Elle  n'avait  que 
douze  pieds  de  hauteur. 

La  deuxième  fut  plantée  en  1844  ;  elle  avait  vingt  quatre 
pieds  de  hauteur  et  six  pouces  de  largeur  et  était  couverte 
en  ferblanc. 


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La  troir-ièmo,  quo  l'on  peut  appercevoir  à  deux  lieux  do 
distance,  a  été  plantée  le  5  août  1869.  Sa  hauteur  est  de 
vingt-cinq  pieds  et  sa  largeur  de  quatorze  pouces.  Elle  est 
couverte  en  fer-blanc  :  tlle  est  de  200  pieds  plus  bas  que  la 
cime  du  cap  Tourmente,  qui  est  à  plus  de  1850  pieds  au- 
dessus  du  niveau  du  Ieuve  Saint-Laurent.  Par  une  singu- 
lière coïncidence,  elle  est  à  1663  pieds  audeuMi»  du  fleuve. 
Cette  année  représente  celle  de  la  fondation  du  séminaire  de 
Québec.  Cette  croix  a  coûté  pour  façon  et  transport  près 
de  cent  piastres.  C'est  le  cardinal  Trschereau  qui  eut  l'hon- 
neur de  la  bénir,  en  présence  d'un  grand  nombre  de  prêtres, 
d'ecclésiastiques  et  laïques. 

Toutes  deux,  celles  de  1844  et  de  1869  furent  érigées  par 
les  élèves  du  séminaire  de  Québec  suivants  :  F.-Frédéric 
Baillargé,  ingénieur  civil  ;  Ovide  Brunet,  prêtre,  professeur 
à  l' Uni  veroi  té-La  val  ;  Paul  de  Villors,  curé  de  Sus-Gertrude  ; 
Bellarrain  God  bout  médecin  ;  Pierre  Huot,  avocat  et  député  ; 
Léon  Lahaye,  curé  de  StJean  des  Chaillon*  ;  Chs-Frs  Lan- 
glois  ancien  imprimeur  de  la  rein  ;  Antoine  Lemay,  notaire 
de  la  commission  du  Havre  de  Québec. 

L'àBBÉ  Alexis  Maii.loux 

File  imliennc.  (IV,  VII,  553.) — Dans  les  bois,  à 
cause  du  peu  de  largeur  des  sentiers,  les  Indiens  marchaient 
à  la  queue  leu  leu.  Les  Canadiens-Français  ont  nommé  cette 
manière  de  marcher  file  indienne.  P. 

Le  clieval  <lu  Moine,  (II,  XI,  250.— Leraoine  dit 
Itespins,  propriétaire  d'une  terre  dans  les  environs  du  che- 
val du  iloine  entre  1685  et  1769,  paraît  avoir  donné  son  nom 
au  cheval  du  Moine. 

Benjamin  Sulte 


—  160  — 
QUESTIONS 

712- — La  Correspondance  Générale,  vol.  20,  p.  897,contient 
une  dépêche  de  M.  de  Beauharnois  dans  laquelle,  il  dit  qu'il 
a  fait  venir  "  le  fils  du  Sr.  de  La  Salle,  âgé  de  treize  ans," 
et  qu'il  était  au  séminaire  de  Villemarie,  *'  où  il  apprend  à 
lire  et  à  écrire."  Quel  était  ce  Sr.  de  La  Salle  ?  Evidemment 
non  le  célèbre  découvreur  qui  fut  assassiné  le  18  man  1687. 
Qu'est  devenu  le  fils  ?  D.  G. 

713.  — Vers  1730,  on  voit  q'un  procès  retentissant  eut  lieu 
entre  le»  sieur  et  dame  La  Pérade  et  le  curé  Lcfcbvre  de  la 
paroisse  de  Champlain.  Quelles  furent  les  causes  qui  donnè- 
rent lieu  à  ce  procès  ?  R, 

714.  — Y  a-tril  eu  quelque  genre  de  juridiction  royale  d'ex- 
ercée dans  les  différents  postes  de  l'Ouest  Canadien  sous  la 
domination  française  ?  B.  Sandwich 

715.  — Quel  fut  le  premier  journal  publié  au  Canada  ?  L% 
Gazette  de  Québec  parut-elle,  oui  ou  non,  avant  la  Gazette 
de  Halifax  ?  J'aimerais  bien  à  être  fixé  sur  ce  point. 

A.  P.  B. 

716.  — Lors  delà  guerre  de  l'indépendance  des  colonies 
américaines,  le  Congrès,  prétend  on,  leva  deux  rJgi monts 
an  Canada.  Let*  noms  des  officiers  de  ces  régiments  ont-ils 
été  conservés  ?  A  quelles  batailles  ces  deux  régiments  pri- 
rent-ils part  ?  Sold. 

717.  — Pouvez  vous  m'expliquer  ce  qu'étaient  autrefois  les 
horse  boats  ou  bateaux  à  chevaux  ?  Félix  P. 


718.  — Quelle  est  l'origine  du  signe  S  dont  nous  nous 
vons  pour  désigner  le  dollar  américain  ou  canadien  ? 

X.  X.  X. 

719.  —La  carte  de  Aubert  est-elle  bien  la  plus  ancienne 
carte  du  Canada  ?  Geogr. 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

VOL.  6  JUIN  1900  No.  6 


NOTRE-DAME  DU  PORTAGE 


Notre» Dame  du  Portage  doit  »od  nom  à  la  situation  de 
sou  église  près  de  l'entrée  du  Vieux  chemin  du  Lac.  Ce 
chemin  ébauché  pendant  la  rébellion  du  1837  pour  le  trans- 
port dt-B  troupes  anglaises  de  Madawaska  à  la  Rivière-do- 
Loup  portait  le  nom  de  Chemin  du  Portage,  probablement 
parce  qu'il  y  avait  un  portage  sur  son  parcours. 

Notre-Dame  du  Portage  a  été  démembrée  de  Saint- Patrice 
de  la  Rivière-du-Loup.  C  est  le  curé  de  cette  dernière  pa- 
roisse, M.  Narcisse  Beaubien,  qui  fonda  la  mission.  Dans 
l'été  de  1855,  une  chapelle— le  presbytère  actuel — fut  cons- 
truite. Elle  fut  bénie  le  1er  novembre,  et  le  même  jour  la 
première  messe  y  était  dite. 

La  nouvelle  paroisse  fut  érigée  canonlquement  le  1er 
février  1856  sous  le  vocable  de  la  Sainte-Vierge  et  le  nom 
de  Notre-Dame  du  Portage.  Le  19  juillet  de  la  même  année 
elle  était  érigée  civilement. 

Le  5  février  1857,  le  premier  curé  vint  se  fixer  à  Notre- 
Dame  du  Portage  pour  conduire  les  travaux  de  la  nouvelle 
église  qu'on  se  préparait  déjl  à  b&tir. 

L'églite,  celle  qui  sert  aujourd  hui  au  eulto,  fut  construite 
en  1859.  La  pierre  angulaire  fut  bénie  le  21  juillet  par  M. 
Narcisse  Beauoien,  le  fondateur  de  la  paroisse.  Ce  ne  fut 
que  le  7  août  1862  qu'elle  fut  bénie  par  M.  Douce t,  cur.<  de 
Saint  André  de  Kamouraska. 

Les  curés  de  Notre-Dame  du  Portage  ont  été  MM.  J.  Ë. 
Michaud,  1857  1858  ;  E.  Rousseau,  1858-1860  ;  U.  Rousseau, 
1860-1865  ;  P.  S.  Vallée,  1865  1866  ;  T.  E.  Beaulieu,  186C- 
1870  ;  N.  H.  Constantin,  1870  1878  ;  L.  E.  Grondin,  1878- 
1886  ;  G.  Chavigny  de  la  Chevrolicre,  1886-1891  ;  Joe. 
Girard,  curé  actuel. 

P.-G.  R. 


—  164  — 

L'ABBÉ  LOUIS-JOSEPH  DESJARDIXS 


Le  30  juillet  1795,  Mgr  Hubert,  évêque  de  Québec,  arri- 
vait à  Percé,  en  la  Ga«pét>ie,  en  tournée  pastorale,  accom- 
pagné de  trou  prêtre*  français  victimes  de  la  Révolution. 
C'était  MM.  P.-J.-L.  Desjard  ns.  vii-aire-géuéral  ;  L.  J.  Des- 
jardins, frère  du  précédent,  et  Y.  Castanet. 

Meesire  Louis  Joseph  Desjardins  était  destiné  à  succéder 
à  M.  Bourg,  dans  les  missions  de  la  Baie  des  Cbalenrs.  M. 
Castanet  devait  se  fixer  à  Caraquet  et  avait  la  charge  de 
tout 08  les  missions  de  la  Côte  sud  de  la  Baie  jusqu'à  Mom- 
ramcook. 

Au  commencement  de  septembre,  l'évêque  et  sa  suitear- 
rivèrent  à  Carlet on, où  M.  Desjardins  devait  faire  sa  résidence 
et  le  centre  de  ses  missions.  Mgr  Hubert  l'ayant  réglé  aint-i, 
vu  l'incendie  de  l'église  de  Bonaventure  l'hiver  précédent,et 
aussi  dans  l'espoir  de  mettre  un  prêtre  résidant  dans  ce  der- 
nier endroit. 

M.  Desjardins  était  un  homme  très  instruit  et  très  distin- 
gué ;  rempli  de  zèle  pour  l'embellissement  du  temple  du  Sei- 
gneur et  de  la  pompe  des  cérémonies  religieuses,  comme  du 
salut  des  âmes  qui  lui  étaient  confiées.  Aussi, dès  son  arrivée, 
ho  rait-il  à  l'œuvre  courageusement. 

"  Si  Dieu  a  exaucé  nos  prières  et  nos  vœux,  écrivait-il  à 
Mgr  Hubert,  quelques  mois  après  son  arrivée,  Votre  Gran- 
deur sera  heureusement  arrivée  au  terme  de  sa  mission; 
nous  espérons  que  vous  en  avez  bien  supporté  les  fatigues 
jusqu'au  bout,  et  que  vous  exécuterez  l'an  prochain  votre 
projet  de  visiter  le  reste  de  l'Acadie.  Si  vous  avez  la  bonté 
.  :  de  relâcher  sur  nos  côtes  vous  mettrez  le  comble  a  nos 
désirs. 

"  Votre  présence  et  vos  instructions  pastorales,  Monsei- 
gneur, ont  produit  partout  les  plus  grands  effets.  C'est  une 
consolation  pour  vos  missionnaires  d'avoir  i  cultiver  un 


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champ  que  vous  avez  si  bien  défriché.  Noos  tâcherons  de 
suivre  en  tout  vos  désire  et  vos  exemples  ;  et  nous  n'oublie- 
rons jamais  la  bonté  paternelle  avec  laquelle  vous  nous  avez 
traités  pendant  cette  mission.  C'est  un  surcroit  de  bienfaits 
qui  voua  assurent  dans  nos  cœurs  une  éternelle  reconnais- 
sance." 

M.  Bourg  avait  généreusement  fait  don  à  l'église  de  Car- 
leton  des  terres  sur  lesquelles  étaient  bâtis  l'église  et  le  pres- 
bytère. L'église  était  inachevée  et  le  presbytère  avait  besoin 
d'urgentes  réparations.  M.  Dosjardins  se  mit  à  l'œuvre  en 
arrivant,  pour  faire  continuer  ces  travaux. 

Au* si  s'empreesa-t-il  de  demander  à  ses  nouveaux  parois- 
siens de  contribuer  volontairement  à  une  répartition  qu'il  fit, 
aidé  des  notables  de  la  place,  pour  mettre  l'église  en  état  de 
célébrer  les  offices  divins  avec  une  certaine  décence.  Ces 
travaux  s'exécutèrent  promptement,ot  dès  le  mois  de  décem- 
bre, les  travaux  de  l'église  étaient  terminés.  M.  Desjardins 
avait  apporté  avec  lui  plusieurs  ornements  pour  servir  au 
culte  et  à  l'ornementation  do  l'église.  Mgr  Pleasis,  alors  curé 
de  Québec,  et  qui  estimait  M.  Desjardins  d'une  manière  spé- 
ciale, lui  en  avait,  aussi  envoyé  une  certaine  quantité  dont 
M.  Desjardins  fait  l'énumération  dans  une  lettre  toute  chau- 
de de  reconnaissance  et  de  bonne  amitié  qu'il  écrivait  au 
futur  évêque. 

.  "  Les  précieuses  reliques,  lui  écrivait-il, tous  vos  bouquets, 
votre  ornement  vert  avec  ses  dalmatiques,  nous  sont  parve- 
nus en  bon  ordre.  Il  vous  plaît  appeler  tout  cela  des  vieil- 
leries ;  nous  les  prisons  comme  nos  plus  beaux  ornements  et 
ne  noua  en  parons  qu'aux  jours  de  grande  fête.  Xous  avons 
d'ailleurs  estimé  l'intention  donantis  et  cela  ajoute  encore  du 
mérite  aux  dons. 

"  Il  fallait  voir  la  surprise,  l'admiration  de  nos  habitants 
et  surtout  dee  sauvages  à  la  messe  de  minuit,  quand  nous 
avons  déployé  ces  richesses  !  De  leur  vie,  dirent-ils,  ils  n'a- 


—  166  — 


vaient  jamais  rien  vu  de  ri  beaux.  En  effet,  il  faut  convenir 
que  notre  cortège  était  pompeux,  et  l'autel  fori  bien  ilia  mi- 
né... Vous  avez  beau  Kmrire,  mon  cher  curé,  voue  n'aviz 
toujours  point  eu  dans  votre  cathédrale  une  mesne  de  minuit 
si  brillante  ;  diacre  et  sous-diacre  (?),  cérémoniaire,  thuri- 
féraire, acolytes,  rien  n'y  manquait,  pas  même  la  gravité  du 
célébrant.  Cependant  au  milieu  de  l'office  un  fougueux 
ouragan,  qui  a  fait  craquer  tout  les  membres  de  notre  église, 
a  troublé  un  peu  notre  sérénité. 

"  En  mémoire  de  vous, dit-il  plus  loin,  nous  sèmerons  avec 
grand  soin  les  beaux  épis  de  blé  d'inde,  ainsi  que  le*  lentil- 
les et  les  fèves  qui  nous  viennent,  je  ne  sais  de  quelle  main. 
Venez  en  manger  votre  part  cet  été  avec  Monseigneur.  Vous 
ailes  voir  en  parcourant  mes  domaines,  s'il  est  possible  à 
votre  misérable  serviteur  do  les  desservir  convenablement.''' 

En  effet  M.  Desjardins  desservait  toute  la  Gaspésie  depuis 
la  Rivière-au-Konard  jusqu'à  Pabo*.  Et  de  plus  Port- Da- 
niel, Paspébia**,  New  Carlisle,  établis  depuis  peu  par  des 
loyalistes,  et  pour  lesquels  le  gouvernement  impérial  dépen- 
sa 82,000  louis  sterlingsce  qui  fa  if  ait  dire  plus  tard  au  juge 
Thompson  que  cet  argent  n'avait  pu  être  dépensé  que  pour 
creuser  des  canaux  sous  terre,  car  tur  le  sol,  on  ne  voit  rien 
qui  ait  pu  motiver  de  si  grosses  dépenses.  En  outre  M. 
Deejardins  desservait  encore  Bona  venture,  Cascapédiao, 
Carleton  et  Re*tigomhe.  Sur  la  côte  sud  de  la  Baie  des 
Chaleurs,  la  Kivière  l'Anguille  et  l.i  Rivière  Jacquet.  Il 
avait  donc  rai>on  do  be  plaindre  de  l'étendue  de  non  domaine. 
Aussi  le  fait-il  dans  une  lettre  pressante  adressée  à  Mgr 
Plessis,  son  ami. 

"  J'ai  exposé  succinctement  à  Mgr,  dit  il,  la  nécessité 
d'être  deux  prêtre*  ici  :  vous  le  sentirez  vous- même  j  espère. 
Je  sais  qu'il  y  a  bien  d'autres  besoins  dans  cet  immense 
diocèse  ;  main  de  bonne  foi,  en  aver,  vous  de  plus  urgent  ? 
Je  n'insisterai  point  en  parlant  dans  ma  propre  cause  ;  je 
voue  la  donne  à  défendre.   Mais  observez  que  Percé  seul, 


avec  l'Ile  Bonaventure,  la  Pointe  St  Pierre,  Gaspé  et  la 
Grande-Rivière,  aérait  bien  capable  d'occuper  un  prêtre 
toute  l'année.  Je  crois  que  ces  endroits  pourraient  aussi  le 
faire  vivre,  ti  on  doublait  la  dîme,  ainsi  que  de  justice,  à 
raison  d'une  desserte  plus  fréquente.  Percé  a  besoin  d'une 
résidence  un  peu  longue  du  missionnaire.  Bonaventure  et 
Paspébiac  occuperaient  encore  un  homme  de  travail  et  le 
soutiendraient,  je  crois,  en  augmentant  un  peu  les  honorai- 
res. Carleton  et  Ristigouche  sont  assez,  n'en  doutez  pas, 
pour  un  homme  qui  veut  bien  faire  ;  car  qui  trop  embrasse 
mal  étreint.  Ainsi,  vous  voyez,  mon  cher  curé,  qu'au  lieu 
d'un  il  nous  faudrait  bien  deux  bons  collaborateurs.  Pesé/, 
tout  cela  en  présence  du  Prélat  et  de  Dieu." 

"  Le  petit  frère  de  Caraquet  (M.  Castanet),  a  pris  son  vol 
et  me  laisse  un  peu  chagrin  ;  son  arrivée  m'avait  comblé  de 
consolation.'' 

Le  vœu  de  M.  Dosjardins  fut  exaucé  quelques  années 
après.  Nous  trouvons  M.  de  la  Vaivre,  à  Bonaventure,  en 
1797,  et  M.  Alexin  Lefrançois,  à  Percé,  en  1801. 

M.  Desjardins  a  laissé  à  Carleton,  lieu  ordinaire  de  sa  rési- 
dence.des  cahiers  de  délibérations  paroissiales  très  bien  tenus. 
Le  premier  acte  que  l'on  trouve  dans  ses  cahiers  est  l'élec- 
tion de  Paul  Babinau,  marguiller  pour  l'année  1795*96. 
Puis  une  liste  de  l'inventaire  du  vestiaire  de  l'église  qui 
n'était  pas  très  garni. 

A  la  date  du  18  septembre  1795,  les  règlements  suivants 
consentis  dans  une  assemblée  plenièro  de  tous  les  habitants 
du  lieu,  sont  adoptés. 

1er  Quo  suivant  l'intention  de  Monseigneur,  les  mission- 
naires seront  transportés  et  accompagnés  d'un  poste  à  l'au- 
tre par  les  habitants  du  lieu,  chacun  leur  tour.  C'est-à-dire 
que  le  prêtre  suivant  les  besoins  de  sa  mission  aura  droit 
de  réquérir  les  habitants  ou  marguillers  pour  se  faire  con- 
duire au  poste  le  plus  prochain  qui  sera  obligé  d'en  faire  de 
même,  sans  que  personne  prétexte  aucun  motif  pour  s'en 


dispenser  à  moins  que  de  nécessité,  au  jugement  des  marguil- 
lers.  Les  conducteurs  n'auront  rien  à  réclamer  ou  exiger 
pour  lour  temps,  frai*, etc.,  etc,  attendu  que  c'est  une  corvée 
de  paroisse  à  supporter  à  tour  de  rôle. 

2e  II  sera  fourni  gratuitement  au  prêtre-missionnaire  tout 
le  bois  de  chauffage  dont  il  aura  besoin  chaque  année  et  pour 
cela,  chaque  habitant  en  conduira  lui  même  une  corde  par 
an,  ou  moins  s'il  y  en  a  assez  ;  ce  qui  sera  soumis  à  la  sur- 
veillance des  martial  lors,  qui,  au  cas  de  refus  ou  négligence 
des  partis,  s'en  plaindront  au  prêtre- missionnaire. 

3e  Le  prëtre-mi&ùonnaire  permettra  aux  habitants  éloi- 
gnés do  se  chauffer  et  retirer  dan*  sa  cuisine  avant  les  offi- 
ces, autant  qu'on  s'y  comportera  décemment  et  que  cela 
n'entraînera  jioint  d'inconvénient. 

4e  Que  les  habitants  travailleront  immédiatement  à  répa- 
rer la  couverture  du  presbytère  qui  est  mauvaise  et  qu'ils 
feront  leurs  efforts  pour  arranger  un  appartement  pour  eux, 
dans  Ta  partie  vacante  du  presbytère  du  côté  du  nord  qui 
leur  a  été  offerte  par  les  prêtres  missionnaires  pour  une  plus 
grande  liberté  réciproque. 

5e  Qu'il  sera  fourni  cette  année  seulement  nno  quantité 
de  foin,  environ  200  bottes,  au  prêtre  missionnaire,  attendu 
qu'étant  arrivant,  il  ne  saurait  s'en  procurer. 

6e  Enfin,  qu'on  fera  rentrer  les  vieilles  dette*  de  legliw 
pour  faire  finir  celte  Latine  encore  imparf  aite  et  qui  a  déjà 
besoin  de  réparation. 

Ce  document  est  sign.?  par  /achat  ie  Nadeau,  Jean  Le- 
Blanc,  Pierre  Le  Blanc  et  Claude  Landry,  marguillere. 

L'absence  presque  continuelle  du  missionnaire  avait  étél» 
cause,  à  Carleton,  de  bien  des  désordres.  Aussi,  M.  De»j*r' 
dins  qui  était  un  homme  d'ordre  et  d'action,  prit  de  suite 
des  mesures  énergiques  pour  les  réprimer,  et  la  paroisse  qiâ 
était  en  formation  avait  besoin  d'un  guide  prudent  et 
ré  pour  se  constituer  sur  des  bases  plue  solides. 


Après  avoir  réglé  et  mia  on  ordre  la  discipline  intérieure 
de  l'église,  M.  Desjardins  fit  continuer  les  travaux  de  répa- 
ration et  à  cet  effet,  il  préleva  une  répartition  en  argent  et 
en  bois. 

Durant  Tété  de  1 797 ,M.  Desjardins  fil  la  visite  de  ses  mis- 
sions et  en  fit  un  rapport  circonstancié  à  Mgr  Plessis^lors 
curé  de  Québec  et  chancelier  du  diocèse,  qui  s'intéressait 
beaucoup  au  succès  des  missions  de  la  Baie  dos  Chaleurs  et 
,  de  la  Gaspésie.  Il  écrivait  de  Percé  en  date  du  8  septem- 
bre : 

"  J'arrive  du  bout  du  monde,  au  moins  du  terme  de  ma 
mission,  de  la  Ri viôre-au- Renard.  J'ai  fait  beaucoup  de 
chemin  ;  j'ai  pris  un  aperçu  des  lieux,  des  gens  et  de  ce  que 
l'on  peut  y  faire  par  la  suite  avec  un  peu  plus  de  loisir  que 
j'en  avais  à  y  rester.  J'ai  été  quinze  jours  dans  celte  oxou  r- 
sion  ;  il  faudrait  y  passer  deux  mois.  La  chose  est  imposa- 
ble à  moins  qu'on  ne  me  donne  un  confrère  pour  veiller  au 
centre  de  la  mission,  tandis  que  je  courrais  au  loin.  M.  de 
la  Vaivre,  je  crois,  serait  bien  propro  à  cet  emploi  et  je  serai 
très  content  si  vous  pouviez  m'en  faire  le  cadeau  à  la  Saint- 
Michel. 

Le  chor  Castanot  n'est  point  oisif  de  son  côté,  comme 
bien  vous  pensez.  Je  lui  ai  fait  faire  près  de  50  lioucs  pour 
mo  rencontrer,  et  il  ne  m'a  point  trouvé  au  rendez-vous . 
Jugez  de  son  impatience  et  de  la  mienne  ;  mais  le  devoir 
m'appelait  ailleurs  et  il  a  fallu  tout  lui  sacrifier.  J'espère 
aller  le  joindre  chez  les  sauvages  de  Miramichi,  où  il  compte 
cabaner  cet  hiver.  Franchement  nous  faisons  plus  de  caB 
de  ces  pauvres  chrétiens  que  do  bien  d'autres.  Moi,  je  suis 
très  content  des  miens,  et  je  me  fixerais  volontiers  à  Risti- 
gouche  avec  eux  si  c'était  possible." 

Parlant  de  son  église, il  dit  :  "  Notre  oathédrale  avance  et 
si,  pour  le  coup  elle  n'est  pas  tout  à  fait  à  l'abri  du  feu, 
j'espère  au  moins  qu'elle  sera  à  l'abri  des  fougueux  aqui- 


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—  170  — 


Ieries.  Si  voua  pouvez  y  joindre  un  missel,  n'importe  la  date 
et  le  format.  Oserai -je  vous  prier  de  me  céder  un  de  vos 
RitutU  Anglais  :  vous  ne  sauriez  croire  le  nombre  d'Irlan- 
dais qui  se  trouve  sur  le*  côtes.  Je  souhaiterais  avoir  quel-  • 
ques  livres  à  leur  mettre  entre  les  mains  pour  les  retirer  de 
l'oisiveté  le  dimanche.  Tâchez  de  me  procurer  des  Imitations 
ou  la  Vie  dévote.le  CaUcU>irue  de  DouayAt  Manuel. etc." 

Enfin  31.  Desjardins  reçut  avec  joie  le  secours  d  uo  auxi- 
liaire.dana  la  personne  de  3L  de  la  Vaivre,prêtre francais.com- 
me  lui  victime  de  la  révolution  et  qui  devait  se  fixer  à  Bon- 
na venture.  Ce  prêtre  était  d'une  constitution  très  faible  et 
nullement  propre  au  ministère  si  plein  de  danger  des  lon- 
gues et  pénibles  missions  de  la  Gaspésie.  Aussi,  IL  Desjar- 
dins se  réserva  les  plus  pénibles^nelaissantau  nouveau  mission- 
naire que  Bona  venture  et  Pa*pébiac. 

Voici  comment  31.  Desjardins  B'expri  me  sur  l'arrivée  de  «on 
confrère,  dans  une  lettre  adressée  à  l'évêque  de  Québec, 
datée  de  Carleton,  le  10  janvier  1797. 

"  J'ai  reçu  par  M.  de  la  Vaivre  votre  gracieuse  réponse 
du  18  octobre  demier,et  j'ai  fait  passer  à  Caraquet  les  dépê- 
ches de  Votre  Grandeur  pour  31.  Castanet.  Les  démarches 
elles  sacrifices  que  vous  voulez  bien  faire  pour  notre  mis- 
sion, nous  pénètrent  de  la  plus  vive  reconnaissance  ;  vous 
ajoutez  particulièrement  à  la  mienne  par  le  double  cadeau 
d'un  excellent  confrère  et  d'un  superbe  patron,  (Saint  Jo- 
seph pour  l'église  de  Carleton)  qui  me  deviennent  double- 
ment chers,  en  les  recevant  de  votre  main. 

"  L'arrivée  de  M.  de  la  Vaivre  a  causé  dans  toute  la  Baie 
une  révolution  de  joie  ;  olle  a  été  extrême  à  Bonaventure.et 


■ 


—  171  — 

ma  satisfaction  a  été  complète  en  voyant  que  votre  choix 
remplissait  tous  mes  désirs.  J'espère  que  ceux  de  notre  nou- 
veau confrère  seront  aussi  satisfaits,  et  qu'il  trouvera  ici  les 
consolations  qu'il  cherche  dans  le  ministère  ;  il  ne  tiendra 
pas  à  moi  de  lui  adoucir  les  peines  qui  en  sont  inséparables- 
"  Je  ne  dois  pas  vous  laisser  ignorer  qu'il  se  livre  avec 
beaucoup  de  zèle  et  de  fruits  a  l'éducation  de  la  jeunesse,  et 
qu'il  est  comblé  de  bénédictions  par  ce  bon  peuple  avide 
d'instruction.  Agréez-en,  après  Dieu,  notre  gratitude  com- 
mune. 

Tout  le  monde  se  flatte  de  votre  visite  cette  année,  et  nous 
faisons  particulièrement  des  vœux  pour  qu'il  plaise  à  Dieu 
vous  accorder  la  continuation  d'une  santé  qui  nous  est  si 

chère." 

M.  Desjardins  tenait  un  compte  exact  de  toutes  8v  h  démar- 
ches et  en  faisait  un  rapport  Adèle  à  l'évêquo.  Voici  ce  <ju  il 
écrivait  en  date  du  13  mai  suivant  : 

"  Quand  je  vous  ai  écrit  cet  hiver  par  la  voie  du  Mada- 
waska,  je  me  proposais  de  vous  donner  quelques  détails  rela- 
tifs a  la  côte  nord  (de  la  Baie)  ;  le  temps  ne  me  l'a  pas 
permis. 

"  J'ai  eu  le  plaisir  do  me  réunir  dernièrement  à  mes  deux 
confrères  à  Paspébiac  et  Bonaventure  (M.  de  la  Yaivre  et 
M.  Castanet),  où  nous  avons  conféré  des  dispositions  nou- 
velles que  nécessitait  l'arrivée  do  M.  de  la  Vaivre.  Il,abien 
voulu  ee  charger  do  Bonaventure,  raspébiac  et  Port- Daniel. 
Sa  santé  no  lui  permet  pas  d'écouter  son  zèle  et  d'étendre 
plus  loin  sa  mission.  M.  Castanet  me  remet  Nipissiquit,atten- 
du  la  grandeur  do  sa  mission.  Il  est  juste  qu'il  profite  du 
bienfait  dont  vous  avez  comblé  la  Baie,  Ristigouche,  Percé 
et  les  environs  me  restent  à  desservir. 

"  M.  Castanet  jouit  d'une  excellente  santé,  malgré  les  fati- 
gues inséparables  de  ses  voyages  d'hiver  ;  il  conserve  tou- 
jours l'aimable  caractère  que  vous  lui  connaissez. 


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—  172  — 

"  Notre  église  de  Carleton  est  en  grande  réparation  et 

doit  être  incessamment  refaite  à  neuf.    Un  coup  de  vent 

furieux  a  emporté  une  partie  du  toit.   J'ai  fiait  défaire  le 

reste,  et  nous  attendons  le  constructeur  des  églises  de  Bona- 

venture  et  de  Ristigouchc  pour  élever  la  nôtre  sur  le  même 

plan  ;  mais  nos  moyens  en  sont  faibles,  et  l'incertitude  pour 

la  pêche  prochaine  nous  donne  bien  quelques  inquiétudes. 

Si  Dieu  nous  conserve  le  zèle  et  le  bon  accord  que  j'admire 

dans  le  plus  grand  nombre  des  habitants,  j'espère  voir  la  fin 
de  cette  grande  entreprise. 

"  L'espérance  de  voir  cet  édifice  béni  de  vos  mains,  Mon- 
seigneur, est  un  grand  encouragement  pour  nous." 

Comme  on  le  voit  par  la  lettre  de  M.  Desjardins  un  désas- 
tre, sous  forme  d'un  furieux  ouragan,  si  commun  dans  cette 
partie  de  la  Baie  des  Chaleurs,  vint  fondre  au  commen- 
cement de  mars  1797,  sur  l'église  de  Carleton  encore  mal 
jointe  et  à  demi  terminée,  en  lui  enlevant  la  majeure  partie 
de  eon  toit,  et  en  disloquant  ses  membres  jusqu'en  sa  fonda- 
tion, la  rendit  inhabitable  et  impropre  au  culte.  Ce  fut  une 
dure  épreuve  pour  les  habitants  de  Carleton  qui  venaient  de 
faire  tant  et  de  si  grands  sacrifices  pour  sa  construction. 

Cette  rude  épreuve  no  les  découragea  point,  et  pleins  de 
confiance  en  la  sagesse  et  l'habilité  de  leur  missionnaire,  et 
do  cette  foi  vive  des  anciens  jours  qui  tend,  hélas  !  à  dispa- 
raît re,  surtout  lorsqu'il  s'agit  d'élever  des  temples  à  Dieu,ils 
se  mirent  incessamment  à  l'œuvre  et  le  12  mars,  dans  une 
assemblée  plenière  des  habitants  de  la  paroisse,  sous  la  pré- 
sidence de  M.  Desjardins,  après  invocation  du  Saint-Esprit, 
on  régla  ce  qui  suit  : 

Il  est  représenté  d'abord  par  M.  Desjardine  que  tous  les 
évenéments  viennent  de  Dieu,  qui  en  frappant  même  son 
église  nous  apprend  à  remonter  à  la  source  des  biens  et  des 
maux,  etc,  etc. 

Le  désastre  de  l'église  fait  le  sujet  de  beaucoup  de  réfle- 
xions ;  le  résultat  de  toutes,  c'est  qu'il  faut  arriver  à  une 


—  173  — 

prompte  reparation,  et  comme  toute  la  charpente  est  ébran- 
lée et  peu  solide,  le  parti  le  meilleur  et  qui  prévaut,  c'est 
qu'il  faut  refaire  entièrement  cette  bâtisse  et  provisoirement 
mettre  le  comble  à  terre.  Louis  Estiambro  s'offrant  d'ôter  le 
comble  moyennant  que  chaque  habitant  lui  donne  deux 
planches,  la  proposition  est  acceptée  de  part  et  d'autre. 

Décidé  que  l'office  se  fera  au  presbytère  on  attendant  la 
reconstruction  de  ce  grand  édifice  ;  tout  le  monde  promet 
de  contribuer  de  grand  cœur,  pourvu  quo  l'entreprise  soit 
confiée  en  de  bonnes  mains. 

On  autorise  M.  Desjardins  d'écrire  à  Georges  Deschemard, 
entrepreneur  de  l'église  de  Bonaventure,  pour  lui  proposer  de 
consolider  celle-ci,  en  changeant  le  sanctuaire  de  bout,  qu'il 
soit  à  l'est. 

On  promet  de  payer  le  quartier  des  bancs  de  l'église  quoi- 
que ce  quartier  ne  soit  pas  tout  à  fait  expiré. 

On  choisit  deux  syndics,  savoir  :  Claude  Landry  et  Jeun 
LeBIanc,  auxquels  Joseph  Boudreau,  marguillcr,  se  joindra 
pour  aviser  aux  marchés,  réparations  et  dépenses  convena- 
bles, de  concert  avec  le  prêtre-missionnaire,  pour  les  inté- 
rêts do  l'église. 

Une  souscription  volontaire  est  ouverlo,  afin  que  chacun 
puisse  contribuer  suivant  ses  moyens,  aux  frais  de  la  nou- 
velle église. 

On  promet  d'ajouter  10  clabords  par  habitant  à  la  portion 
déjà  fournie  et  de  donner  en  portion  du  temps  par  corvée 
chacun  son  tour  lorsque  l'on  on  sera  requis  par  les  syndics 
et  les  marguillers. 

Les  travaux  de  l'église  commencés  sous  des  auspices  si 
consolants,  furent  poussés  avec  vigueur  ;  et  grâce  à  l'admi- 
rable entente  et  la  bonne  volonté  des  habitants,  ils  furent 
terminés  au  mois  de  décembre  1798. 

Le  23  du  même  mois,  après  les  annonces  et  préparatifs 
convenables,  les  fidèles  de  la  paroisse  de  Carloton  étant  as- 


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semblés  an  son  de  la  cloche,  on  procéda  à  la  bénédiction 
solennelle  de  l'église,  sous  l'invocation  de  St  Joseph.  Cette 
cérémonie  digne  de  remarque,  ayant  été  accompagnée  de 
toute  la  pompe  convenable  au  temps  et  au  lieu,  fut  termi- 
née par  une  invitation  aux  paroissiens  de  continuer  leur  en- 
treprise, si  bien  commencée,  et  une  offrande  faite  à  l'église 
par  le  prêtre-missionnaire,  pour  en  encourager  la  parfaite 
décoration. 

Tout  le  monde  sa  retira  pleinement  satisfait,  pénétré  do 
zèle  et  de  reconnaissance  pour  la  gloire  de  Dieu,  sentiments 
bien  partagés  par  le  pasteur  du  fidèle  troupeau  et  le  chef  de 
cette  église  naissante. 

M.  Desjardins  avait  contribué  de  sa  bourse  aux  frais  de 
l 'église,  en  prêtant  aux  syndics  une  somme  assez  ronde  pour 
le  temps  (£65  11  3).  Aussi  pour  l'ornementation  du  temple 
et  la  pompe  des  cérémonies,  de  concert  avec  son  frère  le 
grand-vicaire  Desjardins.  Voici  d'ailleurs  la  liste  des  dons 
fait4»  à  l'église  de  Carleton  par  ces  3Iessieurs  : 

1  Tableau  de  St- Joseph  mourant,  assez  bon.  Un  autre  de 
la  Madeleine,  beau  pour  le  temps  ;  3  toiles  peintes  pour 
devants  d'autels,  figures  affreuses  ;  1  ornement  coraplet,vert 
et  violet,  avec  dalmatiques  ;  1  Calice  d'argent,  à  condition 
que  le  petit  qui  était  do  la  paroisse,  serait  à  l'usage  du  mis- 
sionnaire. Ce  calice  donné  par  M.  Desjardins  sert  encore  à 
l'autel  et  est  très  bien  conservé. 

1  Tabernacle  réparé  avec  2  petites  statues.  Ce  taberna- 
cle a  été  donné  plus  tard  à  l'église  St-Alexis  de  Matapédiao 
où  il  sert  encore.  1  Garnituro  de  six  grands  chandeliers  et 
la  croix  argentés.  4  grands  bouquets  et  1  grande  couronne. 
1  croix  processionale,  qui  sert  encore  à  la  mission  de  Saint- 
Louis  do  Gonzague,  1  croix  en  fer,  au  clocher,  2  grands- 
reliquaires  dorés,  qui  servent  encore,  1  Statue  de  St-Joseph 
dorée,  1  petite  couronne  du  St  Sacrement.  C'était  la  coutu- 
me alors  do  surmonter  l'ostensoir  d'une  couronne  durant 
l'exposition.    Ce  qui  est  contraire  aux  rubriques. 


M.  Desjardins  avait  un  grand  zèle  pour  la  maison  du  Sei- 
gneur et  s'efforçait  de  procurer  à  toutes  ses  mission»  les 
choses  les  plus  essentielles  au  culte.  C'est  À  lui  que  les  églises 
de  la  Baie  des  Chaleurs  et  de  la  Gaspésie  doivent  leurs  pre- 
miers tableaux  qu'il  avait  apportés  de  France. 

M.  Desjardins  fit  une  mission  dans  la  Gaspésic,durant  Tété 
de  1798.  Il  écrivait  de  Percé,  le  17  septembre  1798,  à  Mgr 
Plessis,  que  Mgr  Dcnaut  venait  de  choisir  pour  son  coadju- 
teur,  en  1797,  et  nommer  Vicaire-Général. 

"  J'ai  reçu  votre  consolante  lettre  du  19  juillet  dernier  au 
retour  de  mon  voyage  du  sud  (de  la  Baie  des  Chaleurs). 
Vous  connaissez,  j'imagine,  l'étendue  et  les  besoins  de  cotte 
mission  ;  ils  croissent  surtout  par  la  perte  réelle  que  nous 
venons  de  faire.  La  mort  du  cher  M.  Castanet  ne  justifie 
que  trop  vos  présagea  et  nos  craintes  ;  c'est  un  grand  deuil 
pour  Caraquet  et  pour  toute  la  Baie.  On  ne  peut  être  plus 
chéri,  ni  plus  universellement  regretté.  Je  vous  laisse  à  pen- 
sor  combien  ce  sacrifice  m'est  pénible  et  nous  cause  d'em- 
barras. 

"  La  Baie,  je  vous  assure,  ne  m'offre  plus  que  tristeeso  ; 
M.  de  la  Vaivre  est  aux  Invalides,  et  je  n'en  vaux  guèree 
mieux.  Quand  jugerez  vous  à  propos  do  nous  relever  de 

garde  ?  Vous  nous  faites  espéror  un  prêtre  pour  Caraquet  : 
quand  viendratil  ?  " 

Mgr  Plessis,  qui  s'intéressait  tant  aux  missions  de  la  Baie 
des  Chaleurs,  s'empressa  d'envoyer  M.  Joyer,  autre  prêtre 
français,  au  secours  de  M.  Deajardins  et  de  son  confrère  de 
Bonaventure.  Aussi,  M.  Desjardins  lui  en  témoigne  t-il  sa 
plus  v|ve  reconnaissance  dans  une  lettre  datée  du  20  février 
1799  : 

"  Qu'il  m'est  doux  et  consolant,  dit  il,  de  vous  entendre 
parler  de  notre  pauvre  Castanet  ;  et  que  j'envie  son  heureux 
sort  !  Votre  bon  suffrage  m'est  un  présage  rassurant  pour 
lui,  mais  effrayant  pour  moi  ;  car  je  suis  loin  de  lui  ressem- 
bler et  de  mériter  tout  ce  que  vous  mo  dites  d'obligeant. 


—  176  — 

"  L'arrivée  de  M.  Joyer  noua  a  fort  agréablement  surpris  ; 
il  justifie  à  tous  égards  le  jugement  favorable  que  vous  en 
avez  porté.  Nous  nous  accordons  à  le  croire  digne  d'occuper 
son  poste,  b'i  recommandante  par  les  vertus  du  cher  défunt  ; 
puisse-t-il  en  faire  revivre  les  rares  qualités  !  Ceet  un  sujet 
d'édification  et  de  réforme  pour  M.  do  la  Vaivre  et  pour  moi. 
Nous  craignons  uniquement  pour  M.  Joyer  que  ses  forces 
ne  répondent  pas  tout  à  fait  à  son  zèle  et  aux  besoins  de  «a 
pénible  mission  ;  mais  nous  lo  croyons  autant  prudent  qu'é- 
clairé, et  l'exemple  fatal  de  son  prédécesseur  lui  servira  sans 
doute  de  leçon  pour  ménager  ses  forces. 

"  Notre  église,  enrichie  de  vos  dons,  commence  à  prendre 
une  assez  bonne  tournure.  Nos  maîtres  chantres  se  sont  fort 
bien  parés  de  vos  chappes." 

Le  2  janvier  1799,  M.  Desjardins  présidait  une  assemblée 
des  habitants  de  la  paroisse,  pour  régler  d'une  manière  défi- 
nitive la  rente  des  bancs,  qui  jusqu'alors  se  faisait  bien  irré- 
gulièrement et  était  souvent  la  cause  de  troubles  et  de  divi- 
sions parmi  les  intéressés. 

Il  fut  réglé  .  1°  Que  les  dits  bancs,  auxquels  tous  les  fon- 
dateurs qui  ont  rempli  leurs  obligations  ont  un  droit  légi- 
time, demeureront  à  per  pétuité  dans  chaque  famille,  autant 
que  la  rente  annuelle  en  sera  payée  ou  qu'il  n'y  aura  point 
d'accidents  ou  causes  imprévues  pour  en  dispenser,  au  juge- 
ment du  prCtre  curé  et  des  marguillers  du  lieu. 

Cet  article  fut  annulé  peu  de  temps  après,  à  cause  des 
inconvénients  qui  en  résultaient  dans  une  paroisse  nouvelle. 

2°  Que  la  rente  des  dits  bancs  sera  de  5  scheilings  pour 
les  5  premiers  de  chaque  rang  ;  de  4  scheilings  pour  les  5 
suivants,  et  de  3  scheilings  pour  les  5  derniers,  payables  au 
plus  lard  dans  le  courant  du  mois  d'août,  au  moins  avant  la 
St  Michel,  chaque  année. 

3°  Qu'indépendamment  do  la  rente  annuelle  ainsi  fixée,  il 
sera  libre  à  chacun  de  mettre  à  l'enchère  pour  l'acquisition 
ou  entrée  du  banc  une  fois  payée. 


9 

> 


: 


4°  Que  la  rente  et  l'entrée  des  dits  bancs  seront  payées  en 
argent,  ou  en  effets  du  pays,  grains,  poisson,  et  au  prix  d'ar- 
gent, dans  le  cours  du  mois  d'août  prochain,  et  ainsi  chaque 
année,  entre  les  mains  du  marguiller  en  charge,  sous  peine 
de  perdre  son  bane  qui,  à  ce  défaut,  serait  mis  à  la  criée, 
après  deux  avertissements. 

5°  Que  l'église  fournira  elle-même  les  bancs,  et  qu'on  en 
tiendra  compte  eur  le  prix  d'achat  à  ceux  qui  s'en  procure- 
r  ont,  libre  aux  pères  de  famille  de  faire  mettre  leur  banc  au 
nom  d'un  de  leurs  enfants  ;  il  sera  également  libre  à  chacun 
do  sous-louer  des  places  dans  leurs  bancs  à  toute  personne  de 
la  paroisse  qui  n'aura  pas  refusé  do  contribuer  pour  quelque 
chose  à  l'église. 

Cet  article,  contraire  à  la  jurisprudence  paroissiale,  fut 
annulé  comme  abusif,  par  Mgr  IMessis,  lors  de  sa  première 
.  visite  à  Carleton. 

6°  Que  1rs  fondateurs  auront  un  droit  exclusif  aux  dits 
bancs  pour  chacun  un  ;  mais  que  les  dits  fondateurs,  une 
fois  remplis,  s'il  reste  des  bancs,  il  sera  libre  à  tout  le  monde 
de  mettro  det-sus  à  l'enchère,  même  aux  fondateurs  eux- 
mêmes,  si  un  banc  teul  ne  leur  suffisait  pas. 

Ces  règlements,  quoiqu'ils  ne  fussent  pas  on  tout  confor- 
mes au  droit  paroissial,  que  M.  Desjardins  ignorait,  étant 
arrivé  depuis  peu  au  pays,  avaient  cela  de  bon,  qu'ils  fai- 
saient cesser  les  contestations  et  mettaient  tin  aux  désordres 
qui  régnaient  alois  au  sujet  des  bancs. 

Cependant,  ces  règlements  furent  modifiés  un  peu  plus 
tard  par  M.  Desjardins.  Ainsi,  lo  19  mars  1799,  en  la  fôte 
de  St-Joeeph,  une  assemblée  de  paroiBBe  est  tenuo.  M.  Des- 
jardins présenta  à  rassemblée  les  modifications  suivantes, 
qui  furent  acceptées  et  conclues  de  part  et  d'autre  : 

1°  Que  la  perpétuité  des  bancs  étant  contre  l'usage  de 
l'Eglise  du  Canada  et  sujet  à  beaucoup  d'inconvénients,  les 
bancs  resteront  tels  qu'ils  ont  été  adjugés,  sauf  la  perpé- 


—  178  — 


tuité,  qui  est  aujourd'hui  annulée  ;  ainsi  on  se  conformera 
pour  les  dits  bancs,  autant  que  possible,  suivant  les  usages 
de  l'Eglise  du  Canada  pour  l'avenir. 

2°  Il  a  été  convenu  que  la  terre  do  l'église,  située  sur  le 
Cap,  entre  celles  de  M.  Rimphosae  et  de  Charles  Bourg,  sera 
vendue  à  George  Deschomard,  con  tracteur  de  l'église,  pour 
la  somme  de  trente  piastres,  à  payer  en  ouvrage  pour  Vé' 
glise,  si  toutefois  Monseigneur  l'évêque  y  donne  sou  consen- 
tement ;  eo  qui  sera  requis  pour  la  validité  du  marché. 

Monseigneur  ayant  refusé  son  consentement  à  ce  marché, 
la  vente  n'eut  pas  lieu. 

3°  Four  encouragement  et  reconnaissance  des  chantres  de 
l'église,  il  a  été  proposé  et  arrêté  que,  pendant  leur  vie,  ils 
auraient  une  place  dans  le  chœur,et  qu'a  leur  mort,il  seraient 
enterrés  dans  l'église,  qui  pourvoiora  à  leurs  irais  d'enterre- 
ment et  au  service  du  jour,  de  la  mauièrela  plus  convenable, 
pour  reconnaître  leur»  bons  offices  rendus  à  l'église. 

La  dernière  partio  de  ce  règlement  fut  déclarée  abusive  et 
annulée,  comme  contraire  à  la  jurisprudence  du  diocèse  de 
Québec,  par  Mgr  Plessis. 

4°  Arrêté  aussi  qu'on  fera  finir  le  jubé  et  qu'on  payera  un 
ouvrier  en  conséquence. 

Enfin,  dans  une  assemblée  de  paroisse  tenue  le  29  juin  de 
la  même  année,  on  passe  une  résolution  conformément  aux 
instructions  de  l'évêque  de  Québec,  à  l'égard  des  bancs  ; 
savoir  :  qu'ils  resteront  sur  le  prix  do  l'adjudication  une  fois 
payés  et  la  rente  annuelle,  sauf  qu'il  n'y  aura  point  de  per- 
pétuité. 

Dans  le  courant  de  l'été  1799,  M.  Desjardins  se  rendit  à 
Québec,  dans  les  intérêts  de  ses  missions.  Do  retour  dans  la 
Gaspésie,  au  mois  d'octobre,  il  adressait  une  lettre  à  Mgr 
Plessis,  en  date  du  6. 

"  Vos  sages  conseils,  lut  dit-il,  m'ont  un  peu  rassuré,  et 
vos  bonnes  prières  boaucoup  protégé  dans  mon  heureux 


—  179  — 

retour.  Trois  jours  passas  à  l'Ile-aux-Grues,  et  quatre  pour 
nous  rendre  ici,  voilà  l'histoire  de  notre  voyage,  qui  n'offre 
rien  d'intéressant  que  la  joie  de  l'équipage  et  la  sensibilité 
du  capitaine,  surtout  lorsqu'on  parlait  de  vous,  sujet  trop 
agréable  pour  ne  pas  y  revenir  à  plusieurs  fois. 

"  Je  me  félicite  plus  que  jamais  d'avoir  repris  le  chemin 
de  la  Baie,  et  il  me  semble  que  c'est  un  plaisir  assez  partagé 
par  mes  bonnes  âmes  ;  puissé-jo  répondre  à  leur  espoir  et 
au  vôtre  !  J'ai  besoin  de  votre  indulgence  et  de  vos  prières  ; 
je  les  réclamo  avec  instance.  La  bonté  très  affectueuse  avec 
laquelle  vous  avez  bien  voulu  me  recevoir  chez  vous  ot  m'y 
mettre  si  à  mon  aiso  me  pénètre  de  la  plus  vive  reconnais- 


"  Vous  croirez  aisément  qu'il  m'en  a  un  peu  coûté  de 
quitter  Québec,  un  frère  et,  j'ose  dire,  des  pères  ;  dos  amis 
tels  que  ceux  que  j'ai  trouvés  en  vous  et  M.  Gravé  méritaient 
bien  quelques  regrets.  J'ai  accepté  cette  mission  de  votre 
main  avec  une  nouvelle  joie  ;  je  vais  me  mettre  en  hiverne- 
mont  à  Carleton.  Je  me  propose  do  revenir  do  grand  prin- 
temps (en  Gaspésie),  pour  passer  ensuite  l'été  à  Kistigou- 

che,  y  cultiver  un  peu  mes  sauvage-»  et  des  patates,  s'ils 
peuvent  en  avoir  à  planter." 

Les  Acadiens  do  Carleton,  commo  leurs  cousins  canadiens, 
avaient  conservé  le  caractère  pas  toujours  facile  que  l'on 
retrouve  partout  où  la  race  française  s'est  implantée.  Ils 
n'étaiont  pas  exempts  des  défauts  propres  à  leur  race.  Une 
certaine  légèreté  d'esprit,  qui  s'inspire  souvent  bien  plus 
volontiers  des  impressions  présentes  que  des  prévisions  de 
l'avenir  ;  une  vanité  individuelle  qui,  dans  le  commun  de  la 
vie,  rend  souvent  insupportables  les  uns  aux  autres  ;  un 
grand  amour  de  la  critique  et  du  commérage,  avec  une  jalou- 
sie innée  de  ses  voisins  ;  enfin,  un  penchant  trop  prononcé 
pour  les  procès  et  la  chicane,  a  propos  de  rien  et  à  propos  de 
tout  ;  voilà  en  quelques  mots  lo  caractère  propre  à  notre 
race. 


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M.  Desjardins,  qui  souffrait  intérieurement  de  ces  désor- 
dres, voulut  prendre  un  moyen  très  efficace  pour  guérir  le 
mal  dee  divisions  intestines,  des  procès  entre  voisins,  qui 
menaçaient  l'existence  de  la  fortune  des  habitants  de  aa- 

LeOaoût  1801,  il  réunit  en  assemblée  plénière  tous  les 
habitants  de  Carleton,  dans  l'église  du  lieu,  à  l'effet  de  pren- 
dre des  mesures  nécessaires  pour  faire  cesser  les  procès  rui- 
neux. Voici  ce  document  important  : 

Les  habitants  de  Carleton,  convoqués  en  assemblée  de 
paroisse,  il  a  été  proposé,  sur  la  représentation  du  prêtre- 
missionnaire,  qu'il  serait  fort  à  propos  de  prévenir  toute 
espèce  de  procès  entre  les  habitants  du  dit  lieu  et  régler  cha- 
ritablement par  arbitres  tous  les  différends  qui  pourraient 
survenir,  de  choisir  trois  syndics  parmi  les  anciens  de  la 
paroisse,  d'un  caractère  approuvé,  pour  décider  et  arranger 
entre  eux  toutes  les  affaires  qui  seront  de  leur  ressort. 

Conséquemment,  Olivier  Bariault,  père,  Claude  Landry  et 
Jean-Charles  Landry  ont  été  élus  à  la  pluralité  des  voix,  et 
ils  ont  promis  de  se  conformer  aux  sages  règlements  qui 
seront  faits  pour  déterminer  leurs  fonctions  et  les  indemniser 
de  la  perte  de  leur  temps,  selon  les  circonstances  à  venir. 

L'assemblée  a  été  terminée  par  une  tendre  invitation  de  la 
part  du  pasteur  a  tous  les  paroissiens  de  persévérer  dans  la 
paix  et  la  charité,  et  de  conserver  pour  lui  un  attachement 
qu'il  a  témoigné  lui-même  ressentir  pour  son  troupeau. 

Dans  cette  même  assemblée,  les  marguillers  ayant  désiré 
reconnaître  les  services  et  les  présents  considérables  des 
Messieurs  Dus  jardins  en  faveur  de  leur  église,  ont  proposé  la 
fondation  de  deux  messes  basses  annuelles  à  perpétuité  pour 
leur  famille,  aux  frais  de  la  fabrique,  l'une  le  20  mars,  l'autre 
le  1er  mai,  et  qu'elles  seront  recommandées  au  prône. 

La  vive  reconnaissance  des  marguillers  et  de  tous  les  habi- 
tants se  serait  portée  à  des  témoignages  encore  plus  géné- 


reux  et  bien  plus  étendus  envers  Mcssires  Desjardins,  s'ils 
n'avaient  été  retenus  par  la  juste  modération  de  leur  pas- 
teur, qui  s'e9timait  très  heureux  d'avoir  pu  mériter  un  sou- 
venir durable  dans  les  prières  d'une  paroisse  qui  lui  était 
très  chère,  et  qu'il  ne  quitta  pas  sans  le  plus  profond  regret. 

En  effet,dans  l'automne  de  1801,  M.  Desjardins  dut  quitter 
Carleton  et  ses  chères  missions  de  la  Baie  des  Chaleurs.  Sa 
faible  santé  ne  lui  permettait  plus  de  supporter  les  tatiguea 
et  les  dangers  de  ces  longues  et  pénibles  missions. 

De  retour  à  Québec,  Mgr  Denaut  le  plaça  à  la  cathédrale, 
auprès  de  son  ami  et  protecteur  Mgr  Plessis.  Ce  prélat  avait 
une  affection  particulière  pour  cette  généreuse  phalange  de 
prêtres  français,  victimes  de  la  révolution,  qui  avaient  pré- 
féré l'exil  que  de  prêter  serment  à  la  constitution  civile  du 
clergé.  En  quittant  la  France,  M.  Desjardins  avait  renoncé 
à  un  canonicat  dans  la  cathédrale  de  Bayeux. 

M.  Desjardins  devint  curé  d'office  de  la  cathédrale  de 
Québec,  et,  peu  de  temps  après,  il  fut  nommé  chapelain  d  e 
l'Hôtel -Dieu  de  Québec. 

Cependant,  l'ancien  missionnaire  de  la  Gaspésie  et  de  la 
Baie  des  Chaleurs  continua  de  s'occuper  de  ses  chères  mis- 
sions, dont  il  s'était  constitué  le  procureur  et  le  pourvoyeur 
bienfaisant.  Connaissant  leurgranle  pauvreté  et  leur  dénué  - 
meut,  il  ne  manquait  jamais  de  mettre  à  bord  des  bateaux 
pêcheurs  qui  retournaient  après  avoir  vendu  leur  cargaison, 
des  objets  de  toutes  sortes  pour  les  églises,  du  linge,  des  orne- 
ments et  jusqu'à  des  tableaux,  dont  plusieurs  avaient  quelque 
valeur  au  point  de  vue  de  l'art.  C'est  dans  l'exercice  de  cette 
charité  qu  il  passa  les  nombreuses  années  de  son  séjour  4 
Québec. 

Arrivé  à  l'âge  de  80  ans,  il  parlait  encore  avec  bonheur  du 
ministère  qu'il  avait  exercé  au  milieu  des  plus  abandonnés. 

Voici  en  quels  termes  parlait  de  ce  vénérable  vieillard  M. 
Doucot,  missionnaire  à  Percé,  en  1845  : 


—  182  — 

"  Le  vénérable  M.  Desjardins  ne  cesse  de  peneer  à  noua  :  il 
noua  écrit  souvent.  II  nous  envoie  de  petits  présents  pour 
noua  encourager  ;  il  me  dit  qu'il  quête  pour  nous  le  spiri- 
tuel et  le  temporel.  Je  souhaite  ardemment  que  Dieu  con- 
serve ses  jours  ;  car  certainement,  nous  perdrons  beaucoup 
en  le  perdant  (20  déc.  1845). 

"  L'économe  de  nos  missions,  dit  le  même  missionnaire,  se 
montre  jaloux  de  partager  avec  Votre  Grandeur  le  bonheur 
de  procurer  la  gloire  de  Dieu  en  embellissant  ses  temples  ; 
le  même  bâtiment  qui  a  apporté  vos  effets  a  au*si  reçu  à  mon 
adresse  une  caisse  préparée  par  ses  soins  et  remplie  de  diffé- 
rents articles  pour  nos  missions.  C'est  un  grand  encourage- 
ment pour  moi  dans  la  tâche  do  réparer  les  chapelles  et  de  les 
munir  convenablement  de  tout  ce  qui  concerne  le  culte." 
(24  août  1846). 

Le  31  août  1848,  M.  Desjardins  s'éteignait  pieusement  dans 
le  Seigneur,  plein  de  jours  et  de  mérites,  à  l'âge  avancé  de  82 
ans  et  demi,  et  fut  inhumé  dans  l'église  de  l'Hôtel- Dieu  de 
Québec. 

L'aubé  E.-P.  Cholinàrd 

N.  B. — Mgr  Tunguay,  dans  le  Répertoire  du  clergê]cana~ 
dien,  dit,  en  parlant  de  M.  Desjardins  :  "  Il  a  longtemps 
porté  lo  nom  de  Desplantes  ;  il  n'a  pris  celui  de  Desjardins 
qu'à  la  mort  de  son  frère." 

C'est  uno  erreur.  A  son  arrivée  en  lu  Gaspésie,  M.  Des- 
jardins signe,  conjointement  avec  son  frère,  le  grand-vicaire 
DeBjardinp,un  acte  de  baptême  fait  par  Mgr  Hubert,à  Gaspé, 
le  31  juillet  1795,  de  son  vrai  nom  de  Desjardins,  et  ainsi 
dans  tous  les  cahiers  et  registres  de  ses  missions  qu'il  a  lais- 
sés. 

E.-P.  C. 


REPONSES 


La  pitié  ancienne  carte  du  Canada,  (VI,  V, 

719). — Aux  yeux  de  nos  historiens,  la  plus  ancienne  carte  du 

Canada  est  celle  d'Aubert,  qui  date  de  1508  à  peu  près,  mais 

elle  no  montre  que  l'entrée  du  Saint-Laurent  tandis  que  la 

belle  pièce  dont  je  vais  parler  nous  mène  jusqu'à  Montréal , 

en  1546.  Elle  fut  dessinée  par  un  prêtre,  Pierre  Desceliers, 

l'un  des  créateurs  de  l'hydrographie  française.  Il  est  visible 

que  l'auteur  y  a  travaillé  avec  conscience,  tout  en  se  trom  - 
pant  parfois. 

Les  rivagos  de  nos  provinces  maritimes  sont  chargés  de 
noms,  preuve  que,  déjà,  ils  étaient  fréquentes  par  les  Euro- 
péens. Les  formes  de  l'Acadio  do  la  baie  de  Fundy  sont  mal 
déterminées.  L'ensemblo  du  groupe  y  compris  lo  Nouvoau- 
Brun&wick,  porte  le  nom  de  "  terre  des  Bretons."  Il  y  a  le 
nom  de  "  cap  Breton."  Le  "  cap  Despoir  "  est  placé  près  de 
l'entrée  sud  do  la  baie  des  Chaleurs. 

Remontant  lo  fleuve,  rive  sud,  on  voit  lo  mot  "  Canada  " 
dans  les  terres,  au  sud  de  l'île  d'Orléans. 

A  la  rivièro  Chaudière  estlo  mot  "  Languillo."  Le  torme 
11  Cap,"  tout  soul,  figure  à  peu  près  où  se  trouve  le  cap  à  la 
Kocho,  près  Lotbinière  le  même  que  le  "  cap  à  l'Arbre  "  du 
X  Vile  siècle. 

La  rivièro  Chambly  est  tracée,  mais  pas  de  nom. 

Via  à  vis  ce  que  je  crois  être  l'île  Sainte-Hélène,  on  lit  : 
"  St-Malo."  C'est  Longueuil  à  présent. 

L'île  de  Montréal  n'est  point  indiquée.  La  jonction  de 

l'Ottawa  avoc  lo  St-Laurent  est  nette  mont  visible.  Ces  deux 

cours  d'eau  ne  remontent  pus  loin  au  delà  de  Montréal  sur  la 

carte  en  question.  Il  va  sans  dire  que  les  grands  lacs  sont 
inconnus. 

Descendant  lo  fleuve,  rive  nord,  la  première  inscription 
qui  se  présente  est  "  Le  Sault,"  c'est-à-dire  le  courant  Sainte- 
Marie,  entre  l'île  Sainte  Ilélène  et  l'île  do  Montréal. 


—  184  — 


Vers  Lanoraie  est  écrit  :  "  terre  Jacob." 
Les  Ile  du  "  lac  d'Angoulème  "  (Saint  Pierre)  sont  au  nom 
bre  de  dix. 

Une  rivière  qni  doit  être  la  Maskinongé,  venant  d'assez 
loin  dans  les  terres  se  décharge  au  lac. 

Ensuite  on  voit  "  Mont  de  proy,"  comme  pour  désigner 
les  coteaux  des  Trois- Rivières,  vus  de  la  Pointe  du  Lac. 

La  désignation  de  "  R.  de  Fouez,"  d'après  l'orthographe 
do  Cartier,  se  voit  i  l'endroit  où  devrait  être  marqué  le 
Saint-Maurice,  car  cette  rivière  est  totalement  omise. 

A  mi-chemin  entre  Trois-Rivières  et  Québec,  on  lit  "Oche- 
laga."  C'est  plutôt  le  lieu  que  Cartier  nomme  "  Achelacy." 

Nous  arrivons  à  "  Franceroy,"  aujourd'hui  Cap  Rouge  à 

la  sortie  de  la  rivièro  Jacques-Cartier.  C'eBt  le  Bite  du  campe* 

ment  ou  fort  établi  par  Cartier  on  1541  et  habité  par  Rober 
val  l'année  suivante. 

Tout  auprès  de  ce  lieu,  mais  dans  les  terres  est  esquissé 
un  château  fort,  évidemment  bien  plus  pompeux  que  ne  l'é- 
taient les  palissades  plantées  par  nos  deux  navigateurs.  Au 
rivage,  il  y  a  "  Sainte  X,"  voulant  dire  "  Sainto-Croix  "  nom 
donné  alors  à  la  rivière  Jacques-Cartier. 

"  Stadac  "  est  mis  pour  l'abréviation  de  "  Siadaconné,"  à 
l'endroit  de  la  ville  de  Québec. 

Avantquo  de  descendre  jusqu'à  "  VedeCoudre  "  que  Cartier 

avait  appelée  "  L'IsIe  ès  Coud  res,"  on  rencontre  "  Agob  

arda  "  ou  quelquo  chose  de  ce  genre,  inintelligible  pour  moi. 

La  "  R.  du  Saguenay  "  est  fortement  tracée  ;  elle  fait  une 
courbe  au  sud  et  se  prolonge  jusque  derrière  Lanoraie.  Là 
se  trouve  la  figure  en  pied  de  Roberval,  avec  une  compagnie 
de  soldats.  Je  suppose  que,  faute  de  place  disponible  dans  le 
voisinage  de  Franceroy  le  dessinateur  a  choisi  un  espace  en 
blanc  pour  mettre  hou  petit  tableau.  Sous  les  pieds  des  sol- 
dats est  écrit  :  "  Le  Sagnay  "  en  grosses  lettres.  On  cro- 
yait, en  effet,  que  le  Saguenay  était  un  royaume  du  nord, 
situé  entre  lea  rivières  Saguenay  et  Ottawa. 


—  185  — 


Au  nord  do  Tadoussac  e*>t  éVriten  gmnles  lettres  "  Oche- 
laga."  Cartier  D'applique  ce  nom  qu'à  Montréal. 

On  retrouve  le  mot  "  Cunada  "  aux  environs  de  la  rivière 
Betsiamite.  C'est  vers  ce  lieu  que  Cartier  signalait  lo  commen- 
cement du  "  pays  de  Canada,"  lorsqu'il  entra  dans  le  grand 
fleuve,  en  1535. 

La  copie  que  j'ai  mous  les  yeux  est  d  <  quatre  ou  cinq  fois 
moins  grande  que  l'original.  Nul  doute  que  cette  pièce,  ou 
une  bonne  copie,  de  la  même  dimen*ion,  me  révélerait  d'au- 
très  détails  qui  passent  inaperçus  dans  la  copie  restreinte  que 
je  possède.  Benjamin  Sulti 

Les  uniformes  français  au  Canada  sous 
Montcalm*  (111,  II,  290).— Voicj  un  extrait  d'une  lettre 
que  M:  Alfred  Garneau,  d'Ottiwa,  madré**,  en  réponse  a 
à  une  demande  que  je  lui  fis  pour  renseignements  sur  les 
divers  costumes  des  militaires  qui  servirent  au  Canada  en 
1756.  J'avais  soumis  à  ce  savant  antiquuire  des  lettres  reçues 
à  ce  sujet  de  la  part  d'un  historien  des  Etats-Unis.  Mes  loi- 
sirs as*es  rares  à  cette  époque  et  surtout  I'ab«ence,  dans  ma 
bibliothèque,  d'ouvrages  sur  cette  question, m'avaiont  rendu 
impossible  lea  recherches  nécessaires  pour  éclaicir  ce  point 
d'histoire.  Je  comptais  avec  raison  que  mon  érudit  ami  trou- 
verait tous  les  renseignements  nécessaires  dans  la  vacte  biblio- 
thèque parlementaire  d'Ottawa. 

La  réponse  do  M.  Garneau  a  trait  aut  régiments  français 
qui  plus  tard  prirent  part  à  la  campagne  du  Canada. 

Je  livre  avec  plaisir  ce*  notes  aux  chercheurs  qui  savent 
apprécier  les  Rechcrcfie*  Historiques. 

J.-M.  LXMOINE 

"  Je  vou*  dirai  que  les  régiments  en  question  su  nommaient 
La  Reine,  Languedoc,  Guienne,  Biarn,  La  Sarre  et  Royal 
Roumllon.  Je  ne  pense  pas  qu'il  y  eut  d'autres  troupes  que 

des  détachements  de  la  marine  et  des  milices  dans  toute  la 
vallée  de  l'Ohio. 


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—  1*6  — 


u  Quoiqu'il  en  toit,  void  quel*  étaient  les  costume*  et 
1756. 

"  Les  six  régiments — comme  au  reste  toute  l'infanterie 
française  — portaient  le  même  uniforme  qui  était  gris-blanc 
Ils  ne  se  dUti  nguaient  entre  eux  que  par  la  couleur  de*  ^anr- 
ments.  la  coupe  de  la  poche  de  I  habit,  la  couleur  des  bou- 
tons, etc.  en  commençant  par  V  La  queue  que  Ton  portait 
poudrée  à  blanc  : 

T  Le  chapeau,  petit  tricorne  noir,  bordé  de  jaune  ou  de 

blanc  (d'or  ou  d'argent;  peut-être  avec  une  cocarde  sur  les 
retroussés. 

u  La  Sarre,  Languedoc,  Royal  Roupillon,  Guyenne  et 
Kearo  portaient  la  bordure  jaune  ;  La  Reine,  bordure  blan- 
che. Les  Grenadiers  portaient  le  bonnet  d'oursin  avec  fond 
de  drap  de  la  couleur  distinctive,  orné  de  glands  blancs  ou 
jaunes. 

"  Les  troupes  en  Canada  avaient-elles  un  autre  chapeau 
pour  l'biver  ?  Je  l'ignore. 

"3°  Le  col  noir  «'attachant  derrière  le  col  avec  une  bou- 
cle, avait  les  parements  rouges  et  les  boutons  jaunes.  Le 
régiment  de  la  Reine  avait  le-  parements  rouges  et  les  bou- 
tons bleus.  Point  de  revers  aux  habits. 

"  En  Canada,  les  soldats  portaient,  pendant  l'hiver,  un 
capot  avec  capuchon,  pardessus  l'habit. 

"  5°  La  veste  (à  manches),  qui  descendait  jusque  sur  les 
cuisses.  De  la  même  couleur  que  1  habit  jusqu'en  1757. 

"  J'ai  lu  dans  le  livre  De  Montcalm  en  Canada  que,  lors- 
qu'ils partaient  l'été  en  expédition,  nos  soldats  "  laissaient 
leurs  vestes." 

"  6°  La  culotte,  comme  l'habit  de  la  veste,  était  grise. 

"  7°  L'infanterie  portait  la  guêtre.  Cette  guêtre,  qui  mon- 
tait au-dessus  du  genou,  était  de  toile  blanche,  avec  jarre- 
tière et  boutons  noirs.  Lorsque  les  soldats  ne  portaient  pas 

la  guêtre,  ils  avaient  des  bas  longs,  de  la  couleur  des  pare- 
ments, je  crois. 


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"  Nos  troupes,  on  campagne,  avaient  des  mitasses,  qui 
servaient  de  guêtres. 

"  8°  En  été,  elles  portaient  des  soulier*  de  peau  de  bœuf 
tannée  ;  en  hiver,  des  souiera  de  chevreuil  à  la  manière  sau- 
vage. 

"  L'année  1757  vit  changer  la  couleur,  mais  non  la  coupe 
de  l'uniforme  en  France. 

"  Le»  gravures  me  donnent,  pour  nos  six  régiments,  les 
enluminures  que  voici  : 

M  Royal  Rousuillon,  La  Surreet  Languedoc  :  habit  blanc, 
collet  et  parements  bleus,  doublure  blanche  aux  retroussés 
des  basques,  veste  rouge,  boutons  jaunes. 

"  Béarn  et  Guienne  :  habit  blanc,  collet,  paiements  et 
veste  rouges,  retroussés  blancs,  boulons  jaunes. 

"La- Heine:  habit  blanc,  collet  et  paremonts  rouges, 
retroussés  blancs,  veste  bleue,  boutons  blancs. 

"  Je  ne  puis  dire  à  quelle  époque  ces  régiments  ont  pris, 
en  Canada,  le  nouvel  uniforme,  ni  même  s'ils  l'ont  jamais 
porté. 

"  Je  passe  maintenant  au  costume  des  troupes  do  la  marine. 
D'après  une  gravure  du  livre  Costumes  militaires  français, 
l'uniforme  des  soldats  des  régiments  de  la  marine  (l'infan- 
terie) consistait,  en  1756,  en  un  habit  gris-blanc,  à  parements 
noirs  et  à  boutons  jaunes  ;  veste  et  culotte  gris  blanc. 

"  En  1757  :  habit  blanc,  parements  et  collet  noirs,  boutons 
jaunes,  veste  rouge,  culotte  blanche. 

"  Je  lis,  dans  l'ouvrage  que  j.»  viens  de  citer,  qu'il  y  avait 
aussi  des  Compagnies  franches  de  la  marine,  dont  voici  le 
costume  en  1755  :  habit  blanc,  doublure  bleue  ;  veste, 
culotte  ot  bas  bleuB  jarretière  blanche,souliers  à  boucles,cha- 
peau  noir  bordé  de  jaune,  avec  cocarde. 

"  Les  milices  canadiennes  avaient-elles  un  uniforme  ? 

"  Je  n'en  sais  rien.  Mes  recherches  sur  ce  point  ont  été 
vaines. 


—  188  — 


"  En  France — année  1757 — les  milice*  étaient  habillées  de 
gris-blanc  :  habit,  vente  et  culotte  étaient  de  cette  couleur, 
guêtres  blanches  avec  jarretière  et  boutons  noirs.  Le  cha- 
peau (grand  tricorne)  avait  une  bordure  blanche.  L'habit 
était  déboutonné  et  le  ceinturon  sur  la  veste. 

"  Dans  tous  ces  corps,  les  capitaines  ne  paraissent  se  dis- 
tinguer des  soldats  que  par  le  hausse- col  et  l'esponton.  Le 
hausse  col  était  "  une  petite  plaque  en  forme  de  croissant  et 
bombé  de  cuivre  doré,  que  les  officiers  d'infanterie  portent 

au-dessous  du  cou,  lorsqu'ils  sont  de  service  actuel  "  (Diet, 
de  V Académie). 

"  A  la  bataille  du  Malengueulé,  Beau  jeu,  "  en  habit  de 
chasseur  canadien,"  était  distingué  par  son  hausse-col  d'offi- 
cier (Notice  sur  Daniel  Hyacinthe- Marie- Lienard  de  Beau- 
jeu,  par  John  Gil.  Shea). 

"  En  1756,  les  capitaines  et  les  officiers  supérieurs  d'infan- 
terie portaient  des  espontons  (demi -piques),  longs  de  8  à  9 
pieds,  excepté  ceux  des  Grenadiers,  qui  portaient  le  fusil. 
Les  lieutenants  et  autres  officiers  subalternes  avaient  le  fusil 
à  baïonnette  et  la  giberne  (qui  s'appelait  alors  la  cartouche) 
sur  le  devant  du  ceinturon  de  leur  épée. 

"  Les  sergents  avaient  une  hallebarde,  excepté  ceux  des 

compagnies  de  grenadiers,  qui  portaient  le  fusil. 

"  L'armement  du  soldat  consistait  en  un  fusil,  une  épée  et 
une  baïonnette. 

"  L'épée  est  à  poignée  de  cuivre  jaune  ;  elle  est  suspendue 
sur  la  hanche  gauche,  à  une  buffeterie  blanche,  et  s'allonge 
obliquement  en  arrière  ;  un  peu  au-dessus  est  accrochée  au 
même  ceinturon  la  gaine  de  la  baïonnette,  posée  de  travers 
comme  l'épée.  Une  bandoulière  blanche  passe  sur  la  poi- 
trine de  gauche  à  droite  et  soutient  la  cartouche  (giberne), 

"  Quoiqu'on  se  servit  depuis  quelques  années  de  cartouches 
pour  amorcer  et  charger,  plusieurs  régiments  portaient  en- 
core des  poires  à  poudre  suspendues  à  leurs  gibernes  ou  à 
leur  bandoulière'1  (Costumes  militaires  français). 


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—  189  — 


!  I 


"  J'allais  oublier  de  décrire  l'uniforme  du  corps  royal  ^ar- 
tillerie. Je  crois  qu'e  n  1756,  comme  en  1747,  il  consistait  en 
un  babit  bleu,  doublé  et  parementé  de  rouge,  en  une  veste 
et  une  culotte  rouges,  et  des  guêtres  blanches  avec  jarretières 
noires,  ou  do  longs  bas  rougts,  avec  jarretières  jaunes. 

"  L'armement  des  officiers  consistait  en  une  épée  ;  les  ser- 
gents avaient  la  hallebarde.  "  Les  artilleurs,  quoiqu'ils  eus- 
sent des  fusils,  ne  les  portaient  presque  jamais  ;  i's  ne  gar- 
daient que  l'épée." 

"  Voilà  tous  les  renseignements  que  j'ai  pu  ramasser  ; 
je  vous  les  envoie  pôle-môle,  regrettant  n'avoir  pas  le  temps 
de  les  coordonner. 

"  Si  je  déterrais  quelques  nouveaux  détails,  je  m'empres- 
serais de  vous  los  passer. 

"  Vous-même,  monsieur,  si  vous  savez  quel  était  le  cos* 
tumo  de  nos  troupes  coloniales  canadiennes,  "  troupes  fran- 
ches milices,"  je  vous  prie  d'être  si  bon  que  de  m'en  faire 
part.  Je  suis  curieux  de  le  connaître. 

"  Alfrkd  Garneau." 

Le  Dr  Wolf  red  Nelson.  (IV,  V,  455).—  Le  doc- 
teur Wolfred  Nelson  est  sans  contredit  l'un  dee  hommes  dont 
le  nom  s'est  trouvé  le  plus  souvent  mêlé  aux  événements  po- 
litiques du  pays. 

-  Il  commença  sa  carrière  en  qualité  de  chirurgien  dans  un 
bataillon  levé  dans  le  district  de  Richelieu,  dans  la  guerre 
de  1812.  Il  entra  dans  la  vie  publique  active  en  1827  et 
représenta  la  ville  de  Sorel  en  parlement. 

Plus  ta  rd  il  se  dévoua  exclusivement  à  la  pratique  de  sa 
profession  et  plaça  des  capitaux  dans  des  entreprises  indus- 
trielles. 

En  1832,  il  fut  un  des  Canadiens  les  plus  ardents  de  cette 
époque  à  résister  aux  tyrannies  métropolitaines. 

Quand  l'infâme  politique  due  aux  conseils  d'un  Ogden  eût 
décidé  de  pousser  à  bout  une  population  tranquille  et  loyale, 


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—  190  — 


mais  qui  voulait  maintenir  intacts  doe  droits  reconnus  de- 
puis comme  inviolables  et  sacrés,  il  se  rangea  du  côté  dos 
opprimés  et  offrit  la  résistance  d'abord  passive,  puis  active 
à  laquelle  la  duplicité  de  la  politique  coloniale  poussait  la 
population. 

En  novembre  1837,  apprenant  qu'un  corps  de  troupes  ve- 
nait de  Sorel  à  St- Denis  pour  l'appréhender  au  corps  ainsi 
que  plusieurs  autres  canadiens  marquants,  il  accepta  le  com- 
mandement de  cette  poignée  de  braves  qui,avec  120  mauvais 
fusils  et  sang  artillerie.repoussèrent  un  régi  ment  de  ligne  sous 
les  ordres  du  colonel  Gore. 

La  défaite  de  Saint  Charles  deux  jours  après,Ie  força  ainsi 
que  ses  amis,  de  renoncer  à  toute  idée  de  résistance,  et  il  es- 
saya de  se  sauveraux  Etats  Unis  mais  sa  tête  avait  été  mise 
à  prix  et  il  fut  arrêté  duns  sa  fuite,  épuisé  de  fatigue  et  de 
faim  dans  les  bois.  Ramené  en  prison,  il  s'y  montra  ferme  et 
sut  s'attirer  le  respect  des  séïdes  du  gouvernement.  Il  fut 
l'un  des  huit  qui  furent  illégalement  condamnés  à  l'exil  par 
lord  Durham.  Après  la  disgrâce  de  celui-ci  il  revint  aux 
Etats  Uni*  et  s'établit  à  Plattsburg. 

Avec  le  nolle  prosequi  de  1843  il  revint  eu  Canada  et  s'éta- 
blit à  Montréal,  en  1844. 

La  sympathie  publique  se  manifesta  en  sa  faveur  de  plu- 
sieurs manières,  et  il  fut  élu  membre  de  l'assemblé  Législa- 
tive. Il  suivit  le  parti  libéral  d'abord  avec  zèle  et  sincérité. 

La  lutte  qui  survint  entre  M.  Papineau  et  M.  Lafontaine, 
quand  celui-ci  commença  à  faire  du  libéralisme  conservateur 
et  se  rejeta  dans  la  politique  rétrograde,  vit  le  Dr  Nelson, 
oubliant  trop  ses  antécédents,  faire  une  guerre  acharnée  à 
AL  Papineau,  simplement  pour  essayer  de  déconsider  ce 
grand  citoyen  au  profit  du  parti  du  paesé,  et  se  mettre  mal* 
heureusement  en  contradiction  avec  lui-même  sur  les  évé- 
nements de  1837.  Cette  lutte  lui  fit  perdre  beaucoup  de  sym- 
pathies dans  le  pays,  et  il  sortit  de  la  vie  publique  en  1S54. 


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—  191  — 

Cette  même  année  il  fut  élu  maire  do  Montréal  et  le  fut  deux 
an». 

Après  sa  sortie  de  charge  il  fat  créé  inspecteur  des  pri- 
sons^ituation  dans  laquelle  il  arendn  d'importants  services. 

A  partir  du  1861,  la  santé  du  Dr  Nelson  commença  à  dé- 
cliner et  le  mercredi  17  juin  18G3  il  rendait  le  dernier  sou- 
pir à  sa  résidence  a  Montréal  No.  21,  Petite  rue  Saint-Jac- 
ques, âgé  de  71  ans.  L'enterrement  eut  lieu  àSorelle  samedi, 
20  juin  suivant,  dans  l'après-midi.  Ed.  Aubé 

Lea  "  home  boat*."  (VI,-  V,  717.)— Les  horse  boats 
étaient  utilisés  pour  la  traversée  entre  Québec  et  Lévis,entre 
Québec  et  Montréal,  entre  Montréal  et  Longueuil,  et  en 
quelques  autres  localités.  Ils  avaient  la  prétention  d'être 
plus  rapides  que  les  bâtiments  à  voiles,  ou  du  moins  plus 
commodes  qu'eux,  lorsque  surtout  la  briso  ne  soufflait  d'au» 
cun  côté. 

L'ancienne  génération  se  rappelle  encore  parfaitement  ce 
mode  primitif  de  navigation,  qui  fut  longtemps  en  usage  et 
quo  les  progrès  envahissants  de  la  science  mécanique  devaient 
faire  disparaître. 

Le  mécanisme  des  horse  boats  était  assez  ingénieux,  quoi- 
que fort  simple.  Le  bateau  portait  de  chaque  côté  des  roues 
à  palettes  mises  en  branle  par  quatre  ou  six  chevaux  qui 
tournaient  autour  d'un  gros  poteau  vertical,  espèce  de  tour- 
niquet, qui  communiquait  son  mouvement  à  l'arbre  de 
couche. 

Ce  mode  de  propulsion  n'imprimait  point  sans  doute  la 
vitesse  que  les  bateaux  soumis  à  la  vapeur  devaient  acquérir 
plus  tard,  mais  la  chronique  rapporte  que  nos  pères  s'en 
trouvaient  fort  bien  et  qu'on  tenait  l'invention  du  horse 
boat  pour  être  quasi  merveilleuse. 

Les  premiers  horse  boats  paraissent  dater  de  1812  à  1815, 
et  ne  furent  définitivement  abandonnés  qu'en  1850. 

Beauséjoub 


il: 


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y! 


QUESTIONS 


720.  — La  Gazette  de  Québec  du  18  juillet  17G5  annouce  : 
"  On  va  établir  oet  été  une  fonte  de  cloches  à  Québec."  Ce 
projot  a-t  il  jamais  été  mis  à  exécution  ? 

X.X.X 

721.  — N'y  a-t-il  pas  eu  deux  généraux  anglais  du  nom  de 
Amhertt  lors  de  la  conquëto  ?  Sir  Jeffery  Ambert,  lorsqu'il 
s'empara  de  Louisbouig,  en  envoya  la  nouvelle  à  la  cour  par 
un  de  ses  frères,  officier  dans  son  armée.  Ce  dernier  revint- 
il  au  Canada  ?  Cm 

722 —  A  la  date  du  20  juin  1 759,  nous  lisons  dans  le 
Journal  de  Malartic  :  "  Nous  apprenons  que  M.  Aubert  a  eu 
connaissance  de  <fUato*se  vaisseaux  d'augmentation  ;  que  la 
brume  l'a  empêché  d'en  compter  un  plus  grand  nombre." 

Quel  est  ce  M.  Aubert  qui  signale  aiusi  la  flotte  anglaise  ? 

An?. 

723.  — Le  fameux  comte  ou  marquis  de  Puitaye  avait 
épousé,  dit-on,  une  canadienne.  J'ai  essayé  de  me  procurer 
le  nom  de  sa  femme  et  n'ai  pu  y  réussir.  Quelqu'un  de  vos 
lecteurs  le  connaîtrait-il  ?  Les  concessions  de  terrains  qu'a* 
vait  obtenu  le  comte  de  Puisaye  dans  Ontario  sont-elles 
encore  entre  les  mains  de  ses  descendants  ? 

R  O.  B. 

724.  — Qui  a  introduit  et  enseigné  lo  premier  la  théologie 
de  saint  Alphonse  de  Liguori  dans  les  grandsaéminaires 
canadiens  ? 

Y  a  t  il  en  opposition  à  l'acception  de  cette  théologie  ? 

Bro 

725.  — Qui  peut  me  donner  la  description  des  armes  de 
M.  de  Viileray,  ami  de  Mgr  de  Laval  et  hostile  aux  préten- 
tions injjjustea  de  M.  de  Mésy  ? 

BOER 


BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

VOL.  6  JUILLET  1900  No.  1 


SAINT-ZENON  DE  PIOPOLIS 

Piopolin  fut  fondé,  le  21  avril  1871,  par  un  groupe  de 
zouaves  pontificaux  récemment  arrivée  de  leur  expédition 
d'Italie,  où  ils  étaient  allée  combattre  sous  les  drapeaux  de 
Pie  IX. 

C'eut  le  18  octobre  1870,  que  lea  zouaves  s'embarquèrent 
à  Liverpool  pour  rentrer  dane  leur  patrie. 

Ces  généreux  compagnons  d'armes  ne  voyaient  pas  ap- 
procher sans  quelque  tristesse  l'heure  de  la  séparation. 
Après  avoir  si  longtemps  fraternisé  ensemble  et  vécu,  pour 
ainsi  dire,  à  la  gamelle  commune,  il  leur  en  coûtait  de  re- 
noncer à  leurs  habitudes  de  douce  camaraderie.  De  là  naquit 
la  louable  pensée  d'aller  habiter  à  l'ombre  d'un  même  clochtr 
et  de  fonder  une  colonie. 

Une  société  de  colonisation,  ayant  pour  principal  zélateur 
M.  le  chanoine  Moreau,  del'évêché  de  Moutréal,  se  chargea 
de  mener  l'entreprise  à  bonne  fin. 

Après  renseignements  pris  et  explorations  faites,  le  comité 
demanda  et  obtint  du  gouvernement  la  concession  des  terres 
vacante»  dans  le  canton  de  Marston,  c'est-à-dire  dans  )a 
partie  sud  de  oe  canton.  La  partie  nord  était  déjà  établie, 
depuis  nombre  d'années,  par  des  colons  originaires  de  la 
Haute-Ecosse.  Le  premier  détachement  de  ces  hardis  mon» 
tagnarde  était  venu  s'y  fixer  dès  1852. 

Pendant  l'hiver  de  1870  71,  une  construction  rustique  fut 
érigée  dans  la  forêt  et  tous  les  préparatifs  nécessaires  furent 
faits  pour  recevoir  les  défricheurs  au  printempa  suivant. 


—  — 

l  .o  30  avril  1871,  la  messe  était  célébrée  pour  la  première 
fois  a  Piopolis  par  M.  l'abbé  Séguin,  envoyé  spécialement 
par  t'évéché  de  Montréal  pour  résider  dans  la  colonie  et 
▼citler  aux  intérêts  spirituels  de  ses  habitants. 

Dans  le  coure  de-l'été  de  1ST lt  nno  autre  bâtisse  de 30 
sur  40  pieds  fut  élevée  pour  servir  do  chapelle,  de  presby- 
tère et  de  résidence  pour  les  colons  nouvellement  arrivés. 
Celte  bâcisee  allongée  et  terminée  à  l'intérieur  en  1880  est 
l'église  actuelle. 

La  colonie  de  Piopolis  se  développa  graduellement  et,  en 
1*70,  elle  fut  reconnue  comme  municipalité  séparée  sous  le 
nom  de  Marslon  Sud. 

L'élément  écossais  garde  la  prépondérance  dans  Marston- 
Nord,  tandis  que  nos  compatriotes  dominent  dans  Marston- 
Sud. 

On  peut  dire  que  Piopolis  a  été  la  paroisse- mère  de  toutes 
celles  qui  existent  ou  sont  en  voie  de  formation  dans  ce  que 
nous  appelons  le  territoire  du  lac  Mégantic,  territoire  qui 
renferme  actuellement  quatre  cures  et  quatre  missions. 

Missionnaires  et  curés  do  Saint-Zénon  de  Piopolis  :  M. 
Séguin,  1871  ;P.  Champagne,  1871  1872  ;  J.  Aubin,  1872- 
1871  ;  J.-B.-A.  Cousineau,  1874  1880  ;  J.-K.  Simard,  1888- 
180?  :  L.-N.  Gastonguay,  curé  actuel. 

Pionxibr 


ORIGINE  DE  NOMS 

Id-  LaMotte  :  nommée  ainsi  en  l'honneur  de  Pierre  de 
Saint-Paul,  sieur  de  LaMotte,  capitaine  au  régiment  do  Cari- 
goan,  qui  y  éleva  un  fort  en  16GG. 

fïuhtth  :  rappelle  le  souvenir  de  Daniel  Greysolon  du 
Huit,  célèbre  coureur  de  bois  et  explorateur  de  l'Ouest. 

Dubuque  :  fondée  par  un  canadien,  Julien  Dubuque,  dont 
elle  a  gardé  le  nom. 

Louisiane  :  en  l'honneur  de  Louis  XIV.         P.-G.  R. 


L'ABBE  GABRIEL  RICHARD 


(îabriel  Richard  naquit  le  15  octobre  1704,  à  Saintes. 
France,  de  parents  respectables  et  pieux,  tit  ses  études  théo- 
logique*  à  Angers,  puis  se  rendit  à  Issy,  près  Paris,  où  il 
entra  dans  la  Société  de  Sainl-Sulpice  et  reyut  les  ordres 
sacrés,  un  1790.  Ses  supérieurs  le  tenaient  en  si  haute  esti- 
me, que,  dès  l'année  suivante,  ils  le  nommèrent  supérieur  du 
séminaire  d'Issy. 

En  compagnie  des  Pères  Cequard,  Matignon  et  Maréchal, 
il  arriva,  le  24  juin  17!'-. a  Baltimore,  où,  l'année  précédonte, 
quelques  membres  de  la  Société  avaient  inauguré  le  sémi- 
naire de  Sainte  Marie.  Peu  après,  sur  la  prière  de  l'arche- 
vêque Carroll,  il  abandonna  le  professorat  des  mathémati- 
ques  pour  prendre  la  desserte,  à  Ka-ka>kiu,  des  catholiques 
de  I' Illinois,  qui,  depuis  la  suppression  delà  Société  de  Jésus, 
n'avaient  pas  eu  un  ministère  régulier  et  étaient  devenus 
fort  indifférents  en  matière  religieuse.  Le  Pôro  Richard 
passa  six  ans  à  se  prodiguer  au  milieu  de  ces  abandonnés  et 
il  eut  la  consolation  do  voir  la  plus  grande  partie  de  son 
troupeau  revenir  à  la  pratique  de  la  foi. 

En  juin  1798,nommé  adjoint  au  Père  Michel  Lavadoux,Iui 
aussi  un  Sulpicien  et  son  prédécesseur  à  Kaskakia,  le  Père 
Richard  fut  transféré  à  Détroit.  Environ  deux  ans  plus  tard, 
après  la  rentrée  du  Père  Lavadoux  en  France,  le  Père  Ri- 
chard reçut  l'ordre  d'assurer  la  juridiction  sur  un  territoire 

ecclésiastique  qui  ombrassait  alors  les  Etats  de  Michigan  et 
de  Wisconsin. 

Comme  presque  tous  les  catholiques  qu'il  avait  à  desser- 
vir étaient  des  Canadiens-français,  il  eut  peu  d'occasions 
d'apprendre  l'anglais  ;  néanmoins  il  s'appliqua  avec  une 
grande  assiduité  à  l'étude  de  cette  langue  et  réussit  enfin  à 
an  acquérir  une  connaissance  suffisante.  Par  sa  faveur  et 
son  tour  d'esprit  original,  il  suppléait  sensiblement  i  son 
ignorance  des  singularités  de  l'idiome. 


—  198  — 

Il  y  avait  dans  sa  personne  et  dans  son  caractère  plusieurs 
traits  qui  étaient  propres  à  lui  attirer  le  respect  et  la  con- 
fiance de  ses  gens.  Tels  étaient  sa  figure  d'ascétique  et  son 
port  plein  de  dignité,  qui  traduisaient  la  fermeté  de  volonté 
et  la  bonté  du  cœur,  telles  son  admirable  abnégation  et  sa 
libéralité  envers  les  pauvres,  tels  son  dévouement  inébranla- 
ble au  devoir  et  son  énergie  infatigable.  Par  une  certaine 
mesure  de  rigorisme,  il  parait  avoir  ressemblé  a  d'autres 
fidèles  missionnaires  de  son  époque  en  ce  pays,  et  nous  avons 
de  bonnes  raitons  pour  attribuer  oeci  aux  circonstances  plu- 
tôt qu'à  un  défaut  de  générosité  dans  6on  caractère. 

La  conversion  des  Indiens  lui  tenait  surtout  au  cœur,  et 
sos  efforts,  poursuivis  pendant  de  longues  années,  ont  été 
couronnés  de  résultats  flatteurs. 

Le  30  avril  1.805,  il  fut -nommé  aumônior  du  1er  régiment 
de  la  garde  nationale  du  Michigan. 

Lors  du  grand  incendie  qui  a  réduit  la  "  City  of  the 
Straits  "  (Détroit)  en  cendres,  le  11  juin  1805,  l'église,  le 
presbytère  et  les  écoles  du  Père  Richard,  parmi  lesquelles 
deux  écoles  supérieures,  ont  été  détruites  de  fond  en  comble. 
Sur  sa  prière,  î'évêque  l'autorisa  à  construire  une  église  60us 
son  administration  immédiate,  "  pour  prévenir,"  ainsi  qu'il 
écrivait,  "  l'intervention  constante  et  ennuyeuse  des  mar- 
guillers."  Au  milieu  de  ses  difficultés  avec  les  entêtés,  il  eut 
la  consolation  de  jouir  de  la  bienveillance  de  la  majorité  de 
ses  gens  et  de  ses  concitoyens  protestants,  qui  formaient  de 
beaucoup  la  plus  grande  partie  des  habitants  de  la  ville.  En 
1 807,  le  gouverneur  du  Territoire  et  d'autres  fonctionnai- 
res l'invitèrent  à  prêcher  en  anglais,  ce  qu'il  fit  pendant 
longtemps  tous  les  dimanches  à  midi,  dans  la  salle  du  Con- 
seil, 4  la  grande  satisfaction  de  tous  les  principaux  protes- 
tants de  la  ville.  Aussi,  sur  demande,  il  fit  la  prière  d'ou- 
verture d'une  des  sessions  du  premier  Conseil  du  Territoire 
de  Michigan.  Au  cours  de  ses  supplications,  il  pria  le  Dieu 


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i 


—  199  — 

Tout-Puissant  d'accorder  aux  législateurs  "  la  grâce  de  faire 
des  lois  pour  le  peuple  et  non  pas  pour  eux-mêmes." 

Pendant  qu'il  grandissait  ainsi  dans  l'estime  de  ses  conci- 
toyens protestants,  les  syndics  malveillants  de  la  paroisse  de 
la  Côte  du  Nord  poussèrent  leur  résistance  scandaleuse  à 
leur  curé  si  loin,  que  l'évêque  Flaget,  de  Bardstown,  qui 
avait  juridiction  sur  Détroit  depuis  rétablissement  de  cedio1 
cèee,  en  novembre  1810,  dut  prononcer  run  interdit  sur  Vê- 
glise,  ce  qu'il  fit  dans  une  lettre  écrite  de  sa  propre  main, 
datée  du  24  février  1817.  Les  récalcitrants  firent  leur  sou- 
mission à  l'occasion  de  la  visite  de  l'évêque,  le  9  juin,  l'an- 
née suivante.  Cependant  quelques  esprits  pervers  conser- 
vèrent la  rancune  de  leur  humiliation,  ainsi  que  cela  se  fit' 
voir  lorsquo  le  Père  Richard  posa  pour  ta  'deuxième  fois  sa 
candidature  au  Congrès. 

*** 

Au  cours  d'un  voyage  &  Baltimore  et  dans  d'autres  villes 
de  l'Est  au  profit  de  sa  nouvelle  église  (1808-1809),  il  se 
procura  une  presse  et  une  fonte  de  caractères,  qu'il  fit  trans- 
porter par  terre  jusqu'au  Michigan.  Il  amona  aussi  avec  lui 
un  typographe  nommé  Coxshawe,  de  Boston.  De  même  que 
le  Père-  White  avait  établi  la  première  imprimerie  dans 
l'Est,  le  Père  Richard  fut  le  premier  éditeur  du  grand  Nord* 
Ouest.  On  vit  sortir  de  son  imprimerie  plusieurs  livres 
bibliques,  de  piété  ou  se  rapportent  à  l'éducation,  publiés 
une  partie  en  français  et  une  partie  en  anglais  ;  il  publia' 
aussi  plusieurs  numéros  d'un  journal  intitulé  Essai  du  Mi- 
chigan ou  Imperial  Observer.  Par  suite  du  service  irrégu- 
lier de  la  poste  et  du  caractère  dispersé  de  la  population,  il 
dut  suspendre  cette  dernière  publication.  En  1812,  de  bon- 
ne heure,  le  Père  Richard,  inspiré  par  le  désir  de  travailler 
à  la  gloire  de  Dieu  et  à  l'édification  de  son  troupeau,  impor- 
ta, au  prix  de  grands  frais  qu'il  paya  lui-même,  le  promier 
orgue  que  l'on  vit  dans  le  Nord- Ouest.   La  même  année, 


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—  200  — 

après  1*  reddition  d«  Hall,  ce  brava  prêtre  fut  arrêté  parle 
généra)  Broek,  à  cause  de  la  loyauté  qu'il  ne  craignait  pas 
'le  proclamer  envers  la  République  américaine  :  on  le  con- 
duisit au  corps  de  garde  de  Sandwich,  sur  la  rire  canadien- 
ne de  la  rivière,  où  il  passa  quelque  tempi  en  détention. 
Apre»  fo.  remise  en  liberté,  trouvant  te»  gens  dan»  le  dénue- 
ment, il  acheta  une  quantité  considérable  de  blé  et  la  distri- 
bua gratuitement  aux  cultivateurs  à  la  ronde  pour  la  se- 
mence, en  dépit  des  offre*  tentantes  qu'on  lai  faisait  de  lui 
en  donner  de  bon*  bénéfices.  Il  prit  aussi  une  part  signalée 
à  la  direction  de  l'Université  du  Michigan,  inaugurée  en 
1817  ;  il  en  fut  d'abord  vice-président  et  professeur,  et,  en 
dernier  Heu,  remplit  les  fonctions  de  syndic. 

En  1721,  étant  en  voyage  à  Mackinaw,  il  persuada  aux 
Indiens  de  lui  montrer  le  lieu  de  sépulture  du  Père  Marquette 
et  il  planta,  sur  la  fosse,  une  croix  de  bois,  sur  laquelle,  arec 
son  canif,  il  tailla  cette  inscription  :  "  Le  Père  Marquette 
est  décédé  ici  le  9  mat  1675." 

*** 

Pour  l'amour  de  son  é/lise  bien-siraée,  qu'il  avait  placée 
bous  le  vocable  de  sainte  Anne  (à  Détroit),  et  dont  la  pierre 
angulaire  fut  posée  par  Mgr  Flaget  le  11  juin  1818,  le  Père 
Richard  postula  un  mandat  au  18e  Congrès,  estimant  que 
les  appointements  de  député  lui  aideraient  sensiblement  à 
défrayer  la  construction  de  son  temple.  C'était  la  troisième 
fois  que  le  Territoire  élisait  un  délégué,  et  l'élection  eut  lieu 
en  1823.  Le  scrutin  donna  le  résultat  suivant  :  Gabriel 
Richard,  444  voix  ;  John  Biddle,  421  ;  Augustin  Wing,  336  , 
Whitney,  165  ;  McCloskey,  164,  et  Williams,  M.  Ce  dernier 
était  l'un  des  membres  et  même  l'un  des  syndics  de  la  paroisse 
de  Sainte-Anne  ;  il  avait  posé  sa  candidature  en  opposition 
à  celle  de  eon  curé,  qu'il  avait  condamnée  avec  véhémence. 
Dans  la  suite,  il  se  détacha  de  la  paroisse  et  abandonna  même 
la  religion  catholique  pour  toujours,  tant  son  mécontente- 


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-201  — 

ment  fut  enraciné  ;  ses  descendants  sont  maintenant  protes- 
tants. 

Le  Dictionary  of  Congress  de  Lanman  dit,  en  parlant  du 
Père  Richard  :  "  Pendant  son  ministère,  il  se  trouva  dans 
l'obligation,  suivant  la  religion  catholique  romaine,  d'excom- 
munier un  de  ses  paroissiens,  qui  avait  divorcé  d'avec  sa 
femme.  Le  paroissien  poursuivit  le  prêtre  devant  les  tri- 
bunaux en  diftamation,etobtint  un  jugement  lui  accordant  des 
dommages  et  intérêts  au  montant  de  $1.000.  Lo  prêtre  ne 
put  payer  cette  somme  ;  en  conséquenco,  il  fut  enfermé 
dans  la  prison  commune  ;  comme  il  avait  déjà  été  élu  délé- 
gué au  Congrès,  il  sortait  de  prison,  dans  les  forêts  vierges  . 
du  Michigan,  lorsqu'il  vint  prendre  son  siège  au  Congrès." 

"  Son  apparition  à  la  Chambre  des  reprlsentauta,dit  l'abbé 
C.-J.  White,  fit  sensation  ;  sa  conduite  lui  coin  manda  le  res- 
pect de  tous.  Il  était  sobre  de  paroles  ;  il  s'exprimait  tou- 
jours avec  sagesse  et  il  rendit  de  grands  services  à  sus  com- 
mettants et  4  l'Union." 

M.  Girardin  écrit  :  "  Les  crédits  votés,  sur  sa  demande, 
pour  établir  des  routes,  et  d'autros  de  ses  actes  attestent  de 
l'efficacité  de  ses  services  à  la  législature  nationale.  Grâce  à 
ses  efforts,  il  réussit  à  faire  voter  des  crédits  qui  ont  servi  à 
l'ouverture  de  plusieurs  routes  qui  mènent  maintenant  à 
notre  belle  ville. . .  et  toutes  sont  restées  comme  un  monu- 
ment perpétuel  pour  rappeler  l'ardeur  et  le  zèle  dont  il  était 
animé  vis-à-vis  de  ses  commettants." 

Pendant  son  séjour  à  Washington,  il  s'intéressa  au  sort  des 
tribus  indiennes  qui  habitaient  dans  les  limites  de  sa  juri- 
diction ;  il  obtint  des  subventions  du  gouvernement  pour 
maintenir  des  écoles  au  milieu  des  Indiens,  qui,  à  plusieurs 
reprises,  lo  chargèrent  de  porter  au  président  des  lettres  de 
leur  part. 

Le  10  décembre  1824,  le  Père  Richard  prit  part  à  la  récep- 
tion officielle  que  fit  la  Chambre  des  représentants  à  La- 
fayette. 


A  la  clôture  de  la  deuxième  session,  le  3  mars  1825,  il 
retourna  à  Détroit. 

Le  Père  Richard  s'avisa  de  faire  renouveler  son  mandat, 
et  il  aurait  été  élu,  n'eût  été  l'opposition  que  soulovèrent 
contre  lui  les  amis  du  général  Williams  et  les  syndics  sus- 
mentionnés, qui  lui  avaient  gardé  rancune.  "  Quelques 
catholiques  étaient  en  tête  de  l'opposition  qui  aboutit  à  sa 
défaite,"  dit  le  juge  Cooley,  dans  son  History  of  Michigan. 
Le  dépouillement  des  suffrages  donna  le  résultat  suivant  : 
Wing,  728  voix  ;  Richard,  714,  et  Biddle,  689. 

L'église  de  Sainte- Anne  fut  dédiée  le  jour  de  Noël,  en  l'an 
1828. ^Le  Père  Richard  avait  travaillé  ferme,  avec  une  sol- 
licitude que  rien  ne  lassait,  pour  ériger  cette  église,  surtout 
depuis  le  jour  où  Mgr  Flaget  lui  donna  l'assurance  que  ce 
temple  deviendrait  vraisemblablement  la  cathédrale  d'un 
nouveau  diocèse.  Cependant,  le  zélé  missionnaire,  qu'on 
avait  recommandé  à  la  dignité  d'évêquo,  mourut  avant  l'é- 
rection du  nouveau  diocèse.  Après  s  être  prodigué,  avec  une 
dévotion  héroïque,  aux  malades  et  aux  morts,  pendant  une 
épidémie  du  choléra  asiatique,  il  fut  lui-même  atteint  de 
l'affreuse  peste  à  la  fin  et  y  succomba  à  Détroit,  le  13  sep- 
tembre 1832.  Sa  mort  causa  un  deuil  profond  et  sincère 
parmi  la  population  de  cette  ville,  sans  distinction  de  classes 
ni  de  croyances.  C'efet  bien  avec  raison  qu'on  l'a  surnommé 
«  T Apôtre  du  Nord  Ouest/' 

M.  Bêla  Hubbard,  un  protestant  et  l'auteur  de  Early 
Colonisation  of  Detroit,  a  placé,  en  témoignage  de  son  admi- 
ration et  de  son  estime,  une  statue  du  Père  Richard  dans  la 
niche  de  la  façado  de  l'hôtel-do- ville,  a  Détroit. 


J.-A.  Favreau 


—  203  — 
LA  TRAPPE  DE  LANGE  VIN 

Dès  1789,  les  Trappistes,  chassés  de  la  France  par  la  révo- 
lution, avaient  songé  à  s'établir  au  Canada.  Les  trois  reli- 
gieux envoyés  dans  notre  pays  s'arrêtèrent  en  Angleterre 
et  y  érigèrent  un  monastère. 

En  1820,  Mgr  Plessis  écrivait  à  M.  de  Calonne,  alors  mis- 
sionnaire dans  l'île  Saint-Jean  (tie  du  Prince-Edouard)  : 

"  Finissons-en  par  nos  religieux  de  la  Trappe,  dont  je  per- 
siste, en  mon  particulier,  à  désirer  le  passage  dans  ce  diocèse. 
Quel  sort  avez- vous  dessein  de  leur  faire  dans  l'île  Saint- 
Jean  ?  Quelle  étendue  de  terre  avez  vous  dessein  de  leur 
accorder  ?  Quels  autres  avantages  leur  faites  vous  ?  Ces 
renseignements  me  seraient  nécessaires  pour  pouvoir  vous 
dire  s'ils  seraient  mieux  ici  que  là." 

En  1825,  le*  Trappistes  mettaient  leur  projet  à  exécution, 
en  fondant  le  monastère  de  Notre-Dame  du  Petit-Clairvaux, 
à  Tracadio,  dans  la  Nouvelle-Ecosse. 

En  1856,  le  père  Vincent,  supérieur  du  monastère  de  Tra- 
cadio, écrivit  à  Mgr  Turgeon,  archevêque  de  Québec,  lui 
offrant  de  transporter  sa  communauté  dans  l'une  des  con- 
cessions de  Saint-Joachim.  où  le  séminaire  de  Québec  leur 
aurait  volontiers  donné  des  terres.  Le  projet  ne  put  être 
réalisé,  à  cause  du  petit  nombre  de  religieux  qui  n'auraient 
pas  suffi  aux  défrichements  de  la  nouvelle  propriété. 

Le  26  décembre  1861,  le  père  Jacques,  prieur  de  Traca- 
die,  demandait  à  Mgr  Baillargeon,  qui  avait  succédé  &  Mgr 
Turgeon  sur  le  siège  archiépiscopal  de  Québec,  si  le  temps 
n'était  pas  venu  de  réaliser,  au  moins  en  partie,  les  désirs 
d'un  de  ses  prédécesseurs,  de  sainte  mémoire,  le  père  Vin- 
cent. Tout  en  maintenant  le  monastère  de  Tracadie,  le  père 
Jacques  voulait  procurer  au  diocèse  de  Québec  les  avantages 
de  son  ordre.  Mgr  Baillargeon  lui  répondit,  le  16  janvior 
1862  :  u  Je  m'empresse  de  vous  dire  que  je  serais  heureux 


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—  204  — 


de  voir  votre  petite  communauté  s'établir  dans  le  diocèse  ; 
je  crois  qu'avec  l'aide  de  Dieu,  elle  y  ferait  beaucoup  de  bien, 
qu'elle  y  serait  bien  accueillie  par  le  clergé  et  par  le  peuple, 
enfin,  qu'il  serait  facile  de  lui  procurer  un  bon  coin  de  nos 
forôts  pour  s'y  fixer." 

Les  Trappistes  ne  tardèrent  pas  à  se  rendre  à  l'invitation 
de  Mgr  Baillargeon.  Le  24  juin  1862,  quatre  frères  venaient 
prendre  possession  d'une  partie  du  canton  Langevin,  dans  le 
comté  de  Dorchester.  Quelques  semaines  plus  tard,  deux 
autres  frères  venaient  se  joindre  à  eux. 

Le  père  François-Xavier  fut  élu  supérieur  et,  pleins  de 
courage,  les  Trappistes  se  mirent  aussitôt  à  l'œuvre.  Bientôt, 
deux  corps  de  logis  longs  chacun  vie  120  pieds,  s'élevèrent 
de  terre.  Ces  bâtisses  avaient  la  forme  d'un  rectangle  divisé 
par  une  aile  transversale.  L'une  des  cours  intérieures  devait 
servir  en  même  temps  de  cimetière  et  do  promenade.  Lors- 
que ces  constructions  furent  terminées,  les  Trappistes  se 
mirent  à  défricher  leur*  terre?.  Les  bons  religieux  ne  res- 
tèrent pas  inactifs  :  en  1872,  ils  avaient  défriché  plus  de 
quatre  cent**  arpents  de  terre  ! 

lies  Trappistes  du  monastèro  du  Saint- Esprit — c'est  le 
nom  qu'avait  pris  la  Trappe  do  Langevin — observaient  la 
même  règle  que  leurs  frères  de  France.  Aussi,  la  rigueur 
de  notre  climat,  incompatible  avec  la  sévérité  de  leur  zèle, 
fit  disparaître  le  monastère  en  1872,  après  une  courte  exis- 
tence de  dix  années. 

La  Trappe  du  Saint-Esprit  fut  successivement  gouvernée 
par  deux  prieurs  :  le  père  Ives  ou  André  (Arnold-Henri 
Bor),  et  le  père  François-Xavier  (Henri  de  Brio). 

On  aimera  sans  doute  à  connaître  les  Canadiens  qui  entrè- 
rent à  la  Trappe  du  Saint-Esprit.  Voici  : 

Frères  de  chœur  :  Charles- Irénée  Lagorce  (prêtre)  ;  Hos- 
pice Germain  (prêtre)  ;  Théophile  Maréchal  (prêtre)  ;  Cy- 
rille Carrier,  Orner  Guilbault,  Alphonse  d'Aoust,  Louis 


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Rhéaume,  Louis-Fabien  Marcoux,  Dieudonné  d'Aoust,Ainié 
Turcotte,  Louis-Napoléon  Bellonger,  Hector  Garneau,  Mar- 
cel Bourget,  Pierre  Robergo,  Pascal  Comte,  Charles  Poli- 
quin,  Flavien  Marcoux,  Auguste  La  voie,  Çyprien  Turcotte. 

Frères  convers  :  Octave  Sylvestre,  François  Mignon,  Jean- 
Pierre  Boulanger,  Edouard  Nolot,  Charlee-Nazaire  Mar- 
chand, Samuel  Bellenger,  Charles  Piché,  Laurent  Thi vierge, 
Octave  Marquis,  Thomas  Cavannagh,  Charles  Lavoie,Davty 
Lapierre. 

De  ces  trente-un  Canadiens,  sept  seulement  persévérèrent. 
Trois  moururent  au  monastère  même,  los  frères  Jean-Bap- 
tiste (Cyrille  Carrier,  de  Saint-Charles  de  Bellechasse), 
Marie- Alphonse  (Alphonse  d'Aoust),  Denis  (Omer  Guil- 
bault,  de  Saint  Thimothée  de  Beauharnois).        P.-G.  R. 


CANSO 

Champlain  écrit  Canceau  et  Campfeau.  Les  Anglais  (-cri- 
vent  Caneo.  Ce  mot,  d'après  Lcscarbot,  est  d'origine  sauva- 
ge (page  221  de  la  3e  édition). 

Lo  R.  P.  F.  Martin  (App.  de  sa  trad,  du  P.  Bressani,  p. 
320),  après  avoir  mentionué  Leacarbot,  au  sujet  de  ce  mot, 
ajoute  :  Thévct  dans  un  manuscrit  do  1586,  dit  qu'il  vient 
de  celui  d'un  navigateur  français  nommé  "  Canse."  Le  pas 
sage  du  manuscrit  de  1586  est  extrait  mot  pour  mot  de  la 
Cosmographie  Universelle  de  Thévet.Or,en  cet  endroit  l'au- 
teur parle  des  Antilles,  et  non  du  Canada,  et,  en  second  lieu, 
il  n'écrit  pas  Canse,  mais  Cause.  Voici  le  passage  en  entier  : 

"  Quant  à  l'if  le  do  Virgengordo  et  celle  de  Rieque  (Porto*- 
Rico)  baffe  et  fablonneufe,  il  vous  faut  tirer  à  celle  de  Saintt- 
Dominguc.  et  conduire  les  vaiffoaux  droit  a  la  poincte  do  la 
Gouade  (del  Aguado)  qui  eft  au  bout  de  rifle  (de  Porto- 
Rico),  puis  à  celle  de  Mona,  premièrement  que  venir  abor- 
der et  mouiller  l'ancre  à  l'iflo  Efpagnole.  Paffé  qu'auez,  et 
doublé  la  haulteur  do  ladite  il  le,  vous  apparoift  la  terre  de 
Caufe  qui  prend  son  nom  de  l'un  des  vaillans  Capitaines 
pilotes,  natif  d'une  certaine  villette,  nommée  Caufe  (Cozos), 
en  Xainctonge,  vue  lieue  de  maifon  Je  Madion."  (Coem. 
Universelle,  verso  du  folio  993). 


—  206  — 

LETTRE  DU  PÈRE  GLAPION  A  HUGH  FINLAY 
Monsieur, 

Je  voua  fais  mes  excuses  de  ce  que  j'ai  tant  tardé  À  ré- 
pondre à  la  lettre  qu'il  voua  plut  de  m'addresserle  26  d'août 
dernier. 

Si  vous  jugés  indispensable  que  nous  paraissions  devant 
l'honorable  committé,  nous  nous  y  sisterons  le  15  du  pré- 
sent mois,  à  l'heure  prescrite.  Mais  nous  ne  pourrons  y 
dire  que  ce  que  j'ai  l'honneur  de  vous  écrire  cy  dessous. 

1°  Depuis  que  nous  sommes  sous  la  Domination  Anglaise, 
nous  avons  été,  nous  sommes  encore  ;  et  nous  serons  tou- 
jours sujets  soumis  et  fidèles  à  Sa  Majesté  Britannique.  Nous 
osons  nous  flatter  que  les  gouverneurs  anglais,  qui  ont  com- 
mande dans  cette  province,  ne  nous  refuseroiont  pas  leurs 
certificats  de  notre  fidélité  et  de  notre  obéissance. 

2°  Il  paraît  donc  que  c'est  moins  de  nos  personnes,  que 
de  nos  biens  temporels  qu'il  s'agit  en  cette  circonstance. 

Nos  biens,  ou  nos  fonds  nous  sont  venus  de  trois  sources 
différentes  :  1°  Les  rois  de  France  nous  en  ont  donné  une 
partie.  2°  Quelques  particuliers  nous  en  ont  donné  une 
autre  partie.  Ces  dons  ont  été  faits  en  vue  do  pourvoir  à  la 
subsistance  des  Jésuites  Missionnaires  emploïés  i  l'instruc- 
tion ties  sauvages  et  des  canadiens.  Le  plus  grand  nombre 
d'entre  eux  n'a  cessé  de  se  livrer  à  ces  œuvres  de  charité, 
que  quand  ils  ont  cessé  de  vivre  :  et  ceux  qui  leur  survivent 
s'appliquent  anx  mêmes  exercices  ;  et  sont  dans  la  volonté 
de  s'y  appliquer  jusqu'à  leur  mort  qui,  selon  le  cours  de  la 
nature,  no  peut  être  bien  éloignée.  3°  Enfin  nos  prédéces- 
seurs ont  achetté,  de  leurs  propres  deniers,  la  troisième  par- 
tie de  nos  fonds. 

3°  Tous  nos  titres  de  possession,  qui  sont  bien  et  dûment 
enregistré  au  greffe  de  la  province,  démontrent  que  tous  ces 
biens  ou  fonds  nous  ont  toujours  appartenu  on  toute  pro- 


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—  207  — 

priété  :  et  nous  les  avons  toujours  régis  et  administrés  com- 
me nos  propres,  sans  contradiction,  ni  empêchement. 

•4°  Notre  propriété  a  été  bien  reconnue  dans  la  capitula- 
tion du  Canada  signée  au  camp  devant  Montréal,  le  8  de 
septembre  1760,  puisque,  par  l'article  35e,  le  lord  Amherbt 
nous  permettait  de  vendre  nos  biens  fonds  et  mobiliers  ei 
tout  ou  en  partie  ;  et  d'en  passer  en  France  le  produit. 

5°  Quoiqu'il  en  soit,  Monsieur,  nous  sommes  entre  les 
mains  de  Sa  Majesté  qui  décidera  selon  son  bon  plaisir.  Mais 
des  sujets  et  des  enfants  irréprochables  ne  peuvent  attendre 
qu'une  décision  favorabledo  la  part  d'un  Roi  aussi  bienfaisant, 
et  d'un  aussi  bon  père  que  l'est  Sa  Majesté  Georges  III. 

J'ai  l'honneur  d'être  avec  profond  respect,  Monsieur,votre 
très  humble,  et  très  obéissant  serviteur, 

Auon.  L.  de  Glapion 
Supr.  des  Jésuites  du  Canada. 

Québec,  le  10  de  septembre  1788. 


Le  navire  que  montait  Roberval,  lorsqu'il  aborda  à  l'île 
de  Sable,  en  1598,  était  si  petit,  dit  la  chronique  du  temps, 
que,  du  pont,  on  pouvait  se  laver  les  mains  dans  la  mer.  Il 
est  bon  de  remarquer,  cependant,  à  propos  du  tonnage  des 
vaisseaux  de  cette  époque,  que  le  tonneau  d'alors  n'était 
pas  le  tonueau  d'aujourd'hui.  Ainsi,  la  Frégate,  un  des  navi- 
res de  sir  Humphrey  Gilbert  dans  son  voyage  d'exploration 
en  1583  jaugeait  cont  vingt  tonneaux,  et  dix  tonneaux,  ca- 
pacité de  la  Frigate,  équivalaient  à  environ  trente  tonneaux 
d'aujourd'hui.  ^ 

On  conserve  dans  la  bibliothèque  de  l'université  de  Har- 
vard un  dictionnaire  abénaquis-francais  écrit  tout  entier  de 
la  main  du  Père  Rasle. 


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MANIÈRE  DE  VACCINER  A  QUÉBEC  EN  1809 


D'après  le  docteur  Joseph  Painchaud,  alors 
étudiant  en  médecine 


"  La  manière  devconserver  le  virus  vaccin  sur  un  61  mis 
entre  deux  quarraux  de  vitre  cirés  tout  autour  est  assuré» 
ment  la  plue  sûre  et  le  moyen  le  plus  commode  de  réussir. 
Un  avantage  encore  qui  n'est  pas  petit,  c'est  qu'en  mettant 
entre  vos  vitres  plusieurs  bouts  do  fil,  vous  pouvez  inoculer 
uu  nombre  très  considérable  d'enfants  à  la  fois,  un  petit 
morceau  étant  suffisant.  11  n'est  pas  inutile  d'observer  qu'il 
ne  faut  pas  tarder  à  cirer  les  quarreaux  aussitôt  que  vos  fils 
sont  imprégnés  avec  le  virus  ;  la  grande  chaleur,  de  même 
que  le  grand  froid,  décomposent  très  promptemcnt  le  virus 
pour  le  moine  qu'il  est  exposé  à  l'air. 

"  Après  que  vous  avez  ouvert  les  vitres,  il  n'est  pas  sûr  à 
vos  fils  qui  restent  peuvent  encore  avoir  du  virus,  à  moins 
que  vous  ne  soyez  très  prompt  à  les  recurer  de  nouveau. 

"  Pour  inoculer  par  cette  méthode,  vous  faites  une  légère 
incision  sous  la  première  peau,  laissez  sortir  le  peu  de  sang 
qui  doit  sortir.  La  mère  pourra  à  cotte  fin  sucer  l'incision. 
Alors,  vous  coupez  do  votro  fil  imprégné  un  petit  bout,  vous 
l'onfoncez  par  lo  moyen  de  votre  langue  dans  l'incision,  vous 
1a  pressez  comme  pour  la  fermer,  et  il  ne  vous  reste  plus 
qu'à  y  appliquer  grand  comme  un  sol  d'une  petite  emplâtre 
de  gomme  quelconque,  pourvu  seulement  qu'elle  puisse  rester 
deux  ou  trois  jour*,  afin  d'empêcher  le  bout  de  fil  de  sortir  ; 
trois  jours  après,  il  est  à  propos  doter  l'emplâtre. 

Je  conseille  d'inoculer  aux  deux  bras,  afin  de  bien  s'as- 
surer d'être  préservé  de  la  picotte  naturelle." 


RÉPONSES 


L'hermine  ou  belette  rozelet.  (II,  V,  199.)— Noue 
possédons  dans  nos  bois  le  roselet  et  l'hermine  que  nos  chas- 
seurs appellent  fort  improprement  la  belette.  Je  ne  me  rap- 
pelle pas  avoir  jamais  rencontré  celle-ci  sur  nos  territoires 
de  chasse,  et  j'incline  à  croire  qu'elle  n'y  existe  pas  ;  cepen- 
dant nous  possédons  sûrement  l'herminette  ou  belette  des 
neiges  (mustela-hyemalis-Pallas)  quia  constamment  le  bout 
de  la  queue  noir,  été  comme  hiver,  ce  qui  la  distingue  de  la 
belette  commune. 

L'herminette  tient  le  mi!ieu,pour  ladimension,entre  l'her- 
mine et  la  belette.  L'hermine  mesure  neuf  pouces  de  lon- 
gueur, non  compris  la  queue,  qui  a  trois  pouces  et  demi. 

La  belette,  six  pouces  de  longueur,  non  compris  la  queue, 
qui  a  deux  pouce*. 

L' extrémité  de  la  queue  de  cette  dernière  n'est  jamais  • 
noire.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'hermine,  malgré  son  abondance, 
n'est  pas  chassée.  Tous  les  chasseurs  la  dédaignent,  tant  le 
pr  ix  qu'ils  obtiennent  pour  se  dépouille  est  peu  élové. 

Il  est  assez  étrange  que  cette  fourrure,qui  semble  estimée 
en  Europe  et  en  Asie,  Hoit  tenu  en  pareil  mépris  sur  la  côte 
du  Labrador. 

H.  DE  PtJYJALON 

Lea  Canadien*  et  la  yuevre  de  V Indépen- 
dance. (VI,  V,  716.  )— Avant  la  guerre  de  l'Indépendance, 
quelques  Canadiens  s'étaient  déjà  établis  sur  les  bords  du  lue 
Cham  plain,  dans  les  limites  actuelles  de  l'Etat  de  New- 
York. 

Joan  Laframboise  s'était  fixé  sur  des  torres  qui  se  trou- 
vent aujourd'hni  dans  le  town  de  Chazy,  comté  de  Clinton, 
New- York,  et  près  de  lui  se  trouvait  Joseph  La  Monté,nom 
qui  est  devenu  Monty. 


Etienne  Gaudinot  faisait  la  chasse  dans  cette  région,  et 
servait  d'éclaireur  à  la  garnison  anglaise  de  Ticonderoga, 
notre  ancien  Carillon. 

D'antres  Canadiens  vivaient  ainsi  sur  des  terres  situées 
dans  fieekmaotown,  comté  de  Clinton. 

Quand  la  guerre  éclata  entre  l'Angleterre  et  les  colonies, 
l'on  sait  quo  Ticondéroga  fut  un  des  points  sur  lequel  se 
portèrent  les  Américains,  et  Etienne  Gaudinot  fut  fait  pri- 
sonnier. Peu  de  temps  après,  il  passa  au  service  des  Amé- 
ricains, qui  avaient  alors  la  sympathie  de  tousles  Canadiens 
du  district  de  Montréal. 

En  1777,  la  fortune  se  tourna  contre  les  colonies  et  elles 
dûrent  reculer  devant  l'armée  du  général  Burgoyne  qui 
envahit  le  nord  de  New-York.  Les  Canadiens  du  lac  Cham- 
plain  se  réfugièrent  à  Albany  où  ils  s'enrôlèrent  dans  deux 
régiments  que  le  Congrès  avait  levés  en  Canada. 

Ces  deux  régiments  étaient  commandés  par  les  colonels 
llazen  et  Livingston.  La  plupart  de  leurs  officiers  étaient 
aussi  d'origine  anglaise.  Je  ne  crois  pas  que  le  nombre  de 
Canadiens  français  enrôlé»  dans  ces  régiments  dépassait 
trois  cents. 

En  1779,  les  officiers  canadions  du  régiment  de  Livin/fà- 
ton  étaient  Auguste  Loiseau,  capitaine,  et  Francois  Monté, 
lieutenant.  L'abbé  de  Lotbinière  est  désigné  comme  cha- 
pelain. Dans  le  régiment  du  colonel  Hazen  l'on  comptait  à 
la  même  époque  le  capitaine  Clément  Godsehn,  le  lieutenant 
Germain  Dionne  et  les  enjoignes  Alexandre  Fériale,  Fran- 
cois Gélinaud,  Louia  Gossolin  et  Pierre  Iktileau. 

Un  autre  régiment,  dit  le  deuxième  d'infanterie  de  New- 
York,  avait  aussi  pour  lieutenant-colonel  un  nommé  Pierre 
Régnier  et  le  cinquième  du  même  Etat,  Louis  Dubois  pour 
colonel,  Jacob  Bruyère  pour  lieutenant-colonel,  Philippe 
Dubois  Bevoir  et  Henry  Godwin  pour  capitaines,  et  Henri 
Dubois  comme  lieutenant.  Les  noms  de  ces  officiers  me  font 
supposer  qu'ils  étaient  canadions. 


Le  capitaine  Gosselm  avait  d'abord  servi  devant  Québec 

sous  le  général  Montgomery  et  fut  fait  prisonnier.  Rendu 

à  la  liberté,  au  printemps  de  1778,  il  en  profita  pour  aller 

rejoindre  l'armée  de  Washington  à  White  Plains,  emmenant 

avec  lui  cette  fois  son  frère  Louis  et  son  beau- père,  Germain 
Pionne. 

Durant  la  bataille  qui  précéda  la  capitulation  de  lord 
Cornwallis  à  Yorkstown,  le  général  Lafayette  qui  comman- 
dait l'aile  de  l'armée  américaine  où  se  trouvait  le  régiment 
du  colonel  Hazen,  fit  l'éloge  de  la  belle  conduite  de  ce  corps. 
Clément  Gosselin  qui  était  à  la  tête  de  ea  compagnie  fut 
gravement  blessé  à  cette  bataille  (1). 

Quand  l'armée  fut  renvoyée  en  1783,  les  Canadiens  qui 
avaient  servi,  reçurent  comme  récompense  des  certificats 
qui  leur  donnaient  droit  &  une  certaine  étendu  de  terre. 

Beaucoup  vendirent  ces  certificats  et  préférèrent  s'établir 
à  New- York  et  à  Albany. 

Dans  cette  première  villo  l'on  trouve  en  1785  l'abbé  La 
Valinière  qui  avait  été  expulsé  du  Canada  par  le  général 
Haldiinand  à  cause  de  ses  sympathies  pour  les  Américains 
et  qui  répondait  alors  aux  besoins  spirituels  des  Canadiens. 

La  plupart  des  Canadiens  toutefois,  prirent  des  terres 
dans  le  Nord  des  Etats  de  New-York  et  du  Vermont. 

En  1782,  François  Monty  et  son  fils,  Pierre  Boileau , Char- 
les Cloutier,  Antoine  Lavou,  Joseph  Létourneau,  Antoine 
Lambert,  Pierre  Aboir  et  autres,  commencèrent  des  défri- 
chements à  Beekmantown. 

La  même  année,  Jacques  Rouse  s'établit  sur  le  site  de  la 
ville  de  Rouse's  Point. 

Quelques  mois  plus  tard,  Clément  Gosselin,  Jean  Lafram- 
boise  et  Joseph  Monty  so  fixèrent  dans  le  town  de  Chazy,et 
Prisque  Asselin  commença  des  défrichements  près  de  la 
rivière  Corbeau. 


(i)  Recherches  llistorvjuts,  vol.  IV,  page  6. 


212  — 


Lore  de  l'organisation  de  Piattsburg  en  1788,  l'on  voit 
figurer  les  noms  de  Jabez  Petit,  de  Louis  Lisette,  constable, 
et  de  Clément  Gosselin,  chef  du  grand  Jury. 

Le  major  Gosselin  (car  il  avait  reçu  ce  grade  avant  la  fin 
de  la  guerre)  se  maria  en  (791  devant  un  juge  de  paix  de 
Chazy,  à  Marie-Catherine  Monty,  mais  quelques  mois  plus 
tard  il  faisait  bénir  son  union  à  Saint-Hyacinthe  par  un 
prêtre. 

François  Côté  et  Marie  Lussier  qui  s'étaient  également 
mariés  devant  un  juge  de  paix,  sur  la  baie  Soradac  le  8 
avril  1791,  firent  aussi  bénir  leur  mariage  à  Québec  le  7 
juillet  1793. 

Ces  faits  prouvent  assez  que  ceux  de  ces  colons  qui  avaient 
conservé  la  foi,  ne  reculaient  pas  devant  les  sacrifices  pour 
se  procurer  les  consolations  de  la  religion.  Ces  robustes 
natures  nauraiont  guère  compris  ces  chrétiens  de  nos  jours 
qui  prétendent  croiro  aux  récompenses  éternelles  et  n'ont 
pas  le  eourago  de  se  passer  d'un  déjeuner  pour  les  mériter  ! 

Clément  Gosselin  mourut  en  1816  et  Jean  Laframboise 
en  1819. 

Etienne  Gaudinot,  mentionné  plus  haut,  était  établi  en 
1793  à  Niagara  et  lors  de  la  guerre  do  1812,  il  s  enrôla  dans 
l'arméo  des  Etats-Unis.  11  vivait  encore  vers  1881  avec  ses 
enfants  à  Franklin,  Ohio.  Il  prétendait  être  âgé  de  122  ans. 

En  1840,  le  gouvernement  des  Etats-Unis  fit  faire  le  dé- 
nombrement de  tous  les  vétérans  de  la  guerre  de  l'indépen- 
dance auxquels  il  payait  une  pension.  Voici  les  noms  qui 
m'ont  paru  être  ceux  de  Canadiens-français  : 

John  Lafterty,  Daniel  Carpenter  et  Samuel  Maynard,  du 
comté  de  Cattaragus  ;  Joseph  Barron,  du  comté  do  Coyu- 
ga  ;  Fisk  Durand,  Pbinéas  Chamberlain,  du  comté  de  Cha- 
tauque,  Jesso  Clout  hier  et  Simon  Leroy,  de  Cortland  ;  Jo- 
seph Durand,d'Elizabethtown  j^Jean  Giffard,  de  Northamp- 
ton ;  Joseph  Courier,  de  Hope,  comté  de  Hamilton  ;  M. 


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J 

—  213  — 

Contreman,  d'Orléans  ;  Jean  Blanchard,  de  Pitcher,  comté 
de  Chenaugo  ;  Lévi  M.  Roberts,  Placide  Monty,  John 
Roberts  et  Adorinam  Per  rot,  de  Plattsburg  ;  John  Monty 
et  Nicolas  Constuntine,  de  Beekmantown  ;  Amable  Bilow, 
Mary  Coarier,  Bazile  Nadeau,  Daniel  Beaumont,  de  Cham  - 
plain  ;  Alexandre  Feriale,  Mary  Lizotte,  Francis  Delong, 
Peter  Robarge  et  Joseph  Monty,  de  Chazy  ;  Joseph  Mar- 
chant, de  Floyd,  et  Annie  Courier  de  Potsdam.  Toutes  ces 
localités  sont  dans  l'Etat  de  New-York. 

Le  Vermont  comptait  aussi  un  certain  nombre  de  vété- 
rans canadiens  :  John  Deveraux,  de  Kichmord  ;  Claude 
Monty,  de  Colchester  ;  Fre  Duclous,  de  Sheldon  ;  Arthur 
Danovv,  de  Bershire  ;  Benjamin  Hardy,  d'irasburg  ;  Samuel 
Larabée,  de  Guilford  et  John  Rosier  de  Belvidero. 

Ceux  qui  habitent  ces  localités  peuvent  nous  dire  ce  que 
sont  aujourd'hui  le»  descendants  de  ces  premiori  Canadiens 
des  Etats-Unis. 

T.  Saint-Pierre 

Le  premier  journal  publié  au  Canada. — (VI, 
V,  715). — Je  n  hésite  pas  à  croire  que  la  Halifax  Gazette  a 
été  lu  premier  journal  publié  dans  les  colonies  auglaises  de 
l'Amérique  du  Nord.  Seulement,  ce  que  l'on  a  tort  d'affir- 
mer, c'cHtde  faire  de  celte  gazette  la  première  publication 
canadienne. 

A  l'époque  où  la  Halifax  Gazette  parut.la  Nouvelle-Ecosse 
n'était  point  province  canadienne.  Le  Canada  no  compre- 
nait que  les  provinces  de  Québec  et  d'Ontario. 

On  ne  pourrait  donc  raisonnablement  enlever  à  M.  Guil- 
laume Brown,  le  fondateur  de  la  Gazette  de  Québec  en  1764 
l'intiigno  honneur  d'avoir  été  le  premier  journaliste  canadien. 
Que  la  Nouvelle-Ecosse  revendique  le  premier  journal  qui 
ait  été  publié  dans  le  nord  de  l'Amérique,  c'est  son  droit,c'est 
déjà  un  légitime  sujet  d'orgueil  pour  elle.  Noua  nous  con- 


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tentons,  de  notre  côté,  d'avoir  produit,  dans  notre  bonne  ville 
de  Québec,  le  premier  journal  canadien. 

Lee  Néo-Ecossais— je  puis  bien  confesser  la  chose  sans 
malice — ont  été  assez  longtemps  4  s'apercevoir  que  la  pre- 
mière gazette  publiée  dans  les  colonies  anglaises  avait  vu  le 
jour  chez  eux.  Ils  l'ont  ignoré  jusqu'en  1883. 

A  cette  date,  un  journaliste  du  nom  de  Lawzon,  en  fouil- 

I  ant  dans  la  bibliothèque  de  la  Société  Historique  du  Mas- 
sachusetts, à  Boston,  a  mis  accidentellement  la  main  sur 
un  exemplaire  de  la  fameuse  Halifax  Gazette.  Sa  curiosité 
fut  vivement  piquée,  cela  se  conçoit.  C'était,  au  reste,  une 
fort  belle  trouvaille.  Le  numéro  du  journal  que  M.  Lawzon 
avait  sous  les  jeux  était  le  premier  par  ordre  de  publication. 

II  portait,  à  sa  première  page,  la  date  du  23  mars  1752,  avec 
le  nom  de  son  éditeur,  M.  John  Bushnell,  et  l'indication  des 
ateliers  d'imprimerie,  Graffton  Street. 

L'éditeur  de  la  Halifax  Gazette  ne  paraît  point— d'après 
la  chronique — avoir  fait  dès  le  début  do  brillantes  affaires. 

Les  abonnés  anglais  du  temps  étaient  aussi  récalcitrants 
que  bon  nombre  des  nôtres.  La  Halifax  Gazette  se  laissa 
vivre  pendant  quelques  mois,  puis  ensuite  traînant  de  l'aile, 
elle  dut  interrompre  sa  carrière  pour  un  certain  temps.  On 
la  ressuscita  en  1760,  mais  pour  choir  quelques  années  après. 

La  Gazette  de  Québec,  fondée  par  Brown  et  Gilmore,  a 
fourni  une  carrière  autrement  plus  durable.  Devenue  après 
la  mort  de  Brown,  arrivée  en  1789,  la  possession  de  la  famille 
Neilson,  celle-ci  en  garda  la  direction  pendant  soixante  ans 
et  ce  n'est  qu'en  1874  qu'elle  passa  de  vie  à  trépas. 

Bealséjoir 

Une  define  canadienne.  (IV,  II,  417.) — "  Nos  ins- 
titutions, notre  langue  et  nos  lois,"  qu'on  met  au  crédit  do 
M.  Perreault,  paraissaient  en  tête  du  Canadien  depuis  trois 
ans  à  peu  près,  lorsque  M.  Perreault  publia  son  livre. 

Benjamin  Sulte. 


uigmz 


—  215  — 

Un  duel  de  sir  John- A.  Macdonald,  (V,  I, 
5G3.) — On  a  parlé  à  maintes  reprises  da  duel  de  sir  John- A. 
Macdonald  avec  le  député  W.  IL  Blake.  Duel  n'est  pas  le 
mot  puisque  toute  l'affaire  se  borna  à  l'envoi  d'un  cartel. 

C'était  pendant  la  session  de  18-49.  Le  parlement  siégeait 
#à  Montréal.  Sir  L.-H.  Lafontaine  venait  de  proposer  son 
fameux  bill  d'indemnité.  On  sait  quel  violent  débat  occasionna 
ce  projet  de  loi. 

Au  cours  do  la  discussion  sir  Allan  Me  Nab  s'élant  servi,à 
l'égard  de  ses  adversaires,  de  l'épithètede  rebelles,  M.  Blake 
relova  le  mot  et  prétendit  qu'il  s'appliquait  parfaitement  aux 
torys,  u  On  peut,  disait  il,  être  rebelle  de  deux  manières,  on 
peut  être  rebelle  à  son  pays,  et  comme  vous  êtes  rebelles  à 
ses  désirs  les  plus  légitimes,  vous  êtes  les  vrais  rebelles." 

Laissons  Gérin-Lajoie  raconter  ce  qui  s'en  suivit. 

"  A  ces  mots  prononcés  avec  une  force  dont  il  est  impossi- 
ble de  donner  l'idée,  les  députés  torys  bondiront  do  rage.  Les 
uns  vociféraient,  d'autres  montraient  le  poing.  Sir  Allan 
McNab  apostropha  vivement  M.  Blake,  et  lui  demanda  de 
retirer  ces  paroles  ou  qu'il  l'en  tiendraitresponsable. — Jamais, 
s'écria  M.  Blake. 

"  Alors  la  foule  qui  encombrait  les  galeries  commença  à 
s'agiter,  les  uns  applaudissant,  les  autre  sifflant  ;  bientôt  des 
coups  de  poing  et  de  bâton  s'échangèrent  au  milieu  d'un 
tumulte  indescriptible.  L'Orateur  ordonna  de  faire  évacuer 
les  galeries,  malgré  l'opposition  do  certains  députés,  tandis 
que  d'autres  insistaient  pour  que  cela  se  fit.  Le  sergent  d'ar- 
mes se  mit  en  frais  d'exécuter  l'ordre  de  l'orateur  ;  mais  le  ti- 
multe  était  à  son  comble  .Les  députés  quittèrent  leurs  sièges, 
et  les  dames  qui  assistaient  &  la  séance  vinrent  se  réfugier 
dans  l'enceinte  des  délibérations.  Enfin,  l'ordre  s'exécuta  ; 
peu  à  peu  la  foule  sortit  des  galeries,  et  les  vociférations  ne  se 
firent  plus  entendre  que  dans  le*  couloirs  et  le  vestibule.  La 
Chambre  continua  à  siéger  à  huit  clos.  Le  lendemain,  M. 


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Blake  reprit  son  discourt»  où  il  l'avait  laissé  la  veille,  et  con- 
tinua à  accabler  ses  adversaires  de  sarcasmes  et  d'invectives. 
M.  Robinson  loi  répondît  avec  modération,  après  quoi  3L 
Merritt  fit,  dans  le  sens  ministériel,  un  discours  plein  delogi- 
q  ne  et  de  bon  sens.  Toot  à  coup,  sans  qu'il  y  eût  le  moindre 
tumulte,  l'Orateur  ordonna  de  faire  évacuer  les  galeries,  et 
la  Chambre  continua  de  siéger  à  huit  Iclos.  On  apprit  bien- 
tôt la  raison  de  cette  mesure.  Un  cartel  avait  été  envoyé  à 
M.  Blake  par  John -A.  Macdonald,et  un  duel  allait  avoir  lieu, 
si  la  Chambre  no  s'interposait  immédiatement.  L'Orateur 
envoya  le  sergent  d'armes  avec  la  masse  à  la  demeure  de  M. 
Blake  et  à  celle  de  M.  afacdonald,  leur  enjoignant  de  compa- 
raître immédiatement  à  leurs  places.  M.  Macdonald  com- 
parut et  déclara  qu'il  serait  à  son  siège  à  la  séance  suivante, 
et  que  dans  l'intervalle  aucune  rencontre  n'aurait  lieu.  M. 
Blake  ne  put  être  trouvé  ce  jour  là,  mais  il  fit  son  appari- 
tion peu  de  temps  après,  et  l'affaire  en  resta  là." 

R. 

JSorif/ine  du  nlf/ne  $.  (VI,  Y,  718). — Tout  signe  n'a 
de  puissance  qu'autant  qu'il  est  compris.  Dès  que  l'idée  le 
délaisse,  il  n'est  plus  qu'un  signe  arbitraire  et  devient  aussi 
facilement  objet  d'erreur  que  de  vérité.  Rien  donc  de  sur- 
prenant si  l'origine  du  signe  $.  servant  à  désigner  le  dollar 
— qui  n'est  par  lui  même  ni  idéographique,  ni  phonétique — 
ait  été  si  discutée.  Dans  le  débat  négatif  qui  s'est  engagé  à 
ce  sujet,  la  vérité  est  encore  à  se  montrer.  Disons  cependant 
que  l'opinion  la  plus  généralement  admise  aujourd'hui  est 
que  le  signe  du  dollar,  unité  monétaire  des  Etats-Unis  comme 
on  sait,  devrait  6on  origine  à  l'entrclacoment  des  lettres  "U. 
S."  (United-Slates),  dans  lequel  le  jambage  de  l'U  repré- 
senterait les  deux  barres  verticales  au  milieu  de  l'S. 

Cette  explication  du  signe  $  par  le  monogramme  des  let- 
tres initiales  du  nom  du  pays  de  nos  voisins  est  assez  plau- 


aible  ;  mais  le  monogramme  lui-même,  quand  a-t-on  com- 
mencé à  en  faire  usage  pour  représenter  le  tout-pubsant 
dollar.  ?  Voila  ce  qu'on  ne  dit  pas. 

On  serait  vraiment  tenté  de  croire  que  la  logomachie  à 
propos  de  l'origine  de  ce  signe  est  à  l'état  latent,  car,  pas 
plus  tard  qu'il  y  a  quelques  mois,  le  Dr  Marcus  Baker,  de 
Washington,  E.-U.,  noua  faiaait  part  d'une  nouvelle  théorie, 
dans  le  Boston  Transcript.  Voici  cette  théorie,  je  la  donne 
pour  ce  qu'elle  vaut  ;  à  défaut  d'autre  mérite,  elle  a  toujour  b 
celui  de  nous  assigner  une  date. 

Un  jour  que  le  Dr  Baker  faisait  des  recherches  dans  la 
bibliothèque  du  bureau  de  l'Education  dans  la  capitale  fédé- 
rale, son  attention  fut  attirée  sur  un  vieux  bouquin  ayant 
pour  titre  :  "  A  Compendium  of  Federal  Arithmetic,  desi- 
gned for  the  use  of  schools,  and  specially  calculated  for  the 
meridian  of  United-States,"  publié  à  Lansingburg,  N.  T., 
en  1797,  par  le  révérend  Chauncy  Lee,  de  Butland,  Vt.  Le 
clergyman  américain  aurait  donné  dans  ce  livre  un  système 
de  "characteristics"  par  lequel  un  trait  vertical  devait  dési- 
gner lee  mills,  doux  traits  aussi  vertioaux,  les  cents,  et  oes 
deux  traits,  traversé*  par  un  autre  trait  en  forme  d'une  S, 
les  dimes.  Pour  dollars,  il  aurait  proposé  un  signe  con- 
sistant en  deux  traits  verticaux  traversé*  par  un  double 
trait  courbe. 

On  devra  remarquer  que  nos  voisins,  à  l'époque  où  le 
révérend  Xee  publiait  son  arithmétique,  venaient  à  peine 
d'abandonner  le  système  des  pounds,  shillings  et  pences  de 
leurs  anciens  maîtres.  "  Voilà  pourquoi,  dit  le  Dr  Baker, 
il  avait  semblé  nécessaire  4  M.  Lee  d'adopter  un  signe  arbi- 
traire pour  chacune  des  dénominations  de  notre  nouveau 
système  monétaire.  Mais  il  s'aperçut  bientôt,  ajout  et  il, 
qu'un  seul  caractère,  avec  le  point  décimal,  suffisait  et,  dans 
la  dernière  partie  de  son  livre,  il  ne  conserva  de  ton  sys- 
tème de  symboles  que  celui  du  dollar."  Et  le  docteur  atné- 


—  218  — 


ricain  tire  cette  conclusion  :  que  le  signe  S  est  absolument 
arbitraire,  et  que  l'on  doit  en  donner  la  paternité  à  son  com- 
patriote, Chauncey  Lee. 

What  next  ?  J.-W.  Miller 

Les  chevaux  au  Canada.  (I,  VIII,  72.)— Notre 
poète  lauréat  Frechette,  dans  sa  Légende  dun  peuple,  fait 
marcher  Hébert,  le  premier  colon  de  Québec,  derrière  sa 
charrette  chargée  de  foin  et  tralnéo  par  des  chevaux  : 

Le  soir  arrive  enfin,  mais  les  gerbes  sont  prête*  ; 
On  en  charge  à  pleins  l»rds  les  rustiques  charrettes 
Dont  l'essieu  va  ployant  sous  le  noble  fardeau  ; 
Puis,  presque  recueilli,  le  front  ruisselant  d'eau, 
Pendant  que,  stupéfait,  l'enfant  de  la  savane 
Regarde  défiler  l'étrange  caravane. 
Et  s'étonne  à  l'aspect  de  ces  apprêts  nouveaux, 
Hébert,  qui  suit  ému  le  pas  de  ses  chevaux 
Rentre,  pffrant  a  celui  qui  donne  l'abondance 
La  première  moisson  de  la  Nouvelle- France. 

Le  premier  cheval  qui  ait  mis  le  pied  sur  le  sol  canadien 
fut  débarqué  à  Québec  le  25  juin  1647.  La  compagnie  des 
Habitants  l'avait  acheté  en  France  pour  en  faire  cadeau  au 
gouverneur,  lo  chevalier  de  Montmagny.  Ce  dernier  ne  s'en 
servit  pas  longtemps  puisqu'il  quitta  le  pays  l'année  sui- 
vante. 

Le  16  juillet  1665,  on  débarquait  à  Québec  douze  chevaux. 
u  C'était,  sans  doute,  nous  dit  sir  James  LeMoyne,  des  mon- 
tures pour  le  brillant  état-major  du  grand  marquis  de 
Tracy,  vicc-roi.  "  Nous  croyons  plutôt  que  le  roi  de  France 
envoyait  ces  chevaux  dans  sa  colonie  pour  faciliter  aux  colon  s 
les  travaux  de  l'agriculture.  En  1665,  les  rues  de  Québeo 
devaient  être  encore  trop  escarpées  pour  permettre  aux  bra- 
ves militaires  français  d'y  caracoler  à  leur  aise. 

Les  chevaux  étaient  entièrement  inconnus  aux  Sauvages. 
On  peut  imaginer  leur  surprise  en  voyant  [ces  orignaux  de 


Die 


France — c'est  ainsi  qu'ils  les  nommaient.  Ce  qu'ils  admiraient 
le  plus  en  eux  c'était  leur  docilité.  Ils  ne  pouvaient  compren- 
dre comment  leurs  cavaliers  pouvaient  les  faire  marcher  à 
leur  fantaisie  par  un  simple  mouvement  de  la  main.  (Rela- 
tion, 1666,  p.  25  ;  Journal  des  Jésuites,  10  juillet  1665). 

"  Sa  Majesté  a  encore  envoyé  des  chevaux,  écrivait  en 
1667  la  vénérable  Marie  de  l'Incarnation,  et  nous  a  donné 
pour  notre  part  deux  belles  juments  et  un  cheval,  tant  pour 
la  charrue  que  pour  le  charroi"  (Lettres,  p.  621). 

Trois  années  plus  tard,  en  1670,  le  roi  envoya  encore  dans 
la  Nouvelle-France  un  étalon  et  douze  juments.  Il  les  fit 
distribuer  aux  gentilshommes  du  pays  qui  s'occupaient  le 
plus  de  la  culture  de  la  terre  :  l'étalon  et  deux  juments  à 
M.  de  Chambly,  une  jument  à  M.  Talon,  une  à  AL  de  Sorel, 
une  à  M.  de  Contrecœur,  une  à  M.  de  Saint-Ours,  une  à  M. 
de  Varennes,  deux  à  M.  de  la  Chenaye,  enfin  la  douzième 
à  M.  Le  Ber. 

Le  roi  faisait  ces  sortes  de  dons  aux  particuliers  aux  con- 
ditions suivantes  :  ils  devaient  les  nourrir  pendant  trois  ans  ; 
et  si  par  leur  faute, quelqu'un  de  ces  animaux  venait  à  mou- 
rir, celui  a  qui  il  avait  été  donné  était  obligé  de  payer  au 
receveur  du  Eoi  la  somme  de  deux  cents  livres.  Dans  l'autre 
cas,  il  pouvait  le  rendre  après  les  trois  ans  expirés,  ainsi  que 
les  poulains  qu'il  aurait  pu  avoir  ;  mais  avec  charge  au  bout 
de  trois  ans,  de  donner  au  receveur  de  Sa  Majesté  un  pou- 
lain d'un  an  pour  chaque  cheval,  ou  la  somme  de  cent  livres. 
11  était  pareillement  ordonné  que,  lorsque  ces  poulains  que  le 
Koi  faisait  élever  et  nourrir  seraient  parvenus  à  leur  troisième 
année,  on  les  distribuerait  à  d'autres  particuliers,  et  toujours 
anx  mêmes  conditions.  (Fail  Ion,  Histoire  de  la  colonie  fran- 
çaise, III,  p.  222). 

Ces  conditions  avantageuses  pour  les  particuliers  multi- 
plièrent tellement  les  chevaux  dans  la  Nouvelle  France  que 
moins  d'un  demi-siècle  plus  tard  l'intendant  Baudot  était 


—  220  — 

obligé  de  défendre  aux  habitants  d'avoir  plus  de  deux  che- 
vaux ou  cavales  et  un  poulain. 

Cette  sage  mesure  n'arrêla  guère  le  mal  puisque  de  nos 
jours  encore  on  se  plaint  que  les  habitants  gardent  trop  de 
chevaux. 

Sur  les  chevaux  au  Canada,  voyez  une  très  intéressante 
étude  de  M.  Ernest  Gagnon  dans  son  ouvrage  Le  fort  et  le 
château  Saint-Louis.  '  P.-G.  K. 

La  mission  tl'Qka.  (VI,  III,  707.)— D'après  La 
Potherie,  presqu'un  contemporain,  la  mission  de  la  Monta- 
gne et  celle  du  Sault-au-RécoIlet  furent  fondées  par  M.  de 
Belmont  et  à  ses  frais  (jCor.  Gén.,  VII,  205). 

Les  sauvages  Algonquins  de  M.  d'Urfé  n'arrivèrent  pas  à 
Sainte-Anne  du  bout  de  l'Ile  en  1704,  puisque  ce  mission- 
naire laissa  cette  paroisse  en  1687  ;  ils  7  furent  établis  très 
certainement  avant  cette  année  là.  (Voir  registre  d' Urfi  au 
presbytère  de  Lac  hi  no  ;  VEcho  du  cabinet  de  Lecture,  1866, 
p.  81). 

Parmi  les  sauvages  de  M.  de  Breslay  à  l'Ile  aux  Tourtes, 
on  comptait  non  seulement  des  "  NipisBings  ",  mais  aussi  des 
Algonquins.  (Registres  de  SteAnne  ;  Répertoire  du  Clergé 
Canadien,  77). 

Les  sauvages  de  l'Ile -aux-Tourtes  venaient  non  pas  du 
Sault-au-Récollet  ou  de  la  Montagne,  mais  "  des  terres  ". 
(Registres  de  Ste  Anne  du  29  juillet  et  du  19  octobre  1705  ; 
Cor.  Gén.  XXII,  99,  242  ;  Lake  St-Louis,  163-172  ;  Sup- 
plément, 19-20). 

Enfin,  la  mission  de  l'Ile -aux -Tourtes  cessa  d'exister  en 
1726  et  non  en  1721  (Archives  de  Québec,  rapport  de  M. 
Langelier,  210  ;  Cor.  Gén.  XLIX,  84  ;  Registres  de  Ste- 
Anne). 

D.S. 


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La  Société  du  feu  de  Québec  (VI,  III,  704.)— 
Sous  le  régime  français,  Je  système  en  usage  pour  combat- 
tre les  incendies  était  des  plus  primitifs.  Il  n'existait  aucune 
organisation,  aucun  corps  de  pompiers. 

Cinq  ordonnances  furent  rendues  pour  prévenir  ou  com- 
battre les  incendies.  Elles  datent  des  16  mai  1676,  21  mai 
1721,  22  octobre  1726,  12  juillet  1734  et  du  30  mai  1754. 

Ces  différents  règlements  obligeaient  les  habitants  à  faire 
ramoner  leurs  cheminées  ainsi  qu'à  entretenir  des  échelles 
pour  monter  sur  les  toits,  et  ils  défendaient  de  faire  du  feu 
dans  les  cours.  Lorsqu'un  incendie  éclatait,  tous  les  habi- 
tants devaient  so  rendre  sur  les  lieux  avec  une  hache  et  un 
sceau.  On  prenait  l'eau  dans  les  puits  ou  à  la  rivière,  lors- 
qu'on n'en  était  pas  trop  éloigné,  et  on  faisait  la  chaîne. 
On  jetait  a  terre  les  clôtures  et  tout  ce  qui  aurait  pu  aider 
le  feu  à  se  propager.  Si  l'incendie  nenacait  do  s'étendre  aux 
maisons  voisines,  on  abattait  celles  oi  au  moyen  de  haches 
et  de  crochets  en  fer  qui  servaient  à  arracher  les  toits,  etc. 

Cependant  l'ordonnance  de  1734  institua  un  commence- 
ment d'organisation.  Elle  portait  qu'un  certain  nombre 
de  seaux,  de  haches,  de  pelles  et  de  crochets  en  fer  munis  de 
chaînes  ou  de  cordages,  seraient  placés  à  certains  endroits 
désignés,  dans  les  quatre  quartiers  de  Québec.  Cette  mesure 
ne  relevait  pas  cependant  les  habitants  de  l'obligation  d'ap- 
porter chacun  leur  hache  et  leur  seau. 

Des  les  premières  années  de  la  domination  anglaise,  le 
gouvernement  s'occupa  de  cette  importante  question.  Il 
nomma  des  surintendants.des  ramoneurs  de  cheminées  pour 
Québec,  Montréal  et  Tiois-Rivières,et  amenda  les  règlements 
existante.  Les  rapporte  de  ces  surintendante  sont  devenus 
très  précieux  de  nos  jours  parce  qu'ils  nous  donnent  une 
liste  de  toutes  les  personnes  tenant  feu  et  lieu  dans  ces 
villes  ;  ce  sont  de  véritables  almanacs  des  adresser. 


—  222  — 


En  1768,  le  conseil  exécutif  de  1a  province  rendit  one  or- 
donnance à  ce  »u jet  et  nomma  un  surintendant  pour  chica- 
ne des  trois  villes.  Cette  ordonnance  fut  amendée  en  1790. 
Le  premier  surintendant  à  Québec  fut  John  Franks.  En 
1799  un  nommé  Robert  Naddau  remplissait  cette  charge.et 
en  1830  je  trouve  le  nom  de  John  Grant  comme  surinten 
dant. 

Ce  n'est  que  le  23  mars  1839  qu'une  ordonnance  du  Con- 
seil spécial  érigea  la  Société  du  Feu  de  Québec.  Les  lettres 
patentes  constituant  cette  société  portent  la  date  du  13  avril 
suivant.  Eu  furent  nommés  membres  :  MM.Jeremiah  Leny- 
craft,  président,  William  Phillips,  Charles  Panet,  Daniel 
McCallum,  Pierre  Pelletier,  Laughlin  Me  Pberson,  Henry 
Pemberton,  Joseph  Morin,  Ebeneaer  fiaird,  John  McLeod, 
Pierre  Boisseau,  Robert  Cairns  et  Frederick  Hacker,  tous 
habitants  et  propriétaires  de  Québec. 

Une  société  semblable  avait  été  créée  à  Montréal,  ie  25 
mars  de  lu  même  année.  L'honorable  George  Moffet  en  fut 
le  premier  président. 

L'ordonnance  du  Conseil  spécial,  2  Vict,  chap,  30  amen- 
dait  les  deux  actes  précédemment  nommés,  relativement  à 
la  nomination  d'un  surintendant  pour  empêcher  les  acci- 
dents par  le  feu  dans  la  ville  et  les  faubourgs  de  Québec. 
Elle  décrétait  que  les  émoluments,  honoraires  etc,  de  cet  offi- 
cier sciaient  dorénavant  versés  à  la  nouvelle  société,  qui 
serait  formée  de  treize  habitants  de  la  ville,  propriétaire  a 
ayant  un  revenu  annuel  d'au  moins  £25,  avec  un  président 
et  un  secrétaire-trésorier  qui  serait  nommé  par  la  majorité 
dos  membres. 

La  société  du  feu  devuil  faire  des  règlements  sujets  à  l'ap- 
probation dee  juges  de  la  cour  du  banc  de  la  Reine.  Elle 
avait  le  droit  d'imposer  des  amendes  pour  contravention  à 
ses  règlements.  On  lui  donnait  le  pouvoir  de  diviser  la  ville 
en  quartiers  ;  chaque  quartier  devait  avoir  une  pompe  à 


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vapeur  et  un  certain  nombre  de  pompiers  volontaires,  n'ex- 
cédant pas  cinquante  pour  chaque  pompe,  sous  le  comman- 
dement d'un  capitaine.  Chaque  pompier  devait  s'engager 
pour  l'espace  d'un  an  et  devait  travailler  sous  peine  d'amen- 
de. En  cas  de  mort  ou  d'incapacité,  les  pompiers  devaient 
être  immédiatement  remplacés.  Ils  n'étaient  pas  rémunérés 
pour  leur  service,  mais  ils  étaient  exempts  de  servir  comme 
jurés,  constables  ou  officiers  de  la  paix  ;  ainsi  que  dans  la 
milice,  excepté  en  cas  d'invation  du  pays.  Ils  s'affranchis- 
saient aussi  de  la  corvée. 

lia  société  devait  en  outre  former  un  corps  de  soixante 
pompiers  sous  la  direction  d'un  capitaino  ou  de  deux  lieute- 
nants. Ce  corpe  devait  assister  à  chaque  feu  et  ses  devoirs 
devaient  être  spécifiés  dans  les  règlements  do  lu  société. 

Les  pompiers  blessés  ou  malades  pouvaient  recevoir  l'aide 
de  la  société.  Les  familles  de  ceux  qui  mouraient  victime 
du  devoir  pouvaient  retirer  une  indemnité.  La  société  était 
aussi  autorisée  à  récompenser  les  services  rendus,  au.  moyen 
de  médailles  ou  autrement  Un  fond  était  créé  pour  dé- 
frayer les  dépenses  de  la  société. 

Les  quelques  notes  qui  précèdent  suffiront,  je  crois,  pour 
donner  une  idée  de  l'organisation  du  temps.  On  était  sans 
doute  encore  loin  du  perfectionnement  apporté  depuis  dans 
les  méthodes  pour  combattre  les  incendies  ;  mais  c'était  un 
commencement,  et  cette  société,  telle  qu'organisée,  a  dû 
rendre  de  réels  services  à  la  vieille  capitale. 

F.-J.  Aupet 


—  224  — 
QUESTIONS 

726.  — Quelle  est  l'origine  et  la  signification  du  mot  Soo. 
nom  que  les  Anglais  donnent  au  Sault  Sainte- Marie  ? 

Bip. 

727.  —  L'Autobiographie  du  célèbre  père  jésuite  Chaamonoi 
a-t-elle  été  publiée  ?  Bibljo. 

728.  — Dans  quelle  partie  de  la  Talléo  de  la  Chaudière  w 
trouvait  l'ancien  fort  "  Sartigan  "  ?  L.  H. 

729.  — Feu  Rodolphe  Tanguay,  avocat,  neveu  de  Xgr 
Cyprien  Tanguay,  avait  mis  en  drame  le  roman  de  Joseph 
Marmette  :  L'intendant  Bigot.  Ce  drame  a-t  il  été  publié  ? 

A  MAT. 

730.  — Quand  le  canal  Chambly  a  t  il  été  ouvert  à  la  navi- 
gation ?  Mas, 

731.  — Dans  !e  statut  45,  chapitre  XII,  Georges  III,  je  H* 
qu'à  l'avenir  "  tout  marin,  pour  obtenir  une  licence  de  pilote, 
devra  avoir  fait  deux  voyages  ou  plus  en  Europe  ou  aux 

/«/«." 

Qu'entendait  on,  au  commencement  du  siècle,  par  ce  ternie 
les  Isles  ?  Mab/.v 

732.  — Quelle  différence  y  avait  il,  autrefois,  entre  uo  fief 
simple  et  un  fief  do  dignité  ?  Avons-nous  eu  au  Canada  det 
nefs  de  cette  dernière  catégorie  ?  Ccbieix 

733.  — Peut  on  me  donner  une  tinte  dee  eu de  la  parole 
de  Sainte-Anne  de  la  Pérade  ?  Parois. 

734.  — Quand  st-on  commencé  les  premiers  travaux  de 
creusage  dans  le  fleuve  Saint-Laurent,  entre  Qoébec  tt 
Montréal  ?  Quelle  profondeur  avait  le  chenal  lorsque  ces 
travaux  furent  commencés  ?  Quelle  est  sa  profoodoar 
actuelle  ?  Pu.. 


irri 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

VOL.  6  AOUT  1900  No.  8 


SAINTE-LUC E  DE  RIMOUSKI 

La  paroisse  de  Sainte-Luce  doit  son  origine  4  Michel  Dee- 
rotûers,  fils  d'Antoine  Desrosiers,  juge  à  Trois*Rivière6,  et  de 
Anne  Le  Neuf  du  Hérisson,  fille  du  lieutenant-général  de  ce 
nom.  Il  vint  se  fixer,  vers  181 K,  à  l'endroit  appelé  Vanse-au- 
lardy  un  raille  4  l'ouest  du  moulin  à  farine  actuel.  Puis  un 
peu  plu»  tard.vinrent  s'éparpiller  successivement  sur  le  bord 
du  grand  fleuve  :  Jean  Volant  de  Champlain  (petit-fils  du 
côté  maternol  du  célèbro  explorateur  du  Miseissipi,  Louis  de 
Joliet),  Pierre  Drapeau,  Jean  Langlois,  Côme  Lavoie,  Xilné* 
Gagnon,  Ignace  Lavoie,  etc.,  autant  de  souches  ayant  laissé 
de  nombreux  rejetons. 

En  1823,  la  forêt  avait  reculé  et  avait  fait  place  4  des 
champs— pas  bien  considérables  encore — mais  d'un  rende- 
ment merveilleux.  La  jeune  colonie  voyait  s'augmenter  dans 
des  proportions  encourageante  le  nombre  de  sa  population. 
C'est  alors  que  l'on  commença  4  agiter  la  question  de  se 
détacher  de  la  paroisse  de  Saint-Germain  de  Rimouski 
pour  se  constituer  en  paroisse.  Ala  demande  qu'ils  en  firent  se- 
condés en  cela  par  leurs  seigneur^sses  en  tête  desquelles  était 
madame  Luoe.-G.  Drapeau  Casault,  Mgr  Panot,  évêque  de 
Québec,  par  décret  en  date  du  28  août  1829,  érigea  canon i- 
quement  "  la  seigneurie  de  Lessard  et  partie  de  celle  de 
Lepage  et  Tibierge  en  cure  et  paroisse  sous  l'invocation  de 


—  228  — 


sainte  Lace  (1),  dont  la  féte,selon  le  martyrologe  romain,  se 
oétèbre  le  treize  décembre  " 

Pour  ee  conformer  aux  lois  françaises  en  usage  dans  ce  pays 
il  fallait,  pour  donner  une  existence  civile  à  la  nouvelle 
paroisse,  se  pourvoir  de  Lettres  Patentes  de  Sa  Majesté.  En 
conséquence,  une  requête  fut  présentée  au  gouverneur  Sir 
James  Kempt,  mais  ce  ne  fut  que  le  12  février  1835,  sous 
l'administration  de  lord  Aylmer,  que  la  paroisse  de  Sainte- 
Luoe  fut  reconnue  civilement. 

Le  2  janvier  1830,  les  nouveaux  paroissiens  ayant  envoyé 
une  requête  à  Mgr  Panet  demandant  à  Sa  Grandeur  "  de 
bien  vouloir  leur  accorder  la  permission  de  bâtir  une  église 
en  pierre  de  80  pieds  français,  en  dedans  "  (rien  que  cela 
pour  commencer),  l'évêque  de  Québec  délégua,  le  3  novem- 
bre suivant,  M.  Edouard  Faucher,  curé  de  Trois-Pistole*, 
pour  fixer  l'emplacement  de  la  future  église,  ce  qu'il  fit  le 

21  du  mois  suivant  en  plantant  une  petite  croix  pour  mar- 
quer l'endroit  que  devait  occuper  le  maître-autel,  et  cela  pré- 
cisément au  beau  milieu  de  la  Pointe  aux-Coques. 

Pour  des  raisons  sur  lesquelles  on  me  permettra  de  glisser . 
la  bénédiction  de  la  première  pierre  ne  fut  faite,  par  Mgr 
Signay,  que  le  27  juillet  1838,  et  l'église  fut  livrée  au  culte 
le  26  décembre  1840. 

Cette  poignée  d'habitants  relativement  pauvres  venaient 
d'édifier  une  église  considérée  alors  comme  l'une  des  plus 
vastes  de  nos  campagnes  canadiennes  ;  en  voici  les  dimen- 
sions principales  :  80  pieds  de  longueur,  intérieur,  pour  la 
nef,  sur  44  de  largeur,  aussi  intérieur  ;  hauteur  des  murs, 

22  pieds.  La  sacristie,  28  pieds  de  largeur  sur  35  de  longueur, 
intérieur  ;  hauteur  des  murs,  14  pieds  mesure  française.  On 


(i)  Ce  nom  patronal  fut  donné  pour  perpétuer  la  mémoire  de  la  pre- 
mière bienfaitrice  de  la  nouvelle  paroisse,  dame  Lute  Drapeau-Casault, 
co  seigneuresse,  femme  d'une  haute  intelligence  et  d'un  grand  sens  pratique. 


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—  229  — 

voit  que  chez  le  Canadien  la  foi  ne  compte  pas  avec  les  sacri- 
fices. 

La  paroisse  de  Sainte-Luce  fut  jusqu'en  1842,  alternati- 
vement desservie  par  voie  de  mission,  par  M.  Picard,  curé  de 
Rimouski,  ce  prêtre  dévoué  et  infatigable  qui  a  tant  fait 
pour  cette  paroisse,  et  par  ses  vicaires,  MM.  Gabriel  Nadeau 
etChs.-Ed.  Bélanger.  Ce  dernier — celui-là  même  qui  mourut 
d'épuisement  et  de  misère  dans  les  savanes  de  Stanfold, 
dans  la  nuit  du  23  au  24  novembre  1845 — fit  faire,  pour  la 
première  fois,  le  30  juillet  de  cette  année  1842,  la  première 
communion  aux  enfants,au  nombre  de  70.  Je  dis  enfants  et 
je  me  trompe,  car  parmi  les  nouveaux  communiants,  l'on 
comptait  de  grands  et  robustes  gare  portant  moustaches,  et 
d'accortes  fillettes  qui  n'attendaient  le  second  sacrement  de 
l'église  que  pour  piquer  de  suite  au  septième. 

Quelques  semaines  plus  tard,  le  premier  vicaire  de  Rimous- 
ki,  M.  Nadeau,  fut  nommé  curé  de  la  nouvelle  paroisse, 
charge  qu'il  conserva  jusqu'à  sa  mort  (14  février  1869). 
La  desserte  de  la  paroisse  fut  alors  confiée  à  M.  Tobie  Thé- 
berge  jusqu'au  5  mai  suivant,  date  à  laquelle  M.  Edouard 
Guilmet  commença  à  exercer  les  fonctions  curiales.  Dans  l'été 
de  1876,  M.  Guilmet  ayant  abandonné  la  cure  de  Sainte- 
Luce  pour  prendre  la  rédaction  du  Foyer  des  Familles,  jour- 
nal publié  à  Ottawa,  il  eut  pour  successeur  M.  M.  R.  Bilo- 
deau.  A  l'inverse  des  citadins  qui  viennent  chercher  un  regain 
de  santé  dans  le  voisinage  immédiat  des  eaux  salées  de  notre 
grand  fleuve,  M.  Bilodeau,  lui,  voyait  dépérir  la  sienne,  et, 
après  un  séjour  de  trois  mois,  il  se  vit  dans  la  nécessité  d'a- 
bandonner la  cure  de  la  paroisse.où  il  fut  remplacé  par  M.  le 
chanoine  J.-B.  Blanchet,  le  ouré  actuel. 

Coïncidence  assez  remarquable,  l'église  de  Sainte-Luce  fut 
commencée  sous  les  auspices  de  M.  Picard,  ancien  curé  de 
Rimouski.  Il  appartenait  à  son  neveu,  M.  Blanchet,  de  lui 
donner  la  dernière  main,  car,  il  faut  le  bien  remarquer,  cette 


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église  n'a  rien,abeolument  rien,à  envier  aux  autres  églises  du 
district  de  Quebec,  non  seulement  quant  à  sa  beauté  et  à  la 
richesse  do  son  ornementation,  maie  aussi  parceque  depuis  le 
19  juillet  1894,  elle  jouit  du  privilège  d'être,  de  tout  ce  dis- 
trict, la  quatrième  église  consacrée,  l'église  métropolitaine 
de  Québec  et  celle,  de  Sainte-Anne  de  Beaupré  et  de  Sainte- 
Anne  de  la  Pocatière  étant,  si  je  ne  me  trompe,  ses  seules 
devancière*. 

On  a  dit  souvent  que  les  peuple*  avaient,  comme  les  indi- 
vidus de  l'espèce  humaine,  leur  jeunesse,  leur  virilité,  leur 
décrépitude.  En  lisant  le  tableau  qui  suit  du  mouvement  de 
la  population  de  la  paroisse  île  Sainte-Luce,  on  serait  en  droit 
de  supposer  que  cette  paroisse,  qui  compte  4  peine  un  siècle 
d'existence,  est  déjà  entrée  dans  la  période,  sinon  de  la  déoré- 
pitude,  du  moins  de  la  décadence.  Nous  verrons  dans  un  ins- 
tant la  cause  do  cette  déperdition  de  la  population. 

Années  Habitants 

1851  1895 

1861   2145 

1871  1774 

1881  1503 

1891  1233 

On  voit  par  ce  relevé,  extrait  de  documents  officiels,  que 
c'est  en  1861  que  la  paroisse  de  Sainte-Luce  a  atteint  le 
maximum  de  sa  population,  et  qu'à  partir  de  cette  année, 
cette  population  accuse  une  diminution  constante. 

Cette  diminution  s'explique  par  plusieurs  circonstances 
bien  connues,  dont  la  première  sont  les  morcellements  pério- 
diques auxquels  cette  paroisse  a  été  on  butte.  Lors  de  l'é- 
rection canonique  de  la  paroisse  de  Saint-  Anaclet  (10  marc 
1858),  Sainte-Luce  contribua  pour  3780  arpents  de  terre  en 
superficie  de  son  meilleur  sol,  et  3  à  400  do  ses  enfants  dans 
la  formation  de  la  nouvelle  paroisse.  En  1869,  toute  une 


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nouvelle  paroisse,  Saint- Donat,  était  formée  encore  à  même 
Sainte-Luce.  Cette  dernière,  qui  comptait  alors  huit  rangs, 
tous  plus  ou  moins  habités,  n'en  conserva  plus  que  trois,  et 
encore,  de  ceux  oi,  il  n'y  avait  que  celui  du  fleuve  qui  eut  sa 
longueur  originaire,  les  autres  ayant  été  écourtés  au  profit 
de  Saint-Anaclet. 

Enfin,  en  1882,  ce  dernier  rang  était  écourté  à  son  tour 
de  26  arpents  (1092  arpents  en  superficie)  et  annexé  à  la 
paroisse  de  Sainte-Anne  de  la  Pointe  au-Père. 

Une  autre  cause  qui  a  fait  diminuer  la  population  de 
Sainte-Luce.c'est  lo  Ht!au  de  l'émigration.  Restreint  autrefois 
à  quelques  comtés  du  district  de  Montréal  et  de  celui  de  Trois - 
Rivières,  ce  fléau  a  gagné  le  vieux  district  de  Québec,  et  la 
paroisse  de  Sainte-Luce,  elle  aussi,  a  dû  subir  son  œuvre 
dévastatrice.  Chaque  année,  depuis  surtout  que  les  commu- 
nications par  eau  et  par  terre  sont  devenues  si  faciles,  grand 
nombre  de  ses  enfants,  bercés  du  fol  espoir  d'arriver  vite  à 
la  fortune  et  éblouis  par  la  perspective  d'un  avenir  chiméri- 
que, abandonnent  le  sol  natal,  pour  la  grande  République. 

Ce  mouvement  si  fatal  à  la  nationalité  canadienne  se  con- 
tinue  ici  comme  ailleurs  dans  des  proportions  vraiment  alar- 
mantes. 

Cependant  combien  de  ceux  qui  ont  quitté  le  soin  de  la 
terre,  la  culture  des  champs,  occupations  si  honorables  et  si 
indépendantes,pour  aller  vivre  dans  les  manufactures  ou  dans 
les  écuries  des  Yankees,, combien  y  en  a-t-il  qui  l'ont  acquise 
cette  fortune  tant  convoitée  ?  sur  cent  peut-on  en  citer  un 
seul  ?  ... 

J.-W.  Miller 


—  232  — 


fcIBUrXiBAFHI£  DE  LA  POESIE  FRA5CO- 
f  AXADIEXXE 

pc.qw  de  C.  Ltrrens,     eéc*  La  M.«ia£*c — I?75l  ±2  pp, 

J>  C**/r«  U  11  &iu  S*a!-P**L  S«cc*ie  édls'oa. 
bee  :  C  Darreaa,  ïmpr.ttT  da  O.ngrea.  é2.  csoeL»  *o* 
tA*fte— 1*52-  42  pp.  ia-ê. 

Baillaje>,e,  J<—EUjw„  <&r  l'air  da  w  Co«roe«*a«: 
da  Bot.  ~  S.  L  a.  d. 

Baillai*/**.  Xaceice. — Dermeri  ai«tr  Gr<&zuïït- 
C/aébee,  typogrsphk  de  C.  Daraau,  g.  rue  de  La  Mct^^t* 
— 1*75.  7S  pp 

BEcrcHEais.NEaÉE. — Ltt  ior&tont  tnattUn^et.  Tn>* 
Kirier**,  Viewr  Ayatte,  éditeur— itDCCCXCTIL  2U  pp.. 

in- 8. 

BiLA*<#EB,  J.-A — Met  tert.  Ontaona»,  A.  Bureau,  impri- 
meur, rue  Sparks — 18*2.  217  x  T  pp.,  in- S. 

Benoit,  Samcel.— La  Ckarlcïad*  ou  Le  Menteur  démar- 
qué. Poème  béroi^somique.  Québec,  imprimé  su  Dorera  de 
Y  Editent—  1&72.  XXII  x  39  pp.  in  8. 

Bl  B  A  c  D,  M I  c  HE  L . — E pit  ret,  tatiret,  chantons,  ipigramwet. 
et  autres piicet  de  vert.  Montréal,  imprimées  par  Ludger 
paremny,  i  l'imprimerie  de  La  Minerve— 1830.  178  pp., 
in  12  (2). 

Brault,  Eugèhe. — Ami*  it.  Imprimerie  et  librairie  fran- 
çaise et  anglaise,  Wooneocket,  R  L,  E.  U.— 1899.  60  pp. 
io-12. 

Caocette,  J.-B. — Let  Voix  intimes.  Premières  poésies. 
Avec  une  préface  de  Benjamin  Suite,  membre  de  la  Société 

(I)  La  présente  liste  est  nécessairement  incomplète.  Nous  serions  recon- 
naiMantt  à  cens  qui,  par  leurs  renseignements,  nous  permettraient  de  la 
compléter. 

(a)  Premier  livre  de  poésies  canadiennes. 


■ 

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233  — 


Royale  du  Canada,etc.  Québec,  imprimerie  de  L.-J.  Deniers 
&  frère,  30,  rue  de  la  Fabrique,  30—1892.  310  pp.,  in-8. 

Càsoraw,  L'abbé  H.-R. — A  ma  sœur  Rosalie.  Epitre  en 
vers.  1860. 

Les  Miettes.  Distractions  poétiques.  Edition  intime  à  50 
exemplaires.  Québec,  ateliers  typographiques  de  P.-G.  De- 
liale,  1,  Port  Dauphin — 1869.  69  pp.in-8. 

Casseqrain^  Arthur.— La  Grand-Tronciade  ou  Itiné- 
raire de  Québec  à  la  Riviire-dwLoup.  Poème  badin.  Ottawa, 
G.E.  Deebamts,imprimeur.éditeur— 1866.  VIÏ.96  pp.  in-12. 

Chapjian,  William. — Les  Québecquoises.  Québec,  typo- 
graphie de  C.  Darveau,  82,  rue  de  la  Montagne — 1876-224 
pp.  in-8. 

Les  Feuilles  d'érables.  Poésies  canadiennes.  Montréal, 
typographie  Gebhardt-Berthiaume,  30,  rue  St-Gabriel — 
1890.  242  pp.  in- 12  carré. 

A  propos  de  la  guerre  hispano-américaine.  Québec,  Léger 
Brousseau,  éditeur — 1898.  16  pp.  in-4. 

Ciiauvkaij,  P.-J.-O. — Souvenirs  et  légendes.  Conférence 
faite  à  l'Institut  Canadien  de  Québec.  Québec,  imprimerie 
A.  Côté  et  cie.  1877.  37  pp.  in-4. 

Le  Dies  Irae.  Traduction  en  vers  français  avec  le  texte 
en  regard,  suivie  d'une  notice  sur  cette  séquence  célèbre  et 
sur  les  traductions  qui  en  ont  été  faites  en  diverses  langues. 
Se  vend  au  profit  de  la  souscription  pour  la  construction 
d'une  chapelle  du  Sacré-Cœur  à  lu  Basilique  de  N-D.  de  Qué  - 
bec.  Montréal,  bureau  des"  Nouvelles  Soirées  Canadiennes." 
1887.  14  pp.  in-8. 

Chkvrier,  M.  de. — L'Acadiade  ou  Prouesses  anglaises  en 
Acadie,  Canada.  Poème  comi-héroique  en  quatre  chants, 
Cassel— 1758,  Petit  in-8. 

Chkvrier,  Rodolphe. — Tendres  choses.  Poésies  cana- 
diennes. Montréal,  J.-P.  Bédard,  Imp.-éditeur,  170,  rue  Su 
Laurent— 1892.  205  pp.,  in-16. 


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—  ra 


Cxxjcaz;*,  Octave, — Le  drapeau  de  Cari '.le,*.  Homnage 

*  MJL  lea  abonnés  da  Jomal  >U  Quite:.  1er  de  I  an  185*.  S 
pp.,  in  8. 

Horr-Tf-aye  aux  abcuhU  dm  -  Journal  de  Q*ébi>:.~  1er  de 
I  an  1860.  6  pp.  in  *. 

Caste  friar  do,  convenir  da  1er  de  l'an  N'  I.  A  MM.  le» 
abonnés  do  Journal  de  Québec.  4  pp.  id-?. 

Oevrrei  complètes,  publiée*  sou»  le  patronage  de  l'Institut 
Canadien  de  Québec.  Montréal,  Beaucbemin  A  Valois,  librai- 
res-imprimé nr«  r  256  et  258,  roe  Saint-PauL  15*2. 544  ppin-S. 

Cithbeet.  Uo^a.—L' Aréopage.  Athènes  tu  as  vécu,Rome 
tu  van  périr  !  L'école  canadienne  dissipe  son  souvenir.  Qué- 
bec, printed  by  John  Xeilson,  Mountain  street.  1803.  13 
pp.  in  -S. 

DEjfAi-LT.  Amédée.— Luevrs  d'aurore  f  Ebauche*  de  poé- 
sie) 1886-1-92.    Avec  un  portrait  à  l'héliogravure.  Maison 

de  la  bonne  prose,  33,  rue  St-GabrieL  Montréal —  l  8 1*4.  1»4 
pp.  in -12. 

Dknih,  L'abbé. — Mort  de  Francoiz-Xavier  Milton,  élève 
du  collège  de  Montréal  en  1852.  Montréal,  imprimé  an  bu» 
reau  de  La  Minerve,  10,  rue  St-Vincent — 1857.  8  pp.,  in-8. 

Des* ai  î.NiKKs.  GfNZALVE  . — L'absolution  avant  la  ba- 
taille. I>^dié  aux  brave»  de  la  Butte  aux-Fran^ais.  Montréal, 

imprimerie  de  U  Etendard.  37,  rue  St- Jacques — 1886.  16 
pp.  in- 12. 

Duhamel,  Jacoj/E!*. — Acoubar,  ou  La  loyauté  trahie.  Tra- 
gédie tirée  des  amours  de  Piston  et  de  Fortunie  en  leur 
voyage  de  Canada,  avec  des  chœurs,  dédiée  à  Philippe  Des- 
porte*,  abbé  de  ïyron— 1586. 

Acoubar,  tragédie,  tirée  des  amours  de  Pistion  et  Fortunie, 
en  leur  voyage  de  Canada.  Rouen,  Raphaël  du  Petit- Val — 
1603.  71  pp  pp.,  in- 12. 

Acoubar,  tragédie,  tirée  des  amours  de  Pistion  et  Fortu- 
nie, en  leur  voyage  de  Canada.  Rouen,  Raphaël  du  Petit- 
Val-1611.inl2. 


uigmzea  Dy  vjuu 


EtantureLjEudorb. — Premières  Poésies.  1876-1878.Avec 
une  préface  de  Joseph  Marmette.  Québec,  Augustin  Côté  et 
de— 1878.  XVI  x  204  pp.,  in  16. 

Premières  poésies.  1876-1878.  Avec  une  préface  de  Joseph 
Marmette.  Deuxième  édition.  Québec,  Augustin  Côté  et  oie. 
1878.  XVI  x  204  pp.  in-16. 

Premières  poésies.  1876-1878.  Troisième  édition.  Québec, 
imprimé  par  J.  Dussault— 1888.  109  pages  in-16. 

Feioe,  L'abbé  L.—Marcella,  épisode  dramatique.  Hom- 
mage au  "  Cercle  Vil  le -Marie."  Montréal,  Eusèbe  Senécal  & 
fils,  imprimeurs  éditeurs,  20,  rue  Saint- Vincent,  1887.  15 
pp  in-8. 

Ferland,  Albert. — Mélodies  poétiques.  Montréal,  Pierre 
J.  Bédard,  imprimeur-relieur,  no  1588,  rue  Notre-Dame, 
1893.  143  pp.  in-12. 

Femmes  rêvées.  Pour  lire  à  la  femme  aimée.  Préface  de 
M.  Louis  Fréchette,  lauréat  de  l'Académie  françaire.  illus- 
trations de  Geo.  Del  fosse.  Gravures  de  A.  Morissette.  Mon- 
tréal, choz  l'auteur.  MDCCCXCIX.  Imprimé  par  Wilfrid 
Boucher,  828  rue  Berri,  Montréal,  52  pp.  in-8. 

Fisbt,  L.-J.-C.  Les  voix  du  passé.  Vers  dédiés  à  L.-G. 
Baillairgé,  écuyer,  président  de  la  société  St  Jean -Baptiste, 
24  juin  1858.  4  pp.  in  8.  S.  1.  n.  d. 

Jude  et  Grazia  ou  les  malheurs  de  Immigration  canadienne. 
Poème  dédié  à  ses  amis.  Québec,  imprimerie  de  Broussoau 
et  frères,  no.  7,  rue  Buade,  1861.  41  pp.,  in-4. 

Fréchette,  Louis. — Mes  loisirs.  Poésies.  Québec,  typo- 
graphie de  Léger  Brousseau,  rue  Buade.  1863.  203  pp., 
in-12. 

La  voix  d'un  exilé.  Poésies  politiques.  56  pp.,  in-18.  S. 
1.  n.  d.  (1). 

Pêle-mêle,  fantaisies  et  souvenirs  poétiques.  Montréal, 
Compagnie  d'impression  et  de  publication  Lovell,  1877. 
274  pp.,  in-12  carré. 


(l)  Publiée  à  Chicago  en  186S. 


Les  fleur$  boréàles.  Les  oiseaux  de  neige.  Poésies  cana- 
diennes. Québec,  C.  Darveau,  1879.  268  pp.,  in- 12. 

Les  fleurs  boréales.  Les  oiseaux  de  neige  Poésies  canadien- 
nes couronnées  par  l'Académie  française.  Paris,  E.  Bou- 
veyre,  éditeur,  1,  rue  des  Saint  s- Pères  ;  Em.  Terquem,  édi- 
teur, boulevard  St-Martin,  15  MDCCCLXXXI.  265  pp., 
in-12. 

La  légende  d'un  peuple.  Poésies  canadiennes.  Avec  une 
préface  de  Jules  Claretie.  Paris,  à  la  librairie  illustrée,  7, 
rue  du  Croissant,  1887.  Tous  droits  réservés.  347  pp.,  in-8. 

La  légende  d'un  peuple.  Poésies  canadiennes.  Avec  une 
préface  de  Jules  Claretie.  Edition  corrigée,  revue  et  aug- 
mentée. Québec,  C.  Darveau,  imprimeur-éditeur,  82  à  84, 
rue  de  La  Montagne.  1890.  Tous  droits  réservés,  365  pp., 
in-12. 

La  légende  d'un  peuple.  Poésies  canadiennes.  Avec  une 
préface  de  Jules  Claretie.  Edition  corrigée,  revue  et  augmen- 
tée. Québec,  C.  Darveau,  imprimeur-éditeur,  82  à  84,  rue  de 
la  Montagne— 1897. 

Jean- Baptiste  de  La  Salle,  fondateur  des  écoles  chrétien- 
nes. Poème  lyrique.  Montréal,50,  rue  Cotté,  18S9.  60  pp.  in-8. 

Feuilles  volantes.  Poésies  canadiennes.  Montréal.Granger 
«S:  frères,  éditeurs,  1891.  208  pp.,  in-8  carré. 

A  Sa  Majesté  Victoria  1ère,  reine  </' Angleterre  et  impéra- 
trice des  Indes.  S.  1.  n.  d.  1 

Geoffrion,  Arthur. — Amador  de  Latour,  drame  histori- 
que canadien  en  trois  actes  et  en  vers.  Montréal  1899. 

Ginuras,  L'abbé  Apollinaire. — Au  foyer  de  mon  pres- 
bytère, poèmes  et  chansons.  Québec,  imprimerie  A.  Côté  et 
cie  1881.  258  pp.  in-16  carré. 

L'écho  des  cœurs.  Poème  déclamé  aux  noces  d'or  du  car- 
dinal Taschereau,  23  août  1892.  L.  Brousseau,  imp.,  Qué- 
bec. 8  pp.  in-12. 

Grégoire,  G.-S. — De  Cheops  à  Eiffel  ou  le  cycle  du  maté- 
rialisme. Essai  poétique  inédit.  Typ.  L.-A.  Bélanger,  Sher- 
brooke, 1893.  78  pp.  in-12. 


Labelle,  Elzéar. — La  conversion  d'un  pécheur.  Opé- 
rette canadienne.  Montréal,  S.  d.  27  pp.  in-4. 

Mes  rimes.  Québec,  P.-G.  Delisle,  1,  rue  Port  Dauphin, 
1876.  151  pp.  in-8. 

Lajoie,  Gerin.— Le  jeune  Latour.  Tragédie  canadienne 
en  trois  actes.  Montréal,  1844.  49  pp.  in-8. 

Lamartine,  A.  de. — Hymne  au  Christ.  Québec  :  chea 
Samuel  Neilson,  imprimeur-libraire,  rue  de  la  Montagne, 
1837.  11pp.  in-16. 

Laruk,  Hubert. — Le  défricheur  de  langue,  tragédie  boufl'e 
en  trois  actes  et  trois  tableaux  (1),  1859.  8  pp. 

Legendre,  Napoléon. — Les  perce-neige.  Premières  poé- 
sies. Québec,  typographie  de  C.  Darveau,  82,  rue  de  la  Mon- 
tagne, 1886.  222  pp.  in- 12. 

Un  souvenir  et  un  hommage.  7  pp.  in-8.  S.  1.  n.  d  (2). 

Lemay,  Pamphile. — Essais  poétiques.  Québec,  G.-E.  Dos- 
barats,  imprimeur  éditeur,  1865.  320  pp.  in-8. 

Evangéline,  traduction  du  poème  acadien  de  Longfellow . 
Deuxième  éditien  (3).  Québec,  P.-G.  Delisle,  imprimeur, 
1,  rue  Port  Dauphin,  1870.  192  pp.  petit  in-8. 

Deux  poèmes  couronnés  par  V  Université  Laval.  Québec , 
P.-G.  Delisle,  imprimeur,  1,  rue  Port- Dauphin,  1870.  250 
pp.  petit  in-8. 

Les  vengeances,  poème  canadien.  Québec,  typographie 
de  C.  Darveau,  8,  rue  do  la  Montagne,  1875.  323  pp.  in-8. 

Une  gerbe,  poésies.  Québec,  typographie  de  C.  Darveau, 
82  et  84  rue  de  la  Montagne,  1879.   232  pp.  in-8. 

Petits  poèmes.  Québec,  typographie  de  C.  Darveau,  82 , 

rue  de  la  Montagne,  1883.  265  pp.  in-12. 

Fables  canadiennes.  Québec,  typographie  do  C.  Darveau, 
1882.  282  pp.  in-12. 

(1)  Publié  sous  le  pseudonyme  Isidore  de  Méplats. 

(2)  A  l'occasion  des  noces  d'or  sacerdotales  de  Mgr  J.-D.  Dcziel,  curé 
de  Lévis. 

{3)  Evangélint  avait  d'alxml  été  publiée  dans  les  Essais  Poitiqtus. 


—  238  — 


Tonkovrou,  nouvelle  édition  de  Les  Vengeances.  Québec, 
J.  O.  Fîlteau  &  frère  libraires  éditeurs,  27,  rue  Buade  1888. 
295  pp.  in- 16. 

Fables.  Nouvelle  édition.  Québec,  typographie  de  C. 
l>arveau,  1891.  292  pp.  in-12. 

LS8CARBOT,  Marc.  Adieu  à  la  France.  La  Rochelle.  1606. 

Les  muses  de  la  Nouvelle- France.  A  Monseigneur  le  chan- 
celier. Avia  Pieridura  peragro  loca  nulliuis  ante  Trita  solo. 
A  Paris,  ohez  Jean  Mi  Ilot,  sur  les  degrés  de  la  Grand'salle 
du  Palais.  M.  DC.  IX.  Avec  privilège  du  Roy.  66pp.  in  8. 

Les  muses  de  la  Nouvelle- France.  A  Monseigneur  le  chan- 
celier. Avia  Pieridum  peragro  loca  nuliius  ante  Trita  solo. 
A  Paris,  chez  Jean  Millot,  devant  S.  Barthélémy,  aux  trois 
coron  dos.  Et  en  sa  boutique  sur  les  degrez  de  la  grand'salle 
du  Palais.  M.  D.  C.  XII.  Avec  privilègo  du  Roi.  84  pp.  in-8. 

Les  muses  de  la  Nouvelle-  France.  A  Monseigneur  le  chan- 
celier. Avia  Pieridum  peragro  loca  nuliius  anle  Trita  polo. 
A  Paria,  chez  Jean  Millot,  devant  S.  Barthélémy,  aux  trois 
Coronnes.  Et  en  sa  boutique  sur  les  degrez  de  la  grand'- 
salle du  Palais.  M.  DC.  XII.  Avec  privilègo  du  Roy.  84 
pp.  in-8  (1). 

Lorrain,  Léon—  Les  fleurs  poétiques.  Simples  bluettes. 
Immortelles  et  pensées,  roses  et  marguerites.  Violettes  et 
pivoines,  poésies  diverses.  Montréal,  C.-O.  Beauchomin  &  Fils, 
libraires-imprimeurs,  256  et  258,  rue  Saint-Paul,  1890.  183 
pp.  in-8. 

Marchand,  L'abbé  Etienne.— Les  troubles  de  Viglise  du 
Canada  en  1728,  poème  héroï-comique  composé  à  l'occasion 
des  funérailles  de  Mgr  de  Saint- Vallier.  Lévis,  Bulletin  des 
Recherches  Historiques,  1897.  20  pp.  in  8. 

Marchand,  F.«(t. —  Un  bonheur  en  attire  un  autre.  Comé- 
die en  un  acte  et  en  vers.  Montréal,  imprimerie  de  la  Ga- 
2etts,  18&3.  Représentation  et  reproduction  réservées.  50 
pp.  in-8. 

(i)  Réimpression  de  Tross,  i860- 


uigiti 


—  239  — 

Les  faux-brillantSy  comédie  en  cinq  actes  et  en  vers.  Mon- 
tréal, Prendergast  &  Cie,  éditeurs,  37,  rue  St- Jacques,  1885. 
Représentation  et  reproduction  réservées.   107  pp.  in- 8. 

Marmontel. — Le  Huron,  Comédie  en  deux  actes  et  en 
vers,  meslée  d'ariettes,  représentée  pour  la  première  fois  par 
les  comédiens  italiens  du  Roi,  le  20  août  1768.  Paris,  Mer- 
lin,  1770.  48  pp.  in-8. 

Marsais,  A. — Romances  et  cïiansons.  Québec  :  J.  &  0. 

Oémaxie,  libraires  éditeurs,  12,  rue  de  la  Fabrique,  1854. 

52  pp.  in-32. 

La  loi  du  Maine  ou  de  tempérance  aux  Etats-  Unis.  En 
vente  chez  les  principaux  libraires  de  Montréal  et  de  Qué- 
bec, 1855.   12  pp.  in- 12. 

Marsilb,  M.-J. — Epines  et  fleurs  ou  Passe-temps  poéti- 
ques. Bourbonnais,  Grove,  Ills.  Journal  du  collège  Saint- 
Viateur,  1889.  137  pp.  in-8. 

Liola  ou  légende  indienne.  Montréal,  imprimerio  de  l'ins- 
titution des  Sourds-Muets,  Mile-End,  P.Q.,  1893.  96  pp.  in-12. 

Martinbau,  L'abbé  Y.— Une  voix  d 'outre-tombe.  Poésies. 
Avec  portrait.  Montréal,  imprimerie  de  John  Lovell  &  Fils, 
1888.  210  pp.  in-8. 

Nantf.l,  L'abbé  A. — Les  fleurs  de  la  poésie  canadienne, 
Montréal,  C.-O.  Beauchemin  &  Valois,  libraires-imprimeurs, 
rue  StvPaul,  237  ot  239,  1869.   134  pp.  in-12. 

Les  fleurs  de  la  poésie  canadienne.  Deuxième  édition  aug- 
mentée et  précédée  d'une  préface.  Montréal,  C.-O.  Beauche- 
min &  Fils,  libraires  imprimeurs,  256  et  258,  rue  Saint-Paul, 
1896.  255  pp.  in-8. 

Narbonne-Lara,  M.  de.— Esquisses  poétiques.  Montréal 
(Canada),  Eusèbe  Sénécal,  imprimeur,  rue  Saint- Vincent, 
6,  8  et  10-1875  255  pp.  in-8. 

Paradis,  Pierre-Paul.—  Waterloo.  Essais  poétiques.  Chi- 
coutimi,  imprimerie  du  Progrès  dn  Sagucnay,  1893.  8pp.  in-8. 

La  fin  du  Monde.  Chicoutimi,  imprimerie  Progrès  du 
Saguenay,  1895.  22  pp.  in-8. 


i 


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—  240  — 

Les  funérailles  de  V amour.  J.-L.«  Arthur  Godbout,  éditeur, 
Chioontimi,  imprimerie  du  Progrès  du  Saguenay,  1897.  27 
pp.  in  8. 

Prendbrqast,  James-E.-P. — Soir  d'automne.  Québec,  P.- 
G.  Delisle,  imprimeur,  1881.  24  pp.  in-8. 

Pois80N,Adolphe. — Le  prince  impérial.  6  pp.  in-8.  S.  1.  n.d. 

Chants  canadiens  à  l'occasion  du  24  juin  1880.  Québec, 
imprimé  par  P.-G.  Delisle,  1880.  78  pp.  in-16. 

Heures  perdues.  Poésies.  Québec,  imprimerie  générale  A. 
Côté  et  cie.  1894.  257  pp.  in-12. 

Meures  perdues.  Poésies.  Deuxième  édition.  Québec,impri- 
merie  général  A.  Côté  et  cie,  1895.  256  pp.  in-12. 

Poitras,  J.-W. — Refrains  de  jeunesse.  Poésies  canadien- 
nes. Aveo  une  préface  de  Louis  Fréchette,  lauréat  de  l'A- 
cadémie française.  Montréal  :  La  maison  de  la  bonne  presse, 
31,  33  et  35,  St-Gabriel,  1894.  190  pp.,  in-12. 

Routiuer,  A.-B.  -  Les  ichos.  Québec,  1882.287  pp.  in-12. 

Saffray,  Madame  la  marquise  de.— Aux  Français  du 
Canada. 

Sempé,  Edouard. — Cantate  en  r honneur  de  Son  Altesse 
Royale  le  Prince  de  Galles  à  l'occasion  de  son  voyage  au 
Canada.  Montréal  :  imprimerie  de  Louis  Perrault  et  com- 
pagnie, 1860.  8  pp.  in-8. 

Stevens,  Paul. — Fables.  Montréal  :  à  vendre  chez  Jean- 
Baptiste  Rolland,  libraire,  no  8,  rue  St  Vincent,  1857.  De 
l'imprimerie  de  John  Lovell,  rue  St-Nicholas.  124  pp.  in-8. 

Sulte,  Benjamin.— Les  Laurentiennes.  Poésies.  Montréal, 
1870.  208  pp.  in-1 6. 

Chants  nouveaux,  Ottawa,  imprimerie  du  journal  Le 
Canada,  coin  des  rues  Sussex  et  Murray.  1880.  68  pp.  in-16. 

Taché,  Louis-H. — La  poésie  française  au  Canada.  Précé- 
dée d'un  article  de  revue  historique  sur  la  littérature  cana- 
dienne-française— St-Hyacinthe  imprimerie  du  Courrier  de 
St-Hyacinthe,  1881.  288  pp.  in-8. 


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Thibault,  Madams  Duval. — Fleurs  du  printemps.  Avec 
line  préface  de  Benjamin  Suite.  Fall  River,  (Mas.)  E.  17., 
Société  do  publication  de  l'Indépendant,  éditeur,  49,  rue 
Bedford,  1892.  XI,  246  pp.  in- 16. 

Thomas,  Antoine-Léonard. — La  mort  de  Jumonville. 

Thomas,Locis. — Epitre  à  Son  Altesse  Royale  le  Prince  de 
Galles.  1860.  40  pp.  in-8. 

Tremblât,  Rémi. — Caprices  poétiques  et  chansons  satiri- 
ques. Montréal,  A.  Filiatreault  &  cie,  imprimeurs,  rue  Ste- 
Thérèse,  no  8  1883.  311  in-12. 

Coups  d'aile  et  coups  de  bec.  Poésies  diverses.  Montréal, 

imprimerie  Gebhardt-Berthiaume,  30,  rue  St-Gabriel — 1888 
pp,  in-12. 

Boutades  et  rêveries.  Poésies  diverges.  Fall-River,  Mass., 
Société  de  Pub.  de  l'Indépendant,  éditeur.  1893.  320  pp.  in- 
12  carré. 

Anonymes. — La  carabinade  ou  combat  entre  les  carabins 
et  les  chérubins  (poème  héroï-comique  par  un  chérubin) 
Montréal,  Les  chérubins,  imprimeurs-éditeurs,  rue  XXX, 
1871.  V 1-6  pp-  in  8. 

La  littérature  canadienne  de  1850  à  1860.  Publiée  par  la 
direction  du  Foyer  Canadien.  Tome  II.  Québec,  G.  et  G.  E, 
Deebarats,  imprimeurs-éditeurs,  coin  dee  rues  Sainte-Anne 
et  des  Jardins,  1864.  389  pp.  in-12.  (1). 

Légende  des  enfants.  Du  ciel  à  la  terre.  8  pp.in-8.  S.  l.n.  d. 

Le  Pape  et  le  Précieux  Sang.  Par  une  religieuse  du  mo- 
nastère du  Précieux-Sang  St-Hyacinthe,  16  juin  1875.  17 
pp.  in  8. 

Souvenir  de  la  distribution  des  prix  à  V Académie  St- Denis. 
Année  1867-68.  4  pp.  in-8.  S.  1.  n.  d. 

Souvenir  de  la  première  communion.  La  veille,  le  jour,  le 
lendemain.  Québec,  C.  Darveau,  imprimeur  éditeur,  no  8t 
rue  de  la  Montagne.  1868.  1 1  pp.  in-12, 
  P,G.  R. 

(I)  Le  tome  I  ne  contient  aucune  poésie. 


—  242  — 


«  HISTOIRE  DE  NOTRE-DAME  DE  BONSECOURS 

A  MONTRÉAL" 


Un  jeune  prêtre,  M.  Leleu,  arrivé  dernièrement  ear  nos 
places,  avec  les  beaux  talents  d'une  intelligence  cultivée, 
chanto  les  gloires  de  Marie  !...  Et  remarquez,  ce  n'est  pas  la 
dévotion  familière  à  tous  qu'il  célèbre,  ce  serait  déjà  bien  ; 
sa  préface  démontre  qu'il  le  peut  faire  avec  compétence  ; 
mais  c'est  notre  amour,  à  nous  Canadiens  de  Ville-Marie  pour 
notre  patronne  qu'il  chante.  Il  a  écrit  pour  la  glorification 
d'un  sanctuaire  vénéré,  auquel  se  rattachent  les  anciens  et 
précieux  souvenirs  de  notre  ville.  Oh  !  que  j'aime  à  recueillir 
les  éloges  de  cette  plume  poétique,  dans  toute  la  fraîcheur 
de  sa  jeunesse  littéraire  pour  ce  type  héroïque  de  la  vénéra- 
ble Mère  Bourgeois,  fondatrice  de  ce  vieux  temple  !  L'his- 
toire de  sa  vie  prodigieuse  de  dévouement,  comme  du  reste 
celle  des  fondatrices  do  toutes  nos  communautés,  il  faut  le 
dire,  n'est  pas  assez  répandue.  Sans  doute,  ceux  qui  repas» 
Bent  un  peu  attentivement  les  premières  pages  de  notre  his- 
toire so  rappellent  les  noms  de  la  célèbre  Marie  de  l'Incar- 
nation, de  Mme  de  la  Pelletrie,  de  Mlle  Mance,  etc.,  etc., 
mais  c'est  curieux  de  voir  leur  application  à  ne  citer  ces 
noms  que  le  moins  possible.  Il  semble  même  parfois  qu'on 
vous  trouve  importun,  troublant, que  sais-je  ?  exagéré,  quand 
vous  redites  ces  noms  illustres  de  notre  berceau.  Vous  voyez 
de  suite  la  frayeur  d'amoindrissement  de  certains  beaux 
types  d'outro-mer.  Il  ne  s'agit  certes  pas  de  cola,  mais  bien 
de  mettre  dans  lour  jour  exact  nos  fumeux  personnages 
d'an  tan.  Ils  ont  été  saints,  héroïques,  et  leur  gloire  doit  être 
prônée  avec  d'autant  plus  de  soin  qu'il  y  a  plus  de  négli- 
gence à  en  apprécier  la  valeur  réelle.  M.  l'abbé  Leleu  a 
accompli  cette  tâcho«danB  son  joli  livre  de  Notre-Dame  de 
Bonsecours,  et  les  pages  délicieuses  qui  le  composent  ont  été 
écrites  par  un  jeune  prêtre  nouvellement  arrivé  de  France. 


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J'en  fais  une  seconde  fois  la  remarque,  parc*}  que  nous  ne 
sommes  guère  habitués  à  voir  un  étranger  apprécier  juste  en 
mettant  le  pied  sur  notre  sol.  Plus  d'un  aborde  ici  avec  dos 
idées  fixes,  ne  se  donne  jamais  la  peine  d'étudier  les  gloires 
de  nos  origines.  Quand  les  circonstances  les  y  forceront,  un 
petit  éloge  tombera  de  leurs  lèvres,  et  c'est  tout.  Vous  sen- 
tez qu'ils  n'ont  qu'une  supériorité  à  proclamer  ;  pourtant, 
personne  ne  songe  à  l'amoindrir.  Du  reste,  nous  savons  tous 
que  nous  avons  tout  reçu  du  vieux  sol  de  France,  et  les  fleurs 
de  vertu  qui  ont  épanoui  sur  les  rives  de  noire  beau  fleuve 
ont  été  arrosées  par  des  mains  françaises.  C'est  donc  pour 
nous  un  mérite  spécial  de  ce  jeune  et  brillant  auteur  d'avoir 
su  reconnaître  et  proclamer  la  gloire  de  la  vénérable  Mère 
Bourgeois,  et  de  ne  pas  hésiter  à  continuer  une  œuvre  litté- 
raire toute  à  l'honneur  de  la  Mère  de  Dieu  et  de  la  patrie. 
Bien  d'étonnant  quo  des  écrivains,  véritable  gloire  de  notre 
écrin  littéraire,  tels  que  MM.  l'abbé  Uasgrain,  Benjamin 
Suite,  notre  poète  lauréat  Fréchette,  se  soient  empressés  de 
saluer  l'apparition  de  ce  beau  livre.  Il  a  été  écrit  en  un  style 
charmant,  soutenu.  Les  pages  sont  inspirées  de  documents 
historiques,  irréfutables,  toutes  imprégnées  du  parfum  de 
piété  de  la  vénérable  Mère  Bourgeois. 

Nous  n'avons  qu'un  souhait  à  exprimer.  Puisse  ce  livre 
attachant  se  répandre  partout  dans  le  pays,  et  même  au 
loin  !  Là,  beaucoup  de  gens  liront  des  détails  qu'ils  n'au- 
raient jamais  dû  ignorer,  ot  les  étrangers  reconnaîtront  l'hé- 
roïque dévouement  de  ces  femmes  célèbres,  qui  ont  fait  de 
notre  sol  canadien  un  coin  de  terre  digne  d'études  plus 
approfondies  et  d'admiration  bien  méritée  ! 

CnARLKS-P.  Bkaubikn,  Ptre. 


REPONSES 


Les  juges  tie  Troùt-Rivières,  (VI,  IV,  710.)— Le 
district  judiciaire  de  Trois- Rivières  fat  érigé  par  la  procla- 
mation du  12  avril  1790,  qui  créait  en  même  temps  la  cour 
de*  plaidoyers  communs. 

Quelques  notes  eur  l'administration  de  la  justice  dans  la 
province,  antérieurement  à  la  création  de  ce  dis  tri  et, ne  seront 
pas  hors  de  propos. 

Aussitôt  après  la  capitulation  de  Montréal,  la  province 
fut  mise  sous  la  loi  martiale  et  fut  divisée  en  trois  gouver- 
nements. Les  gouverneurs  se  réservèrent  tout  d'abord 
l'administration  de  la  justice.  Un  peu  plus  tard  des  officiers 
de  l'armée  anglaise  participèrent  &  cette  administration  en 
qualité  de  juges  de  paix.  "  Los  Canadiens  repoussèrent  ces 
juges  éperonnés,  dit  Garneau,  et  ils  firent  régler  leurs  diffé- 
rents par  le  curé  et  les  notables  du  lieu,  dont  l'influence 
augmenta  ainsi  dans  chaque  paroisse.  Par  un  heureux  effet 
des  circonstances,  le  peuple  et  le  clergé  se  trouvèrent  unis 
d'intérêts  et  de  sentiments,  et  sous  le  règne  de  l'épée,  l'ex- 
pression de  la  morale  évangélique  devint  la  loi  de  chacun." 

En  1764  eut  lieu  l'établissement  du  gouvernement  civil  et 
la  division  de  la  province  en  deux  districts. 

Comme  le  nombre  de  protestants  capables  de  remplir  les 
fonctions  de  magistrats  à  Trois-Rivières  était  très  limité,  les 
juges  de  paix  de  Montréal  et  de  Québec  furent  chargés  d'al- 
ler tenir  les  sessions  trimestrielles  de  cette  ville. 

Toute  l'ancienne  administration  de  la  province  fut  en 
même  temps  refondue.  On  établit  une  cour  supérieure, 
civile  et  criminelle,  sous  le  nom  de  "  cour  du  banc  du  roi  " 
et  une  cour  inférieure,  dite  "  cour  des  plaids  ou  plaidoyers 
communs,"  toutes  deux  réglées  sur  celles  do  l'Angleterre 
et  tenues  de  rendre  leurs  décisions  conformément  aux  lois 
anglaises,  excepté  dans  les  causes  pendantes  entre  Canadiens 


uiy 


—  245  — 


et  commencées  avant  le  1er  octobre  1764.  Lee  juges  étaient 
nommés  par  la  majorité  du  conseil  du  gouverneur  et  confir- 
més par  l'Angleterre.  Le  conseil  devait  servir  lui-même  de 
cour  d'appel  sous  la  révision  du  conseil  privé  du  roi  (1). 

L'acte  de  Québec,  1774,  rétablit  les  lois  civiles  françaises 
et  confirma  les  lois  criminelles  anglaises. 

Les  tribunaux  ne  paraissent  pas  avoir  ebangé. 

En  1787,  Carleton,  ayant  fait  une  enquête  sur  l'adminis- 
tration de  la  justice,  découvrit  une  foule  d'abus.  Ce  fut  à  la 

suite  de  cette  enquête  qu'eut  lieu  l'érection  du  district  de 
Trois-Rivières. 

Los  premiers  juges  de  la  cour  des  plaidoyers  communs  de 
Trois-Rivières  furent  messieurs  Adam  Mabane,  Thomas 
Dunn,  John  Fraser,  Ilertel  de  Rouville  et  Pierre  Panet.  Ils 
furent  nommés  par  commission  en  date  du  1er  juillet  1790. 

Une  nouvelle  constitution  fut  octroyée  au  Canada  en 
1791.  La  province  de  Québec  fut  divisée  en  deux  parties  : 
le  Bas  Canada  et  le  Haut  Canada,  ayant  chacune  leur  gou- 
vernement. 

Le  12  janvier  1792,  une  nouvelle  commission  nommait  les 
messieurs  suivants  :  John  Fraser,  Thomas  Dunn,  Hertel  de 
Rouville  et  Jenkin  Williams. 

Une  troisième  commission,  datée  le  28  janvier  1794,  con- 
tenait les  noms  de  MM.  Jean- Antoine  Panet,  Pierre-  Amable 
De  Bonne  et  James  "Walker.  Leur  juridiction  s'étendait 
aux  trois  districts  do  la  province. 

Cependant  la  population  ainsi  que  le  commerce  de  ce  dis- 
trict augmentait  et  par  conséquent  le  nombre  des  procès 
civils  et  criminels.  Il  était  devenu  nécessaire  de  réorgani- 
ser les  tribunaux.  C'est  ce  que  .fit  le  statut  provincial  34 
George  III  chap.  6.,  qui  créait  la  cour  du  banc  du  roi  du  dis- 
trict de  Trois-Rivières.  Cette  cour  était  tenue  par  deux 
juges  de  la  cour  du  banc  du  roi  des  districts  do  Québec  et  de 

(I)  Garneau  Histoire  du  Canada. 


uigm 


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—  246  — 


Montréal  auxquels  on  adjoignit  le  juge  de  la  cour  provin- 
ciale du  district  de  Ïroia-Rivières,  laquelle  était  créée  par  le 
même  statut. 

La  cour  provinciale  exista  jusqu'à  la  fin  de  Tannée  1830. 
Voici  la  liste  des  juges  de  cette  cour  et  la  date  de  leur 
nomination. 

Deschéneaux,  Pierre-Louis,  18  déc.  1794  ;  Faucher, Louis- 
Charles,  1er  janv.  1803  ;  8édard,Pierre,l  1  déc.  1912;  Uniac- 
ke,  Norman-Fitzgerald,  (1)  24  mai  1827;  Bédard,  Pier- 
re, (2)  11  oct.  1827  ;  Fletcher,  John,  (3)  6  juin  1828  ;  Bé- 
dard,  Pierre,  2  oct.  1828  ;  Vallières  de  St-Réal,  Joseph- 
Rémy,  13  mai  1829. 

Par  le  chap.  22,  10-11  George  IV,  la  cour  provinciale  fut 
abolie  et  le  juge  provincial  fut  élevé  au  rang  de  juge  de  la 
cour  du  banc  du  roi,  résidant  à  Trois- Rivières,  et  mis  sur  le 
même  pied  que  ses  collègues  de  Montréal  et  de  Québec. 

Le  juge  Vallièree  reçut  donc  une  nouvelle  commission. 

Voici  la  liste  des  juges  résidents.  Vallières  de  St  Réal, 
Joseph- Rémy  10  déc.  1830  ;  Gale,  Samuel  (4),  28  déc. 
1835  ;  Rolland,  Jean-Roch  (5),  13  fév.  1836  ;  Rolland, 
Jean- Roc  h  (6),  juge  assistant,  28  déc.  1838  ;  Gale,  Samuel 
(7),  juge  assistant,  27  mai  1839  ;  Vallières  de  St  Réal,  Jos.- 
Rémy  (8),  8  août  1840  ;  Mondelet,  Dominique,  1er  juin 
1842. 

Le  juge  Vallières  fut  suspendu  de  ses  fonctions  par  Col- 
borne,  pour  avoir  rendu,  durant  les  troubles  de  1837-38,un 
jugement  en  faveur  des  détenus  politiques  qui  demandaient 
des  brefs  d'habeas  corpus.    Il  soutenait  que  le  statut  de  la 

(1)  Durant  la  maladie  de  Pierre  Bébard. 

(2)  Nouvelle  commission. 

(3)  Durant  la  maladie  de  Pierre  Bédard. 

(4)  Durant  la  maladie  de  Vallières. 

(5)  Di«o. 

(6)  Durant  la  suspension  de  Vallières. 
17)  Ditto. 

(8)  Promu  juge  en  chef  de  Montréal,  le  1er  juin  1842. 


21e  année  de  Charles  II  était  loi  en  Canada  ;  bien  que  nous 
eussions  une  ordonnance  spéciale,  celle  du  conseil  législatif 
de  la  province  de  Qaébec,  1784  ;  et  que  l'ordonnance  du 
gouverneur  et  du  conseil  spécial  du  8  novembre  1838  était 
nulle  comme  étant  contraire  à  un  statut  impérial  (1), 

La  cour  supérieure  du  Bas-Canada  fut  créée  par  le  chapi- 
tre 38,  12  Viétoria. 

Voici  quels  ont  été  les  juges  de  cette  cour  depuis  1 850. 
Mondelet,  Dominique,  1er  jan.  1850  ;  Polette,  Antoine  (2) 
3  mars  1863  ;  Bourgeois,  Jean  Baptiste,  15  nov.  1880. 

F.-J.  Audet 

Les  chapelain*  secrets  d'honneur  de  Sa  Sain- 
teté. (V,  VI,  629)—"  Le  Souverain  Pontife  a,  pour  l'as- 
sister dans  les  diverses  fonctions  ecclésiastiques,  des  prélat** 
ou  des  chapelains.  Si  ces  cérémonies  sont  publiques,  les 
auditeurs  de  Rote,  qui  sont  reconnus  comme  chapelains  per- 
pétuels du  Pape,  en  exercent  les  fonctions  ;  si,  au  contraire, 
le  Pape  dit  la  sainte  messe,  ou  fait  une  fonction  dans  sa  cha- 
pelle privée,  l'honneur  de  l'assister  appartient  alors  aux  cha- 
pelains secrets. 

"  Le  chapelain  secret  dit  la  messe  d'action  de  grâces  après 
celle  du  Souverain  Pontife,  l'aide  au  dépouillement  de  sa 
correspondance,  des  journaux,  etc,  fait  ses  commissions  per- 
sonnelles. 

"  Les  chapelains  secrets  ont  le  titre  de  Monseigneur  et 

les  mêmes  vêtements  que  les  camériers  secrets,  portant  comme 

eux  en  cérémonie  la  cappa  rouge.  Leur  fonction  cesse  avec 
le  pontificat. 

"  Les  chapelains  secrets  d'honneur  ont  les  mêmes  vête- 
ments que  les  chapelains  secrets  et  le  titre  de  Monseigneur. 

"  De  même  qu'il  y  a  des  camériers  d'honneur  extra  urbem, 
de  même  il  y  a  des  chapelains  secrets  d'honneur  extra  urbem. 


(1)  Bibaud,  Panthéon  ianadien. 

(2)  Se  retira  le  1er  sept.  l88ffet  mourut  le  6  janvier  1887. 


—  248  — 

Les  ecclésiastiques  qui  ont  reçu  cette  nomination  aéraient 
appelés,  si  le  Pape  quittait  Borne  et  arrivait  au  lieu  où  ils  se 
trouvent,  à  lui  rendre  les  services  et  exercer  les  fonctions  des 
chapelains  secrets  à  Rome.  Ils  ont  droit,  mais  hors  de  Borne 
seulement,  au  titre  de  Monseigneur  et  au  môme  vêtement 
que  les  camériers  d'honneur.  Leur  charge  cesse  avec  le  Pon- 
tificat "  (Battandier). 

Mgr  Joskph  Desautels,  Yarennee,  1862  ; 

Mgr  J.-J.  Viçbt,  Sault-au-Bécollet,  1862. 

P.  G.  R 

Fief  simple  et  fief  de  dignité.  (VI,  VII,  732,— 
"  Le  fief  simple  est  celui  qui  n'est  décoré  d'aucun  titre  ou 
honneur.  On  appelle  fief  de  dignité  ou  d'honneur  ceux  qui 
o  nt  justice  ou  des  titres,  depuis  les  châtellenies  jusqu'aux 
duchés." 

Les  fiefs  de  dignité  avec  titre,  en  Canada,  sous  le  régime 
français,  furent  :  la  chStellenie  de  Coulonge,  lee  baronies 
des  Islets,  du  Cap  Tourmente,  de  Portneuf  etdeLongueuil, 
le  comté  d'Orsainville  (primitivement  la  baronnie  des  Islets), 
et  le  comté  de  Saint  Laurent  (l'île  d'Orléans). 

Le  roi  de  France  érigea  aussi  la  baronie  de  Beauville,  en 
Acadie,  et  le  duché  d' Arkansas,  en  Louisiane.  L'historien 
Bibaud  fait  mention  d'un  marquisat  du  Sablé  érigé  dans  la 
ville  des  Trois-Rivières.  M.  Benjamin  Suite,  qui  a  fait  une 
étude  spéciale  de  la  question,  dit  qu'une  certaine  portion  de 
terrain  située  dans  les  limites  de  la  ville  des  Troie-Rivières, 
et  qu'il  indique  avec  précision,  a,  pendant  longtemps,  été 
désignée  sous  le  nom  de  marquisat  du  Sablé  ;  néanmoins, il 
affirme  que  ce  prétendu  marquisat  n'a  jamais  été  créé  régu- 
lièrement.  lia  bien  retracé  dans  plusieurs  anciens  docu- 
ments cette  appellation  de  "  marquisat  du  Sablé,"  mais, pour 
lui  comme  pour  tous,  l'origine  de  cette  appellation  reste 
inexplicable.  La  compagnie  de  la  Nouvelle-France  avait  le 
droit,  en  vertu  de  l'article  V  de  sa  constitution,  de  concéder 


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—  249  — 


des  fiefs  et  seigneuries  avec  titre  d'honneur,  mais  la  créa- 
tion dee  duchés,  marquisats,  comtés  et  baronies  devait  être 
ratifiée  par  le  roi.  L'érection  d'une  timple  cbitelleme  pou- 
vait être  faite  sans  que  la  ratification  royale  fût  requise. 

Ebnest  Gaqnon 

Xe  Compte  Dupré*  (VI,  III,  7050— En  1755,  par 
commission  du  marquis  Duqueene,  gouverneur  général  du 
Canada,  M.  Le  Compte  Dupré  était  déjà  capitaine. 

En  juin  1755,  il  fut  commissionné  mak>r,  lieutenant  colonel 
en  novembre  de  la  même  année,  et  enfin  colonel  pour  la  ville 
et  le  district  de  Québec,  le  4  mars  1778,  par  commission  du 
gouverneur  Guy  Carleton. 

Pendant  plus  de  vingt  ans,  tout  le  district  de  Québec  a 
été  sous  ses  ordres,  et  le  zèle  avec  lequel  il  s'est  acquitté  de 
son  devoir  lui  a  toujours  mérité  l'amitié,  la  confiance  et  la 
reconnaissance  de  tous  les  miliciens. 

L'anecdote  suivante  mérite  d'être  connue.  Elle  eut  lieu 
en  novembre  1775.  L'ennemi  était  aux  portes  de  la  ville  , 
trois  sergents  de  la  milice  canadienne-française  forment  le 
complot  de  faire  entrer  les  Américains  par  une  petite  porte 
près  de  la  poudrière,  dont  un  des  sergents  commandait  la 
garde.  M.  Dupré,  faisant  sa  ronde  à  onze  heures  du  soir, 
découvre  le  complot  et  en  avertit  le  lieutenant  gouverneur 
Cramahé.  Les  sergents  sont  pris  et  emprisonnés  jusqu'en 
mai  suivant.  On  leur  fit  leur  procès,  et  ils  avouèrent  que 
sans  le  colonel,  la  ville  aurait  été  prise. 

Les  Américains  s'attachèrent  à  lui  faire  tout  le  tort  qui 
était  en  leur  pouvoir  ;  plus  de  quatre  cents  restèrent  à  sa 
terre,  près  de  Québec,  et  ruinèrent  entièrement  son  habita- 
tion. Dans  sa  seigneurie,  ils  enlevèrent  tous  les  blés,  farine 
et  effets  qui  lui  appartenaient  Une  preuve  de  la  générosité 
et  de  la  noblesse  de  ses  sentiments  est  qu'il  n'a  jamais  voulu 
accepter  les  terres  qu'on  lui  a  offertes  en  récompense  de  ses 


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services.  L'amour  de  son  roi  et  de  eon  pays  »  toujours  été 
le  seu.  motif  qui  l'ait  engagé  i  le»  eerrir. 

G.  d«  Q. 

La  France  antarctique.  (VI,  III,  703.)— Où  était 
située  la  France  antarctique  qui  intéressait  tant  Montaigne, 
et  par  quels  pays  est-elle  représentée  aujourd'hui  ? 

La  réponse  a  cette  question  eet  assez  facile.  Voyons  d'a- 
bord à  quelle  époque  vécut  le  célèbre  philosophe  et  mora- 
liste. Montaigne  naquit  en  1533  en  Périgord,  et  mourut  en 
1502.  Il  vit  le  jour  un  an  avant  le  premier  voyage  de 
Jacques  Cartier.  Il  avait  douze  ans  lorsque  parut  chez 
Ponce  Roaset,  à  Paris,  la  relation  du  deuxième  voyage  de 
ce  bardi  capitaine.  Mais  ce  n'est  pas  aux  contrées  décou- 
vertes par  le  navigateur  malouin  que  peut  s'appliquer  le 
nom  de  "  France  antarctique."  En  effet,  qu'on  lise  le  titre  de 
la  relation  de  Cartier  :  "  Bref  récit  et  succincte  narration 
de  la  navigation  faitte  es  ysles  du  Canada,  Hochelaga  et 
Saguenay."  Il  n'est  nullement  question  ici  de  France  an- 
tarctique, et  Ton  ne  trouve  nulle  part  cette  désignation  pour 
la  région  du  Saint- Laurent  dans  les  relations  du  16ème  siè- 
cle. Lescarbot  parie  des  "  voyages,  navigations  et  décou- 
vertes des  Français  dans  les  golfe  et  grande  rivière  de  Ca- 
nada." Ramuaio  appelle  les  pays  découverte  par  Cartier 
"  terra  nuova  detta  la  nuova  Francia."  Ce  n'est  donc  paa 

sur  les  rives  de  notre  grand  fleuve  qu'il  faut  chercher  la 
France  antarctique. 

Portons  nos  recherches  dans  une  autre  direction.  J'ouvre 
le  précieux  catalogue  de  M.  Faribault,  et  je  lis  à  la  page 
123  :  "  Thevet  (André),  historiographe  de  France—"  Le* 
singularités  de  la  FRANCE  ANTARCTIQUE,  autrement 
nommé  Amérique,  et  de  plusieurs  Isles  découvertes  de  notre 
temps  :  Paris,  1558,  in-4.  Anvers,  avec  figures,  1558  in-8." 
Nous  voici  avec  le  nom  de  "  France  antarctique."  Mais  à 
quelle  région  s'appliquait-il  ? 


En  1555,  un  vaillant  marin  et  homme  de  guerre,  Nicolas 
Durand  de  Villegagnon,  commandeur  de  l'Ordre  de  Malte, 
vice-amiral  de  Bretagne,  conçut  le  projet  d'aller  fonder  une 
colonie  française  dans  l'Amérique  méridionale.  Il  fit  agréer 
eon  dessein  au  roi  de  France,  Henri  II.  Et  en  même  temps, 
il  s'aboucha  avec  l'amiral  Coligny,  le  chef  du  parti  hugue- 
not. Car  il  appert  malheureusement  que  le  commandeur 
de  Malte  avait  donné  dans  le*  erreurs  du  calvinisme  ;  et  l'un 
des  buts  de  son  expédition  était  d'ouvrir  un  lieu  do  refuge 
aux  religionnairee  oatracisés  en  France,  et  de  fonder  au  delà 
des  mers  une  petite  Genève  américaine. 

Villegagnon  quitte  le  Havre  avec  deux  vaisseaux,  le  12 
juillet  1555,  et  au  commencement  de  novembre  il  aborda 
à  Rio  Janeiro,  alors  connu  sous  le  nom  de  Ganabara.  Il 
dibarqua  des  hommes  et  se^  provisions  sur  une  île,  bâtit  des 
huttes,  creusa  des  retranchements.  "  Dans  l'anticipation 
de  triomphes  futurs,  écrit  Parkman,  par  une  étrange  per- 
version de  langage ,il  appelle  tout  ce  continent  '  '  France  an- 
tarctique, tandis  que  le  fort  reçut  le  nom  de  Coligny." 

Si  l'on  en  croit  certains  auteurs,  André  Thovet  accom- 
pagnait cette  expédition.  Thevet,  né  en  1502,  mort  en  1590, 
était  un  moine  cordelier.  Avide  d'études  et  de  lecture,  il 
acquit  une  assez  grande  érudition.  Pour  augmenter  ses 
connaissances,  il  obtint  la  permission  de  visiter  l'Italie  et 
l'Orient.  Revenu  en  France,  en  1554,  il  donna  une  relation 
de  son  voyage.  En  1555  il  accompagna  Yiliegagnon  àRio- 
Janeiro  ou  Ganabara.  Comme  l'expédition  était,au  fond, une 
entreprise  protestante,  il  parait  évident  que  ce  cordelier 
avait  des  opinions  excessivement  larges.  H  fut  malade  pres- 
que tout  le  temps  de  son  séjour  en  Amérique,  et  retourna 
en  France  l'année  suivante.  C'est  alors  qu'il  publia  sen 
"  Singularités  de  la  France  Antarctique." 

En  1558,  il  obtint  sa  sécularisation  et  devint  aumônier  de 
la  reine  Catherine  de  Médicis.    La  protection  de  cette  sou- 


—  252  — 


veraine  lui  valut  successivement  les  thread  historiographe  et 
de  cosmographe  du  roi,  auxquels  étaient  attachée  de  rich^ 
émoluments.  Il  était  lié  arec  le»  poètes  de  la  pléiade,  Baif, 
Jodelle  et  Dorai.  .Ses  principaux  ouvrages  sont  :  Cosmo- 
graphie du  Levant,"  1555  ;  "  Singularités  de  la  France 
antarctique,  1558  "  ;  "  Discours  de  la  bataille  de  Dreux," 
1563  ;  "  Cosmographie  universelle,"  1571  ;  "  Les  vrais  por- 
traits et  vies  des  hommes  illustres,"  1584. 

La  colonie  fondée  par  Yillegagnon  n'eut  pas  une  longue 
histoire.  La  discorde  religieuse  y  déchaîna  ses  fureuis. 
Des  ministres  calvinistes  arrivés  à  Ganabara  en  1557  encou- 
rurent la  disgrâce  du  commandeur  de  Halte,  qui  commen- 
çait à  en  avoir  assez  de  l'hérésie. 

La  disette  désola  le  fort  Coligny.  Enfin  Villegagnon  re- 
passa en  France,  et  après  son  départ,  les  Portugais  s'empa- 
rèrent de  l'établissement.  La  "France  antarctique"  avait 
à  peine  vécu  deux  ans. 

Pour  en  revenir  à  Montaigne,  il  est  clair  que  cette  France 
antarctique  dont  il  se  préoccupait  si  vivement  était  la  colo- 
nie de  Rio-Janeiro.  Le  livre  de  Thevet  fut  publié  en  1558. 
L'auteur  des  "  Essais  "  avait  alors  vingt  cinq  ana.  Grand 
amateur  de  lecture,  il  avait  sans  doute  parcouru  ce  livre 
curieux. 

L'homme  qui  avait  demeuré  dans  la  "  France  antarcti- 
que "  et  que  Montaigne  avait  chez  lui  était  évidemment  un 
des  colons  de  Yillegagnon  rapatrié  en  France  après  la  chute 
de  I'tftabliffsement. 

Comme  on  le  voit,  à  la  lumière  de  l'histoire,  la  question 
posée  par  un  collaborateur  du  Bulletin  des  Recherches  His- 
toriques est  d'une  solution  facile. 

Ionotus 

Le  c/ienal  entre  Québec  et  Montréal.  (VI,  VII, 
734.)— Lee  premiers  efforts  tentes  pour  améliorer  le  cbenal 
entre  Québec  et  Montréal  remontent  à  Tannée  1825. 


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—  253  — 

L'année  suivante,  on  commença  à  considérer  la  quostion 
comme  étant  d'intérêt  public,  et  l'Assemblée  Législative  du 
Bas-Canada  s'en  empara.  Un  comité  chargé  de  s'enquérir 
s'étant  procuré  des  plans  et  ayant  tenu  des  enquêtes,  décida 
qu'il  lui  fallait  obtenir  de  plus  amples  renseignements  avant 
d'être  en  état  de  faire  un  rapport  convenable,  et  en  consé- 
quence, une  nouvelle  commission  fut  nommée  l'année  sui- 
vante. On  reconnut  bientôt  la  nécessité  de  faire  des  sonda- 
ges, et  comme  l'Amirauté  Anglaise  avait  envoyé  un  corps 
d'ingénieurs  pour  faire  ce  travail,  et  que  ces  derniers  étaient 
déjà  parvenus  au  lac  St  Pierre,  on  résolut  d'attendre  le  rap- 
port du  capitaine  Bayfield,  officier  de  l'Amirauté, — rapport 
très  élaboré  et  d'un  grand  intérêt.  Ce  rapport  fut  soumis  à 
la  Chambre  en  1831,  et  référé  à  un  Comité  de  cinq  membres, 
chargé  de  l'étudier. 

Les  choses  en  restèrent  là  jusqu'en  1838,  alors  qu'une 
somme  de  £500  fut  votée  pour  faire  une  nouvelle  inspection 
du  lac  St-Pierre. 

En  1841,un  ingénieur  du  nom  de  David  Thompson  prépara 
un  estimé  du  coût  de  creusage  du  lac  St-Pierre  à  une  profon- 
deur de  seize  pieds,  à  l'eau  basse.  La  Chambre  décida  alors 
de  prendre  des  mesures  pour  que  ce  travail  s'ocoomplisse, 
mais  ce  n'était  là  que  le  commencement,  et  on  discuta  pen- 
dant trois  ans  encore,  pour  savoir  si  on  creuserait  le  chenal 
naturel  qui  était  passablement  en  courbe,  ou  si  l'on  ferait 
le  chenal  da  ns  ce  qu'on  appelait  alors  le  "  straight  channel  " 
chenal  Yaughan.  Après  bien  des  débats  de  part  et  d'autre, 
les  partisans  de  ce  dernier  projet  l'emportèrent  et  les  tra- 
va  \xx  furent  commencés  sous  la  direction  du  capitaine  Yau- 
ghan, mais  furent  interrompus  en  1846,  puis  abandonnés 
définitivement  en  1847,  en  face  de  l'opposition  violente  qui 
s'était  soulevée  contre  le  projet. 

Encore  des  discussions  jusqu'en  1850,  alors  que  les  com- 
missaires du  havre  de  Montréal,  soumirent  un  projet  conçu 


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—  254  — 


à  peu  près  en  ces  termes  "  Que  lea  commissaires  du  havre 
de  Montré»!  devraient  être  autorisés  à  entreprendre  les  tra- 
vaux et  à  emprunter,  à  un  taux  n'excédant  pas  huit  pour 
cent  ;  tel  intérêt,  de  même  qu'un  fonds  de  deux  pour  cent 
devraient  être  obtenus  au  moyen  d'un  droit  sur  le  tonnage 
(enregistré)  des  navires,  tel  droit  n'excédant  pas  un  "  shil- 
ling "  du  tonnage  enregistré  sur  tous  vaisseaux  tirant  dix 
pieds  et  au-dessus,  pour  chaque  passage  dans  le  lac  ;  et  au 
cas  où  ce  revenu  ne  suffirait  pas  au  paiement  des  intérêts  sur 
les  argents  emprunté*,  les  surplus  des  revenus  du  port  de 
Montréal  devraient  être  appliqués  pour  combler  le  déficit." 
Ce  plan  fut  adopté,  et,  au  mois  d'août  1850,  le  parlement 
passa  une  loi  (13-41  Vict.  chap.  97),  autorisant  les  commis- 
saires à  emprunter  £30,000  pour  procéder  aux  travaux,  la 
direction  et  la  location  en  étant  laissées  aux  commissaires. 
L'outillage  qui  jusque  là  avait  appartenu  au  gouvernement 
fut  transféré  aux  commissaires. 

Au  mois  de  juin  1851,  les  travaux  furent  commencés  dans 
le  chenal  naturel  du  lac  St-Pierre,  et  en  novembre  de  la 
même  année,  on  avait  déjà  une  profondeur  de  dix  pieds  six 
pouces. 

En  1855  la  profondeur  était  de  16  pieds  et  en  1857,  18 
pieds. 

En  1866  on  atteignait  20  pieds.  Tous  ces  travaux  avaient 
été  exécutés  à  même  les  fonds  obtenus  de  l'émission  de  dé- 
bentures,  dont  les  intérêts  étaient  payés  par  les  revenus  du 
port. 

En  1882,  on  évalua  le  coût  du  creusage  du  chenal  à  une 
profondeur  de  vingt-cinq  pieds,  à  la  somme  de  $2,  944,365,91. 

C'est  en  1888  qu'une  profondeur  de  vingt-sept  pieds  et 
demie  fut  obtenue  dans  le  chenal  entre  Montréal  et  Québec, 
et  c'est  en  cette  même  année  que  le  gouvernement  assuma  la 
dette  contractée  par  lea  commissaires  pour  encourir  les  frais 
de  ce  travail  gigantesque.   Le  13  décembre  1688  la  flotte 


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de  dragueurs  dti  chenal  des  navires  passu  aux  mains  du 
département  des  travaux  publics,  qui  a,  depuis  cette  date.la 
direction  entière  de*  travaux. 

A.  Archambault 

L'abhé  lHerre  Gazelle.  (V,  VII,  640).— Au  corn- 
mencement  de  la  révolution  française,  l'abbé  Pierre  Gazelle 
émigra  en  Angleterre.  C'est  de  là  qu'il  passa  au  Canada,  on 
1703,  en  compagnie  de  l'abbé  Desjardins.  Le  1er  octobre  de 
la  môme  année,  il  était  nommé  chapelain  de  l'Hôpital -Géné- 
ral de  Québec.  II  fut  en  même  temps  précepteur  des  enfants 
do  lord  Dorchester. 

M.  Gazelle  repassa  en  France  en  1 796. 

En  1821,  l'abbé  Gazelle  remplissait  les  fonctions  de  cha- 
noine de  la  cathédrale  de  Chambéry  et  de  professeur  de 
dogme  au  grand  séminaire  de  la  même  ville.  Au  passage  de 
Mgr  Plessis  à  Chambéry  en  cette  même  année  1821,  l'abbé 
Gazelle  s'empressa  de  venir  présenter  ses  hommages  au  pré- 
lat canadien  qu'il  avait  bien  connue  à  Québec.  Nous  igno- 
rons où  il  mourut. 

P.-G.  R. 

L'autobiographie  du  père  Chaumonot.  (VI, 
VII,  727).— L'autobiographie  du  P.  Chaumonot  a  été  trou- 
vée parmi  les  nombreux  manuscrits  que  le  dernier  des 
anciens  jésuites  du  Canada,  le  R.  P.  Jean-Joseph  Casot 
mort  en  1800  à  l'Hôtel- Dieu  de  Québec,  avait  déposés  entre 
les  mains  des  Religieuses  hospitalières. 

En  1860un  écrivain  de  New-York,  J.  G.  Shea,  en  fit  impri- 
mer une  centaine  d'exemplaires,  destinée  aux  seuls  amateurs 
des  curiosité  bibliographies. 

En  1867,  le  P.  Carayon  fit  entrer  cette  notice  dans  sa  col- 
lection des  Documents  inédits  sur  la  Compagnie  de  Jésus. 

Le  R.  P.  Martin  a  aussi  publié  sous  le  titre  Un  mission- 
naire des  Hurons,  l'Autobiographie  du  père  Chaumonot  avec 
un  complément,  en  1885.  P. 


—  256  — 


QUESTION'S 

735.— Connaît-on  l'existence  quelque  part  de  l'acte  de 
concession  de  la  seigneurie  de  Maure  (8t- Augustin)  ?  A  qui 
et  à  quelle  date  fut  octroyée  cette  seigneurie  7 

Vondenvelden  et  CbarUnd  (Titre*?  des  concessions,  etc., 
Québec,  1893),  disent  que  l'enregistrement  de  cet  octroi  n'a 
pas  été  trouvé  jusqu'alors  au  secrétariat  de  la  province.  En 
1781,  les  Dames  religieuses  de  l'Hôpital  en  rendent  foi  et 
hommage  et  ne  peuvent  produire  autre  chcwe  qu'un  acte 
d'adjudication  du  22  septembre  1733,  dan»  lequel  ni  les 
dimensions  ni  le  nom  du  concessionnaire  ne  «ont  men- 

H.  T.,  Quebec. 


736.— Où  est  mort  le  célèbre  jésuite  missionnaire  de 
8met  ?  J.  R 

737  — L'ordre  sacré  et  militaire  du  Saint-Sépulcre  dont 
font  partie  plusieurs  de  nos  Canadiens  distingués  est  il  l'or- 
dre de  chevalerie  fondé  par  Godefroi  de  Bouillon  parmi  ses 
compagnons  pour  défendre  le  Saint-Sépulcre  contre  les  infi- 
dèles ?  Y  at-il  plusieurs  ordres  de  chevalerie  encore  en  exis- 
tence de  nos  jours  ?  Rio. 

738.  — Qu'était  la  maison  de  la  Trinité  à  Québec  ?  A  Mon- 
tréal ?  Ces  institutions  existent-elles  encore  ? 

A.-R  R 

739.  — A-t-on  conservé  le  nom  du  triste  individu  qui  pen- 
dit les  braves  patriotes  Cardinal,  Duquet,  de  Lorimier,  etc., 
etc.,  i  Montréal,  en  1838  ?  Cc&iiux. 

740.  — Chateaubriand  a-t-il  visité  le  Canada  ?  N'a-t-il  pas 
plutôt  fait  que  passer  aux  Etats-Unis  ?  X.  X.  X. 

741.  — Qu'est-ce  qu'un  assistant  au  trône  pontifical  ? 

Pax 


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ÉGLISE  DE  SAINT-ÉLOI  DE  TÉNUSCOUÀTÀ 


t 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 


VOL.  6  SEPTEMBRE  1900  No.  9 


SAINT-ELOI  DE  TÊMISCOUATA 


Saint-Eloi  est  formée  des  seconde,  troisième  et  quatrième 
concessions  des  paroisses  de  Troie- Pistoles  et  de  l'isle- Verte. 

Lors  troubles  qui  éclatèrent  à  Trois  Pistoles,  en  1843, 
au  sujet  du  chemin  sur  le*  côtes,  le  parti  favorable  au  chemin 
le  long  du  fleuve,  prévoyant  de  la  part  des  habitante  des  con- 
cevions un  vote  hostile,  lit  tout  ce  qu'il  put  pour  mettre  a 
exécution  le  projet  déjà  formé  depuis  quelque  temps  de  fon- 
der une  nouvelle  paroisse  eu  démembrant  I' Isle- Verte  et 
Trois-Pistoles. 

Ce  démembrement  devait  diminuer,  dans  la  pensée  de  ses 
instigateurs,  d'autant  le  nombre  des  opposants  au  chemin  le 
long  du  fleuve.  Il  n'en  fut  rien  pourtant  car  le  chemin  sur 
les  côtes  reconnu  d'utilité  publique,  fut  tracé  et  ouvert. 

La  nouvelle  paroisse,  mise  sous  le  patronage  de  saint  Eloi, 
en  l'honneur  du  seigneur  de  Trois  Pistoles,  Eloi  Kioux,  fut 
érigée  canooiquement  le  9  mars  1848  et  civilement  le  13  juin 
1848. 

La  même  année,  on  commença  la  construction  de  l'église. 
Elle  fut  bénie  le  lï  novembre  1849.  Ses  dimensions  sont  de 
110  pieds  sur  46  pieds,  avec  une  sacristie  de  30  sur  45  pieds. 

Saint-Eloi  fut  d'abord  desservie  par  M.  L.  S.  Malo,  curé 
dos  Trois- Pistoles,  du  11  novembre  1849  au  1er  octobre  1850, 
et  ensuite  pendant  une  année  par  M.  Isidore  Doucet,  curé 
de  l'isle-  Verte.  En  octobre  1851  ,M.  Thomas  Aubert  de  Gaepé, 
nommé  premier  curé  de  Saint-Eloi,  venait  prendre  posses- 
sion de  sa  cure.  Il  a  eu  pour  successeurs  MM.  Julien  Rioux, 
1856-1861  ;  Jean-Charles- God f roi  Gandin, 1861- 1867  ;  Jean- 
Baptiste  Blanchet,  1867-1876  ;  Pierre- Joseph  Dumas,  1876- 
1887  ;  Joseph  Orner  Normandin,  1887-1891  ;  Thomas  Gra- 
vel, 1891-1896  ;  Louis- Alphonse  La  montagne,  curé  actuel. 

P.  G.  R. 


—  260  — 


LE  CAXAL  LACHINE  («) 


Le  projet  de  relier  Lac  hi  ne  et  Montréal  par  nn  canal, 
pour  éviter  le  Sault  Saint  Louis,  remonte  aux  premiers 
temps  de  la  colonie.  Un  missionnaire  écrivait  en  1692  que 
le  premier  établissement  français  sur  le  Saint- Laurent  est  la 
Chine  et  qu  il  serait  facile  d  y  faire  un  canal  par  la  rivière 
St-Pierre.  "  Il  y  a,  dit-il,  fort  peu  de  terrain  à  couper  pour 
faire  un  passage  depuis  le  lac  jusqu'à  la  rivière  St-Pierre, 
qui  est  dans  la  dite  isle  et  en  ostant  les  arbres  qui  y  sont 
tombés,  son  lit  serait  fort  beau  et  assez  profond  pour  passer 
les  bateaux  qui  descendent  d'en  haut.  "  {Correspondance 
Générale,  III,  248). 

En  1700,  le  Séminaire  de  Montréal  commença  le  canal 
dont  l'exécution  fut  peu  de  temps  après  suspendue,  puis 
reprise  en  1714,  et  enfin  abandonnée  entièrement  à  cause 
des  trop  grandes  dépenses  que  l'excavation  du  roc  nécessitait. 
{Lake  Saint-Louis,  39). 

En  1703,  MM.  de  Beauhamois  et  de  Vaudreuil  écrivaient 
au  ministre  : 

"  Le  projet  du  sieur  de  Breslé  (nommé  la  même  année 
curé  de  Saint- Louis  du  Bout-del'Ue)  pour  faire  un  canal  à 
Montréal  serait  d'une  très  grande  utilité  à  la  colonie,  s'il 
s'exécute  comme  il  est  commencé.  Nous  vous  supplions, 
Monseigneur,  de  l'aider  de  mettre  cet  ouvrage  à  perfection." 
{Correspondance  générale,XXlt  22).  Le  ministre  ré|K>ndit  la 
même  année  :  ''  Ce  canal  est  fort  nécessaire  pour  le  service 
du  Roy  et  du  public.  Il  commence  à  5  lieues  au  dessus  de 
Montréal,  d'où  on  ne  peut  descendre  sans  passer  par  des 
rapides  très  dangereux  où  il  périt  souvent  des  hommes  et 
des  marchandises,  ce  qui  n'arriverait  plus  si  ce  canal  était 
fait,  par  où  môme  on  descendroit  des  bois  à  Montréal,  qui 

(D  I,  X,  95- 


—  261  — 


commence  a  en  manquer  ;  on  pourrait  y  employer  des  sol- 
dats en  leur  donnant  leur  paye,  dee  outils  et  quelque  poudre, 
et  Mrs  du  Séminaire  fournirait  le  surplus  de  la  dépense  et 
payerait  les  journées  des  soldats  outre  leur  paye."  (Ibid, 
XXI,  64). 

Vers  1714,  Gédéon  de  Catalogne  écrit  dans  ses  explica- 
tions du  plan  des  seigneuries  :  "  Feu  M.  Dollier,  supérieur 
du  séminaire  en  1701,  à  Montréal,  voulut  prévenir  ces  acci- 
dents en  faisant  un  canal  de  communication  de  la  Chine  à 
Montréal,  sur  lequel  il  avoit  dessein  de  bâtir  des  moulins 
qui  ne  sont  que  trop  nécessaires  à  la  ville  et  à  la  campagne. 
Sa  mort  qui  arriva  au  mois  d'octobre  de  la  même  année  a 
empêché  de  voir  finir  cet  ouvrage  qui  estoit  aux  deux  tiers 
fait,  et  sans  une  excessive  dépense,  on  y  pourrait  faire  pas- 
ser de  grands  bateaux  chargés,  l'embarquement  s'en  faire 
au  port  de  la  ville.  Monsieur  l'abbé  de  Belmont  fait  conti- 
nuer le  dessein,  rouis  c'est  pour  avoir  de  l'eau  pour  leurs 
moulins  seulement."  (Archives  canadiennes,  Moreau  Saint 
Méry,  vol.  1er,  p.  199). 

L'intendant  Bégon  écrit  le  12  novembre  1714  : 

"  Mrs  du  séminaire  de  Saint- Sulpice  sont  dans  le  dessein 
de  faire  achever  le  canal  de  la  Chine,  non  pour  le  rendre 
navigable  mais  seulement  pour  fournir  de  l'eau  à  leur  mou- 
lin de  Montréal  qui  en  manque  les  trois  quarts  de  l'année, 
n'en  ayant  que  le  printemps  ;  il  n'y  aura  que  la  difficulté 
d'avoir  des  ouvriers  qui  pourra  en  retarder  l'exécution. 
J'auray  l'honneur  de  vous  rendre  compte  de  ce  qui  aura  été 
fait  sur  ce  sujet  l'année  prochaine."  (Correspondance  géné- 
rale, XXXIV,  396). 

D'après  Garneau  (II,  158).  "  en  1725,  un  prêtre  de  Saint- 
Lazare  recommandait  de  creuser  le  canal  projeté  depuis 
longtemps  entre  Lachine  et  Montréal." 

Le  canal  Lachine  pour  les  fins  de  la  navigation  ne  fut 
jamais  fait  par  les  Français.   C'est  ce  qu'on  lit  dans  Bou- 


■ 


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—  262  — 

gain  ville  et  Knoz,  qui  étaient  an  pays  à  l'époque  de  la  con- 
quête. Ce  n'est  que  sous  le  régime  britannique  que  cette 
importante  entreprise  fut  exécutée.  Il  est  surprenant  que 
lorsqu'on  1779-83,  le  gouvernement  impérial  creusait  un 
canal  aux  Cascades,  aux  Cèdres  et  au  Cateau-du-Lac,il  n'ait 
pas  songé  au  canal  de  Lachine  à  Montréal.  Dès  Tannée 
1791,  le  commerce  demandait  cette  amélioration  à  la  navi- 
gation et  trouva  en  M.  Adam  Lymburner  un  avocat  enthou- 
siaste. D'un  autre  côté,  le  colonel  By,  ingénieur  royal  et 
le  fondateur  de  Bytown,  aujourd'hui  Ottawa,  proposait  plus 
tard  de  faire  passer  le  commerce  de  l'ouest  par  le  canal 
Welland,  le  Rideau,  la  rivière  Outaouais  et  la  rivière  des 
Prairies  jusqu'au  bout  de  l'iele  de  Montréal  en  bas.  Ce  ne 
fut  cependant  qu'en  1815  que  le  projet  de  faire  le  canal 
Lachine  prit  une  tournure  sérieuse.  L'intention  des  pre- 
miers promoteurs  était  de  le  creuser  jusqu'au  Pied-du-Cou- 
rant  par  la  petite  rivière  Saint-Martin  (rue  Craig),  avec 
un  embranchement  jusqu'à  la  pointe  à  Callièree  ;  mais  mal- 
heureusement pour  l'avenir  de  Montréal,  la  chicane  inter- 
vint, ce  qui  eut  l'effet  de  faire  échouer  ce  grand  projet  et  de 
le  remplacer  par  le  canal  aotuel.  Le  premier  canal  Lachine 
fut  partiellement  ouvert  en  1824,  et  les  vaisseaux  y  passaient 
librement  l'année  suivante.  (Voir  rapport  du  Commissaire 
des  Travaux  Publics  pour  !867,  par  J.-C.  Taché,  pp.  I,  568  ; 
Rapports  sur  les  archives  canadiennes  de  M.  Brymner  pour 
1876,  p.  XII  ;  1889,  p.  XLI  ;  pour  1890,  pp.  67-96  ;  pour 
1897,  p.  57  ;  Lake  Saint- Louis,  233-236..) 

Désiré  Girouari» 


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L'ABBE  JOSEPH-MATHURIN  BOURG 


L'abbé  de  L'Isle-Dieu,  vicaire  générai  du  diocèse  de  Qué- 
bec depuis  1730,  et  demeurant  au  Séminaire  des  Missions 
Étrangères  à  Paris,  écrivait  le  19  juin  1766  : 

"  J'ai  actuellement  en  France  dans  le  diocèse  de  Saint- 
Malo  quatre  jeunes  Acadiens  (dont  deux  vont  finir  leur 
philosophie,  les  deux  autres,  leurs  humanités,  et  qui  se  des- 
tinent également  à  l'état  ecclésiastique),  ce  qui  pourrait 
peut-être  par  la  suite  en  faire  naître  l'idée  à  d'autres,  sup- 
posé que  leurs  facultés  leur  permissent  de  continuer  et  d'a- 
chever leurs  études,  et  d'ailleurs  de  se  procurer  un  titre  clé- 
rical pour  pouvoir  être  promus  aux  ordres  sacrés,  à  moins 
que  pour  être  ordonnés  sub  titulo paupertatis,  ils  ne  voulus- 
sent s'engager  à  se  consacrer  pendant  leur  vie  à  l'œuvre  des 
missions,  car  je  ne  suis  pas  en  état  de  leur  procurer  des 
titres,  ni  leurs  familles  de  leur  en  donner,  le  gouvernement 
anglais  les  ayant  dépouillées  de  tout,  lorsqu'il  les  a  arraché 
à  leurs  habitations  pour  les  transférer  en  France,  et  je  pré- 
vois, Monseigneur  (le  préfet  de  la  Propagande  à  Borne), 
qu'il  nous  sera  difficile  de  lever  un  pareil  obstacle  et  dé 
surmonter  une  semblable  difficulté,' surtout  à  présent  que 
j'ai  épuisé  toutes  les  ressources  que  je  pouvais  avoir  pour 
secourir  leurs  pères  et  mères  dans  les  premiers  temps  ou  il 
sont  arrivés  en  France,  et  jusqu'à  ce  que  le  Roi  ait  bien  vou- 
lu leur  accorder  une  légère  et  modique  solde.    Il  me  serait 
difficile,  Monseigneur,  d'exprimer  à  Votre  Eminence  com- 
bien je  regretterais  de  ne  pouvoir  soutenir  les  jeunes  candi- 
dats dans  le  cour»  de  leurs  études,  si  la  Providence  ne  m'en 
fournit  pas  les  moyens  :  1°  Paroeque  des  jeunes  gens  nés 
d'une  nation  aussi  sainte,  aussi  attachée  à  sa  religion,  et  qui 
a  tout  sacrifié  et  abandonné  pour  la  conserver,  no  pourraient 
jamais  être  que  d'excellents  et  vertueux  ecclésiastiques,  four- 
nis d'ailleurs  sous  un  évêquo  qui  est  un  des  plus  saints  et 


—  264  — 


des  plu»  zélés  que  noua  ayons  dans  le  clergé  de  France  ;  2° 
Parceque  leur  vocation  une  foie  éprouvée,et  décidée  je  pour- 
rais les  faire  passer  à  Québec,  où  ils  pourraient  être  ordon- 
nés, sans  que  le  gouvernement  anglais  put  s'y  opposer, 
attendu  qu'Us  *ont  originaire*  du  diocèse  dont  l'Acadie  fait 
partie." 
Et  le  21  juin  1766  : 

"  Monseigneur,  je  oupplie  Votre  Eminence  de  me  per- 
mettre de  lui  écrire  cette  lettre  particulière  dans  l'espérance 
qu'elle  voudra  bien  m'honorer  de  sea  conseils,  et  même  de 
ses  ordres  an  sujut  des  quai  res  jeunes  Acadiens  dont  j'ai  pris 
la  liberté  de  lui  parler  dans  ma  première  et  très  ample  lettre. 
Ces  quatre  Acadiens  «ont originaires  delà  province  ou  colo- 
nie de  l'Acadie  qui  fait  partie  du  diocèse  de  Québec,  et  ont 
été  transférés  en  France  avec  leurs  ,  familles,  lors  de  la  dé- 
vastation de  leur  pays.    Les  deux  premiers  (l'un  nommé 
Jean  Bro,  âgé  de  23  ans,  l'autre  nommé  Mathurin  Bourg, 
âgé  de  22  ans)  sont  de  la  même  paroisse,  dite  de  Rivière 
aux  Canards,  sous  le  titre  de  Saint- Joseph.   Les  deux  se- 
conds (l'un  nommé  Jean  Pierre  Bourg,  âgé  de  24  ans,  l'au- 
tre nommé  Isaac  Hébert,  âgé  de  17  ans)  de  la  paroisse  de 
Cobeguik,  poste  appelé  vulgairement  Les  Mines.  Les  deux 
premiers  sont  actuellement  dans  un  petit  séminaire  du 
diocèse  de  Saint-Malo  et  vont  y  finir  leur  philosophie.  Les 
deux  seconds  vont  finir  cette  année  leur  cours  d'humanité», 
et  tous  les  quatre  paraissent  avoir  de  la  vocation  pour  l'état 
ecclésiastique.  Dans  le  cas  où  ils  persévéreront  et  ils  en  seront 
jugés  dignes,  point  de  difficulté  ni  d'empêchement  de  les 
admettre  aux  saints  ordrt-s,  du  moins  les  deux  premiers, 
puisqu'ils  ont  leurs  extraits  de  baptême  en  bonne  forme  et 
la  preuve  de  la  légitimité  do  leur  naissance.   Quant  aux 
deux  seconds,run  et  l'autre  leur  manquent,at tendu  que  dans 
l'enlèvement  de  leur  missionnaire  et  de  l'ecclésiastique  qui 
desservait  leur  paroisse,  les  registres  de  baptêmes,  de  mari». 


geaet  d'inhumations,  comme  tous  lee  petits  effets  du  suedit 
missionnaire,  ont  été  dispersée,  pillée  et  perdus,  et  qu'il  n'ost 
plus  possible  d'y  avoir  recoure,  d'où  il  résulte  que  leur  fige 
et  la  légitimité  de  leur  naissance  ne  se  peuvent  aujourd'hui 
constater  que  par  un  acte  de  notoriété,  et  o'eet  sur  cela, 
Monseigneur.que  je  prends  la  liberté  de  supplier  Votre  Emi- 
nence de  vouloir  bien  me  donner  ses  conseils  et  eee  avis, 
même  ses  ordres  auxquels  je  me  conformerai  exactement.  Il 
se  présente  une  autre  difficulté  qui  regarde  également  lee 
quatre  susdits  jeunes  Acadiens.    Ils  sont  pauvres  et  leurs 
familles  sans  facultés  ni  pouvoirs  de  leur  constituer  ou  pro- 
curer par  ami  un  titre  clérical,  qu'il  est  d'usage  en  France 
d'avoir  et  de  présenter  en  bonne  forme  pour  être  admis  aux 
ordres  sacrés  et  qui  doit  être  de  150  livres,  du  moins  dans 
le  plus  grand  nombre  des  diocèses  de  l'intérieur  du  royaume 
car  il  y  en  a  plusieurs  où  le  titre  clérical  ou  ecclésiastique 
est  de  moindre  valeur  et  quelques  uns  même  où  il  est  d  usa- 
ge d'admettre  au  sous  diaconat  *ur  le  simple  titre  d'un  béné- 
fice, quelque  modique  qu'il  soit.  Le  seul  remède  à  cet  incon- 
vénient serait  de  faire  ordonner  ces  qua  trou  jeunes  Acadiens 
sub  titulo  pàuper  t  at  is  et  sur  la  condition  et  la  promesse  de 
leur  part  de  se  consacrer  et  de  se  destiner  à  l'œuvre  de« 
Missions  ;  et  c'est  assez  l'usage  du  diocèse  de  Québec  en 
fuveur  de  ceux  qui  manquent  de  facultés  et  ne  sont  pas  en 
état  de  se  procurer  un  titre  ecclésiastique.   Sur  cela  cepen- 
dant, je  demande  également  à  Votre  Eminence  et  je  la  sup- 
plie do  vouloir  bien  diriger  et  me  prescrire  la  conduite  que 
je  dois  tenir." 

Et  le  8  septembre  17«6  : 

"  M.  l'Evêque  de  Québec  est  informé  do  la  vocation  des 
quatre  jeunes  Acadiens  qui  sont  en  France  et  qui  se  disposent 
à  l'état  ecclésiastique.  L'idée  de  Votre  Eminence  sur  ces 
quatre  jeunes  candidats  est  la  meilleure  qu'il  puisse  suivre, 
en  lee  faisant  passer  dans  son  diocèse  et  en  les  plaçant  dans 


—  266  — 


ses  séminaires  pour  leur  faire  achever  leurs  études  et  le» 
ordonner  lorsqu'il  les  en  jugera  dignes.  Mais  la  difficulté 
«era  non  d'obtenir  leur  passage,  mais  d'en  faire  les  frais  qui 
neront  d'autant  plus  .considérables  qu'il  faudra  nécessaire- 
ment qu'ils  passent  par  l'Angleterre  et  que  je  n'en  serai  pas 
quitte  pour  les  quatre  a  moins  de  3000  livres,  mais  la  Pro- 
vidence y  pourvoira  et  je  me  suis  toujours  bien  trouvé  d'y 
mettre  toute  ma  confiance  depuis  36  ans  que  je  me  suis 
chargé  de  l'infortuné  diocèse  de  Québec.  Malgré  la  lon- 
gueur de  ma  lettre  j'ai  encore  oublié  et  omis  un  article 
in  portant  des  quatre  jeunes  Àcadiens  qui  sont  en  France  et 
qui  se  disposent  à  l'état  ecclésiastique.  Deux  manquent  de 
leur  extrait»  baptistaires  et  se  trouvent  par  conséquent  hors 
d'état  de  constater  leur  fige  et  de  prouver  la  légitimité  de 
leur  naissance,  parceque  les  registres  de  baptêmes,  de  ma- 
riages et  d'inhumations  de  la  paroisse  où  ils  sont  nés  ont 
été  enlevés  avec  leurs  missionnaires  et  par  conséquent  pillés, 
brûlés  ou  perdus  sans  qu'on  y  puisse  avoir  recours.  Pour 
y  supplier,  Monseigneur,  je  les  ai  autorisés  à  faire  dresser 
par  un  notaire  un  acte  de  notoriété,  signé  d'un  nombre  de 
témoins  suffisants  et  connus  par  leurs  mœurs,  probité  et 
catholicité.  Si  Votre  Eminence  croit  que  cet  acte  quoique 
judiciaire  et  autorisé  par  le  plus  prochain  juge  du  lieu  de 
leur  domicile  no  soit  pas  suffisant  pour  constater  leur  âge 
et  la  légitimité  de  leur  naiasancuje  lui  enverrai  lus  noms  et 
je  la  supplierai  do  leur  obtenir  à  chacun  les  dispenses  néces- 
saires." 

Et  le  6  octobre  1766  : 

"  A  l'égard  des  quatre  jeunes  Acadiens  qui  paraissent  si 
disposés  à  l'état  ecclésiastique,  j'en  avais  informé  M.  l'Evê- 
que  de  Québec  avant  son  départ  de  Londres  et  je  lui  avais 
proposé  de  les  appeler  et  de  tes  faire  passer  à  Québec  pour 
les  placer  dans  son  séminaire,  où,  comme  je  l'ai  déjà  observé 
à  Votre  Eminence,  il  y  a  des  places  fondées  pour  des  huma- 


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—  267  — 

niâtes,  des  philosophes  et  des  théologiens,  d!ou  il  résulterait 
qu'il  ne  s'agirait  plus  que  des  frai»  de  voyage  et  de  séjour 
à  Londres  et  de  ceux  de  la  traversée  de  Londres  à  Québec, 
dont  je  prendrai  volontiers  partie  sur  mon  compte  dans  l'es- 
pérance que  la  Providence  ne  m'abandonnera  pas,  ainsi  il 
ne  s'agit  plus  que  d'attendre  la  réponse  do  M.  l'Bvôque  de 
Québec,  dont  pour  me  conformer  aux  vues  de  ce  Prélat  et  à 
celles  de  Votre  Eminence  qui  feront  toujours  la  règle  de 
ma  conduite." 
Et  le  17  novembre  1766  : 

"  Quant  aux  quatre  jeunes  Acadiens  dont  j'ai  déjà  eu 
l'honneur  de  parler  à  Votre  Eminence,  Monseigneur,  les 
deux  que  j'étais  dans  le  dessein  de  faire  venir  à  Paris  pour 
y  commencer  leur  philosophie,  n'étant  pas  assez  forts  d'hu- 
manité pour  entendre  leurs  cahiers,  je^  les  ai  réunis  aux 
.  deux  autres  pour  y  commencer  leurs  humanités  et  s'y  for- 
tifier par  un  plan  d'étude  abrégé  que  je  leur  ai  prescrit  et 
je  leur  ai  envoyé  200  livres  soit  pour  avoir  des  livres  ou 
pour  pourvoir  à  leurs  pressants  besoins." 

Et  le  9  février  1767  : 

"  La  Providence  vient  encore  de  me  procurer  une  petite 
ressource  pour  mes  pauvres  jeunes  Acadiens  à  qui  je  fais 
continuer  leurs  études  en  Bretagne  et  dans  lo  diocèse  de  St- 
Mato,  dont  par  malheur  nous  venons  de  perdre  le  saint  évê- 
que." 

Et  le  24  août  1767  : 

"  Votre  Eminence  verra,  Monseigneur,  par  le  petit  mé- 
moire ci  joint,  que  nous  avons  déjà  établi  78  familles  aca- 
diennes  dans  le  diocèse  de  Vannes,  mais  il  nous  en  reste 
encore  de  5  à  600,  c'est  à  dire  plus  de  3000  habitants  que  la 
cour  et  lo  ministère  se  disposent  à  établir." 

L'abbé  Anselme  Riiéacmk 


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I 

V 


—  268  — 
FRANÇOIS  DE  CRESPIEUL 

François  de  Crespieul  ou  Crépi  eu  1,  né  à  A  iras  en  1638, 
entra  dans  la  Compagnie  de  Jésus  a  Tournay,  le  29  octobre 
1658. 

Il  enseigna  dans  les  collèges  de  son  ordre  à  Lille,  de  1662 
à  1666  ,  à  Cambrai,  de  1666  à  1667  ;  à  Douai,  de  1667  à  1670. 

C'est  on  1670  qu'il  B'embarqua  pour  la  Nouvel le-France. 

A  la  fin  d'octobre  1671,  il  commença  son  apostolat  au 
milieu  des  Montagnais. 

Pendant  trente  ans,  il  suivit  ses  chers  sauvages  à  travers 
les  forêts  épaisses  et  sur  les  montagnes,  couchant  sur  la 
neige  ou  dans  la  cabane,  vivant  de  la  vie  de  ses  néophytes, 
vie  dure  souvent,  car  la  disette  se  faisait  sentir  des  mois 
entiore.  Chaque  jour,  il  instruisait,  il  exhortait,  il  faisait 
prier  ;  "  et,  pendant  le  silence  de  la  nuit,  lorsque  les  sauva- 
ges cessaient  de  chanter  et  de  parler,  et  les  enfants  de  crier 
ou  de  pleurer,  il  s'entretenait  avec  Notre  Seigneur  au 
milieu  des  solitudes."^ 

Epuisé  par  tant  dé  travaux,  le  Père  de  Crespieul  vint 
monrir  à  Québec,  en  1702. 

La  Vie  d'un  missionnaire  montagnais  présentée  aux  succes- 
seurs montagnais  pour  leur  instruction,  par  le  Père  Crespieul, 
est  bien  connue.  Le  Règlemens  concernant  le  bon  estât  de  la 
mission  de  Tadoussac  l'est  moins.  Peut-être  même  ne  l'est-il 
pas  du  tout,  car  nous  croyons  qu'il  n'a  jamais  été  publié. 

P.-G.  R. 


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RÉGLEMENS  CONCERNANT  LE  BON  ESTAT  DE 
LA  MISSION  DE  TADOUSSAC 


Afin  que  cette  mission  se  paisse  maintenir  en  bon  estât  et 
avancer  tous  les  ans  la  gloire  de  Dieu, 

1°  La  traite  de  ce  port  ne  doibt  pas  sortir  dos  mains  de  la 
Communauté*  des  habitans  du  Canada  pour  les  raisons  allé- 
guées en  un  autre  papier  donné  au  R.  P.  Supr. 

2°  Personne  des  habitans  ne  doibt  traiter  à  l'isle  rouge  ny 
à  l'isle  verte,  ny  au-dessous  de  Tadoussac,  si  ce  n'est  plus 
bas  que  vingt  lieues. 

3°  Le  missionnaire  y  doibt  descendre  dès  aussitost  que  la 
rivière  est  libre,  afin  dy  trouver  à  enseignerquelques  nations 
qui  y  abondent  dès  le  printemps  et  y  font  peu  de  séjour. 

4°  Il  est  besoin  des  catalogues  de  toutes  les  nations  du 
nord  qui  descendent  ordinairement  en  co  port,  tant  de  ceux 
qui  sont  chrétiens  et  catéchumènes  que  de  ceux  qui  sont 
encore  payons. 

Ces  catalogues  doibvent  être  distingués  par  nations  et  par 
familles,  où  sera  l'âge  de  chaque  personne,  les  mœurs,  l'es- 
prit, la  dévotion,  les  bonnes  et  mauvaises  qualités. 

5°  Il  faut  régler  quelques  prières  qui  no  sont  pas  encore 
bien  réglées,  comme  le  Confiteor,  l'Acte  de  contrition,  l'O- 
raison à  l'ange-gardien  ;  ce  qui  regarde  la  communion,  ee 
qu'il  faut  dire  devant  et  après  la  communion. 

Il  faut  régler  les  kalendriers  que  Ton  fait  et  que  l'on 
donne  aux  sauvages  pour  leur  hyvernement,  c'est-à-dire  que 
l'on  doit  mettre  des  choses  semblables,  afin  que  se  rencon- 
trant dans  les  bois  et  se  montrant  les  uns  aux  autres  leurs 
kalendriers,  ils  voyent  que  nous  sommes  uniformes  en  nos 
règlements. 

Il  est  besoin  de  faire  un  catéchisme  en  langue  montagnèze 
que  le  missionnaire  de  Tadoussac  enseigne,  afin  que  nous 
rendions  aux  sauvages  les  principes  do  nostre  foy  faciles  a 


—  270  — 

retenir  et  que  noue  ne  troublions  pas  les  esprits  de  ces  bonnes 
gens  par  une  différente  doctrine. 

6°  Il  seroit  bon  qu'on  ne  change  plus  les  prières  du  matin 
et  du  soir,  le  Pater,  Ave,  Credo,  Commandements,  etc.,  otc., 
la  prière  que  l'on  dit  devant  et  après  la  messe,  tout  cela 
ayant  été  suffisamment  établi,  et  d'ailleurs  ces  changements 
ne  doibvent  apporter  que  du  trouble. 

7°  Il  seroit  bon  aussi  d'achever  le  dictionnaire  du  P.  Le 
Jeune  en  langue  montagnèze,  d'autant  qu'il  n'y  en  a  aucun 
en  ce  pays. 

8°  Il  seroit  bon  que  ceux  qui  sont  envoyés  en  cette  mis- 
siou  gardassent  tous  la  mesme  méthode  au  baptême,  confes- 
sions, communions,  mariages  publiques  et  choses  semblables 
qu'ont  gardé  ceux  qui  ont  commencé  ot  ont  gardé  jusqu'à 
la  présente  année  1680  depuis  l'an  1641. 

9°  Il  est  à  propos  de  faire  quelques  aumosnes  selon  le 
besoin  que  le  missionnaire  y  voit,  quelquefois  en  bled  d'Inde, 
poids,  petun,  étofte,  que  le  missionnaire  emporterait  de 
Québec  pour  les  pauvres  sauvages  qui  viennent  do  loing, 
estrangers  qui,  faute  de  vivres  quelquefois  et  manquant  de 
quoy  se  nourrir,  sont  contrains  de  s'en  retourner  au  plus 
tost  on  leur  pays,  ne  donnant  pas  le  loisir  au  missionnaire 
de  les  instruire. 

10°  Pour  les  mariages  qui  se  font  entre  les  chrétiens  du- 
rant l'hyver  en  l'absence  de  leur  pasteur,  il  les  faut  tolérer 
quelque  temps,  pourvu  qu'ils  soient  accompagnés  de  trois 
conditions  :  1°  qu'ils  ne  se  fassent  pas  devant  que  d'avoir 
averti  leur  pasteur,  ou  si  faire  ne  Be  peut,  ou  pour  le  moins 
qu'ils  lui  tassent  syavoir  à  la  prochaine  occasion  pour  sça- 
voir  sur  ce  point  sa  volonté  ;  2°  qu'ils  ne  se  marient  pas 
«an»  l'avoir  porté  à  la  connaissance  des  principaux  de  leurs 
cabanes  ou  de  leur  campement  ;  3°  qu'ilB  soient  advertis 
qu'encore  qu'ils  ne  soyent  pas  mariés  en  face  de  l'Eglise  que 
néanmoins  ils  ne  se  peuvent  quitter. 


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11°  Le  confessionnal  de  Tadoussac  doibt  être  changé  de 
place,  afin  qu'il  soit  en  an  lieu  où  l'on  voye  le  pénitent  qui 
se  confesse  pour  l'édification  et  le  bon  odeur  d'un  chacun. 
Que  si  on  ne  le  change  pas  de  place  pour  la  difficulté  qu'il 
y  pourrait  avoir  de  ce  faire,  il  faut  faire  en  sorte  que  la 
tapisserie  qui  le  couvre  soit  toujours  retirée. 

12°  Les  femmes  ne  doivent  entrer  dans  la  petite  chambre 
où  dorment  les  Pères,Péglise  étant  su  muante  pour  les  contenir. 

13°  Quand  quelque  sauvage  chrétien  a  tombé  eu  une  faute 
publique  et  scandaleuse,  je  lui  ay  toujours  fait  faire  la  péni- 
tence publique,  pour  réparation  de  sa  faute. 

14°  Il  faut  avoir  égard  que  le  commis  et  les  autres  Fran  • 
çais  qu'on  envoyé  à  Tadoussac  soyent  gensestimés,de  bonne 
vie  et  d'édification,  surtout  point  sujets  aux  femmes  et  au 
vin,  et  qu'on  leur  recommande  d'être  obéissants  au  père  qui 
y  sera. 

15°  Il  faut  avoir  soin  de  faire  aggrandir  l'église  si  faire 
se  peut  et  faire  transporter  le  four  qui  incommode  notable- 
ment l'église. 

16°  Les  aumosnes  que  font  quelquefois  du  castor  lus  sau- 
vages ou  par  pénitence  ou  autremont  doibvent  Bervir  pour 
l'accomodement  de  l'église  ou  pour  le  soulagement  des  pau- 
vres. Les  dits  castors  ont  été  pris  jusque  icy  par  les  mes- 
sieurs du  Conseil  au  prix  de  France. 

17°  Il  serait  bien  à  propos  de  continuer  la  mission  du 
Sagné.  Ainsy,  il  faudrait  quoiqu'un  des  nostres  qui  restai 
Tadoussac  pendant  l'absence  du  père  qui  irait  de  cette  mis- 
sion. Il  faut  avoir  soin  d'emporter  une  petite  chapelle  dis- 
tincte de  celle  qui  est  attachée  à  la  mission  de  Tadoussac. 

18°  Il  faut  avoir  soin  de  fermer  le  cimetière  qui  n'a  pas 
esté  bien  clos. 

Ordre  que  fai  gardé  jusque*  à  la  présente  année 
1680  à  Tadoussac 

1°  La  première  ohose  dont  j'ay  soin  sont  les  morts  chré- 
tiens. J'en  prends  los  noms  et  le  nombre  dès  que  je  suis 


—  272  — 


arrivé,  pois  je  dy  la  masse  pour  eux.  J'advertis  les  sauvages 
de  Tenir  à  la  chapelle  à  cette  intention  et  leur  fait  la-dessus 
un  petit  discoure,  et  même  quelquefois  je  lea  réunis  pour 
prier  pour  les  trépassés. 

2°  Je  visite  les  cabane©  pour  sçavoir  s'il  n'y  a  point  d'en- 
fants a  baptiser.  S'il  y  en  a,  je  les  baptise  au  plus  tost. 

3°  Je  prends  garde  s'il  n'y  a  point  de  désordre  depuL* 
mon  absence  dans  cette  nouvelle  église,  et  afin  de  me  ren- 
seigner, je  fay  rendre  compte  de  la  conduite  d'un  chacun. 
Si  je  recognaia  quelque  défaut  notable,  je  Oche  d'y  apporter 
remède. 

4°  Je  dispose  à  faire  paeques  ceux  qui  en  sont  capables. 

c'est-à  dire  qu'ils  se  confessent  et  communient,  mais  devant 

on  fait  faire  l'adoration  de  la  Croix  comme  on  fait  le  Ven- 
dredi Saint. 

5°  J'instruits  les  adultes  au  baptême. 

6°  Je  fays  le  catéchisme  aux  garçons  et  aux  filles  trois 
ou  quatre  fois  la  semaine,  et  plus  souvent  si  la  nécessité  le 
demande. 

7°  J'ay  un  soin  grand  de  faire  apprendre  par  cœur  aux 
grands  le  Pater,  le  Credo  et  les  actes,  car  faute  de  cela  ils 
ne  peuvent  point  les  dire  ny  à  la  messe,  ny  soir,  ny  matin, 
ny  dans  les  bois,  etc. 

8°  Quand  ils  sont  sur  leur  départ,  je  leur  recommande 
•quelques  points  :  1°  de  ne  point  perdre  la  cousturae  de 
prier  soir  et  matin  ;  2°  de  garder  les  dimanches  selon  l'or- 
dre que  je  leur  ay  donné  ;  3°  de  tascher  de  demander  par- 
don à  Dieu  tous  les  jours  des  fautes  qu'ils  pourraient  avoir 
fait  et  de  faire  un  acte  de  contrition  et  se  confesser  au  plus 
tôt  ;  4°  de  fuir  tout  ce  qui  regarde  leurs  mauvaises  et  an- 
ciennes coutumes  :  5o  de  ne  point  s'entrequitter  en  leurs 
mariages. 

Ordre  des  jours  ouvriers 
Je  dy  la  messe  aux  sauvages  sur  les  7  heures,  i  laquelle 
assistent  les  chrétiens,  et  les  catéchumènes  jusquos  à  l'Evan- 


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I 


—  273  — 


gile  incluae.  Je  fay  les  prières  ordinaires  durant  qu'ils 
entendent  la  messe,  puis  je  leur  dy  un  mot  d'instruction. 

A  la  fin  de  la  messe,  je  leur  fay  faire  l'action  de  grâce, 
puis  je  chante  un  hymne. 

Je  fay  les  prières  du  soir  vers  le  soleil  couchant,  c'est-à- 
dire  que  je  leur  fay  dire  la  moitié  de  leur  chapelet  ou  le 
Credo,  commandements  de  Dieu  ou  de  l'Eglise,  eto. 

Ordre  des  dimanches  et  f  estes 

Je  fay  les  dimanches  et  feetes  ce  que  je  fay  les  jours  ou- 
vriers,  mais  par-dessus  je  les  assemble  à  midy  pour  dire  le 
chappelet  et  chanter  les  veppres. 

A  la  messe,  je  fay  l'eau  bénitte,  et  s'il  y  a  nombre  suffisant 
de  Français,  je  chante  la  grand'messe.  Cela  servant  à  l'édi- 
fi  cation  des  sauvages  et  des  Français. 

Les  jours  que  les  sauvages  se  confessent  et  communient, 
je  dy  la  mest>e  un  peu  plus  tard,  si  ce  n'est  qu'ils  se  confes- 
sent dès  le  soir,  comme  ils  font  pour  l'ordinaire. 

Quand  y  doibvent  communier,  y  se  confessent  deux  fois 
auparavant  pour  la  plupart. 

Il  faudrait  faire  le  propre,  mais  ce  n'est  pas  encore  com- 
posé.   

CURÉS  DE  SAINTE-ANNE  DES  PLAINES 


René  Coyteux,  octobre  1788  à  septembre  1802  ;  Antoine 
Rinfret,  septembre  1802  à  octobre  1806  ;  Jean-Baptiste 
Gatien,  octobre  1806  a  décembre  1810  ;  Pierre  Antoine 
Tabeau,  décembre  1810  à  septembre  1813  ;  François-Math ias 
Huot,  septembre  1813  à  janvier  1816  ;  Jean- Baptiste  Saint- 
Germain,  jauvier  1816  à  octobre  1818  ;  Pierre  Grenier,  octo- 
bre 1818  à  octobre  1823  ;  Isidore  Poirier,  octobre  1823  à 
1839  ;  Etienne  Blytb,  1839  à  avril  1841  ;  Charles-Irénée 
Lagorce,  1841  à  août  1844  ;  George  Thibault  (desservant) 
août  1844  à  juillet  1845  ;  Antoine-Olivier  Giroux,  juillet  1845 
à  septembre  1848;  Charles  Champoux,  septembre  1848  à 
1872  ;  Edouard  Demers,  1872  à  1 884  ;  J.-E.  Dugas,  curé 
actuel.  L'abbé  G.  Dugas 


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—  274 


L'EXODE  DES  NOBLES  À  LA  CESSION 
DU  PAYS 

Est-il  vrai  que  les  seigneur*,  les  lettres  et  les  hommes  du 
haut  commerce  quittèrent  le  Canada  lors  de  la  cession  ? 

D'où  sont  venus  ce  mensonge,  cette  erreur  historique  ? 
Est-ce  du  fait  accompli,  ou  des  travaux  de  nos  écrivains ,de 
nos  historiens  qui,  se  répétant  les  uns  les  autres,ont  fini  par 
ancrer  leur  manière  de  voir  dans  l'esprit  du  peuple  ? 

Bibaud,  Garneau  et  Ferland,  nos  trois  principaux  h  is  to - 
riens^ont  contribué  pour  beaucoup  à  répandre  cette  fausse 
légende. 

Voyons  d'abord  ce  que  dit  Bibaud  : 

"  Quoique  signé  lo  10  février  (17G3J,  le  traité  de  paix  ne 
fut  connu,  ou  du  moins  publié  en  Canada,  qu'au  mois  de 
mai  suivant.  Cet  événement  occasionna  encore  l'émigration 
de  mille  à  douze  cents  Français  ou  Canadiens.  Cette  dimi- 
nution de  la  population  canadienne  était  d'autant  plus  à 
regretter  qu'elle  avait  lieu  dans  la  classe  élevée,  la  seule 
alors,  &  peu  d'exceptions  près,  où  il  y  eut  des  talonts  déve- 
loppés et  des  connaissances  acquises.  Le  changement  alors 
opéré  pour  le  pis,  sous  le  rapport  des  arts  et  des  sciences,  se 
fît  sentir  longtemps  dans  le  pays  (1  )." 

Puis  Garneau  : 

44  Après  trois  longues  années  passées  entre  la  crainte  et 
l'espérance,  les  Canadiens  virent  tomber  leur  dernière  illu- 
sion. Leur  destinée  fut  liée  d'une  manière  irrévocable  à 
celle  de  la  Grande-Bretagne  par  le  traité  do  1763  ;  ce  qui 
détermina  une  nouvelle  émigration.  Les  marchands,  les 
hommes  de  loi,  les  anciens  fonctionnaires,  enfin  la  plupart 
des  notables  qui  se  trouvaient  encore  dans  le  pays,  passè- 
rent en  France  après  avoir  vendu  ou  même  abandonné  des 


(I)  Histoire  du  Canada,  vol.  II,  p.  II. 


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1 
> 


—  275  — 

biens  qui  ont  été  jusqu'à  nos  jours  un  objet  de  litige  entre 
leurs  descendants.  Il  ne  resta  dans  les  villes  que  de  rares 
employés  «ubalternes,  quelques  artisans,  à  peine  un  mar- 
chand, et  les  corps  religieux.  Cette  émigration  ne  s'étendit 
point  au  z  campagnes,  où  la  population  était  attachée  au 
sol."  (1) 

Et  enfin  Ferland,  toujours  si  bien  renseigné  : 
"  Peu  de  temps  après,  les  troupes  françaises  partirent 
pour  rentrer  en  France  ;  aveo  elles  laissèrent  le  Canada 
presque  tous  les  chefs  de  la  société  ;  dans  le  pays  restaient 
plusieurs  seigneur»,  peu  d'hommes  appartenant  aux  classes 
libérales,  et  uno  population  d'origine  française  d'environ 
aoixanle-etdix  mille  âmes.  Avec  elle,  demeurait  le  clergé, 
q  ui,  dans  l'absence  des  anciens  chefs  du  peuple,  se  trouva 
ainsi  chargé,  non  seulement  de  conduire  le  peuple,  dans  la 
voie  de  la  religion,  mais  encore  de  le  guider  dans  la  politi- 
que et  les  matières  civiles"  (2). 

L'honorable  juge  Baby  vient  de  publier  un  mémoire  où 
il  étudie  savamment  cette  question  de  l'exode  des  classes 
d  irigeantes  à  la  cession  du  Canada  (3).  Il  en  vient  à  la 
conclusion  que  le  Canada  soutint  très  peu  de  l'émigration 
de  sea  familles  nobles  en  France  après  la  cession. 

Loin  de  nous,déclare  le  distingué  écrivain,  la  prétention 
de  dire  que  personne  n'ait  émigré  en  France.  Nous  con- 
naissons trop  bien  et  sommes  trop  fiers  des  beaux  noms  qui 
ont  jeté  sur  la  race  canadienne  un  si  vif  éclat  dans  la  vieille 
France,  tels  que  les  de  Kepentigny,  les  de  Léry,  les  Bedout, 
les  Jucbereau  de  St-  Denis,  les  de  l'Echelle,  les  Grasset  de 
Saint-Sauveur,  les  Perthius,  etc.  Mais  y  en  eût  il  eu  davan- 


(!)  Histoire  du  Canada,  vol.  II,  p.  393. 

(2)  Cours  d'histoire  du  Canada,  vol.  II,  p.  607. 

(3)  L'exode  de,  classes  dirigeantes  à  la  cession  du  Canada.  Montreal  IQOO. 


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i 


—  276  — 

tage,  cela  n'aurait  pu  amener  la  situation  que  Bibaud  nous 
mot  bous  les  jeux  :  c'est-à-dire  l'immence  vide  moral,  intel- 
lectuel et  social  qu'il  indique. 

"  Rappelons-nous  d'ailleurs  que  le  petit  nombre  de  cenz 
qui  émigrèreot  étaient  presque  tous  des  jeunes  gens  dont  le 
but,«n  quittant  leurs  familles,  était  d'aller  s'établir  là,  où 
le  sentiment  lea  attirant,  ils  pensaient  améliorer  leur  sort. 
Ils  choisissaient  la  France  pour  leur  patrie,  tandis  qu'au 
même  moment  d'autres  Canadiens,  en  France  depuis  quel- 
que temps,  revenaient  ici,  optant  pour  le  sol  natal.  Cepen- 
dant, les  souches  des  premiers,  profondément  attachées  aux 
lieux  où  avaient  vécu  leurs  ancêtres,  y  demeurèrent  ;  et  nous 
en  retrouvons  aujourd'hui  maints  rejetons  distingués  dans 
la  société  canadienne. 

"  Il  faut  aussi  que  l'esprit  impartial  se  pénètre  bien  de 
ceci  :  que  parmi  ces  émigrés,  il  y  avait  certains  officiers 
réformés,  d'anciens  fonctionnaires  civile  et  militaires,  de 
vieilles  dames,  tous  jouissant  de  pensions  de  l'Etat  français. 
Ils  ne  formaient,  au  total,  qu'un  chiffre  bien  insignifiant. 

"  Il  ne  faut  pas  oublier  non  plus  les  quelques  Canadiens 
qui  se  dirigèrent  vers  la  Louisiane  ;  mais,  dès  l'instant  delà 
cession  de  cette  province  à  l'Espagne  par  la  France,  ces 
é migrants  s'empressèrent  de  nous  revenir  presque  tous." 


DEUX  PROVERBES 

Les  deux  proverbes  suivants  sont  très  populaires  en 
France,  le  premier  dans  le  Languedoc,  l'autre  dans  la  Pro- 
vence : 

"  Te  mandaray  on  Canada  pesca  des  raounines  verdes." 
(Je  t'enverrai  au  Canada  pêcher  des  aigles-poissons  verts). 

44  Ne  m'en  trufe  coume  do'u  Canada."  (Je  m'en  soucie 
comme  du  Canada). 


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PENDANT  LE  SIÈGE 


La  vie  ou  la  mort  d'un  homme  tiennent  souvent  à  des 
incidents  bien  futiles  en  apparence. 

Le  capitaine  de  Gaspé  fumait  paisiblement  la  pipe,  pen- 
dant le  siège  de  Québec,  en  I7ti0,  avec  deux  do  ses  frères 
d'armes,  les  capitaines  Vassal  et  de  Bonne,  dans  une  exca- 
vation faite  la  veille  par  une  bombe  ennemie.  Cette  retraite 
les  mettait  à  l'abri  d'un  vent  glacial  du  nord-est,  accompa- 
gné d'une  pluie  qui  tombait  à  torrents,  et  semblait  au  ssi 
devoir  les  protéger  des  bombes  et  des  boulets  de  l'ennemi. 

Il  faudra  que  le  diable  s'en  mêle,  dit  en  riant  le  capitaine 
Vassal,  si  une  autre  bombe  vient  nous  déterrer  dans  ce  trou 
par  cette  nuit  sombre.    Ainsi  fumons  et  jasons  en  paix. 

Ils  étaient  là  depuis  quélques  minutes,  devisant  avec*la 
gai  té  habituelle  des  Français,  lorsque  le  capitaine  de  Gaspé , 
croyant  entendre  quelqu'un  qui  l'appelait,  dit,  en  sortant  de 
l'excavation  : 

On  craint  apparemment  que  nos  jambes  s'engorgent 
faute  d'exercice. 

Mais  il  était  à  peine  éloigné  de  quelques  pas,  qu'une  se- 
conde bombe,  tombant  dans  la  i  et  rai  te  qu'il  venait  do  lais- 

< 

ser,  tua  ses  deux  amis. 

Feu  le  juge  de  Bonne  et  feu  le  colonel  Vassal,  adjudant* 
général  des  milices  canadiennes,  pendant  la  guerre  de  1812, 
s'entretenaient  souvent  avec  mon  père  de  cette  fatalité  qui 
les  avaient  fait  tous  deux  orphelins,  tandis  qu'un  hasard 
providentiel  avait  Bauvé  la  vie  au  père  de  leur  ami. 

Philippe- A.  de  Gaspé 


REPONSES 


Les  Pères  I)*Olbeau.  (IV,  VI,  471.)— U  y a  eu  deux 
pères  d'Olbeau  au  Canada.  On  a  étrangement  mêlé  la  car 
rière  de  ces  deux  religieux.  C'est  le  père  de  La  Rochemon- 
teix  qui  a  remis  ces  deux  figures  en  lumière. 

Le  père  Jean  d'Olbeau  (Champlain  écrit  Delbeau,  Sagard 
Dolbeau,  et  le  père  Le  Clercq  d'Olbeau),  récollet,  arriva  à 
Québec  en  1615,  en  même  temps  que  les  pères  Jamay,  Le 
Caron,  et  le  frère  Pacifique  Du  Plessis.  C'est  lui  qui,  le  25 
juin  1615,  célébra,  à  Québec,  la  première  messe  depuis  les 
voyages  de  Jacques  Cartier.  La  même  année,  il  bâtit  une 
cabane  à  Tadoussac,  où  il  offrit  le  saint  sacrifice.  Bans  l'hi- 
ver, il  visita  les  Montagnais,  les  Betsiamits,  les  Papinachoia 
et  les  Esquimaux.  En  1617,  il  passa  en  France  avec  Cham- 
plain. De  retour  l'année  suivante,  il  fit  l'ouverture,  le  29 
j  uillet,  du  premier  Jubilé  célébré  au  Canada.  Le  3  juin  1620, 
i  1  posa  la  première  pierre  du  couvent  des  Récollets,  à  l'en- 
d  roit  où  est  aujourd'hui  l'Hôpital-Général  de  Québec.  Ren- 
voyé en  France  par  les  Anglais,  en  1629,  le  père  d'Olbeau 
n  e  revint  jamais  au  Canada. 

Le  père  Jean  d'Olbeau,  jésuite,  né  à  Langres,  en  1608, 
arriva  au  Canada  en  1640.  Envoyé  à  Miscou,  il  y  séjourna 
t  rois  ans.  ?'n  septembre  1643,  épuisé  par  un  dur  apostolat, 
il  s'embarqua  pour  la  France.  Le  vaisseau  qui  le  portait 
ayant  été  pris  par  trois  frégates  ennemies,  fut  livré  au  pil- 
lage. Quelqu'un  ayant  laissé  tomber  du  feu  dans  les  pou- 
dres, une  explosion  s'en  suivit,  et  vainqueurs  et  vaincus 
périrent.  L'infortuné  père,  dit  la  Relation  de  1643, eut  ainsi 
le  bonheur  de  donner  sa  vie,  dans  un  si  généreux  emploi,  et 
d'avoir  passé  par  lo  feu  et  par  l'eau  pour  entrer  dans  un 
repos  éternel. 


Dig 


—  279  — 

Le  capitaine  Nadeau.  (Ill,  IV,  314.) — A  la  date  du 
30  mai  1760,  le  capitaine  Knoz,  qui  faisait  partie  de  l'armée 
anglaise,  écrit  dans  son  Journal  :  "A  native  of  the  parish 
of  St- Michel  was  hanged  yesterday,  in  sight  of  his  own 
hamlet,  for  having  exerted  his  utmost  endeavours  to  spirit 
up  his  countrymen  to  revolt,  and  drawing  several  of  his 
own  company,  he  being  a  captain  of  the  militia,  to  join  the 
late  french  army." 

M.  de  Gaspé,  dans  ses  Anciens  Canadiens,  nous  donne  le 
nom  do  ce  bravo.  Il  était  meunier  et  se  nommait  Nadeau. 
Il  était  surtout  accusé  d'avoir  fourni  des  vivres  à  l'armée 
française.  Bans  un  moment  de  colère,  le  général  Murray  le 
condamna  à  mort.  Le  pauvre  meunier  fut  pendu  à  une 
vergue  de  son  moulin  à  vent.  Son  cadavre  y  demeura  trois 
jours,  balancé  au  gré  des  vents  et  de  la  tempête.  Murray 
reconnut  bientôt  son  erreur,  et,  pour  réparer  sa  faute,  il 
adopta  les  deux  filles  de  sa  victime.  Il  les  amena  avec  lui 
en  Angleterre  On  a  cru  longtemps  à  Saint-Michel  qu'il  les 
avait  fait  périr  peudunt  la  traversée  de  l'Atlantique.  Une 
telle  idée  est  ridicule.  Il  est  plus  rationnel  de  croire  que 
Murray  les  fit  élever  convenablement  et  qu'elles  devinrent 
plus  tard  d'honorables  mères  de  familles. 

En  1768,  le  gouverneur  Carleton,  plus  tard  lord  Dorches- 
ter, visitant  Saint-Charles  de  Bellechasse,  so  fit  présenter  le 
fils  orphelin  du  meunier  Nadeau.  Le  gouverneur  donna  au 
pauvre  enfant  des  marques  d'une  bonté  paternelle  II  ordon- 
na qu'on  le  mit  en  pension  au  séminaire  de  Québec,en  disant  : 
"  C'est  un  général  qui  lui  a  fait  perdre  son  père,  c'est  un 
général  qui  lui  en  fora  retrouver  un  autre." 

En  effet,  M.  l'abbé  Rhéaume,  du  séminaire  de  Québec,  me 
dit  qu'il  a  trouvé  dans  un  cahier  intitulé  :  "  Annales  du 
séminaire  de  Québec,"  qui  contient  les  noms  des  pension- 
naires jusqu'en  1770,  l'entrée  suivante  :  "  30  octobre  1768, 
Charles  Nadeau,  de  Québec." 


—  280  — 

Dana  le  Brouillard  de  1748  à  1770,  il  a  aussi  trouvé  l'en- 
trée suivante  :  "  14  nov.  1769,  reçu  pour  solde  de  la  pension 
du  petit  Nadeau,  54  1." 

P.  G.  R 

La  comtesse  de  Puisaye,  (V,  VIII,646). — La  com- 
tesse de  Puisaye  n'a  pas  tenu  un  petit  magasin  à  Québec 
pour  la  bonne  raison  qu'elle  n'est  jamais  venu  dans  notre 
pays.  J'ai  en  ce  moment  sous  les  yeux  la  liste  de  tous  ceux 
et  celles  qui  accompagnèrent  le  comte  de  Puisaye  au  Canada. 
Seules,niadame  la  marquise  de  Beaupoil  et  madame  la  vicom- 
tesse de  Chalus  suivirent  leurs  maris  ici. 

D'ailleurs,  lo  comte  de  Puisaye  n'a  jamais  été  dans  une 
condition  de  fortune  assez  précaire  pour  forcer  sa  femme  à 
tenir  un  petit  magasin.  lorsqu'il  vint  ici,  deux  domestiques, 
John  Thompson  et  madameSmithers,  raccompagnaient  ;  ce 
qui  indique  encore  une  certaine  aisance. 

P..G.  R. 

Lett  wut' res  de  M,  l'abbé  L.-E.  Bois  (V,  VI, 
619.) — L'abbé  Bois  était  aussi  modeste  que  savant.  Il  n'a 
jamais  voulu  consentir  à  laisser  mettre  son  nom  sur  les 
ouvrages  qu'il  a  publiés.  Voici,  aussi  complète  qu'il  nous 
a  été  possible  de  la  faire,  la  liste  de  ses  ouvrages  : 

Esquisse  de  la  vie  et  des  travaux  apostoliques  de  Sa  Gran- 
deur Mgr  François- Xavier  de  Laval-Montmorency,  premier 
évtque  de  Québec  ;  suivie  de  l'Eloge  funèbre  du  Prélat.  1845. 

Etudes  et  recherches  biographiques  sur  la  chevalier  Noel 
Brulard  de  Sillery,  fondateur  de  la  mission  Saint-Joseph^  à 
Sillery.  1855. 

Etat  présent  de  l'Eglise  et  de  la  Colonie  Française  dans  la 
Nouvelle- France,  par  M.  VEvèque  de  Québec.  1857. 

Notice  sur  Michel  Sarrazin,  médecin  du  Roi  à  Québee,  et 
membre  du  Conseil  Supérieur.  1857. 


—  281  — 


Relations  des  Jésuites,  contenant  ce  qui  s'est  passé  déplus 
remarquable  dans  les  Missions  des  Pires  de  la  Compagnie  de 
Jésus  dans  la  Nouvelle-France.  3  volume»  in-8  de  750  page  h 
chacun.  1858.  (M.  l'abbé  Bois  est  l'instigateur  et  le  vérita- 
ble compilateur  de  cette  édition  canadienne  des  célèbres 
Relations). 

Le  naufrage  de  l  Auguste,  1860. 

Etudes  sur  les  explorations  de  Soto,  Joliette,  Marquette  et 
La  Salle,  1860. 

Eloge  historique  de  M.  le  marquis  de  Montcalm,avec  notes 
1860. 

Etudes  biographiques  sur  M.  Jean  Raimbault,  archipritre, 
caré  de  Nicolet.  1869. 

Notice  sur  M.  Jos.  O.  Leprohon,  archipritre,  directeur  du 
collège  de  Nicolet.  1870. 

La  découverte  du  Mississipi.  Notices  sur  les  explorateurs 
De  Soto,  Joliet,  Marquette  et  de  la  Salle,  1873. 

Esquisse  du  service  postal.  1875. 

Le  colonel  Dambourgis.  1877. 

Le  juge  Mabane.  1881. 

Notes  sur  l'île  d'Orléans.  1895. 

P.  G.  R 

Le  bourreau  Humphrey,  (VI,  VIII,  739). — A 
l'époque  sanglante  de  la  rébellion  de  1837-38,  le  bourreau,  à 
Montréal,  était  un  nommé  Humphrey. 

Humphrey  avec  un  effrayant  cynisme,  bravait  le  mépris 
public  ;  lui  seul  parmi  les  bourreaux  refusa  de  dérober  se* 
traits  sous  un  grand  manteau  noir. 

Il  était  taillé  en  Hercule,  très  obèse,  et  quoique  n'étant 
atteint  d'aucune  mârmité,  il  marchait  courbé  sur  un  bâton. 

Les  enfants  se  reculaient  en  frémissant  à  son  approche,  car 
personne  n'Ignorait  alors  qu'elles  étaient  ses  ignobles  fonc- 
tions. 


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—  282  — 


Personne  ne  connaissait  sa  demeure  ;  il  courait  sur  son 
compte,  dans  le  peuple,  les  légendes  les  plus  curieuses.  Il 
n'a  jamais  essayé  de  se  cacher  et,  chose  vraiment  étrange, 
on  n'a  jamais  essayé  de  le  frapper  dans  les  rues.  Il  exerçait 
sur  tous  ceux  qui  l'approchaient  une  telle  terreur,  que  les 
plus  hardis  même  en  nombre,  n'auraient  pas  voulu  combat- 
tre contre  un  tel  adversaire. 

Voici  les  noms  des  glorieux  martyrs  de  nos  libertés,  souil- 
lés par  les  mains  du  bourreau  Humphrey  : 

21  décembre  1838.— J.-N.  Cardinal,  N.  P.,  Joseph  Duquet, 
étudiant  en  droit. 

18  janvier  1839. — T.-Théophile  Decoigne,  Joseph -Jacques 
Robert,  Ambroise  Sanguinet,  Charles  Sanguinet,  François- 
Xavier  Ifamelin. 

15  février  1839.— F.-X.  Thomas  de  Lorimier,  François 
Nioolas,  Pierre- Rémi  Xarbonne,  Amable  Daunais,  Charles 
Hindelang.  jr. 

La  chiiase-yalerie.  (V,  III,  596.)— La  chasse-galerie 
est  une  légende  apportée  de  France,  et  adaptée  au  pays  par 
nos  voyageurs  et  coureurs  des  bois.  D'après  cette  légende, 
ceux  qui  désirent  être  transportés  rapidement  d'un  endroit 
à  un  autre,  à  travers  les  airs,  et  généralement  en  canot  d'é- 
corce,  passent  marché  avec  Satan  pour  lu  réussite  du  voyage, 
que  le  Prince  des  Ténèbres  s'engage  à  mener  à  bonne  fin  aux 
conditions  suivantes  : 

lo  Durant  tout  le  temps  du  trajet,  le  nom  de  Dieu  ne  doit 
pas  être  prononcé  ; 

2o  Les  voyageurs  veilleront  à  ne  pas  s'accrocher,  en  route, 
aux  croix  surmontant  les  clochers  des  églises  ; 

3o  Les  voyageurs  conviennent  de  livrer  leurs  âmee  a» 
diable,  s'ils  violent  les  deux  conditions  ci-dessus. 

Ces  conditions  une  fois  stipulées,  il  n'y  a  plus  qu'à  pren- 
dre place  dans  le  canot  et  à  prononcer  les  trois  mots  caba- 


listiques  :  A  cabri  !  Acabra  !  A  cab  ru  m  !  L'embarcation 
s'élève  alors  dans  les  airs,  qu'elle  traverse  à  raison 
de  cinquante  lieues  à  l'heure.  (Ces  renseignements  sont 
extraits  de  la  nouvelle  la  Chasse-Galerie^  publiée  par  M. 
Honoré  Beaugrand,  dans  le  Century  Magazine  de  septem- 
bre 1892). 

En  Saintonge,  d'où  nous  vient  la  légende,  la  chasse' galerie 
est  encore  aujourd'hui  l'une  des  vieilles  terreurs  de  la  cam- 
pagne. On  y  définit  par  là  le  passage  bruyant,  durant  la 
nuit,  d'une  troupe  de  diables  sifflant,  hurlant,  faisant  cla- 
quer des  fouets  et  emportant  des  quartiers  d'hommes.  Les 
esprits  forts,  par  contre,  soutiennent  que  tout  ce  beau  va- 
carme est  en  réalité  causé  par  des  vols  de  cigognes  et  de 
canards  siflleurs,  qui  effraient  les  pochards  attardés  sur  les 
routes. 

Nous  venons  de  rencontrer,  dans  un  ouvrage  de  Pierre 
Loti  {Livre  de  la  Pitié  et  de  la  Mort,  p.  123),  quelques  ligne  s 
relatives  à  ce  sujet  et  quo  nous  croyons  utile  de  rappeler  ici. 
Pierre  Loti  relate,  en  ces  lignes,  un  souvenir  de  sa  jeunesse , 
et  la  chose  se  passe  dans  l'antique  demeure  de  sa  famille, 
sise  précisément  dans  l'ancienne  province  de  Saintonge  : 

"  Dans  le  grand  silence,  nous  avions  entendu  passer  au* 
dessus  des  toits...  un  vol  d'oies  sauvages  qui  émigraient 
vers  d'autres  climats  ;  un  peu  une  musique  de  chasse-galery , 
un  bruit  de  voix  aigres,  très  nombreuses,  gémissant  toutes 
à  la  fois..." 

M.  Louis  Frechette,  qui  tient  aussi  pour  l'origine  fran- 
çaise du  mot,  citait,  dans  une  de  ses  chroniques  de  la  Patrie, 
un  autre  fait  bien  concluant  : 

"  Dans  le  district  de  Québec,  raconte  t- il,  la  chasse-galerie 
se  rapproche  plus  de  la  légende  française.  Un  homme  est 
allé  à  la  chasse  pendant  la  grand' mes**  le  dimanche,  et, 
depuis  lors,  il  parcourt  les  airs  avec  ses  chiens  en  criant  : 
Tayant  l  tayant... 


—  284  — 


"  Or,  la  preuve  que  la  légende  est  d'origine  française, c'est 
que  ce  terme  de  chasse  est  complètement  inusité  au  Canada  ; 
il  ne  s'est  conservé  que  dans  la  légende." 

La  chaste- galerie  n'est  plus  maintenant  qu'uno  tradition 
au  Canada,  et  l'on  trouverait  à  peine  quelques  rares  "  vieux 
de  la  vieille"  pour  y  ajouter  foi.  Mais,  même  dans  le  temps 
où  la  crédulité  de  nos  pères  s'exerçait  à  cet  endroit,  la  chasse- 
galerie  n'inspirait  aucune  crainte.  Presque  toujours,  elle  se 
présentait  sous  forme  d'une  bande  de  joyeux  lurons,  chan- 
tant force  gais  refrains  et  pagayant  avec  vigueur  leurs 
canots  d'écorce  à  travers  les  airs.  D'autres  fois  encore,  c'é- 
tait une  troupe  de  chasseurs,  se  suivant  à  la  queue-leu-leu 
à  la  crête  des  nuages,  et  ce  dut  même  être  là  ce  qui  a  donné 
lieu  à  l'étyraologie  primitive  du  mot  :  la  galerie  ou  bande 
de  chasseurs.  Par  les  belles  nuits  tranquilles,  nous  raconte-t- 
on, on  entendait  tout  à  clair  le  galop  des  chevaux,  l'aboie- 
ment des  meutes,  l'hallali  des  ocre,  etc. 

Sylva  Clapin 

Le  Père  tie  Nmet.  (VI,  VIII,  736).— Le  célèbre  mis- 
sionnaire belge  est  mort  aux  Etats-Unis.  Ses  compatriotes 
lui  ont  élevé  un  magnifique  monument  à  Termonde. 

Le  nom  du  Père  de  Smet  est  encore  en  grande  vénération 
auprès  des  Peaux  Rouges,  qui  l'appelaient  non  pas  une  robe 
noire  mais  la  robe  noire  par  excellence.  En  souvenir  de  lui 
le  fameux  chef  dee  Sioux,  converti  par  le  missionnaire  jésuite, 
Taureau- Assis,  a  plusieurs  fois  relâché  sans  rançon  des 
Canadiens  et  des  Français.  Il  n'en  voulait  qu'aux  Améri- 
cains envahisseurs  do  son  territoire. 

Il  m'a  été  donné  de  visiter  le  tombeau  de  mon  compatriote 
à  Florissant,  village  du  Missouri,  à  une  douzaine  de  milles  de 
Saint-Louis.  Florissant  fut  jadis  la  résidence  du  gouverneur 
et  le  chef-lieu  d'un  territoire  à  peu  près  grand  comme  les 
deux  tiers  de  l'Europe,  maintenant  décomposé  en  plusieurs 


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Etats.  C'était  une  cité,  alow  que  la  ville  do  Saint-Louis  n'exis- 
tait pas.  Toute  la  vallée  de  Florissant  est  ravissante. 

Le  Missouri  en  avait  jadis  certainement  fait  un  lac,  car  le 
limon  laissé  par  les  eaux  était  à  trente  pieds  de  profondeur. 
J'ai  vu  des  terres  qui  portent  du  mais  depuis  vingt  ans  sans 
que  l'on  parvienne  à  les  appauvrir  pour  cultiver  du  blé. 
Dans  ce  village,  fort  étendu  du  reste,  il  y  a  deux  églises 
catholiques  et  un  noviciat  construit  par  les  Jésuites.  De 
leurs  propres  mains,  le  Père  de  S  mot  et  quelques  compa- 
gnons, la  plupart  Be)ges,édi fièrent  la  log-house  qui  fut  leur 
premier  couvent.  A  côté  du  noviciat  est  le  cimetière  des 
Jésuites.  En  cherchant  bien  parmi  les  pierres  tombales,  tou- 
tes semblables,  j'ai  découvert  celle  que  je  cherchais.  Elle 

porte  cette  inscription  :  "  R.  P.  P.  J.  De  Smet,  né  le  

mort  le  "  Rien  de  plus.    Si  quelque  chose  distingue  cette 

tombe  de  ses  voisines,  ce  n'est  qu'une  plante  de  chèvrefeuille 
venue  par  hasard  et  dont  les  rameaux  embaumés  tamisent 
sur  la  pierre  les  ardeurs  du  soleil. 

A.  DE  WOBLMOMT 

JLecawU  de  Chambljf.  (VI,  VII,  730).— Le  canal 
de  Chambly  a  été  commencé  le  1er  octobre  1831  et  ouvert  à 
la  circulation  dans  le  printemps  de  1843.  Il  permet  d'éviter 
les  rapides  entre  Chambly  et  Saint-Jean,  distance  de  douze 
milles.  Le  coût  total  de  ce  canal,  y  compris  les  dépenses 
faites  jusqu'à  1893,  s'élève  à  la  somme  de  $677,318.82. 

On  jugera  de  l'importance  du  trafic  de  ce  canal  par  les 
données  suivantes  :  Le  système  Richelieu,  commence  àSorel, 
au  confluent  du  Saint-Laurent  et  du  Richelieu  soit  quaran- 
te cinq  milles  plus  ban  que  Montréal.  On  remonte  le  Riche» 
lieu  jusqu'à  l'écluse  de  Saint-Ours,  de  Saint-Ours  àChambly, 
de  Chambly  à  Saint-Jean,  de  Saint-Jean  à  la  frontière,  de  la 
frontière  au  canal  Champlain,  du  canal  Champlain,  au  canal 
Erié,  du  canal  Erié  à  Albany,  et  d' Albany  à  New-York.  En 
tout  quatre-cent-onze  milles.  R. 


—  287  — 

Mgr  de  Saint- Vallier,  évêque  de  Québec  ; 

Mgr  Dosquet,  évêque  de  Québec  ; 

Mgr  Pleseis,  archevêque  de  Québec  (1820)  , 

Mgr  T.-L.  Connolly,  archevêque  d'Halifax  (1856)  ; 

Mgr  C.-F.  Baillargeon,  archevêque  de  Québec  (1862)  ; 

Mgr  William  Walsh,  arehevêque  d'Halifax  (1862)  ; 

Mgr  Ignace  Bourget,  évêque  de  Montréal  (1862)  ; 

Mgr  K.-J.  Horan,  évêque  de  Kingston,  (1862)  ; 

Le  cardinal  Taachereau,  archevêque  de  Québec  (1875)  ; 

Mgr  J.-T.  Duhamel,  archevêque  d'Ottawa  , 

Mgr  Antoine  Racine,  évêque  de  Sherbrooke  (1886)  ; 

Mgr  L.-F.-R.  Lafièche,  évêque  de  Trois- Rivieres  (1892)  ; 

Mgr  Vital  Grandin,  évêque  de  Saint- Albert  (1886)  ; 

Mgr  L.-Z.  Moreau,  évêque  de  Saint- Hyacinthe  (1887)  ; 

Mgr  L.-N.  Bégin,  archevêque  de  Québec  ; 

Mgr  Elphège  Gruvel,  évêque  de  Nicolet. 

P.-G.  R. 

L'épée  de  Wolfe.  (V,  11,579).— Il  y  a  quelques  années, 
on  taisait  l'acquisition  en  Angleterre,  pour  notre  futur  musée 
national  à  Ottawa,  de  l'épée  portée  par  Wolfe  lorsqu'il  tomba 
sur  les  Plaines  d'Abraham.  Cette  épée  est-elle  bien  authen- 
tique f 

Je  réponds  sans  hésiter  :  non. 

L'épée  de  Wolfe,  celle  qu'il  portait  à  la  journée  mémora- 
ble du  13  septembre  1759,  est  oncore  conservée  à  la  Royal 
United  Service  Institution  de  Londres.  Elle  avait  été  don- 
née à  ce  musée  par  George  Warde.  héritier  de  la  mère  du 
héros  anglais. 

R. 

Le  êleur  Du  nui».  (IV,  X,  519)—."  Une  lettre  du  27 
février  1769  nous  apprend  que  Dumas  vient  d'être  relevé  de 
son  commandement  général  à  l  lle  de  France  et  de  Bourbon." 
(Famille  de  Léry,p.  81).  R 


■ 


—  286  — 


La  loi  de  primogeniture,  (II,  XII.  266). — La  loi 
de  primogeniture,  par  laquelle  lorsqu'un  père  meurt  tous 
ses  biens  passent  à  l'aîné  de  ses  fila,  n'a  jamais  existé  dans  la 
province  de  Québec,  Dieu  merci.  Lorsqu'on  nous  donna  la 
constitution  de  1791  la  province  d'Ontario— le  Haut  Canada 
d'alors — fut  soumise  a  la  loi  anglaise.  La  loi  de  primogéniture 
a  donc  été  en  force  dans  Ontario.  En  1851,  l'honorable  M. 
Baldwin  réussit  à  faire  changer  cette  loi  injuste.  Et  aujour- 
d'hui lorsqu'un  père  meurt  sans  faire  de  testament,  tous  les 
enfants  ont  une  part  égale  dea  biens  paternels. 

P.-G.R. 

Len journaux  de  L4;ei«.  (III,  XI,375.)— Un  grand 
n  ombre  de  journaux  et  de  revues  ont  vu  le  jour  à  Lévis.  En 
voici  la  litste  complète  :  Le  Drapeau  de  Lévis,  qui  eut  le 
poète  Frechette  pour  rédacteur,  18b*4  ;  le  Journal  de  Lévis, 
dans  lequel  M.  A.-  D.  De  Celles  écrivit  eon  premier  article 
politique,  1865  ;  le  Progris  de  Licis,  1867  ;  la  Semaine  des 
Familles,  1869 -70  ;  Y  Echo  de  Lévis,  1871-1876;  le  Quoti- 
dien, 1879  ;  le  Travailleur  de  Lit  is,  1890-92  ;  VOuvrier, 
1890  ;  le  Glaneur,  1890  92  ;  V  Union  Canadienne,  1891  ;  le 
Feu-Follet,  1892  ;  le  Moniteur,  1893-96  ;  le  Bulletin  des 
Recherches  Historiques,  1895  ;  la  Bibliothèque  Canadienne, 
1898  ;  la  Revue  du  Notariat,  1898  :  la  Cravache,  1899  ;  la 
Charité.  1900.  Horack  Têtu 

A»si*tant»  an  trône  pontifient,  (VI,  VIII,  741.) 
Le»  archevêques  et  leaévêques,  seuls,  peuvent  être  assistants 
au  trône  pontifical. 

Les  prélats  assistants  ont  le  droit  de  porter  la  cappa.  Ils 
font  partie  du  cortège  du  Souverain  Pontife.  Dans  les  céré- 
monies, ils  tiennent  le  livre  et  le  cierge  dont  il  se  sert. 

Autrefois,  les  prélats  assistants  au  trône  pontifical  jouis- 
saient d'un  grand  nombre  de  privilèges.  Aujourd'hui,  cette 
charge  est  purement  honorifique. 


igmzea  Dy 


Google 


—  288  — 
QUESTIONS 

742.  — Où  peut-on  trouver  la  biographie  ou  des  renseigne- 
ments sur  non  anciens  vice-rois  ou  lieutenants-généraux  ? 
Koberval,  de|LaKoche,  de  Chattes,  de  Monts  sont  bien  con- 
nus mais  qui  connaît  de  Théminee,  le  duc  de  Maille- Breeze, 
le  marquis  de  Feuquières,  etc,  etc  ? 

Cua 

743.  — (rameau,  parlant  de  la  bataille  des  Plaines  d'Abra- 
ham, dit  :  '*  La  perte  des  Français  dans  cette  journée 
désastreuse  fut  considérable  ;  elle  se  monta  à  mille  hommes 
environ  y  compris  deux  centroinquante  prisonniers,  qui  tom- 
bèrent entre  les  mains  des  vainqueurs  avec  la  plupart  des 
blessés. "  On  m'affirme  que  oes  deux  cent  cinquante  prison  - 
niera,  la  plupart  Canadiens,  furent  transportés  en  Angle- 
terre et  qu'ils  ne  revirent  jamais  leur  patrie.  Que  dit  l'his- 
toire ?  Rio 

744.  — Je  lis  dans  une  lettre  du  maréchal  Vaillant  à  un 
de  ses  parents  lui  demandant  des  renseignement  sur  sa 
famille  :  "  J'ai  entendu  dire  qu'un  de  mes  grands  oncles  avait 
été  soldat  et  blessé  dans  le  Canada."  Je  serais  curieux  de 
connaître  le  nom  de  ce  parent  du  grand  soldat  français. 

R  O.  P. 

745.  — En  quelle  année  a-tron  commencé  i  réunir  des  livres 
pour  former  la  Bibliothèque  de  la  Législature  de  Québec  ? 

Biblio 

• 

746.  — Est-il  vrai  que  le  célèbre  ministre  Pitt,  second  lord 
Chatham,  servit  au  Canada  dans  un  régiment  anglais  pen- 
dant la  guerre  de  l'Indépendance  ?  Con v. 

747.  — Le  sulpicien  Faillon  a  publié,  n'est-ce  pas,  tons  «es 
ouvrages  sous  le  voile  de  l'anonymat.  Pourries-vous  me  don- 
ner une  liste  des  ouvrages  du  savant  historien  ? 

BiHi.ro. 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

VOL.  6  OCTOBRE  1900  No.  10 


SAINT-IGNACE  DU  CAP  SAINT-IGNACE 


La  paroisse  de  Saint-Ignace  du  Cap  Saint- Ignace  eat  for- 
mée de  la  seigneurie  Vincelotte,  concédée  par  Jean  Talon  a 
Geneviève  de  Chavigny,  veuve  du  sieur  Amiot,  le  trois 
novembre  1672,  et  par  le  gouverneur  de  Frontenac  à  Joseph 
Amiot,  bieur  de  Vincelotte,  le  1er  février  1693  ;  du  fief 
Gamache  ou  Gagné,  concédé  par  l'intendant  Talon  à  Ga mâ- 
che et  Belleavance,le  3  novembre  1672  ;du  fief  Sa  in  te- Claire, 
concédé  par  de  Frontenac  à  René  Lepage,  le  17  man  1693, 
du  fief  Lalrenaye  et  du  fief  Fournier. 

Il  y  a  près  du  fleuve  Saint-Laurent,  au  centre  de  la 
paroiese,  un  petit  cap,  formant  presqu'île,  qui  porte  le  nom 
de  Cap  Saint-Ignace.  Ce  nom  lui  fut-il  donné  par  un  mis- 
sionnaire jésuite  ?  La  cho»e  est  possible,  quoique  la  liste 
des  missionnaires  et  curés  de  Saint-Ignace  du  Cap  Saint- 
Ignace  ne  mentionne  le  nom  d'aucun  jésuite.  Quoi  qu'il  en 
soit,  du  oap,  ce  nom  ne  tarda  pas  à  s'étendre  aux  établisse- 
ments qui  se  formèrent  dans  les  environs,  et  le  30  octobre 
1678,  lorsque  Mgr  de  Laval  érigea  la  paroisse,  il  lui  donna 
une  sanction  officielle. 

Dans  son  rapport  au  roi,  en  1683,  Mgr  de  Laval  écrit  : 
"  Le  Cap  Saint-Ignace  (seigneurie  de  Vincelotte)  contient 
une  lieue  ;  il  y  a  douze  familles  et  47  Ames.  Dans  la  seigneu- 
rie de  Gamache  et  de  Belleavance,  qui  n'ont  ensemble 
qu'une  demie-lieue,  il  y  a  quatre  familles  et  vingt-trois 
âmes." 


—  292  — 

La  première  mease  à  Saint-Ignace  du  Cap  Saint-Tgnace 
fut  dito  dans  la  maison  de  Jacques  Bernier,  surnommé  Jean 
de  Paris,  parce  qu'il  venait  de  Paris.  Ce  Bernier  est  la  sou- 
che de  tous  les  Bernior  paeséi»,  présents  et  futurs. 

lia  première  chapelle  fut  bâtie  en  1683, au  bord  du  fleuve, 
dans  les  limites  du  fiof  Gamache,  sur  un  terrain  donné  par 
Nicolas  Gamache.    Elle  était  en  bois. 

Un  an  ou  deux  après,  on  éleva  une  chapelle  en  pierre  à 
côté  de  la  première.  En  1744,  ello  s'éboula  avec  la  côte.  On 
voit  encoro  les  ruines  do  cette  chapolle  à  maréo  basse. 

En  1746,  on  constraint,  à  douze  arpents  plus  haut,  une 
maison  en  pierre  pour  servir  de  presbytère.  Cette  maison 
existe  encore  aujourd'hui.  Elle  est  en  bon  état  de  conserva- 
tion.   Elle  est  même  habitée. 

Dans  le  même  temps,  les  habitants  de  la  seigneurie  Vin- 
celotte  se  mirent  aussi  à  bâtir  un  presbytère,  malgré  la 
défense  de  l'évëque.  De  là,  de  longues  et  pénibles  difficul- 
tés. Cependant  les  habitants  de  la  seigneurie  Vincelotte 
eurent  la  messe  dans  leur  presbytère,  et  cela  pendant  envi- 
ron 25  ans.  Les  divisions  n'en  continuèrent  pas  moins. 
Pour  mettre  fin  à  tous  ces  troubles,  en  1772,  Mgr  Briand 
fixa  la  place  de  l'église  sur  los  confins  ouest  de  la  seigneurie 
Vincelotte.  Cette  troisième  église  fut  ouverte  au  culte  en 
1773.  Elle  était  située  au  lieu  et  place  de  l'église  actuelle. 
Cette  église  fut  allongée  une  première  fois  en  1824  et  de 
nouveau  en  1854. 

En  1880,  on  la  remplaça  par  une  nouvelle  église,  qui  fut 
incendiée  le  14  décembre  1890. 

L'église  actuelle,  commencée  Tannée  suivante,  a  été  entiè- 
rement terminée  en  1893.  C'est  un  beau  et  magnifique 
temple  qui  fait  la  gloire  de  la  paroisse  et  proclame  l'habi- 
leté de  son  curé  et  la  générosité  de  ses  habitants. 

La  paroisse  de  Saint-Ignace  du  Cap  Saint-Ignace  a  eu, 
depuis  sa  fondation,  les  desservants  et  curés  suivant*  : 


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MM.  Pierre  de  Caumont,  de  Dovembre  1679  à  avril  1680  ; 
Thomas  Morel,  1680  à  1683  ;  Paul  Vacbon,  de  1683  à  1685  ; 
Paul  Sennémaud,  du  1er  janvier  1685  à  mai  1685  ;  Benoit 
Duplein,  de  juin  1685  à  novembre  1685  ;  Thomas  Morel,  de 
novembre  1685  à  octobre  1686  ;  Claude  Moireau,  récollet, 
de  1686  à  1687  ;  Nicolas  Cadard,  de  janvier  1688  à  avril 
1688  ;  Elie  Audy,  1688  ;  Gaspard  Dufournel,  1688  ;  Louis 
Aubert,  récollet,  1688-1689  ;  Philippe  Boucher,  1689-1690  ; 
Jean  Pinguet,  de  1690  à  1692  ;  Pierre  de  Francheville,l692- 
1698  ;  Louis  Mathieu,  premier  curé,  1698  1701  ;  Eodolphe 
Dubus,  de  1701  à  1702  ;  Pierre  Le  Poyvre,  1702-1704  ; 
Philippe  Rageot,  1704  1707;  Joseph  Denys,  1707-1708  ; 
Yves  Le  Riche,  1708-1712  ;  Charles  Hazeur  Desormeaux, 
1712  ;  Yves  Godard,  1 7 131 7 14  ;  J.-B.Dugas,  1714  ;  Pierre 
Loclair,  deuxième  curé,  1714  1722  ;  Simon  Foucault,  1722  ; 
Maurice  Imbault,  1723  ;  Lucien  Verge,  1723  ;  Charles 
Joseph  Le  Berre,  1723  ;  Simon  Foucault,  1724- 1741  ;  J. 
Romain  Dolbec,  1741-1746  ;  François  Marganne  de  Chapt 
de  Lavaltric,  de  1746  à  1747  ;  Jean  François  Curot,  1747- 
1764  ;  Charles  Mangue-Garaut  Saint-Onge,  1764-1769  ; 
Jacques  Hingan,  1769-1777  ;  Paul  Antoine  Bédard,  1777- 
1779  ;  Jacques  Panet,  1780  ;  Jacques  Olivier  Guichard, 
1780-1786;  Jacques  Panet,  1781-1783  ;  J.Michel  Paquet, 
1783  1792  ,  J.  B.  Griault,  1792-1806  ;  Pierre  Nicolas  Leduc, 
1806-1812  ;  Pierre  Viau,  1812-1818  ;  Philippe  Auguste 
Parent,  1818-1832  ;  Louis  Gingras,  1833  ;  Etionue  Edouard 
Parent,  1833-1840  ;  J.  Etienne  Cécil,  1840-1857  ;  Frédéric 
Caron,  desservant,  1857  ;  François  Morin,  1857-1859  ;  Zé- 
phirin  Sirois,  1859  1868;  Napoléon  Théodule  Sirois,  curé 
actuel. 

R. 


LES  MOTS  D'ORKÏINE  SAUVAGE 


Achigan  :  Mot  d'origine  algonquine  désignant  la  perche 
noire  de  nos  rivières  (black  bass  des  Anglais).  D'autres  for» 
mes  existent,  et  on  dit,  suivant  le*  localités,  acigan,  acignan, 
malachigan,  manachigan.  Le  mot  est  très  vieux,  étant  venu 
en  usage  dès  le  commencement  de  la  colonie,  et  on  lit, 
entr'autres  dans  Hennepin,  Description  de  la  Louisiane  : 
"  On  y  pesche  des  achigans." 

Agohanna  :  unité  en  polsie  et  en  histoire  pour  roi,  chef 
suprême.  "  Le  Roy  et  Seigneur  du  païs  qu'il*  appellent  en 
leur  langue  Agouhanna."  (Lescarbot,  Nouvelle- France, 
p.  320). 

Algonquin  :  Sauvage  de  la  tribu  indigène  des  Lenni-Len- 
napes,  dont  les  descendants  habitent  aujourd'hui  la  région 
du  lac  Saint-Jean  et  du  haut  Saguenay.  Au  figuré.personne 
d'apparence  rude  et  fruste,  ou  qui  est  bizarrement  accou- 
trée : — Csst  un  vrai  algonquin,  c'est-à-dire  un  ours.  Par 
extension,  et  pris  substantivement,  chose  difficile  ou  impos- 
sible à  démêler  :  Tout  ça  c'est  de  Valgonquin,  c'est  à  dire  il 
est  impossibVe  d'y  voir  goutte. 

Almouchiche  :  da  micmac  animout,  signiâant  chien,  suivi 
de  la  désinence  diminutive  shish.  Le  mot  almouchiche  e»t 
une  expression  purement  locale,  appartenant  à  la  région 
du  Risiigoucbe,  et  Ton  désigne  par  là  une  variété  de  chiens 
que  l'on  dresse  à  faire  la  chasse  aux  porcs-épics.  "  Pour  l'ai- 
raouchiche  point  de  péril  dans  la  chasse."  (Taché,  Soirées 
Canadiennes^  1861,  p.  18). 

Apola  :  désigne  une  variété  de  ragoût,  que  M.  de  Gaspé 
(Anciens  Canadiens,  p.  192)  décrit  comme  suit  :  "  L'apola, 
ou  étuvé  d'alouettes,  avec  pommes  de  terre,  mie  de  pain,  et 
michigouen." 

Assinabe  :  de,  l'algonquin  assin,  pierre.  Lourde  pierre 
servant  à  retenir  une  seine,  un  filet,  au  fond  de  l'eau. 


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—  295  — 

Atoca  :  ce  mot,  désignant  le  fruit  de  la  canneberge,  est 
d'origine  huronne  ou  iroquoise.  Le  lexique  iroquois  de 
l'abbé  Cuoq  donne  lu  forme  tokware,  et  on  lit,  dans  le  Dic- 
tionnaire de  la  langue  huronne  de  Sagard  :  "  A  toca,  petit 
fruit,  comme  cerises  ronges,  qui  n'a  point  de  noyau." 

Atosset  :  mot  mootagnais  désignant  un  poisson  particu- 
lier au  lao  Saint-Jean  (Buies,  Le  Saguenay,  p.  203). 

Autmoin  :  nom  donné,  par  les  8ouriquoia,  à  leurs  prêtres 
et  sorciers.  Co  mot  se  rencontre  fréquemment  dans  plu- 
sieurs anciens  ouvrages  sur  le  Canada,  mais  avec  tendance 
à  tomber  de  plus  en  plus  en  désuétude.  "  Les  autmoins  ados-  ' 
saient,  dans  sa  forme  mystique,— Aux  parois  des  rochers  la 
loge  fatidique."  (Taché,  Soirées  Canadiennes,  1863,  p.  100). 

Babiche  :  lanière  de  peau  d'anguille.  L'explication  la 
plus  rationnelle  de  l'origine  de  ce  mot  est  celle  qui  le  fait 
se  rattacher  au  Souriquois  ababich,  signifiant  corde,  fil,  ou  • 
encore,  au  micmac  ababee,  même  signification.  Quoi  qu'il 
en  soit,  l'emploi  de  babiche  était  à  peu  près  général  dès 
l'origine  de  la  colonie,  ainsi  qu'en  fait  foi  Lescarbot  qui,  en 
1612,écrivait  ababich  dans  son  Histoire  de  la  Nouvelle- 
JFrance. 

Batiscan  :  exclamation  en  forme  de  juron  adouci,  et  qui 
au  Canada,  remplit  l'office  de  sapristi  en  France.  "  M'en 
aller,  batiscan  !  On  ne  me  déloge  pas  de  cette  façon."  (Le- 
May,  Picounoc  le  Maudit,  II,  159). 

Boucane  :  fumée  quelconque,  et,  plus  spécialement,fumée 
épaisse  ou  nauséabonde. 

Cacaoui  :  variété  de  canard  (Harelda  glacialis),  que  l'on 
rencontre  dans  les  parages  du  golfe  Saint-Laurent.  L'ori- 
gine de  ce  mot  est  douteuse,  et  cacaoui  peut  être  tout  sim- 
plement une  onomatopée.  L'abbé  Cuoq,  dans  ses  Etudes 
philologiques  (p.  86),  le  fait  dériver  de  l'algonquin  anhan- 
howe,  ou  anh  anhwe,  d'où,  ajoute-t-il,  les  Canadiens  ont  fait 
cacaoui.   Ce  qui  semblerait  prêter  une  grande  force  à  cette 


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—  296  — 

étymologie  c'est  que  le  P.  Petitot,  dans  son  Dictionnaire  de 
la  langue  Diné-Dindjii,  désigne  le  même  volatile  par  can- 
canwi. 

Canaoua  :  terme  dérisoire,  on  de  mépris,  appliqué  aux 
Sauvages  par  les  blanos.  Ce  mot  était  surtout  d'un  usage 
très  répandu,  au  -siècle  dernier.  On  disait  aussi  canaouache 
et  canaouich,  "  Les  canaoua»  vont  t'écorchor  comme  une 
anguille.1'  (De  Gaspé,  Anciens  Canadiens,  II,  p.  135). 

Canot  :  petit  bateau,  fait  d'éooroe  ou  d'un  tronc  d'arbre. 
Chose  qui  semblera  étrange  le  mot  canot  lut  employé  au 
Canada  avant  de  l'être  en  France,  et  dérive  de  l'espagnol 
canoa  se  rattachant  au  dialecte  des  Caraïbes,  dans  les  Antil- 
les. Lescarbot,  dans  son  Histoire  de  la  Nouvelle- France, 
appelle  canoa  un  "  petit  bateau  tout  d'une  pièce." 

Carcajou  :  du  montagnais  Kar-Ka-Joo.  Animal  carnas- 
sier, appartenant  à  la  famille  des  blaireaux  et  qui  habite 
principalement  le  Labrador.  Les  Sauvages  le  désignent  aussi 
bous  le  nom  de  quâ-guâ-sut  (diable-dea-bois). 

Caribou  :  animal  sauvage  à  la  chair  exquise,  qne  l'on  a 
surnommé  le  renne  de  l'Amérique  septentrionale. 

Cazagot  :  mot  emprunté  aux  Montagnais  du  lac  Saint- 
Jean,  et  désignant  une  sorte  de  boîte  en  Source  que  la  femme 
sauvage  s'attache  derrière  le  dos,  et  qui  lui  sert  à  porter  son 
nourrisson.  "  Elle  avait  sur  «on  dos,  dans  son  ca*agot...un 
petit  métis  de  douse  mois."  (Bert he,  Souvenirs  d'un  demi- 
siècle,  p.  433). 

Chichicoui  :  instrument  de  musique  en  unage  chez  les 
Sauvages,  et  servant  à  battre  la  mesure.  "Cet  instrument, 
fait  de  bois,  de  peau  desséchée  ou  de  corne,  se  compose  d'un 
manche  et  d'une  portion  creuse,  remplie  de  petits  osselets, 
de  petits  cailloux,  ou  de  plomb  à  tirer  "  (  J.  C.  Taché).  Le 
vrai  mot  sauvage  de  cet  instrument  est  chichigouane,  de  chi- 
chigoui  signifiant  serpent  4  sonnettes,  sans  doute  par  analo- 
gie avec  le  bruit  de  grelots  de  la  queue  de  ce  reptile. 


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Chouayen  :  term©  dérisoire,  ou  de  mépris,  appliqué  au 
Canadien-Français  qui  fait  montre  d'un  loyalisme  exagéré, 
en  quelque  sorte  servile,  via  à-vis  des  Anglais.  Le  mot 
chouayen  remonte  assez  loin  dans  l'histoire,  et  appartient 
même  à  lu  période  de  la  domination  française,  puisqu'on  le 
vit  apparaître,  pour  la  première  fois,  lors  de  la  prise  du  fort 
d'Oswego.  A  cette  époque,  quelques  Canadiens-français, 
désespérant  déjà  du  succès  définitif  des  armes  françaises, 
avaient  résolu  de  passer  aux  Anglais,  dont  ils  attendaient 
faveurs  et  protection.  La  victoire  française  d'Oswego,  sur- 
venant sur  ces  entrefaites,  fit  éprouver  à  ces  transfuge»  un 
tel  dépit,  que  le  gros  public  prit  de  suite  un  malin  plaisir  à 
le  leur  rappeler  à  tout  propos.  Or,  on  sait  que  le  fort 
Oswego  s'appelait  autrefois  Chouaguen.  De  là  l'appellation 
chouayen.  Durant  la  rébellion  de  1837,  le  mot  chouayen 
obtint  un  surcroît  d'actualité,  et  servit,  bien  entendu,  à  dési- 
gner ceux  des  Canadiens-français  qui  faisaient  alors  bande 
à  part  contre  les  "  patriotes,"  et  en  particulier  les  "  bureau- 
crates." 

Esurgnis  :  grains  de  porcelaine,  faits  de  la  nacre  de  cer- 
tains coquillages  marins,  et  dont  les  Sauvages  confectionnent 
des  colliers.  Ces  colliers  jouaient  autrefois  un  certain  rôle 
dans  les  relations  des  colons  avec  les  Indiens,  et  se  présen- 
taient, au  début  des  délibérations,  de  conseils,  comme  gages 
de  paix,  de  bonne  entente.  Il  a  toujours  été,  cependant, 
plus  d'usage  courant  de  remplacer  esurgnis  par  son  équiva- 
lent wampum,  qui  est  un  mot  se  rattachant  au  dialecte  des 
Sauvages  do  la  Nouvelle- Angleterre.  "  Lors  chascunes  d'i- 
celles  donna  audict  cappitaine  vug  collier  desurgny."  (Car» 
tier,  Bref  récit,  p.  44). 

Kayak  :  canot  de  pêche,  en  usage  chez  les  Esquimaux  de 
la  région  septentrionale  du  Labrador.  Une  coïncidence 
assez  curieuse  se  remarque  entre  le  Kayak  des  Esquimaux, 
et  le  Kayik  des  YaKoutes  de  Sibérie,  ce  dernier  étant  aussi 


—  298  — 

un  canot  de  pêche.  Selon  toute  probabilité,  notre  propre 
mot  Kayik  a  donc  dû  prendre  naissanoe  en  Sibérie,  dans 
les  parages  du  lac  Baikal,  puis,  de  là,  passant  aux  Esqui- 
maux de  la  Léna,  arriva  en  Amérique  avec  ces  derniers,  viâ 
le  détroit  de  Behring.  S'il  est  vrai  qu'aucun  fait,  si  petit 
qu'il  soit,  ne  doit  être  laissé  de  côté  pour  l'intelligence  des 
choses  préhistoriques,  ce  mot  Kayak  viendrait  donc  ainsi 
singulièrement  à  l'appui  de  ceux  qui  prétendent  que  l'Amé- 
rique a  été  peuplée,  à  l'origine,  à  l'aide  de  migrations  venues 
de  l'Asie. 

Kini-Kinik  :  du  sauvage  algonquin  Kininigegi,  signifiant 
"  Je  mêle."  On  désigne,  par  ce  mot,  un  certain  mélange 
d'écorce  ou  de  feuille»  avec  du  tabac,  et  que  fument  les  sau- 
vages, les  trappeurs,  etc.  Quelquefois  aussi,  Kini-Kinick  se 
prend  tout  simplement  pour  l'écorce  même  servant  de  base 
au  mélange  en  question,  écorce  enlevée  a  une  variété  d'au- 
bier, dite  "  bois-rouge." 

Machicoté  :  de  l'algonquin  mat&hîgode.  Jupe,  jupon  de 
femme. 

Mackinaw  :  couverture  de  laine,  ou  pelisse,  par-dessus 
fait  d'une  épaisse  couverture  do  laine.  Le  mackinaw  fut 
autrefois  l'objet  d'un  commerce  très  étendu  avec  les  sauva- 
ges, et  on  le  désignait  ainsi  parce  qu'on  se  le  procurait  sur- 
tout au  fort  Mackinaw,  qui  en  était  l'entrepôt  principal. 
M  Enveloppés  dans  nos  pelisses  de  bison  et  dans  nos  couver- 
tures mackinaw,  nous  pouvions,sans  être  incommodés,  braver 
la  fureur  du  vent."  (LeMoine,  Chasse  et  pêche,  p.  31). 

Malachigan  :  corruption  de  manachigan,  ou,  selon  Cuoq, 
de  manacigan,  et  désignant  spécialement  une  variété  d'achi- 
gan  mal  conformé,  que  l'on  nomme  aussi  "  gros  bossu."  la 
première  syllabe  de  ce  mot  sauvage  a  été  confondue  avec 
l'adjectif  français  mâle,  tout  comme  s'il  fallait  écrire  mâle 
achigan. 


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Manitou  :  mot  d'origine  algonquine  (manito,  génie,  dieu, 
esprit).  Divinité  tutélaire  adorée  par  nos  sauvages.  Chacun 
Aânx  se  choisit  un  manitou  dans  le  premier  objet  venu  qui 
frappe  ses  sons.  Cette  définition,  si  exacte  qu'elle  soit  dans 
l'espèce,  est  cependant  par  trop  vague  et  incomplète,  et  le 
mot  comporte  diverses  autres  significations  qu'il  est  utile  de 

préciser  ici  :  1°  Esprit,  ombre,  mâne  :  "  manitous  de 

la  plage, — Esprits,  éveillez-vous."  (Fréchette,  Fleurs  boréa- 
les, p.  50).  2°  Bon  ou  mauvais  génie,  appartenant  à  une 

légende  locale  :  "  les  plus  nerveux  parlaient  de  sortir 

et  de  provoquer  en  combat  singulier  le  manitou  du  Saint- 
Maurice."  (Suite,  Mélanges,  p.  357).  3°  Eeprit  invoqué  par 
les  jongleurs,  les  sorciers  :  "  L'importance  des  jongleurs  est 
en  raison  de  l'importance  de  leurs  ma nitous.u  (Taché,  Fores- 
tiers  et  voyageurs,  p.  192).  4°  Fétiche,  symbole  :  "  Dans 
le  sac  do  voyage,  le  manitou  tenait  le  premier  rang.")  Fer- 
land,  Histoire  du  Canada,  t.  I,  p.  113). 

Mascouabina  :  d'origine  algonquine,  désignant  le  cormier 
ou  sorbier  domestique.  Le  P.  Lacombe  fait  dériver  ce  mot 
de  maskomin,  signifiant  "  graine  d'ours,"  et  cela  parce  que 
plusieurs  animaux  sauvages,  entr'autres  les  ours,  sont  très 
friands  de  l'écorce  du  maskouabina. 

Maskeg  :  d'origine  crée,  désignant  un  marais,  une  savane. 
Le  P.  Petitot  définit  le  maskeg  "  marais,  ou  plaine  remplie 
de  lichens."  Bans  lo  dialecte  otchipwe  se  trouve  la  forme 
mashkig. 

Maskinongé  (esoxestor)  :  variété  de  brochet,  ainsi  nom- 
mée du  mot  algonquin  muskelunge.  Une  corruption  curieuse 
de  ce  mot  existe  parmi  le  peuple.  On  dit  quelquefois  masque 
allongé,  sans  doute  par  allusion  à  la  tête  allongée  et  laide  de 
ce  poisson.  D'un  autre  côté,  plusieurs  étymologistes  préten- 
dent que  le  mot  original  même.c'est-à  dire  muskelunge,dérïve 
de  deux  termes  indiens  :  mâsk,  laid,  difforme,  et  kinongé, 


—  300  — 


poisson,  ce  qui  donnerait,  comme  on  voit,  tout  à  fait  raison 
d'être  à  l'expression  canadienne. 

Matachias  :  d'origine  algonquine,  désignant  les  rassades 
dont  les  sauvages  ornent  leurs  habits.  Les  ceintures,  col- 
liers, etc.,  servant  à  parer  les  jeunes  squaws  indiennes,  se 
nomment  aussi  quelquefois  des  mat ac Mas.  "  Les  femmes 
et  les  jeunes  filles  brodaient  des  matachias."  (Taché,  Soi- 
rées Canadiennes,  1861,  p.  31  j.  Ce  mot  est  très  vieux,  car 
on  le  rencontre  dan6  Champlain,  Lescarbot,  Sagard,  etc.  Il 
n'a  pas  toujours,  cependant,  chez  les  vieux  auteurs,  lasignU 
fication  précitée,  et  plusieurs  entendent,  par  matachias,  un 
mélange  de  différentes  couleurs  dont  les  sauvages  se  servent 
pour  se  peindre  le  visage  ou  pour  former  sur  leurs  vêtements 
certaines  figures  de  bêtes  fauves,  d'oiseaux,  etc.  On  trouve 
notamment,  dans  Leclercq  (Relation  de  la  Gaspésie),  le  mot 
matachias  cité  à  plusieurs  reprises  en  ce  sens,  et  même  so 
matachier,  pour  se  tatouer. 

Michigouen  :  d'origine  montagnaise,  désignant  une  variété 
de  persil,  dont  l'arôme  est  bien  supérieur  à  celui  de  nos 
espèces  domestiques. 

Micmac  :  l'origine  de  ce  mot,  employé  pour  embarras, 
intrigue,  mélange,  ne  manque  pas  d'un  certain  intérêt.  La 
tribu  des  Micmacs  était  distribuée,  à  l'origine,  au  nord  de  la 
baie  de  Fundy.  De  bonne  heure,  les  Français  se  firent  de 
ces  aborigènes  des  alliés  fidèles,  et  surent  les  utiliser  pour 
exercer  des  représailles  sanglantes  contre  les  Anglais,  au 
milieu  desquels  le  seul  nom  de  Micmac  devint  bien  vite 
comme  une  sorte  d'épouvantail.  On  sait  de  quelles  atroci- 
tés, souvent  inouïes,  s'accompagnaient  les  guerres  indiennes 
dans  ces  temps  troublés.  Les  Micmacs,  entr'autres,  se  dis- 
tinguèrent par  leurs  cruautés,  et  cela  à  tel  point  qu'il  était 
devenu  d'usage  courant  de  dire  :  "Il  y  a  du  micmac  là- 
dedans,"  chaque  fois  qu'on  voulait  parler  d'un  coup  demain 
exécuté  dans  des  conditions  particulièrement  révoltantes  et 


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—  301  — 

dont  des  Micmacs  seuls  pouvaient  avoir  été  les  instigateurs.. 
Dans  la  suite,  le  dicton  II  y  a  du  micmac  s'appliqua  i  tous 
les  meurtres  et  crimes  commis  avec  accompagnement  de 
férocités.  Cela  voulait  surtout  dire  :  "  11  y  a  du  feu  et  du 
sang  là-dedans."  Puis,  avec  le  temps,  tout  cela  finit  par 
s'atténuer,  s'adoucir,  et  ce  n'est  plus  maintenant  que  par  un 
reste  d'allusion  à  l'humeur  batailleuse  des  Micmacs  que  le 
dicton  est  usité.  Aujourd'hui,  on  no  s'en  sert  plus  qu'en 
parlant  d'une  entreprise,  d'un  projet,  d'une  affaire,  où  il  y 
a  matière  à  brouille,  à  altercation.  On  dit  cependant  encore  : 
"  Il  fait  du  micîiuic"  en  parlant  de  quelqu'un  qui  brise, 
ruine,  abîme  tout  ce  qu'il  touche. 

Micouenne  :  de  l'algonquin  emikwan.  Longue  cuillère 
de  bols,  usitée  pour  diverses  fins  domestiques.  Plusieurs 
autres  formes  existent,  et  l'on  dit  micoine,  micouaine,  mi- 
couane,  micouanne. 

Miteuse  :  ce  mot  dérive  du  sauvage  mitas,  signifiant 
guêtre. 

Mocassin  :  du  sautoux  makkasin,  signifiant  soulier. 

Mokok  :  d'origine  micmaque,  usitô  surtout  parmi  les  Aca- 
diens  pour  marais,  savane. 

Munie  :  d'origine  montagnaise,  désignant  un  poisson  par- 
ticulier à  la  région  du  lac  Saint- Jean.  "  La  munie,  qui  a  la 
queue  et  la  couleur  de  l'anguille,  la  forme  du  crapaud  de 
mer  et  la  tête  comme  celle  de  la  morue."  (Buies,  Le  Sague- 
nay,  p.  203). 

Nagane  :  d'origine  algonquine,  signifiant  petite  planche, 
planchette.  La  nagane  veut  dire  un  ensemble  de  planchettes, 
munies  de  laceta,  de  cerceaux  et  de  courroies,  dont  les  mères 
indiennes  se  servent  pour  porter  leurs  nourrissons  sur  le  dos. 

Ouache  :  do  l'algonquin  amikwac.  Conduit  pratiqué 
horizontalement  sous  terre,  par  le  castor,  et  aboutissant  à  la 
ouiche,  ou  cabane. 

Ouananiche  :  mot  sauvage  désignant  un  poisson  fortesti» 


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—  302  — 

mé,  appartenant  à  la  famille  de*  saumons  d'eau  douce,  et 
que  Ton  trouve  surtout  dans  la  région  du  lac  Saint-Jean  et 
de  ses  tributaires. 

Ouaouaron:  du  h\irou  ouaraon,  crapaud.  Grosse  grenouille 
▼erte,  faisant  entendre  comme  une  sorte  de  beuglement, 
dont  le  mot  ouaouaron  donne  d'assez  près  l'onomatopée.  Les 
Anglais,  du  reste,  appellent  aussi  ce  batracien  bullfrog, 
c'est  à-dire  grenouille  bœuf.  Le  missionnaire  Sagard,  dans 
son  Dictionnaire  de  la  langue  huronne,  place  le  ouaouaron 
parmi  les  animaux  décrits  sous  l'en-tête  général  de  "Bestes 
à  quatre  pieds." 

Ouiche  :  de  l'algonquin  amifocic,  cabane, cache,  ou  retraite 
du  castor. 

Ouragan  :  du  sauteux  onâgan,  signifiant  plat,  vase.  Petit 
panier  d'écorce  de  bouleau,  servant  de  corbeille  à  pain.  Les 
Cris  des  bois  prononcent  orâgan,  oyâgan. 

Outiko  :  géant,  ou  monstre  fabuleux,  dans  les  légendes 
sauvages. 

Pagaie  :  petit  aviron  court,  dont  l'usage  nous  vient  des 
Sauvages. 

Vacant  (carya  olivaeformis)  :  de  l'algonquin  pakane,  ou 
pagân.  Noix  du  noisetier  ou  coudrier. 

Pican  :  animal  appartenant  à  la  famille  des  petits  ours,et 
qui  fait  le  désespoir  des  chasseurs  par  sa  finesse  et  ses  espiè- 
gleries malicieuses. 

Pémican  :  viande  desséchée  de  bison,  très  nutritive  sous 
un  petit  volume. 

Pitouane  :  mot  d'origine  sauvage  pour  arbuste,  arbris- 
seau. 

Pichou  :  du  cris  piseic,  îoup-cervier,  lynx.  Nom  sous 
lequel  on  désigne  un  être  laid  ou  malin.  On  dit  surtout 
communément  :  "  Laid  comme  un  pichou." 

Picouille  :  du  cris  piku,  signifiant  briser,  fracasser.  Tout 
animal  étique,  maigre,  décharné  à  l'excès. 


303  — 


Pimbina  :  trait  du  viburnum  edule,  que  Michaux  et  Gray 
considèrent  comme  une  variété  de  la  canneberge  du  Maine 
et  du  Canada. 

Pirogue  :  mot  sauvage  francisé,  et  désignant  soit  un  canot 
d'écorce,  ou  un  canot  fait  d'un  tronc  d'arbre  creusé. 

Sacakoua  :  l'équivalent  de  la  chasse  galerie,  chez  les  Sau- 
vages, et  signifiant  grand  tapage,  orgie  infernale.  On  dit 
aussi  sacaqua  et  sacaqué. 

Saccacomi  :  du  sauvage  sakaw,  allumer,  ou  encore  sakai- 
pttagane,  allumer  la  pipe.  Le  saccacomi  est  une  plante  du 
genre  tabac,  croissant  dans  les  forêts,  et  atteignant  la  hau- 
teur du  "  petit  tabac  de  Virginie."  C'était  même  là  le  tabac 
fumé  presquo  exclusivement  par  les  indigènes,  lors  de  la 
découverte  du  Canada,  et  encore  aujourd'hui  bon  nombre 
de  nos  habitants  en  font  usage  et  continuent  à  lo  désigner 
par  son  nom  sauvage,  afin  do  le  distinguer  du  tabac  propre- 
ment dit. 

Sagamiti  :  mot  d'origine  sauvage,  et  désignant  une  sorte 
de  bouillie  faite  avec  du  blé  d'inde,  dans  laquelle  on  cuit 
quelquefois  de  la  viande.  Le  P.  Lacombo  fait  dériver  ce  mot 
du  cris  Kisâgamitew,  c'est  un  liquide  chaud,  tandis  quo 
l'abbé  Cuoq  tient  pour  l'algonquin  Kipagamite,  signifiant 
le  potage  est  chaud.  De  toute  manière,  il  est  évident  que 
le  mot  sagamiié  devrait  ainsi  son  origino  à  une  méprise,  le 
premier  Français  qui  l'entendit  l'ayant  sans  doute  pris  à 
tort  pour  le  nom  même  du  potage  dont  il  s'agissait. 

Sagamo  :  chef  de  tribu  indienne.  Vient  du  micmac  sha- 
quemau.  "  Fins  le  shaquemau  conduisit  le  missionnaire  à  la 
chapelle."  (Faucher  do  Saint-Maurice,  De  tribord  à  bâbord, 
p.  442). 

Sisiquoi  :  Le  P.  Lacombo  fait  dériver  ce  mot  du  sauvage 
sisikwan,  petit  sifflet  en  os.  Le  sisiquoi  désigne  une  sorte 
d'instrument  que  les  Sauvages  secouent  avec  cadence,  dans 
leurs  conjurations,  et  qui  est  composé  d'un  petit  sac  de 


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parchemin  bandé,  dans  lequel  sont  renfermées  de  menues 
pierres.   On  dit  ausei  chichikois. 

Squaw  :  dérivé  de  l'algonquin.    Femme  indienne. 

Succotash  :  du  sauvage  msickquatash,  qui,  s'il  faut  en 
croire  Webster,  appartiendrait  au  dialecte  Narraganset. 
Mélange  de  maïs  et  de  haricots,  que  l'on  a  fait  bouillir 
ensemble. 

Tamarac  (larix  america)  :  mot  algonquin  désignant 
l'arbre  plus  connu  sous  le  nom  d'épinette  rouge.  Certains 
étymologistes  rattachent  ce  mot  à  l'arme  dite  tomahawk, 
laquelle  était  surtout  faite  avec  le  bois  du  tamarac. 

Tobagane  :  du  cris  otobanash,  traîneau.  Sorte  de  traî- 
nean,  composé  d'une  longue  planche  de  bois  floxible, recour- 
bée à  une  extrémité,  et  dont  on  se  sert,  en  manière  d'amu- 
sement d'hiver,  pour  glisser  du  haut  de  pentes  escarpées. 
On  dit  aussi  traîne  sauvage. 

Tomahawk  :  arme  de  guerre  des  Sauvages,  en  forme  de 
casse  tête.  Le  P.  Lacombe  fait  dériver  ce  mot  du  cris  oto~ 
mahuk,  assommes  le,  ou  ot&mahwaw,  il  est  assommé. 

Totem  :  mot  algonquin  désignant  l'emblème  ou  insigne 
particulière  à  une  tribu,  &  une  famille. 

Touradi  :  mot  montagnais  désignant  une  grosse  truite 
partîclière  aux  lacs  du  nord  de  Québec. 

Wigwam  :  mot  sauvage  signifiant  hutte,  cabane,  et  qui 
désigne  le  "  home  "  des  Indiens.  Dérivé  du  cris  wikiwak, 
dans  leurs  demeures.  Par  extension,  habitation  délabrée, 
de  peu  de  valeur  :  C'est  un  vrai  wigwam,  c'est-à  dire  cela 
n'est  guère  habitable. 

Wampum  :  expression  anglaise  pour  wompam,  qui  est  un 
mot  tiré  du  dialecte  des  Indiens  de  la  Nouvelle- Angleterre, 
et  désignant  la  porcelaine,  les  grains  de  porcelaine. 

Wapite  (Cervus  canadensis)  :  cerf  ou  élan  du  Canada. 
Ce  mot  dérive  du  cris  wapitew,  signifiant  blanchfttre,venant 


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de  ce  qu'on  a  voulu  distinguer  ce  cerf  de  l'orignal  ou  daim, 
dont  le  pelage  est  presque  noir. 

WarnUcootai  (Somateria  spectabilis)  :  Variété  de  canard 
eider,  appelé  aussi  "  eider  remarquable,"  autrefois  af»sez 
abondante  dans  lee  parages  du  golfe  Saint-Laurent,  mais 
que  l'on  ne  rencontre  plus  aujourd'hui  sue  sur  le  littoral  du 
Labrador  faisant  face  à  l'Atlantique. 

Warou  :  loup-garou.  Homme  qui,  suivant  une  supersti- 
tion, erre  la  nuit  dans  les  campagnes,  changé  en  loup. 

Watap  :  mot  algonquin  désignant  la  racine  d'épinette 
rouge,  dont  on  se  sort  pour  coudre  l'écorce. 

Sylva  Clapin 


LES  GENEALOGIES 

On  croit  que  les  généalogies  ne  s'appliquent  qu'aux  per- 
sonnages en  évidence.  Je  me  demande  a  quoi  bon,  dans  ce 
dernier  cas  ?  Celui  qui  atteint  une  haute  position,  la  noto- 
riété, la  célébrité,  se  passe  bien  d'ancêtres,  et  comme  dit 
Corneille  : 

II  donne  ses  exploits  pour  noms  de  ses  aïeux, 

tandis  que  l'humble  artisan  ou  le  cultivateur  sans  autre  titre 
devraient  plutôt  ne  retourner  vers  les  tempe  anciens  et  recons- 
truire la  chaîne  des  parentés  qui  va  juwju'à  eux.  S'ils  ont  du 
cœur,  ils  se  tont  gloire  d'appartenir  à  telle  ou  telle  famille  qui 
a  été  des  premières  à  transformer  un  coin  du  Canada  sauvage 
en  pays  chrétien.  Cette  lignée  les  réconforte  moralement 
dans  les  luttes  de  la  vie,  car  bon  sang  ne  doit  pas  mentir. 
Lorsque  l'on  reporte  sa  pensée  sur  de  lointaines  origines  on 
se  sent  plus  confiant  en  soi-même  que  l'individu  isolé  au 
milieu  de  la  foule  et  venant  il  ne  sait  d'où.  A  l'heure  des 
épreuves,  tous  nos  morts  marchent  avec  nous  pour  soutenir 
notre  courage  et  nos  résolutions.  Comprendriez  vous  l'amour 


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de  la  patrie,  sans  cela  ?  On  disait  à  un  chef  iroquois  de 
partir  avec  sa  tribu,  et  d'aller  occuper  un  autre  territoire. 
"  Comment  ferais-je,  demanda-t-il,  est-ce  que  je  puis  dire  à 
ceux  que  je  laisserais  ici,  dans  la  tombe  :  levez  vous  et  sui- 
vez mes  pas  ?  "  Nous  devons  faire,  à  notre  manière,  ce 
qu'entendait  ce  barbare  dans  sa  langue  figurée.  Il  faut 
donc  recueillir  la  partie  de  l'histoire  du  passé  qui  nous  tou- 
cho  de  plus  près,  la  répandre  écrite,  imprimée,  afin  d'en 
conserver  le  souvenir  car,  par  la  longueur  du  tempe,  mille 
et  mille  choses  «ont  déjà  sorties  de  la  mémoire  du  peuple,  et 
un  jour  viendra  où  personne  ne  pourra  remplir  le  vide. 
Nous  qui  avons  été,  selon  la  volonté  do  Dieu,  les  pionniers 
de  la  terre  d'Amérique,  aimons  à  nous  le  rappeler — ceci  est 
un  orgueil  non  seulement  légitime  mais  louable.  En  ce 
genre,  il  n'y  a  aucune  vanité  à  nous  faire  valoir  ;  c'est  bien 
plutôt  une  noble  fierté  qui  nous  relève  à  nos  proproB  yeux 
et  dans  l'estime  des  autres.  Il  est  beau,  sans  doute,  de  pou- 
voir  dire  :  "  Je  suis  un  ancêtre,"  il  est  beau  également  de 
comprendre  ce  qu'étaient  nos  pères  et  d'en  parler.  Ce  cou- 
rant électrique  de  l'âme  qui  remonte  à  travers  les  généra- 
tions, inspire  le  respect  de  soi-même,  même  à  la  vertu,  fait 
les  peuples  forts.  Ne  négligeons  point  de  pareils  éléments, 
nous  qui  avons  tant  besoin  de  nous  appuyer  sur  quelque 
chose,  nous  qui  cherchons  à  nous  perpétuer,  pour  transmet- 
tre à  l'avenir  la  forme  et  le  fond  d'une  race  respectable. 

Benjamin  Sulte 


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REPONSES 


Le  Forillon  (IV.  VII,  487).— La  côte  nord  de  la  baie 
de  Gaspé  se  termine  par  une  pointe  rocheuse  qui  s'avance 
jusqu'à  une  lieue  dans  la  mer  et  atteint  700  pieds  de  hau- 
teur :  c'est  le  Forillon.  D'où  vient  cette  appellation  et  que 
signifie-t-elle  ? 

Il  y  a  deux  anB  dans  les  pages  mômes  du  Bulletin  (1),  M. 
Georges  Johnson,  chef  de  la  Statistique  à  Ottawa,  et  auteur 
de  recherches  curieuses  sur  l'origine  des  noms  de  lieux,  se 
déclarait  favorable  à  l'hypothèse  émise  par  M.  Thwaites, 
du  Wisconsin,  que  forillon  serait  un  dérivé  du  verbe  forer. 
L'analogie  entre  le  travail  du  forêt  et  l'action  des  eaux  aur 
les  rochers,  aurait  suggéré  le  nom.  Mais  y  a-t-il  lieu  dans  le 
cas  actuel  de  recourir  à  l'hypothèse  ?  Je  ne  le  pense  pas. 

Voici  ce  qu'écrivait  Champlain  dès  1026  : 

"  En  ce  lieu  de  Gaspey  est  une  baye  contenant  de  large 
en  son  entrée  trois  ou  quatre  lieues,  qui  suit  au  Norrouest 
environ,  cinq  lieues,  où  au  bout  il  y  a  une  rivière  qui  va 
assez  avant  dans  les  terres.  Les  vaisseaux  viennent  eu  ce  lieu 
pour  faire  la  pesche  du  poisson  sec,  où  est  un  gal  lay  où  l'on 
fait  la  seicherie  des  moluës,  &  un  ruisseau  d'eauë  douce  qui 
se  descharge  dans  la  grand'mer,  commodité  pour  les  vais- 
seaux qui  vont  mouiller  l'ancre  à  une  portée  de  mousquet 
de  ce  lieu  :  &  à  une  lieue  du  Cap  de  Gaspey,  est  un  petit 
rocher  que  Von  nomme  le  farillon,  esloigné  de  terre  d'un  jet 
de  pierre  ;  ce  dit  cap  est  une  pointe  fort  estroitte,  le  ter- 
rouër  en  est  assez  haut,  comme  celui  qui  environne  la  dite 
baye,  couvert  de  pins,  sapins,  bouleaux  &  autres  meschan* 
bols.  La  pesche  est  abondante  tant  en  moluës,  harans,  sau- 
mons, macreaux,  homars."  (Edition  Laverdière,  p.  1085). 


(i)  Voyez  vol.  IV,  pp.  285,  314. 


■ 


—  308  — 

Ce  passage  de  Champlain  renferme  plusieurs  constatation» 
intéressantes  : 

1°  L'orthographe  du  mot  n'est  pas"  fou  ri  lion'',  comme 
l'écrit  l'abbé  Ferland  (/a  Gaspisie),  ni  "  forillon  comme 
on  le  voit  généralement  ;  mais  "  farillon." 

2°  Ce  nom  à  l'origine  ne  désignait  pas  comme  il  l'a  fait 
par  la  suite,  le  promontoire  même  qui  termine  la  côte  nord 
de  la  baie  de  Gaspé  ;  mais  simplement  "  un  petit  rocher  " 
détaché  de  ce  promontoire,  à  un  jet  de  pierre  du  rivage,  et 
à  une  lieue  de  l'extrémité  du  promontoire,  ou  cap  de  Gaspé, 

3°  La  baie  de  Gaspé  était  dès  cette  époque  un  lieu  de 
pêche  très  fréquenté,  où  même  l'on  faisait  le  séchage  de  1» 
morue. 

Or,  le  mot  farillon  tel  que  Champlain  nous  le  donne  se 
trouve  dans  Bescborclle,  Larousse,  Littré  et  la  plupart  dee 
grands  dictionnaires  et  des  encyclopédies.  Ouvrez  le  Bes- 
chorelle  de  1887  :  "  Farillon  (rad.  prob.  phare)  Pêch. 
Réchaud  dans  lequel  les  pêcheurs  allument  du  feu  pendant 
la  nuit  pour  attirer  certains  poissons."  On  trouve  également 
dans  les  dictionnaires  le  mot  sous  une  autre  forme  :  "  Pha- 
rillon  (prononcé  fa  ri!lon),petit  phare, en  général  ;  réchaud 
dans  lequel  les  pêcheurs  font  un  feu  de  flamme  la  uuit  pour 
attirer  les  poissons  ;  pêche  dans  laquelle  on  emploie  ce  feu." 

Un  Breton  établi  au  Canada  depuis  quelques  années,  M. 
Lorans,  m'informe  que  dans  son  pays  on  nomme  farillous 
(ou  pharillons)  les  lumières  de  moindre  importance  placées 
sur  les  îlots  à  l'intérieur  du  golfe  du  Morbihan. 

Ainsi  farillon,  diminutif  de  phare,  est  très  français  ;  il  a 
plusieurs  significations,  toutes  applicables  dans  le  cas  pré- 
sent. Nous  n'avons  que  l'embarrasdu  choix.  Essentiellement, 
c'est  une  lumière  pour  les  pêcheurs,  destinée  à  attirer  les 
poissons  ou  à  guider  les  marins.  Des  lors  qu'avons-nous 
besoin  de  chercher  ailleurs  ? 

Léon  Gérin 


« 


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—  309  — 


L'ordre  sacré  et  militaire  du  Saint-Sépul- 
cre. (VI,  VIII,  737.)— L'origine  de  Tordre  du  Saint  Sépul- 
cre se  perd  dans  la  nuit  des  temps.  Charlemagne,  Louis  VI, 
Philippe  le  Sage,  saint  Louis,  Philippe,  roi  d'Espagne,  ani- 
més d'un  grand  zèle  pour  la  foi  catholique,  instituèrent  à 
diverses  époques  de  courageux  chevaliers,soumis  à  certaines 
règles,  dans  le  but  de  garder  et  de  défendre  contre  les  atta- 
ques  des  infidèles  la  ville  de  Jérusalem  et  le  sépulcre  de  Notre- 
Scigneur  Jésus  Christ  ressuscité. 

Lorsque  Godefroy  de  Bouillon,  à  la  tête  d'une  nombreuse 
armée  de  croisés,  s'empara  do  Jérusalem  et  en  fut  solennel- 
lement  proclamé  roi,  il  créa  parmi  (tes  plus  nobles  compa- 
gnons des  défenseurs  du  Saint-Sépulcre. 

Plus  tard,  le  pieux  Beaudoin  constitua  le  patriarche  de 
Jérusalem  grand  maître  et  chef  de  cet  ordre  de  chevalerie. 
Mais  Jérusalem  retomba  entre  les  mains  des  infidèles,  et  son 
pasteur  ayant  été  obligé  de  prendre  le  chemin  de  l'exil,  l'or- 
dre de  Saint-Sépulcre  lui  môme  sembla  menacer  ruine. 

Les  pape*»,  depuis  Aloxandre  VI  jusqu'à  Benoit  XIV, 
mirent  tout  en  œuvre  pour  augmenter  la  dévotion  des  fidè- 
les envers  le  Saint-Sépulcre.  Pour  exciter  dans  leurs  coeurs 
l'amour  pour  les  lieux  saints,  ils  renouvel lèrent  les  statuts 
généraux  de  l'ordre  du  Saint-Sépulcre,  et  accordèrent  que 
tant  que  lo  patriarche  serait  forcé  de  vivre  en  dehors  de  son 
siège,  des  chevaliers  du  Saint-Sépulcre  pourraient  être  créés 
et  institués  par  le  gardien  du  mont  Sion  et  le  custode  de  la 
Famillo  Franciscaine  dans  la  terre  sainte.  Mais  il  fut  décrété 
que,  lorsque  le  patriarche  de  Jérusalem  serait  rétabli  sur  son 
siège,  ce  serait  à  lui  qu'appartiendrait  de  nouveau,  comme 
dans  les  temps  passés,  par  concession  apostolique,  cette  ins- 
titution et  création  des  chevaliers  du  Saint-Sépulcre. 

Lorsque  Pie  IX  rétablit  l'église  patriarcale  de  Jérusalem, 
afin  que  les  chrétiens  fussent  animés  d  un  saint  zèle  pour 
défendre  et  étendre  la  religion  catholique  dans  la  terre 


—  310  — 

sainte,  et  afin  que  leur  dévouement  eût  une  récompense  pro- 
portionnée à  son  mérite,  il  résolut  de  relever  la  dignité  de 
Tordre  du  Saint-Sépulcre.  Par  sa  lottre  apostolique  Cum 
Multa  du  29  janvier  1858,  après  avoir  renouvelé  les  statuts 
généraux  de  l'ordre, il  constitua  qu'il  se  composerait  a  l'ave- 
nir de  trois  classes  de  chevaliers  :  les  chevaliers  de  1ère 
classe  ou  grand 'croix,  les  chevaliers  de  2e  classe  ou  comman- 
deurs et  les  simples  chevaliers. 

Les  grand'croix  doivent  être  choisis  parmi  les  personnages 
de  premier  rang  :  les  prince»,  tant  ecclésiastiques  que  sécu- 
liers, les  ministres,  les  ambassadeurs,  les  évêquee,  les  géné- 
raux d'armée,  etc,  etc. 

La  décoration  de  l'ordre  du  Saint-Sépulcre  consiste  en  la 
croix  dite  de  Godefroy  de  Bouillon,  formée  de  cinq  croix  en 
or  émail lées  de  rouge  sang.  La  croix  du  milieu,  à  l'exclu- 
s  ion  des  autres  quatre  collatérales,  doit  être  potencée.  Elle 
ne  doit  être  surmontée  d'aucune  couronne  en  mémoire  du 
pieux  Godefroy  de  Bouillon,  qui  refusa  de  porter  la  cou- 
ronne royale  là  où  la  tête  du  Sauveur  avait  été  ceinte  de  la 
couronne  d'épines.  Celte  croix  est  supportée  par  un  ruban 
de  soie  moirée  noire. 

Les  grand'croix  ont  seuls  le  droit  de  porter  la  plaque  d'ar- 
gent ornée  de  la  croix.  Ils  la  portent  suspendue  à  une  grande 
bande  de  soie  noire  moirée  et  mise  en  écharpe  de  l'épaule 
droite  au  flanc  gauche  ;  les  commandeurs  portent  la  croix 
suspendue  en  sautoir  par  un  ruban  de  moindre  dimension  ; 
les  simples  chevaliers  la  portent  en  format  plus  petit  et  sus- 
pendue à  la  boutonnière. 

L'uniforme  est  commun  aux  trois  classes,quant  à  la  forme 
et  à  la  couleur,  drap  blanc  avec  cuirasse,  collet,  parements 
noire,  plus  ou  moins  ornés,  selon  le  grade. 

Les  conditions  requises  pour  obtenir  la  croix  du  Saint- 
Sépulcre  sont  : 


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1°  Frofeeeion  et  pratique  de  la  religion  catholique  jointe 
à  une  conduite  honorable  et  irréprochable. 

2°  Noblesse  de  naissance  ou  au  moins  une  position  sociale 
telle  qu'on  puisse  vivre  more  nobilium. 

3°  Importance  de  mérites  personnels  acquis  par  des  ser- 
vices rendus  à  la  religion,  surtout  en  terre  sainte. 

Tout  chevalier,  lorsqu'il  est  admis,  doit  verser  dans  le  tré- 
sor de  l'ordre  une  offrande,  exclusivement  destinée  au  raain- 
tion  du  patriarcat,  de  ses  missions  et  de  toutes  les  œuvres 
confiées  à  son  administration. 

Les  devoirs  des  chevaliers  du  Saint-Sépulcre  sont  : 

1°  Vivre  en  bon  chrétien,  évitant  tout  ce  qui  pourrait  êtro 
une  tache  pour  le  nom  de  chevalier  de  Jésus-Christ.  De  plus, 
ne  cesser  de  se  livrer  à  la  pratique  des  bonnes  œuvres  et  à 
l'acquisition  de  toutes  les  vertus,  afin  de  se  montrer  de  jour 
en  jour  plus  digne  de  l'honneur  qu'on  lui  a  fait,  et  faire  res* 
plendir  davantage  en  sa  personne,  la  dignité  de  la  religieuse 
milice  dont  il  porto  les  insignes. 

2°  S'appliquer  avec  zèle  et  dévouement  au  soutien  et  au 
développement  du  catholicisme  en  Terre-Sainte,  particuliè- 
rement dans  le  but  do  défendre  et  conserver  les  droits  des 
catholiques  sur  les  Lieux  Sainte. 

Chevaliers  grand'croix  : — Mgr  J.-Thomaa  Duhamol,  Otta- 
wa, 1882  ;  Comte  de  Premio-Réal,  Québec  (1). 

Chevaliers  commandeurs  : — E.  Lefebvre  de  Bellefeuille, 
Montréal  ;  Dr  J.-E.  Landry,  Québec  ;  Hon.  A.  C.  P.  R.  Lan- 
dry, Québec. 

Chevaliers  : — L.-A.  Huguet-Latour,  Montréal,  1881  ;  U.- 
E.  Ârchambault,  Montréal,  1882  ;  Edward  Murphy,  Mon- 
tréal, 1882  ;  P.P.-E.  Smith,  Québec,  1882  ;  F.-R-E.  Cam- 
poau,  Ottawa,  1883  ;  Jean-Elie  Marti neau,  Québec  ;  Hon. 
Dr  C.-E.  Casgrain,  Windsor,  Ont  ;  S.  Bingham,  Ottawa, 


(l)  M.  le  comte  de  Premio-Réal  reçut  son  diplôme  d'investiture,  a  Rome. 


—  312  — 


1897  ;  Heney,  Ottawa  ;  Hon.  George  Couture,  Levis  ;  Mar- 
tineau,  Fall  River,  E.  U  ;  Dr  Berthelot,  Montréal  ;  Clément 
Vincelette,  Beau  port  ;  François  Kirouac,  Québec  ;  J.  A. 
Langlais,  Québec. 

P.-G.  R. 

Le  suicide  sous  le  régime  f  rançais,  (II,V,201.) 
— Sous  l'ancienne  loi  française,  on  traînait  les  cadavres  des 
suicidés  sur  la  claie. 

Vers  1682,  un  habitent  de  Beauport  du  nom  de  Lefebvre 
fut  trouvé  mort  dans  sa  grange.  La  justice  fit  une  espèce 
d'enquête,  et  sa  mort  fut  attribuée  au  suicide.  En  consé- 
quence, son  corps  fut  traîné  sur  une  claie,  et  ensuite  exposé 
à  la  voierie. 

R 

Le  général  James  Murray.  (Ill,  VII,  336.)— 
"  Notre  premier  gouverneur  anglais,  legénéralJames  Mur- 
ray, devint  lord  Kl i  bank,  à  la  mort  de  ses  frères."  Cest  là 
une  erreur  que  je  vois  imprimée  pour  la  centième  fois. 

Il  y  a  eu  dix  barons  EJibank  :  1°  Patrick  Murray,  mort 
en  1650,  remplacé  par  son  fils  ;  2°  Patrick  Murray,  mort 
en  1661,  remplacé  par  son  fils  ;  3°  Alexander  Murray ,mort 
en  1687,  remplacé  par  son  fils  ;  4°  Alexander  Murray.mort 
en  1735,  remplacé  par  son  fils  ;  5°  Patrick  Murray,  mort 
en  1778,  remplacé  par  son  frère  ;  6°  George  Murray,  mort 
en  1785,  remplacé  par  son  neveu  (fils  de  Gideon  Murray, 
troisième  fils  du  quatrième  baron)  ;  7°  Alexander  Murray, 
mort  en  1820,  remplacé  par  son  fila  ;  8°  Alexander  Murray, 
mort  en  1830,  remplacé  par  son  fils  ;  9e  Alexander  Oliphant 
Murray,  mort  en  1871,  remplacé  par  son  fils  ;  10°  Monto- 
lieu  Fox- Oliphant  Murray,  baron  Elibank  actuel. 

James  Murray,  notre  gouverneur,  était  le  cinquième  fils 
de  Alexander  Murray,  quatrième  baron  Elibank. 


)igitizl 


James  Murray  se  maria  deux  fois.  Il  eut  plusieurs  enfants 
de  son  second  mariage.  Une  de  ses  petites-filles,  lady  Trol- 
lope,  vit  encore  à  Londres. 

P.  G.  B. 

Samuel  de  Champlain,  (  V,  II,  583.) — Champlain, 
qui  a  pris  la  particule  de  asset;  tard,  y  avait-il  droit  ? 
Oui,  sans  aucnn  doute. 

Il  s'en  est  abstenu  tant  qu'il  n'y  a  pas  eu  droit  ;  mais 
devenu  possesseur  de  la  terre  de  Champlain,  à  la  mort  de  son 
père,  il  a  indiqué  cette  possession  en  se  disant  Sieur  de  Cham- 
plain. 

Je  t&che  de  donner  des  preuves  ? 

Le  fondateur  de  Québec  était-il  noble,  annobli  ou  rotu- 
rier? 

Je  conclus  qu'il  a  été  au  moins  annobli. 

Celte  conclusion  est  tirée  des  lois  et  des  usages  de  l'épo- 
que, ainsi  que  des  contrats,  actes,  commissions  qui  concer- 
nent Champlain. 

On  sait  qu'on  France  la  noblesse  s'acquérait  de  sept  ma- 
nières, entre  autres  par  la  possession, pendant  quelques  géné- 
rations, d'offices  ou  de  charges  nobles. 

Or,  on  considérait  comme  tels  les  offices  qui  donnaient  au 
titulaire  le  droit  de  se  qualifier  de  chevalier,  d'ieuyer,  de 
noble  homme. 

Loyseau  (Des  Ordres  de  la  Noblesse)  désigne  quelques- 
unes  de  ces  charges,  v.  g.  cellos  do  maréchal  des  logis,  de 
gouverneur  de  ville. 

Champlain  peut  encore  prétendre  à  la  noblesse  graduelle, 
ou  noblesse  a  pâtre  et  avo. 

L'usage  et  les  lois  avaient  établi  que  lorsque  l'aïeul  et  le 
père  avaient  successivement  possédé  un  office  noble,  le  petit- 
fils  avait,  en  raison  de  cette  possession,  acquis  la  noblesse 
qu'il  pouvait  désormais  transmettre  à  ses  descendants. 


—  314  — 


Après  avoir  étudié  et  développé  cee  différente  pointe,  je 
passe  à  l'examen  des  actes  et  des  commissions  qui  concer- 
nent Champlain,  et  je  tire  la  conclusion  que  j'ai  indiquée 
plus  haut 

L'abbé  Hospice  Verbeau 

Jean  d'Entrées,  vice-roi  de  lu  Nouvelle- 
France.  (VI,  IX,  742).— Jean  d'Estrées  naquiten  1624, à 
Estréee,  près  d'Arras  ;  il  était  fils  du  maréchal  François 
Annibal,  marquis  de  Cœuvres  et  duc  d'Estrées. 

Il  servit  d'abord  dans  l'armée  de  terre,  comme  volontaire 
et  reçut  bientôt  un  brevet  de  colonel  d'un  régiment  d'infan- 
terie. En  1648,  on  le  trouve  sous  les  ordres  du  grand  Condé  ; 
l'année  suivante,  promu  au  grade  de  maréchal  de  camp,  il 
prend  part  aux  guerres  civiles  de  la  Fronde  et  passe  sous  le 
commandemant  de  Turenne.  Il  n'avait  encore  que  trente  et 
un  ans  quand  il  fut  nommé  lieutenant  général  des  armées. 

En  1668,  il  était  à  la  tête  d'un  escadre  destinée  à  se  ren- 
dre en  Amérique  pour  s'opposer  aux  ravages  que  les  Anglais 
exerçaient  dans  les  possessions  françaises  du  nouveau  monde. 

A  son  retour  en  1669,  il  fut  élevé  au  grade  de  vice-ami- 
ral du  Ponant. 

En  1670,  il  reçut  l'ordre  d'aller  visiter  les  comptoirs  euro- 
péens de  la  côte  occidentale  d'Afrique.  Son  père  étant  mort 
cette  même  année,  il  prit  alors  le  titre  de  duc  d'Estrées. 

En  1672,  il  commandait  l'escadre  blanche  à  la  bataille  de 
Southwold  (7  juin  1672)  et  soutint  avec  valeur  le  choc  de 
l'avant  garde  hollandaise  aux  ordres  du  lieutenant  amiral 
BanKaert,mais  il  fut  accusé  par  les  Anglais  d'avoir  reçu  et 
exécutée  les  ordres  de  Louis  XIV,  qui  lui  aurait  enjoint, 
disait-on,  de  ne  pas  trop  se  compromettre  et  de  se  tenir  sur 
la  défensive  plutôt  que  d'agir  avec  vigueur  ;  au  reste,  cette 
accusation  ne  paraît  pas  être  absolument  dénuée  de  fonde- 
ment. 


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A  la  bataille  de  Walcheren,  livrée  en  1673,  il  commandait 
le  corps  de  bataille  de  l'armée  combinée  de  France  et  d'An- 
gleterre contre  la  Hollande  II  eut  successivement  affaire  a 
Ruyter  et  i  Corneille  Tromp  et  son  attitude  fut  infiniment 
plus  décidée  que  Tannée  précédente.  Une  troisième  bataille 
eut  lieu  le  14  juin  1673,  et  d'Estrées  fut  exposé  au  feu  des 
ennemis,  sans  être  appuyée  par  les  Anglais  ;  enfin,  le  11 
août  de  la  même  année,  dans  une  nouvelle  bataille,  qui  resta 
indécise  comme  les  trois  précédentes,  d'Estrées  commandait 
lavant-garde  et  se  trouva  de  nouveau  en  face  de  BanKaert. 
Les  Hollandais  firent  des  efforts  incroyables  et  les  deux  esca- 
dres anglaises  se  trouvèrent  un  instant  dans  une  position 
critique  ;  mais  d'Estrées  vint  à  leur  secours  et  leur  épargna 
certainement  une  défaite. 

En  1676,  le  vice-amiral  d  Estrécs  proposa  au  roi  de  diri- 
ger une  expédition  contre  les  colonies  hollandaises  de  l'Amé- 
rique ;  mais  son  projet  ne  reçut  qu'une  exécution  tardive, 
et  les  Hollandais  eurent  le  temps  de  n'emparer  de  la  ville 
de  Cayenne,  de  l'île  Tabago  et  purent  ravager  les  île»  de 
Marie-Galante  et  de  Saint-Domingue  avant  que  notre  flotte 
intervînt.  Ce  ne  fut  que  le  6  octobre  de  la  même  année  que 
d'Estrées  quitta  Brest  avec  sept  vaisseaux  et  trois  frégates  ; 
le  8  décembre.il  mouillait  devant  Cayenne  jetait  800  hommes 
a  terre,  dont  il  prenait  lui-même  le  commandement  et  enle- 
vait la  ville  l'épée  a  la  main. 

Il  se  rendit  ensuite  à  la  Martinique  où  il  fut  informé  que 
le  vice-amiral  Beisko  avait  mouillé  devant  Tabago  et  que 
des  forces  considérables  avaient  été  réunies  pour  la  défense 
de  la  place.  Le  12  février,  d'Estrées  quitta  la  Martinique, 
après  avoir  augmenté  son  escadre  de  trois  bâtiments.  H 
vint  jeter  l'ancre  en  dehors  de  la  rade  de  Tabago.  Ayant 
appelé  set*  capitaines  en  conseil,  il  fut  décidé  que  l'attaque 
de  la  ville  aurait  lieu  simultanément  par  terre  et  par  me». 


—  316  — 

Le  20  du  même  mois,  l'escadre  appareilla  ;  malheureuse 
meut,  le  vaisseau  V Intrépide,  en  effectuant  son  appareillage, 
toucha  sur  une  roche,  et  il  fallut  suspendre  le  mouvement. 
Le  21,  les  troupes  do  marine  furent  mises  à  terre,  mata  le 
feu  des  vaisseaux  hollandais  les  empêcha  d'agir  sérieuse- 
ment. Kntin,  la  division  entra  dans  la  rade  le  3  mars.  Le 
vice  amiral  hollandais  avait  disposé  ses  vaisseaux  en  crois- 
sant et  fait  construire  deux  batteries  sur  le  rivage.  M. 
d'Estrées  attaqua  d'abord  l'escadre  ;  le  combat  s'engagea 
de  vaisseau  à  vaisseau  dans  un  espace  très  resserré  et  ne 
tarda  pas  à  devenir  fort  meurtrier  ;  bientôt  un  vaisseau 
hollandais  sauta,  et  couvrit  do  ses  débris  enflammés  le  Glo- 
rieux, monté  par  d'Estrées,  qui  dut  quitter  son  navire,  que 
les  flammes  ne  tardèrent  pas  à  dévorer.  M.  d'Entrées  reçut 
en  cette  occasion  deux  blessures  graves  à  la  tête,  et  eut 
toutes  les  peines  imaginables  à  gagner  la  terre,  parce  que 
l'embarcation  qu'il  montait  faisait  eau  de  toute  part 

Ce  combat  fut  interrompu  par  la  nécessité  où  chacun  se 
trouvait  de  s'occuper  de  son  propre  salut  ;  on  effet  l'incen- 
die avait  pris  sur  presque  tous  les  navires  :  Les  vaisseaux 
hollandais  les  Armes  de  Leyde,  V Etoile  d'or,  le  Popinboury, 
le  Sphera  mundi,  le  duc  d' York  et  le  Moine  d'or  furent  brû- 
lés. Il  en  fut  de  même  dos  vaisseaux  français  le  Glorieux, 
le  Marquis  et  V Intrépide. 

Après  un  désastre  semblable,  M.  d'Estrées  dut  renoncer 
pour  cette  année  du  moins  à  conquérir  Tabago  ;  il  fit  rem- 
barquer bos  troupes,  revint  à  la  Martinique  et  de  là  fit  voile 
pour  la  France  où  il  arriva  au  mois  de  juin  1677. 

Dans  le  courant  de  la  même  année,  d'Estrées  s'empara 
des  Iles  d'Orguin  et  de  Gorée  sur  la  côte  occidentale  d'Afri- 
que. Il  se  dirigea  ensuite  vers  Tabago  et,  le  6  décembre,  il 
mouillait  dans  une  baie  située  à  six  milles  de  la  ville.  La 
descente  des  troupes  de  débarquement  s'opéra  sans  obsta- 
cle ;  le  12,  elles  campaient  à  quatre  cents  mètres  des  forts 


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—  317  — 


de  la  ville,  et  des  batteries  furent  aussitôt  installées.  Dès  le 
début  du  tir  une  bombe  tomba  sur  la  poudrière  et  détermina 
une  explosion  terrible,  grfi.ee  à  laquelle  les  troupes  françai- 
.ses  purent  pénétrer  dans  le  fort  sans  éprouver  la  moindre 
résistance.  Le  vice-amiral  Binks  avait  été  tué  par  l'explo- 
sion :  la  ville  capitula  et  devint  possession  française. 

En  mai  1678,  d'Estrées  voulut  compléter  son  succès  en 
enlevant  Curacao.  Il  se  dirigea  sur  ce  point  avec  quinze 
vaisseaux  et  trois  brûlots.  Mais  une  catastrophe  causée  par 
son  inexpérience  en  navigation  fit  échouer  cette  entreprise  ; 
la  division  entière  se  jeta  sur  les  récifs  des  îles  Aves  ;  douze 
vaisseaux  furent  complètement  perdus  ;  seuls,  les  trois  bâti- 
ments qui  se  trouvaient  en  arrière,  eurent  le  temps  de  virer 
de  bord.    Ils  sauvèrent  une  grande  partie  des  équipage». 

En  1681,  le  roi  le  nomma  maréchal  de  France.  Il  conser- 
va néanmoins  son  titre  de  vice-amiral  du  Ponant,  dont  il 
obtint  la  survivance  pour  son  fils  Victor-Marie. 

En  1686,  il  fut  chargé  de  bombarder  Tripoli.  Louis  XIV 
créa  la  même  année  la  vice- royauté  de  la  Nouvelle- France 
et  la  lui  donna,  ainsi  que  la  croix  du  Saint-Esprit. 

En  1688,les  Algéniens  ayant  recommencé  leurs  hostilités, 
d'Estrées  fut  envoyé  contre  eux  et  les  obligea  de  nouveau  à 
demander  la  paix.  Ce  fut  sa  dernière  expédition.  Il  fut 
nommé  gouverneur  de  Bretagne,  et  rendit  de  grand  services 
dans  cette  province  en  assurant  la  sûreté  dee  côtes. 

Il  est  mort  à  Paris,  le  19  mai  1707,à  l'âge  de  quatre-vingt- 
trois  ans. 

Edouard  Gœpp 

Les  ouvrages  de  M.  Faillan.  (VI,  IX,  747.)— 
Pour  donner  une  idée  de  la  puissance  de  travail  de  M.  Fail- 
Ion,  il  suffit  de  faire  la  simple  énumération  des  principaux 
ouvrages  édités  par  lui  dans  un  lape  de  temps  relativement 
restreint  : 


—  318  — 


Vie  de  M.  Démia,  supérieur  de*  Saurs  de  Saint-Charles— 
1829. 

Vie  de  M.  de  Lantages,  supérieur  du  séminaire  du  Puy— 
1830. 

Histoire  des  Catéchismes  de  Saint- Sulpice — 1831. 
Méthode  des  Catéchismes— 4832. 
Coutumier  des  Catéchismes— 1832. 

Recueil  de  Paraboles  et  de  Comparaisons  pour  les  Caté- 
chistes—1822.  (2  vols.) 

Explication,  d'après  Us  rires,  des  six  jours  de  la  création, 
—1835. 

Notice  sur  sainte  Marie- Madeleine — 1835. 

Ouvrages  de  M.  Olier  revus  et  annotés— 1836.  (10  vols.) 

Vie  de  M.  Olier— 1841.  (2  vols.) 

Documents  sur  M.  Emery,  supérieur  de  Saint- Sulpice — 
1845.  (2  vols.) 

Monuments  sur  l  histoire  et  F  apostolat  de  sainte  Marie- 
Madeleine— 1848.  (2  vols.) 

Vie  de  la  sœur  Bourgeois— 1854.  (2  vols.) 

Vie  de  mademoiselle  Mance — 1851.  (2  vols.) 
Vie  de  madame  <f  Youville — 1854. 

Vie  de  mademoiselle  Leber — 1854. 
Notice  sur  le  séminaire  de  Baltimore — 1854. 
Retraite  pour  le  séminaire  de  Montréal— 1854. 
Instructions  et  règlements  pour  différentes  communautés— 
1854. 

Histoire  âe  la  colonie  française  en  Canada. — 1865  66 
(2  vols.) 

Vie  de  la  Tris  Sainte  Vierge,  tirée  des  écrits  de  M.  Olier 
—1866.  (2  vols.) 

Vie  de  Saint  Joseph,  d'après  M.  Olier — 1866.  (2  vols.) 
Histoire  des  premiers  apôtres  de  la  Gaule — 1868.  (2  vols.) 
Nouvelle  histoire  de  M.  Olier— 1870.  (3  vols.) 


Outre  oee  ouvrages  complètement  finis,  dont  quelques- uns 
inédits,  nous  devons  mentionner  encore  beaucoup  d'autres 
recueils  de  matériaux,  qui  ne  demandaient  plus  à  l'auteur 
qu'un  dernier  travail  de  rédaction  ;  et  tous  ceux  qui  ont 
connu  M.  Faillon  savent  avec  quelle  facilité  et  quelle  rapi- 
dité vraiment  incroyables,  il  pouvait  l'accomplir.  Ce  sont 
entr'autrcs  : 

1°  La  continuation  de  l'Histoire  du  Canada  jusqu'à  la  con- 
quête ;  ouvrage  pour  lequel  il  avait  réuni  près  de  trente 
volumes  in-4  de  documents. 

2°  Une  histoire  des  colonies  de  Montréal  dans  l'Améri- 
que septentrionale. 

3°  Une  édition  complète  des  écrits  de  M.  Olier,  qu'il  avait 
réunis,  collationnls  et  annotés,  lesquels  devaient  former  envi- 
ron une  vingtaine  de  volume  in-4. 

4°  Plusieurs  autres  travaux  sur  différents  sujets  de  morale 
et  de  discipline  ecclésiastique,  règlements  et  instructions 
pour  les  communautés. 

5°  Explication  du  Pontifical  pour  les  retraites  d'ordina- 
tion qui  se  font  dans  les  séminaires  de  Saint  Sulpice. 

6°  Un  certain  nombre  de  sermons  et  de  sujets  d'oraison, 
universellement  admirés  dans  les  différents  séminaires  où 
l'auteur  avait  été  employé  ; 

Enfin,  nous  pouvons  mentionner  un  grand  nombre  de 
lettres  ou  mémoires,  et  une  correspondance  étendue. 

Quand  on  considère  l'étendue  de  ces  travaux,  on  est  éton- 
né, en  songeant  qu'ils  sont  l'œuvre  d'un  seul  homme  ;  mais 
l'étonnement  et  l'admiration  redoublent  lorsqu'on  pense  aux 
circonstances  qui  en  accompagnaient  la  production.  M. 
Faillon  n'a  presque  jamais  pu  s'y  appliquer  exclusivement, 
et  le  plus  souvent  il  lui  fallait  les  mener  de  front  avec  les 
fonctions  les  plus  impérieuses  et  les  plus  absorbantes  de 
professeur  ou  de  directeur  dans  les  séminaires. 

R 


—  320  — 
QUESTIONS 

748.  — Le  comte  de  Beaujeu,  qui  accompagna  La  Pérouse 
dans  plusieurs  de  ses  expédition*,  était-il  Canadien  ? 

A.  O.  C. 

749.  — N'y  a-t-il  pas  eu  deux  personnages  du  nom  do  Cri- 
sacy  dans  la  Nouvelle-France  ?  En  1696,  le  chevalier  de 
Crisacy  eet  inhumé  à  Montréal.  Or,  en  1707,  c'est  un  AL  de 
Crisacy  qui  est  gouverneur  de  Trota-Rivièree. 

T.  B. 

750.  — Où  puis-je  me  procurer  une  photographie  ou  un 
dessin  quelconque  du  monument  élevé  en  l'honneur  du  géné- 
ral Wolfe  dans  l'abbaye  de  Westminster  ? 

Milit. 

761.— A-t-on  conservé  la  liste  des  royalistes  français  qui 
vinrent  s'établir  au  Canada  avec  le  comte  de  Puisaye  ?  Com  - 
bien  de  ces  royalistes  ont  fait  souche  paimi  nouB  ? 

^Bt*  ^Xv* 

752.  — Nos  historiens  ne  s'accordent  pas  beaucoup  sur  les 
causes  qui  firent  partir  sir  John  Coape  Sherbrooke  du  Canada 
avant  l'expiration  de  son  terme  d'office.  Les  uns  disent  que 
Sherbrooke  partit  dégoûté  du  Canada,  les  autres  prétendent 
que  l'état  de  sa  santé,  seul,  lui  fit  demander  son  rappel.  Où 
est  la  vérité  ?  Sir  John-Coape  est-il  mort  longtemps  après 
son  départ  du  Canada  ? 

Fro. 

753.  — A  t-il  existé,  avant  ou  après  1821,  date  de  l'usage 
du  Lauzon,  un  jeton  ou  billet  de  traverse  sur  les  bateaux 
entre  Lévis  et  Québec,  sous  forme  de  pièce  ronde  en  plomb 
et  portant  l'inscription  "  Laurent  Chabot  "  d'un  côté,  et 
"  Good  for  four  pence  "  de  l'autre  ? 

Numismate 


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igmzea  Dy 


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EGLT3E  DE  SAINT-MAGLOIRE  DE  ROUX 


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BULLETIN 


DES 


RECHERCHES  HISTORIQUES 


Pbilémon.  rivière  Saint-Jean  qui  dan»  cette  partie  du 
pays  est  la  frontière  entre  le  Canada  et  les  Etats-Unis  borne 
Saint-Magloire  au  sud.  Cette  paroisse  comprend  les  cantons 
Roux,  Bellechasse  et  Daaquam,  dans  le  comté  de  Belle- 
chasse,  et  les  cantons  Rolette  et  Panet,  dans  le  comté  de 
Alontmagny. 

C'est  M.  Narcisse  Bcaubien.  curé  de  Saint- Raphaël,  qui 
chanta  la  première  messe  a  Saint-Magloire  lo  11  novembre 
1800.  Quarante  personnes  assistaient  à  cette  messe.  Le  len- 
demain, M.  Beau  bien  planta  une  grande  croix  sur  la  rive 
nord  de  la  belle  et  grande  rivière  Daaquam  qui  traverse  la 
paroisse.    Cette  croix  est  encore  debout. 

Mgr  Baillargeon  plaça  cette  immense  étendue  de  pays 
sous  le  patronage  de  saint  Magloire  en  l'honneur  de  son 
premier  desservant,  M.  Magloire  Rioux.  Saint  Magloire, 
confesseur  et  pontife,  était  d'origine  française  et  mourut 
évêque  de  l)ol,  en  Bretagne.  Sa  fête  se  célèbre  le  24  octobre. 

Kn  1807,  fut  construite  la  première  chapelle.  On  y  célé- 
bra la  messe  pour  la  première  fois  le  28  mars  1867.  11  y 
avait  alors  dans  Saint-Magloire  131  âmes. 

En  1870,  l'église  actuelle  fut  construite.  Elle  a  subi,  en 
1  SUi»,  des  réparations  qui  en  font  une  des  plus  belles  églises 
du  comté  de  Bel  léchasse. 

A  M.  Rioux,  premier  desservant,  ont  succédé  comme 
curés  MM.  Camille  S.  Brochu,  1872-1880  ;  Edouard  Parent. 
1880-1882  ;  J.-B.-G.  Boulet,  1883-1890,  et  Théodore  Mer- 
cier, curé  actuel. 


VOL.  0 


NOVEMBRE  1900 


No.  11 


SAINT-MAGLOIRE  DE  ROUX 


P.  G.  R. 


—  324  — . 


LE  PÈRE  JOSEPH  AUB.EKY  (1) 

Joseph  Aubery  (quelquefois*  Aubry)  né  ù  Gisors  le  10  mai 
1673  et  entré  au  noviciat  des  Jésuites  à  Paris  à  l'âge  de  dix - 
sept  ans,  étudia  la  rhétorique,  à  LouÏH-le-Grand,  sous  l'illus- 
tre P.  Jouvancy,  le  plus  brillant  professeur  et  le  littérateur 
le  plus  goûté  de  l'époque.  Le  disciplo  était  alors  d'une  timi- 
dité extremo,  purlant  pou  et  rarement,  si  bien  que  ses  supé- 
rieurs purent  se  demander  quel  ministère  il  serait  apte  à 
remplir  danB  la  société.  D'un  autre  côté,  ses  compositions 
littéraires  révélaient  un  talent  tin  et  délicat,  une  facilité 
d'invention  peu  commune,  beaucoup  de  jugement.  Le  reli- 
gieux se  montrait  exemplaire  ;  l'écolier,  très  laborieux.  Le 
maître  s'attacha  à  ce  disciple,  en  qui  sa  science  des  hommes 
avait  su  découvrir  de  riches  trésors  sous  des  apparences 
assez  rudes,  où  rien  du  dedans  n'osait  se  faire  jour. 

Le  noviciat  et  la  rhétorique  terminés.  Joseph  Aubery 
demanda  les  missions  de  la  Nouvel  le- France.  C'était  la 
solution  du  problème  que  se  posaient  les  supérieurs  de  l'or- 
dre :  que  faire  de  ce  jeune  religieux,  dont  la  timidité  para- 
lyse les  belles  qualités  do  l'esprit  et  du  cœur  ?  Et  puis,  la 
Providence,  dont  les  desseins  sont  souvent  impénétrables, 
dirigeait  Aubery  par  ses  voies  à  Elle  vers  une  destinée  que 
les  hommes  ne  pouvaient  prévoir. 

Arrivé  à  Québec  en  1694,  il  y  professa  cinq  ans  la  gram- 
maire, tout  en  terminant  en  particulier  son  cours  de  philo- 
sophie, commencé  on  France  à  Louis-le-Grand,et  en  suivant 
les  coin's  de  théologio  du  P.  Joseph  Germain.  Ordonne* 
prêtre  à  l'automne  de  1700,  il  célébra  sa  première  messe 
dans  la  petite  chapelle  de  la  mission  do  Saint-François,  qui 
devait  être  ai  longtemps  le  théâtre  de  son  dévouement.  (2) 

(1)  IV,  VI,  467. 

(2)  "  Histoire  des  Abénakia,"  par  l'abbé  Maurault,  p  498. 


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—  325  — 


Le  nouveau  prêtre  du  Canuda  n'était  plus  le  timi- 
de écolier  de  Paris.  Par  une  singulière  transformation,  le 
P.  Aubery  était  devenu  entreprenant,  presque  hardi.  Dans 
les  assemblées  des  sauvages,  il  parlait  avec  tant  do  force  et 
d'ardeur  qu'il  «'admirait  lui-môme,  dit-il.  Le  P.  Bouvart, 
supérieur  de  la  Nouvelle- Prance,  l'associa  aux  pères  liasie 
et  de  la  Chasse,  missionnaires  dans  les  forêts  de  la  tribu 
abénakise,  à  Pentagoët  et  à  Norridgowock.  Ce  champ  d'a- 
postolat convenait  admirablement  au  jeuno  apôtre,  qui  ai- 
mait ce  peuple  a  l'âme  française  et  voulait  lui  consacrer  ta 
vie.  Il  conquit  vite  son  estime  et  son  affection,  vivant  de 
sa  vie  sous  la  cabane  et  dans  ses  courses  à  travers,  les  bois 
no  reculant  devant  aucun  danger,  ne  fléchissant  devant  au- 
cun obstacle.  11  avait  du  reste  une  santé  de  for.  (Test  au 
milieu  de  ses  courses  continuelles  sur  le  sol  accidenté  do 
l'Acadie,  qu'il  apprit  à  connaître  le  pays  ;  il  en  releva  lui- 
même  la  carte,  et  indiqua  d'une  manière  précise  la  ligne  de 
délimitation  qui,  d'après  le  traité  d'Utreeht,  devait  séparer 
au  midi  du  Saint- Laurent,  les  possessions  françaises  des 
possessions  anglaises.  Ce  traité  cédait  aux  Anglais  l'Acadie 
ou  Nouvelle- Kcoese,  en  entier,  con  formément  à  seg  anciennes 
limites  ;  il  ne  déterminait  pas  ses  limites,  les  Anglais  les 
déclarant  fort  incertaines,  et  allant  même  jusqu'à  prétendre 
que  l'Acadie  comprenait,  outre  la  presqu'île,  les  bassins  du 
Kenebec,  do  Saint-Georges,  du  Penobscot  et  du  Saint-Jean, 
et  tout  le  territoire  des  Abénakis. 

Le  P.  Aubery,  qui  connaissait  admirablement  ce  pays  et 
en  avait  étudié  l'histoire,  s'éleva  contre  les  prétentions  de 
la  Nouvelle- Angleterre,  au  nom  des  droits  do  la  France  et 
de  l'avenir  du  Canada.  Il  envoya  au  marquis  de  Yaudreuil, 
gouverneur  général  do  la  Nouvelle- Franco,  sa  carte  do  l'A- 
cadie (1)  avec  des  mémoires  motivés,  pour  bien  déterminer 


(1)  Cette  carte  se  trouve  au  "  Dépôt  do  la  Marine,"  à  Parie. 


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<*e  qu'il  fallait  entendre  par  cos  paroles  du  traité  (T Utrecht  - 
•  Le  roi  très -chrétien  cède  à  l'Angleterre  la  Nouvelle- 
Kcokso.  en  son  entier,  conformément  àsca  anciennes  iiiuitas." 
Faute  do  no  pas  connaître  exactement  ces  limites,  "  les  An- 
glais, disait-il,  pouvaient  nous  enlever  nos  terres,  et  la  Cour 
pouvait  leur  e'der  ce  qui  n'était  aucunement  do  l'Acadio." 

Le  15  novembre  1713.  le  marquis  de  Vuudreuil  adressa 
au  ministre  les  mémoires  et  la  carte  du  P.  Aubery.  Mais  la 
cour,  soit  légèreté,  soit  indifférence,  mit  désir  de  ne  pas  sou- 
lever de  questions  irritantes  avec  l'Angleterre,  refusa  d'é- 
couter le  missionnaire,  lequel  conseillait,  suivant  le  traité' 
d' Utrecht,  la  nomination  do  commissaires  pour  le  règlement 
des  limites  entre  les  colonies  anglaise  et  française.  Quelle 
fut  la  conséquence  de  cette  conduite  ?  Celle-là  même  que  le 
missionnaire  avait  prédite.  La  Nouvelle-Angleterre,  qui 
désirait  vivement  assujettir  lea  nations  abénakisea,  traita 
comme  lui  appartenant  un  pays  qu'on  ne  lui  contestait  pas 
sérieusement,  et  établit  sur  leurs  terres  plusieurs  centaines 
de  familles  anglaises.  C'est  le  P.  Kasle,  missionnaire  des 
Abénakis,  qui  l'apprit  au  P.  Aubery. 

Celui-ci,  profondément  affligé  à  cette  nouvelle,  adressa, 
aussitôt  au  marquis  de  Yaudreuil  un  long  mémoire,  pour 
lui  rappeler  ce  qu'il  avait  déjà  écrit  en  1713,  et  lui  montrer 
encore  une  fois  à  quels  abîmes  on  conduisait  la  colonie,  en 
permettant  aux  Anglais  de  sortir  des  véritables  limites  de 
l'Aoadie  et  d'empiéter  sur  le  territoire  français.  Si  on  le* 
laisse  faire,  disait-il.  ils  porteront  bientôt  leurs  frontière» 
jusque  dans  le  voisinage  de  Québec  et  de  Montréal.  Le  Mé- 
moire se  terminait  ainsi  :  "  La  fixation  des  limites  entre  le» 
deux  colonies  est  une  affaire  qu'il  est  d  une  extrême  consé- 
quence de  régler  au  plus  tôt,  si  l'on  ne  veut  pas  laisser 
l'Anglais  pendant  la  paix  s'étendre,  s'avancer,  s'établir  dans 
nos  terres,  et  par  là  se  rendre  maître  du  Canada  ;  entrepri- 


'  *e  en  laquelle  il  n'a  pu  réussir  pendant  la  guerre,  et  laquelle 
lui  deviendra  d'autant  plus  facile,  qu'on  ne  s'y  op|>ose  pas. 
»et  qu'on  semble  ne  pas  s'en  apercevoir." 

Ce  Mémoire  eut  le  sort  des  autres.  Louis  XIV  était  des- 
«cendu  dans  la  tombe,  et  Louis  XV  régnait  sur  le  trône  de 
France.  Le  régent,  Philippe,  duc  d'Ork-ans,  dut  peut-être 
ht*  demander  de  quoi  se  mêlait  le  Jésuite  du  Canada.  Ce 
qu'il  y  a  do  certain,  c'est  qu'on  ne  daigna  pas  l'écouter,  et 
I  on  prépara  ainsi  la  perte  d'une  des  plus  bolles  colonies  de  la 
«ouronne  de  France. 

Les  historiens  de  la  Nouvelle-France,  mêmes  ceux  qui  ne 
sont  pas  favorables  aux  Jésuites,  eommo  Garneaû  (1),  ont 
rendu  justice  au  P.  Aubery.  44  Ce  religieux,  est- il  dit  encore 
•dans  le  Panthéon  Canadien,  prévit  les  réclamations  du  cabi- 
net de  Londres  trente  ans  avant  qu'elles  n'arrivassent.  Si  le 
Gouvernement  de  Paris  eut  écouté  î*os  s>ages  eoiiwiils,  il  eût 
évité,  peut-être,  la  guerre  qui  lui  enleva  la  Nouvelle- 
France."  (2) 

Quand  le  P.  Aubery  défendait  ainsi  les  intérêts  de  la  co- 
lonie française,  et  avec  ces  intérêts  ceux  de  la  religion  ca- 
tholique dans  l'Amérique  du  Nord,  H  administrait  la  chré- 
tienté de  Saint-Francois.  11  avait  quitté  le  pays  des  Abéna- 
kis  en  1709  pour  se  rendre  dans  cette  mission,  que  le  P. 
Vincent  Bigot  avait  dû  abandonner  pour  prendre  le  gouver- 
nement général  des  missions  de  la  Nouvelle- France,  et  où  le 
P.  Jacques,  son  frère,  mortellement  atteint  par  une  maladie 
<ie  langueur,  devait  bientôt  mourir  en  saint.  Saint-Fran- 
çois devint  l'cvuvre  du  P.  Aubery  :  elle  eut  son  cœur  et  «a 
vie.    C'est  là  qu  il  f  ut  inhumé. 

L'auteur  de  Y  Histoire  des  Abénakis  dit  de  ce  missionnai- 
re :  44  II  demeura  quarante-t*ix  ans  à  Saint- François.  Pen- 


(1)  44  Histoire  du  Canada,"  t.  II,  p.  111. 

(2)  T.  16. 


—  328  — 

dant  cotte  période,  il  exerça  toujours  les  fonctions  de  son 
ministère  avec  un  zèle  qui  ne  se  ralentit  jamais.  Aussi  sa 
mémoire  est  restée  en  vénération  parmi  les  sauvages.  On  en 
parle  encore  aujourd'hui." 

Qui  eût  dit,  du  vivant  du  P.  Aubery,  que  cet  apôtre 
prendrait  un  jour  sa  place  dans  le  roman  ?  En  1791,  Cha- 
teaubriand, voyageant  en  Amérique,  trouva  le  souvenir 
do  l'apôtre  si  cher  et  si  vénéré  sous  l'humble  cabane  des  tri- 
bus iudionnes  qu'il  voulut  en  faire  un  des  personnages  de  la 
romanesque  histoire  à' A  tala.  Sou  génie  immortalisa  ainsi 
le  prêtre  à  la  longue  barbe,  à  la  taille  élevée,  a  la  figure  pâle 
et  maigre,  à  la  physionomie  simple  et  sincère,  Y  homme  des  an- 
riens  jours,  qui  cheminant  seul  avec  son  bâton  et  son  brévi- 
aire dans  le  désert,  donnait  une  véritable  idée  du  voyageur 
chrétien  sur  la  terre.  Plus  tard,  Girodet  s'inspirera  dans 
V Inhumation  (1)  do  l'idéale  beauté  des  funérailles  d'Atala, 
et  ainsi  le  P.  Aubery,  déjà  célèbre  par  son  laborieux  apos- 
tolat, par  ses  études  sur  la  langue  et  l'histoire  des  Abénakis, 
par  ses  connaissances  géographiques  de  l'Acadie,  a  été  en- 
core immortalisé  par  le  pinceau  du  peintre  et  les  poétiques 
couleurs  de  l'écrivain. 

C.  DE  RoCHKMOïfTEIX 

(I)  L-  Inhumation  d'Atala"  (1808),  de  Girodet,  eut  un 
brillant  succès. 


Lieutenants-généraux  de  la  prévôté  de  Québec 

lo  Louis-Théandre  Chartier  de  Lotbinière,  1666-1677  ; 
2o  René- Louis  Chartier  de  Lotbinière,  1677-1703  ;  3o  Claude 
Bermen  de  La  Martinière,  1703-1710  ;  4o  Denis  Ri  vérin, 
1710-1717  ;  5o  André  de  Leigne,  1717-1744  ;  6o  François 
Daine,  1744-1760. 

Iqnotus 


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BIBLIOGRAPHIE  DES  OUVRAGES  SUR  LA 
FLORE  CANADIENNE 


Canadensium  Plantarum,  aliarunique  nundum  cditarum 
Historia.  Jac.  Cornuti,  Doctoris  Medici  Patisiemds.  Pari»iis. 
lO.'iô.  4to,  238       Texte  latin.  Gravures  .sur  cuivre. 

Description  des  Plantes  de  l' Amérique  avec  leurs  figures, 
par  le  R.  P.  Chas.  Plumier,  Religieux  minime.  Paris.  Folio, 
108  planches.  10i>3. 

Nova  Plantarum  Americanarum  Genera,  authore  P. 
Corolo  Plumier,  Ordinis  Minimorum  in  Provincia  Francia», 
apud  lnsulas  Americtinas  Botanieo  Regio.  Parisiis,  1703- 
4to,  52  pp.  Texte  latin.  39  gravures  sur  cuivre. 

Catalogua  Plantarum  Americanarum,  par  le  R.  P.  Chas. 
Plumier. 

Traité  de*  Fougères  de  l'Amérique,  par  le  R.  P.  Chas. 
Plumier.  Folio.  172  planches.  Paris.  1705. 

Histoire  véritable  et  naturelle  des  mœurs  et  productions 
du  pays  do  la  Nouvello-France,  vulgairement  dite  le  Canada* 
par  Pierro  Boucher.  lb*b*4.  • 

(Cet  ouvrage  contient  une  nomenclature  de  nos  plantes.) 

Histoire  et  description  générale  de  la  Nouvelle-France 
avec  le  journal  historique  d'un  voyage  fait  par  ordre  du 
roi  dans  l'Amérique  Septentrionale,  par  le  père  de  Charle- 
voix. 1744.  6  vols. 

(Contient  une  description  des  plantes  les  plus  communes 
du  pays  avec  planche  pour  en  désigner  l'espèce  et  la  forme). 

Mémoire  présenté  à  son  Altesse  Royale  Mgr  le  due  d'Or- 
léans, Régent  de  France,  concernant  la  précieuse  plante  du 
Gin-seng  de  Tartaric,  découverte  en  Amérique  par  le  père 
Joseph-François  Lafitau,  de  la  compagnie  de  Jésus,  mission- 


naîro  des  Iroquois  du  Sauk  St- Louis.  Nouvelle  Edition. 
Précédée  d'une  notice  biographique  par  M.  Hospice  Ver- 
reau,  Principal  de  l'Ecole  Normalo  Jacques-Cartier  et  ac- 
compagné d'un  portrait  du  Pire  Latîtau.  d'un  fac-similé  de 
«on  autographe  et  de  la  planche  représentant  le  Ginseng. 
Montréal,  Sénécal,  Daniel  &  Cie,  1858.  Gr.  in  12  de  44  pp. 

Flore  Canadienne  ou  description  de  toutes  les  plantes  des 
forêts,  champs,  jardins,  et  eaux  du  Canada,  donnant  le  nom 
botanique  de  chacune,  ses  noms  vulgaires  français  et  an- 
glais, indiquant  6on  parcours  géographique,  les  propriétés 
qui  la  distinguent,  le  mode  de  culture  qui  lui  convient,  etc.. 
accompagnée  d'un  vocabulaire  des  termes  techniques  et  de 
ciels  analytiques  permettant  de  rapporter  promptement 
chaque  plante  à  la  famille,  au  genre  et  à  l'espèce  qui  la  dé- 
terminent. Ornée  de  plus  de  quatre  cents  gravures  sur  bois 
par  l'abbé  L.  Provancher,  curé  de  Portnouf.  Québec.  C. 
Darveau.  1862.  2  vols  de  842  pp. 

Cours  Elémentaire  de  Botanique  et  Flore  du  Canada  à 
l'usage  des  maisons  d'éducation  par  l'abbé  J.  Moyen,  P.  S.  S., 
professeur  de  sciences  naturelles  au  collège  de  Montréal.  2e 
édition,  revue,  Corrigée  et  augmentée  par  A.  Orban,  P.  S.  S., 
professeur  de  sciences  au  Séminaire  de  philosophie.  Mont- 
réal, Librairie  St-Joseph,  Cadieux  &  Deromo.  1  vol.gr.  in-8 
de  418  pp.  Nombreuses  illustrations.  Cart. 

Lo  verger,  le  potager  et  le  parterre  dans  la  province  de 
Québec  ou  culture  raisonnée  des  fruits,  légumes  et  fleurs 
qui  peuvent  réussir  sous  le  climat  de  Québec.  Ouvrage  orné 
de  gravures  sur  bois  par  l'abbé  L.  Provancher,  rédacteur 
du  Naturaliste  Canadien.  Québec.  C.  Darveau.  1885.  1 
vol.  in- 12  de  332  pp. 

Traité  élémentaire  de  botaniquo  à  l'usage  des  maisons 
d'éducation  et  amateurs  qui  voudraient  se  livrer  à  l'étude 


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—  331  —  1 

«lo  celte  science  sans  le  concours  d'un  maître,  par  l'abbé  L. 
Provancher,  Docteur-ès-scionces,  auteur  delà  "  Flore  Cana- 
dienne "  et  do  divers  ouvrages  sur  l'histoire  naturelle.  Deu- 
xième edition  entièrement  refondue  et  mise  en  rapport  avec 
lo  programme  du  Baccalauréat  de  l'Université  Laval.  Que- 
lle, J.-A.  Langlois.  1884.  1  vol.  lo*8  pp.  Cart. 

Studies  of  plant  lite  in  Canada  or  Gleanings  from  Forest, 
Lake  and  Plain,  by  MrsC.  P.  Traill  Lakoneld,  Ont.,  author 
of  "  Hack  woods  of  Canada  ", u  Canadian  Crurscos  otc.,  etc. 
Illustrated  with  chromo  lithographs  from  Drawings  by 
Mrs  Chamberlin,  Ottawa.  Ottawa,  A.  S.  Wood  burn.  1885. 
1  vol.  10  x  7.  288  pp. 

The  Canadian  Naturalist,  a  series  of  conversations  on  tho 
natural  history  ot  Lower  Canada,  by  P.  II.  Crosse.  Cor. 
Mem.  of  the  Nat.  Hist.  Soc.  of  Montreal  and  Hist.  Hoc.  ot 
Quebec.  London  John  Von  Voorst  MDCCCXL.  1  vol.  iii- 
12  de  372  pp. 

(Cet  ouvrage  contient  quelques  descriptions  de  nos  plan- 
tes accompagnées  de  gravures.) 

Wild  flowers  of  Canada.   Album  de  288  planches  en  cou- 
leurs publié  en  1892  par  le  Montreal  Star. 

Monographies  de  plantes  canadiennes,  suivies  de  croquis 
champêtres  et  d'un  calendrier  de  la  Flore  de  la  province  do 
Québec,  par  E.  Z.  Massicot  te,  avocat,  publicists,  secrétaire 
de  l'Ecole  Littéraire  de  Montréal,  avec  des  illustrations  par 
Edmond  J.  Massicotte.  Montréal,  C.  O.  Beauchemin  &  fils. 
1899.  1  vol  gr.  in-8  de  148  pp. 


D'après  Lwber,  qui  a  fait  de  longues  et  consciencieuses 
rechorchos  sur  le  pouvoir  de  l'argent,  la  valeur  du  franc 
était,  vers  le  milieu  du  dix-septième  siècle  (1659),  environ 
triple  de  ce  qu'elle  est  aujourd'hui. 


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—  332  — 

ADRESSE  DES  PROPRIÉTAIRES  ET  HABITANTE 
DE  L'A XCi  EX N  K-LO RETT E  PRÉSENTÉE  À  SIR 
JAM  ES- H  ENRY  CRAIG,  LE  5  AVRIL  1810  (1) 

A  Son  Excellence  Sir  James- Henry  Craig,  Chevalier  du 
trîs  honorablo  ordre  du  Hain,  Gouverneur  en  chef  du  Iras 
et  haut  Canada,  etc.,  etc.,  etc.,  Représentant  de  Sa  tn-t» 
gracieuse  Majesté  George  3,  lo  meilleur  des  Rois. 

Qu'il  plaise  il  Votre  Excellence  de  vouloir  bien  recevoir 
j>our  Sa  Majesté  les  marques  les  plus  sincères  de  notre  sou- 
mission et  de  notre  très  profond  respect  :  nos  vœux  les  plus 
vrais  pour  sa  conservation.  Nous  no  cesserons  jamais  de 
bénir  l'Etre  Supremo  de  nous  l'avoir  donné  pour  notre  Roi  ; 
c'est  une  marque  signalée  de  sa  bonU'  pour  nous.  Qu'il  lui 
accorde  de  longs  jours,  qui  nous  sont  si  chers  !  qu'ils  durent 
ces  jours,  et  qu'il  durent  pour  notre  bonheur  !  A  ces  témoi- 
gnages de  la  plus  vive  sincérité  nous  y  joignons  pour  votre 
Excellence  ceux  du  respect  profond  et  des  égards  qui  lui 
sont  dus.  Xous  n'avons  rien  a  nous  reprocher  envers  Sa 
Majesté,  ni  son  gouvernement,  qui  puisse  nous  inquiJter. 
Votre  Excellence  peut  se  Her  à  nos  sentimens.  Ce  sont  ceux 
de  la  lidélité  et  de  la  plus  parfaite  reconnaissance  envers 
notre  Souverain.  Sur  nos  humbles  foyers  et  paisibles  sous 
l'aile  bienfaisante  de  notre  bon  Roi,  pourrions- nous  penser 
autrement  ?  Que  votre  Excellence  soit  bien  convaincue  que 
si  à  notre  connaissance  il  se  passait  quelque  chose  qui  fût 
contraire  à  la  fidélité  et  à  la  loyauté  dues  au  gouvernement, 
nous  nous  empresserions  de  nous  y  opposer  et  de  l'en  préve- 
nir et  nous  ne  pouvons  que  desaprouver  toute  autre  con- 
duite à  son  égard.  En  agissant  ainsi  nous  ne  ferions  qu'obéir 

(1)  Voyes  "  Histoire  du  Canada  "  de  Garneau,  vol.  III, 
page  134. 


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<i  ce  quo  nous  recommandent  notro  Religion,  notre  attache- 
ment inviolable  à  Sa  Majesté,  notre  devoir,  nos  intérêts  et 
noire  bonheur.  Que  Voire  Excellence  veuille  bien  agr.'cr 
les  vœux  que  nous  faisons  pour  sa  santé,  qui,  suivant  ce 
qu'Elle  a  eu  la  bonté  de  nous  informer,  paraîtrait  menacer. 
Elle  doit  nous  être  ebCre,  surtout  par  l'intérêt  que  Votre 
Excellence  pnroit  prendre  dans  certaines  expressions  de  sa 
Proclamation,  à  ce  qui  regarde  notre  prospérité. 

Nous  ne  saurions  faire  do  meilleures  adresses  a  Votre 
Excellence.  La  source  de  celle  que  nous  lui  présentons 
vient  de  nos  cœurs  et  cette  source  est  pure. 

NOUS  PROPRIÉTAIRES  ET  HABITANTS 

de  l'Ancienne  Lorette 


AUTREFOIS  ET  AUJOURD'HUI 

Lors  des  premières  élections  générales  qui  eurent  lieu  en 
Canada  (1792),  M.  Jean-Antoine  Panot,  élu  député  de  Qué- 
!>ec  (Haute-Ville),  tit,  aussitôt  après  son  éloction,  "  distri- 
buer cent  louis  d'or  aux  pauvres  sans  distinction."  Aux 
élections  générales  suivantes  (179(5),  il  annonça,  après  avoir 
•été  proclamé  élu,  qu'il  s'était  toujours  "  opposé  a  ce  qu'il 
fut  donné  du  rhum  ou  des  cocardes  "  aux  électeurs,  mais 
qu'en  revanche  il  s'engageait  à  donner  cent  piastres  aux 
■doux  filles  résidentes  en  la  haute-ville  de  Québec,  qui  se 
marieraient  les  premières. 

C'est  le  même  M.  Panet  qui  fut  orateur  de  la  Chambre 
d'Assemblée  du  Bas-Canada  presque  continuellement  de  1792 
*  1H1G,  et  cela  sans  toucher  un  sou  de  la  caisse  publique. 

R 


—  334  — 


ST-ULRIC  DE  LA  RIVIÈRE  BLANCHE" 

Dans  le  canton  de  Matnne,  a  9  milles  environ  à  l'ouest  dut 
village  du  même  mira,  se  trouve  un  petit  tributaire  du  St 
Laurent  justement  nommé  la  rivière  Bl<uwhe  :  carseseaux 
brisées  par  une  chute  d'une  quinzaine  de  pieds  et  pur  une 
série  de  rapide»  qui  avoisinont  son  eiibbouchuro,  sont  cons- 
tainment  couvertes  dïcume.  Il  y  a  plus  d'un  demi -siècle 
que  la  force  motrice  contenue  dans  cette  rivière  fut  mise  à 
contribution  pour  l'industrie  du  bois.  Los  deux  rive»  étaient 
alors  couvertes  par  la  forêt  vierge.  Les  bûcherons  abat- 
taient les  arbres  pendant  l'hiver,  les  conduisaient  au  prin- 
temps par  la  rivière  jusqu'au  moulin  bâti  au  pied  de  la 
chute  en  1843  par  un  M.  Lemesurier.  Des  navires  mouillé» 
à  quelque  distance  du  rivage  prenaient  le  bois  préparé  au 
moulin  et  le  transportaient  en  Europe.  Il  se  forma  donc 
aux  alentours  de  la  scierie  un  groupement  de  travailleurs 
qui  lut  le  gcrmo  d'uno  paroisse  future.  Dès  Tanné  1844  ar- 
rivèrent plusieurs  colon*  des  paroisses  voisines  :  c'étaient 
MM.  Dominique  Bouchard,  J.  B.  Beaubien,  Joseph-Henri 
Ciinon,  Jean  Courcy.  Martial  Courey,  Antoine  Desjardins. 
Simon  One! let,  Edouard  Lizotte,  Auguste  Lamontagne. 
W.  Clark,  Jean  Lèveillé  et  Simon  Michaud.  Cette  colonie 
naissante  prit  le  nom  de  Rivière  Blanche. 

Il  n'était  pas  alors  très  facile  d'arriver  jusque  là  en  voi- 
ture :  les  transports  se  faisaient  par  la  grève.  Lorsque  le 
chemin  royal  eut  été  tracé  le  long  du  fleuve  de  nouveaux 
essaims  de  colons  affluèrent  à  la  Rivière  Blanche.  Il  lallut 
bientôt  songer  aux  intérêts  religieux  de  ces  gens  trop  éloi- 
gnes de  l'église  pour  s'y  rendre  facilement.  Monsieur  le  curé 
de  St-Jérômo  de  Matane,  M.  Pierre  Boucher,  vint  pendant 
quelque  temps  dire  la  messe  dans  une  maison  privée,  chez 
un  Monsieur  Joseph  Dcsrosiers.  Mais  le  nombre  de  ceux  qui 


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fréquentèrent  la  mission,  croisant  de  jour  en  jour,  la  cons- 
truction d'uno  chapelle  devint  urgente. 

L'embouchure  do  la  Rivière  Blanche  et  une  bonne  partie 
•de  son  cours  so  trouvaient  alors  corn  prises  dans  un  grand 
terrain  possédé  conjointement  par  l'honorable  juge  Ulric 
J.  Tossier  et  Monsieur  Narcisse  Faucher.  Le  24  février 
18î>3,  ces  messieurs  donnaient  par  acte  notarié  à  la  corpora- 
tion archiépiscopale  de  Québec  un  lot  pour  y  construire  une 
•chapelle.  Pendant  plusieursaniues  encore,  les  choses  restèrent 
néanmoins  dans  le  même  état.  Le  1C  avril  1857,  Mgr.  Chs-Fr. 
Baillargeon.  évêque  deTloa  et  administrateur  du  diocèse  de 
Québec,  ayant  pris  en  considération  la  requête  des  habitants 
<le  la  Rivière- Blanche  en  datodu  21)  octobre  1S56\  et  le  pro- 
cès verbal  de  son  délJguô  M.  Moïse  Duguay,  curé  de  Ste- 
Flavie,  autorisa  par  un  décret  la  construction  d'une  cha- 
pelle dans  le  canton  de  Mataue.  Par  une  lettre  datéo  du 
17  avril  de  lu  même  unuée  M.  P.  Boucher,  curé  de  Matane, 
était  chargé  de  survoilier  les  travaux.  L'édifice  devait 
«voir  45  pieds  do  longueur  sur  33  de  largeur.  Il  était  placJ 
sous  l'invocation  do  saint  Ulric,  confesseur  pontife  dont  la 
fête  so  célèbre  le  4  juillet.  Co  choix  était  destiné  à  rappclor 
la  mémoire  de  l'honorable  Ulrie-J.  Tessier,  qui  semble  avoir 
eu  la  principale  part  dans  ladonationdu  terrain  mentionn.-e 
plus  haut.  C'est  aussi  on  V  honneur  du  même  porsonnage 
que  lo  bureau  do  poste  établi  a  St-Ulric  en  1861,  prit  le 
nom  de  Tessierville. 

La  nouvelle  mission  ne  demeura  pas  longtemps  attachée 
à  Matane.  Dès  l'année  18U0,  Mgr  l'archevêque  de  Québec 
en  chargea  M.  Dumas,  curé  de  l'Assomption  de  MacNider 
(Sandy  Bay)  qui  la  desservit  jusqu'en  18(58.  Dans  l'inter- 
valle lo  diocèso  do  Rimouski  fut  détaché  do  celui  doQuéboc 
(15  janvier  1867).  Le  22  septembre  186*8, Mgr  Jean  Langcvin, 
premier  évêque  de  Rimouski,  envoyait  a  St-Ulric,  comme 
missionnaire    résidant,    Monsieur  l'abbé  Antoine-Cypricn 


—  336  — 

Lebel,  alors  assistant  du  curé  de  la  eath 'dralede  Rîmousfcf. 
Le  premier  acte  inscrit  au  livre  dos  registres  parce  mission- 
naire est  du  6  octobre  lSfJ8  :  c'est  l'acte  de  baptême  de  Jo- 
seph Dntremblc  dit  Desrosiers,  nia  de  François- Norbert 
Dutrerable  dit  DeM-osiei  &  et  de  Marielline  Ouollet.  Le  pèroT 
la  m£re  et  l'entant  étaient  encore  vivants  au  mois  d'août 
1900  et  le  dernier  est  devenue  lui-môme  pore  de  famille. 

Le  25  décembre  1868.  les  francs- tenanciers  de  St- Ulric 
adressaient  une  requête  à  Mgr  Langevin  pour  lui  demander 
d'ériger  leur  mission  en  paroisse  canonique,  ce  qui  leur  fut 
accordé  par  un  décret  du  17  février  de  l'année  suivante.  La 
paroisse  s'étend  au  sud  jusqu'au  Sème  ran^  exclusivement. 
Les  autres  limites  se  confondent  avec  celles  du  canton  de 
Matane,  excepté  au  sud-ouest  où  la  rivière  Tartigou  décou- 
pe un  petit  coin  de  ce  canton  qui  fut  annexé  il  l'Assomp- 
tion de  MacXider.  Le  décret  d'érection  civilo  est  du  1er 
juin  1869. 

La  fabrique  de  St  Ulric  fut  érigée  le  24  mars  18H9.  Le 
30  mai  suivant,  eut  lieu  la  première  élection  de  raarguillier*. 
Les  premiers  marguilliors  élus  lurent  MM.  Vilboistiossclin. 
Octave  Jxïpage  et  Antoine  St- Laurent.  Quelques  jours 
plus  tard,  la  nouvelle  paroisse  recevait  pour  la  première 
fois  la  visite  de  l'évêque.  Mgr  Langevin.  Sa  (Jrandeur  pro- 
fita de  la  circonstance  pour  bénir  le  lendemain,  la  cloche 
destinée  à  la  chapelle 

Le  13  eeptembre  1872,  Monsieur  l'abb.;  Joseph-Octavo 
Drapeau  était  nommé  curé  do  St-Ulric,  en  remplacement 
de  M.  Lcbel.  11  est  resté  A.  ce  poste  jusqu'à  sa  mort,  le 
avril  1897.  Monsieur  Dra]>cau  a  présidé  à  la  formation  mo- 
rale de  SU- Ulric  et  aux  progrès  accomplis  en  cette  paroisse 
pendant  un  quart  de  siècle  ,;  Homme  énergique  et  ferme, 
il  fut  un  administrateur  modèle.  Avec  des  ressources  rela- 
tivement faibles,  il  exécuta  des  travaux  considérables  et 


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et  laiwa  la  fabrique  dans  un  état  florissant  ".  Tel  est  le 
jugement  porte5  hur  Monsieur  Drapeau  par  une  personne 
qui  l'a  bien  connu. 

Malgré  l'addition  d'un  jubé  en  1808,  l'ancienne  chapelle 
était  devenue  trop  petite  pour  contenir  la  foule  dos  parois- 
siens. Le  30  juin  1873,  il  était  donc  décidé  dans  uue  assem- 
blée de  paroisse  de  construire  une  église  et  un  presbytère. 
L'ancien  presbytère  devait  être  converti  en  sacristie.  Trois 
syndics  lurent  élus  le  15  février  1874  pour  voir  ù  l'exécu- 
tion des  travaux  :  c'étaient  MM.  Vilbois  Gosselin,  Alexis 
Pelletier  et  Noël  Desrosiers.  Ce  dernier  étant  décédé  le  18 
lévrier  1877  lut  remplacé  le  13  mai  suivant  par  M.  Antoine 
St-Laurcnt.  La  bénédiction  de  la  première  pierre  fut  faite 
le  2  bcptembre  )875  par  monsieur  l'abbé  Chs.  G.  Founder, 
curé  de  Ste-Flavie.  L'église  fut  bénite  lo  21  avril  1878  par 
M.  A.-C.  Lebel,  premier  curé  de  St-Ulric.  La  première 
messe  fut  chantée  le  môme  jour  par  Monsieur  l'abbé  1\-C. 
Audet,  curé  de  St-Fabien.  Les  travaux  de  parachèvement 
ont  été  faits  do  1888  à  1892  d'après  les  plans  de  M.  David 
Ouellet,  architecte  de  Québec.  L'entrepreneur  fut  d'abord 
M.  Dosithée  dernier  de  St-Thoraas  de  Montmagny,  puis  M. 
Alphonse  Matte  de  liimouski.  Il  ne  manquait  que  des  autels 
qui  fussent  en  harmonie  avec  les  autres  parties  de  l'église  : 
ils  ont  été  laits  et  installés  cette  année  mémo  par  M.  Joseph 
Villeneuve,  de  St-I?omuald.  L'église  de  St-Ulric  est  un  bel 
édifice  de  110  pieds  sur  52.  Les  murssont  en  pierre  et  l'in- 
térieur en  bois.  Les  décorations  sont  agrémentées  d'or  ré- 
pandu sur  fond  blanc.  Le  tout  présente  le  plus  jolie  coup- 
d'œil. 

Après  la  mort  de  M.  Drapeau,  la  paroisse  de  St-Ulric  a 
été  desservie  pondant  quelques  jours  par  le  père  Bonaven- 
ture,  O.  M.  C,  jusqu'à  l'arrivée  du  curé  actuel,  monsieur 
l'abbé  Joseph-Henri  Lavoio. 


338 


Il  est  écrit  dans  nos  saints  livres  :  ante  mortem,  no  laudes 
homincm  quemquam  (Eccli.  X  I.  30).  Ces  paroles  nous 
viennent  à  l'esprit  au  moment  où  nous  allons  parler  de 
monsieur  le  curd  de  St-Ulric,  et  semblent  bien  propres  à 
retenir  les  louanges  prêtes  à  tomber  de  notre  plume.  C'est 
pourquoi  nous  ne  dirons  qu'un  mot. 

L'œuvre  de  monsieur  Drapeau  ne  pouvait  guùre  tomber 
entre  meilleures  mains.  Fort) ter  in  re,  suaviter  in  modo, 
telle  semble  être  la  devise  de  monsieur  Lavoie,  car  un  beu- 
reux  mélange  de  douceur  et  de  fermeté  caractérise  son  ad- 
ministration. Une  charité  toujours  compatissante,  une  mo- 
destie qui  cherche  l'oubli,  une  piété  pleine  d'onction  lui  atti- 
rent 1  estime  et  l'aHection  de  tous  ceux  qui  l'approchent. 
La  prudence  et  le  savoir-faire  qn'il  déploie  sont  un  gage  de 
succès  pour  les  affaires  qu  il  entreprend.  Les  faits  accom- 
plis depuis  son  entrée  dans  la  paroisse  en  disent  plus  long 
que  ces  quelques  lignes. 

Kucore  un  mot  sur  St-Ulric  avant  do  clore  cet  article. 
De  Sandv  Bay  à,  Matane  s'étend  un  terrain  d'allnvion  d'une 
couple  d'arpents  de  largeur  et  limité  au  sud  par  une  falaise 
que  les  flots  du  St-Laurent  ont  dû  caresser  pendant  les  âges 
géologiques.  L'église  de  St-l'lric  est  construite  sur  cette 
bande  de  terre  ù  quelques  pieds  seulement  au  dessus  du  ni- 
veau do  la  marée  haute.  Le  village  se  déploie  sur  une  seule 
ligne  de  chaque  côté  de  l'église.  Du  haut  de  la  falaise  l'on 
voit  au  sud  une  plaine  dont  la  monotonie  est  interrompue 
par  un  joli  mont  qui  dresso  à  quelques  centaines  de  pieds  sa 
cime  verdoyante,  et  au  nord  le  St-Laurent  avec  sa  vaste 
nappe  d'eau.  A  l'horizon  les  côtes  du  Labrador  se  laissent 
voir  sous  la  forme  d'une  ligne  bleue  disparaissant  brusque- 
ment à  la  pointe  des  Monta.  A  droite  et  à  gauche  le  re- 
gard aperçoit  une  rangée  de  maisons  et  le  chemin  royal  qui 
décrit  de  grandes  courbes  pour  obéir  aux  sinuosités  du 
rivage. 


Digitized  by  Opoogle 


La  population  de  St-Ulric  est  aujourd'hui  de  1500  fîmes 
réparties  entre  250  familles.  Là.  comme  partout  aillours  le 
fléau  de  l'émigration  s'est  fait  sentir.  Les  Etats-Unis  ont 
attiré  un  grand  nombre  de  familles  dont  la  plupart  ne  sont 
pas  revenues.  Sans  cet  exode  la  paroisse  compterait  au  delà 
de  2000  ames.  Après  avoir  vue  décroître  sa  population,  St- 
Ulric  verra  bientôt  son  t  erritoire  amoindri,  car  une  nouvelle 
mission,  future  paroisse  placé  sous  lo  vocable  de  St  Léandre, 
est  en  voie  de  s'organiser  dans  les  rangs  les  plus  éloignés. 
L'ancienne  chapelle,  qu'on  voit  encore  debout  près  de  l'é- 
glise de  St-Ulric,  sera  démolie  et  les  colons  de  St  Léandre 
seront  heureux  d'employer  ces  reliques  du  temps  passé  pour 
construire  une  demeure  au  bon  Dieu.  Ces  débris  seront 
encore  pour  eux  un  souvenir  de  leur  Aima  mater. 

E.  R. 


ORIGINES  DE  NOMS  DE  LIEUX 


Haut-Canada  :  On  a  nommé  ainsi  le  Haut-Canada  à 
cause  de  sa  situation  en  amont  sur  lo  fleuve  St-Laurent  et 
sur  les  lacs  d'où  il  sort. 

Féneloris.  Falls  :  Vers  le  milieu  du  dixseptième  siècle 
quelques  sulpicicns  parcoururent  à  peu  près  toute  la  partie 
de  la  province  d'Ontario  située  au  nord  du  lac  qui  porte  ce 
nom.  C'est  on  l'honneur  de  l'un  d'eux,  François  deSalignac 
de  Fénélon,  frère  do  l'illustre  archevêque  de  Cambrai,  qu'un 
petit  village  du  comté  de  Victoria,  à  plus  de  100  milles  de 
Toronto,  a  pris  le  nom  de  Fénelon's  Falls. 


340 


KÉPOXSKS 


Le  cure  Lefelivre  et  Pherolne  de  Verdieres, 

(VI,  V,  713.)— Vue  affaire  retentissante  eut  lieu  ù  Qu'bec, 
en  1730,  ontre  le  curé  (Servais  Lefebvre.  de  la  parois  de 
St- François- Xavier,  en  la  seigneurie  de  Batisean,  et  le»  sieur 
et  dame  de  Lapérade. 

Le  17  juin  1730,  le  curé  Lefebvre  présente  une  requête  a 
la  Prévosté  pour  faire  assigner  devant  elle  les  sieur  et  dame 
de  Lapérade.  11  accuse  Marie-Magdeleine  .laret  de  Ver 
chères  (l'héroïne  Madelon.  connue  de  tous)  upou.se  du 
Pierre-Thomas  Tarieux,  écuicr,  sieur  de  Trfipérade,  lieute- 
nant d  une  compagnie  des  troupes  du  détachement  de  la 
marine  et  seigneur  en  partie  du  fiel*  et  seigneurie  de  Ste- 
Anne,  d'avoir  malicieusement  et  témérairement  formulé  et 
porté  à  Monseigneur  l'évêquc  de  Samos,  des  plaintes  inju- 
rieuses et  diffamatoires  contre  son  caractère,  son  honneur 
et  sa  réputation,  à  savoir  : 

lo  D'avoir  compos,-  et  chanté  des  litanies  burlesques  que 
la  dite  dame  a  remises  à  Mgr  l'évêque,  où  la  religion,  la 
pureté  et  la  charité  sont  également  blessées  par  les  termes 
impies,  obscènes  et  diffamatoires  dont  elle*  sont  remplies. 

2o  D'avoir  tenu  des  discours  trop  libres  devant  plusieurs 
personnes  et  d'autres  injurieux  à  la  réputation  de  la  dame 
Lapérade  et  ù  eel  le  de  sa  famille. 

3o  D'avoir  engagé  une  femme  a  faire  un  faux  serment, 
qui  lui  a  porté  un  très  notable  préjudice,  sous  promesse  do 
lui  en  donner  l'absolution,  et  d'avoir  rendu  publiques  toutes 
ces  choses. 

L'affaire  est  fixée  au  14  juillet  suivant.  Le  26  juin,  l'é- 
lection de  domicile  a  lieu.  Lo  curé  Lafebvre  établit  lo  sien 
chez  le  sieur  Louis  Dunière  (aussi  (îunière),  bourgeois  de 
Québec,  rue  Notre-Dame,  et  le  sieur  de  Lapérade  cher. 


lliehard  Tostu,  sieur  de  la  Bichardière,  capitaine  do  port, 
demeurant  rue  de  la  Montagne,  eon  gendre. 

Le  10  juillet,  le  curé  Lef'ebvre  part  de  Batiscan  pour 
Québec,  en  canot,  avec  deux  hommes,  j>our  comparaître  à 
la  Prévosté. 

Le  14  juillet  , le*  parties  sont  admises  à  faire  prouve  de 
leurs  dires. 

Lo  28  juillet,  l'évêque  de  Québec  dépose  au  greffe  les 
pièces  relatives  à  cette  affaire. 

Le  29  de  juillet  commence  l'enquête.  Du  côté  des  sieur 
•t  dame  de  Lapé  rude,  furent  assignés  :  Daniel  Partail,  sieur 
de  ttenron,  âgé  de  33  ans,  vonu  au  Canada  par  lettre  de  ca- 
chet, comme  cadet  dans  los  troupes  ;  Mario-Anne  Lovreau 
de  Langy,  âgée  de  24  ans,  son  épouse  ;  Joachim  do  Sac- 
quespee,  écuior,  sieur  de  Voispreux,  âgé  de  29  ans,  venu  ici 
lui  aussi  comme  cadet  dans  les  troupes,  et  que  le  curé  Lo- 
febvre dit  s'être  mari.'  à  la  gaumine  délit  pour  lequel  il 
aurait  été  mis  au  cachot  par  M.  de  Vaudreuil  ;  Louis  Trot- 
tier  de  Labissonnière,  âgé  de  25  ans  et  Arnoul  Balthazar 
Pollet,  âgé  de  30  ans,  qui  tous  s'accordent  à  dire  qu'ils  ont 
entendu  le  curé  Lofebvre  proférer  certaines  parties  des  sus- 
dites litanies  burlesques  et  rapportent  en  outre  une  foule 
d'autres  propos  plus  que  grivois  qu'il  aurait  tenus  devant 
eux. 

Du  côté  du  curé  Lofebvre,  les  personnes  suivantes  furent 
assignées  :  Messiro  Bertrand  de  la  Tour,  doyen  du  chapitre, 
demeurant  au  séminaire,  âgé  de  30  ans  ;  Nicolas-Thomas 
Langloia,  valet  de  chambre  de  Mgr  l'évêquo  de  Québec,  âgé 
de  30  ans,  et  Messire  Thierry  llazeur,  prêtre  chanoino,  âgé 
de  4G  ans,  qui  fit  défaut  et  fut  condamné  à  6  livres  d'amen- 
de, "  au  paiement  de  laquelle  somme  il  sera  contraint  par 
saisie  de  son  revenu  temporel,  ce  qui  sera  exécuté  nonobs- 
tant oppositions  ou  appellations  quelconques  ".  Il  fut  assi- 


—  342  — 


gné  à  paraître  de  nouveau,  le  2  d'août,  sinon,  qu'il  sera  fait 
droit  sur  la  réquisition  du  dit  sieur  Lefebvre. 

Mettre  Bertrand  de  la  Tour  dépose  que  dans  le  moi*  de- 
mar»  dernier,  la  dame  Lapéradc  est  venue  le  trouver  dan» 
le  parloir  du  dit  .séminaire  pour  lui  demander  justiee  en 
qualité  d 'officiai,  sur  plusieurs  "  chefs  de  plaintes  "  qu  elle 
disait  avoir  contre  le  sieur  Servais  Lefebvre.  prêtre,  curé  do 
Batisean,  lesquels  elle  exposa  fort  au  long,  "  et  que  luv  dé- 
posant luy  ayant  répondu  qu'avant  de  commencer  une  af- 
faire de  cette  conséquence,  il  souhaitait  prendre  les  ordres- 
de  Mgr  qui  était  pour  lors  à  St-Joachim,  et  qu'il  pria  la 
dite  dame  do  vouloir  attendre  son  retour,  ou  prendre  la 
peine  d  aller  voir  Sa  Grandeur  à  St-Joachim."  La  dite  dame 
«i  retira  et  alla  en  effet,  peu  de  tempt  après,  à  St-Joachim. 
ou  elle  formula  ses  plaintes  à  Monseigneur. 

Mesnire  de  la  Tour  ajoute  que  Mgr  étant  revenu  de  St- 
Joachim,  lui  dit  qu'il  était  à  propos  d'écrire  au  sieur  Lo- 
febvre,  afin  que,  s'il  était  innocent  il  eût  à  se  justifier,  ou  à 
réparer  le  tcandale,  s'il  était  eoupable,  ce  que  le  déposant 
tit  sans  retard. 

Nicolas-Thomas  Langlois,  valet  de  chambre  de  Monsei- 
gneur, déj)o«e  qu'il  n'a  autro  connaissance  de  l'affaire  dont 
il  s'agit,  sinon  qu'étant  avec  Mgr  l'évéquo  qui  était  à  la  pro- 
menade, pour  lors  à  St-Joachim,  dans  le  chemin  du  Roy,  il 
vit  une  calèche  où  était  la  dame  Lapérado,  accompagné  du 
sieur  Portail,  laquelle,  dès  qu'elle  aperçut  Mgr  l'évêque, 
s'écria  plutieurs  fois— Mgr,  je  vous  demande  justice — à  quoi 
Mgr  lui  répondit  :  Entrez  madame  en  votre  voiture,  et  don- 
nez-vous la  peine  de  venir  chez  moi  où  nous  parlerons  d'af- 
faire, ce  lieu  n'étant  pas  propre  pour  cela." 

Le  chanoine  Thierry  Hazeur  dépose  qu'il  a  connaissance 
do  ce  que  le  sieur  Portail  et  la  dame  L'ipérade  ont  dit  au 
sujet  du  sieur  Lefebvre.  Outre  les  plaintes  déjà  mention- 
nées dans  la  déposition  de  Messiro  Bertrand  de  la  Tour,  il 


sajoute  leur  avoir  entendu  dire  ce  qui  suit  : — "  que  le  sieur 
Lefebvre  avait  fait  un  faux  écrit  en  France  pour empescher 
Monsieur  le  Marquis  de  Vaudreuil  d'être  pendu  ;  et  que  le 
■dit  sieur  Lefcbvrc  avait  engagé  le  dit  sieur  Portail  à  se 
marier  à  la  gumine  ". 

Le  3  août,  nouvelle  enquête,  où  sont  entendus  comme  té- 
moins par  addition  du  sieur  Lefebvre,  les  sieurs  François 
Landron,  orfèvre,  rue  de  la  Montagne,  âgé  do  44  ans  ; 
Michel  llivard.de  Batiscan,  âgé  de  43  ans,  et  François  Ilerby , 
fils  de  François,  habitant  de  Batiscan,  figé  de  21  ans. 

Landron  dépose  qu'il  ne  sait  rien  positivement  de  l'affaire 
<lont  il  s'agit,  mais  que  s'étant  trouvé  le  21  du  mois  dernier 
•au  presbytère  de  Batiscan  avec  le  curé  Lefebvre,  il  vint  un 
nommé  Follet,  notaire  et  sergent  du  lieu,  qui  signifia  le  dé- 
part do  la  dame  Lapérado  pour  Québec  ;  que  le  dit  Lefeb- 
vro  demanda  à  cet  homme  si  ce  n'était  pas  lui  qui  l'accusait 
d'avoir  fait  les  litanies  dont  il  est  question,  à  quoi  le  dit 
Follet  répondit  que  non  ;  qu'il  était  vrai  qu'il  les  avait 
mises  par  écrit,  qu'il  en  avait  entendu  une  partie  ;  que  le 
dit  Lefebvre  lui  ayant  demandé  en  quoi  consistait  cette 
partie  des  dites  litanies  qu'il  avait  écrite  et  entendue,  le  dit 
Follet  lui  aurait  répondu  quelques  badineries,  dont  le  dépo- 
sant no  so  souvient  point  ;  que  le  dit  Lefebvre  lui  ayant 
encore  demandé  s'il  n'avait  pas  écrit  le  restant  de  ces  lita- 
nies, le  dit  Pollet  lui  aurait  répondu  qu'il  l'avait  fait  de 
l'ordre  do  la  dame  Lapôrade  et  de  la  compagnie  qui  était 
avec  elle  ;  qu'étant  obligé  d'écrire  tout  ce  qu'on  lui  deman- 
dait, il  n'avait  fait  aucune  difficulté  de  lo  faire  en  cette  oc- 
casion, etc. 

Michel  Rivard  dépose  qu'il  n'a  pareillement  aucune  con- 
naissance do  l'affaire,  sinon  qu'il  a  ouy  dire  au  nommé  Follet 
qu'il  avait  écrit  les  litanies  en  questionna  dame  Lapérade  les 
lui  ayant  dictées  a  l'exception  du  mot  B.  qu'il  n'avait  point 
voulu  écrire,  etc. 


—  344  — 

François  Herb;-  dépose  qu'étant  il  y  a  environ  un  mois  à 
parler  avec  le  sieur  Portail,  do  l'affaire  des  litanies,  le  dépo- 
sant demanda  au  dit  Portail  s'il  était  vrai  qu'il  eut  donné 
un  certificat  à.  la  dame  Lapérade  qu'il  avait  entendu  chan- 
ter au  dit  Lefebvro  les  litanies.  Il  lui  répondit  d'abord  que 
non,  qu'un  moment  après,  lui  ayant  parlé  d'autres  choses, 
il  lui  redemanda  encore  s'il  n'avait  pas  donné  ce  certificat, 
à  quoi  le  dit  Portail  lui  répondit,  sans  aucune  explication — 
"  je  me  f.  de  cela,  j'ai  toujours  eu  mes  vingt-cinq  roinots  de 
bled  ". 

Dans  les  reproches  de  côté  et  d'autres  contre  les  témoins 
entendus,  surgissent  toutes  sortes  de  détails  intimes  qu'il 
serait  trop  long  de  rapporter  ici.  Le  sieur  Lapérade  pré- 
tend que  la  déposition  de  Messire  Bertrand  de  la  Tour  ne 
peut  être  acceptée,  car  s'il  est  vrai  que  sa  femme  s'est  adres- 
sée à  lui  en  l'absence  do  Monseigneur,  co  n'était  que  comme 
a  un  supérieur  ecclésiastique  revêtu  d'un  caractère  sacré, 
auquel  la  religion  enseigne  de  s'adresser  dans  les  peines  de 
co  genre,  pour  empêcher  de  plus  grands  scandales.  Au  té- 
moignage de  Landron  "  qui  prond  souvent  martre  pour  re- 
uard  "  Lapérade  objecte  qu'il  est  pitoyable  de  voir  que  l'on 
se  sert  d'un  tel  témoin  pour  rapporter  des  conversations 
comme  celles  qu'il  croit  avoir  entendues,  quand  il  est  bien 
connu  que  le  témoin  est  sourd  "  comme  un  pot  "  et  incapa- 
ble de  rien  comprendre  a  une  conversation  ordinaire. 

Aux  dépositions  de  Eivard  et  de  Herbé,  il  objecte  qu'é- 
tant tous  deux  les  engagés  et  domestiques  du  dit  sieur  Le- 
febvre,  que  ce  sont  eux  qui  l'ont  mené  et  ramené  en  cette 
ville  et  qu'enfin  ils  sont  à  ses  gages  et  à  son  pain  ;  auquel  le 
curé  Lefebvre  répond  qu'ils  ne  sont  engagés  pour  lui,  ni  au 
mois,  ni  à  l'année  ;  mais  bien  seulement  pour  le  mener  en 
canot  quand  il  a  besoin  d'eux. 

Le  22  août,  le  lieutenant  général  civil  et  criminel  de  la 
Prévosté,  Pierre  André,  écuier,  sieur  Deleigne,  se  prononce 


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comme  suit  :  "  Parties  ouiescmsemble  le  Procureur  du  Roy  ; 
nous  avons  appointa  et  appointons  les  parties  en  droit  à 
écrire  et  produis  dans  les  délais  do  l'ordonnance,  dépens 
réservés  ". 

L'on  produisit  de  côté  et  d'aut  res  des  plaidoyers  assez  habi- 
lement tournés,  surtout  du  c"ité  du  curé  Lefebvro,  dont  l'un 
dos  principaux  arguments  fut  qu'il  était  surprenant  de  voir 
les  dits  sieur  et  dame  Lapérade  se  déchaincr  avec  tant  de 
passion  et  imputer  tant  d'infamies  à  un  prêtre  qu'ils  ont 
toujours  honoré  de  leur  confiance  et  qu'ils  ont  généralement 
choisi  pour  leur  directeur  ainsi  que  pour  toute  leur  famille. 
"  Etait-il  possible  qu'ils  se  furent  adressés  au  dit  sieur  Lc- 
febvre  par  préférence  a  leur  propre  curé,  s'ils  l'eussent  con- 
nu coupable  des  excès  dont  ils  l'accusent  "  ? 

Jo  ne  connais  pas  la  conclusion  de  cette  affaire  mais  je 
crois  avoir  vu  quelque  part  que  le  curé  Lefebvre  réussit  à 
obtenir  une  condamnation  quelconque  contre  ses  détracteurs 
qui  en  auraient  appelé  ensuite  au  Conseil. 

PUELÉAS  GaONON 

Maisons  de  la  Trinité.  (VI,  VIII,  738.)— La  mai- 
son de  la  Trinité  à  Quebec  et  ù  Montréal,  à  l'instar  des  so- 
ciétés du  go nre  en  Angleterre  et  dont  elles  étaient  les  co- 
pies, avaient  pour  but  la  protection  du  commerco  maritime  ; 
la  gouverne  et  l'octroi  de  licences  do  pilotes  ;  constructions 
de  phares,  bouées,  etc.  Ces  maisons  ont  été  établies  en  Cana- 
da par  actes  de  la  législature  provinciale,  et  leur  abolition 
date  de  1872.  Leurs  fonctions  sont  maintenant  du  ressort 
du  ministère  de  la  marine,  à  Ottawa.  Je  puis  ajouter  qua 
la  première  maisou  de  la  Trinité  a  été  reconnue  officielle- 
ment en  1514  par  charte  royale  de  Henry  VIII,  mais  la 
maison  de  Deptford,  ainsi  honorée,  existait  déjà  depuis  un 
certain  temps.  Biais  Roy 


—  34G  — 


I^es  frères  Crisasy.  (VI,  X,  749.)— Ce  nora  sest 
orthographié  de  différentes  manières  :  Crisasy,  Cri.».a>i. 
Crisaei.  Crisacy,  Crosassy,  Cresasy,  Cressassy,  Grisassy, 
Grisalsy. 

Il  y  a  eu  doux  personnages  du  nom  de  Crisasy  dans  la 
Nouvelle- France.  Ile  étaient  frères.  Originaires  de  Messine. 
Sicile,  ils  étaient  cousins  germains  du  prince  do  Monaco  et 
appartenaient  a  une  des  plus  illustres  et  des  plus  puissante» 
familles  d'Italie.  Ils  s'étaient  révoltés  contre  leur  prince 
légitime  dans  le  soulèvement  de  la  Sicile,  qui  menaça  d'en- 
lever ce  royaume  au  roi  d'Espagne.  Tous  doux  avaient  été 
des  premiers  a  se  déclarer  pour  le  roi  de  France. 

Lorsque  les  troubles  eurent  été  paeirîés,  ils  ne  purent  ob- 
tenir ou  n'osèrent  demander  leur  grâce  à  Sa  Majesté  Catho- 
lique et  se  virent  dépouiller  de  tous  leurs  biens  qui  étaient 
considérables. 

Les  frères  Crisasy  crurent  pendant  quelque  temps  que  le 
roi  de  France  s'intéresserait  à  leur  faire  rendre  leur  fortune 
ou  les  emploierait  d'une  manière  convenable  à  leur  uaissance 
et  &  leurs  services.  Mais  ils  furent  trompés  dans  leur  attente 
et  se  virent  réduits  à  accepter,  chacun,  une  compagnie  d'un 
détachement  de  la  marine  qui  partait  pour  la  Nouvelle- 
France. 

Le  marquis  Antoine  de  Crisasy,  1  aîné  des  deux  frère.*,  ae 
rendit  très  utile  en  1(192,  en  déjouant  les  complots  de  huit 
cents  Iroquois  qui  avaient  formé  le  projet  de  se  jeter  sur  la 

colonie. 

En  109G,  dans  l'expédition  de  Frontenac  contre  les  Iro- 
quois, il  eut  la  garde,  au  lac  Onondaga,  du  fort  où  étaient 
renfermées  les  provisions  de  l'armée. 

Il  succéda,  en  1702,  à  François  Prévost,  en  qualité  de 
gouverneur  de  Trois- Rivières.  Il  garda  ce  poste  jusqu'à 
sa  mort  arrivée  à  Troia-Rivières  le  6  mai  1709. 


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Le  marquis  do  Crisasy  avait  épous1,  à  Québec,  lo  17  f '« 
vrier  1700,  Mario-Claire,  âgée  do  quinze  ans,  fille  du  procu- 
rtur-général  Ruette  d'Auteuil.  Cetto  union  fut  do  courte 
durée,  car,  cinq  an*  plus  tard  le  9  octobro  1705,  la  mort 
ravissait  au  marquis  sa  jeuno  épouse. 

Lo  cadet,  Thomas  de  Crisasy,  qui  était  chovalior  de  Malte, 
fut,  dans  la  Xouvellc-Franeo,  lo  bras  droit  do  Frontenac. 

Avec  M.  de  Vaudreuil.  le  capitaine  do  Mino  et  lo  joune 
LeMoine  do  Bienville,  il  livra  bataillo,  en  1690,  aux  On- 
neiouths,  à  lîepentigny,  et  les  défit. 

C'est  le  chevalier  de  Crisasy  qui.  en  1(392,  secourut  Mlle 
de  Verchères  attaquée  par  une  bande  d'Iroquois. 

En  1694,  il  fut  chargé  par  Frontenac  do  relevor  Catara- 
coui,  ce  qu'il  tit  avec  une  habileté  qui  lui  valut  les  plus 
grands  éloges.  Le  gouvernour  et  1  intendant  tii-ent  valoir 
son  mérite  à  la  Cour,  mais  inutilement.  La  douleur  de  voir 
ses  services  méconnus  le  conduisit  au  tombeau. 

Le  chevalier  de  Crisasy  mourut  à  Montreal  lo  1er  mars 
1696.  Son  acte  de  sépulture  a  été  conservé.  Il  se  lit  comme 
suit  :  "  Avons  inhumé  dans  le  chœur  de  l'église  do  cette 
paroisse,  le  corps  do  frère  Thomas  Crisasy,  chevalier  de 
Malte,  capitaine  d'une  compagnie  d'un  détachement  de 
marine,  etc.  En  presence  du  marquis  do  la  Grois  et  do  M. 
Tonty,  capitaines." 

Charlevoix  a  rendu  un  beau  témoignage  au  chevalier  de 
Crisasy  :  "  On  ne  savait  ce  qu'on  devait  le  plus  admirer  en 
lui.  écrit-il,  ou  de  son  habileté  dans  la  guerre,  ou  do  sa  pé- 
nétration dans  le  conseil,  ou  de  sa  conduite  dans  les  entre- 
prises, ou  de  sa  presence  d'esprit  dans  l'action." 

R. 

Les  prisonniers  de  la  bataille  des  Plaines 
d'Abraham.  (VI,  IX,  742.) — En  rapportant  l'issue  de 
la  première  bataille  livrée  sur  les  Plaines  d'Abraham,  et  la 


—  34S  — 


chute  de  Quél>ce,  dans  la  journée  du  13  septembre  1759,  nos 
historiens  portent  à  1000  le  nombre  des  combattants  cana- 
dien* et  français,  tués  et  blessés,  y  compris  les  250  soldats 
laits  prisonniers. 

Quel  fut  le  sort  de  ces  250  hommes  ?  L'histoire  ne  dit 
pas  un  mot  sur  le  traitement  qu'il  subiront.  Cependant  nous 
avons  été  assez  heureux  pour  découvrir  un  document  ori- 
ginal et  inédit  qui  nous  renseigne  sur  cette  question.  C'est 
le  témoignage  de  liberté  donné  par  Alexis  Dumontier  à  la 
veuve  d'un  nommé  Alexis  Gagné  dit  Belavance,  afin  de  lui 
permettre  de  se  remarier.  Voici  ce  témoignage  : 

"  Nous,  Alexis  Dumontier,  demeurant  à  la  Pointo-a-La- 
caille  (Saint-Thomas  de  Montmagny),  certifions  eu  notre 
unie  et  conscience,  ce  qui  suit  : 

"  lo  Qu'après  avoir  été  faits  prisonniers  a  Québec,  le  13 
septembre  1759,  avec  quantité  d'autres  Canadiens,  nous 
avons  été  mis  dans  un  transport  tous  ensemble  quelque* 
jours,  et  qu'après,  nous  avons  été  divisés  pour  être  remi» 
dans  d'autres  bâtiments. 

"  2o  Que  tous  les  Canadions  prisonniers  ont  été  passés  en 
revue  deux  ou  trois  fois  devant  que  de  passer  en  Angleterre, 
et  qu'après  les  dites  revues  ils  ont  été  tous  embarqués  sur 
des  vaisseaux  de  guerre  et  conduits  à  Plimouth. 

"  3o  Qu'étant  arrivés  à  Plimouth,  on  nous  a  fait  tous  dé- 
barquer et  conduire  en  prison  où  nous  sommes  restés  quatre 
mois,  et  après  les  dits  quatre  mois,  nous  avons  été  conduit* 
à  Dieppe,  port  do  France. 

"  4o  Qu'étant  arrivé  à  Dieppe,  avec  tous  les  prisouHiers,Mr 
Laco  loin  bière- iLacorne  m'a  chargé  do  faire  une  liste  de  tou* 
les  prisonniers  canadiens,  que  j'ai  faite  très  exactement,  sans 
en  omettre  aucun. 

t!  5o  Que  Alexis  Gagné  dit  Belavance,  de  la  paroisse  de 
Saint-Pierre,  Rivière  du  Sud,  mon  parent,  n'a  point  paru 


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—  349  — 


•parmi  les  prisonniers,  dans  les  revues  qui  ont  été  faites  en 
•Canada,  devant  que  d'embarquer  sur  les  vaisseaux  pour 
ailler  à  Plimouth,  ni  en  arrivant  à.  Plimouth,  ni  a  Dioppe, 
quand  Mr  Lacolombière-Lacome  a  fait  faire  la  liste  de  tous 
les  prisonniers  Canadiens,  ce  qui  est  une  preuve  qu'il  est 
"mort  dans  le  combat,  comme  je  le  pense. 

"  Kn  foy  de  quoy  j'ai  signe  le  vingt -troÎB  février,  mil  sept 
cent  soixante  et  quatre. 

"  Alexis  Dumontier  " 
Moe  Cyprikn  Tanguât 

Le  mot  canadien  "  tire  (IV,  II,  422.)— La  fête 
de  sainte  Catherine  est  toujours  un  événement  dans  la  pro- 
vince de  Québec.  Ce  jour-là,  les  familles  se  réunissent,  et  l'un 
•des  ngréments  de  la  soirée  est  d'étirer  la  tire.  D'où  vient 
ce  mot  canadien  de  tire,  f  On  dit  que  ce  bonbon  fut  ainsi 
nommé  par  la  bienheureuse  Marguerite  Hourgeoys,  pre- 
mière supérieure  des  sœurs  de  la  Congrégation  de  Notre- 
Dame. 

La  bonne  religieuse  aurait  inventé  le  bonbon  du  pay*, 
pour  attirer  à  elle  les  petits  sauvages  qu'elle  voulait  ins- 
truire, et  comme  les  jeunes  indiens  s'y  laissaient  prendre 
comme  des  oiseaux  à  la  glu,  sœur  Hourgeoys  aurait  baptisé 
le  sucre  ainsi  préparé  et  qui  attirait  si  bien,  du  nom  de  tire. 

R. 

Les  noms  des  Longueuil.  (Ill,  XI,  381.) — Charles 
LeMoyno,  fondateur  de  Longueuil,  malgré  l'attachement 
qull  avait  pour  la  Nouvelle-France,  n'oublia  pas  la  Vieille- 
France.  Lorsqu'il  fut  anobli,  il  prit  le  nom  do  Longueuil 
■d'un  village  de  Normandie,  aujourd'hui  chef-lieu  de  canton, 
<ians  l'arrondissement  de  Dieppe. 

Tous  ses  fils,  moins  Jacques,  siour  de  Sainte-Hélène,  qui 
prit  son  nom  do  l'île  Sainte-Hélène,  en  face  de  Montréal, 


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—  350  — 


tlont  «on  père  était  propriétaire,  so  donuèrent  des  noms  qui 
rappelaient  aut*i  la  patrie  de  leur  père. 

Charlevoix  croit  que  Pierre  LeMoyne  prit  le  nom  qu'il 
devait  illustrer  de  celui  d  un  sous  -secrétaire  d'état  de  la  ma- 
rine du  nom  de  d  Iberville  qui  était  en  fonction  lorsque  le 
jeune  LeMoyne  commença  sa  carrière  et  le  protégea.  La 
chose  n'ot  pas  impo^iblo,  inaiti  nous  croyons  plutôt  que 
LeMoyne  emprunta  le  nom  d'ibervillo  au  chef-lieu  de  ce 
nom  à  la  Haie,  dan»  la  chatellenie  d'Jlotot  de  Dieppe. 

Paul  LeMoyne  emprunta  son  nom  de  Maricourt  d'une 
commune  située  &  quelque»  nulles  d'Amiens. 

François  *>e  fit  appeler  sieur  de  Bienville  en  souvenir  de  la 
commune  de  Bienville,  qui  fait  aujourd'hui  partie  du  dépar- 
tement de  l'Oise. 

Le  nom  de  Sérigny  adopté  par  Joseph  LeMoyne  remé- 
more la  commune  de  Sérigny,  près  de  Bellêmo. 

Louis,  sieur  de  Châteauguay,  n*aurait-il  pas  pris  son  nom 
de  la  commune  de  Châteauguay,  à  quelques  lieues  de 
Kiom  ? 

11  y  a  près  de  Dieppe  une  commune  qui  porte  le  nom  de 
AoMgny.    Gabriel,  hieur  d'AsMgny,  le  lui  emprunta. 

P.-G.  R. 

Les  appointements  de  nos  gouverneurs.  (IVT 
X,  518.)— En  1047,  M.  Louis  d'Ailleboust,  sieur  de  Cou- 
longe,  qui  devait  être  gouverneur-général  de  la  Nouvelle- 
France  un  an  plus  tard,  étant  pass,'  en  France,  réussit  ■%, 
faire  opérer  des  modifications  importantes  dans  l'adminis- 
tration de  la  Nouvelle- France.  Les  appointements  du  gou- 
verneur-général qui  étaient  de  25,000  livres,  furent  réduits 
à  10,000  ;  par  contre  ceux  de»  gouverneurs  particuliers  de 
Montréal  et  de  Trois- Rivières  furent  Wx-lë  à  3,000  livres. 


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Sir  John-Coupe  Sherbrooke.  (VI,  X,  753.)— 
XJarnoau  nous  apprend  que  Sherbrooke  avait  demandé  son 
rappel  à  cause  de  sa  mauvaise  santé.  Une  note  trouvée  dans 
les  papiers  de  ee  gouverneur  donne  raison  à  notre  historien. 
"  Il  a  plu  a  la  Providence  de  m'envoyer  une  grande  afflic- 
tion. Comme  je  revenais  de  ma  marche,  entro  deux  et  trois 
heures,  je  fus  soudainement  saisi  d'une  attaque  de  paralysie 
qui  me  priva  de  l'usago  do  mes  membres,  et  qui  rendit  né- 
cessaire mon  retour  on  Angleterre  pour  me  fairo  soigner. 
J'ai  on  conséquenco  envoyé  ma  résignation,  et  le  28  juillet 
j'ai  été  remplacé  par  le  duc  de  Richmond." 

Sir  John-Coupe  Sherbrooke  vécut  encore  douze  ans  après 
son  retour  en  Angleterre.  Il  s'était  retiré  au  village  de 
Calverton,  entro  Nottingham  et  Southwell. 

Lorsque  Mgr  Plessis  passa  en  Angleterre  en  1819  il  ne 
manqua  pus  d'aller  présent  or  ses  hommages  a  cet  ancien 
ami  du  Canada.  II  était  infirme,  raconte-t-il,  mais  conser- 
vait une  mémoire  exquise,  un  jugement  très-sain,  et  un 
cœur  ouvert  et  loyal  ;  le  vieux  général  aimait  toujours  le 
Bas-Canada  et  s'intéressait  au  bonheur  du  pays,  plus  vive- 
ment qu'on  n'aurait  pu  l'attendre  d'un  homme  complète- 
ment retiré  des  allai  res.  Après  une  conversation  prolongée, 
Mgr  Plessis  se  sépara  du  géuéral,  avec  la  douloureuse  pen- 
sée qu'il  ne  reverrait  plus  ce  bienveillant  ami  du  Canada. 

Sherbrooke  mourut  en  1830,  et  fut  inhumé  dans  le  caveau 
de  sa  famille  à  Oxton.  L'épitaphe  suivante  préparéo  par 
lui-même  fut  placée  dans  l'église  du  village  de  Calverton  : 

"  Sacred  to  the  Memory  of  General  Sir  John  Coape 
Sherbrooke,  G.  C.  B.,  Colonel  of  the  33rd  Regiment  of  Foot. 
He  died  on  February  14,  1830,  aged  sixty-five  years.  And 
his  remains  are  deposited  in  the  family  vault  at  Oxton,  in 
this  County." 

P.-G.  R. 


—  352  — 
QUESTIONS 


754.  — La  route  qui  conduit  de  La  Prairie  i  Saint-Jean, 
est  appek'c  le  4t  Chemin  de  Saint-Jean  ",  et  est  très 
ancienne. 

Qui  pourrait  me  dire  quand  ce  chemin  a  été  fait  et  par 
qui  ?  S.  A.  M. 

755.  — Sous  l'ancien  n'gimc  à  quoi  correspondait  le  grade 
de  garde  de  la  marine  f  Cltrio 

75C. — On  voit  que  Bigot,  notre  dernier  intendant  fran- 
çais, fut  commissaire-ordonnateur  au  Cap- Breton  pub*  à 
Louisbourg.  Quelles  étaient  alors  les  attributions  du  com- 
missaire-ordonnateur ?  Fonc 

757.  — Le»  ennemis  de  notre  foi  voulaient  alors  (17S4) 
mettre  à  la  tête  des  a  Maires  ecclésiastiques,  soit  le  domini- 
cain Taylor,  soit  le  récollet  Kilder,  personnages  presque 
entièrement  jierduB  de  caractère."  Quels  étaient  ces  per- 
sonnages ?  Rir. 

758.  — Quel  îtait  ce  capitaine  Michel  Biais  dont  il  est  si 
souvent  fait  mention  dans  les  récits  de  l'invasion  américaine 
de  1775  ?  C.  O.  B. 

759 — Quelqu'un  pourrait-il  donner  des  renseignements 
sur  l'arpenteur  Sullivan  qui  exerçait  sa  profession  à  Wotton 
et  dont  les  rapports  d'arpentage  se  terminent  en  1809  ? 
Cette  queatiou  est  demandée  au  point  de  vue  généalogique. 

R.  L. 

760. — Kn  1743  ou  1744,  il  y  avait  un  père  récollet  du  nom 
de  Simple  Boquet  à  Trois- Rivières.  Mgr  Tanguay  ne  men- 
tionne pas  ce  religieux  dans  son  Répertoire.  Quelques-uns 
des  lecteurs  du  Bulletin  possèdent-ils  quelques  notes  sur  le 
père  Boquet  ?  Franck 


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L'ANNONCIATION  DE  NOTRE-DAME  DE  BONSE- 
COURS  DE  L'ISLET 


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BULLETIN 

DES 

RECHERCHES  HISTORIQUES 

VOL.  6  DÉCEMBRE  1900  No.  12 


L'ANNONCIATION"  DE  NOTRE-DAME  DE  BONSE- 
COURS  DE  L'ISLET 

La  paroisse  actuelle  de  l'Islet  fut  concédée  en  deux 
seigneuries. 

La  première,  de  une  lieue  de  front  sur  deux  lieues  do 
profondeur,  touchant  par  son  extrémité  nord-est  à  la  sei- 
gneurie de  Port-Joly,  fut  concédée  le  17  mai  1677  à  Gene- 
viève Oouillard,  veuve  du  sieur  du  Tertre.  Dans  certains 
actes  de  notaires,  cette  seignourie  est  appelée  V  Islet  Saint- 
Jean  ;  d'autres  la  nomment  tout  simplement  Saint-Jean. 

L'autre  concession,  bornée  à  son  extrémité  nord-ouest 
parla  seigneurie  de  Vincelotte  (Cap  Saint-Ignace)  fut 
accordée  par  l'intendant  Duchosneau,  le  1er  juillet  1677,  au 
sieur  Jean- François  Bélanger.  Elle  contenait  environ  une 
lieue  et  demie  de  front  sur  deux  lieues  de  profondeur.  On 
désigna  la  seigneurie  de  Bélanger  sous  le  nom  de  Bon- 
secours. 

Au  pied  du  quai  actuel  de  l'Islet,  placé  à  huit  arpents  de 
l'église,  il  y  a,  à  l  est,  un  rocher s'élevant  à  une  quarantaine 
de  pieds  environ  au-dewms  du  niveau  des  hautes  marées.  Ce 
rocher  a  un  peu  pins  de  quatre  arpents  de  longueur  sur 
cent -cinquante  pieds  do  largeur.  Autrefois,  il  se  trou- 
vait entièrement  eniouré  des  eaux  du  fleuve.  Il  formait 
alors  une  petite  île,  un  îlet,  mot  que  l'on  prononçait  îlette. 
Ce  nom  servit  d'abord  k  désigner  la  seigneurie  de  la  veuve 
du  Tertre.  Plus  tard  il  s'étendit  à  la  paroisse  formée  des 
deux  seigneuries  do  l'Islet  et  de  Bonsccours. 


—  356  — 


La  ëituation  avantageuse  et  la  fertilité  du  soi  de  ces  deux 
seigneurie»  y  attirèrent  aussitôt  des  colons.  En  1701  ou 
trouve  déjà  sur  les  domaines  de  la  veuve  du  Tertre  et  du 
sieur  Bélanger  une  vingtaine  de  familles.  On  y  voit  des  Bé- 
langer, des  Rouleau,  des  Cloutier,  des  Larouche,  des  Mar- 
chand, des  Langelier,  des  Lavergne,  des  Fortin,  des  Les- 
sard, des  Caron,  des  Leclerc,  etc.,  eto. 

Les  courageux  colons  de  Bonsocours  et  do  l'Islet  reçurent 
dès  l'origine  de  leur  établissement  la  visite  du  missionnaire 
envoyé  par  l'évêque  de  Québec.  Il  est  bien  probable  que  le 
ministre  de  Dieu  célébrait  les  saints  mystères  dans  la  mai- 
son du  seigneur  Bélanger,  mais  il  n'en  est  pas  fait  mention 
dans  les  notes  restées  dans  les  archives  de  la  paroisse. 

La  première  église  de  l'Islet  fut  construite  en  1700,  à 
l'endroit  où  se  trouve  aujourd'hui  la  chapelle  dos  morts,  à 
l'oiitréo  du  cimetière.  Ses  dimensions  étaient  bion  modestes  : 
vingt-cinq  pieds  par  vingt. 

Cette  église  ne  contenait  que  onze  bancs.  Quoique  les 
paroissiens  fussent  alors  peu  nombreux,  onze  bancs  no  pou- 
vaient suffire  à  ceux  qui  venaient  assister  aux  offices.  Mais 
il  leur  restait  la  ressource  qu'on  n'a  pas  perdue  dans  la  plu- 
part des  églises  du  pays,  celle  d'entendre  la  messe  debout 
dans  les  allées  ou  en  arrière  des  bancs. 

C'est  M.  Louis  Mathieu,  premier  curé  du  Cap  Saint- Igna- 
ce et  desservant  de  Bonsocours,  qui  fit  bâtir  oe  petit  torn- 
pie.  (1) 

En  1721-1722,  à  l'endroit  môme  qu'oocupe  l'église  actu- 
elle, la  deuxième  église  de  l'Islet  fut  construite.  Elle  mesu- 
rait soixante-douze  pieds  de  longueur  par  vingt-cinq  pieds 


(t;  Cette  église,  qu'on  désigna  longtemps)  tout  le  non  de  chapelle  des  congre  - 
ganiste»,  fut  démolie  en  185t.  Avec  la  pierre  qu'il  en  retira,  M.  le  cure  Delâge  fit 
construire  le  solage  de  la  chapelle  adjointe  au  pan  nord-ouest  de  l'église.  Cette 
chapelle  peut  contenir  aisément  dcux-cenUcinquante  personnes.  Elle  n'a  été  ter- 
minée qn'en  iSS.v 


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de  largeur.  Il  y  avait  un  retrait  de  dix  pieds  à  l'entrée  du 
chœur,  cinq  pieds  de  chaque  côté.  On  y  mit  quarante-un 
bancs. 

Elle  fut  bâtie  sous  la  direction  do  M.  Pierre  Leclair,  des- 
servant de  Bonseeours  et  du  Cap  Saint-Ignace. 

En  1768,  la  deuxième  église  de  l'Islet  lut  entièrement  dJ- 
radie  pour  faire  place  au  temple  actuol. 

Il  fut  construit  par  le  curé  Hingan.  Il  mesurait  à  Tori 
gine  cent-vingt  pieds  do  longueur  par  cinquante  six  de 
largour. 

I  n  1830,  M.  le  curé  Bourget  l'agrandit  de  quarante 
pieds.  Il  éleva  deux  belles  tours  ayant  saillie  sur  la  façade 
et  sur  les  côtés,  chacune  se  terminant  par  des  clochers  assez 
jolis.  C'est  aussi  à  cette  époquo  que  fut  construit  le  petit 
clocher  qui  est  encore  sur  le  rond-point.  Dans  chacun  de 
ces  trois  clochers  M.  Bourget  plaça  une  cloche  dont  kj  son 
était  bien  agréable  mais  un  peu  iaible.  Le  carillon  rendait 
les  notes  sol,  la,  sî. 

La  façade  un  peu  mesquine  de  1830  fut  considérablement 
agrandie  et  embellie  en  1884  et  les  clochers  des  tours  f  urent 
entièrement  refaits.  On  donna  les  cloches,  l'une  à  l'église 
de  Saint-Cyrille  et  les  deux  autres  a  celle  de  Saint-Eugène. 
De  nouvelles  cloches  fabriquées  par  MM.  M  ears  &  Cio.,  de 
Londres,  pesant  ensemblo  4086  livres,  furent  installées  à 
leur  place. 

En  1898,  on  a  construit  des  galeries  latéralos  et  on  a  fait 
toilette  nouvelle  à  l'intérieur  et  à  l'extérieur  de  l'église. 

Le  chauffage  avec  poêles  est  disparu  en  1898  et  1899,  et 
on  a  installé  deux  fournaises,  l'uno  à  vapeur  pour  l'église 
et  l'autre  à  eau  chaude  pour  la  grando  chapelle  et  la  sa- 
cristie. 

Dans  le  cours  de  la  belle  saison  de  l'année  1900,  la  Fabri- 
que a  fait  construire  un  quai  magnifique  avec  plate-forme 
et  terrasse.  On  y  a  commencé  des  plantations  d'arbres  d'à- 


r*- 'r.\*~.r.  -.-.I  Aî-.-.nt  :.;     ';>v*.~i  ;-vrw»:f:an — c -s-t  e  nuns 
.  n  &  ;> .1-»»  k  '^rmMia^nrji — *      i*^     «uir-  it  it- 

. 

A  a  rr.  le  :  -*ii-.;'-.r»  "•  ?'>.        p«.  pvarj-.r:  :e  .  Isiet  e^ait 
2*Jr4  i.r,»i»»    -  J  *■""      'a:  rrsn*  :  m  at-L-»-    Le  aumbr?- 

5*rr.       -tA.-„  i.*  \1\   tr,nt  I- 1  r%. 

;>/-..  .<?  .a  pir.:.*-^  :<s  ri.-:-:.  :;-^  fit  •!  :  =  ::;: iraient 
;  -rr.^  »n.  1-74  :e  :-^.x  rxr  r*  r~tr»r..:L^*  a  l'Uârt.  u  na- 
•j.'  -Ja'j*  ftftf*  >l*rc,\irn  par,'**»  Î*- Oo  -.rora'^.TS'.aa:*. 

</-.  r;\r.  r.-.n  ,a  p.  -  ..'.sr.,  n  a  t-!.r>i;*"ra.b  «a^rû  ■iîrxnirt- 
<.a.r.rt  e  'l<TTi:<T  q  i*rt  -ie  ■•ir»:!'*.     F«s-i  -ie  fa  rû.  .e*  ■*.;it  a. 
*  etar...r  *';r  't«*  r*rr**  ro-ire'..**.  ;  pre*.ie  tô-ti**  --ti:  r*a- 
î-.''«  lac*       E:ao*-L  r»L-  -1  dan*        ^rar.'i*:?  v„«^  x 
'  *r*»<ia. 


Mr.S.SlO.V.VAlR.-LS  DE  LiSLET 


Jf  Tfiom/u-.fc*gph  Morel  (Î679-1653).  II  arriva  »  Qu«^ 
b»*:  !e  2*  mai  l»>;o.  PnHre  d*  5-:tniuaire  Je  l^a^-bec,  cet 
>nfV:;;.ihi<;  rri;-rW,r»aire  d*?->servit  la  </.V_e  de  Beaupré  et  I'iiv 
'I  Orléar,*  jusqu'en  1667.  puU  avec-  le  même  zèle  il  tit  !e* 
wii.-fi'iw  au  i-ikI  du  fleuve  .Saint-Laurent  «le  Qtufbec  à  la 
f{ivi«re<Oue]k  jtwju'aprt-a  1675. 

Le  premier  acte  fait  dan.-*  le  plu*  ancien  registre  de 
l'Iftlet  daté  du  3  juillet  mil  six  cent  septante  neuf  et  est 
*igrn'-  par  M.  Morel.  Le  dernier  acte  de*  registres  de  l'Islet 
Hign«-  par  M.  Morel  est  du  3  janvier  1683. 

I  >urn  l'automne  de  16>*7,  M.  Morel  tit  une  mission  à  Cham- 
plain.  Il  descendit  à  Québec  dangereusement  malade,  et 
mourut  le  23  novembre  suivant.  Son  corps  repose  dan»  la 
«athédralc  de  Québec  dont  il  était  un  des  chanoines. 

li.  P.  Claude  Motreau  (1686).  Le  récollet  Claude  Moi- 
rcau  ou  Moreau— il  se  servait  des  deux  orthographes—  arri- 


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vu  au  Canada  le  10  septembre  1671.  Il  fut  successivement 
missionnaire  à  Trois- Rivières,  à  la  ftivière  Saint-  Jean  (1675) 
-et  à  la  Pointe  aux-Trembles. 

De  décembre  1686  à  mai  1688,  le  P.  Moireau  desservit  le 
Cap  Saint-Ignace  et  l'Islet.  On  ne  trouve  qu'un  acte  de 
lui  dans  les  registres  de  l'Islet.  Il  est  daté  de  décembre 
1686. 

.  En  1690,  le  P.  Moireau  se  rendit  au  Cap-Santé.  Il  mou- 
rut le  16  octobre  1705. 

Ji.  P.  Louis  Ober  (1688).  Le  P.  Louis  Ober,  *écol)et, 
arriva  au  pays  le  31  mai  1680. 

11  était  en  1688  missionnaire  de  la  côte  sud.  en  bas  de 
Québec.  11  y  a  deux  actes  du  P.  Ober  dans  les  registres  de 
l'Islet.  Ils  sont  tous  deux  de  1688. 

Le  P.  Ober  retourna  en  France  en  septembre  1700. 

Jf.  Jean  Pinguet  (1690-1692).  M.  Pinguet  naquit  à 
Québec  le  8  décembre  1655.  Il  était  his  de  Noël  Pinguet  et 
de  Marie-Madeleine  Dupont.  Il  fut  ordonné  prêtre  le  21 
décembre  1680.  Nommé  chanoine  à  l'élection  du  cli api t it- 
do  Québec,  M.  Pinguet  desservit  d'abord  la  Pointe-aux- 
Tre  mbles. 

De  1690  à  1692,  il  desservit  le  Cap  Saint-Ignace  et  l'Islet. 
Lus  registres  de  cette  dernière  ]>aroisso  contiennent  trois 
actes  de  M.  Pinguet,  l'un  du  28  avril  1690.  l'autre  du  27 
août  1691  et  le  dernier  du  21  juin  1632. 

M.  Pinguet  fut  curé  de  Beaumont  de  1698  à  1704.  11 
mourut  au  séininairo  de  Québec,  dont  il  était  membre,  le 
20  mars  1715.  Ses  restes  reposent  dans  la  cathédrale  de 
Québec. 

JI.  Louis  J/afA*'cw(1699-1701).  M.Mathieu,  qui  appar- 
tenait au  diocèse  de  Paris,  était  sous-diacre  lorsqu'il  arriva 
à  Québec.    11  fut  ordonné  prêtre  le  16  février  1698. 

Il  desservit  en  même  temps  le  Cap  Saint-Ignace,  dont  il 
fut  le  premier  curé  en  titre,  l'Ile-aux-Gruee,  où  il  baptisa  un 


—  360  — 

jeune  Anglais  captif  des  Sauvages,  et  l'Islet.  La  chapelle 
do  Bonsecours  do  l'Islet  n'était  alors  qu'une  annexe  de  la 
cure  du  Cap  Saint-Ignace.  M.  Mathieu  a  commencé  à  l'Islet 
le  troisiômo  registre  le  17  août  1699,  et  il  le  continua  jus- 
qu'au mois  de  février  1701. 

M.  Mathieu  repassa  en  Franco  en  octobre  1720. 

R.  P.  Rodolphe  Duhus  (1701-1702).  Le  récollet  Rodol- 
phe Du  bus  arrivé  au  Canada  en  juin  1G99,  desservit,  en 
)701  et  en  1702,  le  Cap  Saint-Ignace  et  l'Islet.  Le  dernier 
acte  signé  par  le  P.  Dubus  dans  les  registres  de  l'Islet  est 
du  27  septembre  1702. 

Il  mourut  le  7  octobre  1737. 

R.  P.  Pierre  LePoyvre  (1702-1704).  Le  P.  LePoyvre, 
récollet,  né  à  Hheims,  le  10  avril  1669,  arriva  à  Québec  le 
1er  juillet  1696.  Il  desservit  successivement  les  paroisses  de 
Beaumont,  de  Saint-Michel  et  du  Cap  Saint-Ignace.  En  1702, 
il  était  supérieur  des  KécolleU  à  Trois- Rivières. 

Du  11  novembre  1702  au  18  octobre  1704,  il  était  à 
l'Islet. 

En  1721,  il  desservit  Sainte- A  nue  de  la  Pérade  et  l'année 
suivante  il  était  missionnaire  à  Chambly.  Il  fut  trouvé  mort 
dans  sa  chambre  trois  heures  après  avoir  dit  sa  messe  le  19 
février  1741.  11  portait,  nous  dit  le  Mortuologe  des  Ricol- 
lets,  la  bonne  odeur  de  Jésus-Christ  au -dedans  et  au 
dehors. 

R.  P.  Philippe  Rageot  (1704  1707).  Le  récollet  Rageot 
était  fils  de  Gilles  Rageot  et  de  Madeleine  Morin,  et  il  naquit 
à  Québec  le  11  juin  1678.  Il  reçut  l'onction  sacerdotale  le 
24  juillet  1701. 

Le  P.  Rageot  desservit  d'abord  le  Cap  Saint-Ignace  et 
l'Islet.  Il  tint  les  registres  de  cette  dernière  paroisse  du  27 
décembre  1704  au  25  septembre  1707. 

Il  fut  ensuite  curé  du  Cap-Santé  puis  de  Kamouraska 
(1709)  où  il  mourut  le  21  soptembre  1711. 


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M.  Yves  Le  Riche  (1707-1712).  M.  Le  Riche  arriva  dan» 
la  Nouvelle-France  le  22  juin  1701.  Il  fut  d'abord  mission- 
naire chez  Ion  Abénaquis,  puis  desservit  la  Baie  Saint-Paul 
de  novembre  1701  à  juillet  1706. 

Nommé  eu  ré  du  Cap  Saint-Tguaco  en  1707  il  en  repartit 
en  1712.  C'est  pendant  son  séjour  au  Cap  Saint-Ignace  que 
M.  Le  Riche  desservit  l'Inlet.  Il  a  signé  les  actes  du  3  dé- 
cembre 1712  au  14  mai  1714. 

M.  LeRiche  partit  du  Cap  Saint-Ignace  pour  aller  pren- 
dre possession  de  la  euro  de  Saint- Laurent,  île  d'Orléans. 
En  novembre  1729,  il  était  nommé  chanoine  du  chapitre  de 
Québec.  Il  mourut  le  10  décembre  1755,  à  l'Hôtel-Dieu  de 
Québec,  et  fut  inhumé  dans  la  cathédrale  de  Québec. 

M.  Charles  Hazeur-Dessonneaux  (1712).  Il  naquit  à 
Montréal  le  17  avril  1083  du  mariage  de  Léonard  Hazeur, 
marchand,  et  de  Marie-Anne  Pinguet.  Ordonné  prêtre  en 
1706,  il  fut  nommé,  quatre  ans  plus  tard,  curé  de  Berthier. 

En  1712,  il  donna  ses  soins  aux  habitants  de  l'Islet. 

En  janvier  1715,  son  évêque  lui  donnait  la  dessorte  do 
Saint-Thomas.    Il  y  mourut  le  6  juin  suivant. 

li.  P.  Yves  Godard  (1712-1714).  Le  P.  Godard,  récollet, 
arriva  au  pays  le  6  juin  1709. 

De  1712  à  1714,  il  desservit  le  Cap  Saint-Ignace  et  l'Islet. 
il  a  signé  les  registres  de  l'Islet  du  3  décembre  1712  au  14 
mai  1714. 

11  mourut  le  6  mars  1734. 

M.  Jean-Baptiste  Duyaxt  (1714).  M.  Dugast  né  à  Mont- 
réal le  15  juillet  1684,  fut  ordonné  prêtre  à  Québec  le  22 
avril  1714. 

Il  fit  une  mission  au  Cap  Saint-Ignace  et  à  l'Islet  du 
mois  de  juin  au  mois  d'août  1714. 

Il  fut  ensuite  chargé  de  la  mission  de  Saint-François  du 
Lac,  où  il  mourut  le  9  mars  1763. 


—  362  — 


M.  Pierre  Leclair  (1714-1722).  Né  en  1687.  M.  Leclair 
fut  ordonné  prêtre  à  Québec  le  7  octobre  1714- 

Du  7  novombre  1714  au  13  septembre  1722,  il  desservit 
le  Cap  Saint- Ignace  et  l'Islet. 

En  1747,  ou  trouve  M.  Led  air  missionnaire  à  Saint- 
Joseph  et  à  Sainte-Marie  de  la  Beauce.  11  mourut  curé  de 
Saint- Vallier  le  26  novembre  1761.  Il  fut  inhumé  dans  l'é- 
glise d©  cette  parois*». 

R.  P.  Maurice  Imbault  (1722-1723).  Le  récollet 
Imbault  arriva  au  Canada  le  26  juillet  1716.  Il  desservit 
Saint- Anne  de  la  Poeatière  en  1719. 

Du  8  novembre  1722  au  4  septembre  1723,  le  P.  Imbault 
desservit  le  Cap  Saint-Ignace  et  l'Islet. 

Il  retourna  ensuite  à  Sainte-Anne  de  la  Poeatière.  Il 
mourut  le  12  févrior  1758. 

H.  P.  Simon  Foucault  (1727-1741).  Le  P.  Foucault,  ré- 
collet, fut  ordonné  prêtre  le  18  décembre  1723. 

Il  desservit  le  Cap  Saint-Ignace,  l'île -au x-G rues  et  l'Islet 
du  20  novembre  1727  au  10  octobre  1741. 

Le  P.  Foucault  mourut  à  Mont  n'ai  le  9  octobre  1747. 

M.  Louis- François  Soupiran  (1741-1744).  M.  Sou  pi  ran 
était  le  61s  du  docteur  Soupiran  et  il  naquit  à  Québec  le  26 
février  1706.  Ordonné  prêtre  le  23  septembre  1730,  il  fut, 
l'année  suivante,  chargé  des  cures  de  Sainte- Anne  de  Beau- 
pré et  du  Château -Richer. 

M.  Soupiran  desservit  l'Islet  du  23  octobre  1741  au  6 
juin  1744. 

11  mourut  le  8  juillet  1745. 


LES  CURÉS  DE  L'ISLET 

M.  Joseph-Romain  Dolbec  (1745-1767).  M.  Dolboc  né  à 
Québec  le  10  mars  1717  fut  ordonné  prêtre  le  23  septembre 


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—  363  — 

1741.  Il  fut  nommé,  la  même  année,  curé  du  Cap  Saint- 
Ignace. 

En  1745,  M.  Dolbec  fut  nommé  à  la  cure  de  l'Islet  et 
chargé  en  même  temps  de  la  dessorte  de  Saint- Jean  Port- 
Joli.  Il  est  le  premier  prêtre  qui  ait  pris  le  titre  de  curé  de 
l'Islet.  Ses  prédécesseurs,  dont  les  premiers  avaient  toute 
la  côte  du  sud  à  desservir,  signaient  simplement  mis&ion- 
naires. 

En  1767,  M.  Dolbec  prit  possession  de  la  cure  de  l'Ange- 
Gardien,  qu'il  garda  jusqu'à  sa  mort  le  10  décembre  1777. 
Il  est  inhumé  dans  l'église  de  1* Hôpital-Général  de  Québec. 

M.  Jacques  Hingan  (1767-1779).  M.  Hingan,  né  à 
Avranches  le  6  février  1729,  était  fils  de  Jean  Hingan  et  de 
Jeanne  Jamany.  Il  fut  ordonné  prêtre  à  Québec  le  17  no- 
vembre 1753.  L'année  suivante,  il  était  nommé  curé  des 
Grondines,  qu'il  quittait,  en  1762,  pour  aller  à  Saint-Jean 
Deschaillons. 

C'est  en  1767  que  M.  Hingan  fut  nommé  curé  de  l'Islet 
avec  la  desserte  du  Cap  Saint-Ignace  où  il  fit  bâtir  l'église 
en  1777. 

En  1779,  il  prenait  la  cure  de  Saint-Jean  Port-Joli. 

Il  mourut  à  l'Islet  le  19  août  de  la  même  année.  Il  est 
le  premier  prêtre  inhumé  à  l'Islet.  Lors  de  l'inhumation  de 
M.  Bourget,  en  février  1833,  ses  ossements  furent  trouvés 
près  de  la  fenêtre  du  côté  sud  du  chœur,  entre  le  mur  de 
l'église  actuelle  et  celui  de  l'ancienne. 

M.  Paul-Ambroise  Bidard  (1779).  Tous  les  actes  des  re 
gistres  de  l'Islet,  du  5  avril  1779  au  6  octobre  de  la  même 
année,  sont  signés  "  Bédard,  ptre,  desservant  du  Cap 
Saint-Ignace  et  de  l'Islet".  C'est  probablement  M.  Paul-Am- 
broise Bédard,  ordonné  prêtre  le  17  août  1777.  Il  mourut 
le  28  octobre  1780,  à  l'âge  de  vingt-six  ans.  Ses  restes  repo- 
sent dans  la  chapelle  du  séminaire  de  Québec. 

M.  Jacques  Panet  (1779-1829).  M.  Jacques  Panet,  frère 


—  3G4  — 


de  Mgr  Bernard-Claude  Panel,  naquit  à  Québec  le  14  te- 
rrier 1754.  Il  fut  ordonné  prêtre  le  29  mai  1779. 

l^e  11  octobre  de  la  même  année.  M.  Pauet  fut  nommé 
curé  de  1° Islet,  po>to  qu'il  conserva  jusqu'au  7  octobre  1*29. 
Eu  abandonnant  le  ministère,  M.  Pauet  ne  quitta  pas  l'Islet. 
Il  y  demeura  jusqu'à  son  décès,  le  23  mai  1834.  Il  fut  inhu- 
mé sous  la  marebe  du  maître  autel. 

M.  Pierre  Bour.jct  (1*29-1833).  M.  Pierre  Bourget  était 
le  frère  aîné  do  Mgr  Ignace  Bourget.  Il  naquit  à  Saint- 
Joseph  de  Lévis,  le  13  août  178(5,  et  fut  ordonné  prêtre  le  4 
juin  1814.  D'abord  vicaire  à  Saint- Hyacinthe,  il  fut  nonim  - 
en  18 1(5  curé  de  Sorel,  puis,  l'année  suivante,  de  Chateau- 
guay,  et,  en  1822,  de  l'Isle- Verte  et  de  Trois -PUt oies. 

Le  11  octobre  1829,  AL  Bourget  prenait  |K»>se*sion  de  la 
cure  de  l'Islet.  11  y  mourut  le  20  février  ls:i:;.  Il  fut  inhu- 
mé dans  le  clurur  de  l'église,  près  <le  la  fenêtre  du  côté  de 
l'épitre. 

M.  Fnutroix  A'avin-  Ih-f,hjt:  (1833-1S81).  M.  Dchîge-dit- 
Lavigueur,  né  au  Cap-Santé,  le  20  décembre  1805,  fut  or- 
donné prêtre  le  «i  juillet  1828.  11  fut  d'abord  vicaire  à  Saint- 
Louis  de  Kamouraska. 

Le  1er  octobre  1832,  il  allait  vicaire  à  l'Islet  sous  M. 
Bourget  qu'il  remplaça  1  »i\  mort,  le  20  février  1833.  d'à 
Word  commo  desservant  ju.squ'au  1er  octobre  de  la  même 
année,  puis  comme  curé.  M.  Delâgc  résigna  sa  cure  le  1er 
octobre  1881  pour  prendre  un  repos  bien  mérité.  Il  se  retira 
à  I1  Islet  où  il  mourut  le  12  août  1S87.  Il  repo.se  dans  le  sanc- 
tuaire, à  l'endroit  qu'il  avait  fait  préparer  dix-sept  ans  au- 
paravant, sous  le  prie-Dieu  du  prêtre,  du  côté  de  l'épitre, 
entre  l'enceinte  do  l'ancienne  égli.se  et  celle  de  l'église  ac- 
tuelle. 

M.  Char  Ut- Duc  id  Huron  (curé  actuel).  M.  Bacon  est  né  à 
Saint- Pierre  de  la  Kivière-du-Sud  le  1er  mars  1840,  du  ma- 
riage d'Antoine  Bacon  et  de  Marie- Madeleine- Ange  Four- 


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—  365  — 

•nier.  H  fut  ordonné  prêtre  à  1' Islet,  le  31  juillet  1864,  avec 
M.  Charles-Eugène  Frenette,  curé  de  Saint-Jean  Port-Joli. 
M.  Bacon  a  été  successivement  professeur  au  college  de 
•Sainte- Anne  de  la  PocatiAre,  desservant  de  Saint-Picrro  de 
la  Rivière-du-Sud  (1873),  curé  de  Notre-Dame  de  La  Ter- 
rière  (1876)  et  curé  de  Berthier  en-bas  (1879). 

En  1887,  son  évêque  le  nommait  curé  de  llslct.  M.  Bacon 
•est  un  prédicateur  éloquent,  un  administrateur  habile. 
Avec  dos  ressources  limitées  il  a  lait  beaucoup.  Le  couvent 
et  l'Académie  Commerciale,  oeuvres  de  son  prédécesseur,  ont 
trouvé  en  lui  plus  qu'un  protecteur.  Il  a  été,  pour  ainsi  dire, 
le  second  fondateur  de  ces  deux  institutions.  Les  parois- 
siens do  l'Islet.— est-il  nécessaire  de  le  dire  ? — vénèrent  leur 
l»on  curé.  P.-G.  R 


LA  FAMILLE  DE  MONTENACH 

Charles-Nicolas- Fortuné  de  Montenach,  écu)-er,  vint  au 
Canada  en  1811  avec  le  régiment  de  Meuron  dans  lequel  il 
était  lioutonant,  Il  était  d'une  famille  patricienne  de  Fri- 
bourg,  Suisse,  et  descendait  dos  anciens  barons  de  Monte- 
nach, dont  l'origine  remonte  au  douzième  siècle. 

M.  de  Montenach  épousa,  à  Montréal,  en  1815,  Marie* 
Elisabeth  (iront,  sœur  du  cinquième  baron  de  Longueuil, 
tille  du  capitaine  David- Alexandre  Grant  et  de  Marie- 
Charles-Joseph  LeMoyne,  baronne  de  Longueuil. 

En  octobre  1830,  M.  de  Montenach  fut  élu  député  d'Ya- 
inaska.  Malgré  son  court  séjour  à  la  Chambre  d'Assemblée 
il  y  occupa  une  place  distinguée. 

M.  de  Montenach  mourut  à  Montréal,  le  24  mai  1832,  et 
fut  inhumé  à  Longueuil,  dans  l'église,  où  nous  voyons  uu 


—  366  — 

marbre  à  sa  mémoire,  et  portant  cette  inscription  :  (1> 

Hic  jacet 
Vir  Génère  ac  Virtute  Nobilis 
Carolua,  Xicolatus,  Fortunatua 
De  Moutenach 
Dominus  de  Perreville 
Fnburgi,  m  Heivetiâ 
B  patricia  gente  ortot 
In  hac  regione 
ClariBsimœ  Domina  Garolœ  Le  Moine 
Barouissœ  de  Longueuil 
Gêner 

Quem  probitate,  peritiâ,  seioque  bono  public! 
CoiiHpicuum, 
Cives  comitatibu*  Yamaskensis 
8uum  in  Commit i is  Provincialibus  Delegatum 
Elegerunt, 
Ubi  Regis  ac  populi  Jura  Conoionibus, 
Ac  suffragiis  acquft  constancia  défendit. 
Dilectissimœ  conjugi, 
Kiliis,  amicis  ac  Bonis  omnibus. 
Multum  flebilis, 
Obiit 

Marianopoli,  Die  XXIV  Maii,  A.  D.  MDCCCXXXII, 
An  nos  natus  quadraginta  et  mense 
Et  in  hâc  sepulchrali  capellâ 
Familiœ  de  Longueuil 
tumulatus 
Die  XXVIII  ejusdem  mensis 
Requiescat  in  Pace. 

(i)  Cette  sapultare  dane  l'effllee  œtboliqoe  de  LongucaH  était  de  droit  réeervée 
a 1*  famille  d«  M  ontenacb,  branche  catholique  de  U  famille  de  I-onijueail,  per 
privilège  spécial  dea*  l'acte  de  vente  per  mediae  le  baronne  de  Loofueuil  aie 


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—  ■367  — 

A  la  mort  de  la  baronne  de  Longueuil,  sa  mère  (1841), 
madame  de  Montenach  hérita  de  la  seigneurie  de  Belocil. 
-dont  elle  jouit  jusqu'à  sa  mort  ,  survenue  à  Montréal,  le  8  juin 
1870.  Elle  avait  78  ans  et  11  mois  et  demi.  En  elle  s'étei- 
gnait l'un  des  rejetons  de  la  plus  vieille  noblesse  du  pays. 
Elle  fut  inhumée  dans  l'église  de  Longueuil  le  14  juin  1870. 
Une  pierre  érigée  à  :  a  mémoire  porte  l'inscription  suivante  : 

ln  hoc  signo  vincos 


loi 

Reposent  les  cendres  de 
Marie-Elisabeth  Grant, 

Veuve  de  feu 
C.-N.-F.  de  Montenach, 
décédée  à  Montréal, 
le  8  juin  1870, 
figée  de  79  ans, 
regrettée  par  ses  amis, 
pleuré*  par  ses  enfanta 

Sistite  qui  transitis,  et  orate. 

Par  ses  qualités  éminentee,  plus  encore  que  par  l'éclat  de 
8a  lignée,  madame  de  Montenach  mérite  d'être  rangée  par- 
mi les  intelligences  d'élite. 

D'un  esprit  brillant  et  solide,  enjouée  dans  la  conversa- 
tion, juste  dans  ses  appréciations,  dévouée  pour  ses  amis  et 
charitable  pour  l'infortune,  modeste  et  sans  prétentions, 
sympathique,  versée  dans  les  affaires,  qu'un  veuvage  de 
trente-huit  ans  la  força  d'étudier,  tout  à  la  fois  énergique 
et  douce,  ce  beau  type  de  la  femme  noble  n'a  jamais  donné 
que  des  exemples  de  simplicité  et  de  vertu. 

Nous  ne  saurions  mieux  faire  connaître  les  mérites  de 


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-  3(78  — 


cotte  dame  qu'en  citant  ce  qu'en  dit  M.  do  (raspé,  dans  m» 
Mémoires  : 

44  Si  je  ne  craignais  do  blesser  la  modestie  do  madame  de 
Montenach,  tille  de  feue  madame  la  baronne  do  Longueuib 
je  dirais  qu'une  jeune  demoiselle  de  l'dge  do  madame  de 
Selby  ot  sa  cousine,  partageait  autrefois  avec  elle  l'opinion 
publique  sur  l'esprit  brillant  dont  elles  étaient  toutes  deux 
douces  ;  que  celle  que  l'on  entendait  causer  la  dernière  fai- 
sait oublier  les  saillies  de  sa  rivale  absonte,  etc." 

De  son  mariage,  madame  de  Montenach  laissa  quatre  en- 
fants, trois  filles  et  un  til*. 

L'aînée,  Emma,  née  à  Montréal,  en  1810,  épousa,  le  1er 
mars  1832.  à  Montréal,  le  capitaine  Pritcbard,  du  52e  régi- 
ment. 11  prit  saretraito  avec  le  grade  de  colonel,  après 
avoir  été  décoré  d'une  médaille  d'honneur  pour  ses  services, 
et  pour  les  glorieuses  blessures  qu'il  avait  reçues  dans  la 
guerre  de  la  Péninsule.  Résidant  à  Montréal  où  son  épouse 
mourut  le  29  juin  1848,  il  avait  eu  d'elle  deux  enfants,  Em- 
ma, m'e  à,  Québec,  le  14  septembre  1844  (elle  épousa  le 
comte  Quiqueran  de  Beaujeu),  et  Charles  qui  entra  daus 
l'armée  en  1856,  et  mourut  à  Gibraltar.  Il  était  lieuteuant 
au  55e  régiment,  et  avait  fait  la  campagne  de  Crimée. 

La  deuxième  des  tilles  de  madame  de  Montenach,  Wil- 
helmine-Dudding,  néo  à  Québec  en  1817,  épousa  à  Lon- 
gueuil  le  14  octobre  1833,  M.  Olivier-JoBeph-Elzéar  Per- 
rault de  Linière,  (1)  fils  aîné  de  l'honorable  Jean-Olivier 
Perrault,  mort  en  1827,  juge  de  la  Cour  du  Banc  du  JRoi  à 
Québec,  et  de  Louise-Marie  Taschereau. 

De  ce  mariage  naquirent  cinq  enfants  :  mademoiselle 
Marie-Victoria-Harlinc,  née  le  9  juin  1844,  à  Montréal,  est 
la  seule  survivante. 


(i)  Ainsi  appelé  du  nom  de  l'on  de  te*  fiefs,  et  en  mémoire  de  son  oncle  mater- 
nel, le  colonel  Linicrr. 


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M.  Perrault  mourut  à  Montréal,  !o  27  janvier  1870,  et 
fut  inhumé  à  Longueuil,  dans  l'église,  à  lu  placo  réservée  à 
la  famille  de  Montenach  ;  sur  la  pierre  érigée  à  sa  mémoire, 
noua  lisons  : 

Ici 

Reposent  les  cendres  do 
Olivier  J.  E.  Perrault  de  Linière, 

Epoux  de 
M.  W.  Dudding  do  Montenach, 
Décédé  à  Montréal, 
Le  27  janvier  1870, 
figé  de  64  ans. 
Priez  pour  lui. 

Madame  Perrault  se  romaria  en  secondes  noces  à  Fri- 
bourg,  le  4  septembre  1871,  à  l'honorable  Thomas  Ryan, 
lieuten»nt-coloncl  et  sénateur  de  la  puissance  du  Canada. 
Né  en  1808,  à  Balinakill,  comté  de  Kildare,  Irlande,  l'hono- 
rablo  M.  Ryan,  vint  encore  jeune  au  Canada,  où  il  se  voua 
aux  opérations  commerciales.  Il  taisait  partie  de  la  maison 
"  Ryan  et  Frères  ",  à  Montréal  et  à  Québec.  Il  se  retira 
d'affaires  eu  1863,  avec  une  belle  fortune.  Elu  conseiller 
législatif  pour  la  division  Victoria,  il  siégea  ainsi 
jusqu'à  la  Confédération.  Il  fit  partie  de  la  commission  nom- 
mée par  le  gouvernement  pour  ouvrir  des  relations  commer- 
ciales dans  divers  pays,  et  comme  tel  fut  envoyé  aux  Indes, 
au  Mexique  et  au  Brésil.  En  1867,  il  fut  appelé  à  la  charge 
do  sénateur  de  la  puissance  du  Canada  par  proclamation 
royale. 

L'honorable  Thomas  Ryan  mourut  le  25  mai  1889.  Sa 
veuve  lui  survit. 

Lors  de  son  second  mariage  madame  Ryan  était  devenue 
co-propriétaire  de  la  seigneurie  de  Belœil  avec  son  frère,  le 
major  Théodore  de  Montenach,  a  la  mort  de  sa  mère,  ma- 


—  370  — 


dame  de  Montenach  (1870).  Elle  devint  seigneureese  et 
propriétaire  do  la  môme  seigneurie  de  Belœil  en  entier  k  la 
mort  de  son  frère,  le  13  octobre  1885. 

Madame  Ryan  eut  une  tille,  qui  épousa  Edward 
Smytho,  capitaine  au  30e  régiment.  Le  capitaine  Smythe 
mourut  à  Montréal  en  1878  et  fut  inhumé  dans  l'église  de 
Longueuil  avec  la  famille  de  Montenach. 

La  troisième  fille  de  madame  de  Montenach,  Marianne, 
m-e  X  Montréal,  en  1818,  y  épouoa  le  lieutenant-colonel 
Whyte,  du  7e  hussard.  Ils  allèrent  réaider  sur  leur  do- 
maine en  Irlande. 

Le  quatrième  enfant  de  madame  de  Montenaeh,  Charles- 
Théodore,  était  né  à  Longueuil.  le  20  novembre  1821.  Ap- 
partenant à  une  race  de  militaires,  il  se  consacra,  jeune 
encore,  à  la  carrière  des  armes,  où  il  se  distingua  par  sa 
bravoure  et  son  intrépidité. 

Après  un  court  passage  dans  une  école  élémentaire  an- 
glaise, il  passa  en  Angleterre  pour  achever  sas  études  dans 
la  célèbre  institution  de  Stonyhurst,  dirigée  par  les  pères 
Jésuites.  A  peine  figé  de  dix-huit  ans,  fort  et  robuste,  il 
put,  grâce  a  la  protection  d'un  ami  de  la  famille  et  d'un 
ancien  administrateur  intérimaire  du  Canada,  sir  James 
Kempt,  occupant  alors  une  charge  élevée  au  ministère  de 
la  guerre,  obtenir  une  commission  d'enseigne  dans  le  15e 
régiment  d'infanterie. 

Le  colonel  ée  son  régiment  se  trouvait  être  lord  Charles 
Wellesley,  fils  cadet  du  duc  do  Wellington. 

Après  avoir  été  successivement  en  garnison  dans  plu- 
sieurs villes  d'Angleterre  et  d'Irlande,  il  reçut  un  jour  l'or- 
dre de  partir  pour  les  Indes  et  de  so  rendre  à  Colombo, 
capitale  de  l'île  de  Ceylan  ;  île  immense,  couverte  d'impéné- 
trables forêts,  au  sein  de  la  flore  la  plus  variée  en  couleur, 
et  produit  d'une  puissante  végétation  ;  cette  lie,  pleine  d'é- 
léphants, de  rhinocéros,  de  tigres,  d'hyènes,  do  cerfs,  d'é- 


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lane,  de  daims,  d'un©  multitude  de  singes,  de  serpents,  d'oi- 
waux,  allait  lui  offrir  le  théâtre  et  le  rôle  qu'il  rêvait. 

Deux  révoltes  den  indigènes,  aussitôt  réprimées,  furent 
les  sou!»  faits  de  sa  vie  militaire  aux  Indss. 

La  guerre,  lui  refusant  les  dramatiques  épisodos  des 
combats  et  des  luttes-,  il  rechercha  dans  les  grandes  chasses, 
les  émotions  et  les  périls  des  rencontres  avec  les  bêtes 
jaunes. 

Tantôt  monté  sur  un  éléphant,  il  chassait  ou  le  tigre  re- 
doutable, ou  le  rhinocéros  ;  mais  plus  souvent  le  cerf  le 
chevreuil  ou  l'élan. 

Que  d'aventures  survenues  au  courant  de  ces  expéditions, 
que  le  galant  capitaine  (car  son  avancement  avait  marché 
avec  le  temps),  racontait  avec  beaucoup  de  verve  ! 

La  publication  en  volume  du  récit  des  chasses  du  capi- 
taine de  Montenach  à  Ceylan,  aurait  obtenu  tout  le  succès 
de  celles  de  Gérard,  le  tueur  de  lions,  ou  de  Bonbonnel,  le 
tueur  de  panthères,  deux  officiers  français  morts  à  la 
poinc. 

Après  dix  ans  de  ces  exercices,  sous  un  ciel  meurtrier 

pour  les  Européens,  le  brave  capitaine,  sérieusement  atteint 

dans  sa  santé,  se  décida  à  abandonner  l'armée  au  bout  de 
dix  sept  ans  de  service. 

Il  prit  cette  détermination  malgré  les  avis  de  son  colonel, 
qui  lui  prédisait  un  splendide  avenir  militaire  ;  car,  à  trente 
deux  ans,  notre  Canadien  était  le  plus  ancien  capitaine  dJ 
son  régiment. 

En  1856,  il  revint  respirer  l'air  natal  pour  rétablir  sa 
santé  ébranlée. 

A  son  retour  au  Canada,  il  fut  nommé  major  de  brigade 
à  Saint-Hyacinthe,  et  subséquemment,  député-adjudant- 
général  du  septième  district  militaire. 


—  372  — 


Le  major  de  Montenach  consacra  tout  son  temps,  son 
énergie  et  une  partie  de  sa  fortune,  à  travailler  au  succès 
de  la  milice  canadienne. 

M.  Theodore  de  Montenach  était  célibataire,  et  possédait 
une  grande  fortune. 

Il  était  co- propriétaire  de  la  seigneurie  de  Belœil  avec  sa 
soeur  (madame  Thomas  Ryan),  depuis  la  mort  de  sa  mère 
(1870). 

Il  alla  demeurer  à  l'ile-aux  Cerfs  (1),  qu'il  a  habit  te  et 
possédé»  jusqu'en  1882,  époque  où  il  vint  demeurer  à  Mon 
tréal  chez  sa  sœur,  madame  Ryan. 

M.  de  Montenach  a  toujours  été  un  citoyen  honorable  ; 
il  était  un  type  du  parfait  gentilhomme.  Sa  position  et  son 
urbanité  lui  avaient  fait  un  nombreux  cercle  d'amis. 

Le  major  de  Montenach  était  un  homme  d'une  haute 
stature  et  d'un  extérieur  imposant  qui  révélait  le  militaire. 
Ses  manières  avaient  le  cachet  de  la  distinction,  et  déno- 
taient un  esprit  d  roit,  un  cœur  généreux  et  une  âme  fière. 
mais  compatissante.  Il  savait  se  dévouer  à  ses  amis,  et  sou- 
lager la  misère  des  pauvres. 

II  était  catholique  et  mourut  à  Montréal,  le  18  octobre 
1885  ;  il  fut  inhumé  à  Longuenil,  dans  la  nouvelle  église 
avec  les  autres  membres  de  sa  famille,  le  23  octobre  de  1» 
même  année. 

Albx.  Jodoin 


(i,  Situé*  dan»  le  Richelieu,  vit-i-TÏ»  le  haut  de  la  paroi,  m  de  Saint-Marc,  i 
1'ca.bo.chure  du  Ruiaaean  de  Behril,  et  prée  de  la  «ciKneurie  de  Belœil. 


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RÉPONSES 


Officiers  de  marine  en  Canada  sous  le  regime 
français.  (VI,  XI,  755.)— La  phrase  suivante  se  rencon- 
tre souvent  dans  les  livres,  les  revues,  et  les  journaux  qui 
mentionnent  certains  faite  de  notre  histoire  :  ''  AI.  un  tel  un 
tel  était  officier  do  la  marine."  Nous  nous  sommes  embrouil- 
lés tout  à  fait  là-dessus. 

Les  "  officiers  do  marine  "  se  montrent  à  partir  de  1673 
dans  les  régistros  des  paroisses,  les  actes  des  notaires  et  la 
correspond anoe  dos  gouverneurs. 

En  1673,  le  régiment  de  Carignan  était  retourné  en  Fran- 
co. Comme  il  fallait  des  soldats  pour  les  petits  postes  de 
Québec,  Trois- Rivières,  Sorel,  Chambly,  Montréal  et  Cata- 
vacouy,  on  décida  d'enrôler  des  hommes  sortant  do  l'armée 
française  pour  former  un  simple  détachement,  deux  à  trois 
cents,  qui  seraient  dispersés  dans  les  garnisons  de  la 
colonie. 

Do  cette  manière,  Louvois,  ministre  de  la  guerre,  four- 
nissait à  Colbert,  ministre  de  la  marine  et  des  colonies,  les 
dix  ou  vingt  militaires  demandés  chaque  année  pour  rem 
placer  le  même  nombre  décédés  ou  déchargés.  Parfois,  co> 
volontairos  do  France  étaient  moins  nombreux  que  le  chiffre 
requis,  et  alors  le  gouverneur  du  Canada  recrutait  parmi 
nous  pour  combler  le  vide. 

Louvois  consentait  bien  à  donner  quelques  soldats,  mais 
non  pas  4  les  payer  et  entretenir  au  bout  du  monde.  Colbert 
se  chargea  do  ce  soin— c'est  pourquoi  l'on  disait  :  "  le  déta- 
chement de  la  marine  entretenu  en  Canada." 

Nos  anciens  papiers  sont  remplis  de  cetto  formule. 

Officiors  et  soldats  qualifient  ainsi  le  corps  dans  lequel 
ils  servaient.,  afin  de  n'être  pas  confondus  avec  la  milice  qui, 


—  374  — 


elîe  aussi,  se  composait  d'officiers,  do  soldats  et  avait  une- 

Le  détachement  dit  de  la  marine  n'était  donc  pas  formé 
de  marine. 

Il  faut  cesser  de  dire  que  notre  population  a  reçu,  par 
l'entremise  de  ce  détachement,  un  fort  contingent  d'hom- 
mes de  mer  et  que  nous  tenons  d'eux  les  termes  do  marine 
qui  se  rencontrent  dans  notre  langage.  Ces  termes  ne  sont 
pas  plus  extraordinaires  en  Canada  qu'en  France,  où  ils 
abondent  jusque  dans  l'intérieur  dus  terres. 

Le  tout  petit  nombre  d'officiers  de  marine  que  nonsaron» 
produit  se  sont  éloignés  du  Canada  pour  toujours  et  n'ont 
rien  do  commun  avec  notre  détachement  de  la  marine  qui 
tenait  garnison  sur  suc  ou  sept  points  éloigné  .  les  uns  des- 
autres, depuis  Québec  jusqu'au  Détroit,  et  même  Michili- 
makinac. 

Chaque  garnison  était  commandée,  selon  son  importance,, 
par  un  enseigne,  un  lieutenant,  parfois  un  capitaine. 

La  paie  d'un  capitaine  était  la  plus  haute  que  l'on  put 
toucher  comme  commandant  d'un  fort,  même  si  l'officier 
avait  élé  jadis  major  dans  un  régiment  français 

Le  chef  avait  rang  et  solde  de  major.  Il  demeurait  à> 
Québec. 

De  1670  à  1754,  ce  détachement  fut  toute  notre  armée 
régulière.  Il  ne  vint  pas  do  régiment  de  Franco  et  l'on  n'en 
forma  aucun  dans  le  pays. 

En  1683  et  durant  les  années  suivantes,  à  cause  de  la 
guerre,  il  arriva  quelques  compagnies  dont  on  aurait  pu 
former  un  petit  régiment,  mais  la  chose  n'eut  pas  lieu.  Ce* 
corps  demeurèrent  indépendants  les  uns  des  autres  et  diri- 
gés par  le  gouverneur  général. 

Louis  XIV  voyant,  vers  1675,  qu'il  faudrait  envoyer  des 
officiers  pour  remplacer  ceux  qui  manqueraient  dans  le  dé- 
tachement dit  de  la  marine,  demanda  au  comte  de  Fro  nie-  • 


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*nac  de  lui  désigner  les  jeunes  Canadiens,  qui,  par  letir  in- 
telligence, etc.,  pourraient  remplir  ces  situations.  A  partir 
*de  ce  moment  les  trois  quarts  des  officiers  de  nos  garnisons 
furent  des  Canadiens. 

Ce  sont  ces  mûmes  hommes  qui  ont  semé  la  terreur  dans 
la  Nouvelle- Angleterre  à  plusieurs  reprises,  de  1690  à  1759: 
et  que  M.  Francis  Parkman  a  le  soin  de  qualifier  "d'officiers 
français  "*vec  une  persistance  qui  serait  curieuse  si  Ton  ni* 
savait  que  cet  écrivain  trouve  tout  mauvais  chez  nous  et 
-que  tout  lui  paraît  excellent  chez  les  Français.  Or,  comme 
il  est  obligé,  coûte  que  coûte,  de  faire  l'éloge  de  ces  vail- 
lants hommes,  il  s'en  tire  en  les  rangeant  parmi  les  Fran 
çais,  ce  qui,  à  ses  yeux,  signifie  une  classe  supérieuie  aux 
•Canadiens. 

Benjamin  Sult* 

Le  capitaine  Michel  Biais.  (VI,  XI,  758).— Le 
•capitaine  Michel  Biais  se  distingua  dans  l'invasion  améri- 
caine de  1775-1776. 

A  pprenantque  tes  Amérioains,dans  lecampdesquels  se  trou  - 
vaient  encore  quelques  Canadiens,  se  disposaient  à  faire  de* 
incursions  au  sud  du  fleuve,  les  propriétaires  royalistes  au 
nombre  d'environ  quatre-vingt,  se  réunirent  sous  les  ordres 
de  M.  de  Boaujou,  seigneurie  ltlo  aux  Grues,  et  vinrent  re- 
joindre, a  Saint-Pierre  de  la  Rivière  du  Snd,  le  capitaine 
Biais,  un  des  plus  ardents  royalistes.  Sur  sa  maison  fut 
aussitôt  arboré  le  pavillon  anglais.  C'était  le  25  mars  1776. 
M.  Bailly  de  Messein  (plus  tard  évêque)  qui  revenait  des 
missions  s'était  joint  à  la  troupe  en  qualité  d'aumônier.  Une 
suite  d'environ  cent-cinquante  voitures  des  différentes  pa- 
roisses venait  à  la  rencontre  des  Boutonnais  qui  s'avançaient 
par  la  route  de  Saint-Vallicr.  Ces  derniers  ayant  placé  des 
canons  sur  une  côte,  qu'on  appelle  encore  aujourd'hui  la 
Cùto  au  Canon  ".  firent  sur  la  maison  du  capitaine  Biais 


-  37b-  — 


une  décharge  qui  tua  quelques  Canadiens  et  blessa  l'aumônier. 
Lt«  assiégés  se  défendirent  courageusement  ot  les  Améri- 
cains eurent  au i*i  leu rs  blessé.  Cej>cndant  les  Canadiens 
crurent  prudent  de  se  disperser.  Los  ennemis  s'emparèrent 
de  la  maison  du  capitaine  Biais,  le  tirent  prisonnier,  lui  et 
son  tils,  ainsi  que  M.  de  Lanaudière.  Ces  braves  turent  plus 
tard  mis  en  liberté  à  Berthier,  près  do  Montréal,  par  l'inter- 
vention de  M.  Pouget,  curé. 

Deux  des  tilles  du  capitaine  Biais  se  firent  religieuses  au 
monastère  des  Ursulines  de  Québec.  L'ainée,  la  mère  Marie- 
Joseph  Biais  de  Saint- Michel,  mourut  lo  11  juin  17.H2  ; 
l'autre,  la  mère  Marguerite  Biais  de  Saint-Pierre,  s'éteignit 
le  24  février  1830,  après  soixante-deux  années  de  vie  reli- 
gieuse. R. 

Le  Pere  Simple  Boquet.  (VI,  XI,  760.)— Le  Père 
Simple  Boquet  ou  Bocquet,  récollet,  arriva  dans  la  Nou- 
velle France  on  juin  1743  et  fut  envoyé  immédiatement  par 
ses  supérieurs  à  Trois- Rivières. 

Lo  10  août  1754,  il  se  rendit  au  Détroit  pour  remplacer 
le  Père  Bonaventure  Carpentier.  Il  y  resta  un  grand  nom- 
bre d'années. 

Parvenu  à  un  âge  avancé,  le  Pèro  Boquet  perdait  sou- 
vent la  tramontane  et  il  lui  arrivait,  parfois,  do  parler  tout 
haut  dans  l'église.  Un  jour  qu'il  faisait  la  procession  de  la 
Sainte- Vierge  il  était  si  faible  que  deux  marguillers  furent 
obligés  de  lui  soutenir  les  bras  qui  pouvaient  à  peine  porter 
la  statue.  Voyant  qu'elle  trébuchait  à  chaque  pas  :  "  Qu'est- 
ce  qu'elle  a  dit-il  assez  haut,  "  elle  frétille  comme  une 
anguille  ". 

Une  autre  fois,  pendant  la  mosse  de  la  Sainte-Trinité,  où 
l'on  faisait  le  renouvellement  des  vœux  du  baptême,  il  s'a- 
perçut que  son  sacristain,  François  Leduc  dit  Persil,  dor- 
mait.   11  lui  doDna  un  coup  de  cierge  sur  la  tête  pour  le 


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—  377  — 


réveiller.  "  Quand  je  vous  le  disais  qu'il  mo  tuerait  ",  dit 
Persil  tout  haut  en  *e  réveillant  et  en  se  frottant  la  tête. 

A  la  fin  le  Pèro  Hoquet  radotait  tant  qu'on  fut  obligé  de 
le  renvoyer  à  Québec,  cbez  les  Récollcts,  où  los  Pères 
avaient  la  permission  de  continuer  à  subsister  jusqu'au  dé- 
cès du  dernier  survivant  de  l'ordre  en  Canada,  ainsi  que  l'a- 
vait décrété  le  gouvernement  anglais.  On  embarqua  donc 
le  Père  à  bord  d'un  vaisseau.  Au  bout  de  quelque  temps  le 
Père  entendant  sur  sa  tête  le  bruit  des  sacs  qu'on  chargeait 
à  bord  :  "  Quest-ce  donc  ?,"  dit-il  à  Persil.  "  Ce  n'est  rien, 
ce  n'est  Tien  '',  dit  celui-ci,  "  ce  sont  les  gens  qui  apportent 
la  dîme."  "  Tant  mieux,  tant  mieux  reprit  le  Père,  "elle 
rend  bien  cette  année  ". 

P.-B.  Casorain 

Les  Lauzon.  (VI,  X,  753.) — On  connaît  la  pièce  do 
plomb  émise  par  John  (îoudio  en  1S21,  destim'e  ù  servir 
comme  billets  de  passage  sur  le  bateau  il  vapeur  '•  Lauzon  \ 
traversier  entre  Québec  et  la  Pointe-Lévis.  On  connaît 
également  une  variété  de  cette  pièce,  celle  surchargée 
•  J.  McK.,  "  initiales  de  J.  McKenzie,  propriétaire  subsé- 
quent du  "  Lauzon  ".  Toutes  deux  devenues  très-rares,  la 
dernière  surtout— j'entends  les  véritables,  car  on  en  a  mis 
des  contrefaçons  en  circulation. 

Celui  qui  posséderait  un  Lauzon  portant  l'inscription 
"  Laurent  Chabot  "  d'un  côté  et  "  Good  for  four  pence  " 
de  l'autre,  aurait  là  une  rareté  dont  il  aurait  droit  de  se 
vanter. 


J.  \V.  M. 


—  3TS  — 
QUESTIONS 

761 —  On  mo  dit  que  la  ville  do  Xicolet  a  pris  sun  nom  do 
l'interprète  Jean  Nicolet.  Kn  quelle  aniu'e  ?  Nicolet  a  t  il 
habité  cot  endroit  ?  Rio 

762 —  Pouvezvous  me  donner  la  liste  de  tous  le»  consul* 
de  France  qui  se  sont  succédés»  à  Quélnit-  depuis  1858,  année 
de  l'arrivée  du  premier  consul  français  en  notre  pay*  ? 

P.  O.  R 

763 —  Marie  Morin  a-t-elle  réellement  été  la  première  reli- 
gieuse canadienne  ?  X. 

764.  — Eu  quelle  année  la  dévotion  à  sainte  Anne  a-t-elle 
été  implantée  dans  la  XouveHo-Franee  ? 

Québec 

765.  — Voulez-vous  me  dire  en  quelle  année  l'Ile  du 
Prince- Edouard  a  commencé  a  être  colonisée  ?  Les  pre- 
miers colons  étaient-ils  des  Canadiens  ?  A  qui  appartenait 
1  île  il  y  a  65  à  70  ans  ? 

Géographe 

766.  — Y  a-t-il  ou  plusieurs  oomtés  et  barounics  érigés  au 
Canada  sous  le  régime  français  ? 

Appli. 

767.  — Où  et  quand  mourut  M.  Titnothé  O'Sullivan,  Sul- 
livan, .Sylvain  ou  Silvain,  médocin  irlandais,  qui  épousa  ma- 
dame veuve  de  la  .Temmerais,  mère  de  la  célèbre  fondatrice 
des  Sœurs  Grises,  madame  d'Youville  ? 

Relio. 

768.  — Je  possède  un  vieux  bouquin  intitulé  Recueil  de 
cantiques  à  l  usaye  du  diocèse  de  Québec  et  publié  en  1819- 
Est-ce  là  le  fameux  recueil  de  cantiques  du  Père  Daulé  ? 

Ri  p. 


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< 

—  379  — 

TABLE  DES  MATIERES 


  PAGES 

Alphonse  Je  Liguori,  La  théologie  de  saint.,   102 

Amhcrwt,  Sir  Jertery.  7.  ..   192 

Ancourt,  Le  comte  d'   64,  117 

Angleterre,  La  Nouvelle   62 

Assistants  au  trône  pont  irisai,  Les   256,  285,  286 

\ul>t  rt.  M    133 

Aubert,  La  carte  de.....   160,  183 

A u béry ,  Le  Père  J oaeph   324 

A  u tref bis  et  a ujou  ni  1  >  u  i  .   333 

Baptiste,  Le  capitaine    121 

Beaujcu  Le  comte  du   321* 

IVdard,  L'emprisonnement  de   57 

JSeletto  rozelet  ou  l'hermine,  La,   201» 

lîi  1>] ioLri'ai 'hie  de  la  poésie  franco-canadienne   232 


bibliographie  des  ouvrages  sur  la  flore  canadienne   32'..' 

Libliotlu-que  circulante,  L  ne   142 

Rigot.  L  intendant  .   224 

Bissot  de  Yincennes,  Jean   109 

Blairiindie.  Le  nom   12s 

Biais,  Michel   352,  375 

Bois,  Le»  œuvres  do  l'abbé  L.-E   280 

Boquot,  Le  Père  Simple   352,  376  * 

Bord  -a-Plourte,  Le.....  "TTT> 

Borgia,  Joseph  Levasseur   Ht! 

Borgia,  Le  moulin  et  la  maison   37 

Boulogne,  La  mère  de   32,  155 

Bourdon,  Jean   151 

Bourg,  L'abbé  Joaeph-Mathurin   8,  263 

Cadeau,  Jean- Baptiste...  ♦•  -s3 

Canada,  avant  1672,  L'histoire  du  

Canada,.  Le  Haut-   339 

Canso,..    205 

Cassegrain.  L'abbé  Paul   86 

Catholiques  et  protestants  daus  la  même  égliso   63 

Caiighna^aga,  Les  Iroquois  de   96,  116 

<."au!incourt,  Le  général "de   64,  117 


PAGES' 

Chabot,  Luu rent  -   .'Î20,  oil 

Chambly,  Le  eanul   224j  2*5 

Champlaio,  Samuel  de   HIM 

Chanson  dan»  la  Nouvel  le- Franee,  La   5ii 

Chapelains  d'honneur  secrets  de  Sa  Sainteté,  Lee   247 

Chasse  galerie,  La   51_.  2jii 

Chateaubriand  et  le  Canada   25n* 

Chaumonot,  L' Autobiographie  du  Père   224,  2jfè 

Chenal  entre  Quebee  et  Montréal,  I^e   224,  2â2. 

(Chevaux  au  Canada,  Les   218 

Commissaire-ordonnateur,  Lu»  fonctions  du   &Ï2 

Couette  de  nos  ancêtres,  La   ïill 

Couillard,  Guillaume   115 

Craig,  Adresse  des  habitants  do  Lorette  ;\   iiii2. 

Craig's  Koad   liA 

Créquy,  L'abbé  Jean-Antoine-Aido   Uhi 

Creupieul,  Le  Père  Francois  do   2ti8 

Crisa*v,  I^e*»  frères   ii2il 

Dcweliors,  L'abbé  Pierre   Ihii 

Desjardins,  L'abln-  Louis- Joseph   lt»4 

De»jardins,  Les  tableaux  de  l'abbé  P.-J.-L   32^  {ni 

Devise  canadienne,  II  no   214. 

DOlbeau,  Les  Pèw»   2I£ 

Doliaid  et  ses  compagnons   2j^  12ii 

Dorion  et  Gérin-Lajoie,  J.-Ji.-Kric   t>4 

Dubuque,  Origine  du  mot   % 

DuLuth,  Origine  du  mot  :   & 

Dumas,  Le  sieur  

Dupré,  LeCompte   U\) 

Durban,  La  ville  de   128,  158 

Kcosse,  La  Nouvelle   SI 

Elections  sous  l'Union,  Los   S2 

Esclavage  au  Canada,  L'   111} 

Estrées,  Jean  d'   3l4 

Faillon,  Les  œuvres  do  l'abbé  «  288,  111 

Fénélon's  Falls,  Origine  du  nom   333 

Fief  simple  et  tiof  de  dignité   224.  24S 

File  indienne   159 

Finlay  et  le  Père  de  Glapion,  Hugh   2M 


—  3S1  — 


PAO  KB 

Flore  canadienne,  Bibliographie  dos  ouvrages  sur  la. ..  321)' 

Forillon,  Le   307 

Foulons,  Les   22 

France  antarctique,  La  -   96,  156.  251) 

Frechette,  Charles   1 53 

Gardes  de  la  marine,  Les  352, 373 

Gaspé,  Etat  des  services  de  Philippe- Aubert  do   Ï9 

Gazelle,  L'abbé  Pierre   255 

Genealogies,  Les   305 

Georges  III,  La  mémoire  de     I 

Glapion,  Hugh  Finlay  et  le  Père  de   206 

Gouverneurs,  Les  appointements  de  nos  ..   350 

Gugy  au  Canada,  Les   g$ 

Guignolée,  La   o& 

Guillaume  IV  au  Canada.  Le  voyage  de  ~   147 

Hébert,  Louis  „   64, 

Hermine  ou  belette  rozelot,  L'   209 

norse  boats,  Les   [qq\  ][)] 

Humphrey,  Le  bourreau  '  281 

Hurons,  Los  .... 32 *  64 ,  ail 

Incarnation,  La  mère  de  11   151 

Indépendance,  Les  Canadiens  et  la  guorro  de  i'......   2M 

Inhumations  hfitives,  Les    il 

Invasion  de  1775  Tj^L'  '.  132 

Iroquois  de  CaugRnawaga,  Les   96,  H£ 

Islee,  Les   224 

Wet,  Notre-Dame  de  Bonsecours  de  1'   355. 

Jacques-Cartier,  Le  fort   32 

Journal  publié  au  Canada,  Le  premier   160,  213 

Juges  de  Trois-Rivièros,  Les   128,  244. 

Justice  à  la  fin  du  dix-septième  siècle,  La   36. 

Kilder,  Le  récollet   352 

Lachine,  Le  canal   2M 

Lachine,  Les  victimes  du  massacre  de   41 

LaMotte,  Origine  du  nom   lâfi 

Langevin,  La  Trappe  do   203 

Langlois,  Le  père  trappiste  L.-A.-G   IM 

LaPotherie   23 

LaSalle,  Le  fils  de   L£0 


—  382  — 

PAOXS 

Laine,  Le  Tiro  Picne  IhZ 

Les  Lauzon   377 

Lefebvre  et  U  dame  de  la  Pérade,  Le  curé   WO,  340 

Lefrançois,  Le  Frère  François- Luc   UiZ 

Levis.  Gaston  Pierre-Marc  de   2ft 

Lt  vis,  Les  journaux  publiés  à   2M 

Longueuil,  Le  château  de   ÎH 

Longueuil,  Ijcs  nome  des   3lâ 

Longueuil,  L'orthographe  du  mot   152 

Louisiane,  Origine  du  mot   1M 

Macdonald,  Un  duel  désir  John   215 

MacNab  et  la  langue  française,  Sir  Allan   IR 

Marte),  Jean   21 

Mann?,  La  seigneurie  de   25fi 

Mésaventare,  Une   LU 

Moine,  Le  chenal  du   152 

Montcalm,  Les  uniformes  de  l'armée  sous   Iâ5 

Montcnach,  La  famille  de   365 

Mots  d'origine  sauvage,  Les   294 

Murray,  Le  général   312 

Xadeau,  Le  capitaine   279 

Nelson,  Le  docteur  Wolfred   L8Û 

Niagara,  La  chute   125 

N'oblos  à  la  cession  du  pays,  L'exode  des   274 

••  Notre-Dame  de  Bonsecours  "   355 

Oka  et  ses  missionnaires,  La  mission   147.  220. 

Olbeau,  Les  Pères  d'   228 

Omar  et  le  Père  Vaillant,  Le  testament  de   12 

Pain  bénit,  le   21 

Patronage,  Le  droit  de   til 

Peinture  au  Canada,  La   15Q 

Piastre,  L'origine  du  signe  ($)  de   21fi 

Pierron,  Le  Père   1M 

Pitt,  Lo  ministre   2K£ 

Pizcau,  La  côte  à   til 

Plaines  d'Abraham,  Les  prisonniers  des   288,  347 

Poésie  franco-canadienne,  Bibliographie  de  la   232 

Pommier,  L'abbé  Hughes   152 

Porlier,  L'abbé  P.- A   132 

Portage,  Noire-Dame  du   163 


; 


I 


7\ 
* 


—  383  — 

PAGES 

rothonc,  La   23 

Prêtres  français  prisonniers  à  Québec  en  1801   lûl 

Primogeniture,  La  loi  de   286 

Proverbes,  Deux   216 

Puiaaye  et  ses  royalistes,  Le  comte  de   22Q 

Puisaye,  L'épouse  du  comte  de   192,  2SQ 

Québec,  La  cathédrale  de   128 

Québec,  Les  anciennes  prisons  de   53 

Rasle,  Le  Père  Sébastien  IMi  20.Î 

Récher,  L'épitaphe  du  curé   14i 

Richard,  L'abbé  Gabriel   122 

Riitigouche,  La  bataille  de   l^ii 

Roberval,  Lo  navire  de   2Jii 

Saint-Alphonse  du  Saguenay   35 

Saint-Clet  doSoulange*  (  jj9 

Saint-Eloi  de  Témiscouata   251) 

^  Saint-Ignace  du  Cap  Saint- Ignace   2ILL 

J  4  *  Saint- Laurent,  Le  creusage  du  224, 

<tt        ,       Saint  Magloire  de  Roux.  „   3*-2. 

y  »  Saint-Michel,  L'anse   32 

Saint-Sépulcre,  L'ordre  sacré  et  militaire  du          256,  31111 

o  Saint-Ulric  ée  la  Rivière- Blanche   3M 

#  Saint-Vallier,  L'orthographe  du  nom  

•      Saint-Vallier,  S^t-Philippe  et  Saint-Jacques  de   l^J 

Saint-ZéuondePîopolis,  1^5 

Sainte- Anne  de  la  Pérade,  Les  curés  de   %^ 

Sainte-Anne  des  Plaines,  Les  curés  de    2** 

Sainte-Cécile  de  Valleyfield   ° 

Sainte-Foye,  Notre-Dame  de  j£i 

Sainte-Luce  de  Rimbuski     ~"J 

Salaberry,  Etat  des  Services  du  colonel  de   14s> 

Sartigan,  L'ancien  fort   2^4 

Saunders,  Sir  Charles   ™ 

Saut-au-Matelot,  La  croix  du   Jjjg 

Siège  de  1759,  Pendant  le  27 ] 

Sherbrooke,  Sir  John-Coape   351 

Smet,  Le  Père  de   ^  2M 

Société  du  feu,  La    9b>  *f\ 

Soq  «   *** 

Suicide  sous  le  régime  français,  La  punition  du   3_12 


TAOER 

Sullivan,  L'arpenteur   352 

Taylor,  Le  dominicain   

Thibaudeau,  L'hon  Elie    62 

Thorel,  L'abbé*  Ni  colas- Aubin    HQ 

"  Tire  ",  Le  mot  canadien    349 

Tonty,  Le  père  du  chevalier  ..     3J 

Tourmente,  Les  croix  du  cap   1  ">s 

Trappe  de  Langcvin.  La   2n: ; 

Trappiste  canadien,  Le  premier  ... 

Trinité,  Les  maisons  de  la    256  345 

Trois- Jîivières.  Lt\s  juges  de    128,  2JJ 

Uniformes  français  sous  Montcalm,  Les    185 

Vacciner,  La  manière  do   20S 

Vaillant  et  le  testament  de  Claude  Omar,  Le  Père    4J> 

Valley  field,  Sainte-Cécile  de  £ 

Villeray,  Lea  armes  do  M.  de    122 

Vincennes,  Jean  lîissot  do     109 

Vincent  de  Paul,  Une  lettre  de  saint   L43 

Walker,  Une  chanson  sur  l'expédition  de    81 

Winsor.  Justin    54 

Wolfe,  L'épie  do   v,   282 

Wolfe.  Monument  on  son  honneur  dans  l'abbaye  de  West- 
minster .    320 


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